L'Athlète
Scène 1
Stribon, Clitomaque
Stribon
Là ! C'est fait ; vous pouvez vous montrer à la ville. Stribon, pour vous parer, n'a pas épargné l'huile. Vous brillez au soleil comme un pur diamant, Et si j'étais Vénus, vous seriez mon amant. Vous allez éblouir les femmes d'Olympie : Je crois les voir déjà...
Clitomaque
Silence, vieille pie !
Haut.
Stribon
C'est juste !.. Ah ! J'oubliais la bandelette au front. Or ça, cet Éléen, votre adversaire, est prompt À la riposte !..
Clitomaque
Lui ! ! !
Stribon
C'est un garçon superbe. Prenez garde !
Clitomaque
S'il aime à reposer sur l'herbe, Ton Caprus va pouvoir y rêver à loisir.
Stribon
Cette fière assurance est pour faire plaisir. Pauvre homme !... On va pleurer dans la ville d'Élée. Qu'il fasse sa prière à la Victoire ailée, Encore priera-t-il bien inutilement.
Clitomaque
On pleurera, dis-tu !
Stribon
Dame ! On pleure un amant. Que Jupiter s'attende à des torrents de plainte. Les femmes, qu'elles soient d'Élée ou de Corinthe, Goûtent beaucoup les gens qui tiennent son emploi : Or, Caprus est vraiment un modèle !..
Clitomaque
Tais-toi.
Stribon
Mais...
Clitomaque
Silence, te dis-je.
Stribon
Oh ! Ce n'est pas un homme. - J'obéis.
Clitomaque
Tu sais bien qu'un tel sujet m'assomme. Tu sais bien que je hais ce langage éhonté, Dont les détours lascifs troublent l'honnêteté. - Tiens, change de sujet, cherche quelque autre histoire.
Stribon
Pour les autres sujets je n'ai pas de mémoire, Je n'aime que ceux-là.
Clitomaque
Je ne les aime point.
Stribon
Oui, vous en avez peur.
Clitomaque
Peur ! ! ! Veux-tu que mon poing...
Stribon
Oh ! Pas de pugilat. - Ce n'est pas mon affaire, Et Caprus m'en voudrait si je vous laissais faire. Ma loyauté prétend ne le priver en rien Des coups que vous devez lui garder : - c'est son bien.
Clitomaque
Silence !
Stribon
Je me tais.
Clitomaque
Achève ma toilette.
Stribon
Rien n'est plus délicat que cette bandelette Que les gladiateurs portent en ce pays, Comme s'ils prétendaient ressembler à Laïs. Car, bien que dédaigneux des amoureuses flammes...
Clitomaque
Ça, je t'ai défendu de me parler des femmes.
Stribon
Que vous ont-elles fait ?
Clitomaque
Rien ! Éros fut clément, Et j'entends que jamais il n'en soit autrement. Donc, si tu veux parler, cherche d'autres intrigues.
Stribon
Un récit sans amour, c'est un souper sans figues.
Clitomaque
N'en fais donc point.
Stribon
Eh bien ! Tenez, vous avez tort De laisser votre esprit flamber comme bois mort, Pour un mot...
Clitomaque
Les récits scabreux...
Stribon
Sont dans mon rôle. Comment feriez-vous donc, si vous viviez en Gaule !
Clitomaque
En Gaule ? - Que veux-tu dire ?
Stribon
Chez les Gaulois, Quand la femme d'un chef voyage, sous les bois Où les grands chênes verts lui font un dôme sombre, Et que, la nuit venant, elle voit grandir l'ombre, La voyageuse avise un village posé Dans quelque pré fleuri par le fleuve arrosé. Elle suit d'un pas sûr, aux clartés de la lune, Les huttes où chacun repose, en choisit une, Et, s'approchant du toit par le chef habité, Réclame pour la nuit son hospitalité. Elle boit, mange, et puis (cette coutume est grande) S'endort, en lui disant : Que le ciel vous le rende ! Le guerrier pour la nuit met son épée entre eux, Et c'est assez.
Il reste un moment rêveur. - Bondissant avec fureur.
Clitomaque
Assez ! - Ces Gaulois sont heureux. Par Hercule, Stribon, as-tu juré ma perte ? Quelle somme d'argent Caprus t'a-t-il offerte ?
Stribon
Quoi, seigneur, mon récit n'était-il pas décent ? En connaissez-vous un qui soit plus innocent ?
Clitomaque
Va-t-en, Stribon ! Va-t-en !
Exit Stribon.
