Opéra Bouffe · 1784 · 3 actes

Le Baron d’Otrante

de Voltaire

Représentation
≈ 20 min
Distribution
2 femmes, 2 hommes
Répliques
86
Écriture
En vers
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Irène F 26 ≈ 8 min 6
Conseillers Privés du Baron H 25 ≈ 6 min 5
Abdalla H 13 ≈ 2 min 4
Conseiller N 12 ≈ 2 min 2
Une Gouvernante F 6 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle IIIIII
Irène absentabsentabsentabsentabsent
Conseillers Privés du Baron absentabsentabsentabsentabsentabsent
Abdalla absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Conseiller absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Une Gouvernante absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Conseillers Privés du Baron

Il chante.

Il se lève, et se regarde au miroir.

Conseillers Privés du Baron

Ah que je m'ennuie Je n'ai point encore eu de plaisir ce matin. On m'assure pourtant que les jours de ma vie Doivent couler, couler sans ombre de chagrin. Je prétends qu'on me réjouisse Dès que j'ai le moindre désir. Holà mes gens, qu'on m'avertisse Si je puis avoir du plaisir.

Scène 1

Conseiller, Conseillers Privés du Baron

Conseiller

Monseigneur, notre unique envie Est de vous voir heureux dans votre baronnie D'un seigneur tel que vous c'est l'unique destin.

On habille monseigneur.

Conseillers Privés du Baron

Ah que je m'ennuie ! Je n'ai point encore eu de plaisir ce matin.

Conseiller

C'est aujourd'hui le jour où le ciel a fait naître Dans ce fameux château notre adorable maître. Nous célébrons ce jour par des jeux bien brillants...

Conseillers Privés du Baron

Et quel âge ai-je donc ?

Conseiller

Vous avez dix-huit ans.

Conseillers Privés du Baron

Ah ! Me voilà majeur !

Conseiller

Les barons à cet âge De leur majorité font le plus noble usage Ils ont tous de l'esprit, ils sont pleins de bon sens Ils font, quand il leur plaît, la guerre aux musulmans, Rançonnent leurs vassaux à leurs ordres tremblants Vident leurs coffres-forts, ou coupent leurs oreilles Ils n'entreprennent rien dont on ne vienne à bout. Ils font tout d'un seul mot, bien souvent rien du tout Et quand ils sont oisifs ils font toujours merveilles.

Conseillers Privés du Baron

On me l'a toujours dit : je fus bien élevé. Or çà, répondez-moi, mon conseiller privé Ai-je beaucoup d'argent ?

Conseiller

Fort peu mais on peut prendre Celui de vos fermiers, et même sans le rendre.

Conseillers Privés du Baron

Et des soldats ?

Conseiller

Pas un mais en disant deux mots Tous les manants d'ici deviendront des héros.

Conseillers Privés du Baron

Ai-je quelque galère ?

Conseiller

Oui, seigneur Votre Altesse A des bois, une rade, et quand elle voudra On fera des vaisseaux l'Hellespont tremblera Elle sera des mers souveraine maîtresse.

Conseillers Privés du Baron

Je me vois bien puissant.

Conseiller

Nul ne l'est plus que vous. Seigneur, goûtez en paix ce destin noble et doux Ne vous mêlez de rien, chacun pour vous travaille.

Conseillers Privés du Baron

Étant si fortuné, d'où vient donc que je bâille ?

Conseiller

Seigneur, ces bâillements sont l'effet d'un grand coeur Qui se sent au-dessus de toute sa grandeur. Ce beau jour de gala, ce beau jour de naissance Célèbre son bonheur ainsi que son pouvoir Et monseigneur, sans doute, aura la complaisance De prendre du plaisir, puisqu'il en veut avoir. Vous serez harangué c'est le premier devoir Les spectacles suivront c'est notre antique usage.

Conseillers Privés du Baron

Tout cela bien souvent fait bâiller davantage Les harangues surtout ont ce don merveilleux. Ô ciel je vois Irène arriver en ces lieux ! Irène, si matin, vient me rendre visite ! Mes conseillers privés, qu'on s'en aille au plus vite. Les harangues pour moi sont des soins superflus : Ma cousine parait je ne bâillerai plus.

