Pièce · 1865 · 2 actes

Les couverts volés

d’Alfred Guillon

Représentation
≈ 35 min
Distribution
6 hommes
Répliques
226
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Guignol H 91 ≈ 16 min 9
Casssandre H 79 ≈ 10 min 10
Scapin H 30 ≈ 5 min 5
Le Génie du Bien H 8 ≈ 2 min 2
Le Bailli H 11 ≈ 1 min 2
Le Brigadier H 5 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle III
Guignol absentabsentabsentabsentabsent
Casssandre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Scapin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Génie du Bien absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Bailli absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Brigadier absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène Premiére

Casssandre, Guignol

Il appelle.

Casssandre

Je suis dans un embarras mortel. Je donne aujourd'hui, pour l'anniverSaire de ma naissance, un dîner de quarante couverts. J'ai invité toute la haute bourgeoise des environs, et voici que mon cuisinier est malade depuis hier... impossible à lui de se mettre à ses fourneaux... Je ne vois qu'un moyen de me tirer d'affaire, c'est de prier mon ami Orgon, de me prêter son chef pour aujourd'hui, il ne doit pas être occupé puisque Orgon dîne chez moi. Je m'en vais y envoyer de suite mon domestique Guignol ! Guignol ! Guignol !

Guignol

Borgeois!

Casssandre

Viens ici, viens vite.

Guignol

J'y vas, borgeois. Je choisis la salade ; j'y sors les petites limaces.

Casssandre

Arrive donc, lambin.

Scène 2

Guignol, Casssandre

Guignol

Me v'là, borgeois.

Casssandre

Je t'ai dit plusieurs fois de ne pas m'appeler comme cela : borgeois !... C'est d'un commun qui ne convient pas à une maison comme la mienne. Appelle-moi : Monsieur... Oui, Monsieur ! Non, Monsieur !... Je veux faire de toi un domestique comme il faut ; mais j'ai bien de la peine. Fais au moins attention à ce que je te dis.

Se reprenant.

Guignol

Oui, borgeois... oui, M'sieu.

Casssandre

Tu fais que j'ai aujourd'hui un dîner de quarante couverts et que Laridon est malade.

Guignol

Oui... Ah ! Je vous voit venir ; vous voulez que je le remplace... c'est moi qui va tourner la broche.

Casssandre

Toi ! Ce ferait joli. Tu es bon à faire la cuisine aux bêtes.

Guignol

Ah !... Je vous ai bien fait l'autre jour une bonne soupe mitonnée.

Casssandre

Une soupe, et un dîner de quarante couverts, c'est différent !... Tu connais bien mon ami Orgon?

Guignol

Monsieur Ogron ?

Casssandre

Orgon.

Guignol

Oui, oui, je le connais ! Un gros pâté qui a un petit nez !

Casssandre

Tu vas aller chez lui, et eu le prieras de me prêter son cuisinier pour mon dîner d'aujourd'hui.

Guignol

Faudra-t-il l'apporter ?

Casssandre

Je présume qu'il aura bien l'esprit de marcher tout seul.

Guignol

Ah ! C'est que l'autre jour vous m'avez envoyé chercher une cuisinière qui était en fer blanc, j'ai cru que c'était de même.

Il fait un geste de la main droite.

Casssandre

Tu es bien bouché, mon pauvre Guignol. Ce que je t'ai envoyé chercher l'autre jour, c'est un instrument de cuisine. Aujourd'hui il s'agit de François, le cuisinier d'Orgon... Puis, comme je veux simplifier l'ouvrage de la maison, il me faudra prendre quelques plats tout faits. Tu fais bien le pâtissier qui est sur la grande place, à droite.

Guignol

À droite !... Non, à gauche !

Casssandre

Mais non, à droite.

Guignol

Mais, borgeois, c'est à gauche. Voilà bien ma main gauche ? C'est de ce côté.

Casssandre

Tourne-toi, c'est de ce côté, n'est-ce pas ? Eh bien, c'est à droite.

Se retournant.

Guignol

Ah, oui, adroite. Mais à présent c'est à gauche.

Casssandre

Enfin, chez le pâtissier de la grande place... Tu le connais ?

Guignol

Oui, borgeois... Oui, m'sieu.

Casssandre

Tu lui diras de m'apporter pour cinq heures précises, tout ce que je vais te détailler... Fais bien attention.... 1° Un gâteau de Savoie.

Guignol

Il fait donc des gâteaux avec sa voix, le pâtissier... Je croyais qu'il les faisait avec de la pâte.

Casssandre

Tu es bête !... Un gâteau de la Savoie.

Guignol

Mais, borgeois, il n'y a plus de Savoie à présent : ils sont greffés, les Savoyards.

