Parodie · 1738

La Bonne Femme

de Romagnesi Biancolelli

Représentation
≈ 18 min
Distribution
1 femme, 3 hommes
Répliques
116
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Hypermnestre F 37 ≈ 6 min 12
Danaüs H 33 ≈ 5 min 9
Lyncée H 24 ≈ 4 min 8
Arcas H 7 ≈ 1 min 2
Choeur N 4 ≈ 1 min 4
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Acte unique
Hypermnestre absentabsentabsentabsentabsentabsent
Danaüs absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lyncée absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Arcas absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte unique

Scène 1

Arcas, Danaüs

Air : Sais-tu la différence

Arcas

Deux illustres familles, Apaisent leur courroux, Tuchoux ; Et vos cinquante filles Trouvent cinquante époux, Tuchoux, Tous Princes et bons drilles, Tuchoux, Ah, quel bonheur pour vous ! Que ce jour est heureux !

Air : Je jure par tes yeux.

Danaüs

Pas tant que tu le dis. Pas tant que tu le dis. Un frère chicaneur me chassa de Memphis, Et me force en ces lieux à couronner ses fils.

Arcas

Ne sont-ils pas vos neveux ?

Danaüs

Oui.

Arcas

Par conséquent, vos filles sont leurs cousines ?

Danaüs

Hé bien.

Fin de l'air : Compère et commère

Arcas

Cousins et cousines Sont faits pour s'aimer, Et pour s'entre-couronner. Hé bien. Mais, Seigneur, si cette alliance vous faisait tant de peine, que ne refusiez-vous la paix ?

Air : Pierre Bagnolet.

Air : Quand la bergère vient des champs.

Danaüs

Pouvais-je soutenir la guerre, Et ne sais-tu pas comme moi, Que la moitié de la terre D'Égyptus reconnaît la loi ? Voilà pourquoi,bis Je n'ai pu soutenir la guerre, Parce qu'il est plus fort que moi. Ils se ressouviennent encor De Gélanor. Il a plus de soldats que je n'ai de sujets, et quels sujets !

Arcas

Ils ont grand tort. Ne savent-ils pas qu'il est mort, Et que tout ombre Du palais sombre Jamais ne sort.

Danaüs

Oui, mais c'est moi qui l'ai tué.

Arcas

Bon, ne fallait-il pas toujours qu'il mourut ? Mais on vient...

Scène 2

Hypermnestre, Danaüs

Air : Pourquoi vous en prendre à moi.

Hypermnestre

À quoi vous amusez-vous, Mon père, mon père ? Nous attendons nos époux, Est-ce dans un cimetière Qu'on forme des noeuds si doux ? À quoi, etc. Venez, venez, fuyez ces lieux tristes, et lugubres qui redoublent votre peine.

Air : Sois complaisant, affable, débonnaire.

Danaüs

D'un doux regard Le ciel nous favorise, Mais de sa part Je crains encor la crise. Car Quand on fait une sottise, On la paye tôt ou tard.

Air : Que je chéris mon cher voisin.

Air : Allons gai.

Hypermnestre

De vos neveux la quantité, La valeur, l'alliance, Du trône où vous êtes monté Affermit la puissance. Par un destin prospère, Avant qu'il soit deux ans, Vous vous verrez grand-père D'un régiment d'enfants. Allons gai, d'un air gai, toujours gai. N'ayez aucune peur. Songez qu'ils sont cinquante, quoiqu'on n'en parle point à l'Opéra.

Danaüs

J'attends mes gendres avec impatience. J'ai promis Lyncée à votre amour, je vous tiendrai parole.

Air : Quand le péril est agréable.

Hypermnestre

Mon soin d'abord fut de lui plaire, Il fut l'objet de mes amours, Car une fille doit toujours Obéir à son père. Il parut ici par l'ordre d'Égyptus ; vous me vantâtes son mérite, et vous m'ordonnâtes de l'aimer, je ne balançai pas un moment à exécuter vos ordres. Mais quand je vous vois si fort enseveli dans la tristesse, est-il quelque bonheur pour moi ?

