Le Temple des Chimères
Scène 1
Grand Choeur, Petit Choeur, Déesse
Grand Choeur
Que les voeux des mortels pour vous se réunissent, Ils ne doivent qu'à vous les biens dont ils jouissent.
Petit Choeur
Vous rendez à leurs coeurs, Par un mensonge aimable, Le bonheur véritable, Dont ils ont perdu les douceurs ; Et votre bonté secourable De tant de biens perdus a sauvé leurs erreurs. Jupiter vous doit son tonnerre, Vous forgez les traits de l'Amour; Ces fleurs qui brillent sur la terre Sont des amants par vous rendus au jour.
Grand Choeur
Que les voeux des Mortels pour vous se réunissent, Ils ne doivent qu'à vous les biens dont ils jouissent.
Déesse
Venez, mortels, venez tous ; Ma puissance féconde Enferme en ce séjour tous les trésors du monde, Choisissez, tout est à vous.
Scène 2
Choeur des Peuples, Déesse
Danse des Peuples.
Choeur des Peuples
Chantons, chantons les dons d'une main immortelle ; C'est pour nous rendre heureux que sa voix nous appelle.
On danse.
SEULE
On danse.
On entend une symphonie sombre.
Choeur des Peuples
Faisons de nos beaux jours, etc.
Déesse
Qu'entends-je ? Quels lugubres sons Interrompent nos jeux et nos douces chansons ? Ah ! De nos ennemis c'est le plus redoutable ; C'est le Temps qui s'offre à mes yeux.
Scène 3
Déesse, Le Temps
Déesse
Où vas-tu, vieillard indomptable ? Quel sujet t'amène en ces lieux ?
Le Temps
J'y viens pour dissiper cette vapeur épaisse. Qui cache à tous les yeux l'aimable vérité ; C'est trop jouir de leur crédulité , Il est temps qu'à la fin l'univers vous connaisse.
Déesse
Tout flatte ici leurs voeux. Tout flatte ici nos voeux. Que viens-tu leur offrir de mieux ? Que viens-tu nous offrir de mieux ?
Le Temps
Tout vous flatte, il est vrai, mais rien ne vous contente ; Ne vous lassez-vous point d'une inutile attente ? Pensez-vous que le coeur puisse vivre au hasard, Et qu'on ne soit heureux à moins qu'on ne sommeille ? Songez que dans ces lieux tout est l'effet. de l'art: N'attendez pas qu'enfin le regret vous éveille, Vous vous réveilleriez trop tard.
Déesse
Je crains peu tes conseils, mes sujets sont fidèles.
Déesse
Tout flatte ici leurs voeux. Tout flatte ici nos voeux. Que viens-tu leur offrir de mieux ? Que viens-tu nous offrir de mieux ?
Les ministres du Temps, le Repentir, les Réflexions, les Vents détruisent le palais ; le trône s'en va enfumée ; les ailes du théâtre s'évanouissent et ne laissent plus voir que des ruines ; les nuages dorés tombent en pluie ; les Désirs, l'Espérance, les Songes, tout s'envole ; le Temps reste seul avec la Déesse et les Peuples.
Le Temps
À mes commandements vos âmes sont rebelles, Il faut par mon pouvoir vous dessiller les yeux. Ministres de mes lois ! Au défaut de la foudre, Détruisez ce palais jusqu'en ses fondements ; Faites voler en poudre Tous ces vains ornements.
Scène 4
Le Temps, Choeur des Peuples
Le Temps part.
Le Temps
Eh bien, ces lieux vous plaisent-ils encore ? Dépouillés de l'éclat dont l'erreur les colore, Ils ne vous offrent plus que de tristes débris. De mes conseils enfin , connaissez tout le prix.
Choeur des Peuples
Où sommes-nous ? Quelle surprise étrange ! En un instant notre sort change !
Scène 5
Déesse
On danse.
Déesse
Va, je redoute peu tes impuissants projets : Et vous, ne craignez rien, le Temps ne peut me nuire, Il m'accuse de vous séduire, C'est me reprocher mes bienfaits. Mais pour m'en bien venger, votre coeur doit suffire. Qu'il ose à ma puissance opposer son empire, Qu'il abatte des murs, des tours, et des palais ; J'en relèverai plus qu'il n'en pourra détruire. Demeurez, et vous allez voir Ici plus que jamais éclater mon pouvoir. Répandez, belle Flore , Vos parfums les plus doux. Jeune Aurore, Levez-vous, Trompez un jaloux ; Céphale vous attend encore, Levez-vous. Hâtez-vous de paraître , Embellissez les cieux ; La nature pour renaître, N'attend qu'un regard de vos yeux. Toi qui fais toute ma magie, Qui fondais mon empire, en recevant la vie, Toi que je mis au rang des Dieux, Viens, enfant de mon art, Amour , descends des cieux.
Scène 6
L'Amour, Les Amants, Choeur des Peuples, Un Amant Du Même Quadrille, Un Amant Du Quadrille Des Amants Volages, Déesse
Le théâtre change, les cieux s'ouvrent, et l'Amour en descend, accompagné de Génies sous la forme des Jeux, des Ris et des Grâces.
Différents Quadrilles d'amants arrivent sur la scène.
L'Amour
J'allumai le flambeau du jour , Le monde me doit sa naissance ; Tout serait détruit sans l'Amour, Bien n'eût été sans une puissance. Former toujours d'heureux désirs , Me les présenter pour offrande, Suivre les jeux et les plaisirs , C'est tout le prix que je demande
Les Amants
Le Dieu qu'ici l'on adore, Est le plus discret des Dieux ; Il veut qu'ailleurs on ignore Comme on le sert en ces lieux. Il aime un culte sincère Qu'on se plaît à renfermer ; C'est le moyen de lui plaire, Que de n'oser le nommer.
Choeur des Peuples
Le Dieu qu'ici l'on adore , etc.
Danse des Amants volages.
Un Amant Du Même Quadrille
Le Dieu qui reçoit nos hommages Aime les sombres forêts ; Il n'entre en ces bocages Que des bergers discrets. Nos seuls traits, Pour vaincre une belle, Sont une ardeur fidèle Et des feux discrets. Ces bois chéris Sont peuplés d'amants favoris ; Vénus y vient toutes les nuits Voir Adonis. le Dieu qui reçoit nos hommages, Aime les sombres forêts ; Il n'entre en ces bocages Que des bergers discrets.
On danse.
Un Amant Du Quadrille Des Amants Volages
Le Dieu des Amants Se lit des serments Que l'on fait aux belles ; Il les abandonne aux ailes Aux ailes Des vents. Qu'importe à l'Amour ? Qu'on soit à sa cour Constant ou volage ! Il lui suffit de l'hommage De l'hommage D'un jour.
Déesse
Amants constants, Amants volages, Accordez-vous dans ces lieux pleins d'appas, Le doux plaisir y vole sur vos pas ; Le bonheur vous unit, unissez vos hommages.
On danse.
Choeur des Peuples
Accordons-nous dans ces lieux pleins d'appas, Le doux plaisir y vole sur nos pas ; Le bonheur nous unit, unissons nos hommages.