Stribon
Me parler de la sorte, C'est me dire en deux mots qu'il vous plaît que je sorte : Je sors.
Scène Deuxième
Clitomaque
Se calmant.
Il soupire.
Avec exaltation.
Bruit au dehors.
Clitomaque
Ainsi ma vie achève son printemps, Et je ne connais pas l'amour, et j'ai trente ans ; À fuir les voluptés j'ai consacré ma force, Et pourtant un coeur bat sous cette rude écorce. Quand je songe à Myrrha, dieux ! si je m'écoutais, Si je... Mais non, je dois me taire, je me tais. Ah ! Qu'ai-je donc ? Chassons cette fougue insensée ; Ce stupide Stribon a troublé ma pensée. Ses récits me causaient moins de gêne autrefois. Je vieillis... Par Jupin, que ne suis-je Gaulois ! - Voyons, préparons-nous à la prochaine lutte, Songeons à ce Caprus... Quelle est cette dispute ? Holà ! Qu'est-ce, Stribon ?
Scène Troisième
Stribon, Clitomaque
Stribon
Seigneur, un inconnu Demande à vous parler.
Clitomaque
Qu'il soit le malvenu. Ne laisse pas entrer, je n'y suis pour personne.
Scène Quatriéme
Phormios, Clitomaque, Stribon
Phormios
Je te dis qu'il est là : ce Stribon déraisonne ! Clitomaque sortir, quand il se bat tantôt : Dis-moi que je suis fou, je te croirai plutôt.
Clitomaque
Encor ce Phormios ! - Que la fièvre le prenne ! Ne lui suffisait-il de me voir dans l'arène, Pour suivre son enjeu ?
Phormios
Que disais-je ? - C'est lui. - Eh ! Bonjour, comment va Clitomaque aujourd'hui ?
Clitomaque
Fort bien !
Phormios
A-t-il dormi ?
Stribon
Sans doute et d'un seul somme.
Phormios
La veille du combat, il a dormi ! - Quel homme ! - A-t-il déjeuné ?
Stribon
Certes, et d'un grand appétit.
Phormios
Ah ! C'est trop : - un repas copieux alourdit. Et les muscles alors perdent de leur souplesse.
Clitomaque
Je vois que mon succès, seigneur, vous intéresse ?
Phormios
Plus que vous ne sauriez croire, j'en fais l'aveu ; Car j'ai risqué deux cents talents dans votre jeu.
Clitomaque
Deux cents ! - Je vois avec un orgueil...
Phormios
Légitime !
Clitomaque
Que vous ne m'avez pas marchandé votre estime. Me voilà donc tenu de triompher !
Phormios
Ma foi. Moi, j'ai compté sur vous.
Clitomaque
Fort bien : comptez sur moi.
Phormios
Pardon ! - J'ai confiance en vous et je vous aime... Cependant, je voudrais m'assurer par moi-même Que tout est préparé : je vous parais têtu ; Mais, par Pluton, deux cents talents, est-ce un fétu ? Les gens trop confiants bâtissent sur le sable !
Clitomaque
Qui me délivrera de cet être haïssable ?
Phormios
Voyons ! - ton huile était de bonne qualité ?
Stribon
Huile d'olives pures !
Phormios
En quelle quantité ?
Stribon
Énorme !
Phormios
Ne va pas lésiner : car tu penses Que tu seras payé de toutes tes dépenses.
Clitomaque
Ah ! Ça, mais, Phormios, de quel droit ?...
Phormios
Laissez donc : C'est dans mon intérêt ; il est juste...
Clitomaque
Pardon. J'ai payé ; mêlez-vous de ce qui vous regarde.
Phormios
Cependant...
Clitomaque
Ah ! J'ai dit.
À part, à Stribon.
Phormios
Bien, fort bien. Prenons garde De l'irriter. Faisons la guerre aux passions. Écartons bien de lui les excitations ! Pas de femmes surtout !
Stribon
Vous savez donc ?..
Phormios
Sans doute ; Je sais tout, et d'ailleurs je sais ce qu'il m'en coûte. Ah ! Les femmes, Stribon ! - Quel horrible danger ! Contre elles, justes dieux ! daignez le protéger. C'est en les fréquentant qu'aux fêtes Éleusines Méphraste le coureur m'a coûté quatre mines ; Et lui-même a perdu ses forces et son rang.
Stribon
Clitomaque n'a rien perdu : j'en suis garant.
Se tournant vers Clitomaque.
