Opéra comique · 1763

Critique à l’opéra-comique

de Charles-François Panard

Représentation
≈ 22 min
Distribution
4 femmes, 4 hommes
Répliques
235
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Un Acteur H 56 ≈ 7 min 5
Raimond H 65 ≈ 6 min 5
L'Antiquité F 12 ≈ 2 min 1
Une Actrice F 10 ≈ 2 min 1
Un Procureur H 10 ≈ 1 min 1
Monsieur Clamart N 9 ≈ 1 min 1
La Nouveauté F 12 ≈ 1 min 1
Un Gascon H 7 ≈ 1 min 2
La Critique F 52 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La Critique à l'Opéra-Comique
Un Acteur absentabsent
Raimond absentabsent
L'Antiquité absentabsentabsentabsentabsentabsent
Une Actrice absentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Procureur absentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Clamart absentabsentabsentabsentabsentabsent
La Nouveauté absentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Gascon absentabsentabsentabsentabsent
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La Critique à l'Opéra-Comique

Scène 1

Raimond, Un Acteur

Raimond

Restons un moment ; laissez-moi regarder cette salle ; Qu'elle est riante ! Que cet aspect est beau ! Quel plaisir, si cela continuait jusqu'au dix-huit de mars !

AIR. Je ne suis pas si diable.

Un Acteur

Le jour où l'on commence, Le jour où l'on finit, D'une grande affluence Tout ceci se remplit. C'est de quoi je n'ose ma flatter.

Raimond

Volontiers on nous donne Le bon jour et l'adieu ; Mais on nous abandonne Vers le milieu.

Un Acteur

Nous nous sommes plaints plus d'une fois.

AIR. La serrure.

Raimond

C'est avec raison qu'il se frappe ; Nous avons à rendre contents Des censeurs à qui rien n'échappe, Beaucoup de frais, et peu de temps. Il faut tâcher que cela n'arrive point cette année... Vous soupirez ! Qu'avez-vous ? Votre esprit est furieusement agité !

Un Acteur

En deux mots, voilà notre situation.

Raimond

Elle n'est pas gracieuse ; mais j'espère que notre rossoli de Turin vaudra bien les gouttes d'Angleterre qui sont à des certains spectacles de cette fille.

Un Acteur

Je n'aurais aucune inquiétude, ma chère camarade, si l'ancien protecteur de l'Opéra-Comique nous avait tenu parole. Vous savez ce que Momus nous a promis.

AIR. Vivons comme le voisin vit.

Raimond

Il nous avait, pour aujourd'hui. Flatté de sa présence ; Il devait d'un solide appui Nous prêter l'assistance.

Un Acteur

Il nous avait même fait espérer qu'il amènerait ici la Critique, sa fille, pour mettre un peu de son fiel dans nos épigrammes.

AIR. Comme un coucou.

Raimond

D'où vient que ce Dieu nous oublie ? Manque-t-on de parole aux Cieux ? Et le vice de Normandie S'est-il introduit chez les Dieux ?

Un Acteur

Momus nous a donné trop de preuves de son zèle pour le penser ; je suis persuadé que sans une cause très grave, il n'aurait pas manqué à sa promesse.

Raimond

Je le crois comme vous ; il a subi plus d'un exil, et je vous dirai qu'hier, en passant, j'ai entendu parler de quelque chose : on nommait tout bas, Momus, la Critique, Jupiter.

AIR. Comment faire ?

Un Acteur

Ceci confirme mon soupçon : Sûrement à notre patron Il est arrivé quelqu'affaire. Je voudrais bien m'en éclaircir.

Raimond

Il faut tâcher d'y réussir.

Un Acteur

Comment faire ?

Raimond

Si vous alliez consulter l'Oracle de la Comédie-Italienne ?

Un Acteur

Non.

Raimond

Cet Oracle est moins sûr que celui de Chalcas. Vous avez raison, la presse est trop grande ; d'ailleurs,

AIR. Votre époux ejl de glace.

Un Acteur

Je m'en vais de Mercure Savoir cela. De toute l'aventure Il m'instruira. Il me vient une meilleure idée.

Raimond

Où le trouverez-vous ?

Un Acteur

À l'Opéra.

Raimond

Allez et revenez vite : en vous attendant, je vais donner audience aux trois personnes que vous voyez.

Scène 2

Un Procureur, Raimond, Un Gascon, Monsieur Clamart

Un Procureur

Madame, je suis un homme de Justice,

Raimond

Je le vois bien..