Scène 3

Conseillers Privés du Baron, Irène

Conseillers Privés du Baron

Belle Irène, belle cousine, Ma langueur chagrine S'en va quand je te vois L'amour vole à ta voix Tes yeux m'inspirent l'allégresse, Ton coeur fait mon destin Tout m'ennuyait, tout m'intéresse Je commence à goûter du plaisir ce matin, Mais répondez-moi donc en chansons, belle Irène C'est dans ces lieux chéris une loi souveraine Dont ni berger ni roi ne se peut écarter Si l'on y parle un peu, ce n'est que pour chanter. Vous avez une voix si tendre et si touchante !

Irène

Il n'est point à propos, mon cousin, que je chante ; Je n'en ai nulle envie on pleure dans Otrante : Vos conseillers privés prennent tout notre argent ; Vous ne songez à rien, et l'on vous fait accroire Que tout le monde est fort content.

Conseillers Privés du Baron

Je le suis avec vous, j'y mets toute ma gloire.

Irène

Sachez que pour me plaire il vous faudra changer : D'une mollesse indigne il faut vous corriger ; Sans cela point de mariage. Vous avez des vertus, vous avez du courage ; La nonchalance a tout gâté : On ne vous a donné que des leçons stériles : On s'est moqué de vous, et votre oisiveté Rendra vos vertus inutiles.

Conseillers Privés du Baron

Mes conseillers privés...

Irène

Seigneur, sont des fripons Qui vous avaient donné de méchantes leçons, Et qui vous nourrissaient d'orgueil et de fadaise, Pour mieux pouvoir piller la baronnie à l'aise.

Conseillers Privés du Baron

Oui, l'on m'élevait mal ; oui, je m'en aperçois, Et je me sens tout autre alors que je vous vois. On ne m'a rien appris, le vide est dans ma tête ; Mais mon coeur plein de vous, et plein de ma conquête, Me rendra digne enfin de plaire à vos beaux yeux ; Étant aimé de vous, j'en vaudrai beaucoup mieux.

Elle chante.

Irène

Alors, seigneur, alors, à vos vertus rendue, Je reprendrai pour vous la voix que j'ai perdue. Pour jamais je vous chérirai ; De tout mon coeur je chanterai : Amant charmant, aimez toujours Irène : Régnez sur tous les coeurs, et préférez le mien ; Que le temps affermisse un si tendre lien, Que le temps redouble ma chaîne !

On entend une grande rumeur et des cris.

Irène

Non, je ne m'ennuierai jamais J'aimerai toute ma vie. Amour, amour, lance tes traits, Lance tes traits Dans mon âme ravie. Non, je ne m'ennuierai jamais ; J'aimerai toute ma vie.

Irène

Ô ciel quels cris affreux !

Conseillers Privés du Baron

Quel tumulte ! Quel bruit ! Quel étrange gala ! Chacun court, chacun fuit.

Scène 4

Conseiller, Irène, Conseillers Privés du Baron

Conseiller

Ah seigneur, c'en est fait les Turcs sont dans la ville.

Irène

Les Turcs

Conseillers Privés du Baron

Est-il bien vrai ?

Conseiller

Vous n'avez plus d'asile.

Conseillers Privés du Baron

Comment cela ? Par où sont-ils donc arrivés ?

Irène

Voilà ce qu'ont produit vos conseillers privés.

Conseillers Privés du Baron

Allez dire à mes gens qu'on fasse résistance Je cours les seconder.

Conseiller

Seigneur, votre grandeur De son rang glorieux doit garder la décence.

Irène

Hélas ma gouvernante et mes filles d'honneur Viennent de tous côtés, et sont toutes tremblantes.

Scène 5

Une Gouvernante, Irène, Troupe de Turcs

Une Gouvernante

Ah ! Madame ! les Turcs...

Irène

Ah pauvres innocentes ! Qu'ont fait ces Turcs maudits ?...

Une Gouvernante

Les Turcs... je n'en puis plus... Dans votre appartement... Ils sont tous répandus. Le corsaire Abdalla tout enlève, et tout pille On enchaîne à la fois père, enfant, femme, fille. Madame !... Entendez-vous les tambours... Les clameurs ?...

Troupe de Turcs

Alla ! alla ! guerra !

Une Gouvernante

Madame.... je me meurs!