Phormios
Bien ! ce que tu me dis sur ce point me rassure, Et du doute où j'étais vient guérir la morsure ; Bien ! - Mais a-t-il... Voyons, Clitomaque, avez-vous Gardé cette vigueur qui distinguait vos coups ? Cette force élégante et souple, cette grâce Qui charme l'ennemi qu'ensuite elle terrasse ?
Clitomaque
Ah ! Tenez, laissez-moi...
Il veut palper Clitomaque qui lui détache un formidable coup de poing.
Phormios
Si, sans vous déranger, Pourtant, vous me vouliez permettre d'en juger. Lorsque je suis bien sûr, j'ai plus de confiance.
Clitomaque
Ah ! c'en est trop : Bias y perdrait patience.
Phormios
Quel coup de poing ! Jamais je ne fus si content.
Stribon
Vraiment !
Clitomaque
Excusez-moi : je suis trop vif ; pourtant...
À Stribon.
Phormios
Pas d'excuse entre amis : j'ai ce que je mérite ; C'est tout simple... aujourd'hui mon aspect vous irrite : Calmez-vous, je m'en vais. Très fort ! Très fort !
Scène 101
Mégaclès, Clitomaque, Phormios
Mégaclès
Peut-on Entrer ?
Clitomaque
Assurément !
Reconnaissant Phormios.
Mégaclès
Je vous gêne, pardon. Phormios !
Phormios
Mégaclès !
Mégaclès
Quel bon vent vous amène !
Phormios
Les jeux qui dureront toute cette semaine.
Mégaclès
C'est juste : j'oubliais, et j'en suis consterné, Que nous voyons en vous un joueur acharné. - Et parmi ces écueils, asiles du naufrage, Vous poursuivez toujours la fortune volage.
Phormios
Toujours ! Et sans succès, du reste ; mais je crois Que je vais me refaire en une seule fois.
Mégaclès
Je le souhaite donc, et du fond de mon âme ; Votre retour, fera grand plaisir à ma femme ; Elle est tout près d'ici, je vais vous l'amener.
Phormios
Oh ! Non, pas maintenant.
Mégaclès
Comment !
Phormios
J'irai dîner Chez vous ; cela vaut mieux.
Mégaclès
Ah ! Ce refus m'afflige.
Phormios
Ne la dérangez pas !
Mégaclès
Mais elle est là, vous dis-je !
Phormios
Je sais...
Mégaclès
Myrrha veut voir Clitomaque aujourd'hui.
Phormios
Oui ! mais.
À Clitomaque.
Mégaclès
Elle a beaucoup d'affection pour lui. N'est-ce pas ?
À part.
Clitomaque
Je le crois. Elle est ma bête noire !
Mégaclès
Elle veut l'admirer : elle aime tant la gloire !
Clitomaque
Cher ami !
Phormios
De l'humeur dont je la connais bien, Ce n'est pas seulement pour cela qu'elle vient.
Mégaclès
Je vais la chercher.
Phormios
Non : mieux vaut aller ensemble, Ce sera plus poli.
Mégaclès
Soit. Venez donc.
Clitomaque
Je tremble ; Elle viendra.
Phormios
Je sais comment imaginer Un prétexte inventif pour ne pas l'amener.
Clitomaque
L'espérance renaît et m'est encor permise. Vous me sauvez l'honneur !
Phormios
Non, je sauve ma mise.
Mégaclès
Venez-vous, Phormios ?
À Clitomaque.
Phormios
Je viens. Adieu.
Phormios et Mégaclès sortent ; Stribon les suit.
Clitomaque
Merci !
Scène Sixième
Clitomaque
Il sort par la droite.
Clitomaque
Ils s'éloignent : je suis sauvé ! J'ai réussi. C'était là le danger. C'est qu'elle est bien jolie ; Elle m'aurait conduit à faire une folie... Maintenant, allons faire avant le dernier pas Une libation à Mars, dieu des combats.
Scène Septième
Stribon, Myrrha
Stribon
Non, non. S'il vous voyait, Madame, je l'atteste, Mon maître vous fuirait, comme il fuirait la peste.
Myrrha
Il me hait !
Stribon
Vous ? Pas plus qu'une autre, en vérité. Vous êtes à ses yeux d'un sexe mal noté, Voilà tout.
Myrrha
Mais je viens pour des oeuvres pieuses, Et je veux lui parler de choses sérieuses, Stribon.
Stribon
Il ne peut pas vous répondre : le temps Lui manque ; il est sorti, du reste.
Myrrha
Je l'attends.
Stribon
Elle a l'esprit rétif !
Myrrha
Pour te tirer de peine, Tiens, prends ceci, Stribon.