Danaüs

Oh, ma foi, je n'ai pas envie de rire.

Air : Diablezot.

Hypermnestre

Ma fille j'ai vu cette nuit De Gélanor l'ombre implacable, Dans ma chambre il a fait grand bruit, D'une voix rauque et formidable, Arrête, arrête, m'a-t-il dit. Quel nouveau chagrin peut encore vous agiter ?

Hypermnestre

Croyez-vous que Pluton renvoie Les morts qu'il tient dans son cachot ? L'Achéron lâche-t-il sa proie ? Diable zot.

Air : L'autre nuit j'aperçus en songe.

Danaüs

Les dieux l'ont armé de la foudre, Soigneux de venger son trépas. J'ai vu mon trône en mille éclats, Et mon palais réduit en poudre. Ce n'est pas là tout, écoutez le reste.

Hypermnestre

Ah ! Vos songes sont trop mauvais, Puissiez-vous ne rêver jamais.

Air : La Serrure.

Danaüs

Je vais lui donner une fête, Ce spectacle sera nouveau. Allons, enfants, que l'on s'apprête À l'amuser dans son tombeau.

Air : Ami, qui l'aurait pu croire.

Hypermnestre

Mon père, pouvez-vous dire Qu'on aime à rire Chez les morts ?

Danaüs

Ma fille, retirez-vous, et laissez-moi.

Hypermnestre

En vérité, le bonhomme radote !

Scène 3

Danaüs, Choeur, Un Du Choeur, L'Ombre de Gélanor

Après qu'on a dansé.

Air : Ô reguingué.

Fin de l'air : Revenant de Lorette.

Danaüs

Ombre d'un Prince infortuné Que j'ai moi-même assassiné, Ô reguingué, ô lon lan la, Soyons amis, plus de querelle, Pardonne cette bagatelle. Honorez, Célébrez, Et sa gloire Et sa mémoire. Que nos jeux, que nos chants Lui fassent passer le temps.

Après les danses, le soleil s'éclipse, la terre tremble.

Choeur

Honorons, Célébrons, Et sa gloire Et sa mémoire. Que nos jeux, que nos chants Lui fassent passer le temps.

Air : Je ne suis né ni roi, ni prince.

Tout le peuple fuit. L'ombre de Gélanor sort de son tombeau.

Un Du Choeur

Le jour pâlit ! la terre tremble ! Quel pouvoir contre nous rassemble, Et confond tous les éléments ? Quels sifflements ! L'ombre cruelle Reçoit nos divertissements Tout comme une pièce nouvelle.

Air : Or écoutez petits et grands.

L'Ombre de Gélanor

Tous tes regrets sont superflus, Bientôt un des fils d'Égyptus, Pour me venger de ton audace, Tyran, va régner en ta place. Mon sang fut répandu par toi, Il versera le tien pour moi.

Air : On vous en ratisse.

Danaüs

Que mon coeur est agité ! Ah ! par cette obscurité, Tu redoubles mon supplice, Dis-moi donc qui me tuera.

L'Ombre de Gélanor

On vous en ratisse, tisse, tisse, On vous en ratissera.

Air : Comment faire.

Air : Quand je tiens de ce jus d'octobre

Danaüs

Ombre inhumaine expliquez-vous, Sur qui doivent tomber mes coups ? Dans une telle pépinière, Il s'agit de développer Celui que ma main doit frapper, Comment faire ? Voyez la plaisante vétille, Je n'ai pour sortir d'embarras Qu'à tuer toute la famille, Et je ne m'y tromperai pas.

Scène 4

Hypermnestre

Le théâtre change, et représente une mer agitée.

Air : Sortez de vos retraites.

Air.

Hypermnestre

Ah ! quel affreux orage, Cessez vents furieux D'exercer votre rage Sur l'objet de mes feux. Dans vos grottes profondes Rentrez en ce moment, Doux Zéphirs sur les ondes, Conduisez mon amant. Le temps est calme, et le vent doux, Dépêchez-vous, Mon cher époux. L'Hymen nous attend au port, Pour vous y faire un heureux sort. Ce dieu dans ce jour D'accord avec l'Amour Va couronner l'ardeur qui nous presse, Faisons sur ces bords, Éclater nos transports, Et que nos tendres désirs, Comblés par les plaisirs, Dans nos coeurs renaissent sans cesse. Que je suis heureuse ! La tempête cesse.