Casssandre

Qu'importe ! C'est un nom qu'on donne à une espèce de gâteau ; il saura ce que cela veut dire. - 2° Un pâté de Chartres.

Guignol

Un pâté de chatte !... Oh ! Je ne pourrai pas manger de chat ; j'aime trop tes petits mirons.

Casssandre

Ce n'est pas de chatte, c'est de Chartres ; c'est le nom d'une ville de France. Tu lui demanderas un grand pâté avec une cheminée.

Guignol

Faudra ben qui soye grand pour qu'il y mette une cheminée... Faudra qui soye grand comme une maison.

Casssandre

La cheminée, c'est cette carte qu'on met au milieu du pâté.

Guignol

Une cheminée de carte ! Elle prendra feu tout de fuite.

Casssandre

3° Des oeufs à la neige... chauds.

Guignol

Allons, bon ! V'là le borgeois qui perd la boule... Je vas chercher un fiacre pour lui faire monter le Chemin-Neuf.

Casssandre

Qu'est-ce que tu dis ?

Guignol

Vous n'y pensez pas, borgeois ! vous dites des oeufs à la neige chauds. Si y fait chauffer la neige, elle fondra, et vous n'aurez plus que du bullion.

Il fait le geste de battre des oeufs.

Casssandre

Mais ce n'est pas de la neige véritable... des oeufs à la neige font des oeufs que l'on bat... Jusqu'à ce qu'ils ressemblent à de la neige.

Guignol

Ah !

Casssandre

4° Des biscuits de Reims.

Guignol

Des biscuits qui aient été à la plate ?

Casssandre

Mais non ; Reims, c'est encore le nom d'une ville de France.

Guignol

Une ville où on se fiche des rincées.

Casssandre

Tu lui demanderas : 5° quatre mendiants.

Guignol

Si vous vouliez quatre mendiants ! Fallait donc le dire ce matin ; n'y aurait pas eu besoin d'aller chez le pâtissier... Y en a plus de vingt qui ont sigrolé la sonnette.

Casssandre

On appelle quatre mendiants : les noix, les noisettes, les amandes, les raisins secs. On les appelle mendiants» parce que cela demande à boire.

Guignol

Ah ! Ben, moi, je ferais ben un bon mendiant, parce que je demande souvent aussi à boire.

Casssandre

Enfin, tu lui commanderas ; 6° huit douzaines de pâtisseries assorties... mais des pâtisseries cuites du jour.

Guignol

Si elles ont été cuites de nuit, vous n'en voulez pas.

Casssandre

Ce n'est pas cela que je yeux dire... des pâtisseries fraîches, qui n'aient pas été dans sa montre.

Guignol

Faudrait ben qu'elle soye grande sa montre, pour qu'il y mette ses pâtisseries dedans.

Casssandre

Mais, ignorant, tu ne fais donc pas ce que c'est que la montre d'un pâtissier ?

Guignol

La montre d'un pâtissier, c'est comme celle d'un perruquier... C'est ce que vous mettez dans votre gousset et qui fait tic-toc, tic-toc.

Casssandre

On appelle cela une montre en effet ; mais on appelle aussi une montre l'endroit où les pâtissiers exposent leur marchandise. Tu fais bien quand tu passes dans la rue Saint-Dominique, quand tu regardes toutes les gourmandises derrière une vitre ? C'est ça une montre.

Guignol

C'est une montre qu'on ne met pas dans son gousset, mais dans sa corniole.

Casssandre

Tu lui demanderas tout cela pour quarante personnes.

Guignol

Je demanderai pour cinquante ; y m'en restera davantage.

Casssandre

Te souviendras-tu bien de tout ?

Guignol

Oui, oui.

Casssandre

Allons, répète un peu ta leçon.

Guignol

Ma leçon !... yz, a, sa t yz, é, zé ; yz, i, xi....

Casssandre

Qu'est-ce que tu dis là ?

Guignol

Je dis la leçon que vous m'avez fait apprendre ce matin.

Casssandre

Ce n'est pas cela... Répète-moi ce que je viens de te dire» ce que tu dois demander au pâtissier.

Guignol

Ah ! Tout de suite !... Un gâteau de Savoyard annexé, avec une cheminée... des oeufs de chatte dans de la neige.

Cette énumération du menu de Monsieur Cassandre est une de ces scènes ad libitum qu'on peut prolonger et varier indéfiniment. Les quolibets ci-dessus ne sont cités que comme exemptes parmi ceux que Guignol improvise à chaque représentation, suivant le temps et le lieu.

Guignol répète ainsi ridiculement plusieurs des objets commandés par Çassandre et et est repris par lui.

Casssandre

Mais non, mais non !... Tiens, vois-tu j'y renonce, tu es incorrigible. Je te donnerai cela par écrit... Le plus pressé est d'aller demander à Orgon son cuisinier.

