Tragédie · 1845

Corneille et Rotrou

de Laboullaye et Cormon

Représentation
≈ 51 min
Distribution
1 femme, 7 hommes
Répliques
392
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Monsieur de Lamperrière H 72 ≈ 13 min 7
Rotrou H 88 ≈ 11 min 11
Corneille H 52 ≈ 9 min 7
Julie de Lamperrière F 43 ≈ 6 min 6
Colletet H 45 ≈ 5 min 7
L'Étoile H 41 ≈ 3 min 6
Boisrobert H 38 ≈ 3 min 7
Un Huissier H 7 ≈ 1 min 2
Tous N 5 ≈ 1 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Monsieur de Lamperrière absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Rotrou absentabsentabsentabsentabsent
Corneille absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Julie de Lamperrière absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Colletet absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
L'Étoile absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Boisrobert absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Huissier absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Boisrobert, L'Étoile, Colletet

Au lever du rideau, Boisrobert et l'Étoile sont assis à la table. Boisrobert travaille, l'Étoile dort.

La secouant.

Boisrobert

Fin du premier acte ! Voilà des mots qu'un auteur peut toujours écrire avec confiance... Ils ne risquent pas d'être sifflés !... N'est-ce pas, l'Etoile ?.... Eh ! Parbleu je crois que mon collaborateur s'est endormi sur un hémistiche ! Eh ! L'Etoile !...

L'Étoile

Hein ! Qu'y a-t- il ?... Ah ! Tu m'as fait peur !... J'avais cru reconnaître la voix du Cardinal !... Je cherchais une rime à sommeil.

Boisrobert

Eh bien, tu l'as trouvée... Réveil !.

L'Étoile

Est-ce que je m'étais endormi ?

Boisrobert

Parfaitement, et sur tes vers !... Que fera donc le public ?

L'Étoile

Oh !... Le public !... Je ne travaille pas pour lui... Je ne tiens qu'au suffrage de son Éminence... Et j'espère l'avoir mérité !

Boisrobert

Mon premier acte est terminé !...

L'Étoile

Mon second va l'être. Il n'y manque que trois vers... La moindre chose... Un tout petit trait de génie.

Boisrobert

Colletet te trouvera cela.

L'Étoile

Crois-tu donc que j'aie besoin de lui?

Boisrobert

Je plaisante. Dieu merci, notre talent à tous deux n'a aucun rapport avec le bavardage insipide, le style commun de notre confrère... Je ne sais pas pourquoi on est convenu de lui trouver de l'esprit.

L'Étoile

Ah ! Un esprit qui sent le cabaret !

Boisrobert

Ce malheureux Colletet n'en sort pas!

L'Étoile

Aujourd'hui, le Cardinal l'a fait enfermer dans le palais, avec défense d'en sortir, tant qu'il n'aura pas fini son troisième acte.

Boisrobert

Il est honteux pour nous d'être forcés de travailler avec un tel homme !... Et je ne sais pas à quoi pensait le Cardinal quand il l'a attelé avec nous à son char poétique.

L'Étoile

Quant à notre quatrième collaborateur... Le petit Rotrou... Passe encore ; ce garçon a quelque mérite !

Boisrobert

Oui... Il fait des vers comme un lieutenant civil de Dreux... C'est correct, c'est arrondi... Mais ça ne sent pas son poète.

L'Étoile

Décidément, je crois que, sans toi et moi, le Cardinal serait dans un cruel embarras.

À part.

Boisrobert

Sans contredit. Notez qu'il ne vaut pas mieux que les autres !

L'Étoile

Je le mets à mon niveau par pure politesse, car au fond !... Nul... Archi-nul !

Colletet

C'est bien !... C'est bien, Lambert !

L'Étoile

Ah! voici Colletet !

Colletet

La consigne est levée !

Scène 2

Colletet, Boisrobert, L'Étoile

Colletet

Ah ! Morbleu, j'ai bien travaillé !

Boisrobert

On dirait que le maraud est gris !

L'Étoile

Est-ce que son Éminence t'avait fait enfermer dans sa cave ?

Colletet

Non pas... Mais dans un petit salon que Lambert l'intendant avait eu soin d'approvisionner, à mon intention, de quelques bouteilles d'un vin de Champagne qui m'a servi d'Hippocrène ! Ce Lambert est un gaillard qui comprend l'homme de lettres !

Boisrobert

Partant tu n'as rien fait ?

Colletet

Trois cents vers dans une matinée... Rien que ça !...

L'Étoile

Quelle facilité !

Boisrobert

Quelle imagination !

Colletet

Le rôle de la princesse est touché, je crois, de main de maître !... J'ai trouvé des élans de coeur, des éclats de sensibilité !... Messieurs, je vous recommande le vin de Champagne ! C'est un fameux collaborateur ! Et cependant j'étais troublé !... Je pensais malgré moi à ma pauvre Gervaise !

L'Étoile

Ta servante ?

Colletet

Elle doit être dans une inquiétude affreuse. Je suis sûr qu'elle me croit retenu de force chez Martineau l'hôtelier... Et je la vois d'ici remuer ciel et terre pour se procurer quelques écus... Afin de me délivrer ! Excellente fille !... Ses gages de trois années y ont passé !

Boisrobert

Et tu n'as pas honte ?

Colletet

Bah !... Elle travaille pour elle !

L'Étoile

Comment cela ?

Colletet

Je l'épouserai pour m'acquitter.

Boisrobert

Le dénouement sera digne de la comédie !

Colletet

Mais à propos !... Et votre part de travail?

L'Étoile

Terminée.

Colletet

Vous êtes contents ?

L'Étoile

Enchantés !

Il se promène en cherchant.

L'Étoile

Sauf deux ou trois vers qui ne m'arrivent pas.... Voyons donc...

Boisrobert

Je connais ton mérite, mon cher Colletet ; viens dîner avec moi tantôt, tu reliras mon acte... Il y a quelques traits qui manquent de force... Certains tours qui ne sont pas heureux... Tu corrigeras cela facilement.

Colletet

Volontiers !

Colletet fait un signe affirmatif. À part.

Il va à la table, et relit son travail.

Boisrobert

Sois discret ! Mon acte y gagnera !

Mystérieusement.

L'Étoile

Impossible de rien trouver ! Colletet ?

Colletet

Plaît-il ?

L'Étoile

As-tu pour aujourd'hui un souper en vue ?

Colletet

Ma foi, non ! Je n'ai qu'un dîner.

L'Étoile

Je t'invite donc pour ce soir. Tu jetteras un coup d'oeil sur mon acte... À la fin surtout il manque.

Colletet

Deux ou trois vers ?...

L'Étoile

Un petit trait de génie !... Et tu es bien capable de m'en prêter un ! On n'emprunte qu'aux riches !

Colletet

Et je donne volontiers aux pauvres !

L'Étoile

Toujours le petit mot pour rire !... Garde-moi le secret !

Colletet

Et de deux ! Ils vivent de mon esprit... Moi je vis de leur table ! Chacun de nous se sert de ce qu'il a pour avoir ce qu'il n'a pas.

Scène 3

L'Étoile, Boisrobert, Rotrou, Colletet, Tous

L'Étoile

Messieurs, je vous annonce notre cher ami Rotrou !

