Comédie · 1866

Une femme qui déteste son mari

de Delphine de Girardin

Représentation
≈ 52 min
Distribution
3 femmes, 6 hommes
Répliques
384
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Julie F 150 ≈ 16 min 14
De Langeais H 70 ≈ 12 min 6
Finot H 67 ≈ 11 min 13
Rosette H 50 ≈ 8 min 6
Madame de Langeais Mère F 12 ≈ 2 min 2
Jeanne F 17 ≈ 2 min 4
Hilarine H 7 ≈ 1 min 1
Un Commissaire H 6 ≈ 1 min 4
Un Serrurier H 5 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Une Femme Qui Déteste Son Mari
Julie absentabsentabsentabsentabsent
De Langeais absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Finot absentabsentabsentabsentabsentabsent
Rosette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame de Langeais Mère absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Jeanne absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Hilarine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Commissaire absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Une Femme Qui Déteste Son Mari

Scène 1

Finot, Julie

Finot

Citoyenne !

Julie

Ah ! C'est toi, Finot, je te croyais parti.

Finot

Tu ne te trompes pas, citoyenne, je le suis parti ; mais je reviens... Je irai pas assez pour les poules... li ne me reste que quinze cents livres, et avec quinze cents livres on n'a lier, eu poules... sur le marché de la ville de Rennes...

Julie

Voilà dix mille livres... ce sera assez.

Finot

Je vas me dépêcher, je tiens à ne pas m'éloigner souvent de la maison ; depuis quelques jours je flaire, je flaire... et je trouve que ça sent le mystère, ici.

Julie

Un mystère ? Chez moi ? Qu'est-ce donc ? Qu'as-tu découvert ?

Finot

Rien. Sans cela je dévoilerais tout ; mais je gagerais un contre mille, qu'il y a un homme caché dans la maison.

Julie

Un homme ! Ici ! Quelle audace !... Dis-moi tout, Finot.

Finot

Un homme très affamé, citoyenne !

Julie

Mais une preuve, un indice ?

Finot

Là, dans cette armoire.

Julie

Dans celte armoire ! Mais il n'y a personne.

Finot

Si fait!...

Julie

Comment ?

Finot

Il y a une oie... Je l'ai serrée, après déjeuner, avec ses deux ailes... et il n'y en a plus une ; il y a un pâté, j'en avais serré la moitié et il n'y en a plus rien ; personne de la maison n'a mangé depuis le déjeuner. Il faudrait donc que le pâté eût pris les ailes de l'oie pour s'envoler ! Ça ne me parait pas naturel.

Julie

Quoi ! L'on oserait ! Au risque de me déplaire... de me compromettre même...

Finot

Pour ce qui est de ça, citoyenne, impossible ! Une femme comme toi ne peut pas être compromise... Une républicaine pur sang, qui a rompu avec son modéré de mari, sa modérée de famille et ses petits modérés d'enfants... qui vous a campé tout ça à la porte, par amour pour la chose publique, et qui va épouser, à ce qu'on dit, le citoyen Rosette, le commissaire du gouvernement, un bon, un pur, un vrai celui-là...

Julie

Mais enfin, qui soupçonnes-tu ?...

Finot

Je soupçonne Échalotte.

Julie

Rosalie ?

Finot

Ci-devant : Rosalie, aujourd'hui Échalotte, mais ne crains rien, je la suis de l'oeil.

Julie

Et qu'as-tu donc découvert encore? parle, parle vite...

Finot

Voilà... Cette nuit, j'ai entendu du bruit dans le corridor là-haut, des pas qui marchaient... Bon. Je me suis levé, j'ai allumé ma chandelle, je suis allé visiter le corridor, et au coin, comme je tournais le tournant, j'ai senti un petit souffle qui a éteint ma chandelle, et un grand soufflet qui a enflé ma joue.

Julie

Quoi ! Il serait possible qu'ici... dans ma maison... un émigré, un girondin, un ennemi de la patrie... eût trouvé asile !... Et tu crois que Rosalie serait capable...

Finot

Dam' citoyenne... Elle cuisine bien, Rosa... c'est-à-dire Échalotte, mais ça n'est pas une patriote comme toi et moi.

Julie

Et tu n'as rien dit de tout cela ?

Finot

Je n'ai pas voulu leur donner l'éveil.

Julie

Tu as raison. Mais continue d'être attentif, de tout observer, et si tu découvres encore quelque chose, aie soin de m'en informer.

Finot

Oui, citoyenne de Langeais.

Julie

Pourquoi me donnes-tu ce nom ? Monsieur de Langeais n'est plus mon mari.

Finot

On connaît ta noble haine contre lui... Un monstre d'infamie et d'indignité ! Un entêté qui n'a jamais voulu condamner personne ! Dans ce temps-ci, qu'on ne fait que ça ! Que c'est l'usage pour tous !... Eh bien, non, lui, il n'a pas voulu !... Faut-il être entêté ! Ah ! Citoyenne, tu as dû bien souffrir avec cet homme-là !

Julie

Oui, j'ai bien souffert.

Finot

Eh bien, sa fille est têtue comme lui.

Julie

Sa fille... je vous ai défendu à tous de jamais lui parler... Comment se fait-il ?...

Il pleure et lève les yeux au ciel.

Finot

Oh ! Je ne lui ai point parlé... C'est elle... hier, qui m'a aperçu dans ia rue, elle a couru après moi : Maman, disait- elle, maman n'a pas demandé à me voir ? - Au contraire, petite citoyenne, que j'ai répondu, elle a demandé à ne pas te voir ; elle a dit : j'ai chassé le loup... Voilà des paroles civiques !... J'ai chassé le loup, qu'on ne me rende pas les louveteaux ! - Mais pourquoi maman déteste-t-elle papa, qu'elle aimait bien, et nous, qu'elle aimait tant ?... Et elle s'est mise à pleurer ; ses grands yeux étaient fixés comme ça sur moi, tout pleins de larmes, elle avait une figure si douce, si douce... Elle était bien jolie en pleurant, sauf votre respect... Elle te ressemblait, citoyenne...

Julie

Non, non... Ne m'en parle pas... Ne m'en parle pas.

Finot

Ça lui fait peut-être de la peine ! Ça doit être bien triste, pour une bonne mère, de ne plus aimer ses enfants !

Julie

Mais enfin... Tu lui as fait comprendre...

Finot

Oh ! Parfaitement... C'est-à-dire, j'ai essayé, mais elle n'a pas compris du tout. - Qu'est-ce qui empêche maman de nous aimer ? disait-elle. - C'est son civisme, que j'ai dit. Son civisme, qu'est-ce que c'est que ça, qu'elle a fait ? - C'est le contraire de la nature, quoi. - Et là-dessus, je lui ai dit des choses plus à la portée de son âge ; on aimait niaisement ses parents pour obéira la nature, on les sacrifie par amour pour la chose publique, comme le citoyen Brutus !... 11 fait mourir ses deux fils sur la place du marché, civisme ! Un autre, encore plus Brutus que celui-là, poignarde son père devant la statue d'un pompier, civisme ! Bref, on immole tout à ia patrie, à la nature, toujours par civisme... La nation a remplacé la nature. Faut être juste, aussi, elle avait fait son temps la nature.

