Acte I
Scène 1
Zopire, Abramane
Le théâtre représente les jardins des Rois de la Bactriane ; on y voit les traces d'un orage, qui les a ravagés, et qui vient de finir.
Il sort avec Narbanor.
Zopire
À l'heureux Abramane, enfin, tout est propice ! Le peuple, consterné de ce ravage affreux, Pour disposer du trône, attend l'arrêt des dieux: Faites-les déclarer en faveur d'Erinice.
Abramane
C'en est fait : qu'à son tour Amélite gémisse. Non, je ne puis assez punir Une inhumaine qui m'outrage. Dans des fers odieux est-ce à moi de languir ? Zoroastre est aimé : la haine est mon partage. Non, je ne puis assez punir Une inhumaine qui m'outrage. Trop ingrate Amélite, il est temps ue ma rage Te rende tous les maux que tu m'as fait souffrir.
Zopire
Et nos dieux et le peuple ont proscrit, sans retour, Le chef audacieux d'une secte ennemie. Le Roi, qu'avaient séduit les erreurs de l'impie, À la fleur de ses ans, vient de perdre le jour.
Abramane
Zoroastre est proscrit, il fuit ; mais il respire.
Zopire
Nos dieux, de leur gloire jaloux, Ont vengé leurs autels, qu'ils ne doivent qu'à vous.
Abramane
Est-ce assez d'un exil pour l'horreur qu'il m'inspire ?
Zopire
Peut-il échapper à vos coups ? De vos enchantements la force est invincible. Le pourvoir, qu'Ariman a remis en vos mains, De sa vaste puissance est l'image terrible : Vous avés à ses pieds entraîné les humains.
Abramane
Ce pouvoir éclatant ne touche plus mon âme. Que l'appas d'un trône est flatteur ! Ce bien seul manque à ma grandeur, Et mon ambition, qui s'irrite et s'enflamme, La présente, sans-cesse, aux désirs de mon coeur. Puis-je compter sur Erinice ? Zopire, elle devait m'attendre dans ces lieux.
Zopire
Vous la voyez ; mes soins ont secondé vos voeux. Qu'au défaut de l'amour, la gloire vous unisse : Immolés tout, pour être heureux.
Scène 2
Abramane, Erinice, Ensemble
Abramane
Princesse, avec Phaerès la tyrannie expire. Ses yeux étaient ouverts d'un funeste bandeau, Et nos dieux, qu'il croyait détruire, L'ont conduit, à pas lents, dans la nuit du tombeau. Voir nos peuples heureux est le bien où j'aspire. Amélite est d'un sang qui nous donna des rois ; Mais au trône, comme elle, Erinice a des droits, Et les dieux, pour régler le sort de cet empire, Vont bientôt emprunter ma voix.
Erinice
Je l'entends. Pour régner, parle, que faut-il faire ?
Abramane
Nous unir, pour jamais. De mon coeur, ma juste colère D'un{e] ingrate efface les traits. Je rends grâce à l'Amour et sa rigueur m'éclaire. Il vouloir m'inspirer le désir de vous plaire, Vous réserver un trône et venger vos attraits.
Erinice
Tu prends, pour t'excuser, une inutile peine : Laisse, laisse avec moi ce frivole détour. Je te connais: tu vas me connaître à mon tour. Je sens pour Zoroastre une tendresse vaine : L'espoir de la venger l'étouffe, sans retour. Régnons, et ne songeons aux transports de l'amour, Que pour servir ceux de la haine.
Ensemble
Unissons nos fureurs : Goûtons les douceurs D'une vengeance éclatante.
Erinice
De ma rivale tremblante Je verrai couler les pleurs.
Abramane
Je jouirai de la rage impuissante D'un ennemi jaloux, accablé de malheurs.
Ensemble
Unissons nos fureurs : Goûtons les douceurs D'une vengeance éclatante.
Erinice
Hâtons-nous. Que les dieux se déclarent pour moi : C'est à ce prix que je me donne. Si tu me fais régner, je jure qu'avec toi Je partagerai ma couronne. Dieux terribles, dieux tout-puissants, Sur ma tête lancés la foudre : Éclatez, hâtez-vous de me réduire en poudre, Si je trahis mes serments.
Prélude.
Abramane
Je ne balance plus. Que ce don soit le gage Du noeud sacré qui nous engage. On approche... quittons ces lieux. Qu'Amélite, à son gré, me dédaigne et m'offense ; Je vous laisse un pouvoir égal à ma puissance ; Je suis assez vengé, s'il éclate à ses yeux.
Ils sortent par les deux côtés opposés.
Erinice
Il suffit. Réponds-moi des dieux, Je te réponds de ta vengeance.
Scène 3
Choeur, Céphie, Amélite
sur lequel on danse autour d'Amélite
Choeur
Rassurez-vous, tendre Amélite, Voyez ces jeux, écoutez-nous ; Que le trouble qui vous agite Cède à l'espoir le plus doux.
Céphie
À tous nos tendres soins n'êtes-vous plus sensible ? Ne pourront-ils jamais adoucir vos douleurs ?
Amélite
Ah, Céphie !
Céphie
Espérez, et suspendez vos pleurs. Le ciel pour la vertu peut-il être inflexible ? C'est souvent un sort plus paisible Que lui préparent ses rigueurs.
Accablée de douleurs, elle se laisse tomber sur un lit de gazon ; sa cour s'empresse, danse autour d'elle, et lui peint successivement les ennuis de l'absence et les doux transports que goûtent les amants, au moment du retour.
Amélite
Reviens, c'est l'amour qui t'appelle ; Cher amant, viens régner sur des peuples soumis, Et sur le coeur le plus fidèle. De tes barbares ennemis Brave la rage criminelle ; Calme, par ton retour, et ma terreur mortelle Et les peines dont tu gémis. Reviens, c'est l'amour qui t'appelle ; Cher amant, viens régner sur des peuples soumis, Et sur le coeur le plus fidèle.