Scène 6

Quatuor De Turcs, Abdalla, Conseillers Privés du Baron, Irène

Quatuor De Turcs

Pillar, pillar, grand Abdalla Alla, ylla, alla! Tout conquir, Tout occir, Tout ravir Alla, ylla, alla!

Pendant qu'ils chantent, les Turcs enchantent tous les hommes avec une longue corde qui fait le tour de la troupe, et dont un Levantis tient le bout.

Abdalla

Non amazzar, No, no, non amazzar. Basta, basta tout saccagear Ma non amazzar, Incatenar, Bever, violar, Non amazzar.

Conseillers Privés du Baron

Irène, vous voyez si dans cette posture Je fais pour un baron une noble figure.

Quatuor De Turcs

Pillar, pillar, grand Abdalla Tout saccagear Pillar, bever, violar. Alla, ylla, alla

Irène

Quoi ces Turcs si méchants n'enchaînent point les dames Tant d'honneur entre-t-il dans ces vilaines âmes ?

Abdalla

O bravi corsari, Spavento de' mari, Andate a partagir, A bever, a fruir. A' vostri strapazzi Cedo li ragazzi, E.tutti li consiglieri. Tutte le donne son per me Ë'1 mio costume, Tutte le donne son per me. Pillar, pillar, grand Abdalla Alla, ylla, alla!

Irène

Allez, mon cher cousin, je me flatte, j'espère, Si ce Turc est galant, de vous tirer d'affaire. Peut-être direz-vous, par mes soins relevé, Qu'une femme vaut mieux qu'un conseiller privé.

Acte II

Scène 1

Irène, Une Gouvernante

Irène

Consolons-nous, ma bonne il faut avec adresse Corriger, si l'on peut, la fortune traîtresse. Vous savez du baron le bizarre destin ?

Une Gouvernante

Point du tout.

Irène

Le corsaire, échauffé par le vin, Dans les transports de joie où son coeur s'abandonne, Sans s'informer du rang ni du nom de personne, A, pour se réjouir, dans la cour du château Assemblé les captifs, et, par un goût nouveau, Fait tirer aux trois dés les emplois qu'il leur donne. Un grave magistrat se trouve cuisinier ; Le baron, pour son lot, est reçu muletier. Ce sont là, nous dit-on, les jeux de la fortune / Cette bizarrerie en Turquie est commune.

Une Gouvernante

Se peut-il qu'un baron, hélas ! soit réduit là ? Et quelle est votre place à la cour d'Abdalla ?

Irène

Je n'en ai point encor ; mais, si je dois en croire Certains regards hardis que, du haut de sa gloire, L'impudent, en passant, a fait tomber sur moi, J'aurai bientôt, je pense, un assez bel emploi. Et j'en ferai, ma bonne, un très-honnête usage.

Une Gouvernante

Ah ! Je n'en doute pas je sais qu'Irène est sage. Mais, madame, un corsaire est un peu dangereux Il paraît volontaire et le pas est scabreux.

Irène

Il a pris sans façon l'appartement du maître : « Je le suis, a-t-il dit, et j'ai seul droit de l'être. Vin, fille, argent comptant, tout est pour le plus fort ; Le vainqueur les mérite, et les vaincus ont tort. » Dans cette belle idée il s'en donne à coeur-joie, Et pour tous les plaisirs son bon goût se déploie, Tandis que mon baron, une étrille à la main, Gémit dans l'écurie, et s'y tourmente en vain. Il fait venir ici les dames les plus belles, Pour leur rendre justice, et pour juger entre elles, Mettre au jour leur mérite, exercer leurs talents Par des pas de ballet, des mines, et des chants. Nous allons lui donner cette petite fête Et si de son mouchoir mes yeux font la conquête, Je pourrai m'en servir pour lui jouer un tour Qui fera triompher ma gloire et mon amour. J'entends déjà d'ici ses fifres, ses timbales ; Voilà nos ennemis, et voici mes rivales.

Scène 1

Abdalla, Irène

Les Levantis arrivent, donnant chacun la main à une personne.

Abdalla

Su, su, Zitelle tenere La mia spada fa tremar. Ma voi, fanciulle care, Mi piacer, mi disarmar Mi sentir più grand' onore Di rendirmi a l'amore, Che rapir tutta la terra Col terrore della guerra. Su, su, Zitelle tenere, etc.

Elle parle.

