Tragédie · 1752 · 6 actes

Amadis de Grèce

d’Antoine Houdart de la Motte

Représentation
≈ 34 min
Distribution
4 femmes, 2 hommes
Répliques
134
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Mélisse F 29 ≈ 10 min 4
Amadis de Grèce H 36 ≈ 9 min 5
Le Prince de Thrace H 14 ≈ 4 min 3
Niquée F 20 ≈ 4 min 4
Choeur N 15 ≈ 3 min 5
Zirphée F 7 ≈ 2 min 2
Une Bergère F 3 ≈ 1 min 1
Matelot N 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle PrologueIIIIIIIVV
Mélisse absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Amadis de Grèce absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Prince de Thrace absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Niquée absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Zirphée absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Une Bergère absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Matelot absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Prologue

Scène 1

Zirphée, Choeur, Zirene

Plusieurs Esprits volent à l'ordre de Zirphée, et viennent changer les bas-reliefs qui représentent les travaux du Roi, au lieu de ceux d'Amadis. Deux Esprits enlèvent l'ardente épée du haut de la pyramide, et deux autres y viennent poser un Soleil.

Toutes les Statues s'animent, sortent de leurs attitudes et s'unissent avec Zirphée pour célébrer la gloire du Roi.

Zirphée

Tout célèbre ici le courage D'un vainqueur dont le monde admira les travaux. Ce monument est un hommage Que mon art voulut rendre au plus grand des Héros. Du fameux Amadis j'y fis tracer l'histoire. Mais on ne lui doit plus ce titre glorieux, Ce séjour n'est plus fait pour annoncer sa gloire ; D'autres exploits vont embellir ces lieux. Esprits qui me servez, remplissez mon attente, Volez, volez de toutes parts : Effacez les travaux que ce lieu représente, Qu'une histoire plus éclatante Étonne et charme les regards. Esprits qui me servez, remplissez mon attente, Volez, volez de toutes parts. Que tout ici s'anime, et que tout me réponde.

Les Génies applaudissent au dessein de Zirphée ; et les femmes de sa suite dansent avec eux.

Choeur

Pour chanter ce Vainqueur élevons nos concerts , Son nom remplit la terre et l'onde, Il est l'honneur de l'univers, Son éloge est gravé dans tous les coeurs du monde.

Zirene

Que d'exploits éclatants s'offrent à mes regards ! Quel Héros sur ses pas enchaîne la victoire ? Qu'il abat d'ennemis ! Qu'il brise de remparts ! En vain tout l'Univers s'arme contre sa gloire, Il triomphe de toutes parts.

Choeur

Que d'exploits éclatants s'offrent à nos regards ! Quel Héros sur ses pas enchaîne la victoire ? Qu'il abat d'ennemis ! Qu'il brise de remparts ! En vain tout l'Univers s'arme contre sa gloire, Il triomphe de toutes parts.

On danse.

Zirphée

Goûtez, Mortels, une paix salutaire ; C'est un héros qui s'en rend le soutien. Il laisse enfin reposer son tonnerre ; Il bannit la guerre, N'en craignez plus rien : Il prend le soin du bonheur de la terre, Et c'est aux Dieux qu'il se remet du sien.

Zirphée

Ses soins ont ramené le calme sur la terre ; Que par ses soins il y règne à jamais. S'il est le héros de la guerre, Il est encor le héros de la paix.

Zirphée

Volez, volez dans son empire, Plaisirs, prévenez tous ses voeux. C'est le plus grand Roi qui respire ; Qu'il soit toujours le plus heureux.

Choeur

Volez, volez dans son empire, Plaisirs, prévenez tous ses voeux. C'est le plus grand Roi qui respire ; Qu'il soit toujours le plus heureux.

Zirphée

Après avoir servi sa gloire. Il faut pour ses plaisirs nous unir aujourd'hui : Qu'un spectacle pompeux lui retrace l'histoire D'un illustre vainqueur qui ne cède qu'à lui.

Acte I

Scène 1

Amadis de Grèce, Le Prince de Thrace

Amadis de Grèce

Bientôt l'obscure nuit va s'emparer des Cieux ; Allons, Prince, marchons où m'attend la victoire ; Arrachons-nous aux charmes de ces lieux, Ils n'ont que trop contraint mon amour et ma gloire.

Le Prince de Thrace

Répondez, Amadis, à de tendres désirs : Mélisse sent pour vous la flamme la plus belle ; Mille appas sont ici le fruit de ses soupirs ; Quand son art à vos yeux rassemble les plaisirs, C'est son amour qui les appelle.

Amadis de Grèce

Ah ! C'est de cet amour que je fais mon tourment. Quand ce Palais s'offrit à mon passage, J'allais finir l'enchantement De la Princesse qui m'engage. Mélisse par ses soins me retint dans sa cour. Je crus que son accueil naissait de son estime ; Mais puisqu'il est l'effet de son fatal amour, Prince, je me ferais un crime De le nourrir par un plus long séjour.