Un Gascon

Je suis un chevalier de la Garonne.

Raimond

Je l'entends bien.

Monsieur Clamart

J'ai l'honneur d'être un médecin.

AIR. Il était un Avocat.

Raimond

Qui vous amène en ce séjour ? Je le sens bien.

Un Procureur

C'est...

Un Gascon

Écoutez.

Un Procureur

Je viens pour...

Au Procureur.

Raimond

Que chacun parle à son tour, Tour, tour, tourlourirette. Commencez, Monsieur Gripos.

Un Procureur

Voici mon affaire en deux mots. Tous les Procureurs, mes confrères, m'ont député, pour vous porter leurs plaintes.

Raimond

De quoi ?

Un Procureur

Des traits de satyre, dont on nous accable ici tous les jours ; vous ne cessez de dire que nous sommes tous des Arabes, des corsaires.

Raimond

C'est la vérité...

Un Procureur

Hem !...

Raimond

Que nous le disons.

AIR. Non, je ne serai pas.

Un Procureur

Les couplets outrageants qu'en ces lieux on débite Toujours de notre épouse attaquent la conduite ; Et de quelque façon qu'une femme ait vécu, Un clerc sut l'attendrir, et le Maître est tondu. De plus,

Raimond

Voilà une belle affaire !

Un Procureur

Je viens vous prier de ne plus parler de nous à l'avenir.

Raimond

Si ce n'est que cela, vous pouviez vous épargner ce petit voyage ; il y a déjà du temps que nous avons résolu de ne vous plus mettre en scène : le Public ne peut plus vous y souffrir ; vous y feriez bientôt autant de mal qu'au Palais.

Un Procureur

Vous ne nous jouerez donc plus ?

Raimond

Non.

AIR. Au faubourg Saint-Antoine.

Il sort.

Un Procureur

Que d'exploits ma fureur vous prépare ! Vous verrez du grabuge : Je vous apprendrai Comme un Procureur gruge Lorsqu'il est outré. , Je ferai tomber un déluge De papier timbré. Tenez-moi parole ; je vous prie, sinon?

Raimond

À vous, Monsieur le Chevalier ; qu'est-ce qui vous amène ?

AIR. Les Trembleurs.

Un Gascon

L'injustice est évidente ; Sur ma province abondance, Votre satyre mordante Verse toujours ton poison. L'incomparable patrie Des arts et de l'industrie Doit-elle être ainsi flétrie ? J'en viens demander raison. Vos mauvais procédés.

Raimond

Vous avez tort de vous plaindre ; quelle injure vous a-t-on fait ?

Un Gascon

Quelle injure, cadedis ! Depuis vingt ans, et plus, vos pièces font farcies de Gascons.

Raimond

Il est vrai ; mais ce n'est pas sur vous que tombent nos traits de critique.

Un Gascon

Sur qui donc, cap de bious ?

AIR. Ton humeur est, Catherine.

Raimond

Sur une vieille coquette Qui chez elle vous reçoit, Sur le marchand qui vous prête, Sur un nigaud qui vous croit, Sur la veuve dont le coffre S'ouvre pour vous mettre en fonds ; Sur l'actrice qui vous offre Les débris de vingt Barons.

Il sort.

Un Gascon

Ceci change la thèse : touchez-là, je suis le meilleur de vos amis ; adoufias, ma Reine, adoufias.

Raimond

Approchez, Monsieur le Médecin ; c'est votre tour.

AIR. Bois de Boulogne.

Monsieur Clamart

Vous avez tort, en vérité De jouer notre Faculté ; Chacun aujourd'hui la révère. Le Docteur Ciamart, que vous voyez dans ma personne, vient se plaindre à vous des licences qu'on se donne sur votre Théâtre, dépens aux de la Médecine.

Raimond

Comme a fait autrefois Molière. Monsieur le Docteur Clamart, j'ai bien peur que vous n'ayez pris une peine inutile.

Monsieur Clamart

Se déchaîner contre un Corps si nécessaire à tous les autres, quelle audace !

AIR. Le bal du Cours.

Raimond

Par vous d'une grand'mère On recueille le bien ; Vous délivrez d'un frère Un cadet qui n'a rien. Vous ôtez un gardien À de jeunes fillettes ; Aux femmes, un époux Jaloux ; Aux fils, un vieux papa. Voilà Les plaisirs que vous faites. Il est vrai que vous rendez service à bien du monde.

AIR. Monsieur le Prévôt des Marchands.

