Saynète · 1904

Ferme Ta Malle !

de Georges Courteline

Représentation
≈ 4 min
Distribution
distribution libre
Répliques
3
Écriture
En prose
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
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Ferme Ta Malle !

Scène 1

Le Marchand, Le Boucher

Nombreuses demandes.

PREMIER COUPLET.

Il chante.

À un garçon boucher qui demeure insensible aux charmes de la poésie et s'obstine à répéter gravement : « Ferme donc ta malle ! Ferme donc ta malle ! »

Geste écoeuré, puis

Il reprend.

Refrain

Il remonte sur son petit banc.

Reprise de gémissements lugubres sous les maigres doigts de l'organiste.

DEUXIÈME COUPLET

Il chante.

Il se reprend.

Au boucher qui insiste et répète sans se lasser : « Ferme ta malle ! Ferme ta malle ! »

Le Marchand

Dans son berceau de fine mousseline, Un jeune enfant d'environ quelques mois, Sous le regard de sa mère mutine, Dormait ainsi qu'il faisait quelquefois. Il souriait car dans un rêve étrange Il distinguait un drapeau déployé !... « Ah ! dit la mère à son cher petit ange... » Dors mon enfant, dors sans te réveiller. Dors en paix, mon doux être, Sous mon oeil ingénu, Bientôt... demain peut-être, Le moment du réveil pour tous sera venu. Mais le bébé dont un rêve morose Semblait troubler le sommeil enfantin Pâlit soudain et sa lèvre de rose Dit : « C'est par eux que je suis orphelin Voilà vingt ans qu'ils ont tué mon père : Je veux venger son cadavre béni. » En se perchant.. En se penchant sur le berceau, la mère, Les yeux en pleurs à l'enfant répondit... Demandez ! Le répertoire moderne ! Les récents succès du café-concert ! L'Hirondelle de France, Mon coeur ouvre ton aile, Les yeux noirs de mon Andalouse, oh ! La la ! C'est rien dégoûtant, Le Forgeron de la paix, Baudin, La Mort du sergent Bobillot, Ça m'répugne de voir ces choses-là, Descends donc de ton cheval, Salut au printemps, Mon Plumet de dimanche ! Qu'en veut ? Qu'en demande ? Qu'en désire ? On les vend deux sous ! Les yeux de mon Andalouse ? Moins noirs que les vôtres, mon petit chat. Deux sous, s'il vous plaît. Merci bien ! Dieu bénisse la main qui m'étrenne. Le commerce reprend, y a du bon !... Et maintenant, attention ! Nous allons chanter : Dors en paix ! La dernière création de Mademoiselle Yvette Guilbert, au concert de l'Eldorado. Musique, Monsieur Honoré ! Il monte sur un petit banc. L'aveugle touche l'orgue qui se répand en gémissements mélancoliques. Tâche à te payer mon syphon, toi ! J'vas aller te peser ton veau, tu vas voir si ça va traîner, pèce de proparien !... Barbouillé... avec ta saleté de barbaque ! Peux pas ficher la paix aux personnes, c'cochon-là ? Musique, monsieur Honoré. On la vend deux sous ! Dors en paix ! paroles et musique de Mouillepied ; le dernier grand succès de Mademoiselle Yvette Guilbert. Voilà, Mademoiselle !... avec mon coeur. Nom de Dieu, les gosses, voulez-vous reculer un peu ? Dors en paix ! Gendarme ? Voilà c'est deux sous, mon ami. Qui en veut ? Qui appelle ? Ne parlez pas tous à la fois !... Pardon !... Ferme-la donc toi-même, ta malle ! Tu vois donc pas que ça sent le poisson ? Boug' de rien du tout ! Traîne ta viande ! À la Poubelle ! À la Poubelle !...

Le Boucher

Ferme ta malle !

Il chante.

TROISIÈME COUPLET.

Il chante.

Il reprend.

Au boucher qui ne se décourage pas et répète « Ferme donc ta malle » avec un entêtement exaspérant.

Marche menaçante vers le boucher, qui bat, intimidé, une retraite hâtive. Accalmie brusque.

Il chante.

Le Marchand

Dors en paix, mon doux être. Sous mon oeil ingénu, Bientôt... demain peut-être, Le moment du réveil pour tous sera venu. Trois mois après au bord de la couchette Où le bébé dormait, dormait toujours, La pauvre mère, affligée et muette, Cédait au poids de ses destins trop courts. Et tout à coup, de sa lèvre mourante Baisant le front qui rugit. qui rougit de plaisir. Dors en paix mon doux être, Sous mon oeil qui s'éteint, Dors en paix, car peut-être Le moment du réveil sera demain matin. On la vend deux sous ! Tu répètes toujours la même chose. - Ah ! Et puis tu me fais déballer. - Au refrain, monsieur Honoré. Pardon !... Veux-tu parier, à présent, que je te fous mon pied dans le cul ? Hein ! Veux-tu parier avec moi ? Musique ! Monsieur Honoré !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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