Prologue
Scène 1
Melpomène, Polimnie
Melpomène
De l'Antiquité mémorable J'ai chanté les héros fameux : Un temps moins reculé m'offre un sujet heureux, Qui par vos sons touchants, peut devenir aimable
Bruit souterrain.
Polimnie
Vous réglez tous mes mouvements, Vous m'inspirez le tendre et le terrible. Je ne saurais être sensible, Qu'en imitant vos sentiments.
Scène 2
Melpomène, La Magie, Polimnie, Ensemble
Melpomène
Mais, quel bruit !... La Magie à nos yeux se présente.
La Magie
Muses, je viens encor prête à remplis vos voeux, Faire servir mon Art à l'éclat de vos jeux.
Melpomène
Non, je voudrais en vain répondre à votre attente Dans le projet que j'entreprends.
La Magie
Eh ! Sans moi, pouvez vous enfanter ces miracles, Qui dans vos lyriques spectacles, Enchantent le coeur et les sens ? J'obscurcis le soleil, je fais trembler le terre ; Je déchaîne les vents, je soulève les mers : J'emprunte du ciel le tonnerre Pour effrayer, pour punir l'Univers : J'évoque du fonds des Enfers Les ombres pâles et plaintives ; Pour leur faire quitter les ténébreuses rives, Je force les prisons, et je brise les fers. J'imite de l'Amour le séduisant langage ; De ce tyran des coeurs j'égale le pouvoir, Et je fais comme lui, succéder à l'espoir Les regrets, les pleurs, et la rage.
La magie se retire.
Melpomène
Je veux moins effrayer, qu'intéresser les coeurs. Des noirs enchantements, des prestiges trompeurs, L'art terrible en ce jour ne m'est point nécessaire : La simple vérité, par ses attraits vainqueurs Peut surprendre, saisir, et plaire.
Melpomène
Mais, dois-je m'en flatter, si l'amour ne m'éclaire : Que pouvons nous sans son secours ? Amour, c'est à toi seul que nous avons recours.
Melpomène
En traçant de tes feux, la naïve peinture, Nous rendons tes traits plus puissants ; Pour prix de nos efforts, viens embellir nos chants.
Melpomène
Anime notre lyre !
Polimnie
Attendris nos accents.
Ensemble
Soit l'âme de nos jeux comme de la nature.
Scène 3
L'Amour, Melpomène, Choeur
Les jeux, les plaisirs et les grâces paraissent.
L'Amour
Muses, je m'intéresse aux succès de vos jeux. Chanter les douceurs que j'inspire, C'est préparer les coeurs à ressentir mes feux ; C'est leur apprendre à devenir heureux, C'est se soumettre à mon empire. Troupe légère à mes ordres soumise, Vous qui suivez toujours mes pas ; Pour seconder notre entreprise, Faites briller tous vos appas.
L'Amour
Heureux qui toujours amant Chérit un tendre esclavage ; S'il languit quelque moment, Quel plaisir l'en dédommage ! Jeunes coeurs, d'un feu constant Connaissez tout l'avantage ; Votre hommage Est le gage De bonheur qui vous attend ; Hâtez-en l'heureux instant : Que le prix vous encourage : L'Amour même vous en est garant. Heureux un coeur qui s'engage.
L'Amour
Loin de vos coeurs Les tristes plaintes, Les vives craintes Et les langueurs : Que dans ces lieux Tout s'empresse, Chantez sans cesse Mes traits et mes feux : Suivez le Dieu qui vous inspire, Ne craignez point un doux martyre, Non, non, point de soupirs ; Sous mon empire, Les maux font plaisirs.
Melpomène
Retraçons les premiers ans De ce héros célèbre dans l'Histoire, Qui fut depuis la terreur de Sultans : Il te consacra les moments Qu'un esclavage obscur dérobait à la gloire : Qu'importe que le sort ait trahi ses désirs ? Tu règnes par les pleurs, comme par les plaisirs.
Choeur
Unisson nous pour notre gloire, Qu'un même zèle anime nos efforts : Sur les coeurs attendris remportons la victoire, Par nos chants et nos accords.
Acte I
Scène 1
Scanderberg, Osman
Scanderberg
Enfin, Osman, le jour qui commence à nous luire, Sera-t-il le dernier de ma captivité ?
Osman
Princes, à vos desseins tout conspire ; J'ai su hâter l'instant de votre liberté. Ce peuple, que l'erreur enchaîne, Croit qu'aujourd'hui ses lois descendirent des Cieux. Les fêtes que ce jour ramène, Le tumulte et la pompe occupent tous les yeux : Cette nuit même ici venez vous rendre, Maître de ces jardins, puis tout entreprendre ; Vous pourrez fuir de ce séjour.
