L'Éloge d'Alexandre Dumas
Scène 1
Scène Deuxième
À droite s'ouvre tout à coup l'extrémité d'une galerie dans le style du XVIIIe siècle. Il s'en échappe le bruit harmonieux d'un bal ; l'orchestre joue l'Invitation à la Valse, qui rappelle une des comédies de l'Auteur. - Entre vivement :
Comme elle s'approche de l'estrade, une des statues qui occupent le fond de la scène descend de son piédestal et d'un geste lui barre le chemin. - C'est le Drame, représenté par la Cassandre de l'Orestie.
Scène Troisième
Scène Quatrième
Il se tourne vers l'estrade ; aussitôt, par la coulisse de gauche, entre un vieil homme, mis comme un pauvre paysan, le Roman populaire, sous les traits du Père La Ruine.
Scène 101
Comme il finit, une rumeur éclate. Une étrangère s'est introduite parmi les groupes, qui s'opposent à son passage. On reconnaît, dans son rôle le plus actuel, la Comédie moderne.
Scène Sixième
La Comédie Moderne, D'Artagnan
La Comédie Moderne
Oh ! laissez-moi ! - Je n'ai qu'un mot à dire, hélas ! Mais lui-même, il m'attend ! - Ah ! si je ne suis pas De son oeuvre, je suis du moins de sa famille ! - Pardonne, ô Comédie ancienne, si ta fille Change ta verve ailée en amour du réel Et ta flexible épée en froid et sûr scalpel : C'est un besoin des temps malades où nous sommes ! Et puisqu'on porte encor ton nom parmi les hommes Sans plier sous le poids, - je viens, pour qui tu sais, T'offrir les douces fleurs du deuil, - et je me tais !
Ils entourent l'estrade. Tout à coup paraît auprès du buste, méditative et pâle, une femme majestueuse.
D'Artagnan
Précédez-nous, madame ! - Et nous, si bon vous semble. À cet hommage, amis, nous la suivrons ensemble !
Scène Septième
Le Père la Ruine, D'Artagnan, La France, Tous Les Acteurs
Le Père la Ruine
Ah ! Quelle est cette sainte ?
D'Artagnan
Une reine ! En grand deuil !
Le Père la Ruine
Chapeau bas ! C'est la France !
Aux acteurs.
Tous s'approchent en foule ; au premier rang, on remarque les héros des romans de la Révolution : Ange Pitou, Maurice Linday, Lorin, les Girondins. Derrière eux, les mousquetaires, les mignons, etc.
Aux femmes.
Aux hommes.
La France
Entourez-moi, vous tous ! Princes ! Rois ! Capitaines ! Volontaires ! héros ! - Ma voix ! mon sang ! mes haines ! À moi ! Que je retrouve en vous, dans son éclat, Mon passé, mon honneur, ma force et mon combat ! Que dans l'oeuvre d'un fils, étincelante et fière, Je me sente vivante, invulnérable, entière ! - Que je vous reconnaisse, ô vous, beaux fronts penchés, Ma grâce irrésistible ou mes divins péchés ! Et vous, mes preux, qui grâce à son succès prospère, Une deuxième fois m'aviez conquis la terre ! - Que je vous touche, beaux, ardents et triomphants : Dites que je ne puis mourir, ô mes enfants !
Tous Les Acteurs
Vive la France !
La France
Oui, - que je vive ! - ô Jeunesse, Jeunesse ! c'est par toi qu'il faut que je renaisse ! À votre tâche, enfants ! Surgissez, légions ! Semez le grain nouveau dans les nouveaux sillons ! De l'étude et du beau soyez les volontaires ! Ceignez vos reins ! nourris de doctrines austères, Marchez, libres et purs, brûlants du sacré feu, Et préparez demain la revanche de Dieu ! Clairons de l'avenir, sonnerie boute-selle ! - Comme vos pères, fils pieux, faites-moi belle Et grande, par l'idée et l'invincible esprit ; Et qu'il sache, ce monde où le Droit est proscrit, Que le vainqueur a pu de cette tête altière Arracher la couronne, et jamais la lumière !
Tous Les Acteurs
Vive la France !
Elle baise le buste au front, pendant que les acteurs jettent à leurs pieds des fleurs et des couronnes.
Tous Les Acteurs
Et toi, qui m'exaltes ainsi, Ô poète, conteur, magicien, - merci ! Que ceux que tu chantas, que ce peuple qui t'aime Te loue, et que la foule, à cette heure suprême, Couronne de lauriers ton beau front inspiré ! Qu'ils te jonchent de fleurs... Moi, je t'embrasserai !