Comédie · 1756

Le concert ridicule

de Brueys et Palaprat

Représentation
≈ 37 min
Distribution
3 femmes, 7 hommes
Répliques
306
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
L'Épine H 68 ≈ 11 min 5
Javote F 59 ≈ 6 min 9
Madame de Ponteran F 39 ≈ 5 min 7
Mariane F 42 ≈ 3 min 6
Monsieur Courtinet H 24 ≈ 2 min 3
Monsieur Courtinet Fils H 15 ≈ 2 min 2
La Motte H 19 ≈ 2 min 4
Clitandre H 23 ≈ 2 min 3
Monsieur Martinet H 6 ≈ 1 min 2
Un Notaire H 10 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Concert Ridicule
L'Épine absentabsentabsentabsentabsentabsent
Javote absentabsent
Madame de Ponteran absentabsentabsentabsent
Mariane absentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Courtinet absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Courtinet Fils absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Motte absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Clitandre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Le Concert Ridicule

Scène 1

Madame de Ponteran, Javote

Madame de Ponteran

Jonquille, il y a longtemps que mes gens ont dîné, qu'on mette les chevaux au carrosse Javote.

Javote

Madame.

Madame de Ponteran

Ma fille est dans sa chambre, faites-la venir.

Javote

Est-ce pour sortir avec vous, Madame ?

Madame de Ponteran

Non, je veux lui parler.

Javote

La voici.

Scène 2

Madame de Ponteran, Mariane, Javote

Madame de Ponteran

Mariane, je sors pour n'être point importunée par je ne sais combien de gens qui viendraient encore nous demander nos fenêtres pour voir le feu d'artifice. Vous savez pour qui je les garde, et que ce que nous devons signer ce soir ne demande point d'Importuns. Qu'en mon absence on n'ouvre à qui que ce soit ; si Monsieur Courtinet et son fils viennent ici avant moi, faites bien les honneurs du logis.

Mariane

Je ferai, Madame, tout ce que vous m'ordonnez.

Madame de Ponteran

Ah, ma fille, ma fille ! De l'air dont vous le dites, je vois bien que vous n'entrez pas comme il faut dans mes desseins, et que Clitandre vous tient toujours au coeur.

Mariane

Mais, Madame, n'est-ce pas assez que je fasse tout ce que vous souhaitez de moi ?

Madame de Ponteran

Non, ma fille, ce n'est pas assez ; et je voudrais que vous le fissiez sans répugnance.

Mariane

C'est beaucoup demander, Madame, pour des gens comme Messieurs Courtinet ; vous savez qu'un rien les scandalise, qu'ils prennent toujours de travers toutes les honnêtetés que l'on a pour eux, et vous avez été brouillez je ne sais combien de fois pour des bagatelles.

Javote

Il est vrai, Madame, que ce sont de vilaines gens. Ils disent par tout que vous les méprisez, parce qu'ils sont de la Robe, et que vous êtes la veuve d'un Colonel.

Madame de Ponteran

Javote, vous plairait-il de vous taire.

Javote

Je ne puis souffrir, Madame, qu'on parle mal de vous.

Madame de Ponteran

Javote...

Javote

Qu'un Procureur, parce qu'il a trente mille écus à donner en mariage à son grand benêt de fils l'Avocat, ose publier partout que Madame de Ponteran est la femme de Paris la plus glorieuse, et la plus vindicative.

Madame de Ponteran

Javote encore une fois...

Javote

Ces discours peuvent-ils se supporter d'un Procureur et d'un Avocat.

Madame de Ponteran

Vous tairez-vous.

Javote

Un avocat épouser la fille d'un colonel.

Madame de Ponteran

Apprenez, sotte que vous êtes, qu'il faut commencer par ce titre pour parvenir aux plus hautes dignités de la robe, et qu'avec trente mille écus...

Javote

Je sais tout cela ; mais si le titre d'avocat, et les trente mille écus, ne sont accompagnés d'un mérite personnel, on ne parvient point à des Charges considérables, et je suis sûre que votre Monsieur Courtinet avec son titre d'avocat, et ses trente mille écus, sera toujours avocat écoutant, et le plus grand benêt de Paris, c'est beaucoup dire.

Madame de Ponteran

Finissons ce discours, je vous prie ! Il est vrai, ma fille, que nous avons été brouillés ; mais c'est pour cela même qu'il faut ne rien oublier aujourd'hui pour les bien recevoir. Vous savez en quel état sont nos affaires ; Clitandre, il est vrai, c'est un fort honnête homme, et je l'aurais préféré avec plaisir au fils de Monsieur Courtinet ; mais il n'est riche qu'en espérance, et le Comte d Orsan son oncle, dont il attend de grands biens, tout vieux qu'il est, vivra peut-être plus que lui, ce n'est pas ce qu'il nous faut. Vous savez ce que je vous ai dit ce matin : en un mot j'ai donné ma parole, et je veux absolument faire ce soir ce mariage ; songez bien à ce que je vous recommande. J'entends mon carrosse ? Adieu, je passerai chez le Notaire, je serai ici sur les sept heures.

