Prologue
Scène 1
Vénus, Choeur
Vénus
Chantez, chantez, ne vous lassez jamais, Et qu'à vos voix, l'écho réponde. Les plaisirs et les jeux remplissent vos souhaits, Vous êtes les mortels les plus heureux du monde. Chantez, etc.
Les trois Grâces dansent sur l'air des plaisirs du prologue, après quoi suit :
Choeur
Chantons, chantons, etc.
Scène 2
Vénus, Scaramouche
Scaramouche arrive.
La symphonie joue le prélude de la Discorde.
Vénus
Quel soudain carillon, et quels terribles bruits, Ciel ! qui peut amener ce bélître où je suis ?
Air : Folies d'Espagne
Scaramouche
Je viens ici pour troubler votre fête, De mes regards éprouvez la terreur. Dans mes transports, il n'est rien qui m'arrête, Je me nourris de carnage et d'horreur. Je suis nommé l'ennemi de nature, Le destructeur de tout le genre humain. Une des Grâces le caresse. Je ne veux point d'amoureuse aventure Si je ne fais cocu le dieu Vulcain. Cupidon veut le blesser. De Cupidon, j'incague Mon souffle seul repousse tous ses dards, Le grand Jupin redoute ma vengeance, Et pour ami, je n'ai que le dieu Mars.
Scène 3
Scaramouche, Pierrot
Pierrot avec un gros bâton.
Pierrot le bat.
Scaramouche
Quel sot ici porte un pas téméraire ? En badinant, je veux l'exterminer. Non, tu n'es pas digne de ma colère, Vas, dis partout que je sais pardonner.
Air : Robin turelure
Pierrot
Tu croyais m'épouvanter Par tes chiennes de grimaces, Mais apprend, sot animal, Turelure, Que j'en avons bien vu d'autres, Robin [turelure lure].
Même air
Pierrot le bat.
Scaramouche
J'ai juré plus de cent fois De frapper sans dire gare, Ceux qui traitent de manant, Turelure, Un homme de mon calibre, Robin, etc.
Scène 4
Pierrot, Vénus, Choeur
Air : Tan la ra ritar
Pierrot
Je sais punir qui vous offense, Je me moque de sa fierté. Vénus, pour toute récompense, Accordez-moi cette beauté, Car depuis longtemps je soupire, Tan la ra ritar.
Vénus
C'est Vulcain qui fait le tonnerre, Dont le maître des dieux épouvante la terre. Mais le brave Pierrot avec un échalas Punit qui ne me connait pas. Célébrons aujourd'hui sa valeur pierrotesque, Et chantons que Pierrot n'a rien que de grotesque.
On danse la Loure des Ris et des Plaisirs qui est dans le prologue de l'Europe galante, après quoi le choeur reprend :
Pendant le choeur, Arlequin écoute, et le choeur fini Arlequin chante.
Choeur
Il fait régner l'amour au milieu des alarmes. Les gros tricots, les gros tricots Son ses plus fortes armes. Il fait régner, etc.
Scène 5
Arlequin, Pierrot, Une Des Grâces, Vénus
Arlequin
Quoi, pour célébrer un héros, On parle ici de gros tricots, Cela sent trop la bastonnade, Je vais m'esquiver au plus tôt, Car Arlequin sans gasconnade, Est aussi poltron que Pierrot.
Pierrot
Savez-vous, Monsieur l'animal Que Pierrot est homme de coeur. Je n'aime point la raillerie, Passez, passez votre chemin, Car quand on songe au mariage On n'aime pas les importuns.
Arlequin
Pierrot, tu vas te marier ? À qui vas-tu donc t'allier ? Je prétends être de la fête, Et comme ami de la maison. Il faut que Pierrot me promette Quelque singe de sa façon.
Pierrot
Pierrot est trop homme de bien, Pour en cela promettre rien. Car je sais que le mariage Nous produit souvent des enfants, Qui prétendent notre héritage, Quoiqu'ils ne soient pas nos parents.
Deux Grâces dansent un menuet, après quoi Vénus chante à l'imitation de l'air du prologue qui dit
la chanteuse à l'imitation de l'air du prologue, ensemble
Une Des Grâces
Souffrez que l'amour vous blesse, Finissez tous vos débats. La raison et la tendresse, Pierrot ne s'accordent pas.
