Acte unique
Scène 1
Arcas, Danaüs
Air : Sais-tu la différence
Arcas
Deux illustres familles, Apaisent leur courroux, Tuchoux ; Et vos cinquante filles Trouvent cinquante époux, Tuchoux, Tous Princes et bons drilles, Tuchoux, Ah, quel bonheur pour vous ! Que ce jour est heureux !
Air : Je jure par tes yeux.
Danaüs
Pas tant que tu le dis. Pas tant que tu le dis. Un frère chicaneur me chassa de Memphis, Et me force en ces lieux à couronner ses fils.
Arcas
Ne sont-ils pas vos neveux ?
Danaüs
Oui.
Arcas
Par conséquent, vos filles sont leurs cousines ?
Danaüs
Hé bien.
Fin de l'air : Compère et commère
Arcas
Cousins et cousines Sont faits pour s'aimer, Et pour s'entre-couronner. Hé bien. Mais, Seigneur, si cette alliance vous faisait tant de peine, que ne refusiez-vous la paix ?
Air : Pierre Bagnolet.
Air : Quand la bergère vient des champs.
Danaüs
Pouvais-je soutenir la guerre, Et ne sais-tu pas comme moi, Que la moitié de la terre D'Égyptus reconnaît la loi ? Voilà pourquoi,bis Je n'ai pu soutenir la guerre, Parce qu'il est plus fort que moi. Ils se ressouviennent encor De Gélanor. Il a plus de soldats que je n'ai de sujets, et quels sujets !
Arcas
Ils ont grand tort. Ne savent-ils pas qu'il est mort, Et que tout ombre Du palais sombre Jamais ne sort.
Danaüs
Oui, mais c'est moi qui l'ai tué.
Arcas
Bon, ne fallait-il pas toujours qu'il mourut ? Mais on vient...
Scène 2
Hypermnestre, Danaüs
Air : Pourquoi vous en prendre à moi.
Hypermnestre
À quoi vous amusez-vous, Mon père, mon père ? Nous attendons nos époux, Est-ce dans un cimetière Qu'on forme des noeuds si doux ? À quoi, etc. Venez, venez, fuyez ces lieux tristes, et lugubres qui redoublent votre peine.
Air : Sois complaisant, affable, débonnaire.
Danaüs
D'un doux regard Le ciel nous favorise, Mais de sa part Je crains encor la crise. Car Quand on fait une sottise, On la paye tôt ou tard.
Air : Que je chéris mon cher voisin.
Air : Allons gai.
Hypermnestre
De vos neveux la quantité, La valeur, l'alliance, Du trône où vous êtes monté Affermit la puissance. Par un destin prospère, Avant qu'il soit deux ans, Vous vous verrez grand-père D'un régiment d'enfants. Allons gai, d'un air gai, toujours gai. N'ayez aucune peur. Songez qu'ils sont cinquante, quoiqu'on n'en parle point à l'Opéra.
Danaüs
J'attends mes gendres avec impatience. J'ai promis Lyncée à votre amour, je vous tiendrai parole.
Air : Quand le péril est agréable.
Hypermnestre
Mon soin d'abord fut de lui plaire, Il fut l'objet de mes amours, Car une fille doit toujours Obéir à son père. Il parut ici par l'ordre d'Égyptus ; vous me vantâtes son mérite, et vous m'ordonnâtes de l'aimer, je ne balançai pas un moment à exécuter vos ordres. Mais quand je vous vois si fort enseveli dans la tristesse, est-il quelque bonheur pour moi ?
Danaüs
Oh, ma foi, je n'ai pas envie de rire.
Air : Diablezot.
Hypermnestre
Ma fille j'ai vu cette nuit De Gélanor l'ombre implacable, Dans ma chambre il a fait grand bruit, D'une voix rauque et formidable, Arrête, arrête, m'a-t-il dit. Quel nouveau chagrin peut encore vous agiter ?