Boisrobert

Eh bien, ton quatrième acte est il fait ?

Rotrou

Oui, messieurs. Le voici !... Mais il n'est pas encore ce que je voudrais qu'il fût ! Le Cardinal nous donne trop peu de temps. Un acte de tragédie exige plus d'une matinée de travail. Il faut se nourrir longtemps de son sujet pour le bien traiter ; il faut peser, calculer tous ses effets... ménager son intrigue... économiser l'intérêt !... Une scène, un vers, un mot, peuvent arrêter un poète pendant des jours entiers !

L'Étoile

Le vrai génie n'a pas besoin de toutes ces préparations !

Rotrou

Eh ! Messieurs !... Le génie est souvent le résultat de la patience !

Colletet

Ah ça, mais... Et le cinquième acte ? Nous n'en parlons pas.

L'Étoile

Au fait, Monseigneur n'a pas encore décidé qui de nous en serait chargé.

Montrant son manuscrit.

Boisrobert

Bah ! Un cinquième acte !... Ce n'est rien à faire ! L'acte vraiment difficile dans une tragédie, c'est le premier !... C'est là que le sujet et les caractères s'exposent.

Il montre son acte.

L'Étoile

Rien de plus aisé ! Mais parlez moi du second acte ! Voilà l'acte épineux ; celui où l'action s'engage... Où l'intérêt doit naître !... Le second acte !.

Changeant de ton.

Colletet

Eh ! Morbleu ! Que dirai-je donc du troisième ! Le troisième acte !... L'acte du milieu. Le corps, le ventre de la pièce !... L'action ne fait que s'engager au second... Mais au troisième, elle retourne, elle change de face... Le troisième acte !... Ah ! Ah ! À toi, Rotrou. Défends ton quatrième... Cet acte si difficile à soutenir... Où la curiosité du public tombe ou grandit... Le quatrième acte, qui amène la péripétie !... Va donc !... Va donc !...

Il va s'asseoir à la table.

Rotrou

Non, messieurs, non !... Je vous laisse le soin de vanter votre travail, en exagérant les difficultés qu'il présentait. Moi, j'ai fait ma part et de mon mieux pour le peu de temps qui m'était donné. Son éminence jugera. Mais quant au cinquième acte... Le dénouement... Cette fin qui doit couronner l'oeuvre... Messieurs, il manque parmi nous un cinquième collaborateur... Le seul peut-être qui pût entreprendre avec succès une semblable tâche !

Boisrobert

Allons ! Le voilà retombé dans sa folie !

L'Étoile

Tu veux parler de Corneille ?

Rotrou

Précisément.

Colletet

Mon pauvre Rotrou, chacun de nous a sa faiblesse... La tienne est de trouver du talent à ce Rouennais.

Boisrobert

Un homme à qui Richelieu avait fait l'honneur de l'associer à ses travaux, aux nôtres.

L'Étoile

Et qui pousse l'audace jusqu'à faire des changements à un plan de comédie tracé par son Éminence elle-même !... Le fat !

Boisrobert

Bien plus ! Il a le sot orgueil de faire une tragédie à lui tout seul !...

Colletet

Il s'était dit : Je volerai de mes propres ailes...

L'Étoile

Et voyez comme il a réussi !... Nouvel Icare, il n'a quitté un instant la terre que pour retomber de plus haut et se noyer.

Colletet

Dans le fleuve de l'oubli.

Boisrobert

Le Cardinal l'a complètement abandonné.

L'Étoile

La pension que lui fait son Éminence est un brevet d'incapacité.

Se levant.

Rotrou

Courage, messieurs, courage... Accablez bien ce pauvre Pierre... Vous avez beau jeu, il est absent... Il est en disgrâce !... Mais prenez garde ! Du fond de cette solitude où l'injustice de ses détracteurs l'a relégué, il peut sortir un chef-d'oeuvre, qui le vengera des attaques misérables dont le Cid est l'objet !

Boisrobert

C'est l'Académie tout entière qui a condamné cette plate imitation de l'espagnol !

L'Étoile

Et le Cardinal en personne a sanctionné le jugement académique.

Rotrou

Le Cardinal, absorbé par les affaires de l'État, vous a laissés dire et faire... Il n'a lu le Cid que par vos yeux.

Colletet

Mais l'Académie !...

Boisrobert

L'Académie !

L'Étoile

L'A. ca. dé. mie !

Rotrou

Belle autorité !

se récriant

Tous

Ah !... C'est trop fort !

Rotrou

L'Académie a cru flatter son protecteur en épousant ce qu'elle regardait comme sa querelle et ce qui n'était en réalité que la vôtre.

Colletet

Comme si nous prenions la peine d'attaquer Monsieur Corneille !

Rotrou

Oui... Vous l'attaquez... Vous le déchirez !... Vous en avez peur !

Tous

Allons donc !

Boisrobert

Peur de Corneille, nous ?... Et pourquoi, bon Dieu ?

Rotrou

Parce que vous devinez son génie sans le comprendre.

Boisrobert

Hein !...

Rotrou

Et toi, parce que tu le devines et le comprends !

L'Étoile

Je ne sais pas jusqu'à quel point ce qu'il nous a dit est flatteur !

Boisrobert

Ce petit Rotrou est un impudent !

Rotrou

Mais tout ceci m'a fait oublier l'essentiel. Messieurs, c'est à midi que le Cardinal écoutera la lecture de notre travail. Vous me retrouverez ici !...

Colletet

Moi je rentre dans mon cabinet... J'ai un acte à relire... Quelques vers à chercher...

L'Étoile

Messieurs, soyons exacts. Richelieu est comme le Roi, il n'attend personne, pas même les poètes !

Il sort par la porte de droite. L'Etoile et Boisrobert sortent par celle du fond.

Colletet

Oh ! Toi !... Tu n'arriveras jamais en retard.

Scène 4

Rotrou

En ce moment Corneille paraît au fond. Il regarde dans l'appartement. Il entre et aperçoit Rotrou, qui ne le voit pas.

Rotrou

Point de nouvelles de Rouen ! Corneille a reçu ma lettre depuis huit jours ; il sait que je l'attends... Il doit croire que j'ai besoin de ses services et il ne me répond pas ! M'aurait il enveloppé dans la proscription dont il frappe tout ce qui m'entoure ? Oh ! Non, c'est impossible !... Mais il aura compris pourquoi je voulais le ramener à Paris. Je connais Corneille !... Son austère fierté ! Cette pension que le Cardinal lui accorde et dont je lui ai expédié moi-même le brevet, peut-être la refusera-t-il!

Scène 5

Corneille, Rotrou, Un Laquais

Corneille

Je l'ai acceptée.

Rotrou

Corneille !

En lui serrant affectueusement la main.

Corneille

Mon ami !... Mon maître !

Rotrou

Je suis fier de ce nom que tu te plais à me donner.

Corneille

Il t'appartient !... Quoique plus jeune, Rotrou m'a devancé dans la lice !

Rotrou

Oui, mais pour remporter le prix, il faut d'autres forces que les miennes. Et c'est à Corneille qu'il est réservé!

Corneille

Ton amitié t'égare !

Rotrou

Non... Non... Je sais ce que tu es... Et je devine ce que tu seras... Mais dis-moi vite, tu as reçu ma lettre ?