Scène 3

Mariane, Javote

Mariane

Hélas.

Javote

Qu'avez-vous donc ?

Mariane

Juste Ciel !

Javote

Vous ne me dites rien, et vous pleurez.

Mariane

N'est-ce pas t'en dire assez.

Javote

J'entends à peu près ce langage, mais...

Mariane

Ah me voilà perdue ! Je me verrai mariée aujourd'hui à un homme que je hais plus que la mort, et je perds Clitandre pour jamais.

Javote

Franchement votre mère vous joue là d'un mauvais tour.

Mariane

Il mourra de douleur quand il apprendra cette nouvelle.

Javote

Elle sera fâcheuse pour lui.

Mariane

Pourquoi partait-il pour l'armée.

Javote

Son devoir l'y obligeait. Croyez-vous être la seule à Paris qui ait un amant en Allemagne ? Ah que j'en connais, et qui ne sont peut être pas loin d'ici, à qui cette campagne coûte autre chose que des soupirs et des larmes ? Combien y a-t-il de femmes qui par zèle, sans doute pour le service du Roi, ont eu la générosité d'aider elles-mêmes à faire les équipages de jeunes Officiers, dont le départ les désespérait. Il est vrai qu'il leur en revient une assez belle réputation, et qu'en récompense on appelle aujourd'hui ces femmes-là les troupes auxiliaires de l'armée.

Mariane

Ah ! Javote, le malheur des autres ne me console point.

Javote

En vérité vous me faites pitié, et je commence à m'attendrir ; car outre votre intérêt, j'y suis aussi pour mon compte plus que vous ne pensez. Clitandre m'avait promis que s'il pouvait être assez heureux pour devenir votre époux, il me marierait à l'Épine son valet de chambre, et sur cette espérance... Mais aussi que ne disiez-vous à votre mère que vous ne vouliez point de ce grand jocrice d'avocat. Qu'est devenu cette noble aversion que vous avez toujours eue pour les gens du Palais, et particulièrement pour Messieurs les avocats.

Mariane

Doucement Javote ! Cette aversion n'est que pour Monsieur Courtinet ; et ce qui me le rend encore plus haïssable, c'est que par un sot entêtement, il semble lui même avoir du mépris pour les gens de sa profession.

Javote

Il n'est pas le seul qui a cet entêtement... J'en connais un qui ces jours passez cassa son secrétaire pour avoir un Trompette, et quitta enfin une très belle charge de Magistrature, pour se faire Capitaine de Cavalerie... Mais on frappe.

Mariane

Vois qui c'est.

Javote

Gare Messieurs Courtinet.

Mariane

Que je suis malheureuse ! Ah Clitandre, pourquoi partiez-vous !

Javote

Jonquille, va promptement ouvrir, et referme la porte. Madame, qui diriez-vous que c'est ?

Mariane

Je ne sais.

Javote

C'est l'Épine.

Mariane

L'Épine !

Javote

Oui le Valet de Clitandre... Je l'ai d'abord reconnu, je le croyais à cent lieues d'ici, notre bon destin nous l'envoie. Courage, Madame, voici du secours.

Scène 4

Javote, Mariane, L'Épine

Javote

Eh bonjour mon pauvre l'Épine.

Mariane

Quelles nouvelles de Clitandre ?

L'Épine

Fort bonnes, Madame... Bonjour Javote.

Mariane

Comment se porte-t-il ?

Javote

Comment te va ?

L'Épine

À ton service. Fort bien, Madame, Maugrebleu de la poste : je m'en sentirai plus de quatre jours.

Javote

Tu es donc venu en poste ?

L'Épine

Belle demande ! Les amoureux vont-ils autrement ! C'est eux qui l'ont inventée.

Javote

Le pauvre enfant. Est-ce pour voir le feu de la Grève que tu es venu si vite ?

L'Épine

Diable non. Depuis mon dernier séjour au Châtelet, les spectacles de la Grève ne me divertissent plus.

Mariane

Ton maître m'écrit-il ?

Javote

As-tu pensé à moi ?

L'Épine

Oui, Javote. Non, Madame.

Mariane

Non ? Qu'as-tu donc à me dire de sa part ?

L'Épine

Madame...

Javote

Que j'ai de joie de te revoir.

L'Épine

Je te suis obligé.

Mariane

Que fait-il donc ?

Javote

Qu'as-tu fait en mon absence ?

Mariane

Où l'as-tu laissé ?

Javote

M'as tu toujours été fidèle ?

Mariane

Tu ne me réponds point.

Javote

Tu ne me dis mot.