Le Prince de Thrace

Pour prix d'une flamme si tendre Vous voulez qu'elle meure, et vous l'abandonnez ? Quoi ! Sa beauté ne peut-elle vous rendre Tout l'amour que vous lui donnez ?

Il lui montre le portrait de Niquée.

Amadis de Grèce

Tu sais l'objet à qui je rends les armes, Et tu peux me vanter de si faibles attraits ! Les yeux qui connaissent ses traits, Peuvent-ils trouver d'autres charmes ?

Le Prince de Thrace

Ah ! Pour mon coeur jaloux que de vives alarmes !

Amadis de Grèce

Ne tardons plus, assurons dès ce jour Et mes plaisirs, et ma mémoire. Qu'il est doux d'accroître sa gloire De ce qu'on fait pour son amour !

Il sort, et va avertir Mélisse.

Le Prince de Thrace

Je ne m'oppose plus au soin qui vous agite, Je combattais en vain un si pressant désir. Demeurez. Attendez, pour cacher notre fuite, L'instant que nous devons choisir.

Scène 2

Amadis de Grèce

La nuit se dissipe, une clarté magnifique éclaire les jardins : il y naît des berceaux, et des fontaines : une troupe champêtre suscitée par Mélisse, viens s'opposer au départ d'Amadis.

Amadis de Grèce

Ô Nuit, déploie ici tes voiles les plus sombres ; Sommeil, sous tes pavots assoupi tous les yeux ? Pour fuir de ces funestes lieux, Prêtez-moi le secours du silence et des ombres. Amour, obtiens pour moi qu'ils remplissent mes voeux ; Mon coeur a droit de le prétendre. Tu n'as jamais servi de si beaux feux, Ni satisfait d'amant si tendre. Ô Nuit, déploie ici tes voiles les plus sombres ; Sommeil, sous tes pavots assoupi tous les yeux. Pour fuir de ces funestes lieux, Prêtez-moi le secours du silence et des ombres. Que vois-je ! Quel prodige ! Ô cieux ! À quel Astre la nuit cède-t-elle ces lieux ! D'où vient qu'une beauté nouvelle Éclate ici de toutes parts ! Quel spectacle ! Qui vous appelle ? Et quel enchantement vous offre à mes regards ?

Scène 3

Choeur, Une Bergère, Amadis de Grèce

Choeur

Cédez à nos chansons, cédez à nos musettes. Jouissez en ces lieux des charmes les plus doux ; Les oiseaux, les échos de ces belles retraites, Pour vous y retenir s'unissent avec nous.

Une Bergère

L'Amour est pour le bel âge : Le plus tendre est le plus sages. L'Amour est pour le bel âge ; Livrons-nous à ses langueurs.

Choeur

L'Amour est pour le bel âge ; Le plus tendre est le plus sage. L'Amour est pour le bel âge. Livrons-nous à ses langueurs.

Une Bergère

Il se plaît dans nos bocages ; Pour blesser les coeurs sauvages, Il se cache sous les fleurs. L'Amour est pour le bel âge ; Le plus tendre est le plus sage. L'Amour est pour le bel âge ; Livrons-nous à ses langueurs.

Choeur

L'Amour est pour le bel âge ; Le plus tendre est le plus sage. L'Amour est pour le bel âge ; Livrons-nous à ses langueurs. Trop heureux ceux qu'il engage ! L'Amour est un esclavage ; Mais ses fers ont des douceurs.

On danse.

Une Bergère

Soins des amants, Transports charmants, Amour, enchante nos âmes : De tes douces flammes Viens remplir tous nos moments Sans soupirs, Sans désirs N'attendons pas de vrais plaisirs.

Amadis de Grèce

Cessez cette importune fête : C'est vainement qu'en ces lieux on m'arrête.

Scène 4

Mélisse, Amadis de Grèce

Mélisse

Quoi ! Barbare , tu pars, tu braves ma douleur ? Je n'ai pour t'arrêter que d'inutiles charmes ; Ingrat, mets-tu ta gloire à mépriser mes larmes ! Ton bonheur dépend-il de me percer le coeur ? Ah ! Plus je m'attendris, moins je te vois sensible ; Tu détournes les yeux, et déjà tu me fuis. Tu te fais un supplice horrible D'être encore aux lieux où je suis.

Amadis de Grèce

Mélisse, je ne puis obéir à la gloire...

Mélisse

Non, non, ne poursuis pas ce langage odieux. Je sais trop ce que je dois croire ; L'Amour, le seul Amour t'arrache de ces lieux. L'image de Niquée a porté dans ton âme Des feux dont tu fais ton bonheur.... Son nom même, son nom vient d'émouvoir ton coeur, Et tes yeux trahissent ta flamme.