Julie

C'est trop m'occuper de cette enfant, pourquoi m'en parles-tu ?

Finot

Par honnêteté... Elle m'a corrompu... Elle m'a donné toutes ses cerises pour ça...

Julie

Elle qui est si gourmande !...

Finot

Et elle m'a quitté en me laissant la lettre.

Julie

Quelle lettre ?

Il la prend et la donne à Julie.

Finot

La lettre que j'ai mise là hier au soir et que la petite devait t'apporter ici... Tiens ! Elle y est encore !...

Lisant.

Julie

De ma belle-mère... encore... toujours... Elle sait bien, pourtant, que je n'ai plus rien de commun avec elle. Une entrevue avec moi... jamais... la voir, elle... et tous ces gens odieux qui me rappellent celui dont je maudis le souvenir.

Finot

Femme sublime ! Spartacus, va !...

Julie

Ah !... Il y [a] un post-scriptum de ma cousine... de mademoiselle Hilarine... On veut arrêter ma belle-mère !... que j'emploie mon triste crédit !... que ne me demande-t-on de l'employer aussi pour lui !... pour Monsieur de Langeais qui est en fuite !

Finot

Ah ! Pour lui, ça serait trop fort... pour ton mari... ça passerait les bornes... Ça les passerait, les bornes.

Julie

Va trouver Madame de Langeais, dis-lui que j'ai pitié de son âge... que je la traiterai comme si elle n'était pas la mère... d'un ennemi de la patrie... dis-lui que je consens à la recevoir, à employer mon triste crédit auprès de mes amis politiques.

Finot

C'est ça, on tâchera de faire quelque chose pour la vieille ; mais quant à celui que je soupçonne d'être caché dans la maison...

Julie

Celui là, livré sans pitié.

Il sort.

Finot

Je m'en charge !

Scène 2

Julie, De Langeais

Elle va ouvrir l'armoire et son double fond, après avoir ôté la clef de la porte du salon.

Julie

Le dénoncer ! Le livrer ! Lui ! lui !... Viens, viens vite, mon pauvre prisonnier !...

Il s'assied.

De Langeais

Ah ! Ouf !... Oh ! Là ! là !... Enfin !...

Julie

Comment es-tu, dans ta nouvelle cache ?

De Langeais

Mal ! Mais c'est une autre manière d'être mal qui me repose. Dans l'ancienne cache du grenier, je ne pouvais pas me lever, dans celle-ci je ne peux pas m'asseoir... Ça me détend. Être debout pendant douze heures... pour quelqu'un qui est resté six mois accroupi sous une mansarde, ce n'est pas mauvais... Mais il me semble que je grandis... Regarde donc quelle belle taille j'ai !...

Julie

Nous avons déménagé si vite... Ce matin, que je n'ai pas eu le temps de meubler ta nouvelle retraite... Le vilain Finot qui court la nuit... s'il t'avait vu !...

À part.

Geste de soufflet.

Haut.

De Langeais

J'ai soufflé sa chandelle si vite, qu'il n'a pu rien voir... Si elle savait... Quelle folie aussi !... Mais j'étais si furieux contre cet imbécile qui m'empêchait de descendre ! Il peut chercher dans le grenier, il ne trouvera rien, rassure-toi.

Haut, montrant l'armoire.

Julie

S'il savait les soupçons de Finot il s'en voudrait... Là, nous serons mieux, je pourrai venir te voir plus souvent.

De Langeais

Et je ne serai pas obligé d'errer la nuit dans les corridors pour venir ici.

Julie

Je vais bien t'établir et te donner de quoi t'asseoir.

De Langeais

Une chaise ! Il n'y a pas la place...

Julie

Non, une bûche.

De Langeais

Une bûche ? Comme c'est douillet !

Julie

Oh ! Mais une jolie bûche ouatée.

De Langeais

Une bûche ouatée... Prenez garde, ceci est voluptueux, Madame !

Julie

Avec un bon coussin pour t'appuyer... Je vais la chercher.

De Langeais

Pas encore... Tu me la donneras plus tard, cette jolie bûche... Dis-moi des nouvelles... Je m'ennuie beaucoup là dedans... Je n'y ai rencontré personne... Non, je n'y ai rien appris... Dis-moi ce qui se passe.

Julie

Il rit toujours... qu'il est heureux ! Plus je tremble, plus il s'amuse !...

De Langeais

Eh ! Ma pauvre femme!... Si j'étais sombre, que deviendrais-tu ?... Crois-moi, laisse-moi rire !

Julie

Tu me fais peur !...

De Langeais

Ah ! Tu ne peux pas comprendre ça, toi ; mais vois-tu, quand on est resté quatre à cinq heures comme ça, en cariatide, sous un toit, ou comme ça, en zéphyr dans un tuyau de cheminée... ou comme ça, en dieu de l'Inde, dans un tonneau... et qu'on est tout à coup libre de ses pieds et de ses mains, on éprouve une joie folle, invincible, qui vous donne tout de suite un esprit léger... C'est-à-dire que même si on venait me chercher pour me conduire à l'échafaud, je serais si content d'aller un peu sur la place prendre l'air, que ce ne serait que par réflexion que je parviendrais à m'attrister.

Elle lui prend la tête et L*embrasse.

Julie

Ris, plaisante, mais jamais sur ce sujet-là.

Il la quitte.

De Langeais

Oh ! Ma chère petite femme ! Non, non, il faut être sage dans la journée, c'est convenu... Voyons, qu'est-ce qu'il y a de nouveau ?

Julie

Beaucoup de choses, je vais toutes les dire vite, avant qu'on ne nous dérange, nous en causerons après si nous en avons le temps... Ta mère m'a fait demander à me voir.

De Langeais

Pauvre vieille mère ! ils ne la tourmentent pas à cause de moi ?...

vivement.

Julie

Non. Je vais chercher ton siège.

De Langeais

Pauvre femme ! Que d'inquiétudes, de tourments !...

Julie

Voilà. Ça, c'est un petit oreiller à Jeanne.

De Langeais

Chère enfant !... Tu n'as pas de ses nouvelles?

Julie

Si, mais...

De Langeais

Dis-moi donc vite...

Julie

Tu vas encore te tourmenter...

De Langeais

Elle est malade ?

Julie

Non ; mais à son nom, tu deviens si furieux...

De Langeais

Oh ! C'est vrai, l'idée de ne pouvoir l'embrasser me rend fou. Être depuis dix-huit mois dans la même ville que mes enfants, me dire qu'ils passent tous les matins sous mes fenêtres... qu'ils pensent à moi... qu'ils m'aiment... et que je n'ose même pas me mettre à la fenêtre pour les regarder passer... que je ne puis les appeler, les admirer... les couvrir de baisers !... Oh ! Cela me fait bouillir le sang dans les veines !... Oh!... Les tenir là... Embrasser les bonnes joues de ma petite Jeanne !... Oh ! Je te l'avoue, il y a des moments où j'ai envie de quitter tout, de me dénoncer, de me livrer, pour aller la manger de caresses !... Oh ! L'embrasser ! L'embrasser !... Sais- tu, Julie, quand nous la reverrons... Il faudra me surveiller... en l'embrassant je l'étoufferais !...

