Scène 1
Azor
Le théâtre représente d'un côté un verger, et de l'autre l'antre de la Sybille.
ARIETTE.
Azor
Amour lance dans mon âme Tous tes traits. j'aime pour jamais, Pour jamais je m'enflamme. Frappe, à tes coups mon coeur connaîtra tes bienfaits. Amour lance dans mon âme Tous tes traits, Longtemps du Dieu de la Thrace J'ai suivi la trace, Je me trompais dans mes plaisirs. Euphrosine a su me séduire Et m'instruire Sur mes désirs.
Scène 2
Francoeur, Azor
Air : Castagno castagna.
Francoeur
L'Amour fait dans ce temps Bonne Vendange ; Tandis que les Mamans Prennent le change. Pensent que l'on s'occupe Au Verger À Vendanger. Amour qui n'est pas dupe Justement prend ce temps-là. Ta la la, etc.
Air : Ma Fanchon ne pleurez pas.
Azor
Francoeur est toujours joyeux
Air : Ah! voila comme l'homme.
Air : Nous autres bons villageois.
Francoeur
On doit bannir en Vendange Tous les soucis ennuyeux, C'est le temps où l'amour s'arrange. Puis d'ailleurs le souci, dit-on, N'est pas fait pour un bon Luron. N'est pas fait pour un bon Luron. Quand par hasard j'ai du chagrin, Je prends un doigt de Brandevin, Je cours à l'instant chez ma Belle Et le verre en main auprès d'elle Mène l'Amour tambour battant. Ah ! Voilà comme L'homme Peut-être content. De Bacchus et de l'Amour. On célèbre aujourd'hui la fête ; A signaler ce grand joui La bonne Sybille s'apprête. Cette Dame y présidera Et là ses Oracles rendra ; Puis l'Amour lui-même y viendra.
Azor
Ah ! Je sais trop qu'il y sera.
Air : Je veux chanter sur ma musette.
Francoeur
Le craignez vous mon Capitaine ?
Azor
Ces jours passés dans un jardin, L'aurore paraissant à peine, J'allai rêver, mais sans dessein.
Francoeur
Eh ! Quoi ce petit Dieu malin Vous a-t-il causé quelque peine ? Lorsqu'il se montre en ce séjour C'est pour y faire un méchant tour.
Air : Noté n°1.
Azor
Sur un buisson de rose en rose, Voltigeait un oiseau charmant. Un enfant le voit, se propose De s'en rendre maître à l'instant. On n'apercevait que ses ailes Peintes des plus vives couleurs ; Hélas ! Elles étaient si belles Qu'elles semblaient former des fleurs. L'enfant, qui craint quelque dommage, Me sourit, m'invite à l'aider. Je me prête à son badinage ; Ah ! M'y devais je hasarder ! L'oiseau, de dessous le feuillage, Tout à coup s'envole en riant, Dans les rets moi-même il m'engage : L'oiseau, c'était un autre enfant. Ah ! dit-il, tu voulais me prendre, Tu soupireras désormais C'est pour te punir et t'apprendre À qui l'on doit tendre des rets.
Air : Monsieur de Catinat.
Francoeur
Vraiment c'est tout de bon.
Air : Quoi ma voisine es-tu fâchée.
Azor
Jusqu'ici trop léger Je n'avais recherché qu'un plaisir passager : Mais mon coeur aujourd'hui s'engage malgré moi Et je pense qu'enfin j'aime de bonne foi. Euphrosine qui m'a su plaire A mille appas ; Mais elle fait trop la sévère On n'y tient pas.
ARIETTE.
Chaque bergère etc.
Francoeur
Il faut savoir avec adresse Saisir les temps, En vendange une douce ivresse Sert les amants. Chaque bergère En corset blanc, Sur la fougère D'un air galant, Par une danse légère, Fait naître les désirs Appelle les plaisirs. Le verre en main au milieu d'elles Chaque Dragon chante ses feux. Le doux plaisir séduit les belles Et brille bientôt dans leurs yeux ; Le vin rend plus tendre, On ne peut s'en défendre; Et l'Amour par un choc léger Fait sonner l'heure du Berger.
