Parade · 1756

La chaste Isabelle

de Thomas-Simon Gueullette

Représentation
≈ 14 min
Distribution
1 femme, 4 hommes
Répliques
135
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Isabelle F 48 ≈ 5 min 7
Monsieur Léandre H 27 ≈ 3 min 5
Monsieur Cassandre H 29 ≈ 3 min 2
Gilles H 13 ≈ 2 min 2
Monsieur Villebrequin H 15 ≈ 1 min 2
Cassandre Et Villebrequin N 3 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Isabelle absentabsentabsentabsent
Monsieur Léandre absentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Cassandre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Gilles absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Villebrequin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Cassandre Et Villebrequin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Gilles, Monsieur Léandre

Gilles

Il me paraît notre maître qu'il y a bien du train dans votre quartier, le vielleux a joué toute la nuit ; hier au soir on a montré la curiosité.

Monsieur Léandre

Toutes ces magnificences me causèrent une douleur douloureuse ; car enfin Monsieur Cassandre et Monsieur Villebrequin sont deux personnes qui ont du moyen.

Gilles

Pardienne je le crois qu'ils ont du moyen.

Monsieur Léandre

Enfin ils sont tous deux amoureux de ma charmante Isabelle.

Gilles

Oui, ma foi, il leur en faut à ces vieux fous de la viande fraîche, on leur en souhaite.

Monsieur Léandre

Si tu ne me soulages pas dans mon infortune, tu peux compter que tu n'as plus Monsieur Léandre pour ton maître.

Gilles

Hé bien, que faut-il faire ?

Monsieur Léandre

Il faut leur donner la venette, les faire changer de résolution.

Gilles

Oui, leur ôter cette colique vénérienne qui les tourmente.

Monsieur Léandre

Tu mets précisément le nez dessus, voilà où est l'enclouure.

Gilles

Je sais bien aussi où est l'enclouure.

Monsieur Léandre

Tais-toi, il ne faut jamais qu'un honnête homme parle de sa maîtresse.

Gilles

Ce que j'en dis n'est pas pour en parler ; mais enfin à gorge coupée et à fille dépucelée, il n'y a point de remède.

Monsieur Léandre

Cela c'est vrai ; mais ne sais-tu pas qu'il y a toujours à refaire après une fille, et que ces vieux roquetins m'empêchent d'entrer.

Gilles

Pardienne elle a moins peur pour l'entrée que pour la sortie, celle fille-là, elle voudrait que vous fussiez toujours dedans.

Monsieur Léandre

Tu vois donc bien qu'il faut empêcher ces messieurs de roder toujours autour d'elle.

Gilles

Oh ! Ça notre maître, fermez le cul et ouvrez les oreilles.

Monsieur Léandre

J'y consens, eh bien ?

Gilles

Il faut vous défaire de Monsieur Cassandre et de Monsieur Villebrequin. N'est-ce pas ?

Monsieur Léandre

Sans doute. Mais comment feras-tu ?

Gilles

Pardienne, je leur persuaderais, s'il le fallait, qu'un âne est un perroquet. Allez, laissez-moi faire, mais je vois venir Mam'selle Isabelle.

Monsieur Léandre

Il ne faut pas lui rien dire de notre bourde, elle est tant modeste et naturelle.

Gilles

Je vous laisse tous deux ensemble, vous n'avez pardienne pas besoin de moi pour vous ajuster, je vais prendre pendant ce temps-là un bon lavement de panse.

Scène 2

Isabelle, Monsieur Léandre

Isabelle

Ah ! Bonjour donc Léandre, pourquoi n'êtes-vous pas venu hier chez nous comme à l'accoutumée ?

Monsieur Léandre

Charmante Isabelle, vous étiez embarrassée, vous avez eu la vielle, la curiosité...

Isabelle

Vous savez bien qu'il y a toujours place pour vous. Vous me paraissez tout chose ?

Monsieur Léandre

Plût à Dieu.

Isabelle

Ah, ah ! Et moi aussi.

Monsieur Léandre

Charmante z'Isabelle, vous n'avez pas beaucoup à désirer. Mais Monsieur Cassandre et Monsieur Villebrequin me causent du chagrin, ils vous reluquent ; encore si vous en tiriez quelque chose.