Julie

Calme-toi... Je te le disais bien que tu deviendrais enragé si je te parlais d'elle.

De Langeais

Eh bien ! Qu'as-tu appris de cette chère créature ? Me voilà tranquille.

Julie

Elle est belle comme un ange... Elle est très grandie... Elle a bonne mine... Malgré son chagrin.

De Langeais

Crois-tu qu'elle me reconnaîtrait avec mes grandes moustaches ?... Ça me change tellement que...

Julie

Ah ! Tu as beau te déguiser... C'est comme moi... quand je je dis que je ne l'aime plus.

De Langeais

Pauvre enfant! ça doit lui sembler drôle d'être détestée.

Julie

Par moi !... Aussi elle ne s'y accoutume pas... Elle s'est mise en colère quand Finot lui a parlé de mon civisme.

De Langeais

Pauvre petit chou! elle ne doit pas aimer le civisme.

Julie

Non, et elle a corrompu Finot pour avoir de mes nouvelles... On lui avait dit que j'étais malade...

De Langeais

Corrompu ?... Comment cela?

Julie

Elle lui a donné toutes ses cerises.

De Langeais

Cher amour ! Elle qui est si gourmande!

Julie

C'est ce que j'ai dit tout de suite.

De Langeais

Ma pauvre femme ! Quel supplice tu t'imposes pour moi... Tiens, c'est trop long, va voir tes enfants et laisse-moi mourir !... Qu'est-ce que je suis ?... Un poltron qui se cache quand tous ses amis sont morts... Je ne fais rien... Je passe de la cave au grenier, d'un trou dans une niche, comme un voleur ; je ne peux pas travailler... pas agir... Je n'ose pas même respirer... À quoi bon me sauver ? Pourquoi faire ? Pour défendre quoi ? Les victimes ne sentent même pas le besoin d'être défendues.

Julie

Il se croit à la tribune.

De Langeais

Comment ! Moi, qui suis dans la force de l'âge, qui ai du talent, de l'autorité, qui défends la plus sainte des causes : le règne de la conscience ; moi qui aime mon pays, comme un coeur breton aime tout ce qu'il aime... sans arrière-pensée et sans partage... parce que c'est mon instinct et parce que c'est mon devoir... Moi qui n'ai pas une heure de ma vie à me reprocher... moi qui n'ai pas eu peur du pistolet de Legendre appliqué sur ma poitrine... J'ai peur du bruit comme un coupable!... Je n'ose pas me montrer dans cette ville de Rennes où je suis né, où ma famille est honorée depuis cent ans... où moi-même j'ai l'estime de tout ce qui est droit et honnête ; je n'ose pas aller chez ma mère pour embrasser mes enfants, et cela, parce qu'une poignée de lâches, poussés par une centaine de fous, un beau matin se sont dit : « Cet homme nous gêne, il faut qu'il meure ! »

Julie

Prends garde, on peut t'entendre, tu me fais frémir !

On frappe à la porte de la rue.

De Langeais

Qu'ils m'entendent, tant mieux! je suis las d'avoir peur !...

Julie

Ah ! Mon Dieu !... On frappe à la porte... C'est lui... C'est le citoyen Rosette... Cache-toi !...

De Langeais

J'en ai assez de tes caches !

Julie

Mon ami !

De Langeais

Je n'Y tiens plus, j'ai besoin d'avoir du courage à tout prix... J'ai assez tremblé comme ça... Courbé la tête sous le joug, j'aime mieux la relever sous le couteau.

Julie

Un moment.

De Langeais

Je ne veux plus me cacher, entends-tu... Cela m'ennuie d'être lâché, à la fin !... Ouvre la porte.

Elle va ouvrir la porte.

Julie

Et moi aussi, cela me fatigue de jouer un rôle odieux !.... Oui, tu as raison... Moi aussi cela m'ennuie d'être lâche... Mieux vaut mourir avec courage... Mourons ensemble !...

De Langeais

Femme !... Femme!... Tu sais bien ce qui me fait faiblir !... Toi, non, tu ne dois pas mourir... même avec courage... J'aurai la force d'être lâche encore pour te sauver !...

Il rentre dans sa cache.

Julie

Merci !... Je vais donner le signal à Rosalie.

Scène 3

Julie, Finot, Rosette

Julie

Ah ! Quelle angoisse je me sens... Cette tâche est si rude... mais patience !... Il peut monter ici... Rosalie a compris... Tâchons d'être un peu calme... Voilà le moment le plus odieux de cette vie de mensonge... Plaire à nos bourreaux et ne pas trop leur plaire... Cajoler ces tigres, écouter gracieusement de niaises horreurs... Oh ! Mon pauvre proscrit comme il faut que je t'aime !

Finoi son.

Finot

Le citoyen Rosette.

Julie

Donne de la limonade.

Rosette

Salut, belle dame, belle citoyenne, me permets-tu de te dire un petit bonjour avant l'heure ?... Je ne suis pas dans mon droit, mais je viens de notre fastidieuse séance, et je n'ai pas eu le stoïcisme de passer devant cette porte sans essayer de vous présenter mes hommages.

Julie

J'avais deviné cela, citoyen, et je vous ai fait préparer de cette fraîche limonade que vous aimez.

Finot apporte à boire. - Rosette boit ardemment.

Rosette

L'aimable attention ! Mais ce qui me touche, c'est que vous m'ayez deviné... Deviner une faiblesse, c'est la comprendre et la pardonner.

Il sort.

Finot

Il avait soif le gouvernement !... Un gouvernement qui veut être fort et qui bût de la limonade !

Rosette

Quelle chaleur ! Mais aussi quel beau temps ! Ah ! Cette nuit la lune était admirable... J'ai été obligé de courir le pays ça et là pour surveiller... de loin quelques visites domiciliaires, et tout en accomplissant ce rigoureux devoir, j'admirais l'azur de cette voûte sombre et je me disais que je comprenais bien, oh ! Mais très bien le culte des amants pour Phébé, la chaste déesse de la nuit... Je me disais encore bien d'autres choses que je n'oserais...

Julie

En revenant, vous avez dû passer sous mes fenêtres.

Gentiment.

Rosette

Vous n'y étiez pas... Oh ! Je me trahis !... Eh ! Bien, pourquoi ne l'avouerais-je pas ?... Oui, j'ai passé et repassé sous cette fenêtre et je suis resté là une grande heure à guetter... Je guettais... J'espérais que la beauté delà nuit vous attirerait à cette fenêtre... Je me disais...

Julie

Prenez garde... Vous n'osiez pas dire !...

Rosette

Méchante !... Laissez-moi oser... Je médisais, elle ne dort pas... Non, elle ne dort pas... Il fait trop chaud... Que fait- elle ?... Pourquoi ne vient-elle pas respirer l'air frais... Contempler les splendeurs nocturnes ?... Si elle savait que je suis là.... Peut-être... que... Ah ! La nuit, il est permis de rêver... Peut-être quelle pense à moi... Puis mes hommes sont venus m'arracher à mes rêveries.