Amadis de Grèce

Pourquoi voulez-vous m'engager Quand je suis sous les lois d'une autre ? Un coeur capable de changer Ne serait pas digne du vôtre.

Mélisse

Quoi ! Cruel, c'est donc peu de le voir dans tes yeux ! Tu m'oses faire encore un aveu si funeste ! Je ne t'ai donc offert qu'un amour odieux Et qu'un coeur que le tien déteste ? En vain j'ai rassemblé les plaisirs et les jeux, En vain j'ai de mon art épuisé la puissance ; Pour toi tout devenait affreux, Par mes soupirs et ma présence C'en est trop, le dépit succède à mon transport. Je ne te retiens plus, tu peux partir... Barbare, Va braver les périls que le sort te prépare. Cours, vole à ta Princesse, ou plutôt à la mort. À la mort ! Quoi ! Ton coeur la préfère à Mélisse ! Tu me quittes pour la chercher ! Mon désespoir, mes pleurs n'ont rien qui t'attendrisse !

Amadis de Grèce

Il ne m'est pas permis de m'en laisser toucher.

Mélisse

Suis-donc, cruel, une gloire fatale, Va périr pour d'autres appas. Que des monstres sur toi la rage se signale, Que cent géants affreux te livrent cent combats ; Et qu'un gouffre de flamme achevant ton trépas, Te vomisse expirant aux pieds de ma rivale.

Amadis de Grèce

Ô Ciel ? Peut-on former des voeux si pleins d'horreur ! Ah ! Fuyons, ma présence irrite sa fureur.

Scène 5

Mélisse

Mélisse

Le cruel m'abandonne, il fuit, il me déteste ; Dieux ! Quel supplice il me fait éprouver ! Je lui parais un objet plus funeste Que les monstres qu'il va braver. Hé bien, Ingrat, cède au feu qui t'entraîne Poursuis tes amoureux projets ; Mais en vain ta valeur te répond du succès. Tu t'es flatté d'une espérance vaine, Les monstres, les géants peuvent être défaits Mais tu ne peux vaincre ma haine.

Acte II

Scène 1

Amadis de Grèce, Le Prince de Thrace

Ils lisent ces mots, qui sont écrits sur le perron.

Amadis de Grèce

Les feux redoublent mon courage. C'est le dernier péril qu'il me reste à tenter, Cent monstres vainement m'ont opposé leur rage, Tu me les a vus surmonter ; Et je me suis fait un passage Teint du sang des géants qui voulaient m'arrêter. Mais qu'annoncent ces mots ! Il faut nous en instruire, Un seul peut passer dans ces feux, Un seul doit y trouver une gloire immortelle ; C'est l'amant le plus généreux, Et le Héros le plus fidèle.

Au Prince de Thrace.

Il s'avance pour traverser les flammes.

Amadis de Grèce

Ah ! Je connais ici ma flamme et ma valeur, Le sort va remplir sa promesse. Non, je n'en doute plus, je touche à mon bonheur, Je suis prêt de voir ma Princesse ; Mille secrets plaisirs l'annoncent à mon coeur. Cher Prince, sois heureux autant que je vais l'être, Puisse le Ciel combler tous tes désirs ; Ce n'est plus que par tes plaisirs Que les miens pourront croître.

Le Prince de Thrace

Arrête, et connais-moi.

Amadis de Grèce

Qu'entends-je ? Je frémis.

Le Prince de Thrace

J'oppose encor ce bras à ton audace. Combats dans le Prince de Thrace Ton rival et ton ennemi.

Amadis de Grèce

Ciel !

Le Prince de Thrace

Plus charmé que toi des traits de ta Princesse, Et réduit par son choix à n'en espérer rien, Je voulais troubler ta tendresse ; Tout mon bonheur était de traverser le tien. Pour te retenir chez Mélisse, De ton départ j'ai couru l'avertir : Mes soins ont été vains, tu trouves tout propice, Moi seul à ton bonheur je ne puis consentir. C'est pour moi le dernier supplice : Ton trépas ou le mien saura m'en garantir.

Amadis de Grèce

Traître, perfide Ami, quelle rage te guide ?

Le Prince de Thrace

Ah ! Ne m'accable point de ces noms rigoureux. Nos vertus dépendaient du succès de nos voeux ; Et tu serais l'ami perfide, Si tu n'étais l'amant heureux.

Il traverse les flammes.

Amadis de Grèce

En vain tu prodigues ta vie, Ton sang me fut trop cher pour y tremper mes mains ; Je veux punir ta perfidie En te forçant de voir le bonheur que tu crains.

Scène 2

Le Prince de Thrace

Il sort et va implorer le secours de Mélisse. Le perron enflammé se brise au bruit du tonnerre, et laisse voir la Gloire de Niquée, où elle paraît sous un pavillon magnifique, au milieu des chevaliers et des princesses, enchantés avec elle.

