L'Heureuse Erreur
Scène 1
Lisette
Le théâtre représente un salon très orné.
Lisette
Oh ! Pour le coup, ma réussite est certaine ; me voilà reçue chez la jeune Comtesse, et déjà dans ses bonnes grâces : elle a donné, tête baissée, dans les pièges que je lui ai tendus ; et au vif intérêt que ma maîtresse paraît prendre à ce badinage, je ne doute point que ma récompense ne soit proportionnée au plaisir que je vais lui faire.
Scène 2
Dubois, Lisette
Dubois
Mademoiselle Lisette, il y a là une jeune paysanne qui vous demande.
Lisette
Moi ?
Dubois
Vous-même.
Lisette
Je ne connais personne dans ce village.
Dubois
Elle n'est pas d'ici ; mais elle est bien jolie !
Lisette
Elle se trompe peut-être.
Dubois
Non, elle a bien demandé mademoiselle Lisette, depuis deux jours au service de madame la Comtesse Delfort et qui servait avant mademoiselle Sophie, fille de feu Monsieur le Marquis Delval.
Lisette
C'est bien moi ; mais il faut qu'elle attende, Madame écrit, sa toilette n'est pas achevée, elle peut me sonner d'un moment à l'autre, il ne faut pas que je m'éloigne : et je n'ose faire entrer ici.
Dubois
Pourquoi ?
Lisette
Madame pourrait y trouver à redire.
Dubois
Elle ? Ah ! Vous ne la connaissez pas. Elle est bonne... bonne par excellence ; et sans son aversion pour tous les hommes, ce serait une femme absolument parfaite.
Lisette
Mais, d'où lui vient donc cette haine ?
Dubois
Ah ! Elle n'a pas tout-à-fait tort.
Lisette
Comment ?
Dubois
J'étais domestique de feu son pauvre père, et j'ai vu tout cela ; à quatorze ans elle est devenue éperdument amoureuse d'un étourdi dont la fortune, ni le rang, n'étaient pas dignes d'elle ; le bon papa, qui l'aimait comme ses yeux, n'eut pas la force de résister à ses prières : le mariage se fit, et son époux la rendit si malheureuse que ce digne père en mourut de chagrin.
Lisette
Ah ! Bon Dieu !
Dubois
Ce monstre d'ingratitude, ne lui survécut pas longtemps, et notre jeune maîtresse se trouvant libre, s'est retirée dans ce château, en promettant de n'y jamais recevoir aucun homme.
Lisette
Y a-t-il longtemps que cela dure ?
Dubois
Elle n'a vécu que deux ans avec son mari, et il y a plus de dix-huit mois qu'elle est veuve.
Lisette
Dix-huit mois ! Et cette haine contre les hommes ne s'affaiblit point ?
Dubois
Au contraire ; elle ne voit absolument que son frère ; nous n'osons pas même la servir à table, et si une de ses femmes nous parle deux fois. À la porte.
Lisette
Voici donc notre dernière conversation. Faites entrer cette fille.
Il sort.
Dubois
Je vais vous l'amener, mademoiselle Lisette.
Scène 3
Lisette
Lisette
Personne ne sait que je suis ici. Que peut me vouloir cette paysanne ? Quelle sottise de me tourmenter ! Est-ce que je ne vais pas le savoir ?
Scène 4
Dubois, Lisette, Sophie Delval
Dubois
La voilà, mademoiselle Lisette.
Lisette
C'est vous, Mad.....
Sophie Delval
Oui, ma chère cousine ! C'est moi.
Dubois
Ah ! C'est votre cousine ?
Sophie Delval
Prends-bien garde !
Lisette
Tout est dit.
Dubois
Elle est bien jolie, oui !
Lisette
Laissez-nous, s'il vous plaît.
Il sort.
Dubois
Je m'en vas. Mais il n'y en a pas une ici qui la vaille.
Scène 5
Lisette, Sophie Delval
Lisette
Hé, bon Dieu ! Mademoiselle, que venez vous faire ici dans cet équipage ?
Sophie Delval
Sommes-nous en sûreté ?
Lisette
Le cabinet de la Comtesse est éloigné, et personne ne peut nous entendre.
Sophie Delval
Je n'ai pu résister à mon impatience. Comment vont nos affaires ?
Lisette
À merveille !
Sophie Delval
Tant mieux !
Lisette
Je me suis présentée chez la Comtesse, qui cherchait en effet une femme de chambre, adroite, intelligente ; car le projet de la retraite n'ôte jamais, à une jolie femme, le goût de la parure.
Sophie Delval
Hé bien !
Lisette
Hé bien ! Je n'ai pas eu de peine à réussir ; et dès le premier jour, un coup de peigne, donné avec élégance, une fleur placée avec grâce, il n'en a pas fallu davantage pour me mettre en faveur.
Sophie Delval
Comment, elle aime encore la parure ? Et elle ne reçoit que des femmes !
Lisette
Cela vous étonne ? Allez, Madame, le plaisir d'enflammer le coeur des hommes est moins vif, pour bien des belles, que celui d'humilier l'amour propre des femmes.
Sophie Delval
À merveille !
Lisette
Elle m'a demandé d'où je sortais. Je vous ai nommée.
Sophie Delval
Hé bien ?
Lisette
Alors, elle m'a fait plusieurs questions sur votre compte, auxquelles j'ai répondu comme nous en étions convenues.
Sophie Delval
Ho ! Je veux savoir tous les détails.
Lisette
Elle a commencé par me dire : « Il est bien étonnant que nous ne nous soyons jamais vues, ayant des terres aussi voisines. Par quelle raison a-t-elle toujours refusé les invitations que je lui ai fait faire. »
Sophie Delval
Qu'as-tu répondu ?
À Sophie.
Lisette
« Ma foi, Madame, vous ne recevez point d'hommes, et votre entêtement sur cet article, paraît, à mademoiselle Sophie, une extravagance insupportable. - Ah ! Ma pauvre enfant ! Sophie ne connaît pas les hommes comme moi ; ce sont tous "des monstres ! - Hé bien ! - Mademoiselle est persuadée que cette aversion que vous avez pour l'espèce en général, n'est qu'un sentiment passager, et que lorsque vous aurez renoncé à cette chimère, il ne vous restera plus que le regret cruel d'en avoir trop prolongé la durée. - Elle se trompe, ma haine sera éternelle. - Éternelle ? Bon, s'il n'y avait point de Mademoiselle Sophie au monde. - Que veux-tu dire ? - Rien. - Parle. - Je n'ose. - D'où vient ? - C'est un secret qu'elle m'a confié. - Tu n'es plus à elle. - Il est vrai ; mais... - Quoi ? - Le secret vous regarde uniquement... - Moi ? - Vous-même. - Raison de plus pour m'en instruire. - En effet, je suis à vous, et mon zèle doit étouffer mes scrupules. - Dis donc, dis donc. » Vous voyez que peu à peu je la conduisais à désirer vivement de savoir ce que je mourais d'envie de lui apprendre.
Sophie Delval
À merveille ! Après ?