Julie

Les gendarmes ?

Rosette

Ils n'avaient rien trouvé... Perquisition inutile... Oh ! La folle idée !... J'avais envie de leur faire faire une visite domiciliaire chez vous pour vous arracher à votre sommeil si cruel... Que dites-vous du stratagème ?... Tous les moyens sont bons pour parvenir à apercevoir un moment la reine de son coeur !

Julie

Reine !... Aristocrate !..

Rosette

Pardon ! le vilain mot, je ne le ferai plus.

Haut, riant.

Julie

11 me fait frémir! J'aurais très mal pris cette galanterie, citoyen... Comme c'est chevaleresque, une perquisition ! Une déclaration d'amour assistée de deux gendarmes !

Rosette

Rassure-toi, je ne veux pas t'importuner de ces choses-là... Et cependant, je serai forcé, pour la forme bien entendu, de faire une petite perquisition chez toi.

Julie

Chez moi... Une perquisition chez moi...

Rosette

11 le faut pour faire taire la calomnie.

Julie

Quelle calomnie?

Rosette

Eh bien, imagine-toi qu'il n'y a pas de jour où nous ne recevions quelque lettre qui nous dise : Il y a un homme caché chez la citoyenne de Langeais... On a vu une ombre à la fenêtre... On a entendu marcher... on a... tous les jours...

Julie

Ainsi, on me soupçonne, on ose écrire de pareilles niaiseries !... Mais qui ça ?...

Rosette

Oh ! Quelque femme jalouse... Je viens tous les jours ici; celte préférence que je ne cache point fait des envieuses, mais nous les ferons taire en ouvrant tous les battants de ta maison et en disant à tes ennemis : Entrez et cherchez.

Julie

Mon Dieu !

Rosette

Il faudra bien que les pauvres délaissées se résignent... Oh ! J'ai hâte de les confondre!... si je les écoutais, je te ferais espionner nuit et jour... elles sont toutes furieuses.

Julie

Toutes ? Il y en a donc beaucoup ?...

Rosette

Oui, mais pas une qui te puisse donner de l'ombrage, j'en atteste l'Être suprême, restauré si heureusement par mon bienfaiteur... Non... Seulement on veut me persuader que tu le moques de moi.

Julie

Ah ! Cela est infâme !

Rosette

Sois tranquille, je n'en crois rien... Et il faudra bien que leurs calomnies se taisent devant des preuves.

Julie

Quelles preuves ?

Rosette

Les petites perquisitions.

Julie

Mais pour une citoyenne comme moi, c'est une humiliation, une honte... N'est-il aucun moyen de m'y soustraire ?

Rosette

Ah ! Si j'étais ici chez moi on n'y ferait pas de perquisition... ce n'est pas la citoyenne Rosette que l'on soupçonnerait... Mais j'attends toujours cet acte de divorce que l'on me promet depuis trois mois et que l'on devait me donner tout fait, tout copié il y a trois jours.

Julie

Eh bien !... Tu l'auras... Il est fait, il est copié.

Rosette

Oh ! Donne-le vite, ma chère âme !

Julie

Ingrat !

Rosette

Ce cher petit divorce ! Que j'ai hâte de le posséder... Oh ! Donne-le.

Julie

Non, je ne veux plus vous le donner... Vous ne le méritez pas.

Rosette

Veux-tu donc rester l'épouse de ce gredin ?

Julie

Non, certes, je divorcerai... L'acte est sérieusement rédigé... Il me servira à rompre une odieuse chaîne... Mais ce n'est pas vous que je chargerai de le remettre au tribunal.

Il se dirige vers l'armoire qu'il ouvre, et voit le pâté, les gâteaux, etc.

Rosette

Allons, coquette, donne-le... Quel autre que moi peut le faire promulguer et homologuer ? Où est-il ?... Dans ce secrétaire ? Dans cette armoire ? Je fouille partout, moi, je le veux ! Oh ! C'est le repas de noces qui est là-dedans ? Nous lui dirons deux mots, j'espère.

Julie

Je ne l'ai pas là... Je l'ai laissé dans ma chambre... J'ai encore une petite page à copier.

Rosette

Tu le griffonnes donc toi-même?

Julie

Oui, j'ai un modèle... C'est un acte de séparation que l'infâme de Langeais a rédigé il y a trois ans pour une de ses clientes... Le procureur n'y a rajusté que quelques lignes, tant c'était clair et bien fait.

Il rit.

Rosette

Ainsi, c'est ton ci-devant mari lui-même qui aura donné le modèle de son acte de divorce ? Ah ! Parfait, c'est à mettre en comédie !... C'est délirant ! Je commence à l'aimer ce pauvre de Langeais, puisque je lui dois mon bonheur ! Ah ! Ah ! Avoue que c'est drôle !

Julie

Je suis forcée d'en convenir.

Rosette

Mais je m'oublie... Au revoir... Au revoir... Je vais recevoir mon courrier... Je suis inquiet, Paris se dérange.

Julie

Craindrais-tu pour ton bienfaiteur ?

Rosette

Non, grâce au ciel, son influence est toute-puissante... Les reptiles ne pourraient atteindre l'aigle... Pourtant, une sédition sourde travaille les esprits... Mais le bon sens des Parisiens fera justice de préventions passagères... Je me hâte... Deux petites arrestations peu importantes, et je reviens près de toi oublier tout.

Julie

Heureuse de consoler de tels ennuis... À trois heures.

Rosette

Si je venais un peu plus tard, il faudrait m'excuser, c'est qu'on aurait fait résistance, j'aurais à aviser. Au revoir.

Il sort.

Julie

Au revoir.

Scène 4

Julie

Elle prend la clef dans un tiroir.

Julie

Ah ! J'étouffais. Quelle prudence !... Il a deviné à moitié... L'acte de divorce, c'est le plus pressé... Cet acte seul peut le rassurer et faire taire les bruits qui le poursuivent et qui finiraient par l'éclairer... Mais il faut qu'Henri parte au plus vite... J'aurai ce soir la réponse du capitaine Gérard... Ce Rosette... Il le tuerait... S'il savait...

Scène 5

Julie, De Langeais

Julie va fermer la porte à clef. Elle ouvre l'armoire, de Langeais est à genoux sur la bûche.

Julie

Dix minutes de liberté, pas plus : que fais-tu là à genoux ? Pourquoi cette humilité?

De Langeais

Pour demander pardon de mes emportements... J'ai eu de la peine à me retourner... Eh bien ! Le prétendu ?

Julie

11 demande le divorce à grands cris.

De Langeais

Déjà ! Comment vous en êtes là... au second divorce ?

Julie

Non, monsieur, ce n'est encore que le premier, le nôtre... Il va venir chercher l'acte qui n'est pas prêt.

De Langeais

Ce n'est pas ma faute, moi, j'y ai travaillé jusqu'à une heure du malin... Il fallait le copier.

Julie

Je l'ai copié, mais il y manque une page.