Le Prince de Thrace

Il m'échappe, il brave ma rage ; Allons, il faut le suivre au milieu de ces feux. Mais quel pouvoir secret m'en défend le passage ? Tout se brise... Ô destin, faut-il le voir heureux. Mélisse, c'est à toi de venger mon outrage.

Scène 3

Niquée, Amadis de Grèce, Un Chevalier Enchanté, Choeur, Une Princesse Enchantée

Niquée

Qu'entends-je ? De quel bruit ont retenti ces lieux ? Ciel ! Est-ce mon Héros qui paraît à mes yeux ?

Amadis de Grèce

Oui, Princesse, c'est moi, c'est moi qui vous adore. De mon amour douterez-vous encore ? Un prix trop éclatant couronne mes exploits ? Je vous vois, je vous aime, et je puis vous le dire. Non, à tous les transports que je sens à la fois Tout mon coeur ne saurait suffire.

Niquée

Qu'il m'est doux d'enflammer d'une si vive ardeur Un favori de la victoire... ! Mais, n'est-ce point un songe ? Êtes vous ce vainqueur ? Vois-je cet Amadis si chéri de la gloire ? Mes v[o]eux, faut-il vous croire ! Ah, vous n'êtes que trop d'accord avec mon coeur ! Qu'ai-je dit ? Où m'emporte un excès de tendresse ?

Amadis de Grèce

Craignez-vous de me faire un aveu si charmant ?

Niquée

Non, vous savez trop ma faiblesse, Je la cacherais vainement. Mais pourquoi mon amour craindrait-il de paraître ? Dois-je rougir des traits dont je me sens blesser ? La gloire, hélas ! Peut-elle s'offenser D'une flamme qu'elle a fait naître.

Amadis de Grèce

Ah ! J'éprouve en cet instant même Le moment le plus doux de mon plus heureux jour. Vous m'aimez, ma gloire est extrême, Et mon bonheur égale mon amour.

Niquée

L'éclat de vos vertus et celui de vos armes Engageaient le Ciel même à couronner vos voeux : Que ne redouble-t-il mes charmes, Pour vous rendre encor plus heureux !

Niquée

Cédons-nous l'un à l'autre une douce victoire, Unissons à jamais nos coeurs et nos désirs. Votre amour fait toute ma gloire, Il fait lui seul tous mes plaisirs.

Les Chevaliers et les Princesses de diverses Nations, qui étaient enchantés avec Niquée, célèbrent son bonheur et la gloire d'Amadis.

Niquée

Témoins d'une si belle flamme, Vous qu'avec moi Zirphée enchanta dans ces lieux, Par les chants, par les sons les plus harmonieux Célébrez l'ardeur de notre âme.

Un Chevalier Enchanté

Chantons une beauté qui charme tous les coeurs, Offrons à ses désirs la plus galante fête ; Ses attraits ont fait la conquête Du vainqueur des vainqueurs.

Choeur

Chantons sa victoire, Célébrons sa gloire.

Une Princesse Enchantée

Célébrons Amadis et ranimons nos voix. Son bras et ses vertus forcent tout à se rendre ; Les charmes les plus doux et le coeur le plus tendre, Sont l'heureux prix de ses exploits.

Choeur

Chantons sa victoire Célébrons sa gloire.

Un nuage qui avance sur le théâtre, s'ouvre et fait voir Mélisse sur un dragon.

Une Princesse Enchantée

Suivons un doux penchant, formons d'aimables noeuds. Pourquoi passer nos jours à nous contraindre ? Quand l'Amour dans nos coeurs vient allumer ses feux, Rien ne doit les éteindre. Les maux qu'on en peut craindre Sont doux à souffrir : Loin de nous en plaindre, Craignons d'en guérir.

Scène 4

Mélisse, Amadis de Grèce

Des Démons enlèvent Niquée.

Mélisse

Tremble, Amadis , tu vois ce qui m'amène, Ma présence t'annonce un supplice fatal. Démons, venez servir ma haine, Transportez son amante où l'attend son rival.

Amadis de Grèce

Ô Ciel !

Mélisse

Que la fureur, que la rage inhumaine Détruisent ce Palais si cher à tes désirs. Va, porte en d'autres lieux tes cris et tes soupirs. Que ton heureux rival jouisse de ta peine, Et que ton désespoir croisse par ses plaisirs.

Amadis de Grèce

Arrête, implacable Furie. Ô Dieux, me livrez-vous à cette barbarie ?

Acte III

Scène 1

Amadis de Grèce

Il s'appuie sur un arbre, et le murmure des ruisseaux le tire de son abattement.

Il regarde dans la fontaine.

Il tombe évanoui sur un gazon.