Lisette
« Mademoiselle Sophie, ai-je ajouté avec un air de confidence, a le plus grand mépris pour son sexe ; elle regrette de ne pas être homme, elle soutient que toutes les femmes sont folles, extravagantes, présomptueuses, sans tenues dans leurs projets, sans solidité dans leurs résolutions ; et, pour vous prouver que vous êtes vous-même au nombre de ces femmelettes, qui se proposent tout et n'exécutent rien, elle a résolu de venir ici sous le nom de son frère. - Est-il possible ? - Et elle a même gagé, que si elle parvient à vous voir, elle se fera aimer de vous, et jouira ensuite du plaisir de vous faire rougir d'avoir eu l'orgueil téméraire de vous croire capable de tenir un serment. »
Sophie Delval
Hé bien ?
Lisette
« Ah ! Lisette, m'a-t-elle dit, en m'embrassant, je reconnaîtrai le service que tu viens de me rendre ; je la recevrai et je la badinerai si bien, que les rieurs ne seront pas de son côté. »
Sophie Delval
Elle est donc bien déterminée à me recevoir sous le nom de mon frère ?
Lisette
Oui, Madame.
Sophie Delval
Voilà tout ce que je voulais.
Lisette
Oh ! Ça, je me suis bien acquittée de ma commission.
Sophie Delval
On ne peut pas mieux !
Lisette
Maintenant, si vous voulez que je continue à vous servir, mettez-moi donc au fait de vos projets ; car je n'y comprends encore rien.
Sophie Delval
Écoutes. Tu sais combien j'aime mon frère, et tu connais la tendre amitié qu'il a pour moi ?
Lisette
Ah ! Ça ! Il vous aime comme une maîtresse et vous respecte comme une mère, quoiqu'il ne soit votre cadet que d'une année.
Sophie Delval
Depuis la perte de notre père, il s'est reposé sur moi du soin de gouverner nos biens, et je ne m'occupe que du plaisir de le rendre heureux ; la Comtesse est jeune, charmante et puissamment riche ; il est dans l'âge où le besoin d'aimer force toujours à faire un choix, et c'est de ce premier choix que dépend le bonheur de la vie ; s'il tombe sur un vil objet, les moeurs se corrompent, le coeur se déprave, et les plaisirs honnêtes sont perdus sans ressource ; mais s'il se fixe sur une femme estimable, l'amour n'est connu que sous les traits de l'innocence et de la sagesse, l'âme se rempli d'une volupté pure, et l'on reste vertueux toute la vie.
Lisette
Mais, votre frère aimera-t-il à commandement ?
Sophie Delval
Mon frère est charmant, la Comtesse est pleine de mérite, elle lui plaira, j'en suis sûre, et je ne doute pas qu'il ne fasse aussi la plus vive impression sur son coeur ; le plus difficile était de leur procurer les moyens de se voir, ton adresse a su lever cet obstacle, c'est à l'amour à faire le reste.
Lisette
Comment, à l'amour ?
Sophie Delval
Sans doute.
Lisette
Mais, quand sous des habits d'hommes vous gagneriez le coeur de la Comtesse, votre frère n'en serait pas plus avancé, quoiqu'il vous ressemble infiniment, il n'est pas possible de s'y méprendre.
Sophie Delval
Aussi n'est-ce pas moi qui vais me présenter ici.
Lisette
Comment ?
Sophie Delval
J'ai écrit à Delval d'obtenir une lettre de recommandation, du Commandeur Delbon, pour Monsieur Luville, son neveu et frère de la Comtesse. Il doit arriver aujourd'hui ; la Comtesse, qui va le prendre pour une femme, ne s'en défiera pas, et les agaceries qu'elle lui fera, serviront à développer avec plus de facilité, tous les sentiments qu'ils pourront mutuellement s'inspirer.
Lisette
Et votre frère est instruit de la ruse ?
Sophie Delval
Je m'en serais bien gardée !
Lisette
Pourquoi ?
Sophie Delval
Tu ne le connais pas ; ennemi de la plus légère supercherie, il ne se serait jamais prêté à mon projet.
Lisette
Cela peut devenir très plaisant.
Sophie Delval
Il faut surtout qu'il ignore que je suis ici ; je resterai dans le village, et tu viendras m'informer de tout ce qui se passera.
Lisette
Hé, si votre frère vient à me rencontrer ?
Sophie Delval
Qu'importe, pourvu qu'il n'y ait point d'explications devant la Comtesse. Et c'est à toi de les éviter.
Lisette
Laissez-moi faire, me voilà bien instruite... et...
Scène 6
Monsieur Luville, Lisette, Sophie Delval
Monsieur Luville
Lisette, est-il jour chez ma soeur ?
Lisette
Il y a longtemps, Monsieur.
Monsieur Luville
Qu'est-ce que c'est que cette charmante paysanne ?
Lisette
Monsieur,... c'est...
Monsieur Luville
C'est !...
Lisette
Je vous demande pardon, Monsieur, c'est ma cousine.
Monsieur Luville
Pourquoi me demandes-tu pardon ?
Lisette
Monsieur... c'est que... dans les maisons.... on n'est pas content, quelquefois, que les domestiques soient si près de leur pays ; les visites des parents ennuient les maîtres... et...
Sophie fait la révérence.
À part.
Haut.
Monsieur Luville
Mais, point du tout ; elle est charmante la petite cousine ! Qu'elle a de grâce ! D'où êtes-vous, ma belle enfant ?
Sophie Delval
Monsieur, je suis d'un village qui est à six lieux d'ici.
Monsieur Luville
Et, où allez-vous ? Que faites-vous ?
Sophie Delval
J'allais au château voisin, retrouver ma cousine.
Monsieur Luville
Pourquoi faire ?
Sophie Delval
Comme mademoiselle Sophie Delval a eu bien des bontés pour moi...
Monsieur Luville
Vous connaissez mademoiselle Delval ?
Sophie Delval
J'ai eu le bonheur d'être élevée avec elle, je ne l'ai quittée que pour secourir mes parents, je viens de les perdre, et j'allais réclamer ses bontés, quand j'ai appris que ma cousine n'était plus à son service ; n'osant me présenter au château, je suis venue la trouver ici ; et, quand Monsieur est entré, elle me disait qu'il n'y avait rien à espérer pour moi.
Monsieur Luville
Hé, pourquoi donc, Lisette ? Hé, mais, vous avez tort ; il ne faut point abandonner cette jeune personne, cela serait affreux ! Il faut qu'elle reste ici.
Sophie Delval
Ah ! Monsieur ! Quelle bonté !
Lisette
Monsieur, étant moi-même nouvellement reçue dans la maison, je n'aurais jamais eu la hardiesse de vous en faire la prière.
Monsieur Luville
Mais, pourquoi donc ? J'aime à rendre service, moi ! Cette jeune personne n'a plus de parents ; elle n'a point assez d'expérience pour être abandonnée à elle-même. Il faut, Lisette, que vous en ayez soin, comme si elle était votre fille.
Lisette
Oui, Monsieur.
Monsieur Luville
Qu'elle demeure avec vous.
Lisette
Oui, Monsieur.
Monsieur Luville
Et moi, je vous promets de reconnaître les soins que vous prendrez d'elle.
Sophie Delval
Croyez, Monsieur, que je suis vivement touchée de vos bontés.
À Lisette.