Corneille

Et je ne me suis pas trompé sur le motif qui te l'a dictée. En parlant de mes services, dont tu avais besoin ici, tu ne pensais qu'à m'en rendre de nouveaux.

Rotrou

Et cette pension que le Cardinal t'a envoyée ?...

Corneille

À ta sollicitation, je le sais.

Rotrou

Qu'importe ?

Corneille

Je te l'ai dit... Je l'ai acceptée !

Rotrou

Enfin !... Tu as compris qu'ici-bas le génie a besoin d'appui... que sans protecteur le poète traîne une existence misérable et s'expose à voir son nom même mourir avec lui !

Corneille

J'ai pensé surtout à mon frère et j'ai répondu à son Éminence que j'acceptais avec résignation !

Rotrou

Avec résignation !... Imprudent ! Tu n'as pas songé à l'effet que ces mots ont dû produire sur un homme accoutumé à voir plier devant lui tout ce qui l'approche ?

Corneille

C'était le seul moyen, en ne refusant pas, de me relever à mes propres yeux, aux tiens, à ceux de quiconque a le sentiment de sa dignité.

Rotrou

Ami, tu juges mal Richelieu. C'est une grande âme qui répare toujours ses faiblesses par quelque chose de noble ! La réflexion l'a éclairé... Il revenait à toi... Il te frayait la route vers de nouveaux succès.

Corneille

Richelieu ?... Lui qui a voulu écraser le Cid ! Lui qui m'a livré tout vivant aux morsures d'un Chapelain !

Rotrou

Eh ! Que t'importe !... Méprise ceux qui dénigrent ta gloire ! Recueille-toi dans ton courage, et de triomphe en triomphe marche à la postérité !... Tu m'as écrit que tu travaillais à une tragédie d'Horace ?

Corneille

Elle est achevée... Et je viens la lire aux comédiens. Ils la refuseront peut-être...

Rotrou

Pourquoi ?

Corneille

Le Cardinal !

Rotrou

Tu le vois, Pierre, tes craintes justifient les miennes.

Corneille

Et cependant Horace est un beau sujet !... Oh ! Ce n'est pas le seul que j'aie l'intention d'emprunter à l'histoire romaine ! L'époque que j'ai choisie n'est encore que l'enfance de la grande nation ; l'amour de la patrie, les destins du peuple conquérant ne font que germer au coeur de quelques citoyens ! Je veux suivre Rome à travers les tempêtes de la République. Plus tard, je montrerai le géant vaincu tombant aux pieds des Césars. Le siècle d'Auguste offre un mélange de belles et tristes pages, mais d'où doivent sortir de nobles enseignements. Qui sait si je n'embrasserai pas Rome à sa dernière phase ; si je ne montrerai pas ses faux dieux croulant devant la croix inondée du sang des martyrs ? Que le temps ne me manque pas, Rotrou, et peut-être j'irai jusqu'au jour où, pour anéantir la ville dégénérée, le doigt de Dieu poussera vers elle Attila ! Ah ! Mon ami !... Qu'elle serait belle la tâche du poète qui, prenant ainsi Rome à sa naissance et la suivant jusqu'à sa mort, la ferait revivre sur la scène, aux yeux de cette autre nation issue de ses débris et qui doit s'élever encore plus haut ! Rome ! France ! Vos deux noms sont inséparables dans ma pensée ! Toutes deux obscures à votre berceau, vous avez grandi par les batailles ; mais vous ne devez pas finir de même. Ô ma patrie ! Le règne des arts commence aussi pour toi. Instruite par l'exemple de ta mère, ouvre une route nouvelle à l'univers qui te contemple, force-le à te proclamer la reine du monde, et, plus heureuse que Rome, conserve ce titre glorieux !

Rotrou

Ah ! Pourvu que tu ne brises pas entre tes mains un avenir si riche d'espérances !

Corneille

Mais quelle marche me conseilles-tu donc de suivre ?

Rotrou

Rentre en grâce auprès du Cardinal. Tu lui as ravi la palme du poète et de toutes les gloires, c'était peut-être en secret celle qu'il ambitionnait le plus. Il peut te pardonner cette perte douloureuse... Mais ne lui dispute pas l'honneur de t'avoir protégé !

Corneille

J'ai fait tout ce que je pouvais faire.

Rotrou

Consens au moins à voir Richelieu !

Corneille

Non !

Rotrou

Corneille !...

Corneille

N'insiste pas, Rotrou... En toute autre circonstance peut-être, j'aurais cédé à tes conseils... Mais aujourd'hui cela me serait impossible. Quand on souffre on est plus irritable... et je souffre, ami ; j'ai le coeur doublement ulcéré des basses intrigues, des critiques haineuses dont je suis l'objet... Et surtout... À toi je puis l'avouer... D'un amour qui domine toutes mes pensées ! Un amour sans espoir !

Rotrou

Ah !... Je te plains ! Avec une âme comme la tienne, l'amour ne peut être qu'une passion sérieuse. Tu n'es donc pas aimé ?

Corneille

Je l'ignore et n'ai point cherché à le savoir.

Rotrou

Je ne te demande pas si la personne est digne des sentiments qu'elle t'a inspirés.

Corneille

Elle a vingt-trois ans, une éducation parfaite, une âme pleine de noblesse. C'est une bonne et douce créature, qui, privée de sa mère depuis une dizaine d'années, a consacré sa vie à faire le bonheur de ceux qui l'entourent. Elle a élevé elle-même sa jeune soeur... Elle dirige la maison... Elle prodigue les soins les plus touchants à son père ; tout le monde l'admire, tout le monde l'aime et j'ai fait comme tout le monde !

Rotrou

Quel obstacles vois-tu donc à cette union ?

Corneille

Elle est riche et je n'ai rien. Puis elle est d'une famille noble ! Et j'ai vu tout d'abord que son père rêvait pour elle quelque brillante union ! C'est un brave homme, mais il est entêté comme tous les petits esprits... Il croirait déroger, s'il donnait sa fille à un misérable, écrivain ; et elle, la pauvre enfant, en supposant qu'elle m'aimât, elle n'aurait jamais le courage de résister à son père. Ce serait le premier chagrin qu'elle lui aurait causé de sa vie !

Rotrou

Eh bien, à ta place, je m'assurerais de ses sentiments à mon égard, et je forcerais le consentement du père en faisant ma paix avec le Cardinal.

Corneille

En auteur habile, tu ne perds pas de vue ton sujet !

Un Laquais

Monsieur et mademoiselle de Lamperrière !

Corneille

Grand Dieu !

Rotrou

Lamperrière !... C'est le nom du lieutenant civil des Andelys.

Corneille

Mon ami, de grâce, avant de faire entrer, permets que je me retire.

Rotrou

Ce trouble... Cette émotion...

Corneille

C'est elle, avec son père !

Corneille sort par la gauche.

Rotrou

Ah ! Je comprends. Eh bien, là, dans cette bibliothèque !... Faites entrer.

Scène 6

Monsieur de Lamperrière, Rotrou, Julie de Lamperrière

S'avançant et saluant.

Monsieur de Lamperrière

Merci, mon garçon ; tiens, voilà pour toi ! Dans le pays où nous entrons, ma fille, il faut flatter les grands et graisser la patte des petits. Monsieur de Rotrou, lieutenant civil à Dreux, l'un de mes plus jeunes collègues ?