De Langeais

La page des griefs ? je l'ai laissée en blanc... Je ne pouvais pas passer toute la nuit à chercher mes défauts et vos griefs, madame.

Julie

Tiens, sois gentil... Écris tout de suite, que je lui donne aujourd'hui...

De Langeais

Quel empressement ! Ce doit être un homme bien aimable que mon remplaçant... Et moi qui ne connais pas le prétendu de ma femme !

Elle cherche.

Julie

Voyons, vite, les griefs...

De Langeais

Comme c'est rédigé, ça ! C'est un chef d oeuvre, c'est dommage...

Julie

Que ce ne soit pas sérieux et que ce soit inutile.

De Langeais

Oh ! Ce n'est pas inutile, prends-y garde, nous ne serons plus mariés, nous ne pourrons plus rien... Par exemple, nous ne pourrons plus avoir d'enfants... légitimes.

Julie

Ah ! Mon Dieu, il ne faut pas plaisanter avec le divorce... Je lui donnerai l'acte pour gagner du temps et pour que tu puisses partir... mais le signer ?... Jamais !

De Langeais

Enfin, madame, quels sont les griefs que vous désirez avoir contre moi ?

Julie

J'ai cherché, je n'ai rien trouvé, je ne sais pas les bons... ceux que les tribunaux préfèrent... C'est important... ça... cherchons... Tu écriras sur ce papier et je copierai sur l'acte.

Elle prend l'assiette de gâteaux dans l'armoire.

De Langeais

À l'ouvrage... As-tu quelque chose à me donner à manger ?... Qui est-ce qui a ouvert l'armoire tout à l heure ?

Julie

C'est Rosette... Travaille... Tu n'entends donc rien là dedans ?

De Langeais

Non pas quand l'armoire est fermée... Il l'a ouverte, et j'ai entendu le mot « noces. »

Julie

Oui, dépêche-toi.

De Langeais

C'est drôle, l'amant dans la chambre et le mari caché dans l'armoire... C'est nouveau.

Julie

Les griefs ! Les griefs, vite 1

Il l'embrasse. Elle s'assied très près de lui.

De Langeais

Ce n'est pas agréable... Alors, embrasse-moi pour m'encourager à chercher des méchancetés contre moi. Voyons, tu as bien quelque reproche à me faire depuis sept ans que...

Julie

Non... Cherchons, c'est sérieux... « désaccord dans nos sentiments politiques. »

De Langeais

Oui, j'ai trahi mon mandat ; ça ne vaut rien... Ce n'est pas un grief de femme.

Julie

Tu me laissais manquer de tout !

De Langeais

Tiens ! C'est la mode... Tout le monde manque de tout ; cela ne peut plus être un grief dans ce temps-ci. Autre grief, vite !

Julie

Tu me sacrifiais, tu me traitais avec mépris... Tu me délaissais pour d'indignes maîtresses.

De Langeais

Épouse délaissée !... Et nos petits mioches, comment les expliqueras-tu ?

Julie

C'est juste, il y aurait contradiction... Ah ! Comme c'est difficile !

De Langeais

Je le crois bien, madame, ce n'est pas facile de me trouver des imperfections.

Julie

Écrivez... Vous n'êtes pas raisonnable... C'est un enfantillage impardonnable... Il faut absolument finir cet acte aujourd'hui.

De Langeais

Ne te fâche pas, ma petite Julie.

Il insiste.

Julie

Non, plus tard, vous ne pensez qu'à me tourmenter. Vous êtes sans pitié.

De Langeais

Ah ! Mais, est-ce que nous allons divorcer tout de bon ?... Allons, calmez ce courroux.

Julie

Non, je ne peux pas être calme... Ces plaisanteries continuelles m'irritent... Je ne peux pas rire, moi, je sais bien le danger, et c'est quand j'ai besoin de toute ma raison que vous me la faites perdre par toutes vos taquineries absurdes.

De Langeais

Je ne plaisante pas ; je veux t'embrasser.

Julie

C'est cela qui m'agace !

De Langeais

Eh bien ! La paix, la paix, j'ai tort...

Ils se regardent tous les deux et se mettent à rire d'inspiration.

Julie

Non, laissez-moi ; je n'ai plus de patience, laissez-moi ! J'ai trouvé !... Les mauvais traitements!... C'est, cela, tu me battais !...

Il écrit. Elle le regarde tendrement et se met à genoux.

De Langeais

Et voilà le grief qu'elle trouve contre moi... les coups... qu'elle m'a donnés... Oh ! C'est charmant !... Que de procès, de demandes en séparation ont été plaidés dans ce sens-là !... Va pour les mauvais traitements... J'ai des phrases toutes faites pour les sévices, etc., etc. Tiens ! À genoux !...

Julie

À mon tour, je te demande pardon de m'être fâchée ; mais j'ai si affreusement mal aux nerfs !...

De Langeais

Je te pardonne, tu n'as pas trouvé de griefs... Oh ! Oui, tu dois avoir mal aux nerfs...

Julie

Ces émotions si violentes me brisent !... Quelle affreuse vie nous menons depuis dix-huit mois!...

De Langeais

Elle a de bons moments, cette vie-là... Elle a même de très bons moments... Nous nous aimons bien, avec cela on supporte tout...

Julie

Nous nous aimons trop, cela me fait peur.

À part.

De Langeais

C'est vrai ; mais c'est parce que nous avons peur que nous nous aimons trop... Le danger me pare et ton dévouement te rend plus belle encore... Pauvre petite femme, elle a raison, je l'aime trop ; mais aussi, chaque fois que je l'embrasse, je me dis toujours : c'est peut-être la dernière fois, et cela exalte.

Elle prend la tête de sou mari et l'embrasse avec passion.

Julie

Il a raison, le danger double l'amour... Oh ! Chaque fois que je liens cette pauvre tète menacée, je me dis... et c est affreux !... Mais je la défendrai.

De Langeais

Tu pleures... À quoi penses-tu donc?

Ils s'embrassent. On entend frapper.

Julie

Je pense que je t'aime... Oh ! Comme je t'aime!... Vite! vite ! Le divorce 1

De Langeais

Il est prêt.

Julie

Tu es bien gentil... Cache-toi!

De Langeais

Épouse fidèle, ouvre à ton amant... Défenseur de la liberté, rentre dans ton armoire.

Scène 6

Finot, Julie

Finot

Citoyenne, c'est ta ci-devant belle-mère... La mère à l'ancien...

Julie

Qu'elle vienne.

Finot

Et les autres ?... La cousine Hilarine et les deux petits parents éloignés.

Julie

Qu'ils viennent tous ! je vais les recevoir !

Finot

Ça va être drôle... Citoyenne, je voudrais être là pour voir comment tu vas les traiter !

Il sort.

Julie

Tu peux rester. Oui, il faut qu'on me croie sans pitié pour cette chère et noble femme. On me soupçonne déjà... On est sur les traces d'Henri... Si je faiblis devant sa mère, il est perdu ! Il faut le sauver aujourd'hui ! Plus tard, je saurai bien sauver sa mère.

Finot

Entrez, citoyennes.

Scène 7

Julie, Hilarine, Madame de Langeais Mère, Finot

Julie

Salut, citoyenne de Langeais !... Citoyenne Hilarine, salut...