Guignol

J'y vais.... Mais, dites donc, not' maître, prêtez-moi cent sous, s'il vous plaît.

Casssandre

Pourquoi ?

Guignol

C'est que je doit quatre francs dix sous au marchand de tabac sur la place ; je n'ose plus passer devant sans le payer... Ça me fait faire un grand détour.

Casssandre

Mais, je t'ai donné vingt francs l'autre jour sur ces gages.

À part.

Guignol

Je les ai mis à la caisse d épargne. Seulement ce jour-là le bureau de la caisse d épargne était établi chez le cabaretier.

Il lui donne de l'argent.

Casssandre

Je vois avec plaisir que tu deviens économe. Tiens. Et reviens vite.

Il s'en va en répétant.

Guignol

Oui, borgeois... Oui m'sieu. Des oeufs chauds comme la neige... des pâtisseries dans une horloge, etc...

Scène 3

Casssandre

Il rentre.

Casssandre

Je crois que je finirai par en faire quelque chose de ce pauvre Guignol... Mais il y a encore bien à faire... Allons vite donner mes ordres pour mon dîner ; ma maison est aujourd'hui fort désorganisée.

Scène 4

Scapin

Il sonne.

Scapin

Je viens de voir passer là tout près le nommé Guignol, celui qui servait avec moi chez Monsieur Mont d Or, et dont la déposition m'a fait condamner il y a cinq ans. Est-ce qu'il est placé dans ce village ?... Ah ! Par exemple, celui-là, si je puis lui jouer un tour, aussi vrai que je m'appelle Scapin, je ne le manquerai pas... Mais il faut vivre en attendant. Je viens d'apprendre que Monsieur Cassandre cherche un cuisinier pour aujourd'hui... Je ne fuis pas bien fort en cuisine, mais avec de l'esprit... Je vais me présenter.

Scène 5

Casssandre, Scapin

Casssandre

Que demandez-vous, Monsieur ?

Scapin

C'est à Monsieur de Cassandre que j'ai l'honneur de parler ?

Casssandre

À lui-même. Que puis-je pour vous ?

Scapin

On m'a dit, Monsieur, que vous aviez besoin d'un chef et je venais vous offrir mes Services.

Casssandre

Vous êtes bien instruit. J'ai en effet aujourd'hui un dîner de quarante couverts, et mon cuisinier est malade. Vous savez faire la cuisine ? Où avez-vous servi ?

Scapin

Je puis présenter à Monsieur les plus belles références. J'ai travaillé chez Monsieur de Montmorency et chez Monsieur de Talleyrand, et j'ai dirigé quelques dîners au congrès de Vienne en 1815.

Casssandre

Quelle trouvaille !... Vous Savez apprêter une sole normande, un plum-poudding anglais ?

Scapin

Oh ! Monsieur, ce sont là des enfantillages. Je vous servirai une charlotte norvégienne, des écrevisses à la japonnaise, et des artichauts sauce grenouille... Je me recommande à Monsieur pour la cuisine à la broche, dont Monsieur apprécie sans doute l'immense supériorité sur la cuisine au fourneau. Le petit four est aussi un de mes triomphes.

Casssandre

Oh ! C'est délicieux ! Quels gages me demandez-vous ?

Scapin

Pour avoir l'honneur de travailler chez Monsieur, je ne lui demanderai que douze cents francs.

Casssandre

C'est beaucoup.

Scapin

Oh ! Monsieur verra mes talents. Si Monsieur veut d'ailleurs m'employer pour son dîner d'aujourd'hui, je suis certain que nous nous arrangerons ensuite.

Casssandre

Comment vous appelez-vous ?

Scapin

Brochemar.

À part.

Haut.

Ils entrent au château.

Casssandre

Il est vraiment très bien ce Brochemar, il s'exprime avec beaucoup d'élégance : il doit avoir servi dans de grandes maisons... Allons ! C'est entendu ! Je vous retiens pour mon dîner, et si je suis content de vous, je vous engage... Venez, nous n'avons point de temps à perdre, je vais vous installer à vos fourneaux.

Scène 6

Guignol

À ta cantonnade.

Il montre avec ses mains la grandeur des yeux de Mademoiselle Benoîte.

Guignol

Adieu, Mamselle Benoîte ! Au revoir, Mamselle Benoîte ! Est-elle cannante, est-elle cannante, Mamselle Benoîte ! Elle a deux yeux bleus qui font ouverts, qui brillent comme un ver luisant, et grands comme çà... Oh ! Je n'ai jamais vu deux yeux aussi jolis que ceux-là... Oh si, si : j'en ai vu un à Brindas, et l'autre à ... Mais je m'amuse ici... Le borgeois va me gronder, d'autant plus que je lui amène pas le cuisinier de Monsieur Orgon, il s'est fait une entorse.