Scène 5

Hypermnestre, Choeur Des Matelots

Air : Y avance, y avance.

Hypermnestre

Viens promptement, jeune héros, Hâte-toi, traverse les flots, L'Amour veut de la diligence.

Choeur Des Matelots

Y avance, avance, Réponds à son impatience.

Hypermnestre

Que ne vous dois-je point, mes chers enfants ? Voilà ce qui s'appelle être bien secondée. Lyncée ne peut manquer d'arriver lorsque tout un peuple l'appelle... Mais n'est-ce pas lui que j'aperçois... Ô ciel ! En quel état s'offre-t-il à mes yeux ?

Scène 6

Lyncée, Hypermnestre, Choeur

On voit Lyncée qui traverse les flots à la nage, il est en chemise.

Air : Ça du vin, mettons-nous en train.

Lyncée

Ça Fanchon, Mon petit bouchon, Ça ma chère Faites faire Du feu car j'ai le frisson.

Hypermnestre

Cher époux Je tremblais pour vous.

Lyncée

Des poissons l'humide canaille, Les huitres à l'écaille, De moi tout était jaloux. Mais enfin, L'Amour bien plus fin M'a malgré l'orage, Conduit à la plage, Je promets... De n'en dériver jamais.

Air : Ma fable est-elle obscure lure lure.

Hypermnestre

Tout parle ici de votre amour extrême, Mon tendre coeur n'a rien à désirer.

Lyncée

De vous aimer je fais mon bien suprême, De mon ardeur tout doit vous assurer.

Hypermnestre

Mon cher amant, croyez-vous qu'elle dure ? Lure, lure, lure. Oh ! sans doute, elle durera Autant qu'à l'Opéra.

Air : Par bonheur ou par malheur.

Hypermnestre

Sort heureux, aimable jour, Vous augmentez mon amour En finissant mes alarmes.

Choeur

Sort heureux, aimable jour.

Lyncée

Oh ! Finissez, s'il vous plaît, vous m'étourdissez. J'ai bien autre chose à faire que de vous entendre brailler, allons chercher le Roi, mon futur beau-père.

Air : Je n'aimerai jamais que vous.

Hypermnestre

Déjà vos frères et mes soeurs Se jurent dans le temple Les plus sincères ardeurs, Suivons leur exemple.

Lyncée

Cessons d'inutiles discours, Nous n'avancerons rien si nous chantons toujours. Venez, Princesse mes amours, Venez au temple.

Scène 7

Danaüs, Lyncée, Hypermnestre

Air : Laire laire laire.

Danaüs

Vos frères plus impatients N'ont pas attendu si longtemps, Ils ont déjà conclu l'affaire, Laire, laire, laire, etc. Ah ! Mon gendre vous voilà ? Soyez le bien venu : vous avez bien tardé.

Air : Un amant avec ce qu'il aime.

Lyncée

Beau-père, on ne doit pas si vite Prononcer ce funeste mot, Car le mariage est un gîte Où l'on n'arrive que trop tôt. Malepeste ! Ils étaient bien pressés.

Air : Quel plaisir d'aimer sans contrainte.

Danaüs

Au temple l'Hymen vous appelle.

Hypermnestre

Entrez-y donc.

Lyncée

Je vous suis, ma belle.

Danaüs

Tout est prêt pour la cérémonie.

Lyncée

Oh ! point de façon, je vous en prie.

Scène 8

LE GRAND PRÊTRE d'ISIS, Choeur, Hypermnestre, Lyncée, Danaüs

Le théâtre change et représente le temple d'Isis avec la statue de cette déesse. Après la danse, Danaüs, Hypermnestre, Lyncée, arrivent.

Air : J'offre ici mon savoir faire.