Abdalla fume sur un canapé les dames passent en revue devant lui. Il fait des mines à chacune, et donne enfin le mouchoir à Irène.

Irène

C'est pour servir notre adorable maître, C'est pour l'aimer que le ciel nous fit naître. Mars et l'Amour à l'envi l'ont form : Son bras est craint, son coeur est plus aimé. Des Amours la tendre mère Naquit dans le sein des eaux Pour orner notre corsaire De ses présents les plus beaux. Votre mouchoir fait la plus chère envie De ces beautés de notre baronnie ; Mais nul objet n'a droit de s'en flatter : On peut vous plaire, et non vous mériter.

Il fait asseoir Irène à côté de lui.

Elles s'en vont toutes, on lui faisant la révérence.

Abdalla

Pigliate voi il fazzoletto, L'avete ben guadagnato Che tutte le altre fanciulle Men leggiadre, e meno belle, Aspettino per un' altra volta La mia sobrana volontà. Al mio canto Irena stia E tutte le altre via, via. Bene, bene, sarà per un' altra volta, Un' altra volta.

Scène 3

Abdalla, Irène

Il la fait asseoir plus près.

Abdalla

Cara Irena, adesso, Sedete appresso di me. Amor mi punge e mi consume. Più appresso, più appresso.

Irène

Seigneur, de vos bontés mon âme est pénétrée ; Je n'ai jamais passé de plus belle soirée. Quand je craignais les Turcs, si fiers dans les combats, Mon coeur, mon tendre coeur ne vous connaissait pas. Non, il n'est point de Turc qui vous soit comparable. Je crois que Mahomet fut beaucoup moins aimable ; Et, pour mettre le comble à des plaisirs si doux, Je compte avoir l'honneur de souper avec vous.

Abdalla

Si, si, cara : ceneremo insieme, tête à tête, l'uno dirimpetto a l'altra ; senza schiavi ; solo con sola ; beveremo del vino greco e canteremo, e ci trastulleremo, dirimpetto l'uno a l'altra : si, si, cara, per dio Maccone.

Irène

Après tant de bontés aurai-je encor l'audace D'implorer de mon Turc une nouvelle grâce ?

Abdalla

Parli, parli faro tutto Che vorrete, presto, presto.

Irène

Seigneur, je suis baronne et mon père autrefois Dans Otrante a donné des lois. Il était connétable, ou comte d'écurie ; C'est une dignité que j'ai toujours chérie : Mon coeur en est encor tellement occupé Que si vous permettez que j'aille avant soupé Commander un quart d heure où commandait mon père, C'est le plus grand plaisir que vous me puissiez faire.

Abdalla

Come ! nella stalla ?

Irène

Nella stalla, signor. Au nom du tendre amour je vous en prie encor. Un héros tel que vous, formé pour la tendresse, Pourrait-il durement refuser sa maîtresse ?

Irène sort.

Abdalla

La signora è matta. Le stalle sono puzzolente ; bisognerà più d'un fiasco d'acqua nanfa per nettarla. Or su andate a vostro piacere, lo concedo andate, cara, e ritornate.

Scène 4

Abdalla

En se frappant le front.

Abdalla

Ogni fanciulla tien là Qualche fantasia, Somigliante alla pazzia. Ma l'ira mia è vana. Basta che la Zitella Sia facile e bclla Tutto si perdona. Ogni fanciulla tien là Qualche fantasia.

Acte III

Scène 1

Irène, Conseillers Privés du Baron

Le théâtre représente un coin d'écurie.

Irène

Oui, oui, je dois tout espérer ; Tout est prêt pour vous délivrer. Oui... oui... je peux tout espérer ; L'amour vous protége et m'inspire. Votre malheur m'a fait pleurer ; Mais en trompant ce Turc que je fais soupirer, Je suis prête à mourir de rire.

Conseillers Privés du Baron

Lorsque vous me voyez une étrille à la main, Si vous riez, c'est de moi-même. Je l'ai bien mérité : dans ma grandeur suprême, J'étais indigne, hélas ! Du pouvoir souverain, Et du charmant objet que j'aime.

Elle répète.

Irène

Non, le destin volage Ne peut rien sur mon coeur. Je vous aimai dans la grandeur ; Je vous aime dans l'esclavage. Rien ne peut nous humilier ; Et quand mon tendre amant devient un muletier, Je l'en aime encor davantage. Et quand mon tendre amant devient un muletier, Je l'en aime encor davantage.