Scêne Vii

Scapin, Guignol, Casssandre

Scapin

Oui, Monsieur, je vais acheter les épices qui me sont nécessaires. Je réponds à Monsieur d être prêt pour l'heure.

Cannant, cannante : agréable.

Il le saisit et l'amène vers la bande.

Guignol

Qu'est-ce donc que ce particulier qui fort de chez le borgeois ?... J'ai vu cette tête sur les épaules de quéqu'un... Il marque mal... Je ne me trompe pas ;... c'est ce nommé Escarpin qui était avec moi chez Monsieur Montdor et qui a marché sur ton argenterie... Est-ce qu'il vient faire quelque escamotage chez le papa Cassandre ?... Ah ben par exemple ! Je vais le dégraboler d'ici. Viens voir ici, beau merle !

Scapin

Que voulez-vous ? Je ne vous connais pas.

Guignol

Moi je te connais... Je me souviens quand on t'a arrangé comme une bardoire ; on t'avait attaché par la patte... Te viens voir par ici s'y a quéque chose à soupeser... On t'a donc lâché, vieux ?...

Scapin

Je ne fais ce que vous voulez dire. Laissez-moi.

Il se dirige vers te château.

Guignol

Non, non ; te parlais tout à l heure avec le papa Cassandre... Je ne veux pas que tu lui fasses la barbe... Je vas l'avertir.

Scapin

Guignol !

Guignol

Ah ! ah ! Te ne me connais pas, et te fais comme je m'appelle !

Scapin

Guignol ne me perds pas» je t'en supplie... J'ai été plus malheureux que coupable... Tu le sais.

Guignol

Oui ! Et ces couverts que t'avais dans ta poche, ils y étaient donc venus tout seuls ?

Scapin

Un hasard fatal !

Guignol

Oui, te les as pris par hasard, et te les as gardés par occasion.

Scapin

Je t'assure que j'ai le plus grand regret de ce qui est arrivé, et que j'ai changé complètement de conduite. Garde-moi le secret du passé, et ne me fais pas perdre la place que je viens d'obtenir chez Monsieur Cassandre,

À part.

Haut.

Guignol

Au fait, il a p't-être changé. Faut avoir pitié du pauvre monde. Te me promets que te ne mettras pas la patte sur les pistoles du papa Cassandre ?

Scapin

Je te le jure. Tiens, voilà ma main.

À part.

Guignol

Ah ! Non, non, ne me touche pas. Tu as eu la fièvre de raplamus ; ça se prend p't-être ça. Écoute, je ne dirai rien ; mais je te promets que je te soignerai, et si je vois quelque chose de louche, je te fais flanquer à la porte. Voilà un gone que je vais lui veiller plus les mains que les pieds.

À part.

Il sort du côté du village.

Casssandre

Merci, Guignol. Monsieur Cassandre m'a pris pour cuisinier ; je te promets de te bien traiter. Si je peux te faire pendre !...

Scène 8

Guignol, Casssandre

Guignol

J'ai p't-être tort ; mais c'est un pauvre diable tout de même, et ça ma ferait de peine de lui empêcher de travailler.

Casssandre

Eh ! Bien, Guignol, le cuisinier d'Orgon ?

Guignol

Monsieur Orgon m'a dit qu'il était bien fâché, mais que son cuisinier avait une entorse et ne pouvait pas venir.

Scapin traverse le théâtre dans le fond et rentre au château.

Casssandre

Allons ! Ce n'est qu'un demi-malheur. J'ai trouvé quelqu'un qui fera, je crois, parfaitement mon affaire. Tu vas aller maintenant chez le pâtissier. Voici la commande que j'ai mise par écrit. Tu lui diras d'être chez moi à cinq heures moins un quart. Reviens vite ; je te donnerai un bon verre de vin de Bourgogne à ton retour.

Il fort.

Guignol

Deux, si vous voulez, not' borgeois.

Scène 9

Casssandre, Scapin

Casssandre

C'est le ciel qui m'a envoyé ce cuisinier étranger ; sans lui je ne sais comment je me serais tiré d'affaire.

Scapin

Monsieur, je suis désolé de vous laitier dans l'embarras ; mais je vous demande la permission de me retirer.

Casssandre

Qu'est-ce que cela veut dire ?

Scapin

Je croyais être entré dans une maison sûre... Je ne veux pas vivre entouré de domestiques infidèles qui mettent une maison au pillage.

Casssandre

Expliquez-vous enfin !

Scapin

J'étais allé, comme vous me l'aviez ordonné, dans la chambre de votre domestique Guignol, pour y prendre des casseroles de cuivre. Que vois-je en entrant ? D'abord sous son lit plusieurs bouteilles de vin fin. Cela attire mon attention, je remarque bientôt le cou d'un dindon qui sortait de la paillasse... Tout cela c'était peu de chose ; mais en fouillant dans cette paillasse, j'y trouve douze couverts et une poche en argent.