Air : De mon Berger Volage.
ARIETTE.
Il sort.
Azor
Pour dompter la plus fière Il ne faut qu'un moment. L'instant ou la manière, Fait le sort d'un amant, Euphrosine rebelle, Ne peut que m'exciter ; Pour soumettre une belle, Un coeur doit tout tester. De la Gloire terrible Suspendons les travaux, Cherchons, vainqueur paisible Des triomphes plus beaux.
Scène 3
Francoeur
Air : Quand je suis dans mon corps-de-garde.
Air Noté n°2.
Air : Sur le Pont d'Avignon.
Francoeur
Je vais aussi voir ma maîtresse, Et lui parler tout nettement : L'amant qui peint bien sa tendresse Trouve toujours un bon moment. De l'objet qu'Amour me garde Si je dompte la fierté, Les plaisirs, au corps-de-garde, Vont signer un doux traité. Entre nous jamais de guerre, Ni dispute, ni procès, Si l'amour vient nous en faire, Lui-même en payera les frais. Le soir après la retraite, Tous deux nous boirons gaiement ; Servi par cette poulette, Que mon sort sera charmant ! La fête sera complète ; Un repas simple et galant, Près d'une vive brunette Finit toujours joliment. Après ma garde finie, L'Amour fera battre au champ; Le coup d'oeil d'une prairie Souvent inspire un Amant. Près d'un ruisseau qui murmure S'élève un riant gazon ; C'est un soin de la Nature, Il n'est pas là sans raison. Mais une Dame vient : Azor est avec elle : Ici laissons-les seuls, et courons chez ma belle.
Scène 4
Euphrosine, Azor
ARIETTE.
Euphrosine
Dieu charmant, Dieu de la tendresse, J'ai fait choix d'un amant ; En lui tout intéresse ; Soutenez Ma flamme timide, Venez, Soyez mon guide; Quand je cède à vos attraits ; Sauvez-moi les regrets.
Air : Ingrat berger qu'est devenu.
Azor
Vous rêvez seule en ce verger.
Euphrosine
Me suivrez- vous sans cesse ?
Azor
D'un amant qui ne peut changes Approuvez la tendresse.
Euphrosine
Azor, je vous l'ai dit cent fois ; De l'Amour je veux fuir les lois.
Air; N'aurai-je jamais un amant.
Azor
Et pourquoi tant haïr l'Amour, Vous a-t-il joué quelque tour ? Cela ne doit point étonner.
Euphrosine
Pourquoi donc je vous prie ?
Azor
Peut-on ne pas lui pardonner, Vous êtes si jolie.
Air Noté n°3.
Air : Hélas, Maman, pardonnez, je vous prie.
Azor
Souvent l'on paye assez cher en la vie Un seul instant de curiosité; Mais ce n'est rien, aussi charmante envie Ne peut chez vous qu'augmenter la beauté.
Euphrosine
Faut-il hélas, souffrir toute sa vie, Pour un instant de curiosité.
Air : Si les feux de tous les amants.
Azor
Pour guérir un pareil tourment, Il faut faire choix d'un amant.
Euphrosine
Non, non.
Azor
Vous êtes singulière, Un tendre aveu vous déplairait.
Euphrosine
Oui, Monsieur il m'offenserait.
ARIETTE.
Azor
Eh mais, vous seriez la première. Une belle Sur ce point Fait en vain la cruelle, On ne la croit point. À votre âge on soupire Pour un amant. Vous avez beau dire Autrement, On n'en croit rien à présent. Toujours jeune bergère Sourit d'un tendre aveu, Mais l'amant trop téméraire Veut-il savoir si son feu A su plaire, D'abord on dit non, non, non, Eh bon, bon, bon, bon, En est-on la dupe aujourd'hui, Tout bas votre coeur dit oui.
Air : Avec un Turc ordinaire.
Euphrosine
Ah cachons-lui que je l'aime.
Azor
Que dites-vous, s'il vous plaît ?
Euphrosine
Que ma surprise est extrême.
Azor
À vous on prend intérêt : Oui, je veux vous être utile; Je m'engage à vous former. Mais montrez-vous plus docile, Vous savez si bien charmer.