L'Épine

Oh l'une après l'autre s'il vous plaît. Je ne puis pas vous contenter toutes deux à la fois. Allons, Javote, contentez-vous.

Mariane

Que fait ton Maître ? Où l'as-tu laissé ?

L'Épine

Pas loin d'ici, Madame.

Mariane

Est-il en chemin ?

L'Épine

Non, Madame.

Mariane

Non.

L'Épine

Non, il est venu avec moi.

Mariane

Avec toi.

L'Épine

Oui, et un de ses sergents.

Mariane

Et quel est le sujet de son voyage.

L'Épine

Premièrement le désir violent de vous revoir ; car l'amour marche devant tout. Secondement, quelques centaines de pistoles dont il a besoin ; troisièmement, certain agrément qu'il veut obtenir de la Cour pour un Régiment qu'il achète.

Mariane

Et où est-il à présent ?

L'Épine

À deux pas d'ici, chez cette marchande, votre voisine qui vous faisait tenir nos lettres, et qui nous envoyait les vôtres.

Javote

Pourquoi ne vient-il pas ?

L'Épine

Nous sommes convenus ensemble, que si je ne l'allais retrouver dans un quart d heure, ce serait une marque que Madame de Ponteran serait sortie, et qu'il pourrait venir ici en toute sûreté ; et moi je me suis avancé pour reconnaître la place.

Javote

Ma foi la place s'allait rendre si le secours ne fût venu ; mais à présent, oh nous tiendrons bon.

L'Épine

À ce que je vois l'alarme est au quartier, et Messieurs Courtinet, sans doute s'avisent de faire les drôles quand nous n'y sommes pas.

Javote

Tu l'as deviné.

L'Épine

Non, mon enfant, je ne l'ai pas deviné. La voisine chez qui j'ai laissé mon maître, nous a dit qu'on apprêtait ici un Concert et un festin pour ce soir, et que ces préparatifs pourraient bien être pour les noces de Monsieur Courtinet l'Avocat.

Mariane

De qui l'a-t'elle pu savoir ?

L'Épine

Bon, y a-t-il rien de secret dans une maison ou il y a des valets, et sur tout des servantes ? Tenez, Madame, soit dit en passant, les domestiques se peuvent aussi peu empêcher de dire ce qu'ils savent des affaires de leurs maîtres, que les maîtres de parler de leurs affaires devant leurs Valets, et, si vous m'en exceptez moi... et Javote, les gens de notre façon sont tout oreilles pour écouter ce qu'on dit, et tout langue pour aller redire ce qu'ils ont ouï.

Javote

Oh laisse-là tes mortalités, et songe que nous aurons bien de la peine à nous délivrer de Messieurs Courtinet.

L'Épine

Par la sangbleu voilà de belles gens pour tenir devant nous. Il faut faire main basse sur ces canailles-là.

Javote

Tu crois être encore à l'armée avec ta main basse ; mais nous sommes à Paris, où il faut être sage.

L'Épine

Oh morbleu en ce temps-ci point de quartier.

Mariane

Mais, l'Épine, il y a plus d'un quart d heure que tu es ici, et Clitandre ne vient point.

L'Épine

Votre impatience est juste, et je vais... Mais on frappe à la porte, et ce pourrait bien être lui.

Mariane

Cours Javote, et si c'est Clitandre, que mon laquais se tienne dehors, et nous vienne avertir lorsqu'il verra venir de loin ma mère ou Messieurs Courtinet. Ton Maître a-t-il été bien surpris des préparatifs qu'on fait ici pour ce soir.

L'Épine

Ah, Madame, cela n'est pas concevable. Sans moi, il se serait quasi évanoui aux pieds de la voisine ; mais quand elle lui a dit que vous aviez été fort triste toute la matinée, cela l'a un peu réjoui.

Scène 5

Clitandre, Mariane, Javote, L'Épine, La Motte

Clitandre

Ah, Madame, que ce m'est une sensible joie que l'honneur de vous revoir.

Mariane

Je ne vous cèle point, Clitandre, que votre retour diminué de beaucoup les chagrins dont je suis accablée.

Clitandre

Quoi, Madame, un seul jour plus tard je vous perdais pour jamais.

Mariane

Hélas ! Je ne sais si votre présence n'augmentera point encore ma peine.

Javote

Hé ! Trêve à vos doléances, Il faut songer à prendre des mesures.

Clitandre

Mon pauvre l'Épine je ne suis occupé que de mon amour. Songe à nous servir, tu es fertile en inventions.

L'Épine

À vous parler franchement, Monsieur, depuis que j'ai tâté de la guerre, j'ai laissé les fourberies aux gens de Ville, et les voies de fait me semblent plus nobles, et plus expéditives.

Clitandre

Les voies de fait, comment l'entends-tu ?

L'Épine

J'entends, Monsieur, que sans façon il faut venir ici, quand Messieurs Courtinet y seront, leur faire une bonne querelle d'Allemand, et s'ils ne veulent pas enfiler l'escalier de bonne grâce, les faire descendre doucement par la fenêtre.

