Le Rêve
Scène 1
Chrysante, Florette
Chrysante
Eh ! Bien ; Florette, as-tu exécuté mes ordres ?
Florette
Avec toute la fidélité possible.
AIR. Du Confiteor.
Chrysante
Angélique est donc au couvent ?
AIR. Quand le péril est agréable.
Florette
Oui, Monsieur; votre aimable nièce ; Du cloître inutile ornement, Va bientôt sécher de tristesse Sans savoir par où, ni comment Elle a mérité ce tourment. Que, sans peine et sans répugnance, Je me conforme à son désir Et, que je mets tout mon plaisir Dans mon obéissance. Ah ! Monsieur, j'en pleurerai plus d'un jour. Si vous saviez avec quelle tendresse la pauvre enfant m'a embrassée, quand j'ai pris congé d'elle ! Elle m'a dit, les larmes aux yeux : ma chère Florette, assure bien cher mon oncle de mes respects ; dis lui :
Chrysante
Passons là-dessus.
Florette
C'est un rocher que ce vieux bourru-là.
Chrysante
As-tu vu Monsieur Anselme ?
Florette
Oui, Monsieur ; il sera ici dans un moment.
Chrysante
Tu peux aller à tes affaires : je n'ai plus rien à te dire.
AIR : Dans un amoureux mystère.
Florette
De vous on tient ce langage ; Que vous êtes un jaloux, Qui d'un rien prenez ombrage ; Le plus fâcheux des époux ; Un vrai sauvage, Plus fou cent fois que les fous Que l'on encage. Oh ! J'ai à vous parler, moi : il faudrait être dépourvu de tout sentiment pour demeurer dans le silence. En bonne foi, Monsieur, faites-vous les actions d'un homme sensé ? Est-il possible qu'un notable comme vous, un personnage versé dans les lois se donne un pareil ridicule ? Savez vous bien comme on vous traite dans le monde ? On dit que vous êtes un homme impraticable, ennemi déclaré de tout plaisir et de toute société ; en un mot que le vieux hibou desséché que vous avez fait clouer sur votre porte cochère, sont des armes parlantes. Voilà ce que j'avais à vous dire, faites en votre profit.
Scène 2
Chrysante
Chrysante
Tous ces dictons-là ne m'empêcheront pas d'aller mon train. J'aperçois Monsieur Anselme ; c'est un bon voisin et un ancien ami : ses conseils peuvent m'être de quelqu'utilité.
Scène 3
Anselme, Chrysante
Anselme
Bonjour à Monsieur Chrysante.
Chrysante
Votre serviteur très humble, Monsieur Anselme.
Anselme
Je viens d'apprendre une étrange nouvelle. On dit que vous avez fait mettre Angélique au Couvent.
Chrysante
On vous a dit la vérité.
AIR. Place au Régiment de la Calotte.
Anselme
Ce procédé n'est pas humain. D'où vient ce bizarre dessein ? J'en suis surpris ; car votre nièce Est une exemple de sagesse.
Chrysante
Des amants je sais le trantran. C'est pourquoi j'ai formé le plan...
Anselme
De porter la marotte ; Et plan, plan, plan, Place au Régiment de la Calotte.
Chrysante
Voici ma raison, qui est, ce me semble, très sensée. Un long usage du monde m'a fait connaître que dans la maison où il y a une jeune femme et une fille à marier, celle-ci sert de prétexte aux amants de la femme. Je ne veux point chez moi de ces amours équivoques. En un mot, je veux voir clair dans mes affaires.
Anselme
Ceci serait fort bon, si vous aviez une femme coquette. Mais vous devez être sûr de Julie.
Chrysante
Pas autrement : je vous avouerai même confidemment que je crains quelqu'intrigue secrète : allez, allez ; si j'en pouvais faire d'elle autant que de ma nièce....
AIR. Que faites-vous, Marguerite ?
Anselme
On aime un époux facile, Chez qui régné la douceur. Vous l'enfermeriez ? Quelle folie ! Ce n'est pas le moyen de ramener une femme.
Chrysante
Moi, je traite d'imbécile Un mari de cette humeur.
AIR. J'avais, Lisette, un billet doux.
Anselme
Fleurs de pas d'âne, Conserve, ce jus Sirop, ptisanne Sont superflus. S'imaginer que l'on s'en trouve bien ; Sottise extrême ! Faites-y quelque chose, ou rien ; C'est tout de même. Mon cher voisin, apprenez de moi qu'il en est d'une bosse au front d'un mari, près à peu comme d'un rhume de cerveau. Quand on a cette petite indisposition, il faut laisser aller son cours. La seule différence que j'y trouve, c'est que la diète est salutaire aux enrhumés, et pernicieuse aux jaloux. Il faut que ceux-ci mangent beaucoup, et boivent encore davantage. Le vin de champagne fait digérer bien des choses ; mais vous n'êtes pas dans ce cas.
Chrysante
Plût au ciel !
AIR. De quoi vous plaignez-vous ?
Anselme
De quoi vous plaignez-vous ? Voudriez-vous me l'apprendre , De quoi vous plaignez-vous ? Qui vous met en courroux ? Julie a l'air doux et tendre : Tous les coeurs en sont charmés. Je ne saurais comprendre Pourquoi vous la blâmez.