LE GRAND PRÊTRE d'ISIS

Sur cet autel qu'on révère, Isis recevez les serments, Que toujours y font les amants, Et plus souvent ne tiennent guère.

On approche l'autel de l'Hymen où Hypermnestre et Lyncée posent la main, le grand prêtre reçoit leur serment.

Choeur

Que toujours, etc.

Air : Amis sans scrupule

Hypermnestre

De ma vive flamme Hymen soit le garant.

Lyncée

Je jure à ma femme D'être toujours constant.

Hypermnestre

Je vous serai fidèle, J'en fais, cher amant, Le serment.

Lyncée

Hélas, ma belle, L'Amour le fait, mais l'Hymen le dément.

Danaüs

Allons, qu'on ouvre les portes du temple, et que tout le monde y entre pèle-mêle.

Scène 9

Un Paysan, Choeur, Une Bergère

Air : Gai, gai, gai, Madame la mariée.

Un Paysan

Gai, gai, gai, Madame la mariée. Bon, bon, Je sommes ravis tatigué, De vous voir si bien accouplée.

On danse.

Choeur

Gai, gai, gai.

Air : Menuet d'Hypermnestre

On danse.

Une Bergère

À l'Amour, En ce jour, Rendons tous hommage. Quelle douceur ! Quand ce vainqueur Nous engage, Livrons-nous À ses coups. Jeunes coeurs hâtez-vous, Il ne veut votre encens Que dans vos beaux ans.

Scène 10

Arcas, Danaüs, Lyncée

Air : Lanturlu.

Arcas

Que votre présence calme les mutins, Voyez l'insolence De tous ces coquins. Pendant que l'on danse Ils nous rossent tant et plus, Lanturlu, lanturlu, lanturlu.

Air : Talaleri, talaleri, talalerire.

Danaüs

Sur moi leur injuste vengeance Poursuit le sang de Gélanor, Mais c'est en vain que ma clémence Voudrait les épargner encor. Ah ! morbleu, nous allons bien rire Talaleri, talaleri, talalerire.

Air : Ce n'est point par effort qu'on aime.

Lyncée

De vous, que j'obtienne une grâce, Souffrez qu'en cette occasion, Sur cette vile populace, Je fasse une belle action.

Danaüs

Allez donc vous battre à ma place.

Lyncée

Le beau-père est un peu poltron.

Scène 11

Danaüs, Hypermnestre

À part.

Air : Mais surtout prenez bien garde.

Danaüs

Quoique les liens les plus doux Vous attachent à votre époux, Vous devez votre affection À votre cher papa mignon. Sortez tous, et vous ma fille demeurez. Je ne sais comment elle recevra le beau compliment que je vais lui faire.

Hypermnestre

Vraiment, je le sais mon père.

Air : Que je chéris, mon cher voisin

Danaüs

Écoutez-moi donc. (bis) Ma fille, l'on a résolu D'immoler votre père. J'ai besoin de votre vertu.

Hypermnestre

Et qu'en voulez-vous faire ?

Danaüs

Elle doit armer votre bras.

Air : Le beau berger Tircis.

Hypermnestre

Sachons sur qui je dois Exercer mon courage. Sans différer nommez-moi L'ennemi qui vous outrage.

Danaüs

Son nom seul va, je gage, Glacer ton coeur d'effroi.

Air : Dedans nos bois il y a un ermite.

Hypermnestre

Quoi ! Vous pouvez soupçonner ma faiblesse ? Seigneur, si du serment Que dans ce jour j'ai fait à la déesse, Vous n'êtes pas content, Pour vous prouver mon amitié sincère, Je vais encor faire, Moi Je vais encor faire.

Air : Ah ! qu'il est beau l'oiseau.

Danaüs

À vous parler sincèrement, (bis) Je crains que le second serment N'ennuie, n'ennuie. Jamais on en fit tant En Normandie.

Elle met sa main sur l'autel.

Air : Charivari.

Hypermnestre

Malgré le respect sincère Que j'ai pour toi, Si je ne venge mon père, Hymen fais-moi Manquer de foi dès aujourd'hui À mon mari. Écoutez celui-ci, il vous fera trembler.