Monsieur Luville
Hé, mais cela n'en vaut pas la peine ; ce que je fais est tout simple ; il n'y a pas de spectacle plus attendrissant pour une âme sensible, que la beauté dans l'indigence. Allez, Lisette, allez vite donner ordre, de ma part, qu'on lui prépare une chambre voisine de la vôtre ; il faudra qu'elle s'occupe, sans quelle soit obligé de sortir, et vous aurez grand soin, surtout, de ne la charger jamais que d'ouvrages qui la dissipe, sans la fatiguer.
Sophie fait une profonde révérence et veut sortir, et Lisette, en s'en allant dit :
Lisette
Reposez-vous sur moi. Allons, ma cousine, remerciez Monsieur, et suivez-moi. Il est pris.
Sophie Delval
Il est bien aimable !
Monsieur Luville
Que dites-vous, tout bas, à votre cousine ?
Sophie Delval
Que je n'oublierai jamais le service que vous me rendez.
Monsieur Luville
Je ne me bornerai pas à cela ; mais, c'est que vous m'intéressez infiniment !
Lisette
Allons, encore une révérence, et partons.
Monsieur Luville
Un moment. Comment vous nomme-t-on ?
Sophie Delval
Je me...
Monsieur Luville
Vous n'osez dire votre nom ?
Sophie Delval
Pardonnez-moi, Monsieur, je m'appelle Mariane.
Monsieur Luville
Eh bien, belle Mariane, croyez que je ferai mon possible pour que vous puissiez vous rappeler avec plaisir l'instant où le hasard vous a conduit dans ce château.
Sophie Delval
Ah ! Monsieur ! Je crois que je ne l'oublierai jamais !
Monsieur Luville
Que voulez-vous dire ?
Sophie Delval
Adieu, Monsieur.
Monsieur Luville
Encore un moment. Lisette, allez toujours faire préparer sa chambre, et vous la viendrez reprendre ici.
Sophie Delval
Permettez que je me retire avec elle.
Monsieur Luville
Belle Mariane, vous pouvez rester ; on doit être sur d'imprimer le respect, quand on porte sur le front l'empreinte de l'honnêteté.
Sophie Delval
Je me plais à ne pas douter de la vôtre mais Mademoiselle Sophie, qui m'a inspiré l'amour de la sagesse, m'a toujours dit, que la retenue dans les discours, et la décence dans les actions, étaient les deux premières qualités d'une fille honnête. Permettez-moi de mettre ses leçons en pratique, en ne restant pas seule avec vous.
Monsieur Luville
Allez-donc, charmante Mariane. Tout me paraît en vous au-dessus de votre état, et je vois avec la plus vive satisfaction, que vous inspirez autant d'admiration que d'estime.
Elle salue.
Sophie Delval
Le temps vous apprendra quel cas je fais de la vôtre, par les soins que je prendrai pour la mériter. Adieu, Monsieur.
Lisette
Hé bien ! Qu'en dites-vous ?
Elles sortent.
Sophie Delval
Qu'un homme aimable, dont l'âme est honnête est bien dangereux pour une femme sensible.
Scène 7
Monsieur Luville
Monsieur Luville
Quelle figure intéressante ! Quel feu dans le regard ! Et quelle modestie répandue dans toute sa personne ! En vérité, j'avais entendu dire beaucoup de bien de Sophie Delval, mais sa petite élève m'en donne la plus haute opinion ! Non, jamais femme n'a fait une telle impression sur mon coeur ! Ce qu'elle m'a dit en s'éloignant, m'a fait tressaillir. Qu'il serait doux de s'en faire aimer ! Mais si son âme répond à son extérieur, qu'il serait affreux d'en abuser !
Scène 8
André, Monsieur Luville
André
Dam ! Je ne trouve personne, moi !
Monsieur Luville
Que voulez-vous, mon ami ?
André
Êtes-vous de la maison, vous ?
Monsieur Luville
Il y a quelque apparence.
André
Hé bien, allez annoncer que ma maîtresse est là.
Monsieur Luville
Ah ! Ah ! Et qui est votre maîtresse ?
André
Non, non, c'est mon maître que je veux dire ; que je suis donc bête, moi !
Monsieur Luville
Hé bien, qui est votre maître ?
André
Dam ! C'est Monsieur Delval !
Monsieur Luville
Monsieur Delval est ici ?
André
Dam, oui.
Monsieur Luville
Et il n'y a aucun de mes gens dans l'antichambre ?
André
Vos gens ? Est-ce que vous êtes le maître, vous ?
Monsieur Luville
À peu-près.
André
Dam ! Je ne savais pas cela, moi.
Monsieur Luville
Je vais au-devant de lui.
André
C'est inutile.
Monsieur Luville
Comment ?
André
Il est là.
Monsieur Luville
Qu'il entre donc.
André
Entrez, Monsieur, Monsieur.
Scène 9
Monsieur Luville, Delval, André
Monsieur Luville
Je dois, sans doute, rendre grâce au hasard, Monsieur, car lui seul peut vous avoir conduit dans notre solitude.
Delval
Vous êtes dans l'erreur, Monsieur, mon voyage est prémédité, et j'aurais été désespéré de ne pas vous trouver ici.
Monsieur Luville
Serais-je assez heureux pour pouvoir vous être utile ?
Delval
Je suis chargé de vous remettre une lettre.
Monsieur Luville
De quelque part qu'elle vienne, je dois avoir beaucoup d'obligations à celui qui me l'écrit, puisqu'elle me procure le plaisir de faire votre connaissance.
Delval
C'est le Commandeur d'Elbon qui a bien voulu me la confier, et j'ai reçu cette faveur avec toute la reconnaissance qu'elle mérite.
Monsieur Luville
C'est de notre cher oncle ! Hé ! Comment se porte-t-il ?
Delval
À merveille !... Et vous aimant toujours avec tendresse !
Il lit.
Il s'interrompt.
Delval s'incline et Luville continue de lire.
Monsieur Luville
Ma foi, nous lui rendons bien ! « Je vous recommande vivement la personne qui vous remettra ma lettre, mon cher neveu. » Comment, c'est une recommandation ? Un homme tel que vous n'en a pas besoin. « C'est le jeune Marquis Delval dont le nom vous est connu, et dont les brillantes dispositions annoncent le mérite le plus distingué : engagez ma nièce à le recevoir, dites-lui que je l'en prie ; sa solitude me désespère ; vous savez combien je vous aime tous les deux ; je ne m'occupe que de votre bonheur et je serais au comble de mes voeux si je pouvais l'assurer à jamais. » Ce cher homme ! Je lui ai, sans doute, beaucoup d'obligations de vous avoir engagé à venir ici, mais je crains bien que vous ne lui en ayez pas autant que moi.
Delval
D'où vient ?
Monsieur Luville
Vous allez vous ennuyer à périr ! Ce château : appartient à ma soeur ; elle n'y reçois jamais d'homme, elle les a tous en horreur.
André
Ah ! C'est plaisant çà !
Delval
Hein !
Monsieur Luville
Qu'est-ce que tu trouves donc de si plaisant à cela ?
André
C'est que la Dame que je servais les aimait tant, tant, tant....
À Luville.
Delval
Paix. Mais cette aversion est elle aussi forte qu'on le dit ?