Clitandre

Tout doux l'Épine.

L'Épine

Pourquoi ? Votre sergent La Motte est venu avec nous, il ne sera pas difficile à trouver. Il a dîné avec un musicien de ses amis et des miens, qui sans doute en applaudissant ses vers, n'aura pas manqué de le faire boire. Le vin et les applaudissements enflent le coeur de la plupart des hommes. Ainsi sans que vous y paraissiez lui et moi, nous nous chargerons de l'expédition.

Javote

Songes-tu bien que nous sommes à la Grève ?

L'Épine

En effet cela est de mauvais augure.

Clitandre

Point de violence. Nous sommes dans un temps où il sied bien aux gens d'épée d'être plus modérés que les autres. Garde ta bravoure pour l'armée.

Javote

Hé, Monsieur, il est poltron comme un lièvre.

L'Épine

Oh, mon enfant, si tu m'avais vu faire... Mais il faut être modeste.

Javote

Hé ! Ne perds point de temps en paroles inutiles.

L'Épine

Prenons donc des voies moins périlleuses, et revenons aux fourberies. Ça de quoi s'agit-il ?

Javote

De rompre ou de différer ce mariage qui se doit conclure ce soir.

L'Épine

Attendez. Si nous supposions une lettre, par laquelle vous manderiez à Madame de Ponteran, que le vieux Comte d Orsan, votre oncle, est mort, aussi bien ne vaut-il guère mieux ; comme elle ne vous préfère, Monsieur l Avocat, qu'à cause de votre peu de bien, peut-être qu'elle pourrait rompre ou différer.

Clitandre

Non, mon oncle n'est qu'à quatre lieues d'ici, on pourrait s'en informer, j'en perdrais les bonnes grâces du Comte ; d'ailleurs je ne puis me résoudre à me servir d'un mensonge.

L'Épine

Cependant le mariage se fait ce soir.

Javote

Oui vraiment. Le festin est tout prêt. On prépare un concert qui doit servir de prélude aux articles du contrat.

L'Épine

Et qui est le fat de Musicien qui fait un concert pour les noces de Monsieur Courtinet ?

Javote

C'est Madame de Ponteran qui le donne, et ce fat de musicien est Monsieur Martinet, qui loge là haut.

L'Épine

Quoi ! Monsieur Martinet loge là-haut ; c'est le musicien dont je parlais tout à l'heure avec qui La Motte s'enivre, c'est le meilleur de mes amis. Nous avons couche trois ans dans la même chambre, et nous nous aimions si parfaitement, que nous étions toujours vêtus de la même manière.

Javote

Quelle livrée portiez-vous ?

L'Épine

Livrée ! Parle mieux. Nous avions de fort beaux juste-au-corps rouges que nous voulions faire chamarrer de galon d'or ou d'argent, mais par malheur pour nous l'or et l'argent furent défendus, ainsi nous primes un galon de soie.

Clitandre

Hé ! Trêve à toutes tes digressions, et songe à nous servir.

L'Épine

J'y songe plus que vous ne pensez, et il me vient une idée qui pourrait bien nous réussir. Attendez... oui... non... si... point du tout... Pardonnez moi... La Musique de Monsieur Martinet... La poésie de notre Sergent La Motte... oui da, oui da... Nos Avocats prennent la chèvre facilement.

Javote

Que prétends-tu faire ?

L'Épine

Il n'est question que de brouiller Madame de Ponteran avec Messieurs Courtinet.

Mariane

Assurément.

L'Épine

Ils sont aussi ridicules que quand nous sommes partis.

Javote

Pour le moins.

L'Épine

Hé bien, je vous les garantis brouillés dans deux heures.

Mariane

Si tu peux en venir à bout...

L'Épine

Tenez, Madame, pour récompenses, je ne vous demande que cette folle. C'est faire les choses à bon marché.

Javote

Ce maraud, comme il parle.

Mariane

Je te la promets.

Clitandre

Mais dis-nous donc au moins...

L'Épine

Il faut avant toute chose m'assurer de notre Sergent ! Il doit être là haut chez Monsieur Martinet, c'est un acteur qui m'est absolument nécessaire. Sa poésie me sera d'un grand secours ; attendez-moi un moment, je vais le faire descendre. Il faut que vous l'engagiez à faire ce que je lui dirai ! mais je crois que je l'entends.

La Motte

Adieu Chevalier du bémol.

L'Épine

C'est lui même. Hé, mon camarade, un mot.

Scène 6

La Motte, Javote, L'Épine, Clitandre, Jonquille, Mariane

La Motte

Te voilà donc, mon brave, que fais-tu ici... Ah, mon Capitaine, je ne croyais pas avoir l'honneur... Ah vertubleu, voilà une Déesse qui doit faire plus d'incendie à Paris, que la belle Hélène n'en fit autrefois à Troie ! Je ne m'étonne pas vraiment si vous étiez si presse en chemin.