Le Ballet continue.
Céphie
L'Amour pour un coeur qui l'implore N'a point d'éternelles rigueur Les tendre pluers Que répand l'Aurore, Font bientôt éclore Les plus belles fleurs.
Le ballet continue, il est interrompu par un bruit semblable à celui qui précède les tremblements de terre, le ciel s'obscurcit etc.
Amélite
Cher Zoroatre, hélas ! Quel destin est le nôtre ! Ton coeur, du moins, ton coeur s'occupe-t-il de moi ? Dieux ! s'il soupirait pour une autre, Lorsque je ne vis que pour toi ? Non, non, une flammme volage Ne peut me ravir mon amant. Nos coeurs, guidés par leur penchant, Se sont choisis pour leur partage. Tendre Amour, cet accord charmant D'un seul de tes traits fut l'ouvrage. Non, non, une flamme volage Ne peut me ravir mon amant.
Amélite
Les rayons du soleil palissent. La terre tremble : le jour fuit. Au bruit dont les éclairs retentissent, Les cris des échos s'unissent. Quelle affreuse nuit.
Scène 4
Amélite, Erinice
Amélite
C'est vous, chère Erinice... Ah ! dans mon trouble extrême, Votre danger redouble ma terreur. Fuyons des lieux remplis d'horreur : Venez, je crains pour vous autant que pour moi-même.
Erinice
Il n'est plus temps de feindre. Apprends quel est ton sort, Et tremble, en connaissant ma haine et ma puissance.
Amélite
Qu'entends-je ?... Eh ! d'où peut naître un si cruel transport ?
La suite sort.
Erinice
Éloignés-vous, ou craignez ma vengeance ; Redoutez des tourments plus affreux que la mort.
Scène 5
Amélite, Erinice
Amélite
Hélas ! Tout fuit : tout m'abandonne.
Elle disparaît.
Erinice
Ton bonheur disparaît, et leur fuite t'étonne ! Venez, Esprits cruels, soumis à mon pouvoir ; Abramane commande et ma voix vous appelle, Venez, faites régner à jamais autour d'elle La terreur et le désespoir.
Scène 6
Amélite, Choeur Des Esprits Cruels
Amélite
Dieux, protecteurs de l'innocence, Dieux justes, prenez ma défense !
qui saisissent et entraînent Amélite
Choeur Des Esprits Cruels
Tremble, tremble, suis nos pas : En vain l'innocence crie, L'enfer ne l'écoute pas. Il la poursuit pendant la vie ; Il la venge après le trépas.
Acte II
Scène 1
Zoroastre
Zoroastre
À mes tristes regards, dans ce riant empire, Des jeux, toujours nouveaux, font briller les attraits. Hélas ! Rien ne saurait adoucir mes regrets. Mon coeur se trouble et je soupire, Dans le sein même de la paix. Aimable et digne objet de l'amour le plus tendre, Sans toi, je ne vis plus ; mon âme est avec toi. De mille ennuis mortels, qui s'emparent de moi, Le plaisir, qui me fuit, veut en vain me défendre : Eh ! Puis-je l'écouter, m'y livrer, ni l'attendre Que dans les lieux où je te vois ? Aimable et digne objet de l'amour le plus tendre, Sans toi, je ne vis plus, mon âme est avec toi.
Scène 2
Oromasès, Zoroastre
Oromasès
Dans cet asile favorable Tu n'as vu que des jours sereins ; Mais la terre gémit, un monstre impitoyable, Sous un sceptre de fer, fait trembler les humains. Au coup le plus cruel que ton coeur se prépare.
Zoroastre
Je frémis !... Amélite ?...
Oromasès
Il faut briser ses fers.
Zoroastre
Ses fers !... Elle serait au pouvoir d'un barbare ? Et l'espace immense des airs D'un objet si cher me sépare !
Oromasès
De charme des plaisirs, et du poids des revers, J'ai vu triompher ta constance. Du ciel, qui l'éprouvait, va prendre la défense, Zoroaste, il est temps d'affranchir l'univers.
Zoroastre
Mais ses jours ?... Pardonnez à ma tendresse extrême. Hélas ! Mille fois, sans effroi, J'ai vu le danger, la mort même : Je n'ai jamais rien craint pour moi ; Et je crains tout pour ce que j'aime.
Oromasès
L'arbitre souverain de la terre et des cieux Veut faire briller à tes yeux Un rayon éclatant de sa foi immortelle. Si rien ne peut lasser ton courage et ton zèle, Vois quel doit être un jour ton destin glorieux. Esprits du feu, de l'air, de la terre et de l'onde, Volez, volez, accourez tous.
Scène 2
Oromasès, Zoroastre
Les Esprits des éléments font leurs conjurations autour de Zoroastre, pendant le morceau précédent.
Oromasès
Aux accents de ma voix, cieux, ô cieux, ouvrez vous ! Entends nos voeux, Maître du monde. Que du sort et des temps l'obscurité profonde, S'anéantisse devant nous.
Il tombe sur un lit de fleurs, et les Esprits des éléments forment un enchantement autour de zOROASTRE.
Zoroastre
Où suis-je ?... Un nouveau jour m'éclaire... Quels parfums enchanteurs !... Quels sons mélodieux ! Des secrets éternels je perce le mystère : Mon âme vole dans les cieux.
Oromasès
Zoroastre, vole à la gloire ; Triomphe, éclaire l'univers. Sur tes pas conduis la victoire ; Donne des chaînes aux enfers.
Zoroastre
Secondez l'ardeur qui me presse, Ouvrez-moi la route, et j'y cours.
Oromasès
Redouble de constance: il y va de tes jours. Pour te perdre, il suffit d'un instant de faiblesse.
Zoroastre
Puis-je craindre un tyran, que je bravais toujours ?