Scanderberg
Ô nuit ! Hâte-toi donc de triompher du jour ! J'entends la gloire qui m'appelle ; Ah ! qu'elle a de brillants appas ! La victoire vole autour d'elle ; Je vois la renommée attachée à ses pas ; Pour mériter leur faveur immortelle, J'irai braver mille trépas. J'entends la gloire qui m'appelle ; Ah ! Qu'elle a de brillants appas !
Osman
Vous pouviez borner votre gloire A voir ici l'Amour combler tous vos désirs ; Mais votre coeur dédaigne une douce victoire, Qui ne coûte que des soupirs.
Scanderberg
Ah ! Connais, cher Osman, le Prince d'Albanie. Je rougis d'un repos dont ma gloire est ternie ; En vain, par ses bienfaits réparant mes malheurs, Amurat attend-il que la reconnaissance Me fasse oublier ses fureurs : Mon trône renversé me demande vengeance ; L'Amour même en mon coeur ranime le courroux.
Osman
L'Amour ! Eh ! Quel objet a su toucher votre âme ? Pourriez-vous partager le flamme Que Roxane ressent pour vous ?
Scanderberg
À des yeux plus puissants mon âme est asservie : Cette illustre Princesse à qui le sang me lie, Dispose de mon coeur et doit armer mon bras.
Osman
Quoi ! La Princesse de Servie ?
Scanderberg
De l'heureux Amurat j'accompagnais les pas, Lorsque de la Princesse il attaqua le père ; Je la vis, je l'aimai, je sus même lui plaire : Aujourd'hui qu'Amurat désole ses États, Je cours la secourir ou chercher le trépas.
Osman
Jusqu'à la nuit vous devez encor feindre Je vous réponds de tout, songez à vous contraindre.
Scène 2
Scanderberg
Scanderberg
Ah ! Je jouis déjà de ces heureux instants Dont le fidèle Osman vient de flatter ma flamme ; Qu'avec plaisir je les attends ! Le calme renaît dans mon âme. Que ce jour est charmant et que ces lieux sont beaux ! L'espoir qui m'a flatté les embellit encore. Le chant des amoureux oiseaux, La fraîcheur des Zéphirs, les fleurs qu'ils font éclore, Le murmure flatteur de ces riantes eaux, Tout semble ici rendre hommage à l'aurore. Que ce jour est charmant et que ces lieux sont beaux ! L'espoir qui m'a flatté les embellit encore.
Scène 3
Roxane, Scanderberg
À Scanderberg.
Roxane
Toi qui pour ce héros fit naître mon ardeur, Amour ! Daigne en ce jour daigne fléchir son coeur. Je vous cherche toujours, je cède à ma faiblesse, D'une vaine fierté je ne suis plus maîtresse, Je viens vous confier mes déplaisirs secrets : Mais jusqu'en ce moment, songez que ma tendresse N'a parlé que par mes bienfaits. Vos jours étaient proscrits et j'ai su les défendre ; De mon amant, pour vous, j'ai fléchi la rigueur ; Et mes soupirs et ma langueur, Si vous aviez voulu m'entendre, Vous ont trop dit le prix qu'en demandait mon coeur.
Scanderberg
L'Amour sur nous doit-il obtenir la x²victoire ? De plus dignes objets demandent tous nos voeux ; Et mes malheurs et votre gloire Doivent nous garantir du pouvoir de ses feux.
Roxane
Cessez de prendre pour faiblesse Le plaisir d'une tendre ardeur ; Le péril en ces lieux l'accompagne sans cesse, Et le rend digne d'un grand coeur.
Scanderberg
Du jaloux Amurat vous trahissez la flamme...
Roxane
Je l'ai trahie, Ingrat, en te sauvant le jour ; Il allait par ta mort prévenir mon amour ; Il allait assurer le repos de mon âme. Que dis-je ; malheureuse, hélas ! Où m'emporte ma barbarie ? Non, Prince, je ne puis vouloir votre trépas, Ma pitié vous sauva la vie ; Dussiez-vous me haïr, je ne m'en repends pas.
Scanderberg
Non, je ne hais que moi d'avoir trop su vous plaire. Pour prix du jour que je vous dois, Faut-il vous exposer à toute la colère...
Les Sultanes paraissent.
Roxane
Ingrat, sois plus sensible et tremblex moins pour moi. Que ton rival, instruit du transport qui me guide, Revienne ici venger sa foi ; Qu'il plonge dans mon sein perfide Le fer qu'il a levé sur toi ; Sous le glaive mortel tu me verrais contente, Si de mon coeur mourant, le tien était le prix : Non, cruel, ce n'est point la mort qui m'épouvante, Et je ne crains que tes mépris. Des beautés de ce lieu la troupe ici s'avance.
Scanderberg
Le devoir m'avertit de quitter ce séjour.
Roxane
Voyez nos jeux, tout ici vous dispense Des dures lois de cette Cour ; La faveur d'Amurat, mon pouvoir, son absence. Prince, puissent nos jeux vous rendre tout l'amour Que m'inspire votre présence !