Chrysante
Pourquoi je la blâme ! Je l'ai vue l'autre jour tête à tête avec un jeune homme qui la conjurait, les larmes aux yeux, d'avoir pitié de lui.
Anselme
Bagatelle.
Chrysante
Elle lui a promis, (et je l'ai bien entendu,) qu'il ne tiendrait pas à elle qu'il ne fût bientôt heureux. Comment appelez-vous cela ?
Anselme
Pas grand' chose.
Chrysante
Vous me feriez mourir.
Anselme
Je suis persuadé que ce jeune homme est un nommé Clitandre.
Chrysante
Clitandre, Valère ; que m'importe ? Je ne m'étonne plus moi-même si Julie a tant de froideur pour moi. C'est une glace que cette femme-là ; je n'en reçois pas deux caresses dans un an de temps.
AIR. La nuit et je jour.
Anselme
Elle a, (j'en suis témoin,) Grand sois de vous complaire. Chrysante, est-il besoins Qu'elle passe, à vous faire Sa cour, La nuit et le jour ? Les démonstration les plus vives ne sont pas les plus sincères, au moins. Quelqu'un vient.
Chrysante
C'est elle. Qui ne serait trompé à cet extérieur ?
Scène 4
Chrysante, Julie, Anselme
AIR. Mon gentil petit mari.
Chrysante
Vous voilà, Madame ! Qui donc cherchez-vous ?
AIR. Ah ! qu'il est beau, l'oiseau !
Julie
De ma tendre flamme L'objet le plus doux. Oui, je viens chercher ici Mon gen, mon gen, mon gentil mari. Ah ! que mon coeur est réjoui, Quand je me vois près de celui Que j'aime, que j'aime ! Loin de lui, Mon ennui Devient extrême.
Anselme
Sont-ce là des froideurs, à votre avis ?
AIR : Il vous faudrait un biscuit.
Julie
Que te faut-il, mon petit, Pour te , pour te, pour te remettre ; Que te faut-il, mon petit, Pour te remettre un peu l'esprit ? Qu'as-tu donc, mon fils ? Te voilà bien rêveur ! Réponds-moi, je te prie : est-ce que tu me boudes ? Monsieur Anselme, engagez-le à nous dire quelque chose.
Anselme
Monsieur Chrysante, parlez donc à Ma dame. Faut-il être comme cela ?
AIR : Je ne bois jamais qu'un coup.
Chrysante
C'est ainsi qu'est mon humeur. Je hais tout ce vain langage, Le babil, le verbiage, Qui du sexe est le partage.
Anselme
Un petit mot de douceur.
Julie
Allons, mon ami, courage : Vous taire ainsi, quel dommage !
Chrysante
Madame, c'est mon usage. Je suis né de cette humeur.
AIR : C'est ce qui vous enrhume.
Chrysante regarde d'un autre côté.
Julie
Sur votre estomac que ceci soit joint ; Boutonnez vous bien, fermez ce pourpoint. Ici grand feu s'allume. Allez vous chauffer ; ne craignez-vous point Que l'air ne vous enrhume ?
Anselme
De quel air il reçoit cela.
AIR. Vous avez bien de la bonté.
Julie
T'a-t-on fait prendre, ce matin, Certain , jus de réglisse ? Donne-moi ta petite main : Vite, qu'on m'obéisse. Voilà une toux qui m'inquiète.
Anselme
Pourquoi ce silence affecté ? Vous voyez comme on vous caresse.
Haut.
Chrysante
Ah ! La traîtresse ! Madame, en vérité, Vous avez bien de la bonté»
Julie
Puisque tu ne veux point me parler, je m'en vais : adieu, mon petit mari. J'avais pourtant quelque chose à te dire au sujet d'Angélique ; ce fera pour une autre fois.
Scène 5
Anselme, Chrysante
Anselme
En vérité, vous avez grand tort d'accuser Julie d'indifférence ; ce que je viens de voir de d'entendre.
Chrysante
Redouble mes inquiétudes. Vous ne connaissez pas les femmes, Monsieur Anselme. Je suis à présent presque sûr de mon malheur. Julie est devenue trop caressante, pour n'être point coupable.
AIR. Et voilà, comme l'homme.
Anselme
Tantôt vous blâmiez fa froideur ; Vous lui demandiez plus d'ardeur. À présent qu'elle vous caresse. Ce témoignage de tendresse Vous déplaît. Ma foi, je ne vous conçois pas.
Chrysante
Avec fondement.
AIR. Du Confiteor.
Anselme
Et voilà comme L'homme N'est jamais content. Mais quelle est donc votre raison ? Dites-la moi, je vous conjure.
Chrysante
Tant d'amitiés hors de saison Pour moi sont d'un mauvais augure. Femme si bonne à son mari Fait soupçonner un favori. Je parlerais que Clitandre...
Haut.
Anselme
Cet homme-là a le cerveau frappé. Vision, vision toute pure ! Je connais ce Clitandre, encore une fois. Angélique est l'objet qui le touche. Je suis sûr que c'est à son sujet qu'il a parlé l'autre jour à Julie. Il doit même tantôt vous aller voir pour cela.
Chrysante
C'est de quoi nous nous éclaircirons.