Monsieur Luville
C'est au-delà de toute expression ! Au point que je doute fort que malgré la prière de mon oncle, vous puissiez obtenir la permission de la voir un seul instant.
André
Ah ! C'est ben drôle toujours !
Delval
Te tairas-tu ?
André
Dam ! Il faut donc être là comme une statue. Si du moins, Moniteur voulait me conduire dans votre appartement je préparerais votre toilette, çà m'amuserais.
Monsieur Luville
Sonnez, mon ami.
Il sonne.
André
Ben volontiers, Monsieur. Déjà ça fera plaisir à Monsieur, car il aime la toilette comme une femme.
Delval
Finiras-tu ?
André
Hé ben, c'est fini.
Scène 10
Monsieur Luville, André, Delval
Monsieur Luville
Conduisez ce garçon à l'appartement du Commandeur, que Monsieur Delval va occuper.
André
Monsieur ben obligé ; vous êtes ben honnête !
Delval
Permettez-moi de les suivre ; si votre aimable soeur daigne me recevoir, il ne serait pas décent de me présenter devant elle en habit de voyage.
Monsieur Luville
Vous êtes le maître. Mais je crains bien que ce ne soit une toilette perdue.
Delval
J'ose encore espérer que non.
Monsieur Luville
Je le souhaite, et je vais faire mon possible pour y engager ma soeur.
Il sort avec André.
Delval
Je vous en aurai le plus grande obligeance.
Scène 11
Monsieur Luville
Il appelle.
Monsieur Luville
Il est très aimable, ce jeune homme. Mais comme il va s'ennuyer ! Ma soeur ne le recevra pas, et mes nouveaux sentiments ne me permettront pas de lui faire exactement compagnie. Lisette.
Scène 12
Lisette, Monsieur Luville
Lisette
Que veut Monsieur ?
Monsieur Luville
Où est votre cousine ?
Lisette
Est-ce pour cela que vous m'appelez ?
Monsieur Luville
Non. Dites à ma soeur que je la prie de passer dans ce salon.
Lisette
Que n'allez-vous à son cabinet ?
Monsieur Luville
Non ; je veux lui parler ici.
Lisette
À la bonne heure.
Monsieur Luville
Écoute donc.
Lisette
Quoi ?
Monsieur Luville
Rien, rien.
Lisette
Il en tient.
Scène 13
Monsieur Luville
Monsieur Luville
J'aime mieux lui parler ici : si elle refuse absolument de voir Delval, je pourrai le faire venir sans qu'elle s'en doute. C'est mon oncle qui désire cette double alliance ; il m'a souvent parlé de Sophie Delval. Mais cela ne réussira pas. La misanthropie de la comtesse ; l'arrivée de Marianne... Je ne crois pas que ma soeur, ni moi, soyons mariés de longtemps.
Scène 14
La Comtesse Delfort, Monsieur Luville
La Comtesse Delfort
Qu'avez vous donc à me dire ? Et pourquoi ne pas entrer ?
La Comtesse sourit à mesure qu'elle lit la lettre.
Monsieur Luville
Lisez cette lettre, et dictez-moi la réponse. Hé bien ma soeur ?
La Comtesse Delfort
Hé bien, mon frère, la recommandation de mon oncle est toute puissante sur moi, et je suis prête à recevoir son protégé.
Monsieur Luville
J'en suis charmé... Mais je ne m'y attendais pas.
La Comtesse Delfort
Pourquoi ?
Monsieur Luville
Et cette promesse solennelle de ne jamais recevoir un homme ? Ce voeu qui devait être observé si scrupuleusement...
La Comtesse Delfort
Cette visite-ci ne me rendra pas parjure.
Monsieur Luville
Vous le croyez ?
La Comtesse Delfort
J'en suis sûre.
Monsieur Luville
Expliquez-vous?
La Comtesse Delfort
Ce jeune Marquis qui vous est si fortement recommandé par mon oncle...
Monsieur Luville
Hé bien ?
La Comtesse Delfort
N'est autre chose que Sophie Delval notre charmante voisine.
Monsieur Luville
Cela ne se peut pas !
La Comtesse Delfort
Cela est.
Monsieur Luville
Est-il possible ?
La Comtesse Delfort
J'en ai la preuve.
Monsieur Luville
Comment ?
La Comtesse Delfort
Lisette, qui sort de chez elle, m'a fait confidence de son projet.
Monsieur Luville
Quel projet ?
La Comtesse Delfort
De me tourner en ridicule en se faisant aimer de moi.
Monsieur Luville
Et vous pouvez soupçonner le Commandeur de s'être prêté à cette supercherie ?
La Comtesse Delfort
Point du tout ; Sophie aura prié son frère, qui est à Paris, où il achève ses exercices, de demander une lettre de recommandation au Commandeur, et elle s'en sert aujourd'hui pour exécuter son dessein.
Monsieur Luville
Ah ! Cela pourrait bien être, car son valet, qui est une espèce d'imbécile, a commencé par l'appeler Madame.
La Comtesse Delfort
Rien n'est plus sûr, vous dis-je ; il faut, mon frère, nous entendre si bien et la badiner si joliment, qu'elle soit obligée de convenir, malgré tout l'esprit qu'on lui accorde, que nous sommes encore plus fins qu'elle.
Monsieur Luville
Ah ! Laissez-moi faire : à trompeur, trompeur et demi. Je vais chercher notre fripon d'hôte, et vous le présenter. Ah ! Parbleu cette aventure m'amuserait infiniment si...
La Comtesse Delfort
Quoi ?
Monsieur Luville
C'est que.... rien, rien.
La Comtesse Delfort
Ah ! Mon frère ! Vous avez des secrets pour moi ?
Monsieur Luville
Pardon ma petite soeur... Je n'en aurai plus.
La Comtesse Delfort
Dites-moi donc ce qui vous occupe ?
En se sauvant.
Monsieur Luville
Hé bien !... Vous le saurez.
Scène 15
La Comtesse Delfort
La Comtesse Delfort
Qu'est-ce que cela signifie ?
Scène 16
Lisette, La Comtesse Delfort
Lisette
Ah ! Madame ! Elle est ici, je viens de la voir !
La Comtesse Delfort
Caches-toi dans mon cabinet, si elle t'aperçoit tout est découvert.
Lisette
Ne craignez rien ; elle est charmante en homme !
La Comtesse Delfort
On vient.
Lisette
Je me sauve !
Scène 17
Monsieur Luville, Delval, La Comtesse Delfort
On se salue.
Monsieur Luville
Ma soeur, voilà Monsieur Delval, que je vous présente.
Delval
Qu'elle est belle !
Monsieur Luville
Il n'avait pas besoin de recommandation, au moins : avec une figure comme celle-là, on est bien reçu partout.
Delval
Rien ne pourra jamais m'acquitter envers votre oncle, Madame ; c'est à lui que je dois le bonheur de vous présenter mes hommages.
Haut.
La Comtesse Delfort
Qu'elle a bonne grâce ! Ce bonheur n'en doit pas être un bien grand pour vous.
Delval
Il ne faut que des yeux pour admirer vos charmes ; mais avec un coeur, on court le risque d'en sentir trop vivement le prix.
