La Fièvre de Palmerin
Scène 1
Palmerin, Troupeau de Climène
Le Théâtre représente une plaine fort agréable au bord d'un riant bocage. On voit fumer en perspective dans un prodigieux éloignement, les célèbres forges de Vulcain.
Palmerin
Passez, heureux moutons ! Passez dans cette plaine La Bergère sui suit vos pas. Vient de m'envoyer paître, hélas ! L'ingrate vous y mène.
Troupeau de Climène
Bais, bais, bais.
Palmerin
Vous répondez â mes regrets ! Êtes-vous touchez de ma peine.
Troupeau de Climène
Bais, bais
Palmerin
Que votre sort est différent du mien.
Troupeau de Climène
Bais.
Le Troupeau s'éloigne, la Bergère le fuit, et passe sans regarder Palmerin.
Palmerin
Tais-vous ! Voici Clímène ; Comme moi, vous seriez accablez de sa haine, Si l'ingrate entendait un si doux entretien.
Palmerin
vous passez sans me voir ! ah faut-il que je brûle Pour des yeux qui me font un si cruel destin ! Ainsi donc mon espoir, loin d'avancer, recule. Mais quel éclat-nouveau ! Quel brillant véhicule...
Scène 2
Déesse, Palmerin
Déesse
Palmerin m'a déplu. Pourquoi ? Que sais-je. Enfin Palmerin m'a déplu ? Périsse Palmerin ! Que son sang jamais ne circule ! Qu'il soit rôti vif comme Hercule ! Que l'élément fiévreux ! Que Vulcain forge foudre! Le calcine ! Le mette en poudre
Le nuage se perd dans les nues. La Déesse disparaît, et le Pasteur se trouve environnée d'une cohue d'Aquilons, de Cyclopes, et de Salamandre.
Palmerin
Quel funeste courroux, ô Cieux ! Tant de fiel entre-t-il dans des Dieux ?
Scène 3
Choeur D'aqullons, Salamandres, Palmerin, Pasteur, Pasteur Furieux
Choeur D'aqullons
Qu'on le mette à la glace !
Salamandres
Qu'on l'échaude ! Qu'on le fricasse ! Qu'il soit en proie à Vulcain.
Entrée d'Aquillons.
Palmerin
Pour augmenter l'ardeur qui me dévore Que sert tout ce diable de train ? Adressez-vous aux beaux yeux que j'adore, C'est un moyen plus prompt et plus certain. Si mon insensible Bergère, Pour moi plus froide qu'un glaçon, Me fait redouter sa colère, Je tremble. Voilà le frisson.
Entrée de Cyclopes
Palmerin
Si cette beauté moins cruelle, Par un regard flatteur de sa douce prunelle, Promet à mon amour un plus heureux succès, Le feu prend. Me voilà dans le chaud de l'accès.
Les cyclopes, les aquilons et les salamandres se joignent et font une entrée comme on n'en a point vu.
Pasteur
Si par un baiser plein de flamme. Elle veut bien payer mon rigoureux tourment Mille feux, à la fois, s'allument dans mon âme, E! voilà le redoublement.
Les Cyclopes, les Aguilons, et les Salamandres se joignent et font une entrée comme on n'en a point vu.
Pasteur
Mais ô Dieux ! Si son inconstance En faveur d'un Rival fait pencher la balance, La haine avec l'Amour fait un combat nouveau. Voila le transport au cerveau.
Un lit de gazon s'élève fort à propos propos. Le Pasteur tombe dessus sans connaissance, les Aguilons, les Cyclopes et les Sulamandres se retiremt.
Pasteur Furieux
Quelle horreur me saisit ! Quels gouffres sont ouverts ! Ah je vois Clitemnestre, et le fils de Tantale. Je vois couler l'onde infernale... Arrête noir Caron ! vieux Nocher des Enfers ! Arrête ! Reçois-moi dans la barque fatale !... Mais il fuit, et mes cris se perdent dans les airs... Ah Climène est-ce vous ? Où fuyez-vous cruelle !... Dieux ! Mon rival fuit avec elle ! Je cède à la rigueur d'un si cruel destin. Ô rage de Thyeste ! ô funeste festin !
Scène 4
Choeur
Choeur
Juste Ciel ! Palmerin touche à sa dernière heure ? Hé vite empêchons qu'il ne meure ! Dédain, Dépit, Absence ! Accourez au secours ? Du pauvre Palmerin venez sauver les jours.
Scène 5
Le Temps, Choeur, Vénus
Le Temps
Le Pasteur est-il mort ? L'a-t-on enseveli ?
Choeur
Il respire Seigneur, mais sa peine est cruelle.
Le Temps
Hé bien donnons-lui donc cinq ou six grains d'oublis.
Vénus
Avec un gros d'amour nouvelle.
CHACONNE.
Choeur
Oh ! Suprême venu d'un remède accompli.
Le Choeur répète ces quatre derniers vers. La toile tombe.
Vénus
Si la fièvre amoureuse En veut à vos jours, Si votre belle inconstante ou quinteuse Vous quitte Pour d'autres amours ; La recette est fidèle, Changez pauvres amants, Une flamme nouvelle Finira vos tourments.