Monsieur Clamart

Dans tous les maux nous voyons clair. Chanson que tout cela ! Notre profond savoir est connu de tout l'Univers.

Raimond

Comme on voit au fond de la mer.

Monsieur Clamart

Nous en connaissons l'origine.

Raimond

Comme je connais le grand Khan.

Monsieur Clamart

Nos yeux lisent dans la poitrine.

Raimond

Comme je lis dans l'Alcoran.

AIR. Des époux réunis.

Monsieur Clamart

Quand sa masse est épaisse, De lui nous venons à bout. Vous ne pouvez disconvenir des effets admirables que nous opérons sur le sang.

Raimond

Afin qu'il se purifie, Vous n'en laissez point du tout.

Monsieur Clamart

Quand le rhume vous accroche Notre secours est fort bon.

Raimond

Bon ! Souvent votre seule approche Le fait descendre de-là;

AIR. Le jus d'Octobre.

Monsieur Clamart

Le courroux enfin m'aiguillonne ; Pour punir ces traits insultants À jamais je vous abandonne.

Raimond

Tant mieux, j'en vivrai plus longtemps. Ce Monsieur Clamart a bien la mine de peupler l'endroit, dont il porte le nom... Mon camarade revient ; il aura sans doute appris des nouvelles de Momus.

Scène 3

Un Acteur, Raimond, Tous Deux

AIR. Turlutaine.

Un Acteur

Je n'ai pas perdu ma peine Et je viens d'être éclairci.

Raimond

Croyez vous que Momus vienne ?

Un Acteur

Turlutaine.

Raimond

Sera-t-il bientôt ici ?

Un Acteur

Turlutu, tantaléri. Je crois que vous ne Le verrez de longtemps ; Mercure, que je quitte, vient de m'expliquer le sujet de sa disgrâce. Ces jours passés il y a eu fête au céleste Palais ; Momus et la Critique, fa fille, y ont été invités, ainsi que tous les autres Dieux ; sur la fin du repas, l'ambro[i]sie, qu'on fit couler à longs traits, échauffa les esprits.

Raimond

Le Dieu de la raillerie s'est sans doute émancipé ?

AIR. Ô reguingué.

Air : Par bonheur ou par malheur.

AIR. Vous m'entende? bien.

Un Acteur

Minerve reçut son lardon ; Ils tirèrent sur Apollon : Leurs coups attaquèrent Junon ; Par une censure trop aigre Pluton fut traité comme un nègre, Saturne fut leur jouet, Plutus reçut son paquet , Neptune eut son épithète ; De sot, on traita Vulcain ; Cérès, de vieille coquette ; Et Bacchus, de sac-à-vin. Mars par eux fut nommé Gascon ; Mercure, intriguant et larron ; Ils ont dans leur rancune... Un peu plus que de raison ; le nectar leur donna si fort dans la tête, que lui et la Critique se livrèrent tout entiers à la médisance ; les traits partaient comme un éclair, rien ne fut épargné.

Raimond

Eh ! Bien ?

Un Acteur

Dit que Vénus est une. ... Vous m'entendez bien.

Raimond

Les Dieux, comme les hommes, n'aiment pas la vérité.

AIR. Comme un coucou.

Un Acteur

Pour Se venger de leur licence, Les Dieux, d'une commune voix, Ont ordonné, par leur sentence, Qu'ils se tairont pendant six mois. Non, le Conseil céleste résolut de punir le père et la fille.

Raimond

Le terme est long.

Un Acteur

Momus, pour ne rien voir qui l'excite à médire, s'est retiré dans un désert.

Raimond

Et la Critique ?

AIR. De tous les Capucins du Monde,

Un Acteur

Après quatre jours de silence, Sans pouls, sans voix, sans connaissance, Elle étouffait ; mais par bonheur, Pour elle on eut quelqu'indulgence, Et Jupiter, en sa faveur, Vient d'adoucir son ordonnance. Elle est d'un sexe à qui la défense de parler peut être mortelle longtemps ; aussi n'y aurait-elle pas résisté longtemps. Eu égard à la qualité de femme on lui a permis de parler, à condition quelle ne dira pas plus de trois syllabes.

Raimond

Trois syllabes ! C'est bien peu.

Un Acteur

Ce peu-là lui a conservé la vie ; je viens de la rencontrer ici près.

Raimond

N'y aurait-il pas moyen de l'attirer ici ? Peut-être nous sera-t-elle utile.

Un Acteur

Unissons-nous pour l'implorer.

AIR. Ô Pierre.

Raimond

Notre amour vous en presse, Venez auprès de nous.