La Comtesse Delfort
Ah ! Monsieur, la flatterie est un poison qui n'a point encore corrompu notre retraite ; et je serais vraiment fâchée qu'il y pénétrât.
Delval
Louer ce qu'on admire, exprimer ce qu'on pense, appelez-vous cela de la flatterie ?
La Comtesse Delfort
Style de Paris, Monsieur, style de Paris ! Et vous oubliez que nous sommes au village.
Il l'embrasse.
Monsieur Luville
Elle a raison : nous n'aimons ici que la liberté et la franchise ; je vais vous instruire de notre façon de vivre, et vous aurez la bonté de vous y conformer si vous voulez rester avec nous. Point de façon avec moi. Point d'amour avec ma soeur ; tant que vous observerez scrupuleusement ces deux conditions, vous serez reçus à bras ouverts ; dès que vous y manquerez, adieu. Cette déclaration-là s'appelle je crois de la franchise. À l'égard de la liberté, je vous laisse seul avec ma soeur ; vous voyez qu'on n'est pas gêné ici ! Adieu. Bonjour ma soeur !
La Comtesse Delfort
Qu'elle est bien en homme !
À Delval.
Monsieur Luville
C'est à s'y méprendre. Bonjour notre cher hôte.
Delval
Monsieur, je...
Monsieur Luville
À propos ! Eh vous ne l'avez pas embrassée en entrant !
Delval
Monsieur, je sais trop...
Monsieur Luville
Ah ! Que vous êtes timide ! Allons, allons.
Delval
Cet honneur....
Monsieur Luville
Embrasses-le donc toi-même, car cela ne finirait pas.
Après avoir embrassé Delval qui reste stupéfait, elle et Luville éclatent de rire.
La Comtesse Delfort
Ah ! Bien volontiers !
Delval
Qu'est-ce que cela signifie ?
Il sort en riant.
Monsieur Luville
Cela vous étonne ? Ah ! Vous en verrez bien d'autres !
Scène 18
La Comtesse Delfort, Delval
La Comtesse Delfort
Qu'avez-vous donc, Monsieur ? Vous avez l'air tout interdit.
Delval
J'avoue, Madame, que ma situation est embarrassante.
La Comtesse Delfort
En vérité ?
Delval
Elle est neuve pour moi.
La Comtesse Delfort
Je le croirais assez. Cependant on ne le dirait pas à votre contenance.
Delval
Les volontés de Monsieur votre frère semblent être en contradiction avec sa conduite.
La Comtesse Delfort
En quoi ?
Delval
Il me permet de vous voir, il me laisse seul avec vous ; et il me défend de vous parler d'amour.
La Comtesse Delfort
C'est qu'il est ennemi déclaré du mensonge.
Delval
En vous avouant qu'on vous aime, peut-on s'écarter de la vérité ?
La Comtesse Delfort
C'est selon la personne.
Delval
Selon la personne ?
La Comtesse Delfort
Oui.
Delval
Comment ?
La Comtesse Delfort
Vous, par exemple...
Delval
Hé bien. Moi.
La Comtesse Delfort
Si vous me disiez que vous m'aimez...
Delval
Si je vous le disais ?
La Comtesse Delfort
Vous ne le penseriez sûrement pas.
Delval
Me croyez-vous un coeur insensible ?
La Comtesse Delfort
Vous n'en avez pas l'air.
Delval
Hé pourquoi donc douteriez-vous de mon amour ?
La Comtesse Delfort
C'est que je ne crois jamais à l'impossible.
Delval
À l'impossible ?
La Comtesse Delfort
Oh ! Oui, à l'impossible.
Delval
Ah ! Que vous lisez mal dans mon coeur !
La Comtesse Delfort
Peut-être mieux que vous ne croyez.
Delval
Détrompez-vous, Madame : et pardonnez-moi un aveu que votre incrédulité m'arrache. Je n'avais point encore connu le sentiment que vous m'inspirez.
La Comtesse Delfort
Cela est possible.
Delval
Votre premier regard a pénétré mon coeur....
La Comtesse Delfort
Ah ! Ciel!
Delval
Et maintenant je ne puis plus vivre que pour vous adorer !
La Comtesse Delfort
Savez-vous que cela imite le naturel ?
Delval
Pourriez-vous être en doute sur ma sincérité ?
La Comtesse Delfort
En doute ? Oh ! Non, je vous assure.
Delval
Vous rendez donc justice à mon coeur ?
La Comtesse Delfort
Assurément !
Delval
Et vous croyez que je vous aime ?
La Comtesse Delfort
Non. Mais je suis fermement convaincue du contraire.
Delval
Ah ! Les serments les plus forts !...
La Comtesse Delfort
Ne me persuaderont pas.
Delval
C'est-à dire, que vous me placez dans la classe de ces hommes fourbes, qui...
La Comtesse Delfort
Non, Monsieur, vous vous trompez. Moi, vous mettre au nombre de ces hommes-là ? Ah ! Ne me supposez pas si peu de discernement, je vous distingue sans doute, et je vois clairement la différence qu'il y a entre vous et tous les hommes.
Delval
Cette flatteuse préférence.
La Comtesse Delfort
Reste à savoir si c'en est une.
Delval
Quoi ! Vous pourriez me mettre au-dessous de ceux que vous détestés ?
La Comtesse Delfort
Ah ça ! Parlons raison : il faut un peu mieux connaître les gens pour leur assigner avec équité la place qu'ils méritent.
Delval
Rien de plus juste, et le temps....
La Comtesse Delfort
Oh ! Je sais bien, qu'avec le temps, tout ce découvrira. Mais il est un moyen sûr de l'abréger.
Delval
Daignez me l'indiquer.
La Comtesse Delfort
Eh bien ! Mettez-moi vous-même dans le cas de pouvoir vous apprécier.
Delval
Que faire pour cela ?
La Comtesse Delfort
Une chose très simple.
Delval
Et c'est ?
La Comtesse Delfort
De me dire la vérité.
Delval
Sur quoi ?
La Comtesse Delfort
Le voici. Ce n'est pas sans dessein que vous êtes ici : quels sont les motifs qui vous ont inspirés l'envie de me connaître ? Répondez sans détour, et n'espérez pas me tromper.
Delval
J'ai souvent entendu vanter vos charmes ; on m'a fait un éloge si brillant de tout votre mérite, que je n'ai pu résister au désir de voir une personne si accomplie ; et j'éprouve, au dépend de ma liberté, que le portrait n'était pas flatté.
La Comtesse Delfort
Je vous demande bien pardon, Monsieur ; mais vous mentez !
Delval
Cessez de m'accuser de fausseté ; j'en suis incapable. Mais j'avouerai qu'avant de vous connaître, j'avais formé le projet de vous rendre des soins, et de tout mettre en usage pour me faire aimer de vous...
La Comtesse Delfort
Ah ! Vous parlez vrai à présent ; j'en suis sûre.
Delval
Et dès que je vous ai vu, mon coeur a ratifié des projets que la raison seule avait formés.
La Comtesse Delfort
La raison ? Je crois que vous vous trompez de mot.
Delval
Il est vrai, c'était un pressentiment secret qui m'entraînait invinciblement vers l'objet adorable que je devais aimer toute ma vie !