Il lui donne le Livre de la Vie, que les anciesn persans appelleront dans les suites le Zend. Voy. d'Herb. B. p?. 931. Hyde Hist Ver. per. ep. ded. Eteh 26 et 31.
Oromasès
C'est un présent du Ciel dont la bonté suprême Sait si bien au danger mesurer le secours. La malheur à sont terme, et doit avoir son cours. Il finit, dès qu'il est extrême.
Zoroastre
Ah ! C'est trop m'arrêter... Sous le poids de ses fers, Amélite gémit, et succombe peut-être.
Oromasès
Puissent l'ordre et la paix, rendus à l'univers, Faire aimer aux humains un père dans leur maître ! Vas : pars : désire où tu veux être.
Tout disparaît. Le Théâtre change. Il représente l'intérieur redoutable du château-fort des rois de la Bactriane
Zoroastre
Tendre Amélite, hélas !...
Scène 4
Démons, Amélite, Erinice
Démons
En vain l'innocence crie ; L'enfer ne l'écoute pas. Il la poursuit pendant la vie ; Il la venge après le trépas.
Amélite
Juste ciel, quelle barbarie ! Suivrez-vous sans-cesse mes pas ?
Erinice
Arrête. Cet instant est le seul qui te reste. Renonce au trône, ou meurs.
Amélite
Je brave ton pouvoir: Frappe. Je crains bien moins la mort la plus funeste, Que l'horreur de te voir.
Une porte de fer se brise.
Erinice
Ah ! C'est trop balancer : expire !
Scène 5
Zoroastre, Amélite, Erinice
Le poignard lui tombe des main ; les démons disparaissent
Zoroastre
Barbare !...
Amélite
Zoroastre ?... Ah, Dieux !
Amélite
Cher amant ! Si l'Amour n'eût daigné vous conduire, Je ne jouirais plus de la clarté des cieux.
Erinice
Que deviens-je ?... Mon bras, à ma haine infidèle, Fait éclater mon crime, et lui laisse le jour. Affreux moment ! Fatal retour !... Elle vivra pour toi : tu ne vis que pour elle. À l'excès de ma rage, à ma douleur mortelle Connais du moins, ingrat, l'excès de mon amour.
Zoroastre
Cruelle... Je frémis !... Qu'ose-t-elle m'apprendre ?... Tous mes sens sont glacés d'horreur. Ciel, quel amour !
À Zoroastre.
Elle sort.
Erinice
Je vois ce que je dois attendre, Je lis dans vos regards ma honte et son bonheur. C'en est trop, et l'espoir d'une vengeance extrême Peut seul adoucir mon malheur. Je confondrai dans ma fureur Ce que je hais et ce que j'aime. Tremble ! Pour égaler sa peine à ma douleur, Avant de lui percer le coeur, J'oserai t'immoler toi-même. Je confondrai dans ma fureur, Ce que je hais? et ce que j'aime.
Scène 6
Amélite, Zoroastre
Amélite
Hélas ! Je bravais son courroux : J'ai souffert les plus rudes coups Sans pâlir, sans daigner me plaindre. La barbare à la fin, m'a forcée à la craindre, En me faisant trembler pour vous.
Zoroastre
Je vois de ses fureurs toute la violence ; Mais vos jours sont en sûreté, Que peut contre moi sa vengeance ?
Amélite
Eh ! Contre l'enfer irrité Quel sera votre défense ?
Zoroastre
Le bras, qui vient pour vous d'enchaîner sa puissance, Au jour, qu'elle obscurcit, rendra sa pureté. Je vous revois, je ne sens plus d'alarmes ; Je goûte enfin le prix de mes tendres soupirs : L'Amour, qui vous rend à mes larmes, Dans vos yeux répand tous ses charmes, Et dans mon coeur tous ses plaisirs.
Amélite
Ah ! Je n'écoute plus que ma tendresse extrême... Je retrouve tout ce que j'aime, Je perds le souvenir des maux que j'ai soufferts.
Zoroastre
Je cours les réparer : l'éclat du rang suprême Effacera bientôt l'opprobre de vos fers.
Amélite
Est-ce pour un empire Que mon âme soupire ? Vous le savez, l'Amour la remplit de ses feux, Vous voir à tous moments, vous aimer, vous le dire, Voilà l'unique bien qui peut combler mes voeux.
Les murs disparaissent ; on voit une place de la ville de Bactre, dans laquelle sont plusieurs troupes différentes de peuples.
Zoroastre
Vous enchantez mes sens, vous ravissez mon âme... Qu'on s'oublie aisément dans les bras de l'Amour ! Le devoir m'appelle à son tour, Je sers, en l'écoutant, et la gloire et ma flamme. Séjour, impénétrable à la clarté des cieux, Lieux terribles, cessez d'enchaîner l'innocence. Murs, élevés par la vengeance, Écroulez-vous, tombez murs odieux.
Scène 7
Zoroastre, Céphie, Amélite, Choeur
En leur montrant Amélite.
Zoroastre
Le ciel, qu'ont attendri mes pleurs et votre zèle, Vous rend le seul objet digne de votre choix. Le coup allait partir, et vous perdiez en elle Tout l'auguste sang de vos rois.
Les peuples viennent en foule célébrer le retour de Zoroastre, et la délivrance d'Amélite.
Céphie
Éclatez transports d'allégresse Brillez dans nos chants et nos jeux. Célébrons le moment heureux Qui nou rend à notre tendresse.
Le ballet continue.
Céphie
Ah ! Que l'absence est un cruel tourment ! Mais qu'il est doux de revoir ce qu'on aime. Tout s'embellit au retour d'un amant. Tout reprend le charme suprême Du plaisir, ou du sentiment. Sans lui le jour le plus charmant Est plus sombre que le nuit même. Ah ! Que l'absence est un cruel tourment ! Mais qu'il est doux de revoir ce qu'on aime.
Le ballet continue.