Hilarine

Enfin ! On daigne nous recevoir.

Madame de Langeais Mère

Ma visite vous étonnera, Madame, quand vous en connaîtrez le motif. Le bruit court que le commissaire du gouvernement doit me faire arrêter.

Julie

Arrêter!... Je ne puis rien à cela, citoyenne.

Madame de Langeais Mère

Vous ai-je implorée, Madame ?... J'irai en prison, à cela je suis résignée... Là, du moins, je me trouverai avec des amis..,, mais dans cette prévision, j'ai dû m'inquiéter du sort de vos enfants...

Julie

Mes enfants !

Madame de Langeais Mère

Je viens vous demander à quelle personne je devrai les confier, le jour où il me faudra les quitter.

Julie

Les enfants de de Langeais sont les tiens, citoyenne: je n'ai plus aucun droit sur eux.

Finot

Bien ! C'est civique !

Madame de Langeais Mère

Ainsi leur sort, même de loin, ne vous intéresse plus ?

Tournant les yeux vers l'armoire.

Julie

Non ! Non... non... Leur sort ne m'intéresse pas plus que celui de leur père !

Hilarine

Oh!

Madame de Langeais Mère

Je comprends que la haine... Quand je dis comprends... Je veux bien admettre que la haine d'un mari rende pénible à une épouse égarée l'aspect de ses enfants, l'image qu'ils retracent peut être une cause de répulsion, mais la haine ne dispense pas du devoir.

Julie

On a plusieurs devoirs quelquefois contraires, qui nous forcent à choisir entre eux.

Madame de Langeais Mère

Et quel devoir plus grand pour une femme que celui d'élever, d'aimer ses enfants !

Finot

Oh ! Voilà la nature qui revient sur l'eau.

Hilarine

Eh bien, Madame, nommez-les donc vos autres devoirs !

Julie

À quoi bon les glorifier ? Vous ne les comprendriez pas.

Hilarine

Pardonnez-moi, c'est le dévouement de la citoyenne pour le citoyen... On sait vos projets ! Vous sacrifiez votre premier mari, que vous n'avez jamais aimé, pour vous consacrer toute au second.

Julie

Tu vois bien que tu ne peux pas me comprendre, toi qui n'as encore su trouver ni le premier ni le second.

Hilarine

Hein ?...

Elle se lève et marche vers le fond.

Madame de Langeais Mère

Mesdames, respectez-vous, respectez-moi... J'ai dit ce que j'avais à dire... Adieu, madame, adieu... Puissent vos enfants trouver un coeur charitable qui nous remplace.

Julie

Madame !

Madame de Langeais Mère

Julie !

Julie

Adieu, citoyenne.

Hilarine

Quoi ! Vous la laissez partir ainsi ! Quoi ! Vous n'employez pas voire crédit pour empêcher qu'on emprisonne cette noble femme qui est votre belle-mère, Madame ! Non.

Madame de Langeais Mère

Une femme qui n'a pas pitié des têtes blondes de ses enfants, aura-t-elle pitié de ma tête blanchie par l'âge... Celle qui n'a pas d'entrailles peut-elle avoir du coeur ? Venez, vous n'obtiendrez rien d'elle.

Hilarine

Partons ; du moins, Madame, vous vous souviendrez que je ne me suis point abaissée jusqu'à vous implorer pour moi.

Julie

C'en est assez ! Sortez ! Et bénissez le dédain généreux qui vous épargne.

Finot

Elle est sublime !

Elle sort suivie d'Hilarine.

Madame de Langeais Mère

Adieu ! Julie, je ne comprends plus votre conduite ! Je vous plains comme une pauvre malade qui a la fièvre... Adieu, je prierai pour vous, et si je meurs en prison, n'ayez point de remords... avant de mourir, je vous aurai pardonné... Venez, venez, Hilarine.

Elle se met à genoux, on entend marcher, elle se lève.

Elle sort.

Julie

Quelle épreuve !... Je n'ai plus de force, je suis brisée... Mon Dieu! vous seul pouvez m'empêcher de succomber... Je me sens faiblir... la prière... la prière seule !... Des pas ici !... Dieu lui-même est suspect !... Si l'on me voyait prier on se déferait de moi... On vient... Dans quel temps sommes-nous donc qu'il faut se cacher même pour prier Dieu !

Scène 8

Finot, Rosette

Il ouvre l'armoire et mesure le fond avec une ficelle.

Finot

Citoyenne !... On vient de les arrêter à ta porte !... Tiens !... Elle n'est plus là... Les vilaines gens, comme ils l'ont insultée !... Quatre gendarmes !... Ça me fait toujours de l'effet un gendarme... Et quatre donc !... Mais vite !... Étudions l'armoire, la profondeur du mur, je disais bien... à double fond... Ah ! La maligne d' Échalotte... Elle croit attraper Finot !...

Rosette

Qu'est-ce que tu fais donc là, Finot ?

Finot

Oh !

Rosette

Qu'est-ce que tu fais dans cette armoire ?

Finot

Je fais de la politique, citoyen, je crois, il y a un suspect là dedans, ou dans le...

Il fait un geste qui veut dire : la guillotine.

Rosette

Diable !... Cela s'accorde avec l'avis que je reçois... Voyons donc, dis-moi tout ce que tu sais... Un bon avis se paye cent livres, le silence se paye...

Finot

Je suis naturellement bavard ; je n'ai pas besoin d'être payé pour ça... Je ne sais rien, sans quoi j'aurais déjà dit... Je connais mes devoirs envers l'État... Je crois qu'il y a un homme, un n'importe quoi, caché dans la maison.

Rosette

Où cela ?

Ouvrant l'armoire.

Montrant la largeur de la ficelle.

Finot

Je ne peux pas bien vous le dire, parce qu'il se divise... Il est moitié au grenier, moitié ici... mais pour sûr il y a quelque chose... J'ai mesuré l'armoire... Elle n'a aucun rapport avec le mur... Voilà le mur et voilà l'armoire... Il y a une cache derrière.

Rosette

C'est évident. Je vais rappeler deux de mes hommes, je les mettrai en sentinelle à la porte de la maison. Les deux autres suffiront pour conduire les prisonniers ; toi, reste ici, enferme-toi afin que personne ne sorte de ce salon ; tout à l'heure tu iras chercher un serrurier.

Finot

Oui, citoyen.

Il soupire.

Il sort.

Rosette

Toujours des perquisitions, des rigueurs, et chez celle que j'aime !... Ah !... C'est désagréable !

Regardant par la fenêtre.

Ouvrant et appelant.

Il referme la fenêtre, va à la porte de gauche par laquelle il disparaît, et on l'entend crier :

Finot

Je ne m'étais pas trompé, nous tenons un suspect. Mais il nous faut notre voisin le serrurier. Diable ! Il va sortir !... Hé ! Bélisaire !... Monte ici bien vite... par le petit escalier. De ce côté... Je t'attends.

Scène 9

De Langeais, Finot

Il se roule dans les rideaux de la fenêtre.