À ses vassaux, qui paraissent en armes.

À Irène.

Conseillers Privés du Baron

Il faut donc mériter un si parfait amour : Ainsi que mon destin je change en un seul jour ; Irène et mes malheurs éveillent mon courage. Amis, le fer en main, frayons-nous un passage Dans nos propres foyers ravis par ces brigands. Enchaînons, à leur tour, ces vainqueurs insolents Plongés dans leur ivresse, et se livrant en proie À la sécurité de leur brutale joie. Vous, gardez cette porte ; et vous, vous m'attendrez Près de ma chambre même, au haut de ces degrés Qui donnent au palais une secrète issue. J'en ouvrirai la porte au public inconnue. Je veux que de ma main le corsaire soit pris. Dans le même moment appelez à grands cris Tous les bons citoyens au secours de leur maître : Frappez, percez, tuez, jetez par la fenêtre, Quiconque à ma valeur osera résister. Déesse de mon coeur, c'est trop vous arrêter : Allez à ce festin que le vainqueur prépare. Je lui destine un plat qu'il pourra trouver rare ; Et j'espère ce soir, plus heureux qu'au matin, De manger le rôti qu'on cuit pour le vilain.

Elle sort.

Irène

J'y cours ; vous m'y verrez : mais que votre tendresse Ne s'effarouche pas si de quelque caresse Je daigne encourager ses désirs effrontés : Ce ne sont point, seigneur, des infidélités. Je ne pense qu'à vous, quand je lui dis que j'aime ; En buvant avec lui, je bois avec vous-même ; En acceptant son coeur je vous donne le mien : Il faut un petit mal souvent pour un grand bien.

Scène 2

Conseillers Privés du Baron

Conseillers Privés du Baron

Allons donc, mes amis, hâtons-nous de nous rendre Au souper où l'Amour avec Mars doit m'attendre. Le temps est précieux : je cours quelque hasard D'être un peu passé maître, et d'arriver trop tard. Faites de point en point ce que j'ai su prescrire ; Gardez de vous méprendre, et laissez-vous conduire. Avancez à tâtons sous ces longs souterrains : De la gloire bientôt ils seront les chemins.

Scène 3

Irène, Abdalla

Le théâtre représente une jolie salle à manger.

Irène

Ah quel plaisir De boire avec son corsaire ! Chaque coup que je bois augmente mon désir De boire encore, et de lui plaire. Verse, verse, mon bel amant : Ah ! Que tu verses tendrement Tous les feux d'amour dans mon verre !

Abdalla

Si, si, brindisi a te, Amate, bevete, ridete. Si, si, brindisi a te, Questo vino di Champagna A te somiglia, Incanta tutta la terra, Li cristiani, Li musulmani. Begli occhi scintillate Al par del vino spumante. Si, si, brindisi a te,

Ils dansent ensemble, le verre à la main, en chantant.

Irène

Si, si, brindisi a te, Amate, bevete, ridete. Si, si, brindisi a te, etc. Si, si, brindisi a te, etc.

Scène 1

Conseillers Privés du Baron, Abdalla, Choeur

Conseillers Privés du Baron

Corsaire, il faut ici danser une autre danse.

Abdalla

Che veggo ! Che veggo !

Conseillers Privés du Baron

Ton maître, et la vengeance. Il est juste, soldats, qu'on l'enchaîne à son tour : Ainsi tout à son terme, et tout passe en un jour.

Abdalla

Levanti, venite !

Il chante.

Conseillers Privés du Baron

Tes Levantis, corsaire, Sont tous mis à la chaîne, et s'en vont en galère. Ami, l'oisiveté t'a perdu comme moi : Je te rends la leçon que je reçus de toi. Je t'en donne encore une avec reconnaissance : Je te rends ton vaisseau ; va, pars en diligence : Laisse-moi la beauté qui nous a tous sauvés, Et rembarque avec toi mes conseillers privés. Je jure... Je jure d'obéir Pour jamais à ma belle Irène. Peuples heureux, dont elle est souveraine, Répétez avec moi, contents de la servir :

Choeur

Je jure. je jure d'obéir Pour jamais à la belle Irène.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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