Tragédie en musique · 1733 · 5 actes

Tanis et Zélide

de Voltaire

Représentation
≈ 32 min
Distribution
2 femmes, 4 hommes
Répliques
178
Écriture
En vers
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Tanis H 51 ≈ 11 min 8
Zélide F 37 ≈ 7 min 7
Phanor H 17 ≈ 3 min 6
Choeurs N 26 ≈ 3 min 6
Otoès H 11 ≈ 2 min 3
Cléofis H 9 ≈ 1 min 3
Une Bergère N 4 ≈ 1 min 2
Panope F 4 ≈ 1 min 1
Oroès N 3 ≈ 1 min 1
Bergers N 4 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle IIIIIIIVV
Tanis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Zélide absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Phanor absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeurs absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Otoès absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Cléofis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Une Bergère absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Panope absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Zélide, Panope

Zélide

Dieux bienfaisants, qu'en ce bois on adore, Protégez-moi toujours contre mes oppresseurs ! Les mages de Memphis me poursuivent encore ; Et de simples bergers sont mes seuls défenseurs. C'est ici que Tanis a repoussé la rage De nos implacables vainqueurs. Je n'ai d'autres plaisirs, dans mes cruels malheurs, Que de parler de son courage.

Panope

Oubliez-vous Phanor ?

Zélide

À mon père attaché, Il a suivi mon sort ; je connais sa vaillance.

Panope

Ah ! Que vous le voyez avec indifférence !

Zélide

Il a fait son devoir ; mon coeur en est touché.

Panope

Des mages de Memphis il brava la colère. Depuis que ces tyrans ont détrôné les rois, Depuis qu'ils ont versé le sang de votre père, Il s'éleva contre eux, il défendit vos droits. Il a conduit vos pas : il vous aime ; il espère Vous mériter par ses exploits.

Zélide

Malgré tous ses efforts, errante, poursuivie, Je périssais près de ces lieux ; Lui-même allait tomber sous un joug odieux. Nous devons à Tanis la liberté, la vie. Que Tanis est grand à mes yeux !

Panope

L'estime et la reconnaissance Sont le juste prix des bienfaits ; Mais de simples bergers pourront-ils à jamais Des tyrans de Memphis braver la violence ? Votre trône est tombé ; vous n'avez plus d'amis. Quelle est encor votre espérance ?

Zélide

Au seul bras de Tanis je dois ma délivrance. J'espère tout du généreux Tanis.

Scène 2

Choeurs, Une Bergère, Un Berger, Zélide, Bergers

Choeurs

Demeurez, régnez sur nos rivages ; Connaissez la paix et les beaux jours. La nature a mis dans nos bocages Les vrais biens ignorés dans les cours.

Danses.

Une Bergère

Sans éclat et sans envie, Satisfaits de notre sort, Nous jouissons de la vie ; Nous ne craignons point la mort. L'innocence et le courage, L'amitié, le tendre amour, Sont la gloire et l'avantage De ce fortuné séjour.

Un Berger

On peut nous charmer, Jamais nous abattre ; Nous savons combattre, Nous savons aimer.

Choeurs

Demeurez, régnez sur ces rivages ; Connaissez la paix et les beaux jours. La nature a mis dans nos bocages Les vrais biens ignorés dans les cours.

Zélide

Pasteurs, heureux pasteurs, aussi doux qu'invincibles, Vous qui bravez la mort, vous qui bravez les fers De nos pontifes inflexibles, Que j'aime vos riants déserts ! Que ce séjour me plaît ! que Memphis est sauvage ! Comment avez-vous pu, dans ce bois enchanté, Près des murs de Memphis, et près de l'esclavage, Conserver votre liberté ? Comment avez-vous pu vivre toujours sans maître Dans ces paisibles lieux ?

Bergers

Nous avons conservé les moeurs de nos ancêtres ; Nous bravons les tyrans, et nous aimons nos dieux.

Zélide

Que de grandeur, ô ciel ! dans la simple innocence ! Respectables mortels ! ciel heureux ! jours sereins !

Bergers

C'est ainsi qu'autrefois vivaient tous les humains.

Zélide

Mais Tanis parmi vous a-t-il quelque puissance ?

Bergers

Dans notre heureuse égalité, Tanis a sur nos coeurs la douce autorité Que ses vertus et sa vaillance N'ont que trop bien mérité.