Anselme
Je ne songe pas que je m'arrête ici trop longtemps. Certaine affaire pressante m'oblige de vous quitter. Au revoir.
Chrysante
Votre serviteur, mon voisin. Je vais si bien éclairer la conduite de ma femme rien, que ne pourra m'échapper. Je veux, à quelque prix que ce soit, avoir le coeur net sur le chapitre de Clitandre.
Scène 6
Florette, Julie, Chrysante, Tous Deux
Florette
Il faut avouer, Madame, que vous avez un mari bien singulier !
AIR. Je suis la fleur, etc.
Julie
Bien loin, hélas ! Qu'une tendre et doux langage Ait la vertu de la fléchir, Plus on le flatte, et plus il est sauvage ; Les douceurs ne sont que l'aigrir. Je ne sais plus tantôt qu'y faire, moi : je ne suis pas de ces femmes politiques qui étouffent leurs maris par leurs caresses ; sachant que mon époux se plaignait de ma froideur, je l'ai flatté, cajolé, mignardé j'ai joué auprès de lui ; en un mot le rôle de la femme du monde la plus prévenante : chose inutile.
Florette
Il y a trois ans que vous êtes ensemble ; a-t-il toujours été jaloux ?
Julie
Toujours ; mais non pas à ce point là.
Florette
Quelque chose lui aura passé par la tête ; ne serait-ce point Clitandre. Il vous a vue l'autre jour avec lui. Je parierais qu'il ne aura conçu de l'ombrage.
Julie
Je l'ai déjà pensé comme toi. Ah, ah, ah.
AIR. Talalarire.
Florette
Vous riez ; qu'avez-vous? Madame ? Daignez m'apprendre quel plaisir Dans ce moment touche votre âme.
Julie
Je me rappelle un souvenir. Il faut que je te fasse rire. Talaleri, etc. Tu sais qu'hier au soir mon mari, selon sa louable coutume, me fit une querelle aussi mal fondée que toutes les autres. Ses tracasseries, et la visite de Clitandre que j'avais reçue l'après-midi, s'emparèrent de mon idée en me couchant : tout cela m'a occaSIonné le plus plaisant rêve du monde.
Florette
Je suis impatiente de le savoir : les rêves quelquefois deviennent des vérités.
AIR. L'autre nuit j'aperçus en songe.
Julie
Cette nuit j'ai cru voir en songe D'Angélique le jeune amant. Je ne puis deviner comment L'esprit le forge un tel mensonge : Mais jamais, jusques à ce jour On ne m'a tant marqué d'amour.
AIR. Souvenez-vous-en.
Florette
Vous rêvez fort joliment ; Je vous en fais compliment. De ce longe si charmant Détaillez-moi tout; souvenez-vous-en : De ce songe si charmant Voyons le commencement.
Chrysante
Les voilà toutes deux ; n'y aurait-il point quelque confidence sur le tapis ? Écoutons.
Julie
J'étais seule dans ma chambre à travailler. Il était, je crois, cinq à six heures du soir ; et Monsieur Chrysante était à son occupation ordinaire : j'entends ouvrir ma porte tout doucement ; je regarde, je vois Clitandre.
Chrysante
Je ne me suis pas trompé.
AIR. La ferrure.
Julie
Votre seule beauté me pique ; Je languis sous votre pouvoir. Ce que je fais pour Angélique N'est qu'un prétexte pour vous voir. Cet amant s'est approché de moi d'un air fournis et respectueux ; il m'a fait une décla[ra]tion si tendre, si tendre ! Quelle différence de ce langage à celui d'un mari ! Belle Julie, m'a-t-il dit, ne croyez pas qu'un autre objet que vous m'attire en ces lieux.
Chrysante
Je l'avais bien deviné ; je ne suis pas une dupe.
Julie
Mais, lui ai-je dit, comment avez-vous pu pénétrer jusqu'ici ? Monsieur Chrysante a donné des ordres bien précis. Je n'y ai pas trouvé la moindre difficulté, m'a répondu Clitandre. Le portier était ivre, la cuisinière m'a ouvert, et j'ai donné deux louis à Florette qui m'a conduit à votre appartement... J'en ris encore.
Elle rit aussi.
Florette
Ces deux louis-là ne m'ont point échauffé les mains.
Chrysante
Le portier Ivre, la cuisinière qui ouvre la porte, deux louis donnés à Florette : retenons bien ceci ; vous le payerez, malheureux que vous êtes !
Florette
Après, après, Madame.
AIR. Quand le péril est agréable.
Julie
Malgré la blessure profonde Que font dans les coeurs vos beaux yeux, Un de leurs regards précieux Vaut tous les biens du monde. Clitandre, dans ce moment, s'est jeté à mes genoux avec transport. J'étais résolu, dit-il, de tout sacrifier pour avoir l'avantage de vous entretenir. Peut-on trop l'acheter ? Non, belle Julie, rien ne le saurait payer.
Florette
Où diantre va-t-il chercher toutes ces sornettes ?
Julie
Je n'en sais rien.
Chrysante
Les fripons de séducteurs en trouvent bien d'autres.
Florette
Le plaisir de vous entendre dire tant de douceurs aurait dû vous réveiller.