Un Acteur

Soulagez la tristesse Qui nous accable tous.

Tous Deux

Déesse, Déesse, Nous languissons sans vous.

Scène 4

Raimond, La Critique, Un Acteur

AIR. À l'envers.

Raimond

Accourez à notre Opéra.

La Critique

M'y voilà.

Un Acteur

Soutenez notre début.

La Critique

C'est mon but.

Raimond

Nous ferez-vous des amis ?

La Critique

Si je puis.

Un Acteur

On dit que Jupiter a rendu contre vous un Arrêt ?

La Critique

Terrible.

Raimond

Et que vous ne pouvez proférer que trois syllabes à la fois ?

La Critique

Rien de plus.

AIR. Je suis un bon soldat.

Un Acteur

Suivez-vous cette loi ?

La Critique

Malgré moi.

Raimond

Quoi ! Jamais il n'arrive Qu'en faute vous soyez ?

La Critique

Vous voyez.

Un Acteur

Que cela vous captive ?

La Critique

Qu'y faire ?

AIR. Des fraises.

Raimond

Vous nous donniez des couplets, Qui nous faisaient connaître ; Vous ne pourrez désormais Nous fournir de pareils traits. Nous en souffrirons beaucoup. Avant cela,

La Critique

Peut-être.

Raimond

Peut-être ?

La Critique

Peut-être.

AIR. Si l'on vous demande à la porte.

Un Acteur

Sans palier les bornes prescrites Vous pourriez remplir, votre emploi. Comment !

La Critique

Je le crois.

Raimond

Avec trois syllabes petites, De tout nous rendrez-vous raiSon la critique ?

La Critique

Pourquoi non ?

Un Acteur

Je doute de ce que vous dites.

La Critique

Effrayez.

Raimond

J'y vois beaucoup de difficulté.

La Critique

Qu'importe ?

Un Acteur

Cela ne paraît pas possible.

La Critique

Oh ! Que si.

Raimond

Nous sera-t-il permis de vous interroger ?

La Critique

Volontiers.

Un Acteur

Que fait-on au spectacle de la rue Saint-Honoré ?

La Critique

Rien de trop.

Raimond

Dans la rue Mauconseil ?

La Critique

De l'argent.

Un Acteur

Au Faubourg Saint-Germain ?

La Critique

Des dettes.

Raimond

Comment trouvez-vous le premier ?

La Critique

Passable.

Un Acteur

Le second ?

La Critique

Florissant.

Raimond

Le troisième ?

La Critique

Tout à bas.

AIR. Un Berger de notre village.

Un Acteur

Pourparler suivant notre style, Il nous faut ici.... À merveille ! Mais,

La Critique

Quelques chants...

Raimond

Sur l'air d'un nouveau Vaudeville. Nous entendrez-vous ?

La Critique

J'y consens.

Raimond

Votre réponse est nécessaire.

La Critique

Vous l'aurez.

Un Acteur

En chanson pourrez-vous la faire ?

La Critique

Vous verrez.

Raimond

Nos camarades viennent à propos, pour vous seconder. Allons, Monsieur le Musicien.

La Critique

Commencez.

Scène 5

Un Acteur, La Critique, Une Actrice, Un Gascon, Marthon, Raimond

VAUDEVILLE.

Un Acteur

Si je ne ma fixe jamais, Je prendrai, quoiqu'on puisse dire, Quelqu'un de ces doux objets Que sur le théâtre on admire Femme de ce goût

La Critique

Est propre à tout... Détruire.

Un Acteur

Pour moi, je saurai choisir Une Agnès simple et naturelle Tous les jours, ah ! Quel plaisir ! Cette épouse tendre et fidèle Me souhaitera, Et m'aimera...

La Critique

Loin d'elle.

Une Actrice

Nous avons ici, dit-on Plus de trente amants dans nos chaînes, Quelle erreur ! Dans ce canton, Je connais nombre de Climènes Qui, pendant trois mois, N'en ont que trois...

La Critique

Douzaines.

Un Acteur

Je suis le tuteur heureux D'un objet qui me trouve aimable. Quand je suis loin de ses yeux, Cette belle est inconsolable Son plus doux espoir Est de me voir...

La Critique

Au Diable.

Une Actrice

Tous les jours, mon jeune amant Me promet un doux hyménée ; Quand il me voit un moment, De plaisir son âme est charmée Qu'il s'applaudira ! Quand il m'aura...

La Critique

Trompée.