Scène 3

Tanis, Zélide

Tanis

Est-il possible, ô dieux ! Phanor ose entreprendre D'exposer vos beaux jours à nos fiers ennemis ! Qu'iriez-vous faire, hélas ! aux remparts de Memphis ? Quel sort y pouvez-vous attendre ? Nos campagnes, nos bois, et nos coeurs sont a vous. Faudra-t-il qu'un peuple perfide, Que des mages sanglants, une cour homicide, L'emportent sur des biens si doux !

Zélide

Quoi ! Phanor, après sa défaite, Aux rivages du Nil ose-t-il retourner ? Ah ! s'il me faut quitter cette aimable retraite, Tanis veut-il m'abandonner ?

Tanis

Nous ne ravageons point la terre ; Nous défendons nos champs quand ils sont menacés ; Nous détestons l'horrible guerre ; Mais vous changez nos lois dès que vous paraissez. Au bout de l'univers je suis prêt à vous suivre. C'était peu de vous secourir ; C'est pour vous qu'il est doux de vivre, Et c'est en vous vengeant qu'il est doux de mourir.

Scène 4

Phanor, Tanis, Zélide

Phanor

L'ennemi vient à nous, et pense nous surprendre. C'est à vous de me seconder ; Tanis, et vous, bergers, allez, allez défendre Vos passages qu'il faut garder.

Tanis

Nous n'avons pas besoin de votre ordre suprême ; Vous nous avez vus dans ces lieux Délivrer la princesse, et vous sauver vous-même ; Et nous ne connaissons de maître que ses yeux.

Phanor

Je commande en son nom.

Tanis

Que votre orgueil contemple Et notre zèle et nos exploits ; Cessez de nous donner des lois, Et recevez de nous l'exemple.

Phanor

Tanis, en d'autres temps votre témérité Tiendrait un différent langage.

Tanis

En tout temps mon courage Méprise et dompte la fierté.

Zélide

Arrêtez : quel transport à mes yeux vous divise ? Ma fortune vous est soumise Tout est perdu pour moi si vous n'êtes unis.

Tanis

C'est assez, pardonnez : je vole, et j'obéis.

Scène 5

Phanor, Zélide, Choeurs

Phanor

Non, je ne puis souffrir l'indigne déférence Dont vous l'honorez à mes yeux : La seule égalité m'offense ; L'injurieuse préférence Est un affront trop odieux.

Zélide

Il combat pour vous-même ; est-ce à vous de vous plaindre ? Vous deviez plus d'égards aux exploits de Tanis. Il faut ménager, il faut craindre Les grands coeurs qui nous ont servis.

Phanor

Poursuivez, achevez, ingrate ; Faites tomber sur moi notre commun malheur ; Élevez jusqu'à vous un barbare, un pasteur. Oubliez...

Zélide

Osez-vous ?...

Phanor

Oui, je vois qu'il s'en flatte. Oui, vous encouragez sa téméraire ardeur. Votre faiblesse éclate Dans vos yeux et dans votre coeur.

Zélide

Pourquoi soupçonnez-vous que je puisse descendre Jusqu'à souffrir qu'il vive sous ma loi ? Vos soupçons menaçants suffiraient pour m'apprendre Qu'il n'est pas indigne de moi.

Phanor

Ô ciel ! qu'avec raison de ce fatal rivage Je voulais partir aujourd'hui ! Pouvez-vous à ce point outrager mon courage ?

Zélide

Si l'égaler à vous c'est vous faire un outrage, Surpassez son grand coeur en servant mieux que lui.

Choeurs

Aux armes ! Aux armes ! Marchons, signalons-nous.

Il sort.

Phanor

Eh bien ! je vais périr pour vos perfides charmes ; Je vais chercher la mort, et j'en chéris les coups. Vous seule causez mes alarmes ; Je n'ai point d'ennemis plus funestes que vous.

Choeurs

Aux armes ! aux armes ! Marchons, signalons-nous.

Scène 6

Zélide

Zélide

Ah ! je mérite sa colère. Je n'osais avouer mes secrets sentiments ; Je vois par ses emportements Combien Tanis a su me plaire ; Je sens combien je l'aime à son nouveau danger. Je brûle de le partager. Que de vertu ! que de vaillance ! Dieux ! pour sa récompense Est-ce trop que mon coeur ? Faut-il que ma gloire s'offense D'une si juste ardeur ? Non, pour sa récompense Je lui dois tout mon coeur.