Chrysante
Je crois qu'elle n'était pas endormie, la belle coquine.
Florette
Ensuite ?
AIR. Que je l'aimais infiniment.
Julie
Donnez moi du soulagement : N'est-il pas temps que j'obtienne, M'a-t-il dit ? Et, dans le moment, D'une main saisissant la mienne, Il la baisas si tendrement, Qu'on l'aurait pris pour son amant. Il la serra, Il la pressa, La baisa Rebaisa, Si tendrement, Que c'était un enchantement. Ensuite, il m'a conjuré de lui accorder du retour.
Chrysante
Avec quelle impudence elle avoue cela !
Florette
Enfin ?
Chrysante
Ouf, voilà un enfin qui va m'achever.
Julie
Dans ce moment, j'ai cru entendre la voix de mon époux. Clitandre s'est caché vite dans cette bibliothèque.
Chrysante
C'est donc là la cachette. Que j'ai bien fait de venir ! Sans cela....
Florette
Et Monsieur Chrysante entra-t-il ?
AIR. Des fraises.
Julie
Il avait les yeux ardents ; Une fureur sans bornes, Il avait de longues dents, Et sur la tête... Non : au lieu de mon époux, que je m'attendais de voir, il est entré un monstre furieux.
Florette
J'entends ; Des cornes, des cornes, des cornes.
Chrysante
Je n'y puis plus tenir.
AIR. Ah ! Que Colin l'autre jour.
Florette
Cet ornement, sur la tête du Sire Convenez-en, venait comme de cire. Ah, ah, ah, ah ; Qu'on en rira !
Tous Deux
Ah, ah, ah.
Julie
N'est-il pas vrai que cela est plaisant ?
Florette
Fort plaisant.
Chrysante
Très plaisant.
Julie
Aye !
Florette
Ouf !
Scène 7
Chrysante
AIR. Le Grondeur.
AIR. Les Trembleurs.
Il brise la bibliothèque.
Chrysante
De ta caresse perfide Voilà donc l'effet trompeur ! C'est Lucifer qui te guide Sexe ingrat et séducteur. Sous un air simple et timide, Que tu caches de noirceur ! J'implore votre justice ; Qu'à ma rage elle s'unisse. Dieux, que la foudre punisse Celui qui m'ôte l'honneur. Et toi, qui servis son crime, De la fureur qui m'anime Sois la première victime ; Péris sous ce bras vengeur. Ah ! J'ai découvert le pot aux roses : me voilà joliment accommodé ! J'avais bien raison de me défier de toi, femme abominable.
Scène 8
Florette, Nicole, Jacques, Chrysante
Florette
Quel bruit !
Nicole
Queu tapage !
Jacques
Queu bacchanal ! Qu'est-ce donc que vous faites là, Monsieur Chrysante ?
Chrysante
Ce qui me plaît. Écoute, écoute ; j'ai à te parler. Restez-là, vous autres. Je voudrais bien savoir, Monsieur Jacques, pourquoi vous êtes entré dans ma maison ?
AIR. Vous m'entendez bien.
Jacques
J'y suis pour ouvrir et fermer La porte. Eh ! Mais, Monsieur,
Chrysante
C'est bien s'exprimer. Ce que vous devez faire ...
Jacques
Eh ! bien ?
Chrysante
Vous ne le faites guère. Vous m'entendez bien.
Jacques
Non, Monsieur ; je ne sais pas ce que vous voulez dire.
Chrysante
Cela signifie, Maître Jacques, que je vous donne votre congé : je ne veux point de portier qui s'enivre, et qui laisse le soin de sa porte à une cuisinière. M'entends-tu à présent ?
Jacques
Pas plus qu'auparavant.
Chrysante
Est-ce que tu es encore fou ? Parle.
Jacques
Ma foi, Monsieur, s'il y en a ici, ce n'est pas moi.
Chrysante
Tu oses m'insulter, maraud ! Sors tout à l heure.
Jacques
Et mes gages ?
Chrysante
Attends, attends ; je vais te les payer. Un coquin, qui est entré ici la veille des étrennes, et qui demande des gages ! Il faut être bien effronté.
Scène 9
Florette, Chrysante
AIR. Confiteor.
Florette
Près de vous, on l'a desservi. C'est un garçon sûr et fidèle : J'en répondrais,
Chrysante
Je suis ravi De vous voir pour lui tant de zèle. Florette, c'est fort bien penser : Je veux vous en récompenser. Approchez, Madame l Avocate ; combien y a-t-il que vous êtes ici ? Six mois, je crois ?
À part.
Florette
Oui, Monsieur. Quel est son dessein ?
Chrysante
Vous gagnez quarante écus par an ? C'est pour la demi-année soixante livres.
Florette
Monsieur, je n'ai pas besoin d'argent.
Chrysante
J'en suis persuadé ; mais je n'ai plus besoin de vous, moi.
Florette
Pourquoi donc, s'il vous plaît ?
AIR. Aux Dardanelles.
Chrysante
Il faut sur ces vingt écus Déduire une somme. Un petit moment, laissez-moi arranger votre compte ; nous disions que pour six mois ce serait soixante livres, mais :
Florette
Plaît-il ?
Chrysante
Deux louis reçus Par vous.