Scène 4
Roxane, Sultanes, Une Sultane, Choeur
Roxane
Que cette grotte s'embellisse, Que l'onde captive y jaillisse, Qu'elle en forme les ornements ; Pour les rendre encor plus charmants Qu'à nos concerts l'Écho s'unisse. Faisons tout retentir du doux bruit de nos chants.
On ouvre les fontaines et la grotte paraît un palais d'eau.
Sultanes
Que cette grotte s'embellisse, Que l'onde captive y jaillisse, Qu'elle en forme les ornements ; Pour les rendre encor plus charmants Qu'à nos concerts l'Écho s'unisse. Faisons tout retentir du doux bruit de nos chants.
Une Sultane
Les Ris, les Jeux, Le doux zéphyr Dans ces beaux lieux Fixent leur empire ; On est heureux Dès qu'on soupire, Tout y respire L'amour et ses feux. On gôute ici mille plaisirs, Tout suit nos désirs, Tout bannit nos peines, C'est le séjour de la beauté : Non, la liberté Ne vaut pas nos chaînes. Les Ris, les Jeux, Le doux zéphyr Dans ces beaux lieux Fixent leur empire ; On est heureux Dès qu'on soupire, Tout y respire L'amour et ses feux.
Roxane
Brillez, charmante Aurore.
Choeur
Régnez, Zéphirs délicieux.
Roxane
Riantes fleurs, empressez-vous d'éclore.
Choeur
Oiseaux, remplissez l'air d'un bruit harmonieux.
Roxane
Claires eaux, que votre murmure Rende encor nos concerts plus doux.
Choeur
Qu'à l'envi toute la Nature Célèbre ce jour avec nous.
Scène 5
Osman, Roxane, Scanderberg, Sultanes
Osman
Quittez, quittez ces jeux, mille chants d'allégresse Retentissent dans ce séjour, Et du Sultan vainqueur annoncent le retour.
Roxane
Juste Ciel !
Scanderberg
Ah ! Princesse ! Quel sera ton destin ? Que devient mon espoir ?
Osman
Déjà, pour lui marquer son zèle, Le peuple loin des murs l'est allé recevoir. Je vous laisse, et je vole où mon devoir m'appelle.
Roxane
Que je crains ses transports jaloux ! Cherchons à prévenir un trop juste courroux.
Sultanes
Qu'il revienne comblé de gloire, L'Amour l'attend dans ce séjour : Content des dons de la Victoire, Qu'il goûte ici ceux de l'Amour.
Acte II
Scène 1
Scanderberg
Scanderberg
Aux portes du sérail Amurat vient se rendre, Amurat en ce lieu m'ordonne de l'attendre ; Quel trouble affreux saisit mon coeur ! Fatal triomphe, odieuse Victoire, Chant importuns, d'allégresse et de gloire, Que vous me présagez d'horreur ! Qu'êtes-vous devenu, cher objet que j'adore ? Votre père gémit sous les lois du vainqueur ; Et pour comble de maux, j'ignore Si vous vivez, si vous m'aimez encore. Hélas ! Je veux en vain douter de mon malheur ! Fatal triomphe, odieuse Victoire, Chant importuns d'allégresse et de gloire, Que vous me présagez d'horreurs !
Scène Seconde
Scanderberg, Servilie, Ensemble
Scanderberg
Que vois-je ! Quel objet !
Servilie
Où suis-je ! justes Cieux ! Ah ! Cher Prince, est-ce vous ?
Scanderberg
Est-ce vous, ma Princesse ?
Ensemble
Mon coeur n'ose en croire mes yeux.
Servilie
Par l'ordre d'Amurat on m'amène en ces lieux, Et c'est avec vous qu'on m'y laisse ! Ah ! Cher prince est-ce vous ?
Scanderberg
Est-ce vous ma Princesse ?
Ensemble
Mon coeur n'ose en croire mes yeux.
Scanderberg
Vous gémissez ici sous une dure chaîne.
Servilie
Non, le Sultan, touché de mes faibles attraits, Veut de ces lieux me rendre Souveraine, Et mon père, à ce prix, vient d'obtenir la Paix.
Scanderberg
Ô Ciel ! C'en est donc fait ; je vous perds à jamais.
Servilie
Le croyez-vous, qu'on puisse me contraindre À vous manquer jamais de foi ?
Scanderberg
Nous n'en serons que plus à plaindre.
Servilie
Non, je ne suivrai point une barbare loi : Si vous m'aimez, que puis-je craindre ?
Scanderberg
Le cruel Amurat punira vos mépris.
Servilie
La mort même, la mort n'éteindra pas ma flamme.
Scanderberg
Le bonheur de vous plaire est trop cher à ce prix.
Servilie
À ce prix, il m'est doux de régner dans votre âme.