Acte II

Scène 1

Choeurs, Prêtre D'isis, Une Bergère

Choeurs

Victoire ! victoire ! Nos cruels ennemis Sont tombés sous les coups du généreux Tanis.

Ensemble.

Choeurs

Périsse leur mémoire ! Plaisirs, ne soyez plus bannis. Triomphe ! victoire !

Prêtre D'isis

Tendre Isis, Osiris, premiers dieux des mortels, Pourquoi ne régnez-vous qu'en ces heureux bocages ? Ne punirez-vous point ces implacables mages, Ces ennemis de vos autels ? Aux portes de Memphis nous bravons leur puissance : Mais est-ce assez pour nous de ne pas succomber ? Quand les verrons-nous tomber Sous les coups de votre vengeance ?

Choeurs

L'aimable liberté règne dans ces beaux lieux ; Quels autres biens demandez-vous aux dieux ?

Choeurs

Doux bergers, si craints dans les alarmes, Ne soyez soumis que par nos charmes.

Une Bergère

Que ces fleurs nouvelles Ornent nos pasteurs : C'est aux belles À couronner les vainqueurs.

Danses.

Choeurs

Doux bergers, si craints dans les alarmes, Ne soyez soumis que par nos charmes.

Une Bergère

De Vénus oiseaux charmants, Vous n'êtes pas si fidèles. Des plus tendres tourterelles Les transports sont moins touchants. L'aigle impétueux et rapide Porte au haut des cieux, D'un vol moins intrépide, Le brillant tonnerre des dieux.

Choeurs

Doux bergers, si craints dans les alarmes, Ne soyez soumis que par nos charmes.

Prêtre D'isis

Venez, bergers, il en est temps ; Consacrez à nos dieux les nobles monuments De la valeur et de la gloire.

Choeurs

Triomphe ! victoire !

Scène 2

Cléofis, Tanis

Cléofis

Quoi ! vous ne suivez point leurs pas ?

Tanis

Demeure, ne me quitte pas. Tu connais ma secrète flamme : Connais le trouble affreux qui déchire mon âme.

Cléofis

Redoutez-vous Phanor ?

Tanis

Dans mes troubles cruels, Tout m'alarme auprès de Zélide. Ami, le plus fier des mortels Devient l'amant le plus timide. Je crains ce que j'adore, et tout me fait trembler. Mes yeux sont éblouis ; j'hésite, je chancelle : Mon coeur parle à ses yeux, ma voix n'ose parler. Je nourris en secret le feu qui me dévore ; Et lorsque le sommeil vient calmer ma douleur, Les dieux la redoublent encore. Osiris m'apparaît précédé des éclairs. Dans le sein de la nuit profonde, Autour de lui la foudre gronde ; Neptune soulève son onde, Les noirs abîmes sont ouverts. Qu'ai-je donc fait aux dieux ? quelle menace horrible !

Cléofis

Osiris vous protège, il a conduit vos pas : C'est lui qui vous rend invincible ; Il vous avertissait, il ne menaçait pas.

Pendant que Tanis fait cette prière aux dieux, Isis et Osiris descendent dans un nuage brillant.

Tanis

Osiris, tu connais comme on aime. Isis, au céleste séjour, La seule Isis fait ton bonheur suprême. Dieux qui savez aimer, favorisez l'amour !

Scène 3

Isis Et Osiris

Isis Et Osiris

L'Amour te conduira dans la cité barbare Où les mages donnent la loi ; Soutiens le sort affreux que l'Amour t'y prépare, Et vois le trépas sans effroi.

Scène 4

Tanis, Cléofis

Tanis

De quel trouble nouveau je sens mon âme atteinte !

Cléofis

De quelle horreur je suis surpris !

Tanis

Pour braver les dangers, et voir la mort sans crainte, Mon coeur n'attendait pas l'oracle d'Osiris ; Mais pour mes tendres feux quel funeste présage ! Quel oracle pour un amant ! Ô dieux ! dont Zélide est l'image, Peut-on vous déplaire en l'aimant ?

Scène 5

Tanis, Zélide, Tanis Et Zélide

Tanis

Princesse, dans mes yeux vous lisez mon offense ; Mon crime éclate devant vous. Je crains la céleste vengeance ; Mais je crains plus votre courroux.

Zélide

J'ignore à quels desseins votre coeur s'abandonne. Je vois en vous mon défenseur. S'il est un crime au fond de votre coeur, Je sens que le mien vous pardonne.