Haut.
À part.
Haut.
Il sort.
Stribon
Dix drachmes ! Quelle aubaine ! Eh bien ! voilà parler ! Pourquoi tant de détours ! Moi, les bons arguments me convainquent toujours. Si vous m'aviez donné vos raisons tout de suite, Il serait déjà là. Je l'amène au plus vite. Si je ne lui dis pas que c'est elle, il viendra. Je vais et je reviens ; attendez-moi, Myrrha.
Scène Huitième
Myrrha
Myrrha
Je l'aime ! Ce n'est pas qu'il soit plein de tendresse, Il a plutôt le coeur enclin à la paresse. Oh ! ce n'est pas non plus qu'il ait beaucoup d'esprit, Car il ne fait jamais de ces mots dont on rit. Et ce n'est pas qu'il soit poète, il ne l'est guère. Non, sous tous ces rapports, c'est un homme vulgaire, Nul. Voilà son portrait : je ne l'ai pas flatté ! Mais ce que j'aime en lui, c'est l'athlète indompté, Le héros dont le front est couronné de gloire : Pour tout dire en deux mots, le fils de la victoire. C'est ainsi que lui-même il se nomme, ô lutteur ! Bref, j'aime en lui l'athlète et le triomphateur. C'est lui ! Comme mon coeur saute dans ma poitrine !
Scène Neuvième
Clitomaque, Stribon
Clitomaque
Ah ! Ça, mais, c'est Myrrha.
Stribon
Faites-lui bonne mine.
Clitomaque
Tu l'as laissée entrer, misérable Stribon.
Stribon
Le motif qu'elle m'a donné m'a paru bon...
Stribon sort rapidement.
Clitomaque
Allons ! Laisse-nous seuls, ta présence m'irrite.
Scène Dixième
Clitomaque, Myrrha
Clitomaque
Et maintenant, il faut qu'elle parte au plus vite.
Myrrha
Clitomaque, salut.
Clitomaque
Salut, Myrrha.
Haut.
Myrrha
C'est lui ! Comme il est beau ! Je l'aime encore plus aujourd'hui. J'avais vu Mégaclès entrer, j'tais venue....
Clitomaque
Il est parti.
Haut.
Myrrha
Gardons un peu de retenue. Ah ! S'il m'étais permis de lui dire tout haut... Mais mon sexe m'oblige à me taire : il le faut. Il est parti, dis-tu ?
Clitomaque
Sans doute.
Myrrha
Quoi, lui-même !
Clitomaque
Mais...
Elle se jette dans ses bras.
Myrrha
Tiens, je ne sais plus ce que je dis ; je t'aime.
Clitomaque
Madame... permettez, Myrrha... je suis touché ; Mais... enfin, cet amour que vous m'aviez caché, Éclatant tout à coup, explique ma surprise.
Myrrha
Non, tu n'ignorais pas combien j'étais éprise !
Clitomaque
Je l'ignorais.
Myrrha
Mes yeux ont devancé ma voix, Ingrat, et mes regards te l'ont dit mille fois.
Clitomaque
Alors, je n'ai pas su comprendre leur langage.
Myrrha
Eh bien ! M'en croiras-tu, si je t'en donne un gage
Clitomaque
Elle va vite.
Myrrha
Dis, dis si tu ne veux pas. Que je sois ta maîtresse ?...
Clitomaque
Elle allonge le pas.
Myrrha
Il me hait ! - Puissiez-vous connaître la souffrance De perdre en un moment sa plus douce espérance.
Clitomaque
Cette douleur m'émeut et vous m'embarrassez : Je vous aime beaucoup...
Myrrha
Non, vous me haïssez, Moi qui n'ai jamais eu d'amitié que la vôtre !
Clitomaque
Permettez...
Myrrha
Je comprends ! Vous en aimez une autre ! Laquelle est-ce ? Pourquoi l'aimez-vous ? Mais pourquoi Est-elle plus jolie ou mieux faite que moi ?
Clitomaque
Madame, je vous dis que je n'aime personne !
Elle tombe sur un siège et pleure.
Myrrha
Ah ! je ne vous crois point ! Est-ce cette Hésione, Qui traîne sur ses pas un groupe habituel D'amants, aussi nombreux que les astres au ciel ? Hermia, dont à peine on voudrait pour nourrice ? Bactis, dont la maigreur égale la malice ? Cléonice ? ou Phryné ? Peut-être toutes deux ! Moi, qui vous aimais tant : tenez, c'est odieux ! Comment ont-elles su charmer votre pensée ? Qu'ai-je donc fait aux dieux pour être délaissée ?