Amadis de Grèce

Que deviens-je ! Où m'emporte un désespoir affreux ! Je traverse au hasard les forêts et les plaines, Je fais tout retentir de mes cris douloureux Et partout mes plaintes sont vaines. Vous, dont le bruit se mêle à mes tristes accents, Coulez, charmants ruisseaux, répondez-moi sans cesse, Murmurez avec moi des maux que je ressens. Hélas ! On m'a ravi l'objet de ma tendresse ; D'inutiles soupirs, des regrets impuissants Sont l'unique bien qu'on me laisse. Vous dont le bruit se mêle à mes tristes accents, Coulez, charmants ruisseaux, répondez-moi sans cesse, Murmurez avec moi des maux que je ressens. Mais je connais cette grotte enchantée, Ses eaux de leur destin instruisent les amants. Il faut que mon âme agitée Y trouve du secours, ou de nouveaux tourments. Que vois-je ! Ô coup mortel ! Puis-je en douter encore ? Mon rival aux genoux de l'objet que j'adore ! Tous deux semblent contents. Est-il possible, ô cieux ! Ah ! La parjure ! Ah ! L'infidèle ! Hélas ! Il est trop vrai... Je le vois à ses yeux : La perfide lui jure une ardeur éternelle. Ô sort, je puis enfin défier ton courroux ; Voilà le dernier de tes coups.

Scène 2

Mélisse, Amadis de Grèce, Choeur, Choeur De Magiciens

Mélisse

Hé bien, es-tu contente, inhumaine Mélisse ? Son coeur d'assez de maux se sent-il déchirer ? Cruelle, assouvis toi de son dernier supplice, Et jouis du plaisir de le voir expirer. Quoi ! je puis vouloir qu'il expire ! Non, non, le même coup me ravirait le jour. Hélas ! Plus je le vois et plus mon coeur soupire : Ciel ! Tout mourant qu'il est, qu'il m'inspire d'amour ! Qu'il vive. Opposons-nous à sa langueur mortelle. Amadis, Amadis : Vivez. C'est trop souffrir. Reconnaissez la voix qui vous appelle, Cher Prince.

Amadis de Grèce

Ah ! Laissez-moi mourir.

Mélisse

Pour un indigne coeur, faut-il tant s'attendrir. Votre Princesse est infidèle. Vivez !

Amadis de Grèce

Non, laissez-moi mourir.

Mélisse

Quoi ! Vous ne perdez point cette cruelle envie ? Vous verrez sans pitié mes soupirs et mes pleurs ! Hélas, si vous mourez, je meurs ; Voulez-vous m'arracher la vie ?

Amadis de Grèce

Malheureux, n'est-ce point quelque charme trompeur ? Mes yeux l'ont-ils bien vu... ? Quelle faiblesse extrême ! Lâche, pour tromper ma douleur, Je cherche à m'abuser moi-même. Quoi ! Cet objet de mon amour, Pour qui je fus rebelle à tous les autres charmes Lui, pour qui Mélisse en ce jour M'a vu braver sa fureur et ses larmes...

Mélisse

Le cruel ! Il m'outrage, et sait que je l'entends.

Il tire son épée pour s'en frapper, Mélisse s'en saisit.

Amadis de Grèce

Ce coeur dont j'attendais le bonheur de ma vie, Me livre aux plus cruels tourments. Le même jour, témoin de ses serments, L'est aussi de sa perfidie. Et je vis ; ma douleur n'a pas tranché mes jours Il faut donc de ce fer emprunter le secours.

Mélisse

Arrêtez, Amadis.

Amadis de Grèce

Ah ! Barbare Mélisse, N'est-ce donc pas assez de maux que j'ai soufferts ? Mes tourments vous sont-ils si chers Pour ne pouvoir souffrir que la mort les finisse ?

Mélisse

Ne peux-tu sans mourir, terminer ton supplice ? Consens à de nouveaux soupirs : N'aime plus qui te hait, et ne hais plus qui t'aime. Mes soins préviendront tes désirs, J'en ferai mon bonheur suprême ; Mon amour sur tes pas conduira les plaisirs, C'est assez qu'avec eux tu me souffres moi-même. Non, non, vos voeux offerts, et les miens méprisés Ne me rendront point infidèle. Gardez ces vains plaisirs que vous me proposez, Je ne veux rien de vous, Cruelle, Que le trépas que vous me refusez.

Mélisse

Quoi ! toujours charmé d'une ingrate, Ne saurais-tu calmer tes injustes rigueurs ?

Amadis de Grèce

En vain sa perfidie éclate, Je l'aime encor pour comble de malheurs. Vous me l'avez ravi cet objet que j'adore ; Vous avez servi mon rival ; Sans vous, sans ce secours fatal, L'ingrate m'aimerait encore. Je ne puis trop vous détester, Tous mes malheurs sont votre ouvrage. Inhumaine, achevez... Qui peut vous arrêter, N'osez-vous dans mon sang consommer votre rage ? Je voudrais pour vous irriter, Pouvoir vous faire encor quelque nouvel outrage : Frappez, vous devez vous hâter Je sens qu'à chaque instant je vous hais davantage.