Tanis

Un berger vous adore, et vous lui pardonnez ! Ah ! je tremblais à vous le dire : J'ai bravé les fronts couronnés, Et leur éclat, et leur empire ; Mon orgueil me trompait ; j'écoutai trop sa voix : Cet orgueil s'abaisse ; il commence, Depuis le jour que je vous vois, À sentir qu'entre nous il est trop de distance.

Zélide

Il n'en est point, Tanis ; et s'il en eût été, L'amour l'aurait fait disparaître. Ce n'est pas des grandeurs où les dieux m'ont fait naître Que mon coeur est le plus flatté.

Tanis

L'amant que votre coeur préfère Devient le premier des humains ; Vous voir, vous adorer, vous plaire, Est le plus brillant des destins : Mais quand vous m'êtes propice, Le ciel paraît en courroux ; J'aurais cru que sa justice Pensait toujours comme vous.

Zélide

Non, je ne puis douter que le ciel ne vous aime.

Tanis

Je viens d'entendre ici son oracle suprême : L'Amour doit dans Memphis me punir à vos yeux.

Zélide

Vous punir ? Vous, Tanis ! Quelle horrible injustice ! Ah ! Que plutôt Memphis périsse ! Évitons ces murs odieux, Évitons cette ville impie et meurtrière. Je renonce à Memphis, je demeure en ces lieux : Vos lois seront mes lois, vos dieux seront mes dieux : Tanis me tiendra lieu de la nature entière : Je n'y vois plus rien que nous deux.

Tanis Et Zélide

Osiris que l'amour engage, Toujours aimé d'Isis, et toujours amoureux. Nous serons fidèles, heureux, Dans cet obscur bocage, Comme vous l'êtes dans les cieux.

Scène 6

Phanor, Tanis, Zélide

Phanor

Zélide, inhumaine, cruelle ! C'est ainsi que je suis trahi ! J'avais tout fait pour vous : l'amour m'en a puni : Sous les lois d'un pasteur un vil amour vous range ! Ah ! si vous ne craignez, dans vos indignes fers, Les reproches de l'univers, Craignez au moins que je me venge.

Tanis

Vous venger ! et de qui ?

Zélide

Calmez ce vain courroux : Je ne crains l'univers ni vous. Je dois avouer que je l'aime. Prétendez-vous forcer un coeur Qui ne dépend que de lui-même ? Êtes-vous mon tyran plus que mon défenseur ? Pardonnez à l'Amour, il règne avec caprice ; Il enchaîne à son choix Les coeurs des bergers et des rois. Un berger tel que lui n'a rien dont je rougisse.

Phanor

Ah ! Je rougis pour vous de votre aveuglement : Mais frémissez du tourment qui m'accable ; Vous avez fait du plus fidèle amant L'ennemi le plus implacable. L'asile où l'on trahit ma foi Ne vous défendra pas de ma rage inflexible ; Nous verrons si l'amant dont vous suivez la loi Paraîtra toujours invincible, Comme il le fut toujours en combattant sous moi.

Tanis

Vous pouvez l'éprouver, et dès ce moment même ; Quel plus beau champ pour la valeur ? Il est doux de combattre aux yeux de ce qu'on aime : Ne différez pas mon bonheur.

Phanor

C'en est trop, et mon bras...

Zélide

Barbare que vous êtes, Percez plutôt ce coeur plein de trouble et d'ennui.

Tanis

Vous daignez arrêter ses fureurs indiscrètes, Moins par crainte pour moi que par pitié pour lui.

Scène 7

Bergers, Zélide, Phanor

Bergers

Suspendez, suspendez la fureur inhumaine Qui vous trouble à nos yeux : La Discorde et la Haine N'habitent point ces lieux.

Zélide

Phanor, connaissez l'injustice D'un amour barbare et jaloux.

Phanor

Si vous aimez Tanis, il faut que je périsse : Je suis moins barbare que vous.

Scène 8

Choeurs, Tanis

Choeurs

Ô Discorde terrible, Fille affreuse du tendre Amour, Respecte ce beau séjour ; Qu'il soit à jamais paisible !

Tanis

Laissez mon rival furieux Exhaler en vain sa rage : Zélide est mon partage : J'aurai pour moi tous les dieux.

Choeurs

Ô Discorde terrible, Fille affreuse du tendre Amour, Respecte ce beau séjour ; Qu'il soit à jamais paisible !