Rotrou

La charmante personne! 1

Monsieur de Lamperrière

J'ai appris, en descendant de voiture que vous étiez de service au palais Cardinal, et, sans perdre une minute, je suis accouru... avec ma fille... que j'ai l'honneur de vous présenter... persuadé que vous ne refuserez pas de m'introduire chez son Éminence.

Rotrou

Ce sera pour moi un devoir et un plaisir ; mais il est un peu matin.

Julie va s'asseoir dans un fauteuil à gauche.

Baissant la voix.

Monsieur de Lamperrière

Tant mieux !... Nous attendrons ! Cela nous donnera le temps de nous remettre... Nous autres gens de province, habitués comme nous le sommes au calme de nos cités, la tête nous tourne au milieu du brouhaha de Paris... N'est-ce pas Julie ? Cette chère enfant n'a aucune idée des curiosités de la capitale... Et pour son début je la conduis droit chez son Éminence le cardinal de Richelieu!... Ce n'est pas commencer par le côté le plus gai... Mais nous prendrons notre revanche !... Le devoir avant tout !

Rotrou

Avez-vous écrit au Cardinal pour lui demander une audience ?

Monsieur de Lamperrière

Il m'attend... C'est lui qui m'a mandé par une lettre de sa main !

Rotrou

Ah ! C'est différent.

D'un air triomphant.

Monsieur de Lamperrière

La dépêche m'est arrivée avant-hier au sortir de la messe. Nous nous sommes mis en route et nous arrivons !... Vingt-six lieues en quarante-huit heures, mon cher monsieur !... On voyage maintenant avec une rapidité !... C'est effrayant!

Rotrou

« Monsieur, je vous attends à Paris dans le plus bref délai. »

Monsieur de Lamperrière

La lettre ne permettait aucun retard.

Rotrou

En effet ! Le style en est bref. Il s'agit donc d'une affaire bien importante ?

Monsieur de Lamperrière

Monsieur, je fais à ce sujet deux suppositions, dont une au moins ne peut manquer de se réaliser. À mon dernier voyage, Monseigneur m'a témoigné le plus grand intérêt, il m'a demandé si je me plaisais dans ma lieutenance des Andelys. Nous avons surtout parlé de mes deux filles, qui toutes deux sont à marier... Charge bien lourde !... Enfin je l'ai quitté convaincu d'être on ne peut plus avant dans ses bonnes grâces !... Or, il est évident que le Cardinal veut m'appeler à des fonctions plus importantes... À Paris peut-être... Ou bien qu'il a quelques projets pour mon aînée.

Rotrou

Ah !... Vous pensez, Monsieur, qu'il pourrait être question d'un établissement ; pour mademoiselle ?

Monsieur de Lamperrière

J'en ai le soupçon.

Rotrou

Elle ne s'est pas troublée !

Monsieur de Lamperrière

Vous comprenez, mon cher monsieur, que, si j'avais voulu la marier, les soupirants n'auraient pas manqué.

Rotrou

Ce que je sais de Mademoiselle m'en donne la certitude.

Monsieur de Lamperrière

Mais qui voyons-nous dans nos petites villes ?... Des petites gens... Une petite noblesse... qui ne vaut guère mieux que la grosse bourgeoisie !... On voit ce monde là, mais on ne s'allie pas avec lui !

Rotrou

Corneille a bien jugé le père ! A-t-il compris la fille ?

Monsieur de Lamperrière

Tenez, dernièrement encore, à ce sujet, j'ai dû battre froid à un garçon dont j'avais deviné les espérances et que vous connaissez probablement... Le jeune...

Julie de Lamperrière

Mon père, je vous en prie, gardez un secret qui n'est pas le vôtre ! Il ne m'est pas permis, sans doute, de vous dicter votre conduite ; permettez-moi seulement de vous rappeler que cette personne ne vous a adressé aucune demande positive, qu'elle est liée d'amitié avec notre famille, que son dévouement nous est connu, et qu'enfin elle a des droits à toute notre estime par l'élévation de son caractère et de son talent !

Rotrou

Si elle ne l'aime pas, elle l'admire !

Monsieur de Lamperrière

Tu as raison, ma fille ; à quoi sert de parler de tout cela ? Surtout devant Monsieur de Rotrou, qui a bien d'autres affaires en tête !

Rotrou

Monsieur, tout ce qui vous intéresse, ainsi que Mademoiselle, ne peut m'être indifférent !

Monsieur de Lamperrière

Tous êtes trop bon, en vérité !

À part.

Haut.

Rotrou

Mais, onze heures viennent de sonner... Il est temps de nous présenter chez le Cardinal ! Il faut absolument que Corneille parle, et qu'il se déclare ! Je crois, mon cher collègue, qu'il serait convenable de prier Mademoiselle de nous attendre ici... Le Cardinal reçoit rarement des visites aussi agréables, et jamais sans en avoir été prévenu d'avance...

Monsieur de Lamperrière

Ah !... Vous croyez ?... Cela te contrarie, n'est-ce pas, mon enfant ?... Tu te faisais une fête de voir son Éminence ?

Julie de Lamperrière

J'en avais grand'peur, au contraire !

Il embrasse sa fille.

Monsieur de Lamperrière

Ah ! Ma fille !... Voilà le chemin de la fortune et des honneurs !... Une fois lancé dans cette voie, qui peut prévoir où il s'arrêtera ?

Rotrou

Allons... Je joue ici l'emploi de Scapin !... Je ménage un tête-à-tête, et j'éloigne le Géronte !

Rotrou pousse la porte qui conduit chez le Cardinal et fait passer Lamperrière devant lui.

Monsieur de Lamperrière

Je suis à vos ordres, Monsieur de Rotrou.

Scène 7

Julie de Lamperrière, Corneille

Elle aperçoit Corneille.

Julie de Lamperrière

Serais-je en effet l'objet de cette entrevue ?... Le Cardinal aurait-il disposé de ma main ? Cette seule pensée m'effraie ! Oh !... C'est que dans ces mariages de Cour on croit avoir tout fait pour une jeune fille quand on lui a donné des titres, une fortune !... Mais son coeur, personne n'y songe !... Écartons cette idée pénible. Ciel !... Monsieur de Rotrou vous savait-il là, monsieur ?

Corneille

Oui, Mademoiselle, et je demande sa grâce en même temps que la mienne !

Julie de Lamperrière

Je devrais peut-être les refuser toutes deux.

Corneille

Non, vous devez être indulgente et bonne aujourd'hui comme toujours ! Ah ! Mademoiselle, je vous dois la première joie que j'aie éprouvée depuis longtemps ! Merci, mille fois merci des nobles et consolantes paroles que mon souvenir vous a dictées !

Julie de Lamperrière

Auriez-vous quelque sujet de tristesse ?... Oui, oui... Je le devine à votre silence. À vos regards qui évitent les miens !... Monsieur Pierre, j'ai dit tout à l'heure que votre amitié nous était connue !... Douteriez-vous de la nôtre ? De la mienne ? Ah ! Par exemple, je ne vous pardonnerais pas cela !

Corneille

Je sais, Mademoiselle, tout l'intérêt que vous daignez me porter.