Des Démons volants brisent les ornements de la fontaine, ils déracinent les arbres, et renversent les rochers, l'Amour effrayé s'envole, et le théâtre se change en un enfer.

Des magiciens viennent à la voix de Mélisse et se préparent à servir sa fureur.

Il sort des monstres du sein de la terre, il tombe une pluie de feu.

Mélisse

Je cède enfin, c'est trop souffrir, Mon coeur à sa rage se livre ; Mais, n'espère pas de mourir, Cruel, dans les tourments je veux te faire vivre. Que l'horreur règne en ces déserts, Qu'ils deviennent pour lui l'image des enfers. Et vous de mes fureurs, Ministres redoutables, Accourez, accourez ; venez servir mes voeux. Faites naître en ces lieux des monstres effroyables, Qu'on n'y respire que des feux. Qu'on ne puisse inventer des horreurs comparables.

Les Monstres et les Démons s'unissent pour le supplice d'Amadis.

Choeur

Nous sommes prêts à servir ta fureur. Exerçons à ses yeux un funeste ravage, Que le barbare apprenne à redouter ta rage, Jetons dans ses esprits l'épouvante et l'horreur.

Choeur De Magiciens

Tremble, Amadis, crains la mort, crains les fers : Cet embrasement, ce ravage, Les rochers renversés, les abîmes ouverts, Sont les essais de notre rage.

Amadis de Grèce

À quoi par ces horreurs pensez-vous me contraindre ? Amadis peut mourir, mais il ne saurait craindre.

Choeur

Tremble, Amadis, crains la mort, crains les fers : Cet embrasement, ce ravage, Les rochers renversés, les abîmes ouverts, Sont les essais de notre rage.

Acte IV

Scène 1

Le Prince de Thrace, Mélisse

Le Prince de Thrace

Je parais Amadis, aux yeux de la Princesse, Elle me jure une fidèle ardeur. Mais c'est à mon rival que son serment s'adresse, Et vous trompez ses yeux sans séduire son coeur. Que me sert ce secours ? Elle est toujours la même : Rien ne brise le noeud que son coeur a formé. Plus elle assure qu'elle m'aime, Plus je connais qu'Amadis est aimé.

Mélisse

Demeurez en ces lieux, attendez la Princesse : Je veux rendre Amadis témoin de vos discours, Pour voir l'ingrat sensible à ma tendresse, Il faut de son dépit emprunter le secours.

Le Prince de Thrace

Quoi ! Devant la Princesse Amadis va paraître ?

Mélisse

Ne craignez rien ; ses yeux doivent le méconnaître.

Scène 2

Le Prince de Thrace

Le Prince de Thrace

Hélas ! Rien n'adoucit l'excès de mon malheur. Vous, flots impétueux qui battez ce rivage, Non, jamais les vents en fureur N'ont excité sur vous un plus affreux orage Que celui qui trouble mon coeur. Je me sens pénétré d'une secrète horreur, Tout l'accroît, rien ne la soulage. Je trahis mon ami sans servir mon ardeur ; Mon innocence et mon bonheur Ont fait ensemble un funeste naufrage. Vous, flots impétueux qui battez ce rivage, Non, jamais les vents en fureur N'ont excité sur vous, un plus affreux orage Que celui qui trouble mon coeur. On vient, la Princesse s'avance, Contraignons-nous en sa présence.

Scène 3

Niquée, Le Prince de Thrace

Niquée prend le Prince de Thrace pour Amadis.

Niquée

Amadis, tout nous rit en ce charmant séjour : Mélisse cède à notre amour ; En faveur de nos feux elle a vaincu sa haine. Une nouvelle Fête en ces lieux, dans ce jour, Va par son ordre encor célébrer notre chaîne. Bientôt un doux hymen comblera nos désirs... Mais cet air interdit m'apprend que je m'abuse ; Quoi ! Tout conspire à nos plaisirs, Et votre coeur seul s'y refuse !

Le Prince de Thrace

Ah ! Mon trouble est l'effet de l'excès de mes feux : Si je vous aimais moins, je serais plus heureux.

Niquée

Ciel ! Que me dites-vous ! Ma surprise est extrême. Puis-je entendre ces mots d'une bouche que j'aime ? Est-ce ainsi qu'on doit s'enflammer ? Un coeur vraiment touché chérit son esclavage Le mien, en vous aimant, autant qu'il peut aimer, Voudrait encor vous aimer davantage.

Le Prince de Thrace

Non, votre coeur pour moi n'est pas assez épris. La gloire seule allume votre flamme : Vous cédez à l'éclat du grand nom d'Amadis, Plutôt qu'à l'ardeur de mon âme.