Acte III

Scène 1

Tanis

Tanis

Temple d'Isis où règne la nature, Beaux lieux sans ornements, images de nos moeurs, Vous allez couronner une ardeur aussi pure Que nos offrandes et nos coeurs. Ni l'amour de Phanor, ni l'éclat des grandeurs, N'ont séduit la belle Zélide. Zélide est semblable à nos dieux ; Comme eux sa bonté préfère Le coeur le plus sincère : Le reste des mortels est égal à ses yeux. Moments charmants, moments délicieux, Hâlez-vous d'embellir ce beau jour qui m'éclaire ; Hâtez-vous de combler mes voeux. Temple d'Isis où règne la nature, Beaux lieux sans ornements, images de nos moeurs, Vous allez couronner une ardeur aussi pure Que nos offrandes et nos coeurs.

Scène 2

Choeurs, Tanis, Grand Choeur, Un Berger, Une Bergère

Choeurs

Jamais l'Amour n'a remporté Une victoire plus brillante.

Tanis

Je dois attendre ici la beauté qui m'enchante ; Que ces moments sont lents à mon coeur agité

Choeurs

Zélide a dédaigné la grandeur éclatante : Zélide est comme nous, elle est simple et constante ; Et ses vertus égalent sa beauté.

Grand Choeur

Jamais l'Amour n'a remporté Une victoire plus brillante.

Danses.

Un Berger

Dans le prochain bocage orné par ses appas, La pompe de l'hymen, et son bonheur s'apprête ; Nos bergers parent sa tête Des fleurs qui naissent sous ses pas. Phanor avec les siens a quitté nos asiles ; La Discorde fuit pour jamais. L'Hymen, le tendre Amour, et les Dieux, et la Paix, Nous assurent des jours tranquilles. Dans ce fortuné séjour, Les timbales et les musettes, Les sceptres dès rois, les houlettes, Sont unis des mains de l'Amour.

Une Bergère

Bientôt, selon l'usage établi parmi nous, Les pasteurs consacrés aux dieux de nos ancêtres, Au son de leurs flûtes champêtres, Vont amener Zélide à son heureux époux.

Tanis

Viens, vole, cher objet ; c'est l'Amour qui t'appelle. Nos chiffres sont tracés sur de jeunes ormeaux ; Le temps les verra croître, et les rendra plus beaux, Sans pouvoir ajouter à mon amour fidèle. Ces gazons sont plus verts ; une grâce nouvelle Anime le chant des oiseaux. Viens, vole, cher objet ; c'est l'Amour qui t'appelle.

Scène 3

Cléofis, Tanis Et Le Choeur, Tanis, Choeurs

Cléofis

Ô perfidie ! Ô crime ! Ô douleur éternelle !

Tanis Et Le Choeur

Ciel ! Quels maux nous annoncez-vous ?

Cléofis

Des soldats de Memphis, et ton rival jaloux... Ceux qui n'auraient osé combattre contre nous...

Tanis

Eh bien ?

Cléofis

Ils ont trahi notre simple innocence ; Ils t'enlèvent Zélide !

Tanis

Ô fureur ! Ô vengeance !

Choeurs

Ils l'enlèvent, ô dieux !

Tanis

Courons, amis, punissons cet outrage.

Cléofis

Sur un vaisseau caché près du rivage Ils ont fendu les flots impétueux. Sur la foi des serments nous demeurions tranquilles : C'est la première fois qu'ils ont été trahis Dans le sein de ces doux asiles. Elle invoquait les dieux, elle appelait Tanis : Nous ne répondions à ses cris Que par des sanglots inutiles.

Tanis

Grands dieux ! Voilà les maux que vous m'aviez prédits(2) ! Je les verrai ces murs malheureux et coupables, Ces implacables dieux, ces mages inhumains, Ces mages affreux dont les mains Versent le sang des misérables. Amis, c'est là qu'il faut mourir. On ne peut vous dompter ; on ose vous trahir. Détruisons cette ville impie. Amis, c'est à votre valeur De punir cette perfidie ; Amis, c'est à votre valeur De servir ma juste fureur.

Choeurs

Nous allons tous chercher la mort ou la vengeance ; Nous marchons sous son étendard.

Cléofis

Vengeons l'Amour, vengeons l'innocence ; Mais craignons d'arriver trop tard. Il faut franchir ce mont inaccessible, Et Memphis à nos yeux est un autre univers.