Ensemble
Promettons-nous cent fois d'éternelles amours, C'est pour vous que mon coeur soupire.
Servilie
On va nous ravir pour toujours Le doux plaisir de nous le dire.
Scanderberg
J'ose encore espérer un destin plus heureux. Nous pouvons du Sultan prévenir la vengeance, Différez seulement un hymen odieux ; Et par l'appas trompeur d'une vaine espérance, Ménageons le moment d'échapper de ces lieux.
Servilie
Qu'il m'en coûtera cher ! Mais il faut me contraindre. Ménagez bien tous les instants ; Si j'aime assez pour vouloir feindre, Je sens que j'aime trop pour le pouvoir longtemps.
Scène 3
Amurat, Scanderberg, Servilie
À Scanderberg.
Amurat
Voyez, charmante Servilie, Quels sont mes premiers soins en entrant dans ces lieux ; J'ai permis qu'un Héros a qui le sang vous lie, Affranchi de nos lois, y parût à vos yeux. J'élève la Princesse à la grandeur suprême ; Tu dois partager son bonheur : Tu dois être flatté d'apprendre d'elle-même Et son triomphe, et mon ardeur.
Scanderberg
Quel coeur à tant d'appas ne rendrait pas les armes ?
Amurat
Ma flamme a pris naissance au milieu des alarmes, Dans le sein de la paix elle croît chaque jour, Jamais à mes regards n'ont brillé tant de charmes, Et jamais dans un coeur n'a régné tant d'amour. Que me sert ce tribut que l'Europe et l'Asie Offrent sans cesse à mes plaisirs ; Des plus rares beautés cette troupe choisie, Dont l'orgueil se nourrit de ses moindres désirs, Ne mérite plus mes soupirs, Ni l'honneur de ma jalousie. Je ne veux plus aimer ni voir que Servilie. Mais un si tendre amour éclate-t-il en vain ? Serez-vous insensible à l'ardeur qui m'enflamme ?
Servilie
L'intérêt de mon père a réglé mon destin.
Amurat
Ne devrai-je qu'à lui le don de votre main, Et ne puis-je espérer de régner dans votre âme ? Aimez, partagez les désirs D'un coeur fidèle. C'est pour une ardeur mutuelle Qu'amour garde tous ses plaisirs. Aimez, partagez les désirs, D'un coeur fidèle.
Servilie
Vous ordonnez, Seigneur ; que pourrais-je opposer ? Mais, malgré cette ardeur que vous faites paraître, Dans un hymen si prompt je vois l'ordre d'un Maître Que l'orgueil de mon sang ne peut me déguiser. Soyez plus généreux, respectez ma naissance : Souffrez que ma reconnaissance Fasse enfin dans mon coeur naître un juste retour.
À Scanderberg.
Amurat
Quoi ! Je pourrais devoir mon bonheur à l'amour ! Qu'au gré de vos désirs notre hymen se diffère, Tout déprendra de vous, c'est assez que j'espère. Conçois-tu le bonheur qu'on promet à mes feux ? Puisse l'Amour combler aussi tes voeux ! De tous les coeurs il exige l'hommage. Tout heureux que je suis en obtenant sa foi, Je le deviendrai davantage, Si tu peux l'être autant que moi. Venez, accourez tous, vous qui suivez ma loi.
Scène 4
Amurat, Choeur, Une Grecque, Choeur Des Grecques
Amurat
Unissez, unissez vos voix. Chantez mes feux, chantez la gloire de mes armes. L'Amour couronne mes exploits, Célébrez à jamais ses charmes.
Choeur
Unissons, unissons nos voix. Chantons ses feux, chantons la gloire de ses armes. L'Amour couronne ses exploits, Célébrons à jamais ses charmes.
Une Grecque
Après tant d'alarmes Succède un beau jour, Tout vous rend les armes, Cédez à l'Amour.
Choeur
Après tant d'alarmes Succède un beau jour, Tout vous rend les armes, Cédez à l'Amour.
Une Grecque
Recevez l'Empire Des mains du vainqueur ; Le vainqueur soupire, Recevez son coeur ; Tout conspire À combler votre bonheur.
Choeur
Après tant d'alarmes Succède un beau jour, Tout vous rend les armes, Cédez à l'Amour.
Choeur Des Grecques
À ses coups Livrons-nous, Que de charmes !
Une Grecque
Pourquoi le craignez-vous ?
On danse.
Choeur
Après tant d'alarmes Succède un beau jour, Tout vous rend les armes, Cédez à l'Amour.
Amurat
Venez dans mon Palais, adorable Princesse, Que de nouveaux honneurs signalent ma tendresse.