Amélite
Non, ce n'est pas toujours pour ravager la terre, Que les vents agitent les airs. Le Ciel, sans lancer le tonnerre Fait souvent briller les éclairs. Si l'amour pour un temps éprouve un coeur sincère, Et semble appesantir ses fers, Qu'il soupire ; mais qu'il espère. Le bonheur quelque fois naît du sein des revers. Non ce n'est pas pour ravager la terre, Que les vents agitent les airs. Le ciel sans lancer le tonnerre, Fait souvent briller les éclaire.
Zoroastre
Cessez de redouter des prêtres criminels. Renoncez à des dieux cruels, Qui frappent quand on les implore. Qu'une fête éclatante, au lever de l'aurore, De tous les tendres coeurs récompense les feux. Que l'amour seul offre nos voeux, Au Dieu bien faisant que j'adore.
Amélite
Qu'il triomphe des autres Dieux.
Amélite
Le jour qui va nous luire est un jour de victoire : Qu'il nous rassemble à son retour. Cher Zoroastre, c'est l'amour Qui veut y couronner la gloire.
Choeur
Tendres amants, formez les plus beaux noeuds.
Amélite
Chantez, chantez ; vos malheurs cessent : Que les plus doux plaisirs renaissent.
Céphie
Chantons, chantons, nos malheurs cessent, Que les plus doux plaisirs renaissent : Que Zoroastre soit heureux.
Acte III
Scène 1
Abramane, Erinice
L'acte commence avant la fin de la nuit.
Abramane
Arrêtez ! Modérez cette fureur extrême : Le moindre éclat peut écarter L'ennemi, qui s'offre lui-même Aux coups que je dois lui porter. Laissez agir ma haine, et quittez ce rivage.
Erinice
C'est ici qu'ils doivent s'unir.
Abramane
Je l'attends dans le piège où son amour l'engage : Son tombeau se prépare et mon art va l'ouvrir.
Erinice
Ah ! C'est à moi de la punir... Il croit donc consommer son crime et mon ouvrage ?
Abramane
Le peuple en sa faveur paraît se réunir : Je vais dissiper cet orage : Mais vous pouviez le prévenir.
Erinice
Ô trop funeste souvenir ! Ma rivale triomphe : elle échappe à ma rage.
Abramane
Ô Dieux ! Qu'importe à nos desseins Ou la vie, ou la mort d'une faible rivale ? C'est en frappant l'objet d'une falmme fatale Qu'il fallait d'un seul coup assurer nos destins.
Erinice
L'ingrat !... En le voyant paraître Le poignard m'est tombé des mains.
Abramane
Eh ! Si vous le voyez, malgré tous ses dédains, L'Amour sera-t-il moins le maître ?
Erinice
Non, tout sert à rallumer Le dépit qui me dévore ; L'amour ne peut plus le calmer. Dieux ! Une autre a su le charmer ! Il me fuit, le cruel ; il me hait ; je l'abhorre. Contre lui que ne puis-je armer Tout ce qui voit le jour, du couchant à l'aurore ! Non, tout sert à rallumer Le dépit qui me dévore ; L'amour ne peut plus le calmer.
Un nuage épais l'environne.
Abramane
Un coeur fier, qui brise sa chaîne, Reprend un calme heureux, avec sa liberté. Votre âme est déchirée, un vain dépit l'entraîne. Puis-je prendre pour de la haine Les cris de l'amour irrité ? Il faut aider votre faiblesse : Pour risquer ces instants, ils sont trop précieux. Ici que votre pouvoir cesse, Et qu'un nuage épais vous cache à tous les yeux.
Erinice
Ah, le perfide !
Scène 2
Abramane
Il sort.
Les premiers rayons du jour paraissent.
Abramane
Osons achever de grands crimes : J'en attends un prix glorieux. Leur nom change, s'ils sont heureux : Tous les succès sont légitimes. Superbe ennemi de mes dieux, La mort t'environne en ces lieux ; Sous tes pas la vengeance a creusé mille abîmes. Et toi, que j'adorais... vous, peuples odieux, Vous bravez mon pouvoir ; soyez-en les victimes. Osons achever de grands crimes : J'en attends un prix glorieux. Leur nom change, s'ils sont heureux: Tous les succès sont légitimes. Le jour va rassembler ces peuples inconstants. Attendons dans ces bois le moment de paraître. Il faut, par des coups éclatants, Affermir un pouvoir, qu'on ose méconnoître.
Scène 3
Zoroastre
Zoroastre
Sommeil, fuis de ce séjour. Pour la fête la plus belle, La voix de l'Amour nous appelle ; Volons à la voix de l'Amour.
Scène 4
Amélite, Zoroastre
Amélite
L'Aurore vermeille Presse son retour. Les tendres oiseaux, qu'elle éveille, Par leurs chants annoncent le jour.
Amélite
Sommeil, fuis de ce séjour, ... Pour la fête la plus belle, La voix de l'Amour nous appelle ; Volons à la voix de l'Amour.
Zoroastre
De notre flamme mutuelle L'Hymen va, pour jamais, assurer le bonheur. L'Amour, qui l'alluma pour la rendre éternelle, Offre un nouveau charme à mon coeur Dans le devoir de vous être fidèle.
Amélite
Les plus beaux noeuds se préparent pour vous, L'Amour doit les former, le bonheur va les suivre. Ah ! Que mon destin sera doux ! J'aurais voulu mourir pour vous, Et c'est pour vous que je vais vivre.
Scène 5
Choeur, Zoroastre, Amélite
Les jeunes habitants des rivages divers du fleuve de Bactre, dont l'hymen doit embellir cette fête, arrivent. L'Aurore successivement fait place au grand jour : les rayons nouveaux du Soleil et embellissent le théâtre.
Choeur
Sommeil, fuis de ce séjour. Pour la fête la plus belle, La voix de l'Amour nous appelle ; Volons à la voix de l'Amour.
Zoroastre
Mille rayons brillants embellissent les airs. Faisons éclater nos concerts.