Vénus
C'est dans une tendresse extrême, Ce n'est que dans le mariage, Qu'on trouve le bonheur parfait. Tout abonde dans le ménage Quand un homme a l'esprit bien fait. Et Tircis sans le cocuage, Serait-il ce qu'il est ?
Arlequin
Devenons par le cocuage Aussi riche qu'il est.
Arlequin
Belle Vénus, votre éloquence A quelque espèce de raison. Lorsque la corne d'abondance Fait l'ornement de la maison, Un mari sans chagrin doit dire tan la rita.
Pierrot
Voila pourquoi mon pauvre père Chantait la nuit comme le jour, Quoique jamais ma chère mère Ne lui témoignât de l'amour. Nous avions toujours de quoi frire, tan la.
Air : Ne m'entendez-vous pas
Arlequin
Le mal est général, Pourquoi, diable le feindre ? On a tort de se plaindre Quand la tête fait mal, Le mal est général.
Pierrot
Allons donc nous pourvoir À la foire galante. Qu'importe qu'on nous trompe, Mon ami, tu seras Cocu comme Pierrot.
Arlequin
À la foire, Vénus Étalant sa boutique Crèvera de pratique. Ses appas sont connus, Les cafés sont perdus.
Air : Tu n'as pas le pouvoir
Bis.
Bis.
Pierrot
La belle Vénus ne vient pas Trafiquer ses appas. Elle ne paraît en ces lieux Que pour plaire à nos yeux.
Bis.
Bis.
Arlequin
Pierrot, ne vous fâchez pas tant, Parlez plus doucement. En fait d'amour, gardez-vous bien De répondre de rien.
Bis.
Bis.
Pierrot
Pour me brouiller avec Vénus J'ai trop bon naturel. Je ne puis souffrir sans chagrin Qu'on en dise du mal.
Arlequin
Ah ! si l'amour Conduit chaque jour Bien du monde à la foire, À leurs dépens Nous aurons de boire, Et nous serons contents.
Air : Réveillez-vous, [belle endormie]
Pierrot
Quoi, tu ne parles que de boire ! Pour moi, je mourrai de souci Si les ongles du mariage Ne grattent ma démangeaison.
Arlequin
Avant de me mettre en ménage, Si je pousse quelques soupirs, Je veux que l'objet qui m'engage Accorde tout à mes désirs, Et sans cela, je me retire, tan la rara, etc.
Air : Réveillez-vous, [belle endormie]
Pierrot
Ne va pas si vite en besogne, Tu fais l'amour en étourdi. Il faut quelque temps battre en brèche Avant que de donner l'assaut.
Arlequin
Vas, tu n'as pas lu le grimoire, Tout tes avis sont superflus. Apprend, mon ami, qu'à la foire, Les marchés sont bientôt conclus, Jamais en vain l'on n'y soupire, tan la tare.
Cupidon poursuit Arlequin, et après un jeu de théâtre, il lui décoche une flèche, après quoi Arlequin chante sur l'air Réveillez-vous.
Les violons reprennent l'ouverture.
Vénus
Faites-lui ressentir l'effet de ma puissance, Cupidon, punissez le faquin qui m'offense. Ah ! Cupidon, faites-moi grâce, Quoi ! vous visez droit à mon coeur ! Ma foi, j'en tiens, quoique l'on fasse, L'amour est toujours le vainqueur.
Acte I
Scène 1
Arlequin, Le Docteur, Colombine
Air : Folies d'Espagne
Arlequin
Du dieu d'Amour, je ressens la puissance, Ce mirmidon m'a percé le gosier. Il m'a vaincu, malgré ma résistance. Mes intestins ne sont plus qu'un brasier. Savant docteur, soleil de médecine, Vous pouvez seul soulager mes tourments. Accordez-moi l'aimable Colombine, Que j'aime mieux que tous vos lavements. Je suis le modèle D'un parfait amant. Souffrez qu'à la belle, Je fasse un... tant la leri, un compliment.
Le Docteur
Marinette autrefois faisait votre bonheur.
Arlequin
Ciel ! Qu'entends-je ?
Le Docteur
Après avoir donné son coeur, Doit-on devenir infidèle ?