Casssandre

Savez-vous Monsieur, que vous portez une accusation terrible contre un ancien et fidèle serviteur de ma maison ?

Scapin

Monsieur peut y aller voir lui-même. J'ai laissé les choses dans l'état.

Il sort.

Casssandre

J'y vais de ce pas.

Scapin

Guignol, tu me paieras cher ta déposition d'il y a cinq ans. Mes mesures sont bien prises : et si tu n'es pas pendu, il n'y aura pas de ma faute.

À Scapin.

Scapin sort.

Casssandre

Cela est malheureusement trop vrai !... Qui l'aurait jamais cru de Guignol ?... Sa simplicité même me paraissait une garantie de sa fidélité... À qui se fier désormais ? Retournez à vos fourneaux, Monsieur Brochemar. Je mettrai ordre à cela. Ne vous inquiétez de rien.

Scène 10

Guignol, Casssandre

On entend Guignol chanter.

AIR du Juif errant.

Ou tout autre refrain populaire.

Guignol

Est-il rien sur le terre Qui soye plus cannant r Que de siffler un verre De bon vin de Mornant ? Mais c'est encor bien mieux

Casssandre

Il chante, le misérabLe ! Quelle audace !

Guignol

Borgeois, le pâtissier sera là, avec tout ce bataclan, à quatre heures et demie.

Casssandre

Monsieur Guignol, regardez-moi en face.

Guignol

Pourquoi faire ? Je vous vois ben assez.

Casssandre

Regardez-moi en face.

Guignol

Allons, je vous arregarde. Hé ben !

Casssandre

Qu'est-ce que vous voyez quand vous me regardez ?

À part.

Guignol

Tiens ! Je vois un ben brave homme ! Un peu melon, par exemple !

Casssandre

Faites-moi la même question.

Guignol

Pourquoi donc ?... Nom d'un rat ! Y veut me faire poser, le borgeois !

Casssandre

Faites-moi la même question. Demandez-moi ce que je vois quand je vous regarde.

Guignol

Pardi, vous voyez un bon enfant, un domestique comme y n'y en a pas beaucoup.

Casssandre

Ce n'est pas cela ; c'est moi qui dois répondre à cette question : Qu'est-ce que vous voyez quand vous me regardez ?

Guignol

Qu'est-ce que je vois quand vous m'arregardez ?... Non... Qu'est-ce que vous voyez quand je vous arregarde ?... Ah ben ! Faites comme fi je l'avais dit.

Casssandre

Monsieur Guignol, je vois devant moi un voleur !

Guignol

Un voleur ! Redites-le donc.

Casssandre

Oui ; un voleur ! Un voleur !

Guignol

Il la dit trois fois !... Vous n'êtes qu'une vieille bugne ! Vous ne prouverez pas c'te bêtise !

Casssandre

Qu'avez-vous dans votre paillasse ?

Guignol

Pardi ; j'ai de puces, j'ai de punaises, et quéques cafards.

Casssandre

Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. C'est de mon vin et de mes couverts d'argent. Je les ai vus et ils y sont encore !... Vous ne répondez rien ?

Guignol

Ah ! Vous n'y voyez pas si long que votre nez, il est trop grand ; il vous gêne.

Casssandre

Allez-y voir !

Il sort.

Guignol

Tout de suite.

Casssandre

Le drôle a un aplomb qui me confond... Quel scélérat ! Il cache sous une apparence de bonhomie la nature la plus perverse... Je serai pour lui sans pitié.

Rentrant.

Guignol

Ah ! ah ! ah ! Je suis perdu. Not' borgeois ce n'est pas vrai... Bien sûr, ce n'est pas moi.

Casssandre

Comment expliquez-vous la présence de ces objets dans cette paillasse.

Guignol

Ce sera une histoire énorme celle de la pie voleuse. Je crois que c'est votre chatte qui a apporté tout ça dans ma paillasse. L'autre jour, elle y a bien apporté quatre petits chats.

Casssandre

Votre excuse est trop grossière... Monsieur Guignol, j'ai pu importer votre bêtise et votre maladresse ; mais je ne garde pas les voleurs dans ma maison... les voleurs, je les chasse... Sortez de chez moi sur-le-champ.

Guignol

Mais, Monsieur...

Casssandre

Je ne me laisse pas toucher par vos larmes ; elles sont feintes... Allez-vous faire pendre ailleurs.

Guignol

Eh ben, non ; comme je suis-t-innocent, je ne m'en irai pas, na !... C'est trop bête aussi !

Il sort.

Casssandre

Ah ! Vous le prenez sur ce ton ; vous m'injuriez !... Je vais avertir Monsieur le Bailli et la maréchaussée, et nous verrons si vous resterez dans ma maison malgré moi, malheureux !