Acte III
Scène 1
Roxane
Roxane
Tout est prêt, le Vizir seconde mon envie ; Tremble Amurat ; la mort va punir ton forfait. Non, que sensible à ma flamme trahie, Je regrette des voeux dont un autre est l'objet, Perfide comme toi, mon coeur te justifie ; Mais, quand tu me ravis ce rang et ce pouvoir Que ton amour destine à Servilie, Mon orgueil, qui s'irrite, arme mon désespoir. Connais-toi mieux, faible Roxane ! Si le Sultan périt, l'Amour seul le condamne ; Cédons à nos destins, immolons Amurat, Du Ciel, qui le permet, suivons l'Arrêt suprême. Heureuse ! Si je puis attendrir un ingrat, Quand j'ose tout tenter pour le venger lui-même. Fureur, Amour, Secondez mon impatience ; Fureur, Amour, Régnez dans mon coeur tour à tour. Qu'importe quels motifs animent ma vengeance, Si les traits qu'elles lance Servent mon espoir en ce jour. Fureur, Amour, Secondez mon impatience ; Fureur, Amour, Régnez dans mon coeur tour à tour. Frappez d'intelligence.
Scène 2
Roxane, Scanderberg, Ensemble
Roxane
Je vais vous délivrer d'un tyran furieux. Princes, je vais venger vos frères. De nos lois les dépositaires Ne sauraient approuver un hymen odieux ; Et déjà le Vizir arme les Janissaires. Ce même jour, Amurat expire dans ces lieux.
Scanderberg
Le Vizir sert votre vengeance !
Roxane
Quand il implora mon appui, Et que pour sa grandeur j'employai ma puissance, Il me promit la récompense Qu'il va me donner aujourd'hui.
Scanderberg
Vous voulez qu'Amurat périsse ! Lui dont l'amour vous fit des jours si fortunés !
Roxane
C'est à vous que mon coeur en fait le sacrifice, Et c'est vous qui me condamnez ! Attendrai-je, qu'instruit des feux que dans mon âme L'Amour a fait naître pour vous, Il éteigne en mon sang une coupable flamme ? Que vous-même, à mes yeux, expiriez sous ses coups ! Je connais ses fureurs ; et son bras parricide Contre des jours si chers déjà me semble armé. Quelquefois il fait grâce à l'amante perfide, Mais jamais au rival aimé. Non, vous ne mourrez point ; qu'il soit notre victime. Meure avec le cruel, l'objet de ses amours !
Scanderberg
Ô Ciel ! Que dites-vous ?
Roxane
Dans l'ardeur qui m'anime, Perdre tout l'Univers, pour conserver vos jours, Ne me paraîtrait pas un crime.
Scanderberg
Ce ne sont point mes jours que vous voulez sauver ; Le choix d'une rivale arme votre colère.
Roxane
Ah ! Si la grandeur peut me plaire, Je n'en veux que pour t'élever. Par le trépas qu'a juré ma vengeance, Je vais te préparer des destins éclatants. Allons dans tes États chercher des combattants, Arme-toi ; ta valeur de permet l'espérance De renverser le trône des Sultans.
Scanderberg
Non ! Plutôt d'Amurat j'entreprends la défense.
Roxane
Quoi ! Prince, auriez-vous donc cessé de le haïr ?
Scanderberg
Ma haine est généreuse, et ne sait point trahir. Il commande aux sujets dont je suis né le maître. J'ai vu dans son palais mes frères égorgés ; Mais s'il faut me venger en traître, Ils ne seront jamais vengé. Quittez, quittez vous-même un dessein si barbare ; Craignez que le Sultan jaloux, Instruit de vos projets, ne prévienne les coups Que votre haine lui prépare. Rien ne vous sauverait d'un trop juste courroux ; Les traits que vous lancez, retomberaient sur vous.
Roxane
La frayeur d'une mort cruelle N'arrête point ici les grands projets : À force de la voir de près, Nous perdons notre horreur pour elle.
Scanderberg
Tremblez, du moins, si vous m'aimez ; En vain contre Amurat mille bras sont armés...
Roxane
Qu'il meurt le cruel ! Cette seule espérance Peut consoler mon coeur du refus de sa foi.
Scanderberg
C'est par moi qu'il faudra que leur fureur commence.
Roxane
Je saurai mourir après toi.
Scanderberg
Ah ! Quelle fureur vous entraîne ! N'écoutez en ce jour ni l'amour ni la haine.
Roxane
Ah ! Quelle fureur vous entraîne ! Partagez en ce jour mon amour et ma haine.
Ensemble
Ah ! Quelle fureur vous entraîne !
Scanderberg
N'écoutez en ce jour ni l'amour ni la haine.
Roxane sort.
Roxane
Je n'écoute en ce jour que l'amour et la haine.
Scène 3
Scanderberg, Choeur
Scanderberg
Contre une trahison si noire C'est à moi d'opposer un secours généreux. Si Roxane obtient la victoire, Elle immole Amurat et l'objet de mes feux. Qu'importe que j'écoute ou l'Amour; ou la Gloire, C'est assez de savoir que je les sers tous les deux.