Air : Fanatiques
Arlequin
Par rapport à ses yeux charmants, Et son air peu sévère,bis À mes premiers engagements, Je deviendrai contraire. Aussi prompt à trahir mes serments, Que je fus à les faire.bis
Colombine
Arlequin, tu peux te flatter De plaire à Colombine.
Bis.
Le Docteur poursuit Colombine, ce qui donne lieu à un jeu de théâtre avec Arlequin qui veut empêcher le Docteur de la maltraiter. Arlequin se retire.
Le Docteur
Quoi ! Vous osez vous en vanter, Madame la coquine. Hors d'ici, je saurai tricoter Comme il faut votre échine.
Scène 2
Le Docteur
Le Docteur s'en va.
Le Docteur
Le soin que je prends de son sort Me fera troubler la cervelle. Arlequin croit triompher d'elle, Mais le coquin se trompe fort.
Scène 3
Marinette
Marinette
Mon cher vainqueur, aimable Scaramouche, Je n'aimerai jamais que vous. C'est en vain qu'Arlequin gémit à mes genoux. Son amour n'a rien qui me touche. Je ris de ses transports jaloux. Je sens, à sa présence allumer mon courroux, Je suis pour lui sombre et farouche. Mon cher vainqueur, aimable Scaramouche, Je n'aimerai jamais que vous.
Scène 4
Marinette, Arlequin, Pierrot, Le Docteur
Marinette
Que vois-je ? quels présents portent-ils dans leurs mains ! Que veulent ces marchands forains ?
Air : Monsieur de la Palisse est mort
Arlequin
Je viens tout exprès dans ces lieux Pour régaler Colombine. Apercevant Marinette. Cet objet m'est odieux, Et me sert de médecine. Je veux, pour rire à ses dépends, L'assurer de ma tendresse. Et par de petits présents, Profiter de sa faiblesse.
Air : Quand sur le golfe du tendre.
Arlequin
Recevez, beauté charmante, Une preuve de mes feux. Voici de l'encre luisante Pour noircir vos blonds cheveux, Un peu de machicatoire Avec un décrottoir, Un petit sifflet mignon, Et ce joli saucisson.
Même air.
Pierrot
Pour moi qui ne suis point chiche, Je vous fais un plus beau don. De ce baril de moutarde Je prétends vous régaler. Pour rétrécir votre bouche Prenez ce pot de pommade, Cette râpe de fer blanc, Cette andouille de Tabac.
Le Docteur
Râpez, râpez, belle bergère, Si vous voulez charmer ! Et quand vous ne saurez que faire, Vous n'avez qu'à fumer.
Air : Le premier jour du mois de mai
Arlequin
C'est pour vous que je suis ici, Et je n'aspire qu'à vous plaire. Pour vous mon coeur est tout transi, C'est pour vous que je suis ici. À la foire et dans ce temps-ci, On finit bientôt une affaire. C'est pour, etc.
Scène 5
Colombine, Arlequin, Marinette, Pierrot
Colombine
Malgré toute l'ardeur Qui règne dans mon âme, Osez-vous, imposteur ! En compter à Madame... Lizon, etc.
Arlequin
Hélas ! je suis pressé Du mal qui me possède. Vos beaux yeux m'ont blessé, Donnez-moi le remède... Lizon, etc.
Air opéra.
Colombine
Qu'entends-je ? Quels discours ! Et que me dites-vous ? Je vous ai vu, perfide, à ses genoux.
Air : Le premier jour de mai
Arlequin
Non, Colombine, c'est pour vous Que mon coeur veut se faire entendre. L'amour m'a lancé tous ses coups. Non, Colombine, c'est pour vous. A-t-elle autant d'attrait que vous ? Et le moyen de s'y méprendre ? Non, Colombine, etc.
Air : J'ai senti pour vous seule
Arlequin
J'ai renoncé pour vous au doux jus de la tonne. Je ne puis plus souffrir ce breuvage divin. Et chaque jour, mon aimable pouponne, Je ne bois que trois pots vin.
Air opéra, fin de la quatrième scène de la première entrée
Marinette
Laissez-moi, c'est trop vous entendre. J'enrage, c'est trop vous entendre, D'un pareil traitement, je veux avoir raison. De mon juste courroux, rien ne peut vous défendre, Je vais vous étriller de la bonne façon.