Il lui présente un poignard.

Air : Contre un engagement.

Danaüs

Du plus funeste sort Ma tête est menacée, Pour empêcher ma mort Va percer... En vérité, voilà un terrible serment !

Hypermnestre

Qui ?

Danaüs

Lyncée.

Hypermnestre

Quelle loi sanguinaire, Hélas, m'imposez-vous ! Me convient-il, mon père, De tuer mon époux !

Air : Quand on a prononcé ce malheureux oui

Danaüs

Elles vont dans la nuit m'immoler mes victimes. L'ombre de Gélanor m'a prédit tantôt qu'un des fils d'Égyptus me ravirait la vie, et la couronne. Vos soeurs n'ont pas fait tant de difficulté, elles sont bien plus résolues que vous.

Hypermnestre

Hélas !

Air : Tarare ponpon.

Danaüs

Vous soupirez ! Vos soupirs sont des crimes... Vous balancez encor ! Qui peut vous arrêter ? Votre serment vous lie, allez l'exécuter... Lorsque ma volonté, ma fille, se déclare, C'est à vous de répondre à mon intention. Hé bien, que ne partez-vous ?

Hypermnestre

Serais-je assez barbare !

Danaüs

Obéissez-moi donc.

Hypermnestre

Mon cher père tarare, Pompon.

Scène 12

Danaüs

Air : Quand on tient de ce jus d'octobre.

Danaüs

J'ai su m'assurer ma vengeance. En vain l'amour retient tes coups, On va dans l'ombre et le silence, Partout assiéger ton époux. Va, va, j'ai pris se si justes mesures que Lyncée ne pourra se soustraire à ma fureur. La nuit favorisera mon projet.

Scène 13

Hypermnestre

Le théâtre change et représente la façade du palais de Danaüs, une nuit très obscure règne sur le théâtre.

Air : Depuis que j'ai vu Nanette.

Hypermnestre

Justes dieux ! Que dois-je faire ? Quoi ! cédant à son courroux, Mes soeur par l'ordre d'un père Assassinent leurs époux. Ô nuit de tes voiles sombres Quel est le fatal secours ? Toi qui ne devais tes ombres Qu'au triomphe des amours.

Scène 14

Lyncée, Hypermnestre, Choeur Des Fils D'egyptus

Air : J'ai fait à ma maîtresse.

Il aperçoit le poignard.

Lyncée

Doux objet de ma flamme Je vous retrouve enfin... Mais, que vois-je ?... Ma femme, Quel est votre dessein ? Cet instrument, ma mie, N'est guère de mon goût. N'auriez-vous point envie De faire un mauvais coup ? Où diable trouverai-je ma femme ? Je la cherche partout... Si je ne me trompe, je crois que c'est vous, ma mignonne ?

Hypermnestre

Que lui dirai-je ?... Croyez-moi, Lyncée, éloignez-vous de ces lieux, fuyez-moi de grâce.

Air : La verte jeunesse.

Lyncée

Par ma foi j'ignore Pour quelle raison, Je ne suis encore Mari que de nom. Il faudrait, Madame, À vous parler net, Pour quitter ma femme, L'être tout à fait. Moi vous fuir !... Vous n'y pensez pas. Mais que veut dire ceci ? Vous me parlez par énigme, expliquez-vous mieux.

Air : Pour passer doucement la vie.

Hypermnestre

Pour sauver un époux que j'aime, Fer fatal à toi j'ai recours, Ne sert qu'à m'immoler moi-même, Mourons pour conserver ses jours.

Air.

Air : Je n'saurais.

Lyncée

Turlututu rengaine, rengaine, Rengaine ton couteau. Quoi, tu prétends, assassine, Te percer de part en part ? Que diable voulez-vous faire ?

Hypermnestre

Ma vertu m'y détermine, Mon cher, rends-moi ce poignard.

Le tonnerre gronde, les éclairs brillent.

Air : À la façon de Barbari.