Hymne au Soleil.
Zoroastre
Ô lumière vive et pure ; Les fleurs, les fruits, la verdure Semblent renaître à ton retour. Les couleurs brillent, l'air s'épure, La terre reprend sa parure ; Tu lui donne l'éclat du céleste séjour.
Choeur
Ô lumière vive et pure ; Les fleurs, les fruits, la verdure Semblent renaître à ton retour.
Amélite
Tout se ranime aux premiers feux du jour. L'oiseau chante, l'onde murmure; Ce sont les doux concerts que t'offre la nature. Et les accents de son amour.
Les jeunes filles, qui doivent être unies à l'objet de leur tendresse, vont adorer l'astre du jour ; et les Peuples célèbrent par leurs danses le retour de la lumière.
Amélite
Ô lumière vive et pure, Les fleurs, les fruits, la verdure Semblent renaître à ton retour. Les couleurs brillent, l'air s'épure La terre reprend sa parue, Tu lui donnes l'éclat du céleste séjour.
Zoroastre
Accourez, jeunesse brillante ; Laissez éclater vos désirs. Aimez d'une flamme constante ; L'hymen va remplir votre attente, Par une chaîne de plaisirs. Accourez, jeunesse brillante, ... Laissez éclater vos désirs.
Scène 6
Amélite, Zoroastre, Choeur
Entrée des jeunes habitants des montagnes et ballet avec les jeunes filles que l'hymen leur destine.
Les jeunes habitants des montagnes continuent leurs danses.
Amélite
Sur nos coeurs épuise tes armes, Amour vole et lance tes traits. Tu nous offres le prix de nos tendres alarmes, Et l'hymen paré de tes charmes, Va nos dispenser tes bienfaits. Sur nos coeurs épuise tes armes, Amour vole et lance tes traits.
Tous les jeunes amants qui doivent être unis, forment un demi cercle autour de Zoroastre et d'Amélite.
Il présente la main d'Amélite : tous les autres se la présentent en même temps et se la donnent.
Zoroastre
Hâtons notre bonheur, venez tendres amants. Dieu bienfaisant, Être suprême, Tes lois pour notre coeur sont des liens charmants : Tu veux qu'il t'adore et qu'il aime. Daigne écouter nos voeux, et reçois nos serments.
Un coup de tonnerre éclate, l'obscurité s'empare de toutes les parties de l'horizon.
Amélite
Je vous jure...
Amélite
Quels feux ? Quels éclats de tonnerre ?
Choeur
Ciel, Ô ciel !
Zoroastre
Le jour fuit.
Amélite
Je sens trembler la terre.
Zoroastre
Une mortelle vapeur empoisonne les airs... Sous nos pas, tout-à-coup, que d'abîmes ouverts.
Choeur
Ciel, Ô ciel !
À Zoroaste.
Amélite
Tout mon sang se glace... Il va périr... hélas ! Tout s'ame contre toi... Ah ! Si ton courroux nous menace, Juste ciel, ne frappe que moi.
Un amas d'épais nuages paraît rapidement dans les airs ; il s'ouvre au bruit du tonnerre ; on voit Abramane sur un char enflammé.
Zoroastre
Il protège toujours et ne veut jamais nuire. L'amour est dans nos coeurs, le ciel sera pour nous. Il m'éclaire... Rassurez-vous, Ce n'est qu'un charme affreux, et je vais le détruire.
Scène 7
Abramane, Zoroastre, Amélite, Choeur De Peuples
Il disparaît.
Abramane
Dieux, armez-vous, armez mon bras. Coulez, torrents de feu, pour venger leur outrage. Fiers aquilons, dans ces climats Portés la terreur, le ravage, Et faites voler le trépas !
Zoroastre
Ah, cruel !
Amélite
Je me meurs...
qui fuient
Choeur De Peuples
Dieux ! Fuyons tous, fuyons.
Scène 8
Zoroastre, Choeur, Amélite
Zoroastre
Amélite !... Elle expire... Ô ciel !...
Choeur
Nous périssons.
À Amélite.
Zoroastre
Ah ! Je cours vous défendre. Ouvrez ces yeux mourants, aux cris de ma douleur ; En tremblant pour vos jours, que pourrais-je entreprendre ? Le courage fuit de mon coeur : Vos yeux, ces yeux si beaux, peuvent seuls me le rendre.
Amélite
Où suis-je ?... Quel pouvoir, quels accents amoureux Arrêtent mon âme expirante ?... Ah ! C'est vous que l'Amour offre encore à mes voeux, Je vous revois... je meurs contente.
Les Esprits bienfaisants paraissent et environnent Amélite.
Zoroastre
Troupe légère et bienfaisante, Venez, esprits de paix, accourez en ces lieux.
Choeur
Nous périssons.
Il part : les Esprits bienfaisants environnent Amélite et l'emmènent. Dans le même moment des colonnes de feu se détachent du ciel, fondent sur la ville de Bactre et l'embrasent.
Zoroastre
Un tyran furieux. Fait voler sur leurs pas la mort et l'épouvante, Il faut ou les sauver, ou périr avec eux. Tendre Amélite, chère amante. Adieu !... Prenez soin de ses jours, Daignez la garantir des périls où je cours.
Acte IV
Scène 1
Abramane
Abramane
Cruels tyrans, qui régnez dans mon coeur, Impitoyable haine, implacable vengeance ; Des remords dévorants épargnez-moi l'horreur, Ou cédez à leur violence. Dans le fond de mon âme, une importune ardeur S'irrite, par ma résistance. Pour me reprocher ma fureur, Le crime unit sa voix aux cris de l'innocence : De l'abîme où je cours, je vois la profondeur... Tout m'alarme et me nuit, tout, jusqu'à ma puissance, Répand autour de moi le trouble et la terreur. Cruels tyrans, qui régnez dans mon coeur, Impitoyable haine, implacable vengeance, Des remords dévorants épargnez-moi l'horreur, Ou cédez à leur violence.
