Le Jugement de Job et d'Uranie
Scène 1
Cette scène est inutile, parce que l'auteur a appréhendé d'ennuyer les spectateurs qui sont à présent fort délicats, et qui veulent qu'on entre d'abord en matières.
Scène 2
Le Bel-Esprit, La Critique, La Comparaison, Choeur des Poètes, Choeur des Femmes et des Filles, Une Du Choeur Des Femmes, JOB, sonnet de Benserade, Uranie, Choeur Des Filles
Le Bel-Esprit
Madame, deux sonnets demandent à vous voir.
La Critique
Qu'ils entrent ; vous, ma fille, allez les recevoir.
La Comparaison
J'obéis.
La Critique
Mais pourquoi s'avancent-ils ensemble ? D'ici je ne vois rien en eux qui se ressemble : L'un est pauvre et tout nu, l'autre riche et pompeux. Mais, puisqu'à mes arrêts vous recourez tous deux, Soyez-vous, Uranie, et vous, Job, prenez place.
Choeur des Poètes
Qu'il est sale et galeux ! Qu'il a mauvaise grâce !
Choeur des Femmes et des Filles
Que je trouve d'appas dedans sa nudité !
Choeur des Poètes
Ô Dieu ! Qu'en cette belle on voit de majesté !
Choeur des Femmes et des Filles
Qu'en Ses pompeux habits elle paraît contrainte !
HARANGUE DE JOB.
Sur les bouts rimés du sonnet de Benserade.
SONNET RETOURNÉ.
La Critique
Attendez à parler qu'ils aient fait leur plainte.
Une Du Choeur Des Femmes
Que tardez-vous, Madame, à prononcer l'arrêt ? Je suis pour ce sonnet.
HARANGUE D'URANIE
Sur les bouts rimés du sonnet de Voiture.
SONNET RETOURNÉ.
Choeur des Poètes
Attendez, s'il vous plait : Jamais un juste juge et tel comme le nôtre, Ne prononça pour l'un qu'il n'eut entendu l'autre.
La Critique
C'est bien dit à tous deux, mais, pour vous mieux connaître, Dites auparavant de qui vous tenez l'être.
JOB, sonnet de Benserade
Mon père est Benserade.
La Critique
Ho, ho, je le connais ; Il me semble qu'il a belles dents, belle voix, Le poil comme Apollon, des poètes le père : Je ne m'étonne pas si des vers il sait faire.
Uranie
Pour moi, c'est à Voiture à qui je dois le jour, À Voiture chagrin, qui voua fit tant la cour, Qui, quoi qu'on lui montrait, y trouvait à redire, Et qui d'un ton niais si souvent nous fit rire.
Choeur Des Filles
Quoi, Voiture ! Il est mort. Quel plaisir aujourd'hui Et quel gain peut-on faire à s'expliquer pour lui ? Benserade est vivant, causant dans les ruelles, Et faisant, qui pis est, chansonnettes nouvelles, Mettant comme il lui plaît les gens en triolet ; Quel moyen de trouver que son sonnet soit laid ?
Scène 3
Rabajoie, La Critique, Choeur des Poètes
Rabajoie
Madame, tout le monde est ému dans les rues. Vers la Croix-du-Tiroir les chaînes sont tendues ; Au moins mon camarade ainsi me l'a conté.
La Critique
C'est un sot, sans raison il s'est épouvanté.
Rabajoie
Déjà sur le Pont-Neuf, dit-il, on se chamaille, La foudrille y tient fort avec de la canaille.
La Critique
Ô Terre! Où sommes-nous et qu'est-ce que j'entends ? Ô Ciel ! Que les frondeurs sont de méchantes gens !
Choeur des Poètes
Que la troubles, ou plutôt quelles métamorphoses !
La Critique
Quand pourrons-nous en paix vaquer aux belles choses Mais allons censurer ce qu'a fait le Bourgeois. Job, Uranie, adieu, c'est pour une autre fois.