Scanderberg sort.
Choeur
Immolons Amurat, immolons Servilie. Signalons-nous par des coups éclatants ; L'hymen est un crime aux Sultans.
Scène 4
Janissaires, Le Vizir, Scanderberg
Janissaires
Immolons Amurat, immolons Servilie. Signalons-nous par des coups éclatants ; L'hymen est un crime aux Sultans.
Le Vizir
Immolons Amurat, immolons Servilie.
Au Vizir.
Combat des Officiers du Sérail contre les Janissaires.
Scanderberg derrière le théâtre poursuit le Vizir.
Scanderberg
Rebelle ! c'est à toi de trembler pour ta vie.
Scène 5
Amurat, Choeur, Scanderberg, L'AGA des Janissaires
Amurat
Perfides, venez-vous dans ce sacré Palais Vous signaler par des forfaits ? Si vous bravez ma menace, Dans mon sang osez vous plonger. Frappez, consommez votre audace, Forcez le foudre à me venger.
Choeur
Ô ! De la Majesté trop invincible charme. Le respect nous abat, le remord nous désarme.
Amurat
Vous frémissez d'un projet odieux. Un si prompt repentir naît de votre impuissance. Tout votre sang versé par mon ordre, à mes yeux, À peine suffirait pour laver votre offense.
Choeur
Tu tiens dans tes mains notre sort.
Amurat
Rendez grâce à ma clémence ; Ne craignez plus une honteuse mort : Mais immolez-moi ma victime, Méritez votre grâce en servant ma fureur ; Par la mort du Vizir expiez votre crime.
Scanderberg
Il a perdu le jour, vous voyez son vainqueur.
Amurat
Ah ! C'est par toi que je respire, Je te dois la vie, et l'Empire. Avec toi désormais je veux le partager. Que tout fléchisse ici sous ta grandeur nouvelle, Je t'élève au rang du rebelle Dont ton bras vient de me venger.
Scanderberg
Ma récompense est assez belle ; Vos jours ne sont plus en danger. Mais la Princesse ? Ô Ciel !
Amurat
Ne crains plus rien pour elle. Je l'ai contrainte à fuir ce spectacle odieux, Et je te dois encor des jours si précieux. Triomphe, je veux que ta gloire Signale à jamais ce grand jour ; Et j'aime à dérober pour prix de ta victoire, Quelques moments, à mon amour.
L'AGA des Janissaires
Le Sultan dans tes mains a remis son tonnerre : Sous ses lois, fais trembler la terre.
Choeur
Le Sultan dans tes mains a remis son tonnerre : Sous ses lois, fais trembler la terre.
L'AGA des Janissaires
Vole à tes brillants exploits : Que ta valeur enchaîne la victoire. En suivant ton exemple, en écoutant la voix, Nous aurons part à ta gloire.
Acte IV
Scène 1
Servilie
Servilie
Hélas ! Tout gêne ici ma haine et ma tendresse, Contre un Vainqueur cruel je n'ose murmurer ; Je dévore mes pleurs, et du trait qui me blesse À peine j'ose soupirer. Mes yeux même, mes yeux, craignent de rencontrer Ce que je voudrais voir sans cesse. C'est ici qu'Amurat, pour fléchir ma rigueur, Doit emprunter l'éclat d'une fête nouvelle ; Il va bientôt m'offrir la suprême grandeur, Ah ! Quelle contrainte mortelle. Que dis-je ! En recevant un tel excès d'honneur, Je me trouve presque infidèle. Mais ton daner m'impose une loi si cruelle, Cher Prince ! Ton salut dépend de son errreur. Je renferme au fond de mon âme Tout l'amour qui m'a su toucher, Et je sens augmenter ma flamme De mes efforts pour la cacher.
Scène 2
Servilie, Scanderberg
Servilie
Ah ! Venez dissiper le trouble qui m'agite : Le sort est-il toujours conjuré contre nous ?
Scanderberg
Cette nuit-même, Osman répond de notre fuite.
Scanderberg
Quand par les regards les plus doux D'un rival odieux je flatte l'espérance, Mon amour en secret s'offense, De les voir s'adresser à quelque autre que vous.
Servilie
Daignez encor vous faire violence, Ménagez le sultan jaloux, Cachons lui notre intelligence, Qu'Amour exauce nos soupirs Qu'il rende vos alarmes vaines, Et qu'il comble tous nos désirs. Je ne puis dans nos tendres chaînes Être heureux que par vos plaisirs, Ni malheureux que par vos peines.
Scanderberg
Dure à jamais ce doux moment ! Je vous vois, vous m'aimez, mon sort est trop charmant.
Scène 3
Scanderberg, Roxane, Servilie
Scanderberg
Ô Ciel !
Roxane
Je viens d'entendre Et tes serments et tes soupirs ; Tu feignais de braver les amoureux désirs Cruel ! Ton coeur n'est que trop tendre.