Il sort en pleurant.

Guignol

Ah ! Mon Dieu ! Il le fera comme il le dit !... Que devenir ? Je n'ai d'autre parti à prendre que de m'en sauver dans la forêt... Adieu, borgeois : je vous aime tout de même, quoique vous vous comportiez à mon égard comme un vieux cocombre. Adieu ! Vous viendrez quéque jour pleurer sur ma tombe, vous y jetterez des fleurs, et vous direz en vous arrachant la perruque : Pauvre Guignol ! C'est pourtant moi, ganache, que je suis cause qu'il est là-dedans !... Mais il Sera trop tard pour m'en sortir... Adieu les amis ! Adieu, la maison ! Adieu Mamselle Benoîte !... Ah ! ah ! ah !

Scène 11

Scapin, Le Bailli, Casssandre, Le Brigadier

Scapin

Par ici, Monsieur le Bailli. Le crime est flagrant ; on a trouvé les objets volés dans la paillasse de son lit : du vin, un dindon, douze couverts d'argent.

Le Bailli

Il faut saisir le dindon comme pièce à conviction.

Scapin

Voici Monsieur Cassandre qui va vous expliquer cela comme moi.

Casssandre

Oui, Monsieur le Bailli, un domestique en qui j'avais la plus grande confiance... Cela me dérange beaucoup ; j'ai aujourd'hui un dîner de quarante couverts.

Le Bailli

Où est le coupable ?

Casssandre

Il a pris la fuite quand son crime a été connu.

Le Brigadier

Quand les couverts ont été découverts !

Scapin

C'est cela. J'apprends à l instant qu'on lui a vu prendre le chemin de la forêt.

Le Bailli

Mettons-nous à fa poursuite.

Scapin

Je vous servirai de guide.

Le Bailli

Nous le ramènerons... et dans tous les cas, Monsieur Cassandre, nous viendrons dîner ici.

Le Brigadier

Monsieur Brochemar, marchez en éclaireur.

Ils marchent vers ta forêt. - Cassandre rentre au château. - Le rideau tombe.

Le Bailli

Cavaliers, prenez vos distances. En avant !

Acte II

Scène 1

Guignol

Il se couche sur la bande.

Il s'endort et est bientôt éveillé par des hurlements, et par l'approche d'un serpent.

Il s'enfuit et revient quand le serpent a quitté la scène.

On entend un bruit de tonnerre. - Flamme.

Guignol

Du depuis trois jours que je suis dans cette forêt, je ne me mets à table que devant les buissons... Je n'ai encore mangé que de pelosses, de mûrons, de ratabouts et de poires d'iziau.... Mon ventre est mou comme une poire blette, et mon estomac me gargouille comme la fontaine des Trois-Cornets... Que vas-tu devenir, pauvre Guignol ?... Je n'ose pas buger, les malchaussés tournent par là pour me prendre... Je suis perdu si je sors de la forêt... Avec ça, y a de mauvaises bêtes par ici, de loups, de serpents qui me donnent la chair de poule... Je ne peux plus me traîner ; il faut que je dorme un instant. - Ah ! Ma pauv' m'man ! Si elle me savait ici, elle m'apporterait une soupe de farine jaune ; elle fait que je l'aime bien... Pauvre m'man ! Elle venait tous tes soirs me border dans mon lit. Ah ! Que grosse larmise ! Ah ! je suis trop malheureux ! Je peux plus y tenir. N'avoir rien à manger, et être mangé soi-même par de vilaines, bêtes comme çà ! C'est trop terrible ! Je vais me parcipiter dans le grand étang.

Scène 2

Le Génie du Bien, Guignol

Le Génie du Bien

Guignol, où vas-tu ?

À part.

Haut.

Guignol

Tiens, voilà un particulier qui ressemble au tambour-major de la vogue de la Guillotière. Mossieu, je ne vais pas à la noce, je vais me noyer.

Le Génie du Bien

As-tu le droit de disposer de ton existence ? Tu n'as donc aucune confiance dans celui qui t'a créé ? C'est un crime que tu vas commettre.

Guignol

Je suis trop malheureux, je peux plus y tenir.

Le Génie du Bien

Guignol, je connais tes malheurs ; je m'intéresse à toi. Reprends courage : je suis le Génie du bien ; je veux te sauver.

Guignol

Tiens, c'est un soldat du génie. Il a une drôle d'uniforme... On m'accuse d'être un voleur ; mais c'est bien à faux, Monsieur du génie,

Il disparaît. - Flamme.

Le Génie du Bien

Je connais ton accusateur, et je veux le confondre. Attends-moi ici.

Flamme.

Guignol

Qu'est-ce qui fait donc là-bas ? Je crois qu'il allume sa pipe.

Il la lui donne.

Il la touche en disant.