Air : Vaudeville d'Epicure.
Euphrosine
Azor réprimez cette audace Ah ! Que vous m'êtes odieux ! Et je vais vous quitter la place Si vous ne sortez de ces lieux.
Azor
Trop d'ardeur a su lui déplaire Ayons recours au sentiment. Mais laissons passer sa colère Je reviendrai dans un moment.
Scène 5
Euphrosine
Air : De tout temps le jardinage.
ARIETTE.
Par la Gloire, etc.
Euphrosine
Ah ! Quelle ardeur téméraire ! Si du moins elle est sincère, Que mon sort sera charmant. Mais, hélas, que je dois craindre De voir quelque jour éteindre Un feu qui paraît si grand. Par la Gloire Un Guerrier animé, Souvent de la Victoire Ne veut que l'honneur d'être aimé. Sa flamme légère N'est que passagère ; Amour sauvez-moi ce tourment Fixés mon amant. N'est-on pas assez à plaindre De craindre Pour des jours si chers; D'attendre Dans mille ennuis divers Le retour des hivers. Pour un coeur tendre Que de sujet de s'affliger ! Faut-il encore le voir léger.
Scène 6
Azor, Euphrosine
Air : Depuis que j'ai quitté l'enfance.
Azor
L'Amour près de vous me rappelle, Mais pourquoi cet air sérieux ; Le courroux dépare une belle, Et la douceur lui convient mieux.
À part.
Elle sort.
Euphrosine
Votre façon d'aimer m'étonne Azor cessez de m'irriter, Je ne dois plus vous écouter. Ah ! Tout bas mon coeur lui pardonne.
Scène 7
Azor, Francoeur
Air : Que je regrette mon amant.
Azor
Elle me fuit, ah! suivons la.
Azor sort.
Air : La bonne aventure.
Francoeur
Ma Lisette est toujours sévère... Mais mon Capitaine s'en va, À sa belle il aura su plaire, Car il paraît assez content. Seul j'éprouve un cruel tourment. La Sybille vient ici, Ah ! Je me rassure ; Pour mettre fin au souci Que mon âme endure, Parlons lui, je la prierai Tant et tant que je saurai, Ma bonne aventure Ô gué, La bonne aventure.
Scène 8
La Sybille, Choeur
ARIETTE.
Air : Nous jouissons dans nos hameaux.
La Sybille
De tant bonne volonté Profitez je vous prie ; Parfois d'Amour on est tenté ; Au moins une en sa vie. Pour être heureux sous son pouvoir, J'enseigne la science ; À mon âge on peut au savoir Joindre l'expérience.
Air Noté n°4.
Choeur
Ah ! La bonne Personne, Ah ! L'excellent avis que voilà.
La Sybille
Pour plaire joli Sénateur, De bons mots soyez grand diseur ; Pas ne parlez de Code. Surtout, à point, chez une Iris, Décidez avec un souris D'un ruban à la mode.
Choeur
Ah ! La bonne Personne, Ah ! L'excellent avis que voilà.
La Sybille
Médecin ayez ton galant, Babillez bien, soyez plaisant, Changez la Médecine. Faut n'appliquer votre art divin, Qu'à donner la fraîcheur au teint, À rendre la peau fine.
Choeur
Ah ! La bonne Personne, Ah ! L'excellent avis que voilà.
La Sybille
De Plutus élève opulent, Ne faut être chiche d'argent Mais bien en faire usage ; Donnez, comme joyeux présents, Bijoux, maisons, chevaux fringants. Et galant équipage.
Choeur
Ah ! La bonne Personne, Ah ! L'excellent avis que voilà.
La Sybille
En vacance bel avocat Quittez la robe et le rabat, Mettez vous en épée, Sifflez la petite Chanson, Et tenez vous près de Lison. Droit comme une poupée.
Choeur
Ah ! La bonne Personne, Ah ! L'excellent avis que voilà.
Scène 9
Francoeur, La Sybille
Air : La si, la son, la sombredondaine.
Francoeur
Ah ! Soulagez ma peine La si, la son, la sombredondaine, Je la supporte à peine, Et j'en perds la raison, Patati, patata, pataton.