Julie de Lamperrière

Montrez-moi donc que vous en êtes digne !... Confiez-moi vos chagrins... Vous étiez tout à l'heure avec un ami bien capable de les comprendre et de vous conseiller !... Mais en présence d'un homme, même de l'ami le plus intime, il doit exister une sorte de gêne... de fierté, qui nuit à l'épanchement du coeur. Si l'on est joyeux, la dignité ordonne de le paraître moins ; si l'on souffre, on veut se montrer fort, et cette force que l'on s'impose fait taire la douleur sans la guérir. Tandis qu'auprès d'une amie, toute contrainte disparaît. On s'abandonne davantage à la joie comme à la tristesse... On ose se plaindre... On ose pleurer avec elle... et les larmes, cette grande ressource des femmes, les larmes soulagent, consolent ; il me semble, Corneille, qu'elles doivent raffermir le courage d'un homme tel que vous !

Avec douleur.

Corneille

Ah ! Mademoiselle, vous venez de peindre le bonheur, tel que je l'avais rèvé !... Le seul qui puisse payer le poète de ses travaux, le reposer de ses veilles, lui faire chérir l'étude ! Les succès doublent de prix, les revers ne sont plus rien, quand une amie peut vous dire : je suis heureuse, ou je souffre avec vous ! Mais, hélas !... Un tel bonheur... n'est qu'un rêve !

Julie de Lamperrière

Pourquoi ne se réaliserait-il pas ?

Corneille

Je ne pourrais le trouver qu'auprès d'une personne.

Julie de Lamperrière

Qui ne vous le refuserait peut-être pas !

Corneille

Que dites-vous ?

En ouvrant sa mante.

Elle jette la seconde brochure à terre.

Julie de Lamperrière

Je dis que depuis longtemps cette personne s'associe en secret, et presque malgré elle, à tout ce qui vous intéresse. Je dis que le jour où le Cid a paru, elle a été fière et heureuse !... Mais qu'elle a bien souffert le jour où elle a eu la basse critique dont l'oeuvre de génie a été l'objet ! Tenez, Corneille, voilà le Cid !... Voilà sa critique !. Ces deux livres m'ont fait verser bien des larmes de joie et d'indignation ! Je n'en garderai plus qu'un seul. Sa place est sur mon coeur !... Quant à l'autre, sa place est sous vos pieds.

Corneille

Ah ! Julie !... Julie !... Voilà un triomphe que l'envie n'empoisonnera pas !

Corneille remonte et se tient à l'écart.

Julie de Lamperrière

Silence !... On vient !

Scène 8

Monsieur de Lamperrière, Julie de Lamperrière, Corneille, Rotrou, Un Huissier

Il tombe dans un fauteuil.

Monsieur de Lamperrière

Mon ami, mon cher Rotrou. Vite un siège, je vous en prie. Je suis mort !

Julie de Lamperrière

Ô ciel ! Mon père ! Qu'avez-vous ?

Monsieur de Lamperrière

Qui pouvait s'attendre à cela ?... C'est un coup de massue !

Corneille

Mais que s'est-il donc passé ?

Monsieur de Lamperrière

Ah ! Ma fille ! Ma Julie !... Je l'avais oubliée en venant ici !... La main qui distribue les faveurs est la même qui lance la foudre !... Et je suis arrivé au moment où le tonnerre grondait ! Il m'a écrasé !

Julie de Lamperrière

Mon père, je vous en conjure, expliquez-moi. Vous avez vu le Cardinal ?

Se levant.

Monsieur de Lamperrière

Oui, oui... Je l'ai vu... Et je le verrai toute ma vie !... Il était assis dans un grand fauteuil !... D'une main il pressait avec force les sceaux de l'État, et de l'autre... Étrange contraste ! Il jouait avec une innocente créature... Un tout petit chat, le plus joli du monde ! Après avoir attendu avec respect pendant quelques minutes au fond de l'appartement, Monsieur de Rotrou se décide à annoncer mon arrivée et la tienne! Je m'approche aussitôt... Je m'incline... Je m'incline encore... Davantage... De plus on plus... En attendant qu'un mot, un signe, m'autorisent à reprendre une position verticale !... Rien, rien !... Je sentais déjà des éblouissements affreux... Tu sais que j'y suis très sujet !... Lorsque enfin.

Julie de Lamperrière

Le Cardinal rompt le silence ?.

Monsieur de Lamperrière

Non, pas lui, mais la petite créature !... Et de façon à dénoter une terrible colère dans la main qui caressait l'animal !

Rotrou

C'était en effet un signe certain de l'irritation de Monseigneur.

Il étend les bras en avant comme un homme qui tombe, et il ajoute en soupirant.

Monsieur de Lamperrière

À ce bruit de sinistre augure, je me hasarde à relever la tête. Le Cardinal avait les yeux fixés sur moi... Mais des yeux... L'éclair !... Je ne savais plus si je devais parler ou me taire, rester debout ou me prosterner à ses pieds... Mais lui, sans me donner le temps de choisir, étend le bras et me montre la porte ! Elle était ouverte !... Je crus devoir en franchir le seuil... Mais je n'avais pas aperçu un maudit tabouret, et dans ma précipitation... J'ai fait une vilaine sortie !

Julie de Lamperrière

Mes pressentiments ne m'avaient pas trompée ! Je redoutais cette entrevue !

Monsieur de Lamperrière

Mais que vois-je ?... Monsieur Corneille !... Ah ! Pardon ! Je m'attendais si peu à vous rencontrer ici... Et je suis si troublé... que je ne vous avais pas reconnu... Vous voyez un homme disgracié.

Corneille

Une disgrâce imméritée sans doute, quelque injustice nouvelle.

Julie de Lamperrière

Mon père !... Il est peut-être temps encore de prévenir ce malheur.

Rotrou

Cherchez, du moins, quelle peut en être la cause !

Monsieur de Lamperrière

Voilà précisément ce que je me demande. Qu'ai-je fait ?... Qu'ai-je dit ? Je suis lieutenant civil, c'est vrai ; c'est une place dans laquelle on peut se faire beaucoup d'ennemis... Quand on s'en occupe... Mais de ce côté-là, je n'ai rien à me reprocher !... Sont-ce mes opinions politiques ?... Ah ! Mon Dieu ! Ceux qui les connaissent sont habiles !

Rotrou

Eh bien, il faut passer en revue tous vos amis... Voir ceux qui peuvent vous servir auprès du Cardinal.

Monsieur de Lamperrière

Vous d'abord, mon cher Rotrou, je compte sur votre appui. Je réclame aussi le vôtre, Monsieur Corneille.

Corneille

Oh ! Le mien, Monsieur !

À part.

Haut.

À part.

Monsieur de Lamperrière

Laissez donc !... Autrefois vous étiez au mieux avec son Imminence. Vous devez être encore très bien, puisque je vous retrouve ici... Je le répète... Je compte sur vous comme sur un ami ! J'ai eu tort d'être si lier avec lui. Ce cher Corneille !... Un charmant garçon, plein de mérite, de talent ! Il n'y a pas de petit protecteur !

Rotrou

Il ignore la rupture avec le Cardinal !... Laisse-lui son erreur !

Monsieur de Lamperrière

Ah ! Le Duc de Praslin !... Mes propriétés touchent aux siennes !... Nous chassons ensemble tous les hivers. et il m'a cent fois assuré de sa protection !