Javote

Monsieur de La Motte a de l'esprit.

L'Épine

Comment de l'esprit ? C'est le plus grand poète de toute l'armée ! C'est lui qui a fait les zon, zon, les Griselidy, les Souvenez-vous-en, et cent autres pièces de cette force qui le rendront immortel.

La Motte

Tu penses te railler, mais demande à Monsieur Martinet si ce que j'ai fait de nouveau sur le départ des gens de guerre ne vaut pas la peine...

L'Épine

Je ne raille point.

Clitandre

Monsieur de La Motte, seriez-vous homme à rendre service à cette belle personne.

La Motte

Ah ! Mon Capitaine, elle peut disposer de ma plume, et de mon épée.

L'Épine

L'une nous sera plus utile que l'autre.

Clitandre

Il me semble qu'il a un peu...

L'Épine

Oh, cela ne fait rien. C'est ainsi que je le demande.

Javote

Comme les ivrognes s'excusent.

La Motte

Mon Capitaine croit que j'ai... Ah, Monsieur, foi de Sergent, ce n'est pas par débauche. Mais vous savez que j'eus sa fièvre à Philisbourg, et pour l'empêcher de revenir je prends...

Clitandre

Quoi ?

La Motte

Le remède du Médecin Anglais, j'en avale par jour vingt ou trente doses ; il est vrai que j'en retranche le Quinquina.

L'Épine

Aussi tu t'en portes mieux. Or ça, nous n'avons point de temps à perdre ! Mais j'ai encore besoin de quelque chose, et si Madame Martinet n'est chez elle, il faudra que Javote me donne ce qui nous est nécessaire.

La Motte

Madame Martinet ? Oh, elle est là haut avec plusieurs Demoiselles de ses amies.

L'Épine

Voilà ce que je demande.

La Motte

Mais à quoi bon, je te prie...

L'Épine

Ne te mets pas en peine : je t'instruirai de tout.

Jonquille

Voici, Madame votre mère avec Messieurs Courtinet.

Mariane

Retirez-vous Clitandre.

L'Épine

Montons tous chez Monsieur Martinet ; vous serez notre corps de réserve, en cas que nous en ayons besoin.

Clitandre

En quelles mains suis je obligé de remettre la plus importante affaire que j'aie au monde, un Valet, un Musicien, et un Sergent-Poète ?

L'Épine

Oh, Monsieur, n'offensons Personne.

Mariane

Sortez donc, Clitandre, que ma mère ne vous trouve point ici.

L'Épine

Sortons. Vous, Madame, ne témoignez aucun chagrin, et reposez-vous sur mes soins.

Mariane

Il me semble, Javote, que ma mère revient bientôt.

Javote

Cela n'est pas difficile à comprendre Clitandre vous quitte, et fait place à Monsieur Courtinet ! Les gens qui s'opposent à nos désirs ne viennent jamais trop tard. Mais les voici.

Scène 7

Monsieur Courtinet, Monsieur Courtinet Fils, Mariane, Madame de Ponteran, Javote

Monsieur Courtinet

En vérité, Madame, nous avons eu bien de la peine à gagner votre logis.

Monsieur Courtinet Fils

Il est vrai, Madame, que pour nous approcher de vous, il a fallu passer sur le ventre à la canaille qui est dans la place.

Mariane

Je vous suis bien obligée Monsieur.

Madame de Ponteran

Enfin nous y voici. Qu'on avertisse Monsieur Martinet. Si Monsieur n'avait pris la peine de descendre, nous serions encore à deux cents pas d'ici.

Monsieur Courtinet

L'impatience où j'étais, Madame, de comparaître devant une si charmante personne, m'a fait sauter du carrosse pour faire ouvrir le passage à nos chevaux. Quelques coups de canne ont été délivrés par mon bras sur les épaules de plusieurs insolents qui ne connaissent pas les gens de qualité sous le manteau.

Javote

Que ne preniez-vous votre habit de Cavalier, vous leur auriez imprimé plus de respect.

Monsieur Courtinet Fils

Je le voulais bien aussi ; mais mon père n'a pas voulu.

Monsieur Courtinet

Quand il est question de signer un Contrat de mariage, on ne saurait être trop modestement vêtu.

Monsieur Courtinet Fils

Je me moque de la modestie, pourvu que j'aie le bon air.

Monsieur Courtinet

Il est vrai, Madame, que mon fils est encore mieux fait en habit d'épée. Je voudrais que vous le vissiez à notre Campagne, vous le prendriez pour un petit Général d'armée.

Javote

Ou pour un déserteur de milice.

Monsieur Courtinet Fils

Franchement cet équipage-ci ne me plaît guère.

Javote

Et comment faites-vous donc quand vous avez votre robe sur le corps.