La Comtesse Delfort
Toute votre vie !
Delval
Oui, Madame, et je jure à vos pieds que mon amour sera aussi constant qu'il est tendre et sincère.
La Comtesse Delfort
Oh ! Pour cela, je le crois.
Delval
Hé bien, décidez de mon sort.
La Comtesse Delfort
Volontiers.
Delval
J'attends mon arrêt.
La Comtesse Delfort
Je suis franche.
Delval
Parlez.
La Comtesse Delfort
Vous êtes charmant !
Delval
Madame...
La Comtesse Delfort
Mais pour de l'amour, vous ne m'en inspirerez de votre vie.
Delval
Juste Ciel !
La Comtesse Delfort
Ah ! C'est cruel!
Delval
Et vous allez, sans doute, m'ordonner de vous fuir ?
La Comtesse Delfort
Non vraiment. Vous pouvez rester.
Delval
C'est du moins une marque de préférence.
La Comtesse Delfort
Pas du tout. Je vous permets de rester, parce que vous n'êtes pas dangereux.
Delval
Le compliment n'est pas flatteur !
La Comtesse Delfort
Je pourrais en dire davantage sans mentir.
Delval
En effet, vous pouvez me dire que vous me haïssez.
La Comtesse Delfort
Non, je ne vous haïs point; et si vous voulez lever ce voile épais qui me cache le fond de votre coeur, et m'aimer de bonne foi, je pourrais à mon tour vous aimer à la folie.
Delval
Ah ! Vous me rendez la vie ; si vous mesurez vos sentiments sur les miens, bientôt un amour mutuel...
La Comtesse Delfort
Fi-donc ! Cela ne se peut pas.
Delval
D'où vient ?
La Comtesse Delfort
Allons ! Allons !
Delval
Expliquez-vous ?
La Comtesse Delfort
Dites-moi une chose.
Delval
Quoi !
La Comtesse Delfort
Croyez-vous que les hommes sachent encore aimer ?
Delval
Je n'en saurais douter depuis que je vous ai vue.
La Comtesse Delfort
Oh ! La preuve est convaincante !
Delval
Je l'ai prise dans mon coeur.
La Comtesse Delfort
Je parle des hommes.
Delval
J'entends bien ; vous faites une question générale.
La Comtesse Delfort
Justement. Croyez-vous, dis-je, qu'ils sachent encore aimer ?
Delval
Sans doute.
La Comtesse Delfort
Et moi, je crois tout le contraire. Ils prennent quelquefois le désir pour l'amour, mais le bonheur détruit bientôt l'illusion.
Delval
Ne les jugez pas tous ainsi ; je suis encore bien jeune, et cependant j'en ai connu beaucoup dont l'amour augmentait par la possession.
La Comtesse Delfort
Beaucoup ?
Delval
Oui, Madame, beaucoup.
La Comtesse Delfort
Je vous en fais mon compliment.
Delval
Dans une affaire qui me regarde personnellement, je n'ai pas besoin de plaider la cause des hommes en général...
La Comtesse Delfort
En effet, cela ne serait pas fort décent...
Delval
Et puisque je suis sûr de mon coeur...
La Comtesse Delfort
Hé bien, c'est à lui que j'en appelle.
Delval
Ce n'est pas le moyen de gagner votre cause.
La Comtesse Delfort
Je ne veux pourtant pas d'autre Juge.
Delval
Il vous dira que je vous adore !
La Comtesse Delfort
Vous !
Delval
Et que jusqu'au dernier soupir....
Elle lui fait une profonde révérence, et dit en sortant :
La Comtesse Delfort
Monsieur, agir en liberté et ne point parler d'amour : voilà les deux conditions que mon frère avait exigées en vous laissant seul avec moi. Vous avez oubliez l'une, et je vais profiter de l'autre pour terminer un entretien qui nous gêne également tous les deux. C'est bien dommage !
Scène 19
Delval
Delval
Quel mélange inouï d'esprit et d'incrédulité, de beauté et de froideur ! Je crains bien que ma soeur, en cherchant à me rendre heureux, n'ait fait tout le malheur de ma vie !
Scène 20
André, Delval
André
Ah ! Bon ; c'est vous que je cherche.
Delval
Que me veux-tu ?
André
Vous demander quand nous partons.
Delval
Pourquoi ?
André
Dam ! C'est que je m'ennuie ici.
Delval
C'est malheureux !
André
Pardi, je le crois bien ! Il n'y a personne avec qui causer dans ce château ; si on veut parler à une femme de chambre, elle se sauve, sans répondre ; tenez, Madame, je ne peux pas me faire à ça, moi ; j'aime à jaser.
Delval
Mais, pourquoi t'avises-tu de m'appeler Madame à chaque instant ?
André
Ah ! Mon Dieu, ce n'est pas ma faute, c'est sans y penser.
Delval
Mais, à propos de quoi ?
André
Il est bon que vous sachiez que j'ai été six ans jockey d'une ben jolie dame ; il n'y a que huit jours que je l'ai quittée pour entrer au service de Monsieur, ça fait que je me blouse encore quelquefois.
Delval
Fais en sorte que cela n'arrive pas davantage.
André
Aussi fais-je ; mais...
Scène 21
Monsieur Luville, Delval, André
Monsieur Luville
Ah ! Vous voilà, Monsieur, je vous cherchais.
Delval
Je n'ai pas quitté ce salon.
Monsieur Luville
Renvoyez votre laquais.
Delval
Sors.
André
Irai-je chercher des chevaux ?
Delval
Non.
André
Tant-pis.
Scène 22
Delval, Monsieur Luville
Delval
Que signifie cet air glacé ?
Un moment de silence.
Monsieur Luville
Ah ! Mademoiselle Delval, je vous pousserai à bout.
Delval
Qu'avez-vous donc ? Vous avez l'air bien sérieux !
Monsieur Luville
Vous êtes gentilhomme ?
Delval
Je ne pense pas qu'on en doute.
Monsieur Luville
En connaissez-vous tous les devoirs ?
Delval
À quel propos me faites-vous cette question ?
Monsieur Luville
C'est que vous êtes jeune encore.
Delval
Je le sais.
Monsieur Luville
Et qu'on pourrait vous les apprendre.
Delval
Je ne vous entends pas.
Monsieur Luville
Je vais m'expliquer mieux.
Delval
Parlez.
Monsieur Luville
Vous avez vu ma soeur ?
Delval
Avec le plus grand plaisir.
Monsieur Luville
Vous l'avez trouvée ?...
Delval
Charmante !
Monsieur Luville
Vous lui avez dit ?...
Delval
Que l'amour...
Monsieur Luville
L'amour !
Delval
Qu'a donc ce mot de si révoltant ?
Monsieur Luville
Écoutez-moi.
Delval
J'écoute.
Monsieur Luville
Vous connaissez les lois de l'honneur ?
Delval
J'en fais gloire !
Monsieur Luville
Il faut me faire raison.
Delval
Raison !
Monsieur Luville
Vous m'avez manqué.
Delval
Moi ?
Monsieur Luville
Vous.
Delval
En quoi ?
Monsieur Luville
Vous avez passé les bornes que je vous avais prescrites. Vous avez violé les droits de l'hospitalité.