Hypermnestre
Croyez-vous que Pluton renvoie Les morts qu'il tient dans son cachot ? L'Achéron lâche-t-il sa proie ? Diable zot.
Air : L'autre nuit j'aperçus en songe.
Danaüs
Les dieux l'ont armé de la foudre, Soigneux de venger son trépas. J'ai vu mon trône en mille éclats, Et mon palais réduit en poudre. Ce n'est pas là tout, écoutez le reste.
Hypermnestre
Ah ! Vos songes sont trop mauvais, Puissiez-vous ne rêver jamais.
Air : La Serrure.
Danaüs
Je vais lui donner une fête, Ce spectacle sera nouveau. Allons, enfants, que l'on s'apprête À l'amuser dans son tombeau.
Air : Ami, qui l'aurait pu croire.
Hypermnestre
Mon père, pouvez-vous dire Qu'on aime à rire Chez les morts ?
Danaüs
Ma fille, retirez-vous, et laissez-moi.
Hypermnestre
En vérité, le bonhomme radote !
Scène 3
Danaüs, Choeur, Un Du Choeur, L'Ombre de Gélanor
Après qu'on a dansé.
Air : Ô reguingué.
Fin de l'air : Revenant de Lorette.
Danaüs
Ombre d'un Prince infortuné Que j'ai moi-même assassiné, Ô reguingué, ô lon lan la, Soyons amis, plus de querelle, Pardonne cette bagatelle. Honorez, Célébrez, Et sa gloire Et sa mémoire. Que nos jeux, que nos chants Lui fassent passer le temps.
Après les danses, le soleil s'éclipse, la terre tremble.
Choeur
Honorons, Célébrons, Et sa gloire Et sa mémoire. Que nos jeux, que nos chants Lui fassent passer le temps.
Air : Je ne suis né ni roi, ni prince.
Tout le peuple fuit. L'ombre de Gélanor sort de son tombeau.
Un Du Choeur
Le jour pâlit ! la terre tremble ! Quel pouvoir contre nous rassemble, Et confond tous les éléments ? Quels sifflements ! L'ombre cruelle Reçoit nos divertissements Tout comme une pièce nouvelle.
Air : Or écoutez petits et grands.
L'Ombre de Gélanor
Tous tes regrets sont superflus, Bientôt un des fils d'Égyptus, Pour me venger de ton audace, Tyran, va régner en ta place. Mon sang fut répandu par toi, Il versera le tien pour moi.
Air : On vous en ratisse.
Danaüs
Que mon coeur est agité ! Ah ! par cette obscurité, Tu redoubles mon supplice, Dis-moi donc qui me tuera.
L'Ombre de Gélanor
On vous en ratisse, tisse, tisse, On vous en ratissera.
Air : Comment faire.
Air : Quand je tiens de ce jus d'octobre
Danaüs
Ombre inhumaine expliquez-vous, Sur qui doivent tomber mes coups ? Dans une telle pépinière, Il s'agit de développer Celui que ma main doit frapper, Comment faire ? Voyez la plaisante vétille, Je n'ai pour sortir d'embarras Qu'à tuer toute la famille, Et je ne m'y tromperai pas.
Scène 4
Hypermnestre
Le théâtre change, et représente une mer agitée.
Air : Sortez de vos retraites.
Air.
Hypermnestre
Ah ! quel affreux orage, Cessez vents furieux D'exercer votre rage Sur l'objet de mes feux. Dans vos grottes profondes Rentrez en ce moment, Doux Zéphirs sur les ondes, Conduisez mon amant. Le temps est calme, et le vent doux, Dépêchez-vous, Mon cher époux. L'Hymen nous attend au port, Pour vous y faire un heureux sort. Ce dieu dans ce jour D'accord avec l'Amour Va couronner l'ardeur qui nous presse, Faisons sur ces bords, Éclater nos transports, Et que nos tendres désirs, Comblés par les plaisirs, Dans nos coeurs renaissent sans cesse. Que je suis heureuse ! La tempête cesse.