La Sybille
Conte moi ton tourment.
Francoeur
J'aime un tendron charmant, Mais ma recherche est vaine; La si, la son, etc. Pour vaincre l'inhumaine, Il faudra du canon. Patati, patata, etc.
Air : Ah ! Nicolas sois moi fidèle.
La Sybille
Ta Maîtresse est elle innocente ?
Francoeur
Vous qui, dit-on en savez tant, Croyez-vous aussi qu'à présent, Il est encore quelque ignorante ?
La Sybille
Pas beaucoup,
Francoeur
Surtout, dites donc, Dans un pays de garnison.
Air : À présent je ne dois plus feindre.
Air : Eh bien c'est une affaire faite.
La Sybille
Des Agnès de cette contrée L'innocence est fort éclairée; Les Sénateurs et les plumets, Chacun les forme à sa manière. Sans compter les petits collets Qui les prennent à la lisière. Mon cher, si je puis t'être utile, Parle, je m'offre à te servir,
Air : Dans les Gardes Françaises.
Air : Palsangué M. le Curé.
Air : Ton humeur est Catherine.
Air : Pour héritage.
Air : Là bas dessous ces verts pommiers.
Air : Joués violons.
Air : M. le Prévôt des marchands.
Air : Habitants des galères.
Air : Vas toujours Tambour battant.
Francoeur
Vous aimez à faire plaisir, Vous êtes bonne autant qu'habile. Ah l'excellent coeur que voilà! Je vais vous raconter cela. Lorsque dans ce Village Je vins en garnison, J'allai selon l'usage, Reluquer un tendron.... Dès que je vis son oeil fripon Mon coeur ne fut plus rebelle, Surtout morbleu, son joli pied mignon Me fit tourner la cervelle. Je débute en galant homme, J'assomme tous mes rivaux. Je paye et vin et rogomme Et puis les petits cadeaux...... En fille honnête Elle prie tout au mieux À chaque fête Montrait un air joyeux...... Plus d'une fois sur le vert pré, Farlarira dondé, Ensemble nous avons.... sauté, dansé.... Mais aujourd'hui la péronnelle, Fait avec moi la Demoiselle. Quand je lui dis bonjour mon coeur.... Elle répond, Monsieur Francoeur, Finissez donc j'ons de l'honneur..... Tredame De moi se rit-on, Ma flamme, N'entend pas raison. Un Dragon doit en amourette Faire toujours un feu roulant. Ne battre jamais la retraite Quoiqu'un coeur fasse le méchant. Le menacer de l'escalade, Présenter l'échelle aussitôt, Et s'il ne bat la chamade, Morbleu le prendre d'assaut.
Air : Bacchus disait pour m'exciter à boire.
La Sybille
N'aurais-tu pas parlé de mariage ?
Francoeur
Cela se peut.
La Sybille
En ce cas je te plains.
Francoeur
Quoi vous croyez que sur pareil langage Fillette compte ?
La Sybille
Oui vraiment je le crains.
Air : Ma Voisine a fait un faux pas.
Francoeur
Palsambleu l'amour d'un Dragon Dure autant que la garnison, Adieu quand le printemps commence, De son côté chacun s'en va. Se marier, eh mais oui-da ! C'est agir contre l'ordonnance.
Air : Chacun à son tour.
La Sybille
Près d'une belle un militaire Donne tous ses soins à charmer ; Si d'abord on est peu sévère C'est pour tâcher de l'enflammer. Est il pris, la subtile fillette Exige des preuves d'Amour. Chacun à son tour, Liron, lirette, Chacun à son tour.
Air : Sa ne vous va brin.
Il sort.
Francoeur
S'il faut brusquer le mariage Palsambleu je ferai le faut. Je ne dois pas craindre un outrage ; J'ai le bras bon et le coeur haut. Soldat qui fait bien son service N'a jamais peur qu'on le punisse, Ah ! l'Hymen n'a rien d'effrayant, Pour un bon vivant, Un bon vivant.
Scène 10
La Sybille
Air : C'est un enfant.
ARIETTE.