Air : Marie Salisson
Pierrot
Madame Alizon est en colère, Oh ! oh ! etc. De ce qu'elle ne peut faire, Oh ! oh ! etc. Et qu'on ne veut pas lui faire, Oh ! oh ! etc.
Colombine
Ma pauvre Alizon, que veux-tu faire, Oh ! oh ! etc. Rengaine donc ta colère, Oh ! oh ! etc. Et ne fais pas l'harengère, Oh ! oh ! etc.
Elles se battent et se décoiffent, Arlequin en les séparant frappe Pierrot. Ils se retirent tous à l'exception de Marinette qui reste décoiffée.
Marinette
Oh ! c'en est trop petite effrontée, Oh ! oh ! etc. Vous m'avez trop maltraitée, Oh ! oh ! etc. Ma foi vous serez frottée.
Scène 6
Marinette
Air : Quel funeste coup pour mon âme,
Elle s'en va.
Marinette
Quel funeste coup pour ma tête ! Quoi ! tu m'arraches les cheveux. Et pour marque de ta conquête, Ma coiffure en tes mains, rend ton sort glorieux. Tu m'as frappé, ah ! j'en prendrai vengeance, Et j'irai te dévisager. Infâme, tu m'as fais une sensible offense, Mais ne crois pas que je sois sans défense, De cent coups de bâtons, je prétends te charger. Quelle honte pour moi, qu'une femme fluette ! Un petit embryon me soumette à ses coups. Reprenons nos fureurs, courage, Marinette, Et sans différer, vengeons-nous. Ma face égratignée, et tout contrefaite, Doit contre une salope allumer mon courroux. Oui, quand j'aurai puni cette mazette, Un triomphe si grand me paraîtra bien doux. Et pour voir aujourd'hui ma vengeance complète, Je veux que la carogne en présence de tous, Me rende enfin à mes genoux Ma coiffure de mignonette.
Acte II
Scène 1
Arlequin
Arlequin
Hélas ! Arlequin n'en peut plus. L'Amour m'a donné la colique, Je suis devenu comme étique, Je sens tous mes membres perclus. Hélas ! etc.
Scène 2
Colombine, Arlequin
Colombine arrive.
Air : Morguienne de vous
Colombine
Mon cher Arlequin, ton humeur chagrine Trouble le destin de ta Colombine. Morguienne de toi, quel homme ! quel homme ! Calme ton effroi, tu seras à moi.
Arlequin
Hélas ! je ne puis concevoir, Sur quoi tu fondes cet espoir. Le Docteur me sera contraire, Je ne pourrai jamais lui plaire. Il ne faut pour nous rendre heureux, Prendre conseil que de nous deux.
Air : Réveillez-vous, [belle endormie]
Colombine
Pour mieux parler de notre flamme, Entre avec moi dans le logis, Je crois que t'habillant en femme, Tu ne seras jamais surpris.
Arlequin
Je n'aurai pas trop bonne mine En équipage féminin. Allons... souviens-toi, Colombine, Que je suis toujours masculin.
Scène 3
Scaramouche, Arlequin
Une nuit. Scaramouche va sous la fenêtre du Docteur. Les violons jouent le sommeil.
Scaramouche
Docteur, qui chaque nuit fait ici sentinelle, Ne verse point sur moi ton grand pot à pisser, Ne verse, etc.
Air : Vous m'entendez bien
Arlequin
Scaramouche, retirez-vous, Car vous avez bien des jaloux. Croyez en Marinette, Hé bien ! Je crains qu'on ne vous traite, Vous [m'entendez bien].
Arlequin
Trop heureux, trop heureux, si pour vous, ma belle, Je me pouvais faire rôtir.bis
Air : Vous m'entendez bien
Même air.
Même air.
Il lui jette le pot de chambre.
Arlequin
Je prétends répondre à mon tour Aux sentiments de votre amour. Parlez à Marinette, Hé bien ! Avec cette trompette, Vous m'entendez [bien]. J'ai fait faire cet instrument, Pour nous parler plus sûrement. Approchez votre oreille, Fort bien, Vous êtes à merveille, Vous m'entendez [bien]. J'ai pour vous une telle ardeur, Que je sens grésiller mon coeur. Je verse pour vos charmes, Hé bien ! Un déluge de larmes, Vous m'entendez [bien].