Monsieur Courtinet Fils

Ho ! Je ne la porte que pour aller au Palais ; et si quand je marche par la Ville, on ne me prend pas pour un avocat, non. Je passe par des rues où je ne suis pas beaucoup connu, et je me fais porter ma robe ; il n'y a qui que ce soit qui ne me prenne tout au moins pour un Conseiller.

Javote

On appelle cela se faire porter la queue incognito.

Monsieur Courtinet Fils

Mais Madame me paraît bien rêveuse.

Mariane

Point du tout.

Monsieur Courtinet Fils

Ho, je vois bien que si : mais quand vous aurez entendu lire les clauses de notre Contrat de mariage, comme nous venons de faire avec Madame votre mère, et que vous y verrez en quels termes sont stipulés les avantages matrimoniaux dont on y fait mention, peut-être que vous perdrez cette taciturnité qui se dénote sur votre front, et que vous remarquerez par le style élégant du Conseiller Garde-note, que le feu, dont je me sens brûler pour vous ne peut être plus violent.

Javote

Voilà une déclaration d'amour sur du papier timbré.

Mariane

Je suis bien redevable à toutes vos bontés.

Monsieur Courtinet Fils

Ho, cela n'est rien encore. Vous en verrez bien d'autres quand nous serons mariez.

Madame de Ponteran

Voici Monsieur Martinet.

Scène 8

Monsieur Martinet, Monsieur Courtinet, Madame de Ponteran

Monsieur Martinet

On vient de m'avertir, Madame, que vous n'attendiez plus personne ; quand il vous plaira je ferai entendre à ces Messieurs le Concert que vous m'avez dit de leur préparer.

Monsieur Courtinet

En vérité, Madame, voilà qui est trop galant. Un Concert ! C'est surprendre les gens de la manière du monde la plus agréable.

Madame de Ponteran

Ne vous attendez, je vous prie à rien d'extraordinaire, quelque habile que soit Monsieur Martinet, ce n'est que pour vous désennuyer en attendant le feu d artifice et le notaire.

Monsieur Martinet

Mon habileté, Madame, n'entre ici pour rien. Vous savez que ce que je fais chanter ordinairement n'est pas de ma composition.

Monsieur Courtinet

Comment, Monsieur, vous approuvez celle des autres.

Monsieur Martinet

Oui, Monsieur, quand elle est bonne, et vous en jugerez par le choix que j'ai fait de quelques airs des fêtes de l'Amour et de Bacchus.

Monsieur Courtinet

Voilà qui est extraordinaire.

Monsieur Martinet

Extraordinaire tant qu'il vous plaira, c'est ma méthode. Il est vrai que pour donner quelque espèce de nouveauté à mes Concerts, je fais changer assez souvent les paroles, comme vous allez entendre ! Mais sans altérer la Musique de cet illustre maître que nous avons trop tôt perdu, sûr comme je le suis, que ses chants seront toujours admirés, et que les vers que je fais faire ne peuvent être guère plus mauvais que ceux de certains Opéra.

Monsieur Courtinet

Vous êtes le seul à Paris de votre espèce.

Monsieur Martinet

Voici tout mon monde. Qu'on apporte ici le clavecin.

Scène 9

Monsieur Martinet, Madame de Ponteran, Monsieur Courtinet Fils, Monsieur Courtinet, L'Épine, La Motte, Javote

Monsieur Martinet

Madame, voilà deux demoiselles qui viennent pour se présenter à l'Opéra. Elles m'ont pas la voix extrêmement belle, mais elles connaissent le chant, et je ne doute pas qu'elles me soient reçues.

Madame de Ponteran

Il me semble qu'elles ne sont pas assez bien faites pour s'y exposer.

Monsieur Courtinet Fils

Les rossignols me sont pas beaux, Madame ; et d'ailleurs leur réception ne dépend que du protecteur qu'elles choisiront.

Madame de Ponteran

Des sièges.

Monsieur Courtinet

Ne serez-vous point bien surprises, Mesdemoiselles, quand il vous faudra chanter devant tant de monde ? Pour moi je tremble quand je suis obligé de parler à l'Audience.

L'Épine

Ce n'est pas la première fois, Monsieur, que j'ai paru en public. Je sors de l'Opéra de Lyon, où je puis dire, sans vanité, que j'étais adorée.

Monsieur Courtinet Fils

Pourquoi l'avez-vous quitté.

L'Épine

Monsieur, je suis bien aise de me faire connaître à Paris.

Monsieur Courtinet Fils

Mais êtes-vous sûre d'y être autant adorée ?

L'Épine

Vous attaquez ma modestie.

Monsieur Courtinet Fils

Il y a un certain manège à savoir pour s'attirer des partisans.