Florette
De qui donc ?
Chrysante
D'un homme.
Florette
Que jamais, si de mes jours...
Chrysante
Vous serviez bien ses amours , Et Clitandre on le nomme.
À part.
Florette
Moi, Monsieur ! Cela est faux. Est-ce qu'il aurait pris le change sur le Rêve de Madame ?
Chrysante
Comment ! Tu n'as pas reçu de Clitandre deux louis pour l'introduire dans ma maison !
Florette
Non, Monsieur ; non, non, non, cent mille fois non ; j'en mettrais ma main au feu.
Chrysante
Sors d'ici, impudente soubrette ! Malheureuse, qui vends l'honneur de ta Maîtresse ! Il faut dans ma juste fureur...
Florette
Quels yeux ! Fuyons.
Scène 10
Chrysante, Nicole
Chrysante
Me nier ce que j'ai entendu, quelle audace ! Venez, Madame Nicole, qu'est-ce que vous tenez-là ?
Nicole
Monsieur, c'est un mémoire ; je venais vous rendre compte de ma dépense : peut-être que je ne prends pas bien mon temps ; remettons cela à tantôt.
Il lit.
Chrysante
Non, non, donnez.
Nicole
Je suis bien fâchée d'être venue à cette heure-ci ; mon mémoire en souffrira ; quelle moue il fait ! Heu ! Le vieux renfrogné 1
Chrysante
Qu'est-ce que cet article là, Pour ce que vous savez bien, trente sols ?
Nicole
C'est pour cette machine, avec quoi vous faites la ronde toutes les nuits. Comment nommez-vous ça ? Une lanterne pour les sourds ?
Chrysante
Je sais ce que c'est ; trente lois ! C'est bien cher... Pour deux pucelles quatre francs ; quatre francs deux pucelles ! Friponne,tu m'as volé plus de la moitié là-dessus.
Nicole
Non, Monsieur, en conscience ; c'est un poisson bien rare cette année.
Chrysante
Encore, si elles avaient été bonnes ; mais elles ne valaient pas le diable.
AIR. Réveillez-vous, belle endormie.
Nicole
Voilà toujours comme vous faites. Les pucelles, vous savez bien, À dépérir sont très sujettes ; Cela se gâte en moins de rien. Ce n'est pas ma faute, à moi ; que ne les mangiez vous dans la journée sans les garder pour le lendemain ? L'air de Paris les corrompt tout d'un coup.
Chrysante
Pour du goujon, six francs ; oh ! Pour celui-là, j'en rayerai les trois-quarts : six francs pour du goujon !
Nicole
Comment vouiez-vous que je fasse, Monsieur ? Allez donc au marché vous-même, du goujon ! Du goujon ! Je sais qu'il y en a beaucoup, mais aussi on en consomme terriblement : est-ce que vous ne savez pas que toutes les femmes en font avaler st'année à leurs maris !
Chrysante
L'impertinente ! Elle se moque de moi à ma barbe ! Tiens, fais-moi un autre mémoire. N'oublie pas en même temps de faire ton paquet. Une cuisinière qui se mêle d'ouvrir la porte aux amoureux de ma femme, cela ne convient pas.
AIR. Vivons comme le voisin vit.
Nicole
À votre âge ces façons là Me surprennent. Qu'est-ce que vous dites, Monsieur ? Moi ! J'ai ouvert la porte à des amoureux ! Pardi, il y a de mauvaises gens dans le monde ; fi ! Que cela est vilain de chercher querelle à de pauvres domestiques ! Je pardonnerais cela à queuque étourdi, mais pour vous ;
Chrysante
Friponne ! À mon âge, apprends que l'on a Encore la main bonne.
Nicole
Vous me frappez ! Mort de ma vie, n'y revenez pas.
Chrysante
Tiens, les deux font la paire.
AIR. Des sept sauts.
Nicole
C'en est trop, je saurai te le rendre ; Oui, je vais décamper, vieux jaloux. Mais je veux auparavant t'apprendre Que l'on risque à Te gausser de nous. Je te vais, dans mon courroux, Donner dessus et dessous Un coup, deux coups, trois coups, etc.
Chrysante
Aye, aye ! Au secours, au voleur, au feu !
Scène 11
Clitandre, Nicole, Chrysante
Clitandre
Que vois-je, insolente ? Oses-tu bien lever la main sur ton Maître !
Nicole
Oh ! Morguienne, j'y lèverons bien le pied itou.
Clitandre
Retire-toi, ou tu vas périr de ma main.
Nicole
Bien t'en prend, vieux hibou, que Monsieur soit venu à ton secours ; va te faire friser voilà assez peigné.
Chrysante
Que je vous suis obligé de m'avoir dépêtré de cette harangère !
AIR. Convalescent.
Clitandre
Pour moi, c'est un plaisir bien grand De soulager, en arrivant, Celui de qui dépend mon choix. Je vous sers la première fois Que je vous vois. Je fuis bien mortifié, Monsieur, de l'accident qui vous est arrivé ; mais en même temps je me tiens heureux d'être venu fi à propos. Je m'appelle Clitandre.
Chrysante
Vous, Monsieur suivre, ayez la bonté de me suivre.
À Chrysante.