Scène 2
Zopire, Abramane
Zopire
Votre ennemi triomphe et les moments sont chers. Échappé des périls extrêmes Qu'à son courage opposaient les enfers, Nos soldats, animés par vos ordres suprêmes, Couraient, pour l'accabler de fers. Sa voix éclate dans les airs ; Ils tournent aussitôt leurs armes contre eux-mêmes.
Abramane
Dieux d'Abramane, dieux vengeurs Quel pouvoir suspend vos fureurs ?
Scène 3
Nabanor
Nabanor
Du jour le plus serein la clarté vive et pure A dissipé l'horreur de vos enchantements. Les vents sont enchaînés, les fleurs et la verdure Dans nos champs désolés ramènent le printemps.
Scène 4
Erinice, Abramane
Erinice
C'en est donc fait, perfide. Il n'est plus d'espérance. Je me vois, pour jamais, Unie à tes forfaits ; Et je perds, sans retour, ma gloire et ma vengeance.
Abramane
Un revers d'un instant doit-il vous ébranler ? Vous savez quelle est ma puissance. Est-ce à vous de trembler ? Rappelez votre courage. Un honteux désespoir Ne doit être le partage Que des malheureux, sans pouvoir.
Erinice
Eh ! Que puis-je espérer encore ? Amélite respire, et ton rival l'adore. Que leur vue à mon coeur a coûté de tourments ! Qu'ils étaient amoureux, et qu'ils étaient contents ! Qu'ils goûtaient de douceurs à resserrer leur chaîne !
Abramane
Arrêtez !... Eh pourquoi retracer, inhumaine, Le souvenir affreux de ces cruels instants ?
Erinice
Ô dieux ! Quelle douleur mortelle ! L'amour et le bonheur éclataient dans leurs yeux.
Abramane
Que Zoroastre était heureux ! Qu'Amélite était belle !
Erinice
Je vois, avec horreur, la lumière du jour. Ah ! Quel supplice ! Quelle peine ! De sentir déchirer un coeur, fait pour l'Amour, Par toutes les fureurs d'une impuissante haine !
Abramane
La haine, qui fait agir, Est toujours assez puissante. Les trésors de mon art à vos yeux vont s'ouvrir, Le danger disparaît, quand le courage augmente. La haine, qui fait agir, Est toujours assez puissante.
Scène 5
Abramane, Zopire, Erinice
Erinice se place : la cérémonie commence Abramane, entouré de prêtres.
Abramane
Qu'une double porte d'airain Rende à nos ennemis ce temple impénétrable. Erinice, osez voir, avec un front serein, Les mystères secrets d'un culte redoutable. Suprême auteur des maux et des tristes revers, Qui désolent la terre et l'onde; Ô, toi ! Que sous des noms divers, J'ai fait connaître à l'univers Pour le maître absolu du monde ; On attaque ta gloire : arme ton bras vengeur ; Fais briller dans les airs les flammes du tonnerre ; Éclate ; venge-toi : ce n'est qu'à la terreur Que tu dois l'encens de la terre.
Zopire
On attaque ta gloire: on arme ton bras vengeur ; Fais briller dans les airs les flammes du tonnerre ; Éclate ; venge-toi : ce n'est qu'à la terreur Que tu dois l'encens de la terre.
Abramane, précédé et suivi de prêtres, va à l'autel et il immole les victimes. Pendant ce temps on forme, sur le devant du théâtre les danses que les peuples anciens appelaient danses d'expiation.
Abramane
Épuisons le flanc Des tristes victimes. Redoutable Ariman, Nourris tes fureurs légitimes Dans des flots de sang.
Abramane
Princesse, tout m'annonce un secours invincible, Et je ne vis jamais d'augures plus heureux ! Réunissons nos voix, et qu'un charme terrible Assure encor le succès de nos voeux.
Les Esprits malfaisants sortent en foule de toutes les parties du théâtre. La Haine paraît dans le fond avec les Furies, le Désespoir, etc. Cette troupe s'ouvre et la Vengeance arrive, armée d'une massue hérissée de pointes de fer.
Erinice
Ministres redoutés du plus puissant empire, Des mortels et des dieux, de vous-mêmes ennemis ; Vous, esprits, que l'ardeur de nuire Peut seule forcer d'être unis. Volez, volez, troupe cruelle, Donnez un libre essor à toutes vos fureurs. L'amour outragé vous appelle : Accourez à ses cris, implacables vengeurs.
Scène 6
La Vengeance, Erinice, Abramane
BALLET.
Les esprits infernaux, conduits par la Haine et le Désespoir, accourent à la voix de la Vengeance, armés de serpents, de poignards, de haches, etc. Le Désespoir se saisit de deux flambeaux éteints qui s'allument au feu qui l'embrase. Il les secoue sur la Haine et sur les démons. Leur fureur augmente; la Haine lui ravit un des flambeaux et ils courent ensemble à l'autel avec leurs suites. Ils font contre la Statue de Zoroastre les plus redoutables conjurations. Ils approchent, lèvent le bras... prêts à frapper, un tourbillon de flammes sort de l'autel, et la statue disparaît.
La Vengeance
À ta voix, nous quittons sans peine L'éternelle nuit. La Haine Nous mène, La Vengeance nous suit.
BALLET.
La Haine donne à la Vengeance une poignée de serpents ; le Désespoir lui donne un poignard ensanglanté.
La Vengeance
Les biens que notre main dispense Ont plus de douceurs qu'on ne pense : Nous offrons, pour secours, dans leurs maux rigoureux, Aux coeurs outragés, la vengeance, Et le trépas, aux malheureux.
La Vengeance
Vengez-vous, cessez de souffrir. Plus une injure est éclatante, Plus il est doux de la punir. La Haine se plaît à jouir D'une vengeance lente ; Mais quand le moment se présente, On ne peut trop tôt le saisir. Vengez-vous, cessez de souffrir. Plus une injure est éclatante, Plus il est doux de la punir.