Niquée

Je n'entends rien à ce détour ; Mais tout m'est cher en vous, et la gloire et l'amour Promettons-nous cent fois la plus vive tendresse, Que rien n'en finisse le cours. Le plus doux des plaisirs est de s'aimer sans cesse, Et de se le dire toujours. Ce concert nous annonce une fête galante, Voyons les jeux qu'on nous présente.

Scène 4

Conducteur De La Fée, Choeur, Matelot, Niquée

Une troupe de Matelots vient, par l'ordre de Mélisse, exécuter les jeux qu'elle a fait préparer.

Conducteur De La Fée

Goûtez, malgré les vents, la plus charmante paix Ne craignez plus le naufrage. Vivez heureux, triomphez à jamais Des écueils et de l'orage.

Choeur

Goûtez, malgré les vents, la plus charmante paix. Ne craignez plus le naufrage. Vivez heureux, triomphez à jamais Des écueils et de l'orage.

Matelot

Le vent nous appelle, La saison est belle, Il faut s'embarquer.

Choeur

Le vent nous appelle, La saison est belle, Il faut s'embarquer.

Matelot

Pourquoi se défendre D'un commerce tendre, C'est perdre, qu'attendre ; Que pouvons-nous risquer ! Le vent nous appelle, La saison est belle, Il faut s'embarquer.

Choeur

Le vent nous appelle, La saison est belle, Il faut s'embarquer.

Matelot

Sans verser de larmes, Ni souffrir d'alarmes, Un port plein de charmes Ne peut nous manquer : Quand un coeur s'engage Au temps du bel âge , Les vents ni l'orage N'osent l'attaquer. Le vent nous appelle, La saison est belle, Il faut s'embarquer.

Pendant la fête, le Prince de Thrace aperçoit Amadis, et sort pour le combattre.

Choeur

Le vent nous appelle, La saison est belle, Il faut s'embarquer.

Niquée

Le chercherai-je en vain ? Que faut il que je pense ? Qui peut me ravir sa présence ? Cessez, jeux importuns, d'animer nos désirs : Vous ne sauriez calmer l'ennui qui me dévore. C'est dans les yeux du héros que j'adore Que mon coeur cherche ses plaisirs.

Scène 5

Mélisse, Niquée

Mélisse

Qu'ai-je vu, Dieux cruels !

Niquée

De quoi dois-je vous plaindre !

Mélisse

Apprends tout, je ne veux plus feindre... Sous les traits d'Amadis je t'offrais son rival, Et mon projet m'est devenu fatal.

Niquée

Ciel ! Qu'entends-je ?

Mélisse

Amadis a rempli sa vengeance ; Le Prince sous ses coups expire en ce moment.

Niquée

Pourquoi me trompiez-vous par cette ressemblance ?

Mélisse

Va, ne crains plus d'erreur : tu vas voir ton amant ; Mais tu ne le verras, que pour voir son tourment.

Acte V

Scène 1

Mélisse

Mélisse

Dieux ! Quelle horreur s'empare de mon âme ! Cruelle, dans quel sang veux-je éteindre ma flamme ! Mais l'ingrat m'y contraint, rien ne peut l'attendrir ; Plus je l'adore, et plus il me déteste. Ah ! Jouissons du moins de la douceur funeste De m'en venger et de mourir. On m'amène Amadis, et l'objet qui l'engage : Amour, sors de mon coeur, et laisse agir ma rage.

Scène 2

Niquée, Amadis de Grèce, Mélisse

Niquée

Ciel ! Sur qui sa fureur va-t-elle s'exercer ?

Amadis de Grèce

Épuisez sur moi seul votre haine implacable.

Niquée

Si notre amour a pu vous offenser, Ne frappez que mon coeur, il est le plus coupable.

Mélisse

Barbare, c'est par toi que je vais commencer.

Niquée

Ah, Ciel !

Mélisse

Mais d'où me vient cette pitié soudaine ? Par quel charme mon bras se sent-il arrêter ? Ah ! Ma flamme est encor plus forte que ma haine ; Et je sens tous les coups que je te veux porter.

Amadis de Grèce

Hélas ! De quoi vous sert la pitié qui vous presse, Quand je tremble pour ma Princesse ? Ah ! Voyez de quels maux elle sent la rigueur.

Mélisse

Quoi ! Peux-tu te flatter que son sort m'attendrisse ? Non, tu la plains, sa mort va faire ton supplice, Je veux te frapper dans son coeur.

Amadis de Grèce

Juste Ciel !

Mélisse

Mais c'est peu pour venger ma tendresse, Je te veux avec elle enchanter en ces lieux. Tu la verras mourir sans cesse ; Et le sang ruisselant du sein de ta Princesse, Sera l'unique objet qui frappera tes yeux.