De Langeais

Découvert !... Perdu !... Dieu m'est témoin que ce n'est pas pour moi, mais pour elle, pour elle seule que je tremble... Impossible de sortir... Cet homme... Où me cacher... Là !... Ah !... Et ma bûche... Et mon coussin.

Finot

Allons !... Montez donc, Bélisaire.

De Langeais

Ma pauvre... Pauvre femme !... Comment la prévenir ?

Scène 10

Rosette, Finot, Un Serrurier, Un Commissaire

Rosette

Heureusement, ils n'étaient pas loin. Ah ! Le serrurier.

Finot

Oui, il allait sortir.

Rosette

Il s'agit de trouver le secret d'une cache nouvelle... Allons, malin !

Un Serrurier

Ça me connaît... Une planchette tournante...

Rosette

11 doit y avoir un gond, sur lequel la fausse armoire...

Un Commissaire

Il faudrait débarrasser l'armoire d'abord.

Il ôte des bouteilles, des pots de confitures, etc.

Finot

Tout ça vous gêne, attendez...

Un Serrurier

Ah ! C'est cela... Non... Ce doit être ici...

Scène 11

Julie, Rosette, Un Serrurier, Un Commissaire, Finot

Haut.

Julie

Oh ! Mon Dieu ! Je me meurs ! Eh bien !... Qu'est ce donc ?

Il lui donne un papier.

Rosette

Lis cet avertissement.

Haut.

Elle le lui donne.

Julie

Ils n'ont pas encore trouvé le secret ! De Langeais ? Quelle folie ! Comment on me soupçonne moi !... Moi, qui vous apportais cet acte de divorce !

Rosette

Ah ! Enfui !

Julie

Mais fais-les donc cesser ! On ne peut pas faire une perquisition chez ta femme !... chez toi... car enfin, c'est presque chez toi.

Au serrurier.

Rosette

Mais ce n'est pas toi qu'on soupçonne, c'est ta servante Rosalie. Maladroit !... Tu ne sais donc pas ton métier.

Un Serrurier

Dam !... C'est pas un nigaud qui a fait ça... Un moment, citoyen commissaire.

Rosette

Mais pourquoi me donner cela devant tout le monde ? Je n'ose pas être reconnaissant...

Un Commissaire

Mais, voilà un ressort !

Julie

Mon Dieu !

Finot

Comme la citoyenne est émue.

Julie pâle, mourante, s'appuie sur une chaise.

Un Serrurier

C'est cela !... Ah ! Maintenant, ça ne sera pas long.

Finot

Elle blanchit... Elle est comme une statue !... Ah ! Qu'ai-je fait ?

L'armoire s'ouvre tout à fait. Julie se précipite comme pour aller au secours de son mari.

Un Serrurier

Tiens ! Voilà la malice... Mais il n'y a personne.

Elle cherche des yeux autour d'elle, de Langeais apparaît dans le rideau ; mouvement de joie folle, vite réprimée.

Julie

Personne !...

Rosette

Tu connais cette cache ?

Julie

Non ; mais j'ai eu peur, vrai ; j'ai cru un moment qu'iL y avait quelqu'un... et l'indignation... Mais je ne suis pas rassurée... Il y a une autre cache... Oui, au grenier... N'est ce pas ?

Finot

Oui.

Elle entraîne Rosette et les autres.

Julie

Peut-être bien qu'il s'est sauvé là-haut... Venez, venez... Oh ! Maintenant je me défie de tout le monde... chez moi un suspect... chez moi !... Ce serait révoltant !... Finot, tu connais tous les coins du grenier... Viens!...

Scène 12

Finot

Il arrange les franges du rideau.

Finot

Oui, citoyenne... Non !... Je n'irai pas !... J'ai fait une méchanceté, je veux la réparer... Que diable !... Je ne suis pas un homme sanguinaire, au contraire, j'ai horreur du sang versé... du mien d'abord... mais aussi de celui des autres... Oh ! Je devine.... Madame est une fausse citoyenne !... Finot, tu as manqué de finesse... mais les femmes !... Oh ! Je ne peux pas lutter !... C'est le suspect du soufflet... Il était là-dedans... Il sera sorti pendant que j'appelais le serrurier... Il est ici... quelque part !... Citoyen suspect... ne crains rien... Finot ne voulait pas te perdre, il voulait seulement se sauver... Je dénonce... C'est pas par méchanceté... Maintenant, j'ai fait mon devoir, je suis quitte envers l'autorité... Ce n'est pas ma faute si le gouvernement n'a pas de nez... Je ne suis pas obligé d'avoir du nez pour lui... Ah !... Dans le rideau !... On voit tes pieds, citoyen !... Ne bouge plus, les voilà !... Je te pardonne ton soufflet de cette nuit, farceur de suspect, va !... Ne crains rien !...

Scène 13

Julie, Finot

Julie

Nous avons visité toute la maison, même ma chambre ; il reste à visiter la cave : Finot, donne vite les clefs.

Haut, très tendrement.

Il sort et ferme la porte d'un air d'intelligence.

Finot

Je comprends !... Oui, ma bonne citoyenne.

Il l'entraîne. Ils sortent en se tenant embrassée.

Julie

Viens... Par ici ils ont tout fouillé.

Scène 14

Finot, Un Commissaire, Jeanne

Finot

M'en voilà débarrassé... Cherchez, mes gaillards !... Ouf !... J'ai été troublé... Tiens, encore le commissaire, le même.

Un Commissaire

C'est bien ici que tu voulais venir, petite ?

Jeanne

Oui, Monsieur le commissaire.

Haut.

Finot

Sapristi !... La petite citoyenne... Si la mère la voit, elle va se trahir... Bernique !... Elle ne la verra pas... Que demandes-tu, citoyen commissaire ?

Un Commissaire

On a arrêté les ci-devant chez lesquels demeurait cette enfant, elle a demandé à être conduite ici, et j'ai trouvé au lias de l'escalier mes hommes qui me l'amenaient.

Finot

Ici ?

Jeanne

Mais oui, chez maman.

Finot

Vous n'avez pas de maman ici, petite intrigante.

Jeanne

Oui, on dit qu'elle ne m'aime plus, mais si je la voyais, Finot, je lui dirais que je l'aime tant, elle ne pourrait pas s'empêcher de...

Finot

De quoi faire ?

Jeanne

De m'embrasser...

Il sort.

Finot

Je le sais bien, et c'est pourquoi... Non !

Jeanne

Laisse-moi la voir un tout petit moment, Finot, oh ! La voir...

Finot

Ne me cajolez pas, jeune fille, c'est peine perdue...

Jeanne

Mon joli petit Finot, toi qui me mettais sur ta grosse jument... Tu te rappelles la Finaude...

Finot

C'était une belle bête !...

Jeanne

Toi qui me faisais des petits bateaux et des cocottes !...

Finot

Chut !... Quel souvenir !... Si le gouvernement savait que j'ai fait des cocottes à la fille de de Langeais...

Jeanne

Je t'en prie, je t'en prie, je t'en prie...

Il veut l'emmener.

Finot

Pas de gentillesses, Mademoiselle, on ne veut pas de toi ici... La gentillesse, c'est de t'en aller...