La Sybille
CEuillons les roses de la vie, Jouons sans cesse avec l'Amour ; À ce volage ôtons l'envie, De nous abandonner un jour. Ah ! Pour l'ordinaire, Il ne reste guerre Quand il n'a plus d'amusement. C'est un enfant. (bis.) Si jamais sur mon passage Je fais rencontre d'amour, Ah ! Sais fort bien par quel tour ; Je punirai ce volage. Tout d'abord m'en saisirai, Chez moi tôt le conduirai, Sans cesse l'amuserai Par quelques fêtes nouvelles. Ah ! Je le chérirai tant, Je le caresserai tant, tant, tant, tant. Que le petit inconstant, Oubliera qu'il a des ailes.
Scène 11
Azor, La Sybille
Air : Réveillez-vous belle endormie.
Azor
Madame excusez mon audace, Mais je voudrais vous consulter.
La Sybille
Monsieur c'est me faire une grâce Et m'offenser que d'en douter.
Air : Je ne sais pas écrire.
Azor
En ces lieux j'aime une Beauté; Pour lui plaire j'ai tout tenté, Mais elle en est plus fière.
La Sybille
Quoi tous vos soins sont superflus ?
Azor
Cela me surprend d'autant plus, Que voilà la première.
ARIETTE.
La Sybille
Aimer sa mie, Fêter sa fantaisie, C'est dans la vie Avoir rosier fleuri. Mais si la chance Fait tourner la constance, Amour s'offense, Rosier devient flétri, Aimer sa mie, etc.
Air : Ne v'la - t'il pas que j'aime.
Azor
Euphrosine a su me charmer, Mais que dois-je en attendre ? Elle ignore qu'il faut aimer, Et ne veut pas l'apprendre.
La Sybille
Quand il guette au bocage Bel oiselet, (bis) Chasseur sous le feuillage Tend son filet.
Azor
Faut-il user d'adresse ?
La Sybille
Oh, oui.
Azor
Ou peindre ma tendresse ?
Air : Mais, mais, fort singulier.
La Sybille
Oh, que nani. Il faut que je cache ma flamme,
La Sybille
Oh, oui vraiment.
Azor
Le secret pour toucher une âme Serait charmant, Quoi vous voulez que je soupire Ainsi qu'un galant du Palais, Voir un objet rempli d'attraits, L'adorer et n'oser lui dire; Je serais pour un Officier Singulier, Mais, mais fort singulier.
ARIETTE.
La Sybille
Dans les beaux Jardins de Cythère Tant et tant de fleurs on peut voir, Mais le doux choix qu'il convient faire Tout amant n'en a le savoir. Galant trop tôt devenu téméraire Ne peut jamais qu'effrayer la beauté. À quatorze ans pastourelle est sévère Moins par raison que par timidité.
Air Du Confiteor.
Azor
Trop de réserve nuit souvent, L'expérience le fait croire. Un guerrier et timide et lent; Toujours achète la victoire; Impétueux, rempli d'ardeur. Dès qu'il paraît il est vainqueur.
Air : C'est fait Minon Minette.
La Sybille
Maintes fois avec l'innocence Amour du jeu court le hasard, Le Dieu choisit par préférence Joli jeu de colin-mailliard : Met à la décence inquiète Épais bandeau dessus les yeux, Puis par un signe gracieux Avertit le plaisir qui guette. C'est fait minon-minette, Tu viendras Quand tu voudras. Quand c'est le tour à l'innocence Sur ses yeux met autre bandeau, Laisse celui de la décence, Même le serre de nouveau, Avec sa main d'humeur follette, Prends garde si l'on ne voit point, Puis une fois sûr de ce point Tout haut crie au plaisir qui guette. C'est fait minon-minette ; Tu viendras Quand tu voudras.
ARIETTE.
Azor
Je tairai les feux que je sens, Je vais me forcer au silence. Azor vous doit l'obéissance; Si vous l'exigez, j'y consens. Mais mes yeux parleront peut-être, Comment réprimer leur ardeur ? De ses regards est-on le maître, Quand on ne l'est plus de son coeur.