Isabelle

C'est à quoi je songeais à part moi mon cher amant.

Monsieur Léandre

Gilles travaille une bourde.

Isabelle

Je travaillerai mieux que lui. Mon cher Léandre, laissez-moi faire. J'en vois venir un. Allez-vous-en, retirez-vous.

Monsieur Léandre

Je l'ai toujours fait quand vous l'avez voulu. Que je suis heureux d'aimer une si honnête personne comme vous l'êtes, et qui entend si bien le jars.

Isabelle

Adieu, mon cher amant.

Scène 3

Monsieur Villebrequin, Isabelle

Monsieur Villebrequin

Je crois que la voilà, cette adorable Isabelle. Bonjour mon bel Angelet du Paradis.

Isabelle

Votre servante, Monsieur Villebrequin.

Monsieur Villebrequin

Cette fille me ravit, c'est la modestie elle-même.

Isabelle

Ah ! Point du tout, Monsieur.

Monsieur Villebrequin

Mais, la belle enfant, je voudrais bien que vous vinssiez un jour dans ma maison, ma femme est à la campagne des champs.

Isabelle

Monsieur, je ne vais jamais t'en ville.

Monsieur Villebrequin

C'est que j'ai tant de peur de m'enrhumer ; les rhumes sont mauvais cette année.

Isabelle

Si vous voulez ce soir venir souper dans ma chambre, j'aurai une saluade.

Monsieur Villebrequin

J'en demeure d'accord, ma mignonne.

Isabelle

Cela ne vaut-il pas mieux que de dépenser votre argent comme vous avez fait hier ?

Monsieur Villebrequin

Je vous ai fait voir hier la curiosité, vous me montrerez la marmotte.

Isabelle

Vous n'avez qu'à parler, mais si vous voulez me prêter dix écus pour vous donnez à souper.

Monsieur Villebrequin

Par Saint-Jean, je n'y pensais pas ; mais dix écus, c'est beaucoup.

Isabelle

C'est que je veux que vous fassiez bonne chère, et qu'après la panse vienne la danse ; de plus il faut que je paye mon terme.

Monsieur Villebrequin

Tenez, ma mignonne, j'en mangerai au moins une partie.

Isabelle

Je vous attends ce soir à huit heures précises, frappez seulement à la porte.

Monsieur Villebrequin

Oui, ma charmante, laissez faire à mon impatience.

Scène 4

Isabelle

Isabelle

En voilà déjà un de rebouisé, et je veux mériter l'estime de mon cher Léandre en venant à bout de l'autre. Bon, je le vois qui vient ici.

Scène 5

Isabelle, Monsieur Cassandre

Isabelle

Bonjour mon mignon, mon tout, je parie que vous pensiez en moi.

Monsieur Cassandre

Vous l'avez deviné, ma charmante. À propos savez-vous bien que j'aurais fort voulu danser moi-même hier, car il m'en coûta six blancs pour le vielleux.

Isabelle

Je le crois bien vraiment : mais mon cher Cassandre, je n'aime point à vous voir comme ça dépenser votre argent.

Monsieur Cassandre

Je ne l'aime pas trop non plus ; mais vous m'enchantez en discourant ce discours, adorable mignonnette, aussi je n'y retournerai plus, mais je voulais vous divertir.

Isabelle

Ce n'est pas l'aveugle que j'aime le mieux.

Monsieur Cassandre

Je le crois ; montons chez vous.

Isabelle

Oh pour le présent je ne puis, mais si vous voulez venir ce soir à huit heures, je vous donnerai à souper.

Monsieur Cassandre

Vous me donnerez à souper ? Vous êtes adorable, jamais je n'ai connu rien de si charmant que vous.

Isabelle

Ah ! Pour moi je vous aime, quoique je n'aie jamais rien aimé, et que je ne sache pas comme cela s'est fait.

Monsieur Cassandre

Tant mieux, ma mignonne, je vous le montrerai. Que je suis plein de bonheur !

Isabelle

Je puis donc vous attendre ce soir à huit heures précises. Quand elles sonneront au petit couvent, frappez seulement à la porte.