Il montre Julie qui rentre.

Un Commissaire

Un moment, c'est à la citoyenne qu'il appartient de décider.

Scène 15

Julie, Jeanne, Finot, Un Commissaire

Julie

Que me veut-on ?

Jeanne

Maman, maman... qu'il y a longtemps que je ne l'ai vue!... ,

Finot

Chut ! Citoyenne, c'est une petite intrigante qui se dit ta fille, et qui vient t'importuner sous prétexte que tu es sa mère.

Julie

Jeanne !

Bas à Julie.

Finot

Ça l'émeut !... Cachons que ça l'émeut !... Tâchez de la regarder en dessous.

Julie

Tu comprends donc ?

Finot

Je comprends tout... Allez, allez... Regardez-la ferme, et ne craignez rien... Elle ne verra pas que ça vous fait plaisir...

Julie

Comme elle est grandie et embellie... Oh ! On a coupé ses cheveux.

Un Commissaire

Eh bien ! Citoyenne, est-ce en effet ta fille ?

À part.

Haut.

Julie

Si c'est ma... Et lui... lui... Je n'ai plus de mari... Je n'ai plus de fille, citoyen...

Jeanne

Oh ! Maman!... Maman!... On me l'avait dit, mais je ne le croyais pas !

À part.

Julie

Emmène-la, citoyen, emmène-la... Ah ! Pourquoi l'a-t-on conduite ici ?

En s'en allant, elle jette à terre une chaise contre laquelle elle se cogne exprès la jambe.

Elle tombe par terre, Julie court vite vers elle pour la relever, elle se remet. Bas.

Jeanne

C'est impossible !... Impossible !... Oh ! Une bonne idée... Je sais me faire mal... Ah !... ah !... ah !... Là, là... La voilà !...

Elle relève la chaise. Haut.

Julie

La petite rusée !... C'est un piège!... La petite sotte !... J'ai cru qu'elle avait cassé la chaise.

Jeanne

Je devine !... C'est qu'il y a du monde... Je vais revenir.

Bas à Finot.

Jeanne sort avec Finot et le Commissaire, mais elle laisse sur la chaise son petit fichu.

Julie

Emmène-la, emmène-la donc, te dis-je... Emmène-la vite, je n'y tiens plus...

Scène 16

Julie, Jeanne

Elle couvre de baisers le fichu.

Julie

11 était temps... Je me sentais vaincue... Ah ! Comme elle est jolie !... Comme j'aurais voulu l'embrasser... Oh ! Son petit fichu !... Oh ! Cher trésor... va... je te garderai précieusement... Ma pauvre enfant !... Ma chère petite Jeanne!...

Jeanne

Ah !... Je savais bien, moi, que tu m'aimais.

Julie

Toujours, toujours... Je n'ai plus de courage !...

Jeanne

Maman !... Maman !... Je t'ai retrouvée !... Mais je serai bien sage, je cacherai à tout le monde que tu m'aimes, je ferai semblant d'avoir du chagrin... Quel bonheur !... Le bon Dieu m'a écoutée... Tous les soirs je le prie pour que tu recommences à nous aimer, maman !...

Scène 17

De Langeais, Jeanne, Julie

Il s'élance follement et enlève l'enfant dans ses bras.

De Langeais

Cette petite voix... Ah !... Ma fille !... Je n'y tiens plus !... Cela m'est égal, je serai guillotiné, mais je l'embrasserai !... Elle est trop gentille !...

Jeanne

Lui !... Lui !... Oh ! Que je suis contente !...

Julie

Tais-toi, ne nomme pas ton père... C'est pour le cacher que je fais semblant de te haïr... Oh ! Ma fille, si tu dis un seul mot, nous sommes tous perdus !...

Jeanne

N'ayez pas peur, je ferai comme Fanny de Clermont qui vient de sauver son père. Elle n'a qu'un an de plus que moi, et j'ai bien plus de courage qu'elle !...

Il l'embasse.

De Langeais

Chère amour !... Elle a déjà son petit courage.

Elle veut entraîner Jeanne vers la porte.

Julie

Je tremble !... Quitte la... On peut venir... quelqu'un monte l'escalier... Tu diras que je t'ai repoussée, chassée...

Jeanne

Oh ! À présent, je le dirai de bon coeur !...

Julie

Trop tard !... Tout est fini !

Scène 18

Rosette, Julie, De Langeais

Rosette

De Langeais !... Ici ! De Langeais !...

Julie

Malheureuse enfant !... Tu as laissé la porte du corridor ouverte. Eh bien !... Prenez vos victimes, Monsieur, vengez-vous, je vous ai trompé... j'ai feint de le haïr, lui, et de vous supporter, vous, pour le sauver !... Vengez-vous... du moins en mourant, je recouvrerai l'estime de tous ceux qui me méprisent à cause de votre bienveillance !...

Rosette

Son mari !

De Langeais

Je comprends vos ressentiments, monsieur ; faites votre devoir... Je suis prêt à vous suivre... Ordonnez que l'on me conduise à votre tribunal, c'est-à-dire l'échafaud...

Rosette

Je le voudrais, mais par malheur ce n'est plus en mon pouvoir...

De Langeais

Quoi !... Vous...

Rosette

Mon protecteur, mon bienfaiteur n'est plus...

De Langeais

Robespierre !...

Rosette

A péri victime...

De Langeais

Tallien ?...

Rosette

Ses ennemis triomphent ! Je reçois à l'instant cette affreuse nouvelle et l'ordre de faire élargir tous les prisonniers... La citoyenne ta mère est libre... La voici!...

Scène 19

Madame de Langeais Mère, Julie, De Langeais, Finot, Rosette

Elle embrasse de Langeais. A madame de Rangeais.

Madame de Langeais Mère

Mon fils !... Ma pauvre enfant !... Jamais, jamais je ne me pardonnerai.

Julie

De m'avoir maltraitée?... je vous pardonne...

Rumeurs en dehors, cris du peuple.

Madame de Langeais Mère

Ce n'est pas cela... Jamais je ne me pardonnerai de ne t'avoir pas devinée...

De Langeais

Qu'est-ce donc ? Rosette. Le peuple... Ah ! Il se déclare pour nous !...

Finot

Faites excuse... Il demande...

Rosette

Quoi donc ?

Finot

Citoyen, sauf votre respect, il demande ta tète.

Rosette

Les imbéciles !

Il se montre à la fenêtre. Nouveaux cris du temple.

De Langeais

Je vais leur parler...

Finot

Ils l'ont reconnu, ils crient : Vive de Langeais !

Rosette

Déjà !...

Rumeur décroissante.

De Langeais

Il n'est plus ici, mes chers compatriotes. Rosette est en fuite...

Rosette

Que faire ?

De Langeais

Si celte armoire peut vous être agréable... Je serai charmé de vous l'offrir... Rassurez-vous, mes amis ne vous y laisseront pas dix-huit mois, vous y périrez de chagrins.

Rosette

Mais vous n'en êtes pas mort, vous.

Montrant sa femme.

De Langeais

Oh ! Moi... J'ai une consolation.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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