Scène 5
Hypermnestre, Choeur Des Matelots
Air : Y avance, y avance.
Hypermnestre
Viens promptement, jeune héros, Hâte-toi, traverse les flots, L'Amour veut de la diligence.
Choeur Des Matelots
Y avance, avance, Réponds à son impatience.
Hypermnestre
Que ne vous dois-je point, mes chers enfants ? Voilà ce qui s'appelle être bien secondée. Lyncée ne peut manquer d'arriver lorsque tout un peuple l'appelle... Mais n'est-ce pas lui que j'aperçois... Ô ciel ! En quel état s'offre-t-il à mes yeux ?
Scène 6
Lyncée, Hypermnestre, Choeur
On voit Lyncée qui traverse les flots à la nage, il est en chemise.
Air : Ça du vin, mettons-nous en train.
Lyncée
Ça Fanchon, Mon petit bouchon, Ça ma chère Faites faire Du feu car j'ai le frisson.
Hypermnestre
Cher époux Je tremblais pour vous.
Lyncée
Des poissons l'humide canaille, Les huitres à l'écaille, De moi tout était jaloux. Mais enfin, L'Amour bien plus fin M'a malgré l'orage, Conduit à la plage, Je promets... De n'en dériver jamais.
Air : Ma fable est-elle obscure lure lure.
Hypermnestre
Tout parle ici de votre amour extrême, Mon tendre coeur n'a rien à désirer.
Lyncée
De vous aimer je fais mon bien suprême, De mon ardeur tout doit vous assurer.
Hypermnestre
Mon cher amant, croyez-vous qu'elle dure ? Lure, lure, lure. Oh ! sans doute, elle durera Autant qu'à l'Opéra.
Air : Par bonheur ou par malheur.
Hypermnestre
Sort heureux, aimable jour, Vous augmentez mon amour En finissant mes alarmes.
Choeur
Sort heureux, aimable jour.
Lyncée
Oh ! Finissez, s'il vous plaît, vous m'étourdissez. J'ai bien autre chose à faire que de vous entendre brailler, allons chercher le Roi, mon futur beau-père.
Air : Je n'aimerai jamais que vous.
Hypermnestre
Déjà vos frères et mes soeurs Se jurent dans le temple Les plus sincères ardeurs, Suivons leur exemple.
Lyncée
Cessons d'inutiles discours, Nous n'avancerons rien si nous chantons toujours. Venez, Princesse mes amours, Venez au temple.
Scène 7
Danaüs, Lyncée, Hypermnestre
Air : Laire laire laire.
Danaüs
Vos frères plus impatients N'ont pas attendu si longtemps, Ils ont déjà conclu l'affaire, Laire, laire, laire, etc. Ah ! Mon gendre vous voilà ? Soyez le bien venu : vous avez bien tardé.
Air : Un amant avec ce qu'il aime.
Lyncée
Beau-père, on ne doit pas si vite Prononcer ce funeste mot, Car le mariage est un gîte Où l'on n'arrive que trop tôt. Malepeste ! Ils étaient bien pressés.
Air : Quel plaisir d'aimer sans contrainte.
Danaüs
Au temple l'Hymen vous appelle.
Hypermnestre
Entrez-y donc.
Lyncée
Je vous suis, ma belle.
Danaüs
Tout est prêt pour la cérémonie.
Lyncée
Oh ! point de façon, je vous en prie.
Scène 8
LE GRAND PRÊTRE d'ISIS, Choeur, Hypermnestre, Lyncée, Danaüs
Le théâtre change et représente le temple d'Isis avec la statue de cette déesse. Après la danse, Danaüs, Hypermnestre, Lyncée, arrivent.
Air : J'offre ici mon savoir faire.
LE GRAND PRÊTRE d'ISIS
Sur cet autel qu'on révère, Isis recevez les serments, Que toujours y font les amants, Et plus souvent ne tiennent guère.
On approche l'autel de l'Hymen où Hypermnestre et Lyncée posent la main, le grand prêtre reçoit leur serment.