Clitandre
Où veut-il me conduire ! Monsieur, nous sommes bien ici, et ce que j'ai à vous dire...
Chrysante
Voulez-vous bien passer, s'il vous plaît ?
Clitandre
Monsieur, je suis bien votre serviteur.
Chrysante
Il est bien heureux d'être arrivé dans cette conjoncture, sans cela, morbleu....
Clitandre
Il y a là quelque chose que je ne conçois pas.
Clitandre
Vous verrez qu'il faudra que je le chasse tout comme les autres.
AIR. Non, }e ne veux pas rire.
Clitandre
J'en devine bien la raison, C'est un tour qu'en cette saison Le carnaval inspire. Bon ! bon ! Vous cherchez à rire, Bon ! Bon ! bon ! Vous cherchez à rire. Votre procédé aurait lieu de me surprendre ; mais, Je crois que Madame votre épouse a eu la bonté de...
Chrysante
Elle n'en eut que trop, et je vous prie d'avoir celle de me laisser en repos.
Clitandre
Vous devez savoir....
AIR. Tout est dit.
Clitandre sort.
Chrysante
Oui, je sais que tu n'es qu'un traître, Un fourbe qu'on doit détester ; Tel enfin que par la fenêtre Je devrais te faire sauter. Prends au plus tôt le chemin de la porte, Délivre-moi de ton aspect maudit. Çà, que l'on sorte ; Tout est dit.
Scène 12
Anselme, Chrysante, Julie
Anselme
En vérité, il faut que vous soyez un grand fou !
Chrysante
Et vous, un grand fourbe ! Bonsoir.
Julie
Mon cher petit mari.
Il sort.
Chrysante
Allez au Diable, et n'en revenez jamais.
Scène 13
Anselme, Julie
Anselme
Voilà une extravagance dont il n'y a jamais eu d'exemple.
AIR : Savez vous bien, Beauté cruelle.
Julie
Pauvre cervelle insensée, Que de maux tu me fais souffrir ! Si on pouvait lui parler, on le désabuserait ; mais, il ne veut rien entendre.
Anselme
De ces vapeurs qui troublent sa pensée, [P]ar quelque tour je voudrais le guérir. Pour cet effet il faudrait nous unir.
Julie
L'affaire est déjà commencée.
Anselme
Qu'appeliez-vous commencée ?
Julie
Oui, je suis convenue avec Florette, qu'elle tâchera de se raccommoder avec lui, par une fausse confidence, et en feignant de me trahir. Le reste, je vous l'expliquerai. Il s'agit actuellement de nous trouver un homme qui fasse le Prévôt connaissez-vous quelqu'un ?
Anselme
Scapin, mon valet, jouera le rôle à merveille ; j'en suis caution.
Julie
Mon époux vient ; Florette le suit ; retirons-nous. Allez faire travestir Scapin ; je vais prendre le déguisement nécessaire à notre projet.
Scène 14
Chrysante, Florette
Chrysante
Je suis fâché d'avoir été tantôt si vif ; la vengeance que je médite contre ma femme demande un certain ménagement. Voici, je pense, Florette ; j'ai besoin de son secours : tâchons de renouer avec elle.
AIR. Pour la Baronne.
Florette
Ah ! Quel martyre !
Chrysante
Où vas-tu ?
Florette
Je vous obéis, et m'en vais.
Chrysante
Bon ! Bon ! Tantôt j'ai voulu rire : Demeure ici, faisons la paix.
Florette
Ah ! Je respire. J'étais au désespoir de ma séparer de vous : car, au fond, vous êtes un bon coeur, et ce que l'on vous reproche, ne provient que d'un excès d'amitié.
Chrysante
Cette fille-là pense bien.
AIR. C'est la pure vérité.
Florette
J'avais un certain regret, Certain reproche secret; De quitter un si bon maître, Sans lui donner à connaître Qu'il est vraiment maltraité. Tout à l heure quand je vous ai rencontré, je vous cherchais, pour avoir avec vous un moment d'entretien.
Chrysante
Par ce Clitandre peut-être ?
Elle lui baise les mains.
Florette
C'est la pure vérité. Qu'il faut être méchant pour tromper un si honnête homme ! Mon pauvre Monsieur Chrysante ! Attendez, il y a une ordure sur votre basque ; accommodez donc votre perruque.
Chrysante
Je te suis obligé... Florette, veux-tu gagner cinquante pistoles ?
Florette
Plus ou moins, je n'y regarde pas avec vous ; que faut-il faire ?
Chrysante
M'avertir de l'heure et du moment où je pourrai surprendre ma femme avec son amant.
Florette
Ah ! Monsieur, que vous êtes heureux ! Il faut que vous soyez né coiffé : j'ai actuellement la plus belle occasion du monde, pour vous venger de votre infidèle.
Chrysante
Voyons, voyons.
Florette
Je vous dirai qu'elle a rendez-vous avec Clitandre pour ce soir, à six heures, chez Monsieur Anselme : ils doivent se rendre tous deux en masques ; Primo, de peur d'être reconnus ; Secundo, parce que de-là ils comptent aller au bal.
Chrysante
Ils comptent sans leur hôte.
Florette
Mon cher maître, savez-vous bien ce que je ferais à votre place ?