Scaramouche
Je suis mouillé, l'on punit ma sottise. L'eau dégoute partout, que maudit soit le pot. Il faut pour sécher ma chemise Que j'aille brûler un fagot. Il faut, etc.
Scène 4
Arlequin
Une chambre.
Arlequin s'assied et s'adresse à une chaise qui est devant lui et chante sur l'air Ne m'entendez-vous pas.
Arlequin
Que d'ustensiles différents, Pour attirer les soupirants. Toujours par la toilette, Hé bien ! Triomphe une coquette, Vous m'entendez [bien]. Il se mire. Ma foi, je suis un beau garçon, J'ai le nez tout à fait mignon, Ma figure est gentille, Hé bien ! Si j'étais une fille, Vous m'entendez bien. Je veux me poudrer, me rougir, Me vermillonner, me blanchir. Et pour fuir les alarmes, Hé bien ! Mettre à profit mes charmes, Vous [m'entendez bien]. Puisque j'ai l'air si féminin, Je veux par un discours badin, Contrefaire le style, Hé bien ! D'une coquette babille, Vous m'entendez [bien]. Puis aussi sur un ton nouveau, Feindre la voix d'un damoiseau, Qui prétend faire emplette, Hé bien ! Du coeur d'une coquette, Vous [m'entendez bien]. Madame, à vos appas, Je viens pour rendre hommage. Heureux si sans partage, Je puis entre vos bras, Ne m'entendez-vous pas. Il répond pour la femme. Je le connais trop bien, Vous cherchez à me plaire, Vous êtes téméraire, Et vous ne valez rien, Je le connais trop bien. L'homme. Ah ! faites plus de cas D'une si belle flamme. Je vous aime, Madame, Et voudrais bien, hélas ! Ne m'entendez-vous pas ? La femme. Vous êtes trop pressant, Ma vertu s'effarouche. Soyez moins violent, Vous êtes trop pressant. L'homme. Ah ! l'aimable museau, Et que ta gorge est belle. Je veux, ma tourterelle, Être ton tourtereau. Ah ! l'aimable museau. Il baise sa main. La femme. Fi donc, petit badin, Qu'osez-vous entreprendre ? Vous êtes trop malin. Fi donc, petit badin, L'homme. Rien ne peut m'arrêter, Dans ma vive tendresse. La femme. Je suis une Lucrèce, Pourquoi me tourmenter ? Vous voulez m'affronter. L'homme. Cupidon m'a vaincu, Mon aimable Silvie. La femme. Finissez, je vous prie, Respectez ma vertu, Ou vous serez battu. L'homme. Tous vos efforts sont vains, Charmante impératrice. La femme. Ah ! Monsieur le Jocrisse, Quittez de tels desseins, Ne jouez plus des mains.
Scène 5
Le Docteur
Il le chasse.
Le Docteur
Que faites vous ici, Madame la carogne ? Reconnaissant Arlequin. Quoi ! c'est vous, chien d'ivrogne Qui babillez ainsi ? Sortez vite d'ici.
Scène 6
Le Docteur
Air : La nuit ramène en vain, parodie.
Le Docteur
D'une jeune beauté, la garde est difficile, Mes soins seront-ils superflus ? Je ne m'étonne point si l'on voit des cocus, Au manège d'amour la femme est trop habile.
Scène 7
Le Docteur, Scaramouche
Le Docteur
C'est à vous de servir mon âme vigilante, Je vous ai destiné mon aimable servante. Contre tous vos rivaux, je prétends vous armer, À grands coups de tricot, il faut les abimer.
Air : Trembleurs
Il les chasse.
Scaramouche
Je suis prêt à faire rage, Je punirai qui m'outrage. Ah ! quel horrible carnage, Et que de sang répandu. J'ai perdu la connaissance. Tout excite ma vengeance, Évitez donc ma puissance, Ou bien vous serez battu.
Acte III
Scène 1
Arlequin, Colombine
Air : Voulez-vous savoir qui des deux
Arlequin
Ne verrai-je jamais le jour Qui doit couronner mon amour ? Vous brûlez d'une faible flamme, Ah ! c'est trop offenser mes feux. Hélas ! je voudrais bien, Madame, Nous voir accoupler tous les deux.
Air opéra.
Colombine
De quels reproches encor venez-vous m'alarmer ? Votre amour, quelque temps, ne peut-il se contraindre ? Que sert, ingrat, de vous aimer ? De vous, hélas ! j'ai tout à craindre.