À Abramane.
Erinice
Ah ! Je crois voir déjà ma rivale sanglante Chanceler, tomber et mourir. Portons les coups les plus terribles: Immolons deux ingrats, frappons-les, tour-à-tour. La haine, dans les coeurs sensibles, Est extrême, comme l'amour.
La Vengeance
Va, cours : j'arme tes mains ; n'écoute que la rage. Par les plus funestes éclats, Signale ton courage : Que la fureur guide ton bras. Que la flamme, que le ravage Précède et suive ton passage : Brave les plus affreux trépas ; Fait voler partout le carnage. Des coeurs, qui ne se vengent pas, L'opprobre est toujours le partage. L'honneur parle : combats. Meurs, s'il le faut ; mais venge ton outrage.
Abramane
Que le vengeance a de douceurs ! Un plaisir inconnu passe, avec tes fureurs, Jusques dans le fond de mon âme. L'amour a moins d'attraits que l'ardeur qui m'enflamme. Que la vengeance a de douceurs !
Une Statue, représentant Zoroastre, paraît sur l'autel.
Elle se place au pied de l'autel.
La Vengeance
Que de votre ennemi le supplice commence. Qu'il se sente frappé par d'invisibles coups. Volez, secondez ma puissance, Esprits cruels, esprits jaloux, Faites triompher la Vengeance.
La Vengeance
La flamme le consume !
Abramane
Ah ! Quel espoir plus doux.
Les Esprits infernaux forment un ballet de joie vive, qui termine cet acte, avec la reprise du Choeur précédent.
Abramane
Quel bonheur ! L'enfer nous seconde. Que ses feux embrasent les airs : Qu'ils dévorent la terre et l'onde : Que tout se confonde. Les plus grands maux sont nos biens les plus chers.
La Vengeance
Ah ! Nos fureurs ne sont point vaines. De l'empire des morts, les voûtes souterraines, Paraissent s'écrouler à ces terribles sons... Ils redoublent... L'enfer va parler. Écoutons.
Scène 7
Une Voix Souteraine
Une Voix Souteraine
Cours au armes. Offre aux Enfers Des forfaits dignes de leur rage. Fais trembler la vertu, fais pâlir le courage. Un revers éclatant va changer l'Univers.
Scène 8
Erinice, La Vengeance
LA VENGEANCE, ABRAMANE, ZOPIRE, NARBANOR, LES FURIES, PRÊTRES, DÉMONS
Erinice
Courrez, courrez aux armes. Courrons courrons aux armes. La victoire est à vous rien ne peut vous troubler. La victoire est à nous rien ne peut nous troubler.
La Vengeance
Pour vous quelle gloire : Tout va trembler. Le sang va couler, On va s'immoler, Triomphe victoire. Le bruit, le ravage, La mort, le carnage. Sont nos plaisirs. La fureur, la rage, Ne sont que l'image De nos désirs. Pour vous quelle gloire : Tout va trembler. Le sang va couler, On va s'immoler, Triomphe, victoire.
Acte V
Scène 1
Erinice
Erinice
Quel tourment !... Où trouver trace de ses pas ? Un barbare aurait-il assouvi sa furie ? Je frémis... Zoroastre, hélas !... Malheureuse !... Est-ce à moi de trembler pour sa vie ? Amour, cruel Amour, ton funeste bandeau Cache à nos yeux l'abîme, où ta main nous entraîne. Elle a déjà formé tous les noeuds de ta chaîne, Quand tu fais briller ton flambeau. Mon coeur s'irrite en vain, son penchant la ramène. C'est un combat toujours nouveau, Et je vois tout-à-tour, et l'amour et la haine S'armer pour mon supplice, et creuser mon tombeau. Amour, cruel Amour, ton funeste bandeau Cache à nos yeux l'abîme, où ta mains nous entraîne. Elle a déjà formé tous les noeuds de ta chaîne, Quand tu fais briller ton flambeau. Il approche... Enfin je respire.
Scène 2
Zoroastre, Erinice
Zoroastre
C'est Erinice. Ô Ciel !...
Erinice
Respecte mes douleurs, Et cache moi du moins l'horreur que je t'inspire. Ne redoute plus mes fureurs ; On menace tes jours, tout mon courroux expire.
Zoroastre
Qu'un perfide conspire et s'arme contre moi, À trembler, croit-il me contraindre ? La mort ne m'a jamais inspiré de l'effroi. C'est la mériter que la craindre.
Erinice
Ah ! Crains nos prêtres furieux ; Leur cruauté, leurs cris, leurs complots odieux À mon coeur éperdu se retracent sans cesse... Éloigne-toi, fuis, le temps presse ; Abramane a pour lui les Enfers et les Dieux.
Zoroastre
Je brave les dieux d'un barbare: Je hais leurs prêtres criminels; Et c'est sur les débris de leurs sanglants autels Que mon triomphe se prépare.
Erinice
Hélas ! Ta confiance augmente ma terreur. Connais d'un art fatal la pouvoir redoutable. Dans un enchantement terrible, épouvantable, Même moi qui t'adore... (en frémissant d'horreur...) J'éprouvais les transports d'une troupe coupable. La rage, la fureur De l'Enfer implacable Ont passé malgré moi, jusqu'au fonds de mon coeur.
Zoroastre
Ô ! Mystères affreux d'un culte détestable ! Cruelle !... Eh ! Vous ne craignez pas ?
on entand une symphonie qui éclate
Erinice
Ah ! Je ne crains que ton trépas. Tu vois le désespoir où mon âme me livre, Sois touché d emes pleurs, fuis cet affreux séjour. Mes malheurs, tes mépris ma mort qui va les suivre, Je te pardonne tout, ingrat, si tu veux vivre, Et c'est l'unique prix qu'exige mon amour. Qu'entends-je ? Ô Dieux !