Choeur
Que toujours, etc.
Air : Amis sans scrupule
Hypermnestre
De ma vive flamme Hymen soit le garant.
Lyncée
Je jure à ma femme D'être toujours constant.
Hypermnestre
Je vous serai fidèle, J'en fais, cher amant, Le serment.
Lyncée
Hélas, ma belle, L'Amour le fait, mais l'Hymen le dément.
Danaüs
Allons, qu'on ouvre les portes du temple, et que tout le monde y entre pèle-mêle.
Scène 9
Un Paysan, Choeur, Une Bergère
Air : Gai, gai, gai, Madame la mariée.
Un Paysan
Gai, gai, gai, Madame la mariée. Bon, bon, Je sommes ravis tatigué, De vous voir si bien accouplée.
On danse.
Choeur
Gai, gai, gai.
Air : Menuet d'Hypermnestre
On danse.
Une Bergère
À l'Amour, En ce jour, Rendons tous hommage. Quelle douceur ! Quand ce vainqueur Nous engage, Livrons-nous À ses coups. Jeunes coeurs hâtez-vous, Il ne veut votre encens Que dans vos beaux ans.
Scène 10
Arcas, Danaüs, Lyncée
Air : Lanturlu.
Arcas
Que votre présence calme les mutins, Voyez l'insolence De tous ces coquins. Pendant que l'on danse Ils nous rossent tant et plus, Lanturlu, lanturlu, lanturlu.
Air : Talaleri, talaleri, talalerire.
Danaüs
Sur moi leur injuste vengeance Poursuit le sang de Gélanor, Mais c'est en vain que ma clémence Voudrait les épargner encor. Ah ! morbleu, nous allons bien rire Talaleri, talaleri, talalerire.
Air : Ce n'est point par effort qu'on aime.
Lyncée
De vous, que j'obtienne une grâce, Souffrez qu'en cette occasion, Sur cette vile populace, Je fasse une belle action.
Danaüs
Allez donc vous battre à ma place.
Lyncée
Le beau-père est un peu poltron.
Scène 11
Danaüs, Hypermnestre
À part.
Air : Mais surtout prenez bien garde.
Danaüs
Quoique les liens les plus doux Vous attachent à votre époux, Vous devez votre affection À votre cher papa mignon. Sortez tous, et vous ma fille demeurez. Je ne sais comment elle recevra le beau compliment que je vais lui faire.
Hypermnestre
Vraiment, je le sais mon père.
Air : Que je chéris, mon cher voisin
Danaüs
Écoutez-moi donc. (bis) Ma fille, l'on a résolu D'immoler votre père. J'ai besoin de votre vertu.
Hypermnestre
Et qu'en voulez-vous faire ?
Danaüs
Elle doit armer votre bras.
Air : Le beau berger Tircis.
Hypermnestre
Sachons sur qui je dois Exercer mon courage. Sans différer nommez-moi L'ennemi qui vous outrage.
Danaüs
Son nom seul va, je gage, Glacer ton coeur d'effroi.
Air : Dedans nos bois il y a un ermite.
Hypermnestre
Quoi ! Vous pouvez soupçonner ma faiblesse ? Seigneur, si du serment Que dans ce jour j'ai fait à la déesse, Vous n'êtes pas content, Pour vous prouver mon amitié sincère, Je vais encor faire, Moi Je vais encor faire.
Air : Ah ! qu'il est beau l'oiseau.
Danaüs
À vous parler sincèrement, (bis) Je crains que le second serment N'ennuie, n'ennuie. Jamais on en fit tant En Normandie.
Elle met sa main sur l'autel.
Air : Charivari.
Hypermnestre
Malgré le respect sincère Que j'ai pour toi, Si je ne venge mon père, Hymen fais-moi Manquer de foi dès aujourd'hui À mon mari. Écoutez celui-ci, il vous fera trembler.
Il lui présente un poignard.
Air : Contre un engagement.