Delval
Je n'ai pas cru pouvoir vous offenser, en déclarant à votre soeur, les sentiments qu'elle m'inspire.
Monsieur Luville
Vous l'avez fait : et j'en demande raison.
Delval
Non, je ne me battrai point contre le frère de celle que j'adore !
Haut.
Monsieur Luville
La voilà bien embarrassée. Mauvais prétexte. Allons, allons.
Delval
Écoutez-moi...
Monsieur Luville
Rien, rien.
Delval
Un mot.
Monsieur Luville
Allons, allons, défendez-vous.
Delval
Vous le voulez, Monsieur ? Il faut vous satisfaire.
Monsieur Luville
Comment, diable !
Luville voyant Delval foncer sur lui, rompt précipitamment, dans la crainte de le blesser, Delval saute au désarmement, et lui ôte son épée.
Delval
C'est vous qui m'y forcez.
Scène 23
La Comtesse Delfort, Delval, Monsieur Luville
La Comtesse Delfort
Quel bruit ! Que vois-je ?
Delval
Venez, Madame, venez apaiser l'injuste colère de votre frère ; il voulait percer le coeur de son ami.
La Comtesse Delfort
Quoi ! Mon frère !...
Monsieur Luville
C'est un diable !
La Comtesse Delfort
Et, d'où naît le sujet de votre querelle ?
Monsieur Luville
Il ose vous dire qu'il vous aime, et ne songe point à vous épouser.
Delval
Et vous l'avez pu croire ! La passion...
La Comtesse Delfort
La passion !...
Delval
Toujours de l'ironie !
La Comtesse Delfort
Hé bien, Monsieur, je vais vous parler sérieusement : m'aimez-vous ?
Delval
Avec la plus vive tendresse !
La Comtesse Delfort
À quoi cela nous mènera-t-il ?
Delval
Envisagez-vous comme une bagatelle, une alliance assortie, dont l'amour aurait formé les noeuds ?
Monsieur Luville
Une alliance assortie !
Delval
J'ose le croire.
La Comtesse Delfort
En bonne foi, est-ce que vous y pensez ?
Delval
Si j'y pense !
Monsieur Luville
Parlons net.
Delval
Soit.
Monsieur Luville
Votre intention est-elle de vous marier ?
Delval
Sans doute !
Monsieur Luville
Avec qui ?
Delval
Avec votre soeur.
Monsieur Luville
Bah !
Delval
Comment, bah ?
La Comtesse Delfort
Le moyen de vous croire ?
Delval
Est tout simple; que le notaire vienne, que votre frère dicte le contrat, et je signe aveuglément.
La Comtesse Delfort
Vous badinez !
Delval
Mais quelle horrible opinion avez-vous donc conçue de moi ? Ah ! Bannissez cette méfiance injurieuse. Croyez que mon bonheur est de vous aimer, de passer mes jours auprès de vous, et de réparer, par les plus tendres soins, tous les chagrins cruels que l'hymen vous a fait éprouver.
La Comtesse Delfort
Ah ! Mon frère !
Haut.
Monsieur Luville
Il faut la mettre au pied du mur. Hé bien, Monsieur, je me rends et je vous accorde ma soeur.
Delval
Ah ! Quel comble de joie !
Monsieur Luville
Mais il faut que tout se termine à l'instant même.
Delval
Vouloir hâter l'instant de mon bonheur, c'est redoubler ma félicité.
La Comtesse Delfort
Delval, cher Delval ne me forcez pas à vous haïr. Je vous aime plus que vous ne croyez, et je désire avec une extrême ardeur que vous m'autorisiez a vous aimer toujours de même.
Delval
Ah ! Mon bonheur passe mon espérance, et je cours chez le notaire.
La Comtesse Delfort
Delval... vous le voulez ?
Delval
Il va mettre le comble à ma gloire.
La Comtesse Delfort
À votre gloire !
Delval
Et quel plus beau triomphe que le don de votre coeur et le titre de votre époux ?
La Comtesse Delfort
Hé bien, Monsieur, allez donc chez le notaire, faites dresser le contrat, si vous l'osez, mais songez bien que ma haine sera le prix de votre perfidie.
Il appelle André.
Delval
Mon coeur est trop pur, pour redouter cette menace. André ?
Scène 10
André, Delval, La Comtesse Delfort
André
Me vlà Madame.
Delval
Hé bien, encore ?
La Comtesse et Luville éclatent de rire.
André
Dam ! C'est l'habitude.
Delval
Qu'avez-vous donc ?
La Comtesse Delfort
Rien, rien.
Delval
Vas t'informer où loge le notaire du lieu, et viens me prendre pour m'y conduire.
André
Hé pardi ! Il loge là, tout vis-à-vis la porte du châtiau.
Il sort avec André.
Delval
J'y vole; et ce jour fortuné va m'assurer à jamais une épouse adorée ! Et un ami respectable.
Scène 25
La Comtesse Delfort, Monsieur Luville
La Comtesse Delfort
Ah ! C'est pousser trop loin l'impudence !
Monsieur Luville
Oh ! Quelle femme !
La Comtesse Delfort
Hé ! Vous n'avez pu l'effrayer ?
Monsieur Luville
L'effrayer ? Bien au contraire.
La Comtesse Delfort
Comment donc, au contraire ?
Monsieur Luville
Oui parbleu ; quand je me suis présenté pour l'intimider, elle a foncé sur moi comme un lion : j'avais une peur horrible de la blesser, je me tenais sur la défensive. Quand elle n'aurait jamais fait autre chose, elle n'en saurait pas davantage.
La Comtesse Delfort
Ah ! Mon frère !
Monsieur Luville
Quoi ?
La Comtesse Delfort
Je ne puis vous exprimer ce qui se passe dans mon âme !
Monsieur Luville
La mienne est plus agitée que la vôtre !
La Comtesse Delfort
Mon frère, si vous aimez Sophie, il faut tout lui pardonner, qu'elle devienne ma soeur, qu'elle partage, avec vous, toute ma tendresse, que nous ne nous quittions de la vie.
Monsieur Luville
Il n'est plus temps.
La Comtesse Delfort
D'où vient ?
Scène 26
Lisette, La Comtesse Delfort
Lisette
Voici Mademoiselle Sophie qui revient avec le notaire.
Elle entre dans son cabinet.
La Comtesse Delfort
Je vous laisse avec eux. J'écoute, et je paraîtrai quand il en sera temps.
Elle sort.
Lisette
Moi, je cours chercher ma maîtresse. Il est temps qu'elle se découvre.
Scène 27
Monsieur Luville
Monsieur Luville
Cette plaisanterie m'éloigne de ma chère Mariane. Heureusement elle va bientôt finir.
Scène 28
Monsieur Luville, Notaire, Delval
Monsieur Luville
Comment donc, le contrat est déjà dressé ?
Notaire
Monsieur ne m'en a pas donné le temps. Il a fait mettre les noms des futurs époux, la note de ses biens: les articles sont restés en blanc, et vous êtes chargé, Monsieur, de les remplir comme vous le jugerez à propos.
Monsieur Luville
Rien de plus honnête !