Un Acteur

Plaideurs, que vous êtes fous De manger en procès vos terres ! Plus vite, et bien mieux que vous, Nous savons terminer nos guerres. On se va, chez nous, Battre à grand coups...

La Critique

De verres.

Une Actrice

Le savoir et le talent Aux tréSors ont droit de prétendre. Mon grand couSin, le traitant, Mieux que moi, pourra vous l'apprendre. Tout son revenu Vient d'avoir su...

La Critique

Bien prendre.

Un Gascon

Spadassins et fiers à bras , Ce fer-là craint peu votre brette. Je ne vous conseille pas D'attaquer un pareil athlète. Dans tous mes combats Toujours je bats...

La Critique

Retraite.

Une Actrice

Un jeune époux de vingt ans, Selon moi, n'est pas convenable Lorsque ; nos feux font constants, D'y répondre il est incapable. Un mari barbon Nous fait raison...

La Critique

À table.

Un Acteur

Qu'un mari nabot est laid Me disait l'autre jour Thérèse ! Puisqu'un grand homme est son fait, J'ai de quoi la mettre à son aise ; Car, certainement, Je suis un grand...

La Critique

Nicaise.

Une Actrice

C'est de la Cour que l'on tient Le bon goût, la mine gentille Mon origine en provient. Tout Paris dit que la famille De mon grand papa, Sortit de là...

La Critique

Courtille.

Un Acteur

Le beau Tircis que voilà, En voulant m'égaler, me pique. Du valet de trèfle il a Le minois grotesque et comique ; Mais ou voit en moi Le port d'un Roi...

La Critique

De pique.

Une Actrice

Il court un écrit charmant, Qu'à bon droit le Public admire. Monsieur dit publiquement, Que c'est lui qui l'a su produire.

Un Acteur

Et c'est, en effet, Moi qui l'ai fait...

La Critique

Transcrire.

Une Actrice

Des peintres les plus brillants, Cléon doit augmenter la liste ; Pour admirer ses talents, Maint auteur le fuit à la piste.

Un Acteur

On a bien raison ;

La Critique

Car je suis bon...

La Critique

Copiste.

Une Actrice

Vous voyez, dans ma maison, Tous les jours, accourir Clitandre. Que vous ensemble, Marthon ?

Marthon

Je crois qu'un hommage si tendre, Et des soins si doux, Sont pris pour vous...

La Critique

Surprendre.

Une Actrice

Ô les aimables époux Que l'on trouve dans cet asile ! Nous plaindre, est mal fait à nous. Leur humeur est douce et facile : Ils sont amusants Vifs, et charmants...

La Critique

En ville.

Un Acteur

Philis à mes feux répond. Dans les yeux j'ai vu qu'elle m'aime ; Pour mes rivaux, quel affront ! Pour mon coeur, quel plaisir extrême ! La Belle, je crois, N'aime que moi...

La Critique

Vingtième.

Une Actrice

Si des ennemis secrets Sont venus ici pour nous nuire, Contre eux aiguisez vos traits ; Dans ce jour, il faut les détruire. Quel bonheur pour nous ! S'ils crèvent tous...

La Critique

De rire.

Raimond

Vous avez réponse à tout, et vous vous en acquittez...

La Critique

De mon mieux.

Un Acteur

Je crois que Jupiter sera la dupe de sa vengeance.

Raimond

Peut-on vous demander ce que vous allez ; faire à présent ?

La Critique

Vous quitter.

Un Acteur

Que dites-vous, s'il vous plaît ?

La Critique

Que je pars.

Raimond

Tout à l heure ?

La Critique

Sur-le-champ.

AIR. Tout est dit.

Un Acteur

Quel sujet important vous presse D'abandonner sitôt ces lieux ! Demeurez avez nous, Déesse ; Contentez nos voeux.

La Critique

Je ne peux.

Raimond

À des faquins donnez encor la touche.

Un Acteur

Quoi ! Vous sortez ! Rien ne vous attendrit !

Raimond

Rien ne vous touche !

La Critique

Tout est dit.

Un Acteur

Elle nous est nécessaire ; ne l'abandonnez pas. Moi, je m'en vais donner audience à l Antiquité et a la Nouveauté que je vois s'approcher.

Scène 6

L'Antiquité, La Nouveauté, Un Acteur

AIR. En badinant, en folâtrant.

L'Antiquité

Je dois avoir la préférence.

La Nouveauté

C'est à moi qu'on la donnera.

L'Antiquité

Vous vous bercez d'une espérance Qui sûrement vous trompera. Vous avez trop de suffisance ; Ne comptez point donner le loi : Ce sera moi.