Danaüs
Du plus funeste sort Ma tête est menacée, Pour empêcher ma mort Va percer... En vérité, voilà un terrible serment !
Hypermnestre
Qui ?
Danaüs
Lyncée.
Hypermnestre
Quelle loi sanguinaire, Hélas, m'imposez-vous ! Me convient-il, mon père, De tuer mon époux !
Air : Quand on a prononcé ce malheureux oui
Danaüs
Elles vont dans la nuit m'immoler mes victimes. L'ombre de Gélanor m'a prédit tantôt qu'un des fils d'Égyptus me ravirait la vie, et la couronne. Vos soeurs n'ont pas fait tant de difficulté, elles sont bien plus résolues que vous.
Hypermnestre
Hélas !
Air : Tarare ponpon.
Danaüs
Vous soupirez ! Vos soupirs sont des crimes... Vous balancez encor ! Qui peut vous arrêter ? Votre serment vous lie, allez l'exécuter... Lorsque ma volonté, ma fille, se déclare, C'est à vous de répondre à mon intention. Hé bien, que ne partez-vous ?
Hypermnestre
Serais-je assez barbare !
Danaüs
Obéissez-moi donc.
Hypermnestre
Mon cher père tarare, Pompon.
Scène 12
Danaüs
Air : Quand on tient de ce jus d'octobre.
Danaüs
J'ai su m'assurer ma vengeance. En vain l'amour retient tes coups, On va dans l'ombre et le silence, Partout assiéger ton époux. Va, va, j'ai pris se si justes mesures que Lyncée ne pourra se soustraire à ma fureur. La nuit favorisera mon projet.
Scène 13
Hypermnestre
Le théâtre change et représente la façade du palais de Danaüs, une nuit très obscure règne sur le théâtre.
Air : Depuis que j'ai vu Nanette.
Hypermnestre
Justes dieux ! Que dois-je faire ? Quoi ! cédant à son courroux, Mes soeur par l'ordre d'un père Assassinent leurs époux. Ô nuit de tes voiles sombres Quel est le fatal secours ? Toi qui ne devais tes ombres Qu'au triomphe des amours.
Scène 14
Lyncée, Hypermnestre, Choeur Des Fils D'egyptus
Air : J'ai fait à ma maîtresse.
Il aperçoit le poignard.
Lyncée
Doux objet de ma flamme Je vous retrouve enfin... Mais, que vois-je ?... Ma femme, Quel est votre dessein ? Cet instrument, ma mie, N'est guère de mon goût. N'auriez-vous point envie De faire un mauvais coup ? Où diable trouverai-je ma femme ? Je la cherche partout... Si je ne me trompe, je crois que c'est vous, ma mignonne ?
Hypermnestre
Que lui dirai-je ?... Croyez-moi, Lyncée, éloignez-vous de ces lieux, fuyez-moi de grâce.
Air : La verte jeunesse.
Lyncée
Par ma foi j'ignore Pour quelle raison, Je ne suis encore Mari que de nom. Il faudrait, Madame, À vous parler net, Pour quitter ma femme, L'être tout à fait. Moi vous fuir !... Vous n'y pensez pas. Mais que veut dire ceci ? Vous me parlez par énigme, expliquez-vous mieux.
Air : Pour passer doucement la vie.
Hypermnestre
Pour sauver un époux que j'aime, Fer fatal à toi j'ai recours, Ne sert qu'à m'immoler moi-même, Mourons pour conserver ses jours.
Air.
Air : Je n'saurais.
Lyncée
Turlututu rengaine, rengaine, Rengaine ton couteau. Quoi, tu prétends, assassine, Te percer de part en part ? Que diable voulez-vous faire ?
Hypermnestre
Ma vertu m'y détermine, Mon cher, rends-moi ce poignard.
Le tonnerre gronde, les éclairs brillent.
Air : À la façon de Barbari.
Lyncée
Je n'saurais, S'il entrait dans ta poitrine, Tu mourrais. Mais quel tonnerre, quels éclairs Étonnent la nature ! Ces feux qui brillent dans les airs Sont d'un sinistre augure.