Scanderberg
Ce coeur ne pouvait se donner, Il n'était plus en ma puissance Pardonnez à notre constance.
Roxane
Ingrat ! Je t'aime trop pour te la pardonner. Tu trahis donc mon espérance ? Hélas ! Je t'ai cru généreux ; Et j'attendais de ta reconnaissance Un destin plus heureux. Mais, ne crois pas éviter ma colère, Crains tout d'un coeur jaloux, Qu'un cruel mépris désespère
Scanderberg
Je me livre à votre courroux : Épuisez sur moi seul cette fureur extrême.
Servilie
Faites grâce à l'objet dont vos yeux sont charmés.
Scanderberg
Épargnez ce que j'aime.
Servilie
Épargnez ce que vous aimez.
Roxane
Une frayeur si tendre est un nouvel outrage.
Scanderberg
Laissez vous attendrir ?
Roxane
Souffrez autant que moi.
Scanderberg
Ah ! Quel supplice ! Quel effroi !
Roxane
Ah ! Quel désespoir quel rage !
Servilie
Quoi ! Nos pleurs seront sans pouvoir ?
Roxane
Non, il n'est rien qui me fléchisse.
Scanderberg
Au nom de tout l'amour que vous m'avez fait voir...
Roxane
Ingrat ! Il n'a pu t'émouvoir ; Espères-tu qu'il m'attendrisse ?
Scanderberg
Au nom de tout l'amour que vous m'avez fait voir... Que je sois le seul qui périsse.
Roxane
Vous périrez tous deux.
Scanderberg
Quel effroi ! Quel supplice !
Roxane
Quelle rage ! Quel désespoir !
Scène 4
Servilie, Scanderberg
Servilie
Quel trouble affreux s'empare de mon âme !
Scanderberg
Redoutez moins un impuissant courroux, Maître de son secret, je suspendrai ses coups ; Et je puis défier le courroux qui m'enflamme.
Servilie
Ah ! Que c'est un cruel tourment De trembler pour ce que l'on aime ! Un coeur est trop heureux de n'avoir, en aimant, Rien à craindre que pour lui-même.
Scène 5
Amurat, Choeur, Deux Scythes, Une Italienne
Amurat
Voyez, belle Princesse, embellir ces rivages. Par mes soupirs, par mes hommages, Je veux compter tous mes moments. Vous dont le destin m'a fait maître, Paraissez sous les ornements Des peuples qui vous ont vu naître : J'assemble dans ma Cour mille peuples divers ; Connaissez quel Vainqueur vous a rendu les armes. En me soumettant à vos charmes, Je vous soumets tout l'Univers.
Choeur
Régnez heureux Vainqueur, que tout cède à vos coups, Qu'à vos lois tout réponde; Triomphez, triomphez du monde, La beauté seule a droit de triompher de vous.
Deux Scythes
Dans nos bois L'Amour nous soumet à ses lois, Mais toujours notre choix Prévient ses traits pour notre hommage, Sans ardeur Peut-il être pour un coeur De vrai bonheur, Tout nous engage D'aimer davantage ; Quel plus doux partage !
Une Italienne
Splendete luci belle, Dilete stelle, D'amor fiete la face, Regna chi piace. Un bel viso, D'un sol riso, D'un solguarda, Scharsando, vince Chi vince il mondo.
Scène 6
Roxane, Amurat, Servilie
Roxane
Sultan, connais l'objet dont ton coeur est charmé, Ce Prince est ton rival ; ce rival est aimé.
En montrant Scanderberg.
Amurat
Ah quelle perfidie ! Le Vizir ! Servilie... Quoi ?... Tous deux interdits, Et leurs regards timides... Vous vous aimez, perfides ! Votre secret échappe, et je vous ai surpris. Tremblez vous recevrez le prix Dune coupable intelligence, Et c'est à mes bienfaits trahis, Que j'égalerai ma vengeance. Qu'on le charge de fers, et que bientôt la mort...
Servilie
D'avoir sauvé vos jours, est-ce la récompense ?
Amurat
Ah ! Crains pour toi le même sort. Tu m'énerves encor en prenant sa défense. Sortez.
Amurat
Régnez, haine, fureur, Régnez, jalouse rage. Perçons, perçons le coeur D'un ingrat qui m'outrage. Périsse qui m'ose offenser, Quelque amitié qui le défende ! Quel sang doit coûter à verser Quand l'Amour jaloux le demande ? Régnez, haine, fureur, Régnez, jalouse rage. Perçons, perçons le choeur D'un ingrat qui m'outrage.
Acte V
Scène 1
Choeur De Peuples
Choeur De Peuples
Ô jour heureux ! Ô jour de gloire ! Qu'à jamais dans nos soeurs en dure la mémoire.