Rotrou

Monsieur de Praslin !... C'est l'ami du Cardinal, le confident de ses pensées les plus secrètes. Lui seul peut vous éclairer sur les motifs d'une colère vraiment inexplicable !

Monsieur de Lamperrière

Courons chez lui, ma fille !... Ah ! Mes amis, quel voyage ! Vingt-six lieues en quarante-huit heures... pour être reçu de la sorte !

Ils remontent vers la porte du fond.

Julie de Lamperrière

Venez, mon père... Ne perdons pas de temps !

Un Huissier

Mademoiselle de Lamperrière est elle encore ici ?

Monsieur de Lamperrière

La voilà monsieur.

Un Huissier

Monseigneur prie Mademoiselle de passer dans le grand salon et d'attendre qu'il la fasse appeler !

Julie de Lamperrière

Ah ! Mon Dieu !

Monsieur de Lamperrière

Qu'est-ce que cela signifie ?

Julie de Lamperrière

Paraître seule devant lui !... Oh ! Je n'oserai jamais.

Rotrou

Refuser serait l'irriter encore !

Monsieur de Lamperrière

Chère enfant... Songe à ton père... à sa place ! Il y tient autant qu'à la vie !... Que sais-je ? Ma vie elle-même est peut-être menacée...

Julie de Lamperrière

Monsieur ! Conduisez- moi !

Julie entre chez le Cardinal, Lamperrière sort par le fond.

Monsieur de Lamperrière

Va, ma fille, sois plus heureuse que ton père dans ton entrevue et, surtout dans ta sortie ! Je cours chez Monsieur de Praslin !

Scène 9

Rotrou, Corneille

Rotrou

Quelle peut être la pensée du Cardinal en mandant près de lui Mademoiselle de Lamperrière ?

Corneille

Ah ! Rotrou ! Mon coeur me l'a dit !... Il veut la marier !

Rotrou

Tu pourrais croire.

Corneille

N'as-tu pas entendu ce que disait tout à l'heure Monsieur de Lamperrière lui-même ? Oui... Oui... Je le sens à mon trouble, au désespoir qui s'empare de moi, Richelieu a disposé de la main de Julie pour quelque noble protégé !... Il a frappé le père ! Il veut élever, enrichir la fille ! Et moi, Rotrou, je la perds au moment où un rayon d'espoir venait ranimer mon coeur !

Rotrou

Pourquoi la perdre ?... Si elle t'aime... Si elle te-l'a dit.

Corneille

Mon ami ! Pas un mot d'amour n'a été prononcé entre Julie et moi !.. Elle ne m'a parlé que de son amitié !... Ah ! Si je dois tout perdre en un jour... Si Richelieu me dispute à la fois mes succès et mon bonheur. Eh bien, je n'y survivrai pas !... Cette-pensée est affreuse ! Elle m'accable, elle me tue !

Corneille paraît indécis.

Rotrou

Corneille !... Mon ami !... Commande à ta douleur ! Songe à Julie, à son père, aux dangers qui les menacent et que tu peux contribuer à détourner. Songe à cet enfant de ton génie que le Cardinal peut condamner avant qu'il n'ait vu le jour ! Ah ! C'est le ciel qui t'inspire. Je tremblais pour le père d'Horace, c'est Horace qui te sauvera !

Corneille

Que veux-tu dire ?

Rotrou

Silence ! Voici Colletet !

Scène 10

Colletet, Rotrou, Corneille, L'Étoile, Boisrobert

Colletet

Parbleu ! Ce faquin de Lambert a juré de me faire faire des chefs-d'oeuvre ! Je cherchais deux ou trois vers pour un ami que je ne puis nommer. Un petit trait de génie qui manquait au second acte de l'Etoile !... Ça ne venait pas !... Mais j'ai rencontré Lambert !... Ma providence !... Et le trait de génie est sorti d'un flacon de Xérès !... Oh ! Je n'y suis pour rien, jetelejUlte;..i..

Rotrou

Au diable l'importun !

Corneille fait un mouvement, Rotrou lui saisit là main.

Colletet

Mais que vois-je ?... Ah ! Mon Dieu ! N'est-ce point un revenant ? Le petit Corneille ! Eh mais, mon cher, d'où venez-vous donc ? On vous disait enseveli dans un bailliage de Normandie ou dans un couvent de moines espagnols ! Est-ce un motif de santé qui vous ramène ?... Vous a-t-on recommandé l'air du palais Cardinal ? Prenez garde ! Vous me faites l'effet d'être bien malade !... Il vous achèvera!

Corneille

Vous avez raison, Monsieur Colletet, il me faut un air pur et libre !... Celui de ce palais sent trop la prison !

Colletet

Partez vite, mon cher, partez vite!

Rotrou

Pas avant d'avoir laissé à Monseigneur un témoignage de ton respect et d'une juste reconnaissance !

Colletet

En effet, Monseigneur, comme toujours, a fait preuve d'esprit et de générosité. Il blâme la tragédie, mais il pensionne l'auteur !

Rotrou

L'auteur qui n'accepte un bienfait que pour s'en rendre digne, et qui vient offrir au Cardinal le fruit de ses méditations et de ses veilles !

Colletet

Quelque parent du Cid ?... Un petit Espagnol ?

Rotrou

Un Romain, Horace !... Dont il fait hommage à Richelieu !

Corneille

Rotrou, que dis-tu ?

Colletet

L'action me semble hardie !

Rotrou

Corneille te fait-il l'effet d'un poltron ?

Colletet

Qu'il prenne garde, pour son Horace, à une seconde critique !

Il se met à la table et écrit. Rotrou lit et approuve à mesure que Corneille écrit.

Corneille

Une critique !... Eh bien, Monsieur, qu'elle vienne !... Je l'attends sans crainte !... Horace fut condamné par les décemvirs, mais il fut absous par le peuple !... Rotrou, je me décide à suivre ton conseil. J'écris à Richelieu... Je lui dédie Horace !... Mieux vaut cent fois fléchir le genou devant un grand homme que de courber la tête devant des nains !

Colletet

Eh ! Eh !... J'ai bien peur d'avoir réveillé le lion ! Ce maudit Romain que Corneille s'est avisé de ressusciter est bien capable de nous traiter, Boisrobert, l'Etoile et moi, comme des Curiaces !

Rotrou

Parfait !... La lettre est digne du poète et du ministre !... Signe !

Colletet

Leur confiance est effrayante !

Rotrou

Maintenant ne perds pas une minute ; va chercher ton manuscrit, sois vainqueur avec Horace, et Julie t'appartiendra. La fortune ne revient jamais à demi !

Au moment de sortir, il se rencontre avec Boisrobert et l'Etoile qui entrent et s'arrêtent eu le voyant.

Corneille

Prends donc cette lettre !... Mais songes-y bien, Rotrou, c'est mon honneur que je te confie... Défends-le comme le tien !

L'Étoile

Que vois-je ?... Corneille !

Corneille les regarde avec mépris et sort sans répondre.

Boisrobert

Eh ! Que viens-tu faire ici ?

Scène 11

Colletet, Boisrobert, Rotrou, L'Étoile, Tous

Colletet

Oui, mes bons amis, c'est Corneille en personne !