Le Génie du Bien

Voici une baguette qui fera pour toi un talisman. Je vais l'enchanter. Abracadabra ! Furibundus ! Salamalec!

Guignol

Il parle d'omelette !

Il disparait. - flamme.

Le Génie du Bien

Il te faut maintenant deux mots du grimoire... Lorsque tu verras tes persécuteurs, oppose leur cette baguette. Si tu dis berlique, elle les frappera d'enchantement ; fi tu dis berloque, l'enchantement cessera. Souviens-toi bien : berlique et berloque.... Ne te sers de cette baguette que pour le bien, car elle est impuissante pour le mal, et si tu en faisais un mauvais usage, elle tournerait sa force contre toi. Adieu ! Guignol, je vais travailler à ta justification, et je reviens.

Scène 3

Guignol

Il se cache.

Guignol

11 appelle ça une baguette, l'officier du génie ! C'est ben une trique pour assommer les boeufs à la boucherie de Saint-Paul ! Quel archet !... Soyez tranquille, Monsieur du Génie, je cognerai de bon courage... Mais qu'est-ce que je vois là-bas ? Les malchaussés qui arrivent avec Escarpin ; ils causent avec un bûcheron... Ah ! Je devine l'affaire à présent : je parie que c'est ce gueusard d'Escarpin qui m'aura mis ces couverts sur le casaquin pour se venger de il y cinq ans, et qui veut à présent me faire pendre. Atatends, vieux ; je vais t'arranger le cotivet avec mon tablisman. Cachons-nous un peu desdelà.

Scène 4

Scapin, Le Bailli, Guignol, Le Brigadier, Un Gendarme

Guignol paraît.

Scapin

Venez, Monsieur le Bailli... On l'a vu, il y a un instant, vers le Grand rocher, et nous en sommes à quelques pas. Ah ! Le voici !

Le Bailli

Cavaliers, saisissez cet homme. Monsieur Brochemar, en avant !

Les gendarmes s'avancent.

Tous restent immobiles devant la rampe.

Ils saluent.

Ils saluent encore.

Il les pousse avec la baguette, et les fait heurter l'un contre l'autre et contre le montant.

Il les frappe successivement avec le bâton en chantant.

Ils se réveillent.

Guignol

Bonjour, Messieurs, la compagnie. Berlique ! Ah ! ah ! Comment ça va-t-il ? Eh ben ! On ne buge donc plus, mes gones ! Les v'là comme des estatues. Mais saluez donc la société, malhonnêtes ! Berlique ! Encore ! C'est bien, petits ; mais vous ne dites donc rien. Poque ! Ils ont le sommeil dur ! Voilà comme on bat le blé à Venissieux, vieux !... Voyons, assez dormi comme cela... Berloque !

Le Bailli

Mais, cavaliers, que faites-vous donc ? Qu'attendez-vous pour vous saisir de ce drôle ?

Le Brigadier

Je me sens une démangeaison derrière la nuque du cou.

Un Gendarme

Et moi aussi sur le crâne de la tête.

Scapin

Et moi aussi.

Le Bailli

Et moi aussi.

Ils redeviennent Immobiles.

Ils dansent pendant que Guignol chante.

Ils dansent plus vite.

Il donne un coup de bâton à Scapin en disant :

Et le conduit au fond du théâtre. Puis il s approche du bailli et des gendarmes et dit :

Ils se réveillent.

Guignol

Allons aux Bretteaux, ma mia Jeanne! Berlique ! Allons, ça va à la baguette. Voyons encore ! Êtes-vous toujours bien obéissants ? Dansez moi un petit air de rigaudon, pour vous dégourdir. Plus vite ! Allons vous êtes bien sages... Mais tout ça, c'est les bagatelles de la porte, et il faut me tirer d'ici. Berlique pour toi. Berloque pour vous.

Le Bailli

Mais, Cavaliers, que veut dire tout cela ? Pourquoi cet homme n'est-il pas encore pris ?

Guignol

Ça veut dire, Monsieur le Bailli, que vous y soyez clair comme une taupe... Ce gone-là s'appelle pas Brochemar, mais Escarpin. C'est un gueusard qui vous a mis dedans, et moi je suis innocent comme un petit chardonneret qui tète sa maman.

Le Brigadier

Serait-ce ce Scapin qui s'est évadé et que nous cherchons depuis huit jours ?

Guignol

Si vous voulez vous cacher un moment dernier ces arbres et écouter, vous saurez la vérité.

Le Bailli

Il faut d'abord venir en prison ! Vous vous expliquerez ensuite.

Guignol

En prison ! Si vous pouvez m'y mener, papa ! Et c'te baguette ! Vous voulez donc encore vous faire rafraîchir le cotivet ? C'est un tablisman.