Tanis

L'Amour ne voit rien d'impossible ; Tous les chemins lui sont ouverts : Il traverse la terre et l'onde ; Il pénètre au sein des enfers ; Il franchit les bornes du monde : Croyez-en les transports de mon coeur outragé ; Memphis me verra mort, ou me verra vengé. Que vois-je ? quel heureux présage ? Nos dieux tournent sur moi les plus tendres regards. Dieux, dont la bonté m'encourage, Je suis l'Amour et vous : tout m'anime, je pars.

Acte IV

Scène 1

Otoès, Choeur Des Mages, Choeurs

Otoès

Ministres de mes lois que ma vengeance anime, Phanor a réparé son crime. Puisse du sang des rois le dangereux parti, Qui menaçait l'autel et que l'autel opprime, Tomber anéanti ! Consultons de notre art les secrets formidables : Voyons par quels terribles coups Il faut confondre les coupables Qu'un sacrilège orgueil anima contre nous.

Choeur Des Mages

Ô magique puissance ! Sois toujours dans nos mains L'instrument de la vengeance ; Fais trembler les faibles humains !

Otoès

Que nos secrets impénétrables D'une profonde nuit soient à jamais voilés : Plus ils sont inconnus, plus ils sont vénérables À nos esclaves aveuglés.

Choeurs

Ô magique puissance ! Sois toujours dans nos mains L'instrument de la vengeance ; Fais trembler les faibles humains !

Symphonie terrible.

On peut exprimer par une danse figurés la sombre horreur de ces mystères.

Otoès

Commençons nos mystères sombres, Cachés aux profanes mortels. Du fatal avenir je vais percer les ombres, Et chercher du Destin les décrets éternels. Que vois-je ? quel danger ! quelle horreur nous menace ! Un berger, un simple berger Des rois que j'ai détruits vient rétablir la race ! Il dresse un autel étranger !... Un dieu vengeur l'amène !... Un dieu vengeur nous chasse !

Choeur Des Mages

Que tout l'enfer armé prévienne cette audace !

Otoès

Ôtons toute espérance aux vils séditieux. Du sang des rois, de ce sang si funeste, Zélide est le seul reste ; Il faut l'immoler à leurs yeux.

Choeurs

Soyons inexorables : N'épargnons pas le sang ; Que la beauté, l'âge, et le rang, Nous rendent plus impitoyables !

Otoès

Qu'on amène Zélide : il faut tout préparer Pour ce terrible sacrifice.

Scène 2

Phanor, Otoès

Phanor

Je viens vous demander le prix de mon service ; Vous me l'avez promis, et je dois l'espérer. Je ramène les miens sous votre obéissance ; Zélide est en mes mains ; nos troubles sont finis : Et Zélide est l'unique prix Que je veux pour ma récompense.

Otoès

Qu'osez-vous demander ?

Phanor

Au pied de vos autels C'est à vous de former cette auguste alliance.

Otoès

Venez la disputer à nos dieux immortels.

Phanor

Ciel ! qu'est-ce que j'entends ! je tremble, je frissonne.

Il reste dans le temple avec les mages.

Otoès

Après vos complots criminels, C'est beaucoup si l'on vous pardonne.

Scène 3

Phanor

Zélide paraît, enchaînée, dans le fond du temple ; il continue.

Ils sortent.

Phanor

Ô crime ! Ô projet infernal ! J'entrevois les horreurs que ce temple prépare ; C'est moi, c'est mon amour barbare Qui va porter le coup fatal. Vengez-moi, vengez-vous : prévenez le supplice Qui nous est à tous destiné. Qu'attendez-vous de leur justice ? Ces monstres teints de sang n'ont jamais pardonné. Quel appareil horrible à mes yeux se découvre ! Zélide dans les fers ! Un glaive sur l'autel ! Rassemblons nos amis ; secondez mon courage, Partagez ma honte et ma rage ; Suivez mon désespoir mortel.

Scène 4

Zélide

Zélide

Achevez, monstres inflexibles : Frappez, ministre cruel ; Hâtez les vengeances du ciel Par vos sacrilèges horribles. Qu'est devenu Tanis ? Ciel qu'est-ce que je voi ?

Scène 5

Tanis, Zélide

Tanis

Arrêtez, arrêtez, ministres du carnage : De ce temple sanglant j'apprends quelle est la loi. La mort doit être mon partage ; Zélide a mon coeur et ma foi. Un époux en ces lieux peut s'offrir en victime. Respectez l'amour qui m'anime ; Que tous vos coups tombent sur moi.

À Tanis.