Lyncée

Je n'saurais, S'il entrait dans ta poitrine, Tu mourrais. Mais quel tonnerre, quels éclairs Étonnent la nature ! Ces feux qui brillent dans les airs Sont d'un sinistre augure.

Choeur Des Fils D'egyptus

Quelle funeste trahison, La faridondaine, La faridondon ! Dieux, ô dieux ! on nous traite ici Biribi, À la façon de Barbari Mes amis.

Air : Joconde.

Lyncée

Quelles voix implorent les dieux ! Quels transports sanguinaires ! Je n'en doute plus, dans ces lieux, On égorge mes frères. Secourons-les... dois-je souffrir Leur sanglante défaite... Mais à quoi bon les secourir Lorsque l'affaire est faite ? Il vaut autant que je reste ici.

Scène 15

Un Égyptien, Lyncée, Égyptien, Choeur Des Argiens, Hypermnestre

Air.

Un Égyptien

Aux armes, camarades, L'ennemi n'est pas loin.

Lyncée

Courons tous au vin.

Égyptien

Aux armes, camarades, Mettons tous l'épée à la main.

Air : Je suis un bon soldat.

derrière le théâtre

Choeur Des Argiens

Portons dans le combat, Titata, L'horreur et le carnage. Que Lyncée abattu Tututu, Cède à notre courage.

Lyncée

Comment morbleu ! On parle de moi. Ah ! Chien de beau-père, vous faites donc des vôtres ! Tout à l'heure nous allons voir beau jeu : mes amis commencez toujours.

Hypermnestre

Où allez-vous donc, mon cher époux ?

Lyncée sort. On sonne la charge, le combat se fait entre les Égyptiens et les Argiens. À la fin, Lyncée arrive avec un grand bâton et les repousse.

Lyncée

Je vais boire un coup.

Scène 16

Hypermnestre

Air : Flon, flon.

Air : Un Cavalier d'une riche encolure.

Air : Ne craignez rien, l'Hymen est votre asile.

Air : Je ne suis né ni roi, ni prince.

Hypermnestre

Quelle horreur ! Quel tapage ! Où porter mes regards ! Le sang dans ce carnage Coule de toutes parts. Mais quel spectacle à mes yeux se découvre ? La terre s'entrouvre, Je vois des enfers Les supplices divers. Je vois mes soeurs sur l'infernale rive... Quel est le but de leurs soins empressés ? Elles voudraient d'une onde fugitive Fixer le cours dans des tonneaux percés. Non, vos mains sont trop criminelles, Des dieux, n'espérez pas, cruelles, Apaiser le juste courroux. Vous puisez vainement, perfides, Vous avez tué vos époux, Vos tonneaux seront toujours vides.

Scène 17

Lyncée

Air : Il faut quand l'Amour nous presse.

Il aperçoit Danaüs soutenu par deux gardes.

Lyncée

Décampons avec vitesse, Suivez-moi, mon petit coeur. Du combat je reviens vainqueur : Belle Princesse, Ma foi l'on a bien du bonheur Quand on adresse. Mais que vois-je ! Vous verrez que j'aurais tué le beau-père.

Scène 18

Hypermnestre, Danaüs, Lyncée

Fin de l'air : Réjouissez-vous bons Français.

Hypermnestre

Grands dieux ! quel horrible spectacle ! Ta main vient d'accomplir l'oracle.

Air : Colin va t'en dire à Nanon.

Danaüs

Non, fille perfide, c'est toi Qui trahis ton père et ton Roi Pour l'amour de ce misérable. Je voudrais pouvoir avec moi Tous deux vous entraîner au diable.

Air : Et zeste, zeste, zeste

Lyncée

Grands dieux, quelle fureur ! Allez-y toujours devant, mon cher papa.

Danaüs

Vite que l'on m'emporte.

Lyncée

La rage le transporte.

Hypermnestre

Il expire, Seigneur... Ô ciel quel coup funeste ! Il ne faut pas quitter le Roi.

Lyncée

Et zeste, zeste, zeste, Puisqu'il est défunt, croyez-moi, Songeons au reste.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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