Boisrobert

Ah ! Le malheureux ! Il choisit bien son temps pour reparaître !

Rotrou

Que signifie ?

Boisrobert

Apprenez que Sa Majesté.

L'Étoile

Le roi Louis XIII.

Boisrobert

Sera ici avant une heure !

Colletet

Eh bien ?

Rotrou

Après ?

Boisrobert

Vous ne comprenez pas ?

L'Étoile

Le secrétaire particulier de Richelieu vient de nous avertir qu'en nous réunissant ici sous prétexte d'une lecture, le Cardinal n'avait eu d'autre but que de présenter au Roi les héros de la littérature française !...

Boisrobert

Les auteurs de Sophonisbe !

Colletet

Vivat!... Embrasse-moi, L'Étoile ; la nouvelle que tu m'apportes est ce que tu as fait de mieux dans ta vie !

Boisrobert

Quel triomphe pour nous !

L'Étoile

Quelle humiliation pour Corneille !

Colletet

Ah ! Monsieur le Rouennais, qu'en dira votre muse normande ?... Richelieu a joué un coup de maître !

Boisrobert

Corneille est un homme mort !

L'Étoile

Et enterré!

Colletet

Requiescat in pace ! Courons, messieurs, courons au-devant de Sa Majesté ! C'est nous qu'elle doit apercevoir les premiers à la porte de ce palais. Viens-tu, Rotrou ?

Rotrou

Non, messieurs ; vous allez faire un métier de laquais, et même devant un Roi le poète doit conserver sa dignité.

Ils sortent en haussant les épaules.

Tous

À ton aise!

Scène 12

Rotrou, Monsieur de Lamperrière

Rotrou

Tous mes plans sont renversés par cette présentation au Roi ! Offrir une dédicace à Richelieu dans un pareil moment, n'est-ce pas chercher un refus, compromettre Corneille ?... Que faire ?... Quel parti prendre ?

Monsieur de Lamperrière

Ah ! Monsieur de Rotrou, mon cher ami, je suis sauvé !... Je suis sauvé !... Je connais maintenant la cause de ma disgrâce et je puis la combattre ! Je réchauffais un serpent dans mon sein !... Un traître qui vous trompe aussi... Et qui vous entraînera dans sa ruine si vous n'y prenez pas garde !

Rotrou

De qui voulez-vous donc parler, Monsieur ?

Monsieur de Lamperrière

De Corneille !

Rotrou

Est-il possible !... Et qui peut vous avoir dit ?...

Monsieur de Lamperrière

Monsieur de Praslin lui-même !... Ce Corneille est au plus mal avec Monseigneur. On a su que je le recevais souvent aux Andelys... Ainsi que son frère Thomas... Et le Cardinal aura cru voir dans cette conduite, bien innocente, une manifestation contre sa personne !

Rotrou

Je comprends tout maintenant !

Monsieur de Lamperrière

Bien plus !... Il paraît que le gaillard est compromis dans quelque affaire politique... Oui, monsieur, oui... Au sujet de l'Espagne!

Rotrou

Allons donc, Corneille conspirateur !

Monsieur de Lamperrière

Eh ! Eh !... Je n'en répondrais pas... Cette tragédie, ce Cid... Sujet espagnol... Et qui lui en a fourni l'idée ?... Un monsieur de Châlons, un prôneur, un admirateur de la littérature espagnole !... Autre conspirateur !... Et moi, Monsieur, je recevais tout ce monde-là sans me douter de l'abîme qu'il creusait autour de moi ! Mais je verrai le cardinal, il m'entendra. Je me justifierai ! J'ai déjà une circonstance en ma faveur ! Corneille a l'audace d'aimer ma fille, je le sais... Et je lui ai fait entendre qu'il eût à ne plus s'occuper d'elle !... Mais je ferai davantage !... Je le chasserai... Lui, son frère, Monsieur de Châlons ; je les ferai arrêter tous les trois, s'il le faut !... Monsieur... On ne sait pas ce dont je suis capable pour servir l'État... et conserver ma place !

Rotrou

Mon pauvre ami, tout contribue à sa perte !

Monsieur de Lamperrière

Ah ! Voici ma fille !... Puisse-t-elle m'apporter aussi une espérance !

Rotrou

Puissent les craintes de Corneille ne pas se réaliser !

Scène 13

Monsieur de Lamperrière, Julie de Lamperrière, Rotrou

Monsieur de Lamperrière

Eh bien, mon enfant, as-tu vu le Cardinal ?

Julie de Lamperrière

Oui, mon père. et il m'a parlé !

Monsieur de Lamperrière

Il t'a parlé !... Tu as été plus heureuse que moi, c'est bon signe !

Julie de Lamperrière

D'abord il m'a fait approcher... Mon coeur battait avec violence !... Mais j'étais calme, attentive et résolue !

Monsieur de Lamperrière

Elle a tout mon caractère, Monsieur !... Ensuite ?

Julie de Lamperrière

Mademoiselle, m'a-t-il dit en me regardant avec des yeux terribles.

Monsieur de Lamperrière

Ah ! Je les connais!

Julie de Lamperrière

Quelles sont les personnes que votre père reçoit ?

Monsieur de Lamperrière

Que je reçois ?... Voilà la pierre d'achoppement !... Et qu'as-tu répondu ?

Julie de Lamperrière

J'hésitais... Je craignais de faire une réponse imprudente.

Monsieur de Lamperrière

Bien !... Elle est pleine de tact !

Julie de Lamperrière

Songez que Dieu défend le mensonge !

Monsieur de Lamperrière

A dit le Cardinal ?

Julie de Lamperrière

Monseigneur, ma mère me l'avait appris avant vous !

Monsieur de Lamperrière

Très bien !... Elle est pleine d'esprit !

Julie de Lamperrière

Connaissez-vous un monsieur de Châlons ? - Oui, monseigneur.- Votre père le voit souvent ? - Les dimanches, à nos réunions intimes. - De quoi parle- t-il ? - Mais de poésie... de littérature espagnole.

Monsieur de Lamperrière

Aïe !

Julie de Lamperrière

L'Espagne !... Il aime beaucoup ce pays-là !... - Je le crois, monseigneur, car il en parle avec enthousiasme !

Monsieur de Lamperrière

Aïe... Aïe... Aïe !

Julie de Lamperrière

Et votre père, que fait-il pendant ces entretiens ? Monseigneur, le plus souvent, il dort !

Monsieur de Lamperrière

Très bien !... Oh ! L'admirable réponse ! Après, mon enfant, après ? Monseigneur t'a-t-il questionné sur nos autres amis ?

Julie de Lamperrière

Je lui ai nommé tous ceux que nous recevons.

Monsieur de Lamperrière

Tous ?

Julie de Lamperrière

Un seul excepté !...

Monsieur de Lamperrière

Voyez-vous ?... Le tact !...

Julie de Lamperrière

Son nom expirait sur mes lèvres. mais il l'a prononcé lui!

Monsieur de Lamperrière

Il a nommé Corneille ?

Julie de Lamperrière

Oui, en se levant... Et avec tous les signes d'une étrange agitation !... Le courage commençait à me manquer... Monseigneur marchait rapidement. Tout à coup il s'approche de moi saisit une brochure que j'avais placée sous ma mante, c'était le Cid !