Aux mages.

Zélide

Ô prodige d'amour ! ô comble de l'effroi Tanis pour moi se sacrifie ! Voici le seul moment de ma funeste vie Où je puis désirer de n'être point à toi. Il n'est point mon époux ; c'est en vain qu'il réclame Des droits si chers, un nom si doux.

Tanis

Ah ! Ne trahissez pas mon espoir et ma flamme ! Que j'emporte au tombeau le bonheur d'être à vous !

Tanis

Sauvez la moitié de moi-même ; Frappez, ne différez pas. Pardonnez à ce que j'aime : C'est à moi qu'on doit le trépas.

Scène 6

Otoès, Tanis, Zélide, Phanor

Otoès

Notre indigne ennemi lui-même se déclare ; C'est lui qu'ont amené les dieux et les enfers.

Tanis

Je suis ton ennemi, n'en doute point, barbare.

Otoès

Qu'on le charge de fers : Commençons par ce sacrifice. Téméraire, tu périras ; Mais ton juste supplice Ne la sauvera pas. Prenez ce fer sacré. Dieux ! quel affreux prodige ! Ce fer tombe en éclats... ces murs sont teints de sang !... Ton dieu m'impose en vain par ce nouveau prestige ; Il reste encor des traits pour te percer le flanc.

Zélide

Peuples, un dieu prend sa défense.

Phanor

Amis, suivez mes pas, et vengeons l'innocence.

Les combattants entrent dans le temple, qui se referme.

aux mages

Otoès

Soldats qui me servez, terrassez l'insolence. Vous, gardez ces deux criminels ; Vous, marchez, combattez, et vengez les autels.

Scène 7

Tanis, Choeurs, Zélide, Zélide Et Tanis

Tanis

Ô prodige inutile ! Ô douloureuses peines ! Phanor combat pour vous, et je suis dans les chaînes ! Tous les miens m'ont suivi, mais leurs secours sont lents : Je n'ai pour vous que des voeux impuissants.

Choeurs

Cédez, tombez, mourez, sacrilèges coupables ; Nos traits sont inévitables.

Zélide

Entendez-vous les cris des combattants ?

On entend une symphonie douce.

Tanis

Quel son harmonieux se mêle au bruit des armes ! Quel mélange inouï de douceurs et d'alarmes !

Choeurs

Des dieux équitables Prennent soin de vos beaux jours ; Des dieux favorables Protègent vos tendres amours.

Tanis

Je reconnais la voix de nos dieux secourables ; Ces dieux de l'innocence arment pour vous leurs bras.

Choeurs

Tombez, tyrans ; mourez, coupables ; Tombez dans la nuit du trépas.

Zélide

Je frémis !

Tanis

Non, ne craignez pas. Si mes dieux ont parlé, j'espère en leur clémence ; J'en crois leurs bienfaits et mon coeur : Ils ont conduit mes pas dans ce séjour d'horreur ; Ils font éclater leur puissance ; Ils étendent leur bras vengeur.

Les gardes emmènent Zélide et Tanis.

Zélide Et Tanis

Dieux bienfaisants, achevez votre ouvrage ; Délivrez l'innocent qui n'espère qu'en vous ; Lancez vos traits, écrasez sous vos coups Le barbare qui vous outrage.

Zélide

On vous redoute encore, on nous sépare, hélas ! La mort approche, on nous sépare.

Tanis

Qu'ils tremblent à la voix du ciel qui se déclare ! C'est à nous d'espérer jusqu'au sein du trépas.

Acte V

Scène 1

Zélide, Tanis

Zélide

La mort en ces lieux nous rassemble ; Le sacrifice est prêt, nous périrons ensemble.

Tanis

Zélide, calmez vos terreurs.

Zélide

Nos cruels tyrans sont vainqueurs : À peine on voit de loin paraître nos pasteurs, Et Phanor a perdu la vie.

Tanis

Il méritait la mort ; il vous avait trahie.

Zélide

Vous êtes seul et désarmé, Et votre coeur est sans alarmes !

Tanis

Je vous aime, je suis aimé : L'amour et les dieux sont mes armes.

Zélide

Tanis ! mon cher Tanis ! Sans vous, sans nos amours, Je braverais la mort qui me menace : Mais ces mages sanglants sont maîtres de vos jours ; Nous sommes enchaînés : vous êtes sans secours.

Tanis

Nos chaînes vont tomber ; tout va changer de face.