Chrysante
Quoi ?
Florette
J'irais à ce rendez-vous, sous l'habit et le nom de Clitandre.
Chrysante
Je le veux bien ; mais s'il y vient lui, nous nous trouverons ensemble.
Florette
J'ai à cela le remède qu'il faut ; je vais courir chez Clitandre ; je lui dirai que Madame le prie de mettre la partie à demain, pour des raisons quelle lui expliquera.
Chrysante
Fort bien.
AIR. L'allumette.
Florette
Avec elle vous sortirez, Sous les espérances flatteuses D'aller au bal ; vous la mettrez Où l'on fait danser les danseuses. Par ce moyen vous pourrez en compter à Julie sous le nom de votre rival, et après un moment d'entretien,
Chrysante
Que je t'embrasse, ma chère Florette ; rien n'est mieux imaginé.
Florette
Le temps approche, allez pourvoir à ce qu'il faut pour vous transformer en Clitandre ; moi, je vais lui porter le contre-ordre du rendez-vous.
AIR. Comme un coucou.
Il sort.
Chrysante
Victime de mon stratagème, Si Julie a le coeur humain, Je m'enregistrerai moi-même Sur le grand livre de Vulcain. Allons, il faut risquer le paquet. Quel plaisir j'aurai de confondre l'ingrate ! Mais hélas ! En même temps quelle douleur !
Scène 15
Florette, Julie
Florette
Monsieur Chrysante a donné tête baissée dans le panneau ; je crois que notre affaire ira bien.
Julie
Ton habit et le mien se ressemblent si fort, qu'il y sera aisément trompé. C'est ici, je pense, le lieu du rendez-vous ; il est bientôt six heures : toutes les mesures sont-elles prises ?
Florette
Oui, Madame ; Scapin, valet de Monsieur Anselme, sera ici dans un moment en habit de Prévôt ; tout est concerté, ne vous inquiétez de rien.
AIR. La ceinture.
Julie
S'il allait avec trop d'ardeur... Florette, crois-tu qu'il n'y ait aucun risque pour moi dans ce tête-à-tête ? Mon mari, tout fâcheux qu'il est, ne hait pas encore la galanterie.
Florette
Sur ce point, calmez-vous, Madame.
Julie
Mais enfin....
Florette
N'ayez point de peur ? Il sait que vous êtes lit femme.
Julie
J'entends quelqu'un, cache-toi là ; quand il fera temps que tu remplisses ma place, je te ferai signe. C'est mon mari : la brillante métamorphose ! Voilà un petit-maître dans les formes ; il approche : commençons notre rôle.
Scène 16
Julie, Chrysante, Florette, Scapin
AIR. Menuet de l'Amour et de l'Hymen.
Julie
Viens, cher Clitandre, Viens donc couronner mes feux : Rien sous les deux, Sans toi, ne peut rendre Mon fort heureux. Quel soin t'arrête ? Ce tête à tête Doit te charmer , Si ton coeur sait bien aimer. Pour te prouver la flamme Qui régné dans mon âme, J'attends ; Attendrai-je longtemps ?
Chrysante
C'est elle-même, le son de sa voix ne me permet pas d'en douter.
Julie
Est-ce vous, Clitandre ?
AIR. Votre toutou me flatte.
Chrysante
Ce que je viens d'entendre M'annonce mon bonheur ; Un langage si tendre Redouble mon ardeur. Oui, belle Julie.
Julie
Clitandre, Loin des fâcheux et des jaloux. Ah ! qu'il m'est doux, Ah ! qu'il m'est doux D'être avec vous ! Avouez que mon mari mérite bien le destin que nous lui préparons ; vous le connaissiez ?
À part.
Chrysante
Parfaitement. La perfide ! Quel plaisir je vais avoir 1
Julie
C'est un fantasque, un grondeur, un...
AIR. Ma femme est femme d'honneur.
Rendons nos désirs contents.
Chrysante
N'en parlons pas d'avantage.
Julie
Oui, profitons des instants Où sa jalousie Paraît assoupie.
Chrysante
Ma chère maîtresse, l'amour que j'ai pour vous ne peut souffrir de délai.
AIR. Vivons comme le voisin vit.
Julie
Je saurai combler votre espoir, Quelqu'effort qu'il m'en coûte ; Mais auparavant il faut voir Si personne n'écoute Mon cher Clitandre,
Chrysante
J'y cours, j'y cours ; Dieux ! Je vais êtes plus heureux que je ne voudrais.
AIR. Des billets doux.
Julie
Sors de ta cache, et mets-toi là ; Remplis ma place. St, st, Florette.
Florette
M'y voilà. Partez en diligence.
Chrysante
Je reviens vite sur mes pas ; J'entends un certain bruit là-bas Ô ciel ! Quelqu'un s'avance. Le fâcheux contre-temps !
AIR. La Palisse.
Scapin
C'est Clitandre assurément ; Mort ou vif il faut le prendre.
Chrysante
Sauvons-nous tout doucement.
Scapin
Halte-là, Monsieur Clitandre. Il y a longtemPs que je vous cherche ; je vous tiens, à la fin.
Chrysante
Moi, Monsieur ?
Scapin
Oui, vous-même ; point de résistance ; vous savez de quoi il est question.