L'Épine

Ha ! Pour cela, Monsieur, je n'ai que faire de leçons Je ferai ici ce que j'ai fait à Lyon. Je tâcherai de mettre le Théâtre dans mes intérêts. En entrant sur la scène, je marcherai sur le pied à l'un, je pincerai l'autre, je prendrai des airs innocents et enjoués. Je flatterai celui-là. Je serai en un mot, un vrai petit lutin dans les coulisses. Je ferai par mes regards la revue des loges et de l'amphithéâtre, par de tendres oeillades j'irai relancer jusqu'au paradis et dans le fond du parterre tous ceux que je jugerai ne me pouvoir refuser le brouhaha. Ce brouhaha me fera rougir. Alors j'affecterai une manière de pudeur qui me siéra fort bien ; je me détournerai avec un air penché, et je mettrai négligemment ma main ou mon éventail sur mon visage.

Monsieur Courtinet

Elle a toute la mine de le faire comme elle le dit.

Monsieur Courtinet

Et vous, Mademoiselle, aurez-vous aussi le courage...

La Motte

Du courage, Monsieur ? Par la sangbleu il faut bien que nous en ayons.

L'Épine

Es-tu fou ?

Madame de Ponteran

Comme cette fille parle !

La Motte

Monsieur, je ne chante que dans le corps.

L'Épine

Elle veut dire dans le choeur.

La Motte

Et je serai toujours bien escortée, quand on me détachera.

L'Épine

Elle entend par là, qu'elle chantera quelque fois en trio.

On joue une ouverture, après laquelle LA MOTTE chante.

Madame de Ponteran

La disette des chapeaux Donne un teint pâle aux coquettes, Officiers vieux et nouveaux Négligeant leurs amourettes, Se rangent à leurs drapeaux. Prenez, Philis, vos cornettes, Remettez vos vieux manteaux, Vous n'aurez que les fleurettes Des Abbés et des Courtauds. Allons, Monsieur Martinet, faites commencer s'il vous plaît.

Monsieur Courtinet

Madame.

Madame de Ponteran

Monsieur Martinet.

Monsieur Courtinet

Allons, Mademoiselle, à vous.

Il chante.

L'Épine

Certains Avocats nigauds Fatiguent par leurs sornettes ; Ici l'ombre des ormeaux Donne un teint frais aux herbettes. Ils sont riches, mais si sots, Que les plus minces grisettes Se moquent de ces badauds. Prenez Philis vos cornettes, etc. Je vais chanter épouvantablement mal, car je n'ai point de corps.

Monsieur Courtinet

Que veut dire ceci ?

La Motte

Paris n'est qu'un Village, Voici le temps Que la guerre a chassé la fleur de nos galants. Que nous reste-t-il en partage ?

L'Épine

Procureurs, Avocats, l'ennuyeux assemblage !

Monsieur Courtinet

Quoi, les Procureurs aussi, Madame.

Madame de Ponteran

Monsieur Martinet.

La Motte

Pour moi je n'y saurais songer Sans m'affliger, Et comment faire ? Ah ! c'est, ma chère, Pour enrager.

L'Épine

Ce malheur nous doit rendre sages, Laisse venir un autre temps.

La Motte

Pour nous venger de ces visages, À cet hiver je les attends.

Monsieur Courtinet

Mon fils, on nous joue.

Monsieur Courtinet Fils

Je crois que vous avez raison. On se moque ici de nous.

L'Épine

Hé ! Monsieur, ne vous chagrinez point, cette raillerie n'est faite que pour certains Avocats et certains Procureurs.

Monsieur Courtinet

Ah ! C'en est trop.

Madame de Ponteran

Monsieur Martinet, finissez votre concert, je vous prie... Messieurs, je vous demande mille pardons...

Monsieur Courtinet

Chez vous, Madame, chez vous ?

Madame de Ponteran

Soyez persuadez, je vous prie...

Monsieur Courtinet Fils

Nous traiter de visages !

Madame de Ponteran

C'est une pièce qu'on me fait assurément.

Monsieur Courtinet

Hé, Madame ! Encore une fois, nous avons des yeux et des oreilles.

Madame de Ponteran

Vous pouvez m'en croire, puisque je vous le dis. Je suis au désespoir.

Monsieur Courtinet

Nous n'avons que faire de vos excuses.

L'Épine

Vous plaît-il qu'on recommence ?

Monsieur Courtinet

Monsieur allons-nous-en, elles nous vont encore chanter pouilles.

Monsieur Courtinet

Allons, je mérite bien le tour qu'on me joue, puisque j'ai été assez fou pour remettre le pied chez vous.

Madame de Ponteran

Si vous voulez m'écouter, vous verrez que je n'ai aucune part...

Monsieur Courtinet

Hé ! Nous vous connaissons il y a longtemps. Ce n'est pas la première fois qu'on nous traite mal chez vous.

Javote

Dieu veuille que ce soit la dernière.

Madame de Ponteran

Ho bien, Messieurs, croyez tout ce qu'il vous plaira.