Choeur Des Fils D'egyptus
Quelle funeste trahison, La faridondaine, La faridondon ! Dieux, ô dieux ! on nous traite ici Biribi, À la façon de Barbari Mes amis.
Air : Joconde.
Lyncée
Quelles voix implorent les dieux ! Quels transports sanguinaires ! Je n'en doute plus, dans ces lieux, On égorge mes frères. Secourons-les... dois-je souffrir Leur sanglante défaite... Mais à quoi bon les secourir Lorsque l'affaire est faite ? Il vaut autant que je reste ici.
Scène 15
Un Égyptien, Lyncée, Égyptien, Choeur Des Argiens, Hypermnestre
Air.
Un Égyptien
Aux armes, camarades, L'ennemi n'est pas loin.
Lyncée
Courons tous au vin.
Égyptien
Aux armes, camarades, Mettons tous l'épée à la main.
Air : Je suis un bon soldat.
derrière le théâtre
Choeur Des Argiens
Portons dans le combat, Titata, L'horreur et le carnage. Que Lyncée abattu Tututu, Cède à notre courage.
Lyncée
Comment morbleu ! On parle de moi. Ah ! Chien de beau-père, vous faites donc des vôtres ! Tout à l'heure nous allons voir beau jeu : mes amis commencez toujours.
Hypermnestre
Où allez-vous donc, mon cher époux ?
Lyncée sort. On sonne la charge, le combat se fait entre les Égyptiens et les Argiens. À la fin, Lyncée arrive avec un grand bâton et les repousse.
Lyncée
Je vais boire un coup.
Scène 16
Hypermnestre
Air : Flon, flon.
Air : Un Cavalier d'une riche encolure.
Air : Ne craignez rien, l'Hymen est votre asile.
Air : Je ne suis né ni roi, ni prince.
Hypermnestre
Quelle horreur ! Quel tapage ! Où porter mes regards ! Le sang dans ce carnage Coule de toutes parts. Mais quel spectacle à mes yeux se découvre ? La terre s'entrouvre, Je vois des enfers Les supplices divers. Je vois mes soeurs sur l'infernale rive... Quel est le but de leurs soins empressés ? Elles voudraient d'une onde fugitive Fixer le cours dans des tonneaux percés. Non, vos mains sont trop criminelles, Des dieux, n'espérez pas, cruelles, Apaiser le juste courroux. Vous puisez vainement, perfides, Vous avez tué vos époux, Vos tonneaux seront toujours vides.
Scène 17
Lyncée
Air : Il faut quand l'Amour nous presse.
Il aperçoit Danaüs soutenu par deux gardes.
Lyncée
Décampons avec vitesse, Suivez-moi, mon petit coeur. Du combat je reviens vainqueur : Belle Princesse, Ma foi l'on a bien du bonheur Quand on adresse. Mais que vois-je ! Vous verrez que j'aurais tué le beau-père.
Scène 18
Hypermnestre, Danaüs, Lyncée
Fin de l'air : Réjouissez-vous bons Français.
Hypermnestre
Grands dieux ! quel horrible spectacle ! Ta main vient d'accomplir l'oracle.
Air : Colin va t'en dire à Nanon.
Danaüs
Non, fille perfide, c'est toi Qui trahis ton père et ton Roi Pour l'amour de ce misérable. Je voudrais pouvoir avec moi Tous deux vous entraîner au diable.
Air : Et zeste, zeste, zeste
Lyncée
Grands dieux, quelle fureur ! Allez-y toujours devant, mon cher papa.
Danaüs
Vite que l'on m'emporte.
Lyncée
La rage le transporte.
Hypermnestre
Il expire, Seigneur... Ô ciel quel coup funeste ! Il ne faut pas quitter le Roi.
Lyncée
Et zeste, zeste, zeste, Puisqu'il est défunt, croyez-moi, Songeons au reste.