Air : Ne m'entendez-vous pas.
Arlequin
Je ne me plaindrais pas, Mais en vain je vous aime. Si vous m'aimiez de même, Ma Colombine, hélas ! Je ne me plaindrais pas.
Colombine
Vous plaignez-vous, ingrat, De ma flamme parfaite. Vous aimez, Marinette, Perfide scélérat. Mais... à bon chat, bon rat.
Air : Réveillez[-vous] belle endormie
Arlequin
C'est le sujet de mes alarmes, Vous reconnaissez mal ma foi. Je renonce à tout pour vos charmes, Et vous ne faites rien pour moi.
Air : Lampons.
Arlequin
Raccommodons-nous toujours, C'est le plaisir des amours. À la foire, c'est la mode, On se brouille, on s'accommode, Lampons, lampons, Colombine, lampons. Tu ne danses pas trop mal, Allons-nous-en donc au bal, Chez la jeune cafetière, Chacun danse à sa manière. Lampons, lampons, Colombine, lampons. On y danse des menuets, Toutes sortes de ballets. Souvent ce qui plus tourmente On y danse la courante. Lampons, lampons, Colombine, lampons.
Scène 2
Choeur, Pierrot, Arlequin, Chanteuses, Première Chanteuse
On ouvre. Les violons jouent la marche. Troupe de marchands forains. Salle de bal.
On danse l'air des masques, ensuite on chante Ah ! d'un curé. Après on danse encore l'air des masques.
Choeur
Marchands forains, rassemblons-nous, Ça, que l'on danse, que l'on chante. Quel séjour peut être plus doux ? Bannissons les soupçons jaloux. À la foire galante L'amour nous trompe tous.
On danse un menuet.
Pierrot
À la danse Je viens en masque Pour n'être pas reconnu, A c i o u. À ma taille délibérée, Me prendrait-on pour Pierrot O o o diu hurhaut.
Air : La Guinguette
Pierrot va caresser Colombine.
Pierrot
Entrons au bal, Et sans cérémonie Accostons-y Quelque jeune beauté. Faisons lui voir Que quoique l'on en dise, Pierrot est un vivant Qui fait, qui fait Chiffonner bien un falbala.
Air : Tu n'as pas le pouvoir
Il le frappe.
Arlequin
Doucement, Monsieur l'animal, Voici votre rival, Vous chiffonnez son falbala Retirez-vous de là.bis
Arlequin le frappe encore.
Pierrot
Mais, Monsieur, pourquoi me frapper ? Vous n'avez qu'à parler.bis Je connais pourtant des époux Plus dociles que vous.bis
à l'imitation de Formons d'aimables jeux
Chanteuses
Arlequin, c'est à tort que vous êtes jaloux, Pierrot ne vient ici que pour l'amour de nous.
Première Chanteuse
C'est pour moi que Pierrot ici porte ses pas, Il a senti le pouvoir de mes charmes. Arrêtez, Arlequin, ne le frappez donc pas ! Épargnez-moi de mortelles alarmes, Arlequin, c'est à tort, etc.
Air : Trembleurs
Pierrot
En vain donc je suis en masque, Puisqu'on sait me reconnaître. Mais malgré la connaissance, Arlequin m'a maltraité. N'importe, je lui pardonne, Pierrot n'a point de rancune, C'est par faute de courage Que je suis lâche et poltron.
Scène 3
Chanteuse, Scaramouche, Colombine, Arlequin
Arlequin et Scaramouche se battent. Scaramouche fuit, Arlequin le poursuit. Colombine se pâme, Pierrot veut la secourir et chante Filles qui***
les apercevant, chante à l'imitation de la scène quatrième de la troisième entrée Mais que vois-je
Chanteuse
Mais, que vois-je ? Ô cieux ! cruels, d'où provient votre rage ? Quoi ! vous venez au bal pour faire carillon ?
Air : Réveillez-vous, [belle endormie]
Scaramouche
Oui, je viens pour faire tapage, Vous devinez notre dessein. Et puisque son amour m'outrage, Il faut qu'il meure de ma main.
Colombine
Vous voyez mon ardeur, Il n'est plus temps de feindre. Arlequin a mon coeur, Et vous êtes à plaindre, Lizon, etc.