Amadis de Grèce

Qu'entends-je ! Ciel, quelle furie ! Dieux, qui voyez ces projets inhumains, Protégez-vous la barbarie ? Que sert la foudre dans vos mains ? Ah ! Prévenez la cruelle Mélisse : N'attendez pas l'effet de son courroux. Que vos foudres vengeurs l'écrasent sous leurs coups, Ou que la terre l'engloutisse... Que dis-je, malheureux ! J'anime ses fureurs. Ah ! Je tombe à vos pieds, rendez-vous à mes pleurs ; Songez que notre amour a prévenu le vôtre. Quoi ! Voulez-vous punir nos coeurs D'avoir été faits l'un pour l'autre ?

Mélisse

Tes pleurs et tes soupirs sont vains ; Cruel, ils m'outragent encore.

Il s'abandonne à son désespoir, et s'appuie contre un rocher.

Amadis de Grèce

Ô mort ! Arrache-moi de ses barbares mains ; Ce n'est plus que toi que j'implore.

Mélisse

Mânes de son rival, Prince trop malheureux , Obéis à ma voix, sors du royaume sombre ; Pour un enchantement affreux, Mon art attend le secours de ton ombre. Viens te joindre avec moi pour contraindre le sort À servir ma fureur extrême ; Hâte-toi, sors des lieux où t'enchaîne la mort, Et viens m'aider à te venger toi-même. Mânes de son rival, Prince trop malheureux, Obéis à ma voix, sors du Royaume sombre ; Pour un enchantement affreux, Mon art attend le secours de ton ombre. Une noire vapeur s'élève dans les airs ; L'Ombre vient seconder ma rage.

Scène 3

L'Ombre du Prince de Thrace

Il disparaît.

L'Ombre du Prince de Thrace

Tes cris ont pénétré jusqu'au sombre rivage, Et je sors malgré moi du séjour des Enfers. Les Dieux vengeurs de l'injustice Protègent contre toi ces fidèles amants, Et m'imposent pour mon supplice Devenir t'annoncer la fin de leurs tourments.

Scène 4

Mélisse, Niquée, Amadis de Grèce

Elle veut avancer vers Niquée, et se sent arrêter.

Elle se frappe.

Mélisse

Ô Ciel ! Injuste ciel ! Barbare violence ! Quoi ! Je ne puis punir des mépris odieux ! Est-ce donc pour vous seul, impitoyables Dieux Que vous réservez la vengeance ? Non, non, malgré votre secours Il faut que ma rivale expire... Mais je le veux en vain... Vous défendez ses jours. Le Ciel et les Enfers, contre moi tout conspire. Je vous entends, grands Dieux, il faut finir mon sort, Et l'arrêt de sa vie est l'arrêt de ma mort. C'en est fait, Amadis, ta flamme est triomphante ; Ton ennemie expire, ou plutôt ton amante. Mais toi, ne me hais plus, pardonne à ma fureur Les maux que je t'ai voulu faire... Hélas ! Tu t'attendris, tu me vois sans horreur ; Voilà le seul état où je pouvais te plaire, C'était ton unique désir... Mais je m'affaiblis, je chancelle, Un froid mortel vient me saisir, Trop heureuse en tombant dans la nuit éternelle ; Si ma mort t'arrache un soupir.

Niquée

Que je la plains !

Amadis de Grèce

Que son sort est tragique !

L'Antre se change en un Palais éclatant, et Zirphée paraît sur un nuage.

Niquée

Mais, quel éclat ! Quels sons harmonieux ! Qui peut changer ces tristes lieux En un séjour si magnifique ?

Niquée

Que vois-je ? Est-ce Zirphée ? En croirai-je mes yeux ?

Scène 5

Zirphée, Amadis de Grèce, Niquée

Zirphée

Tous vos maux sont finis, cessez de vous en plaindre, Qu'un tendre hymen vienne les réparer. Votre amour n'a plus rien à craindre ; Qu'il n'ait plus rien à désirer.

Amadis de Grèce

Ah ! Pouvais-je espérer une faveur si grande ?

Niquée

Que ne vous dois-je point pour de si doux bienfaits !

Zirphée

Aimez-vous à jamais, C'est tout le prix que j'en demande. Vous, qui vous empressez pour servir mes désirs, Par mille jeux nouveaux, célébrez leurs plaisirs.

Scène Dernière

Choeur

Des Esprits, sous la forme de Guerriers, portent des drapeaux, où sont représentés les exploits d'Amadis. D'autres, sous la forme de divers Peuples, dont Amadis a soutenu la gloire, portent des couronnes ou des trophées : et d'autres, sous la forme des Beautés les plus fameuses, viennent rendre hommage à la beauté de Niquée.

Choeur

Que les ris, que les jeux règnent dans ces retraites : Formons les plus charmants concerts ; Que le bruit des tambours, que le son des trompettes, En fassent retentir les airs.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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