Chrysante
Il faut que Clitandre ait quelque mauvaise affaire sur le corps.
Scapin
Marche, marche.
Chrysante
Maudite Florette, dans quel péril m'as-tu engagé ! Monsieur, vous vous trompez ; je ne suis point celui que vous cherchez ; regardez-moi.
Scapin
Que vois-je ? C'est Monsieur Chrysante, notable bourgeois. Dans cet équipage-là ! C'est fort joli ! Eh ! Mais, je crois qu'il est en partie fine ! Oui, vraiment ; cela convient fort à un homme de son âge et de son caractère.
AIR. Non, je ne ferai pas.
Chrysante
Vous vous trompez encor, votre erreur est extrême ; C'est là ma femme.
Florette
Moi ! Vous vous trompez vous-même.
Chrysante
Ô ciel !
Julie
Je vous y prends, mon cher et tendre époux.
Chrysante
Tout ceci me confond.
Julie
C'est fort bien fait à vous.
Scapin
Il en sera fait un exemple sur ma parole : à moi, la Rose, Francoeur, La Ramée.
Julie
Monsieur le Prévôt, je vous conjure.
Scapin
Non , non, point de miséricorde.
AIR. Bouchez, Naïades, vos fontaines^
Julie
À vos genoux voyez Julie : Pour son époux elle vous prie ; De grâce, ne l'emmenez pas, Ou je saurai partout le suivre ; Si vous nous séparez, hélas ! Croyez-vous que je puisse vivre ? Laissez-vous toucher.
Scapin
Discours inutiles : un docteur ès lois, un homme en charge, un ancien [syn]dic, marguillier et doyen de sa Communauté ! Le cas est trop grave, Madame, le cas est trop grave;
Julie
Il faut s'y prendre autrement.
AIR. Réveillez-vous, belle endormie.
Julie lui donne son diamant.
Scapin
Je vais, malgré votre prière, Vos pleurs et vos gémissements ; Je vais, dans ma juste colère, Je vais....
À Chrysante.
Il sort.
Scapin
Sortir avec mes gens. Madame, je vous laisse cet homme-ci, sous votre garde ; vous m'en répondrez. Si j'entends parler de vous, par la mort....
Scène 17
Chrysante, Florette, Julie, Anselme, Clitandre
Chrysante
Ma femme, il y a ici quelqu'un plus fin que moi ; avouez-le, je vous le pardonne.
Florette
Dites-vous cela de bon coeur ? N'y a-t-il point de tricherie ? Mettez la main là.
Chrysante
D'homme d'honneur.
Florette
Eh ! Bien, cela est vrai ; le désir de guérir votre imagination nous a réunis tous contre vous.
Julie
Sachez que l'entretien où vous m'avez surprise tantôt avec Florette, et qui vous a mis si fort martel en tête, ne roulait que sur un rêve, dont je lui faisais le récit.
Anselme
Assurez-vous que Clitandre n'a cru d'autres vues, en allant chez vous, que d'épouser votre nièce.
Clitandre
J'ose vous la demander, Monsieur, dans le dessein de partager avec elle une fortune allez considérable, dont je peux disposer.
AIR. Très volontiers.
Chrysante
Oublions le passé, Nous ne pouvons mieux faire, Je vous crois tous, c'est le meilleur parti : Clitandre, soyez mon neveu ; vous, Julie,
Florette
Ma foi, c'est bien pensé.
Julie
Ne songeons qu'à nous plaire. Bornons y nos souhaits.
On entend une symphonie.
Chrysante
Très volontiers, fort volontiers, ma chère. Que déformais, Chez nous, la paix Soit durable et sincère. Que nous annonce cette symphonie ?
Anselme
L'arrivée du Carnaval qui vient céléb[r]er lui-même votre raccommodement, et le mariage d'Angélique,
AIR. Toque, mon tambourin.
Chrysante
Tant mieux, sa présence Bous rendra joyeux ; C'est lui qui dispense Les ris et les jeux. Ça, que tout dans, danse, Que tout dans en ces lieux.
Divertissement
Chanteur
AIR.
AUTRE AIR, en forme de Cantatille.
Chanteur
Quelle folie, Quelle manie , Pour un époux, D'être jaloux ! Que fa chimère Me fait pitié, De vouloir garder toute entière Celle qui n'est que sa moitié ! Il a beau faire, il a beau dire ; Ce que l'Amour voudra Sera. Le pauvre Sire De son martyre Vainement se plaindra : Chacun le raillera, Le blâmera, Le bernera, Le honnira, S'en moquera, Lui chantera Ce refrain-là ; Quelle manie? Quelle folie Pour un époux, D'être jaloux ! Que sa chimère Me fait pitié, De vouloir garder toute entière Celle qui n'est que fa moitié ! Du Carnaval chantez la gloire. Amants, par son secours, vous goûtez des plaisirs. On lui doit plus d'une victoire , Qui ne coûte à vos coeurs ni tourments ni soupirs. Les jeux bruyants que l'on voit à sa suite Font avancer l'amoureuse moisson ; Ils étourdissent la raison, Et l'Amour souvent en profite.
Vaudeville
AIR. C'est un carnaval.
Autre
AIR. C'est un rêve que cela.