Zoroastre
C'est un peuple fidèle Qui fait pour Amélite éclater ses transports. Jugés quels sont nos voeux pour elle, Par ses vertus, même par vos remords.
Elle sort.
Erinice
Mes remords !... Ce reproche étouffe leur murmure... Notre sort est de nous haïr. Il manquait à mon coeur cette nouvelle injure Pour le forcer à m'obéir.
Scène 3
Zoroastre, Choeur De Peuples
Zoroastre
Elle court d'abîme en abîme, En cherchant la paix qui la fuit. Tel est le juste sort du crime, Le trouble l'environne, et l'opprobre le suit. Le peuple dans ces lieux, par un antique usage, Aux rois, qu'il s'est choisi, doit rendre son hommage. Il y guide Amélite et vient s'y rassembler...
Choeur De Peuples
Dieux, ô dieux ! Quel coup terrible !
Zoroastre
Ciel ! Quel nouveau malheur vient encor me troubler !
Scène 4
Céphie, Zoroastre, Choeur De Prêtres Armés, Choeur De Peuples
Céphie
Jour funeste ! Sort inflexible !
Zoroastre
Céphie... Eh ! Quel est donc le sujet de vos pleurs ?
Céphie
Au milieu de son peuple, et charmant tous les coeurs, Amélite en ces lieux au trône était conduite, Par des chemins semés de fleurs. Tout-à-coup l'air agite, Un tourbillon de feux Entre elle et nous se précipite Et, plus prompt qu'un éclair, la ravit à nos voeux.
Zoroastre
Que deviens-je, Amélite, ô disgrâce cruelle !... Que me sert désormais un immense pouvoir ? Qu'ai-je à faire du jour sans elle ?... Ô ciel ! Quelle honteux désespoir !
qui paraissent en foule au fond du théâtre
Choeur De Prêtres Armés
Que la fière Erinice Triomphe et régné en ces lieux.
Choeur De Peuples
Quels sons ! Quels cris tumultueux !
Scène 5
Erinie Et Abramante, Abramane, Zoroastre
Erinie Et Abramante
Que tout cède ; que tout fléchisse.
Abramane
Adorez, en tremblant, le choix qu'ont fait les Dieux.
Zoroastre
Traître, c'est trop longtemps suspendre ton supplice...
Il lève sa massue, une partie du nuage s'ouvre, on voit à ses pieds Amelite chargée de fers.
Abramane
Arrête ! Je connais ton pouvoir odieux. Si par un geste, un mot, ta crainte, ou ta vengeance Ose implorer l'aide des Cieux, Amélite est en ma puissance. Tremble. Je l'immole à tes yeux.
Il élève ses mains vers le ciel.
La foudre éclate, tombe sur Abramane, Erinice et les prêtres : les entrailles de la terre s'ouvrent, et ils y sont tous engloutis. Dans le même temps le théâtre change : on voit un édifice éclatant, rempli d'une foule de divers Esprits des Éléments. C'est le premier temple élevé à la lumière. Oromasès, roi des Genies, paraît sur des nuages légers et brillants; on revoit Amélite entourée des Esprits Élémentaires, qui la délivrent de ses chaînes, etc.
Zoroastre
Quel horrible moment pour le coeur le plus tendre ! Je sens que je succombe à cet affreux revers... Non, non le Ciel est juste, il saura la défendre, Et je saurai du-moins, si je la perds. Tombez, monstres, tombez dans le fond des Enfers.
Scène 6
Oromasès
En lui montrant Amélite que les esprits bienfaisants conduisent à Zoroastre.
Aux Esprits
Oromasès disparaît.
Oromasès
Par un dernier revers, digne de ton courage, Le ciel voulait encore éprouver ta vertu. Zoroastre, en veillant sur son plus bel ouvrage, Je gardais le prix qui t'est dû. Régnez dans ces climats, où la paix va renaître. Ces peuples vous sont chers, répondez à leurs voeux L'amour des sujets et du maître Fait les rois, qui seuls devraient l'être, Les empires puissants et les règnes heureux. Unissez ces amants des plus aimables noeuds.
Scène 7
Zoroastre, Amélite, Ensemble
Les Esprits bienfaisants couronnent Amélite et Zoroastre: ils les unissent avec des noeuds de fleurs.
Zoroastre
Que ces noeuds sont charmants !
Amélite
Qu'ils flattent ma tendresse !
Zoroastre
Que je vous aime !
Amélite
Doux retour !
Ensemble
Toute mon âme est à l'Amour. Il l'enchaîne à jamais ; qu'il l'enflamme sans cesse !
Zoroastre
Venez Peuples, venez : qua dans cet heureux jour L'orgueil du trône disparaisse.
Amélite
Autour de nous que tout chante et s'empresse. Bergers, mêlés vos jeux aux fêtes de la Cour.
Zoroastre
Que ces noeuds charmants.
Amélite
Qu'ils flattent ma tendresse !
Zoroastre
Que je vous aime !
Amélite
Doux retour !
Ensemble
Toute mon âme est à l'Amour. Il l'enchaîne à jamais ; qu'il l'enflamme sans cesse !
Scène 8
Amélite
Les Esprits bienfaisants, les peuples et les bergers, etc., font éclater leur joie et leur amour, en se réunissant tout pour aimer et servir Zoroastre et Amélite. Cette union vive termine la fête, et l'opéra.
Amélite
L'amour vole au son des hautbois. Il vient sur le gazon chanter vos chansonnettes. C'est aux doux accents de sa voix Que vous accordez vos musettes. Tendres bergers un premier choix Remplit tous les voeux que vous faites. Nos coeurs suivront les même loix ; Vous nous verrez toujours heureux comme vous l'êtes. L'amour vole au son des hautbois. Il vient sur le gazon chanter vos chansonnettes. C'est aux doux accents de sa voix Que vous accordez vos musettes.