Scaramouche
Quoi ! malgré tous mes feux, Mes soins et ma tendresse, Mes larmes et mes voeux, Je serai donc malheureux. Tu lui donnas ta foi, Tu te moques de moi, C'est pourquoi, Je veux, double tigresse, Le massacrer devant toi.
Air : Ma mère, mariez-moi
Colombine
Arlequin a réussi. L'Amour m'a parlé pour lui. Votre sort serait plus doux S'il m'avait parlé,bis Votre sort serait plus doux S'il m'avait parlé pour vous.
Même air.
Arlequin
Mon ami, vous avez tort De vous emporter si fort. Je suis un pauvre poltron, Accordez-moi donc,bis Je suis un pauvre poltron, Accordez-moi le pardon.
Scaramouche
Il faut céder, enfin, À ma fureur extrême. Immolons Arlequin. Colombine et moi-même, Lizon, zon. Mais, le puis-je ? insensé ! Quel vain espoir me flatte ? Ses beaux yeux m'ont blessé, Épargnons cette ingrate, Lizon, zon. S'adressant à Arlequin. Mais apprends, malheureux, Avant que je combatte, Qu'il est bien dangereux De tomber sous ma patte, Lizon, etc.
Scène 4
Pierrot
Il la baise.
Pierrot
Donnez-moi vite du secours, Colombine se pâme,bis Et pour la faire revenir, Du vinaigre à sentir, Donnons-lui du vinaigre. Ah ! par ma foi, tout est perdu, L'enflure la suffoque. Tâchons de lui trouver le pouls. Madame, êtes-vous morte, êtes-vous, Madame, êtes-vous morte ? Mais voyons sans plus différer, Si sa bouche respire. Vous n'êtes pas morte, je sens Quelque signe de vie, je sens Quelque signe de vie.
Scène 5
Arlequin
Arlequin
Réveillez-vous, belle endormie, Voici votre cher Arlequin. Si vous renoncez à la vie, Je mourrai bientôt de chagrin.
Scène 6
Colombine, Vénus, Choeur, Le Docteur, Arlequin
Air : Mes yeux ne pourrez[-vous jamais], parodie
Colombine
Vénus ne pourrez-vous jamais Forcer le Docteur à se rendre ? Hélas ! faites-lui donc entendre Qu'il faut que je cède à vos traits. Vénus, etc.
Vénus
À ses voeux, ne soyez plus contraire. Pour son cher Arlequin, j'ai voulu l'enflammer. Je prétends que pour me satisfaire, On ne la prive pas du plaisir de l'aimer.
Choeur
Arlequin tout doit te satisfaire. Le Docteur ne saurait l'empêcher de t'aimer. Quand on est assez heureux pour plaire, L'amour de plus en plus devrait nous enflammer.
Air : Réveillez-vous, [belle endormie]
À Colombine.
Le Docteur
Ma volonté cède à la votre. Vous triomphez de nos jaloux. Mon penchant parlait pour vous.
Choeur
Arlequin tout doit, etc.
Arlequin
Vous brillez seule en ces retraites, Vous effacez tous les appas. L'amour ne se plaît qu'où vous êtes, Et languit où vous n'êtes pas. Pour vous seule mon coeur soupire, Lan lare.
Les violons jouent la marches des Bostangis.
Le Docteur
Que tout signale ici leur ardeur mutuelle ! Qu'on offre à leur égard la fête la plus belle.
Scène 7
Le Docteur, Arlequin
Air : Vivir, parodie.
Le Docteur
Aimez, aimez Colombine, vivir. Que votre humeur Arlequine unir Songe un peu moins à la cuisine, mi. Ne soyez pas si friand, bello Du fromage de Milan, durar Que la crainte du cocuage Ne trouble pas votre ménage. Quand tout vient abondamment, On doit dire hautement : Favor celesta, D'aver corne in testa. Sois tranquille Dans la ville, On trouve peu de maris difficiles. D'un époux Trop jaloux, Les soins sont vains, et la garde inutile. Un époux Trop jaloux Lui-même rend son épouse fragile. Trop d'esprit Toujours nuit, En pareil cas il vaut mieux être Gille.
Arlequin
Sans contrainte, Plus de crainte Suivez-moi tous, je vous paierai pinte.