Zélide

Quoi ! Les dieux à ce point voudraient nous protéger ! Fuyons ces lieux...

Tanis

Moi, fuir, quand je puis vous venger !

Zélide

N'abusez point de la faveur céleste ; Dérobez-vous à ces mages sanglants : Tout l'enfer est soumis à leur pouvoir funeste ; La nature obéit à leurs commandements.

Tanis

Elle obéit à moi.

Zélide

Ciel ! Qu'est-ce que j'entends ?

Tanis

D'Isis et d'Osiris les destins m'ont fait naître.

Zélide

Ah ! Vous êtes du sang des dieux ! Vous savez assez qu'à mes yeux Vous seul étiez digne d'en être.

Tanis

Ils daignaient m'éprouver par les plus rudes coups : Ils n'ont voulu me reconnaître Qu'après m'avoir enfin rendu digne de vous. Lorsque ces tyrans sanguinaires Nous séparaient par un barbare effort, J'ai revu mes dieux tutélaires ; Ils m'ont appris ma gloire, ils ont changé mon sort ; Ils ont mis dans mes mains le tonnerre et la mort. Vous allez remonter au rang de vos ancêtres ; L'Égypte va changer et de dieux et de maîtres.

Zélide

Un si grand changement est digne de vos mains. Mais je vois avancer ces mages inflexibles. Hélas ! je vous aime ; et je crains...

Tanis

Ils trembleront bientôt, ces tyrans si terribles.

Scène 2

Oroès, Tanis, Mages, Choeurs

Oroès

Peuples, prosternez-vous ; terre entière, adorez Les éternels arrêts de nos dieux redoutables ; Monstres de l'Égypte, accourez : Connaissez ma voix, dévorez Ces audacieux coupables, Au fer de l'autel échappés.

Des flèches, lancées par des mains invisibles, percent les monstres qui se sont répandus sur la scène.

Tanis

Osiris, mon père, frappez ; Lancez du haut des cieux vos traits inévitables.

Mages

Ô ciel ! se peut-il concevoir Qu'on égale notre pouvoir !

On voit s'élever des tourbillons de flammes.

Oroès

Art terrible et divin, déployez vos prodiges ; Confondez ces nouveaux prestiges ! Sortez des gouffres des enfers, Du brûlant Phlégéton, flammes étincelantes !

Des cascades d'eau sortent des obélisques du temple, et éteignent les flammes.

Tanis

Cieux, à ma voix soyez ouverts ! Torrents suspendus dans les airs, Venez, et détruisez ces flammes impuissantes !

Choeurs

Ô ciel ! dans ce combat quel dieu sera vainqueur ?

Oroès

Vous osez en douter ! Que la voix du tonnerre Gronde et décide en ma faveur ! Éclairs, brillez seuls sur la terre ! Éléments, faites-vous la guerre, Confondez-vous avec horreur !

Tanis

Les dieux t'ont exaucé, mais c'est pour ton supplice. Voici l'instant de leur justice : L'enfer va succomber, et ton pouvoir finit. Le ciel s'est enflammé ; le tonnerre étincelle. Tremble, c'est ta voix qui l'appelle : Il tombe, il frappe, il te punit.

Le tonnerre tombe ; l'autel et les mages sont renversés.

Choeurs

Ah ! Les dieux de Tanis sont nos dieux légitimes.

Tanis

Autels sanglants, prêtres chargés de crimes, Soyez détruits, soyez précipités Dans les éternels abîmes Du Ténare dont vous sortez !

Scène 3

Tanis, Choeurs

Danses.

Tanis

Vous, qui venez venger Zélide, Le ciel a prévenu vos coeurs et vos exploits. Sa justice en ces lieux réside ; Il n'appartient qu'aux dieux de rétablir les rois. Sur ces débris sanglants, sur ces vastes ruines, Célébrons les faveurs divines.

Choeurs

Régnez tous deux dans une paix profonde, Toujours unis et toujours vertueux. Fille des rois, enfant des dieux, Imitez-les, soyez l'amour du monde.

Danses.

Tanis

Le calme succède à la guerre. De nouveaux cieux, une nouvelle terre, Semblent formés en ce beau jour. Sur les pas des Vertus les Plaisirs vont paraître ; Tout est l'ouvrage de l'Amour.

Choeurs

Régnez tous deux dans une paix profonde, Toujours unis et toujours vertueux. Fille des rois, enfant des dieux, Imitez-les, soyez l'amour du monde.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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