Le Brigadier

Il a peut-être raison, Monsieur le bailli. Son langage paraît sincère, et j'ai toujours cette démangeaison derrière la nuque du cou.

Un Gendarme

Et moi aussi.

Le Bailli

Et moi aussi. Allons, Messieurs, plaçons-nous à portée, et écoutons.

Guignol

Berloque pour toi.

Scapin

Où suis-je ?... Ah ! C'est Guignol.

Guignol

Avance donc petit ! Avance donc ! N'aie donc pas peur de c'te petite canne, capon !... Ah ! Tu as voulu te revenger de ce que j'avais dit la vérité sur ton compte il y a cinq ans ! T'as voulu me faire paSSer pour un voleur comme toi !... Viens donc me pincer !

Scapin

Qu'est devenue la maréchaussée ?

Guignol

Par la vertu de ma baguette, pft ! Je les ai escamotés.

Scapin

Guignol ! Je vois que tu as un pouvoir supérieur au mien... Sois généreux, pardonne-moi. Oui, j'ai voulu me venger, et c'est moi qui ai caché dans ton lit les couverts de Monsieur Cassandre... Je suis malheureux, ne m'accable pas.

Scapln en voulant fuir est saisi par les gendarmes qui l'entraînent.

Bruit de tonnerre. - Flamme.

Guignol

Tu n'es qu'une canaille !... Débarrasse-moi le plancher. Tenez-le bien ; le lâchez pas ; serrez-lui les pattes ; il n'a que ce qu'il mérite.

Scène 5

Guignol, Le Génie du Bien

Guignol

C'est l'officier du génie qui revient ! Il paraît qu'il fait sa soupe à présent.

Le Génie du Bien

Es-tu content, Guignol ?

Guignol

Oh ! Monsieur du génie, je serais bien déjà allé vous remercier ; mais je savais pas votre adresse... Sans vous j'étais perdu... Vous avez là une fameuse baguette tout de même !... Si jamais vous avez besoin de Guignol pour un coup de main, vous pouvez compter sur lui.

Il la reprend.

Il dlsparait. - Flamme.

Le Génie du Bien

Cette baguette ne t'est plus utile à présent, rends-la moi. Que ce qui t'arrive te serve de leçon ; sois toujours vertueux ; ne donne jamais ta confiance et ton amitié à de mauvais sujets comme ce Scapin, et que son exemple t'apprenne à rester fidèle à ton devoir... Je te quitte, mais je ne t'oublierai pas... Je t'ai dit que je suis le Génie du bien. Appelle-moi quand tu auras à faire une bonne action. Adieu ! Je rentre dans ma grotte profonde, où l'on ne voit ni ciel ni monde.

Guignol

Oui, Monsieur du génie, je serai toujours bien sage... Mes compliments à votre famille... Il va dîner.... Je voudrais bien n'en faire autant.

Scène 6

Casssandre, Guignol

Casssandre

Qu'ai-je appris, mon pauvre Guignol ! Combien je suis fâché d'avoir aveuglément cru aux accusations de ce scélérat ! Excuse-moi, je t'en prie.

Guignol

Vous auriez bien dû le deviner à fa mine, il a une figure à faire tourner une sauce blanche... Mais ne vous tourmentez pas, borgeois ! Tout le monde fait des bêtises ; vous n'êtes pas le premier. Moi qui vous parle...

Casssandre

Que puis-je faire pour toi, mon garçon ?

Guignol

Ah ! Borgeois, franchement, j'ai ici depuis trois jours une fichue cuisine. Si vous pouviez me donner un verre de vin et une rôtie de fromage fort, ça me remettrait joliment.

Casssandre

Viens, mon garçon, je vais te faire servir à dîner... Désormais, tu ne me quitteras plus, et à dater d'aujourd'hui je double tes gages. Viens !... Mais tu ne peux pas partir d'ici sans adresser un mot aux personnes qui nous écoutent et qui se sont intéressées à tes malheurs !... Allons, en avant le petit couplet !

AU PUBLIC.

AIR : Patrie, honneur.

Parlé.

Il répète les plats indiqués pendant la première scène et est repris par Cassandre...

Guignol

Vraiment, Messieurs, si j' n'avais pas si faim, Je vous chant'rais tout de suite une ariette ; Mais mon gosier réclame un verre de vin, Et j'craindrais pas d' siffler une omelette. Permettez-moi d' m'arroser le fanal Et j' reviendrai chanter l' couplet final. Tout ça, messieurs, me r' mettra le fanal ; Et je chanterai gaiement chanter le couplet final. Ah ! Borgeois, mon estomac crie, et la soif me coupe le sifflet. Rien que deux ou trois bouteilles du vieux bourgogne du papa Cassandre... puis je dirai deux mots à son dîner de quarante couverts... y a des restes... au pâté de chatte, au gâteau annexé, etc...

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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