Monsieur Cassandre

Je manquerai plutôt ma vie, que de perdre un bonheur si heureux.

Isabelle

Vous m'aimez donc bien ?

Monsieur Cassandre

Je crève d'amour, voyez comme je tousse.

Isabelle

Aussi que ne fais-je point ? Car enfin si vous venez chez nous, ce ne sera pas pour des prunes.

Monsieur Cassandre

Je le compte bien ainsi.

Isabelle

Je puis donc cela étant ainsi, vous prier de me faire un plaisir.

Monsieur Cassandre

Parlez, mignonne, que puis-je faire ?

Isabelle

Mon bon ami, vous pouvez me prêter dix écus.

Monsieur Cassandre

Mais savez-vous bien que ce sont trente livres ?

Isabelle

Oui, mon cher amant, c'est à cause que je le sais que je vous prie de me les prêter, je n'ai point assez de quoi vous donner à souper.

Monsieur Cassandre

Je ne me soucie pas de faire bonne chère, moi ; la sobriété donne la santé, et la santé est le plus grand de tous les biens. Une salade, et ce qu'on aime, me suffisent à merveille.

Isabelle

Mais ce n'est pas encore tant pour souper, c'est pour avoir deux chaises et une table.

Monsieur Cassandre

Nous nous en passerons, nous souperons sur le lit.

Isabelle

J'ai trop d'honneur pour vous recevoir comme ça ; je croyais que vous m'aimiez, mais vous ne m'aimez point. Je suis bien malheureuse.

Monsieur Cassandre

Hé bien, ma chère, je n'y puis plus tenir. Voulez-vous quinze francs ?

Isabelle

Non vous ne m'aimez pas, je me suis bien trompée.

Monsieur Cassandre

En bonne foi, je ne puis donner davantage, pensez-y bien.

Isabelle

Non. Hi, hi...

Monsieur Cassandre

Je m'en vas, je ne puis vous voir ainsi dans l'affliction.

Isabelle

Hi, hi, hi.

Monsieur Cassandre

En voulez-vous dix-huit ?

Isabelle

Non. Je suis bien malheureuse !

Monsieur Cassandre

Allons, il faut être raisonnable aussi, et diminuer quelque chose de votre côté, je mettrai les vingt francs, et c'est tout ce que je puis faire.

Isabelle

Et moi, je ne le puis en conscience. On aime, et voilà ce qui vous arrive.

Monsieur Cassandre

Mais aussi trente francs !

Isabelle

Je ne les vaux pas, n'est-ce pas ? Hi, hi.

Monsieur Cassandre

Vous valez tout ce qu'on peut valoir. Mais trente francs ?

Isabelle

Il n'y a qu'un mot qui serve ; le voulez-vous, ne le voulez-vous pas ?

Monsieur Cassandre

Jugez par-là de l'excès de mon amour. Tenez.

Isabelle

Mais il n'y en a que quinze ?

Monsieur Cassandre

Je donnerai le reste après souper.

Isabelle

Cela étant, il n'y a rien de fait. Quoi ! Vous avez de l'estime pour moi, et vous ne vous fiez pas à votre Isabelle ?

Monsieur Cassandre

Voilà donc les quinze autres.

Isabelle

À ce soir donc à huit heures sonnantes. Je vous attends. Frappez à la porte, et prenez bien garde d'être aperçu. Que je suis heureuse d'avoir un amant comme Monsieur Cassandre.

Monsieur Cassandre

À ce soir, ma mignonne, je n'ai garde d'y manquer. Trente francs ! Ce que l'amour fait faire ! Trente francs ! Dix écus !

Scène 6

Isabelle

Isabelle

Et de deux ; mon cher amant ne me reprochera plus que je ne sais pas mon pain manger : car nous avons de quoi faire. Mais n'est-ce pas lui qui s'avance.

Scène 7

Monsieur Léandre, Isabelle

Monsieur Léandre

Eh bien, ma charmante, qu'avez-vous fait ?

Isabelle

J'ai gagné vingt écus.

Monsieur Léandre

Voilà ce qui s'appelle savoir vivre.