La Nouveauté

Ce sera moi.

L'Antiquité

J'ai des suffrages d'importance.

La Nouveauté

Les miens sont d'un meilleur aloi.

Un Acteur

Écoutons cette dispute.

AIR. Simone, ma Simone,

L'Antiquité

C'est n'avoir absolument Aucun jugement ; Oui, Déesse, encore un coup, Ce procédé m'étonne : Il ne vous sied point du tout, Ma petite mignonne. Quelles sont vos raisons ? Parlez. La Nouveauté vouloir avoir le pas sur l'Antiquité !

AIR. Du jus d'Octobre.

La Nouveauté

Un de mes regards en impose : Mieux qu'un discours sentencieux ; Ma jeunesse plaide ma cause ; Et mes Avocats, sont mes yeux. Il n'est pas besoin.

AIR. De notre cabane,,

L'Antiquité

Le vrai philosophe, L'auteur de bon goût, Viennent s'y fournir de tout. Quel orgueil ! Je n'en ai pas tant, moi qui rends tous les jours tant de services. Vous conviendrez avec moi, que les plus beaux esprits ont recours à mon magasin.

La Nouveauté

Vous donnez l'étoffe, Et c'est moi qui couds.

AIR. La Reine du Barostan.

L'Antiquité

J'ai vu le Grand Alexandre, J'ai vu Sénèque et Platon J'ai vu Priam et Cassandre, J'ai vu Brutus et Caton ; Dans l'histoire et dans la Fable, J'ai tout feuilleté, tout lu. Il est bien difficile de faire un bouquet, lorsque l'on a des fleurs à discrétion ! Il vous faudrait de l'expérience, et vous n'en avez point ; pour moi, j'ai vu Marius, Sylla, Pompée, Mithridate, Annibal, Scipion.

La Nouveauté

Vous seriez bien plus aimable, Si vous en eussiez moins vu.

AIR. Vieillards de Thésée.

L'Antiquité

Puis-je entendre et souffrir ce langage ! Dieux ! Que cet ouvrage Blesse mon coeur ! Quelle récompense ! Moi, qui lui dispense Tout ce que j'ai de meilleur, Pour prix de mon zèle, Je ne reçois d'elle Que peine et tourment ; Au Public, j'appelle De ce traitement. Allez, allez, vous devriez mourir de honte petite ingrate que vous êtes. Le ruisseau qui méconnut sa source, l'était moins mais j'en aurai raison, et je prendrai des arbitres, des arbitres.

Un Acteur

Tâchons de les accommoder. Eh ! De grâce, Mesdames, finissez ces vains débats ; sied-il à ces Immortelles de faire rire à leurs dépens ?

L'Antiquité

Ai-je tort ?

La Nouveauté

Est-ce ma faute ?

À la Nouveauté.

Un Acteur

Je vous conseille de ne point plaider avec la Nouveauté ; vous avez raison : mais elle gagnerait. Vous ne pouvez vous passer de l'Antiquité ; croyez-moi, faites lui une petite satisfaction.

La Nouveauté

Je le veux bien. Je vous allure, Déesse, que je n'ai eu aucun dessein de vous offenser, ne nous brouillons point, je ne vous prie ; je conviens de tous les avantages que vous avez sur moi ; et je les publierai partout.

Un Acteur

Êtes-vous contente ?

L'Antiquité

Je n'ai plus rien à dire.

AIR. Très volontiers, fort volontiers.

La Nouveauté

L'aveu que je vous fais, Répare toute offense.

L'Antiquité

Vous aurez déformais Part à ma bienveillance.

La Nouveauté

Terminons tout procès.

L'Antiquité

Très volontiers, fort volontiers, ma chère ; Que notre paix Dure à jamais.

Un Acteur

Vous ne sauriez mieux faire. Embrassez-vous de bonne amitié.

La Nouveauté

Que voulez-vous ?

Un Acteur

Mon droit de médiateur.

L'Antiquité

Vous serez payé d'une autre façon ; nous allons composer pour vous un Vaudeville, sur le vieux et le nouveau.

Un Acteur

Vous nous ferez plaisir.

La Nouveauté

Cela fera fait dans la minute.

Un Acteur

Tant mieux, nous nous en servirons terminer pour la petite fête que notre Maître de Ballet va donner ici dans un moment.

Vaudeville

AIR. Tu croyais, en aimant Colette.

AU PUBLIC.

AIR. Du jus d'Octobre.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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