Notaire
Et si Madame la Comtesse jouit d'une haute fortune, Monsieur, assurément, ne lui cède en rien.
Monsieur Luville
Delval ?
Delval
Monsieur ?
Monsieur Luville
C'est donc tout de bon ?
Delval
Quoi ! Vous en doutez encore ?
Monsieur Luville
Vous sentez-vous capable de rendre ma soeur heureuse ?
Delval
Monsieur, en partageant mon sort, on n'aura jamais à se plaindre ni de mon coeur, ni de mon caractère, ni de ma conduite.
Monsieur Luville
Cette réponse-là est tout-à-fait équivoque.
Delval
Équivoque ?
Monsieur Luville
Oui, oui ; ne biaisons pas, êtes-vous bien décidé à vous marier ?
Delval
Sans doute.
Monsieur Luville
Avec une femme ?
Delval
Comment avec une femme ?
Monsieur Luville
Oui, oui. Je m'entends.
Delval
Mais, moi, je ne vous entends pas du tout.
Monsieur Luville
Qu'est-ce que cela ?
Delval
Hé ! Vous le savez bien, c'est mon contrat de mariage.
Monsieur Luville
Avec qui ?
Delval
Mais, avec votre soeur.
Monsieur Luville
Et vous le signerez ?
Delval
Si je le signerai !
Monsieur Luville
Sans faute d'orthographe ?
Delval
Belle question !
Monsieur Luville
Là, ce qu'on appelle signer !
Delval
Hé oui, oui, homme cruel que vous êtes, je le signerai, et de mon sang s'il le faut.
Monsieur Luville
Dois-je faire appeler ma soeur ?
Delval
Sans doute.
Monsieur Luville
Prenez garde, n'allez pas me faire faire une fausse démarche !
Delval
Hé, ne craignez rien !
Il appelle Lisette.
Monsieur Luville
Allons-donc !
Scène 29
Lisette, Delval
Faisant l'étonnée en voyant Delval.
Lisette
Monsieur. Ah ! Ciel !
Delval
Hé, que fais-tu ici ?
Lisette
Soyez tranquille, je n'ai rien dit.
Delval
Comment rien dit ?
Elle rentre vite.
Lisette
Non, demandez plutôt à Madame.
Scène 30
La Comtesse Delfort, Delval, Monsieur Luville, Notaire
La Comtesse Delfort
Sa présence vous interdit ?
Delval
Moi, pourquoi donc ?
La Comtesse Delfort
Quelle audace !
Au Notaire.
Monsieur Luville
Voyons jusqu'où cela ira. Allons Monsieur, approchez, et signons.
Notaire
À vous, Monsieur.
Delval
Monsieur, je sais qu'il est dans l'ordre que je signe le premier. Mais....
La Comtesse Delfort
La main vous tremble, n'est-ce pas ?
Monsieur Luville
Je le savais bien !
Delval
Un moment, s'il vous plaît, point de fausses interprétations. Vos soupçons doivent justifier les miens. On connaît l'aversion que Madame a témoigné pour un second engagement ; et après que j'aurai signé, elle pourrait tourner tout ceci en plaisanterie.
La Comtesse Delfort
Ah ! Fort bien, c'est vous qui me supposez le dessein de vous persifler.
Delval
Pardon, mais je le crains.
La Comtesse Delfort
Comme on juge d'après soi-même !
Delval
Ah ! Madame...
La Comtesse Delfort
Votre embarras est naturel, mais si vous craignez la plaisanterie, pourquoi l'avez vous poussée si loin ?
Delval
Hé bien, faites-moi voir que ce n'en n'est pas une ; rassurez mon coeur alarmé, signé la première.
La Comtesse Delfort
Est-ce là ce que vous désirez ?
Delval
Oui.
La Comtesse Delfort
Soyez content.
Delval
Ah ! Je suis au comble de mes voeux ! Allons, à vous mon cher frère.
Monsieur Luville
Je le veux bien, ma chère soeur !
Delval
Ma soeur ?
Monsieur Luville
Oh ! Ma foi, il n'y a plus de milieu, il faut quitter le bal ou lever le masque. Voilà la plume.
Delval
Ah ! Je n'ai jamais rien signé de si bon coeur. Vous êtes à moi ma belle Comtesse, mon triomphe est parfait.
La Comtesse Delfort
Pas tout-à-fait Madame.
Delval
Que dites-vous donc ?
La Comtesse Delfort
Que lorsqu'on veut badiner les gens, on doit bien prendre garde de ne pas donner soi-même dans les pièges qu'on leur a tendus.
Delval
Je reste confondu.
La Comtesse Delfort
Je le crois ; j'étais instruite de tout, et j'ai voulu voir jusqu'où vous pousseriez la fausseté.
Delval
Moi, daignez m'expliquer.
La Comtesse Delfort
Éloignez-vous de mes yeux. Vous n'avez pas voulu être mon amie, Sophie ? Et je vais faire mon possible pour vous haïr !
Scène 31
Sophie Delval, La Comtesse Delfort, Delval, Lisette, Monsieur Luville
Sophie Delval
Pour me haïr ? Eh ! Qu'ai-je donc fait pour mériter un sentiment si cruel ?
La Comtesse Delfort
Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
Delval
Hé ! C'est ma soeur !
La Comtesse Delfort
Sa soeur !
Lisette
Elle-même.
Sophie Delval
Pardonnez-moi, Madame, l'heureux artifice dont je me suis servi pour rendre votre coeur à l'amour. Moi seule je vous ai trompée, et je m'en félicite. Je suis la véritable Sophie, et voilà le Marquis Delval mon frère. Vous n'auriez jamais consenti à le voir, si son sexe avait été connu de vous ; mais j'ai dû lui cacher ma ruse et je l'ai fait ; il ne serait pas digne de son bonheur, s'il avait aidé à tromper ce qu'il aime.
Delval
Ma chère épouse !
La Comtesse Delfort
Quoi réellement vous n'êtes pas Sophie ?
Delval
Votre coeur a-t-il pu s'y méprendre ?
Elles s'embrassent.
La Comtesse Delfort
Ah ! Sophie, que je vous aime !
Monsieur Luville
Ah ! Mariane ! Mariane !
Sophie Delval
Êtes-vous fâché de la méprise ?
Monsieur Luville
Non ; mais je voudrais que mon erreur eût été plus longue !
Sophie Delval
Pourquoi ?
Monsieur Luville
Pour jouir du plaisir de vous donner la marque la plus éclatante de mon amour.
Sophie Delval
Et m'accabler du poids de la reconnaissance ! Non pas, s'il vous plaît, il faut que tout soit égal. Vous m'avez protégé sans me connaître ; je vous offre ma main, sommes-nous quitte ?
Monsieur Luville
Ah ! C'est moi qui vous doit tout.
La Comtesse Delfort
Et ma promesse ?
Monsieur Luville
Vas ma soeur, l'amour t'en dégage ; aime bien Delval, il le mérite, c'est un brave garçon ; qu'il m'accorde sa soeur, et que cette double union nous réunisse à jamais.
Delval
Je lui dois tout mon bonheur; il est bien juste que j'assure le sien.
Sophie Delval
Allons, et que nos cours soient à jamais partagés entre l'amour et l'amitié.