Scène 2
Amurat
Amurat
Je partage les voeux que ce jour vous inspire, Rendez grâces au ciel, soutien de cet Empire ; Chaque instant marque ses bienfaits. Quand sur mes pas vous voliez à la Gloire, Il semblait guider mes projets ; Et si mon coeur soumis à de puissants attraits Vous a ravi l'éclat de la victoire, Vous en goûtez les fruits en recevant le Paix. Je vais pour l'affermir m'unir à la Princesse. Ses pleurs et ses attraits ont calmé ma fureur ; Doit-elle de nos lois redouter la rigueur ? À cet hymen l'Empire s'intéresse Et ce jour solennel en accroît la splendeur. Heureux ! Dans l'ardeur qui me presse, De pouvoir flatter ma tendresse De l'espoir de votre bonheur. Elle vient ; à l'envi marquez-lui votre zèle.
Scène 3
Choeur, Une Odalisque
Choeur
Régnez, régnez, heureux époux ! Que votre règne soit pour nous Une fête éternelle.
Choeur
Du bonheur de sa flamme Faisons retentir les airs, Et que l'heureux objet qui règne dans son âme Anime nos concerts.
à Servilie
Une Odalisque
Triomphez, triomphez du Sultan et de nous, Est-il un triomphe plus doux.
Choeur
Triomphez, triomphez du Sultan et de nous, Est-il un triomphe plus doux.
Scène 4
Choeur, Amurat, Le Muphti, Servilie
Les portes de la Mosquée s'ouvrent.
Choeur
Célébrons cette nuit, en prodiges féconde. Par un gage sacré me Ciel s'unit à nous.
Amurat
Des ordres du Prophète interprète fidèle, Qu'un autre soin partage votre zèle. Serrez, les doux lien Qui vont m'unir à Servilie. Témoin de ses serments, soyez garant des miens.
Le Muphti
Jusque-là ta fierté s'oublie ! Un Sultan par l'hymen ose engager la foi ! Ce serait te trahir, que de l'unir à toi.
Amurat
Qu'entends-je ! Quelle audace !
Le Muphti
Préviens la foudre qui menace.
Amurat
Quoi ! Tu m'oses braver ! Tout tremble devant moi.
Le Muphti
L'Univers t'est soumis, mais tu es à la loi.
Amurat
Je ne puis écouter que l'ardeur qui me guide, Princesse, votre aveu décide Assurez votre gloire et ma félicité.
Servilie
Quel temps pour un hymen ! Le Prophète irrité...
Amurat
Je saurai le calmer, si cet hymen l'offense.
Servilie
N'attirez point sur vous le céleste courroux.
Amurat
Venez, c'est trop de résistance.
Servilie
Laissez en paix un coeur qui ne peut être à vous.
Amurat
Vous m'auriez donc flatté d'une vaine espérance ? Le don de votre main suspendait seul les coups Que contre mon rival préparez ma vengeance.
Servilie
Je croyais sur moi-même avoir plus de puissance.
Amurat
Eh bien, il périra ce trop heureux amant, Et vous ordonnez on supplice, Il vient.
Scène 6
Servilie, Amurat, Scanderberg
Il veut se percer.
Servilie
Juste Ciel !
Amurat
Tu frémis. Assure mon bonheur ; sa grâce est à ce prix.
Scanderberg
Non, que plutôt mille fois je périsse.
Servilie
Que t'ai-je fait, cruel, et par quelle injustice Veux-tu que de ta mort, mes yeux soient le témoins ?
Scanderberg
Si je vous perds, en périrai-je moins ? Que sur moi le tyran épuise se furie ; Vous plaindrez mon destin, il 'ne jouira pas : Vos mépris, ses remords, vengeront mon trépas.
Amurat
Je cède à la fureur dont mon âme est saisie, Qu'il meure.
Servilie
Arrêtez... Quel effroi ! Je promets...
Scanderberg
Vous allez trahir qui vous adore.
Servilie
Ne me reproche rien, je fais ce que je dois.
Amurat
Venez donc et jurez... Vous balancez encore ?
Servilie
Je ne balance plus, Je meurs.
Scanderberg
Ô ciel !
Amurat
Cruelle Servilie.
Le Muphti et les imans rentrent dans la mosquée.
Servilie
Je te venge de mes rigueurs, À ses yeux je me justifie. Je perds pour toi l'amant pour qui je perds la vie. Hélas ! Il te fut cher, j'ai désuni vos coeurs : Contre votre repos j'armai la jalousie. Oubliez tous deux vos fureurs : Que ma mort vous réconcilie.
À Amurat.
Scanderberg
Non, je ne puis survivre à son destin fatal. Assouvis-toi, cruel ! Du sang de ton rival.
Amurat
Arrête... Es-tu content barbare ! Je ne puis soutenir ce spectacle d'horreur. Loin de moi, va pleurer notre commun malheur, Que s'il se peut la gloire le répare.