Monsieur Courtinet

Oui, Madame, nous croirons ce qu'il faut croire. Allons sortons, et renonçons pour jamais à l'alliance de gens qui se moquent de nous.

Madame de Ponteran

Oh ! Pour cela vous me faites plaisir.

Javote

Bon, allez avertir Clitandre.

Monsieur Courtinet Fils

Par la sangbleu, Madame, vous irez chercher vos visages où bon vous semblera.

Javote

Ils s'en vont, Madame.

Madame de Ponteran

Qu'ils fassent tout ce qu'ils voudront ; mais je veux savoir absolument d'où ceci peut venir. Je ne suis pas dupe, et ces Demoiselles ne sortiront point d'ici que je ne sache la vérité.

L'Épine

Madame, on nous attend pour une répétition.

Madame de Ponteran

Je me moque de vos répétitions : holà quelqu'un. Où donc est allé Monsieur Martinet.

La Motte

Vous serez cause, Madame, qu'on me mettra en arrêt.

Madame de Ponteran

Laquais ne laissez point sortir ces femmes.

Scène 10

Un Notaire, Madame de Ponteran

Un Notaire

Voici Madame, le contrat prêt à signer. Où sont donc Messieurs Courtinet ?

Madame de Ponteran

Ah, Monsieur, ils sortent d'ici dans une colère horrible, et moi même je ne me connais pas : mais je veux être éclaircie. Javote allez quérir un Commissaire.

Scène Dernière

Clitandre, Madame de Ponteran, Un Notaire, L'Épine, La Motte, Javote

Clitandre

Non, Madame, il n'est pas nécessaire, et je vous livre le coupable.

Madame de Ponteran

Que vois-je, Clitandre en ces lieux.

Un Notaire

Clitandre !

Clitandre

Vous savez mon amour, Madame, faut-il vous en dire davantage ?

Madame de Ponteran

Que je suis surprise !

Un Notaire

Quoi ! Vous êtes Monsieur Clitandre ?

Clitandre

Oui, Monsieur. En arrivant ce matin, j'ai appris que vous donniez ce soir votre fille à Monsieur Courtinet.

Un Notaire

Clitandre, neveu du Comte d Orsan ?

Clitandre

Oui, Monsieur. Cette nouvelle m'a mis dans un désespoir si terrible...

Un Notaire

Vous n'avez donc pas reçu certain paquet...

Clitandre

Hé non, Monsieur. Enfin, Madame, je me suis cru tout permis pour me conserver l'objet de mon amour.

Un Notaire

Ce paquet est pourtant de grande conséquence pour vous.

Clitandre

Soit, Monsieur. Mais si mes gens ont été assez malheureux pour outrer la chose...

Un Notaire

Le Comte d Orsan en mourant me l'avait bien recommandé.

Clitandre

Que dites-vous ?

Madame de Ponteran

Qu'entends-je ?

Un Notaire

Je vous envoyais par son ordre l'extrait de son testament.

Clitandre

Mon oncle est mort !

Un Notaire

Oui, depuis quatre jours.

Clitandre

Oh Ciel !

Un Notaire

Ne vous affligez point, il vous laisse dix mille livres de rente pour vous consoler.

L'Épine

Bonne consolation.

Clitandre

Si quelque chose peut adoucir le chagrin de cette perte, c'est de vous seule, Madame, que je dois l'attendre.

Madame de Ponteran

Oui, Clitandre, je vous donne ma fille, Messieurs Courtinet s'en sont rendus indignes par le peu d'égards qu'ils ont eus à toutes les honnêtetés que je viens de leur faire ; mais surtout n'ayez plus de commerce avec ces Demoiselles.

L'Épine

Plus de commerce, Madame ? Qui voulez-vous donc qui l'habille, et qui lui peigne sa perruque ?

La Motte

Qui lui fera ses recrues si ce n'est moi ?

Javote

Madame, il faut tout pardonner. Cette Demoiselle est son valet de chambre, et l'autre est son sergent.

La Motte

Allons, Madame, une amnistie générale.

L'Épine

N'êtes-vous pas bienheureuse que nous vous ayons délivrée de ce vilain avocat ?

Madame de Ponteran

J'oublie tout ce qui s'est passé.

L'Épine

Ce n'est pas assez, il me faut une récompense. Javote m'adore, je crois que je ne la hais pas, donnez la moi, s'il vous plaît.

Madame de Ponteran

Il y a trop d'intelligence entre vous pour te la refuser.

L'Épine

Grand merci.

Madame de Ponteran

Montons dans mon cabinet pour dresser un autre contrat.

La Motte

Et moi n'aurai je rien ?

Javote

Viens manger ta part du souper préparé pour Messieurs Courtinet, et nous verrons ensuite ensemble le feu d'artifice.

La Motte

Je ne serai pas le plus mal partagé.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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