Scène 12
Euphrosine, La Sybille, Azor
Air : Voici les Dragons qui viennent.
Euphrosine
Prenons la fuite Bien vite, L'Amour est ici : Il vient d'attraper Colette, Et peut-être qu'il vous guette, Et nous aussi.
Air : Ingrat Berger qu'est devenu.
La Sybille
Je sais que l'Amour est ici.
Euphrosine
Fuyons sans plus attendre.
ARIETTE.
La Sybille
Restez, n'ayez aucun souci, Je saurai vous défendre : Fuir d'amour le charmant plaisir, Dans sa jeunesse c'est vieillir, J'avais pris dans un bocage Oiselet charmant, Je l'avais mis dans la cage ; Il y devint languissant. En vain j'animais son ramage, Rien ne disait que tristement. Mais ce matin belle fauvette Est venue l'exciter, Il s'est mis à chanter. Pauvre fillette Sans amourette Languit comme mon oiselet : Amant rend le coeur guilleret.
Air : Je vis deux oiseaux amoureux.
Euphrosine
Mon coeur a fait choix d'un amant, Dont l'ardeur est extrême; Mais il a trop d'empressement Pour savoir si je l'aime.
La Sybille
Eh bien avouez sans détour. À quoi bon ce mystère.
Euphrosine
Je voudrais qu'il fût mon amour ; Et je voudrais le taire.
Air : Du haut en bas.
La Sybille
Sans hésiter Laissez-le lire dans votre âme, Sans hésiter Donnez-lui lieu de s'en douter.
Euphrosine
C'est ce qui m'embarrasse, oh Dame! Et je viens sur cela Madame, Vous consulter.
Air : Tout est dit.
La Sybille
Mais si votre amant le devine Serez vous d'accord ?
Euphrosine
Oui vraiment.
La Sybille
Il suffit, mais Belle Euphrosine Puis-je parler sincèrement ?
Euphrosine
Que sans détour votre bouche prononce.
La Sybille
Vous l'exigez ?
Euphrosine
Oui j'attends sur cela Votre réponse.
La Sybille
La voilà.
Air : L'occasion fait le larron.
Azor
Belle Euphrosine hélas votre colère, M'a trop puni de ma témérité. Pardonnez moi si j'ai pu vous déplaire Mon excuse est votre beauté.
Scène 13
Francoeur, La Sybille, Euphrosine, Choeur
Air : À la Dragone.
Francoeur
Tiens touche là soyons époux, Qu'avec moi ton sort sera doux, Ma petite friponne. Tu verras ce qu'est un amant. Quand il fait aimer constamment, Ratapatapan, À la Dragone.
Air : Quel plaisir de s'aimer bien.
L'Amour paraît poursuivant les vendangeurs.
La Sybille
Puisque l'amour est dans ces lieux Voulez-vous toujours être heureux, Avoir bonheur suprême. Engagez le vainqueur des Dieux, À vous unir lui-même.
La Sybille
Mais quel bruit font nos vendangeurs. Pourquoi fuir ?
Euphrosine
L'Amour les poursuit.
Azor et Euphrosine vont pour attraper l'Amour, ils passent par dessous un Berceau, et sont pris dans un filet, Francoeur et sa Vendangeuse dans un autre. L'Amour vient au milieu, se moque d'eux; la Sybille approche tout doucement par derrière, lui jette une Guirlande et l'enchaîne; dès qu'il est pris tous les filets je rompent, et l'Amour unit tous les amants.
La Sybille
Fillettes sont toujours peureuses, Mettons cet instant à profit ; Le désir doit nous rendre heureuses, Suivez-moi toutes, approchons. Nous l'attraperons. (bis.)
Air : Oh, oh, oh, ah, ah, ah !
La Sybille
Aimez-vous bien, mes chers enfants, Vous ne sauriez mieux faire. Lorsque l'on est dans son printemps A-t-on quelque autre affaire. À vous voir tous aussi contents Je crois n'être encor qu'à vingt ans. Soyez toujours amants : Rien ne plaît autant que cela La, la.
Choeur
Oh, oh, oh, ah, ah, ah! La bonne Dame que voilà. La, la.