Monsieur de Lamperrière

Ah ! Malheureuse !

Julie de Lamperrière

Le Cid ! s'est-il écrié. Répondez, Mademoiselle, comme vous le feriez au tribunal de Dieu !... Vous aimez Corneille ?...

Monsieur de Lamperrière

Tu as dit non, n'est-ce pas ?

Julie de Lamperrière

Mon père... Je suis tombée à ses genoux en disant la vérité : Oui, Monseigneur, je l'aime !

Monsieur de Lamperrière

Ah ! C'est le coup de grâce !

Rotrou

Si Corneille avait pu l'entendre !

Se levant.

Monsieur de Lamperrière

Il ne manquait plus que cela pour mettre le comble à mes infortunes. Mais, malheureuse. C'est Corneille qui m'a perdu !

Julie de Lamperrière

Ô ciel !

Monsieur de Lamperrière

Il conspire contre le Cardinal !... Il est ligué avec l'Espagne !...

Julie de Lamperrière

C'est impossible.

Monsieur de Lamperrière

Mon cher ami, conduisez-moi vers le Cardinal. Je lui dirai que ma fille est folle !... Que Corneille est un traître... Un séducteur... J'en perdrai la tête ! Venez, mon ami, venez !

Il entre chez le Cardinal.

Rotrou

Non, monsieur, non, ne comptez pas sur moi pour voir le Cardinal. Vous iriez encore accuser Corneille, et moi, je vais le défendre.

Scène 14

Monsieur de Lamperrière, Julie de Lamperrière

Monsieur de Lamperrière

Qu'est-ce qu'il a dit ?... Il va le défendre !... Encore un serpent que je caressais !... Ah ! Quel pays que celui-ci, mon Dieu !... Et quel voyage!

Julie de Lamperrière

Mon père !

Monsieur de Lamperrière

Toi... Mon aînée, mon orgueil... Ma gloire ! Toi, sur qui je comptais pour donner à notre maison un nouvel éclat !... Toi, ma préférée !... Car je te préférais, ingrate. J'avais cette faiblesse !...

Julie de Lamperrière

Ne m'accablez pas!

Monsieur de Lamperrière

Devenir Madame Corneille ! Quand on s'appelle Mademoiselle de Lamperrière ! Un nom qui date de deux siècles !

Julie de Lamperrière

Eh ! Mon père, celui de Corneille sera immortel !

Monsieur de Lamperrière

Tais-toi !... Tais-toi !... Si le Cardinal t'entendait !

Scène 15

Corneille, Monsieur de Lamperrière, Colletet, Boisrobert, L'Étoile

Lamperrière le regarde avec colère et lui tourne le dos.

Julie baisse les yeux et garde le silence.

Corneille

Ah ! Monsieur !... Je suis heureux de vous revoir ? Eh bien ?... Avez-vos des nouvelles consolantes ? Que signifie ?... De grâce, Mademoiselle... Expliquez-moi... Mon Dieu !... Cette tristesse ! Ces larmes !...

Ils remontent.

Monsieur de Lamperrière

Venez, Mademoiselle de Lamperrière !... Sortons d'un palais où nous n'avons trouvé que des ennemis !

Bruit de tambours au loin. Lamperrière et Julie s'arrêtent un moment de sortir. La galerie se remplit de seigneurs de Cour.

Corneille

Moi, leur ennemi !...

Monsieur de Lamperrière

Quel est ce bruit ?

Colletet

Messieurs ! Le Roi descend de carrosse !

Corneille

Le Roi !...

Colletet

Oui, mon cher, le roi lui-même.

Boisrobert

Le Cardinal de Richelieu va vous présenter à sa Majesté !

Corneille

Vous !... Présentés au Roi !

L'Étoile

En masse, mon très cher, en masse !

À part.

Corneille

C'est bien messieurs... Le mérite obtient sa juste récompense. Et Rotrou... Qui ne vient pas !... Ah ! S'il pouvait ne pas avoir donné ma lettre !...

Scène 16

Rotrou, Corneille, Monsieur de Lamperrière, Un Huissier, Tous, Boisrobert, Colletet, Julie de Lamperrière

Rotrou

Ami... Ton sort va se décider... Richelieu a lu ta dédicace, mais sans qu'un seul mouvement vint trahir sa pensée !...

Corneille

Il ne t'a rien dit !...

Rotrou

Qu'un seul mot ! Attendez mes ordres !

Corneille

Ah ! Je les connais d'avance !... Il me frappe dans ma gloire, comme dans mon amour !... Eh bien !... Qu'il garde ma dédicace ! Moi, je garderai mon oeuvre !

Monsieur de Lamperrière

Je n'y tiens plus... Il faut que je voie le Roi. Il va passer dans cette galerie, je me jetterai à ses pieds... Il me rendra justice !

Un Huissier

Monseigneur le Cardinal demande auprès de lui Monsieur Corneille.

Tous

Corneille !

Rotrou

Quel espoir !

Un Huissier

Pour vous, Monsieur !

Il la donne à Julie.

Monsieur de Lamperrière

C'est ma destitution !... Je n'aurai jamais la force !...

Boisrobert

Et nous ?... Nous, Monsieur ?...

Il va dans la galerie.

Un Huissier

Je n'ai pas d'ordre qui vous concerne.

Colletet

En voici bien d'une autre !

Rotrou

Songe que le Cardinal t'a fait demander.

Corneille

Ah ! Mon ami, le sort de Julie m'occupe seul en ce moment.

Julie de Lamperrière

Ô ciel !

Monsieur de Lamperrière

Je suis destitué, n'est ce pas ?

Julie de Lamperrière

« J'ai vu votre fille.... Elle m'a intéressé... »

Lisant à son tour.

Monsieur de Lamperrière

Non ! Je suis sauvé ! « Et je veux assurer son bonheur! Accordez sa main à mon ami... Corneille !... »

Tous

Son ami !

Monsieur de Lamperrière

« Et je vous rends mes bonnes grâces. »

Corneille

Ah ! Julie !

Colletet

Messieurs, le vent a sauté, comme disent les marins !

Monsieur de Lamperrière

Comment ! Lui que je croyais !... Il se trouve au contraire !... Mais qu'a-t-il fait pour cela ?

Rotrou

Un chef d'oeuvre de plus !

Monsieur de Lamperrière

Ah ! Parbleu ! Il en est bien capable... Un garçon plein de mérite, de talent ! Julie... Mademoiselle de Lamperrière !... Je vous ordonne de la donner votre main !

Corneille

Julie !... Rotrou !... Je suis bienheureux.

Julie de Lamperrière

Mon père, je porterai le plus beau nom de France !

Un Huissier

Monsieur Corneille, sa Majesté va traverser la galerie !

Monsieur de Lamperrière

Allez, mon gendre !... Allez !

Corneille remonte vers la galerie. Louis XIII paraît.

Rotrou

Ami !... Il ne manque plus rien à la gloire !... La mienne sera de t'avoir deviné.

Tout le monde se découvre. Le Roi s'arrête et fait un signe de la main à Corneille, qui s'incline profondément.

Un Huissier

Le Roi !

Rotrou

Eh bien ! Messieurs !

Colletet

Notre règne est fini !

Rotrou

Celui de Corneille commence !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.