Isabelle

C'est pour nous deux souper.

Monsieur Léandre

Il faut un peu de règle à tout ce qu'on fait, et vous allez toujours trop vite dans la besogne, je vous l'ai toujours dit.

Isabelle

Cela c'est vrai, je m'emporte t'un peu, mais je me corrigerai, je le faisais pour le mieux.

Monsieur Léandre

Vous êtes un peu trop connue dans le quartier, il faut déloger.

Isabelle

Je ferai tout ce qu'il vous plaira, mon cher amant ; j'aurai bientôt déménagé, vous le savez.

Monsieur Léandre

Je me charge de tout, puisque vous avez du comptant.

Isabelle

Volontiers. Je sortirai du quartier dès tout à l'heure, si vous l'avez pour agréable ; car j'ai donné rendez-vous à huit heures précises à ces deux vieillards, et j'aimerais tout autant qu'ils me trouvassent dénichée.

Monsieur Léandre

Cela ne serait pas honnête, il faut les attendre chez vous, mais n'ouvrez pas.

Isabelle

Ah ! Mon cher amant, je crois bien qu'ils ne pourront jamais ouvrir ; n'ayez point d'inquiétude, car vous êtes un peu jaloux, et bien assurément vous avez grand tort.

Monsieur Léandre

Je vais me déguiser, laissez-moi faire, et nous verrons beau jeu.

Isabelle

Ah ! Mon cher amant, ne les tuez pas.

Monsieur Léandre

Moi, je ne tue personne ; mais je veux me venger de l'insolence qu'ils ont de vous faire des propositions déshonnêtes. Je rentre cheux nous, et je vous attends d'une attente admirable.

Scène 8

Monsieur Villebrequin, Monsieur Cassandre, Isabelle, Cassandre Et Villebrequin

Monsieur Villebrequin

Voici l'heure, ou je me trompe fort.

Monsieur Cassandre

Quand il serait un peu plutôt, l'impatience fait toujours plaisir aux belles personnes. Frappons...

Isabelle

Qui va là ?

en même temps

Cassandre Et Villebrequin

C'est moi, charmante Isabelle...

Isabelle

Qui vous ?

Cassandre Et Villebrequin

Vous ? Vous ? Oui, moi... moi.

Monsieur Cassandre

Allez, vous êtes un vieux fou.

Monsieur Villebrequin

C'est un bel amoureux qu'un galant de soixante-dix ans.

Monsieur Cassandre

Cela n'est pas vrai, je n'en aurai que soixante-huit, viennent les prunes. N'en avez-vous pas davantage ?

Monsieur Villebrequin

J'ai ce que j'ai, ce ne sont pas vos affaires.

Monsieur Cassandre

Mais que demandez-vous à cette porte ?

Monsieur Villebrequin

Qu'y demandez-vous, vous-même ?

Monsieur Cassandre

Je veux que vous vous en alliez.

Monsieur Villebrequin

Je ne m'en irai pas, et je vous chasserai.

Monsieur Cassandre

Tu me chasseras, vieux fou ?

Monsieur Villebrequin

Voyons donc cela, vieille patraque.

Scène 9

Monsieur Léandre, Cassandre Et Villebrequin

Monsieur Léandre

Quel bruit est-ce que j'entends donc là ?

Cassandre Et Villebrequin

Ce n'est pas moi, c'est ce vieux fou... Monsieur, c'est lui qui a tort... Monsieur, je vous donnerai...

Après avoir pris, il dit à Gilles :

Gilles les emmène.

Monsieur Léandre

Donnez toujours. Monsieur, faites votre devoir.

Scène 10

Monsieur Léandre

Monsieur Léandre

Allez, Mademoiselle, descendez. Nous pouvons à présent trimer à loisir, et jouir du doux fruit de nos chastes amours.

Scène 11

Gilles

Cassandre et Villebrequin sont attachés et liés en face, ils se démènent, tombent par terre, et se battent, tantôt dessus, tantôt dessous, et s'en vont en roulant.

Gilles

Allez, Messieurs, faites la paix, croyez-moi, je vais boire à votre santé. Voilà ce que c'est que de vouloir souper dehors.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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