Il s'éloigne doucement, regardant Myrrha.
Il s'éloigne, puis revient.
S'approchant de Myrrha.
Clitomaque
Elle pleure ! Je suis vraiment interloqué. Maintenant le chemin à suivre est indiqué ; Ce danger est de ceux que l'homme sage évite : Clitomaque en saura triompher par la fuite. C'est dommage pourtant, elle est charmante ainsi. Il faut, pour être athlète, un coeur bien endurci ! Fuyons donc... Raisonnons pourtant ; après un jeûne, Un repas, un léger repas... quand on est jeune, Ne fatigua jamais un corps bien conformé. Or, le festin est prêt... et je suis affamé ! Ah ! bah ! pour une fois, perdrais-je ma couronne ? Cet Éléen n'est pas un Milon de Crotone, Et mon protecteur, Mars, ne saurait me punir D'un péché dont jamais il n'a su s'abstenir. Au diable le scrupule, et risquons l'aventure. Myrrha !...
Myrrha
Que voulez-vous ?
Clitomaque
Je vous aime !
Myrrha
Imposture. Hélas ! Vous êtes bon, vous me voyez pleurer. Alors vous avez cru devoir me rassurer. Ah ! Vous me haïssez !
Clitomaque
Je vous aime, vous dis-je. Que faut-il vous jurer ?
Myrrha
D'où viendrait ce prodige ? Et quel dieu bienfaisant aurait pu, d'un seul coup, Transformer en amour la haine...
Clitomaque
Pas du tout. Je vous aimais déjà ; mais pouvais-je le dire ? En vous voyant pleurer, je souffrais le martyre. Mais je ne pouvais pas vous parler franchement ! Votre vertu, d'abord, qui causait mon tourment... Puis les destins fâcheux, qui retenaient ma langue, Et faisaient dans ma gorge avorter ma harangue... Puis les dieux, dont le glaive est sur nous suspendu, Et qui m'auraient puni, s'il m'avaient entendu... Enfin, votre mari Mégaclès... Et la Grèce, Qui vers nous étendait une main vengeresse... Pouvais-je donc parler, Myrrha, quand le trépas... Mais non, vous voyez bien que je ne pouvais pas.
Myrrha
Est-ce bien vrai, du moins ?
À part.
Clitomaque
Créature céleste ! Elle n'a rien compris, et moi non plus du reste.
Myrrha
Allons,je vous pardonne.
À part.
Clitomaque
Ah ! Que je suis heureux ! Après tout, mon métier était trop rigoureux.
Scène Onzième
Stribon, Clitomaque, Myrrha
Remarquant leur trouble.
Stribon
Seigneur, j'étais venu. Pardon, je vous dérange ?
Clitomaque
Non, non, tu peux entrer.
Stribon
Ah ! Ce trouble est étrange.
Clitomaque
Parle.
Regardant Myrrha.
Stribon
Je vous préviens qu'on donne le signal, Et qu'on voit s'avancer le sacré tribunal. Depuis longtemps, Caprus a quitté sa demeure ; Et comme on aurait pu vous faire oublier l'heure...
Clitomaque
Qu'est-ce, Stribon ? - Allons, puisque c'est mon état, Je pars. Mais vous viendrez assister au combat, Myrrha.
Myrrha
Je le crois bien, c'est ma plus grande joie !
Haut.
Clitomaque
Oh ! Ce Caprus, il faut que mon bras le foudroie. Venez, nous passerons par le bois d'amandiers.
Myrrha
C'est cela, j'y connais de très jolis sentiers.
Scène Douzième
Stribon
Riant.
Stribon
Ils s'en vont... tous les deux : serait-ce une conquête ?.. Clitomaque mon maître et Myrrha... Suis-je bête ! S'il osait s'en vanter, je lui dirais qu'il ment, Et je puis... Si c'était un autre, évidemment Le danger serait grand, et le vice fertile Aurait bientôt changé l'épopée en idylle. Mais mon maître faiblir, et surtout aujourd'hui ! À quoi vais-je songer ! Je suis si sûr de lui, Que j'ai voulu risquer dix drachmes sur sa gloire. Dix drachmes ! L'argument, je pense, est péremptoire ; Allons ! Et que les dieux qui connaissent mon coeur, Puisque j'ai parié, le ramènent vainqueur ! - Encor ce Phormios !
Scène Treizième
Phormios, Stribon
À Stribon.
Phormios
J'ai cru voir mon athlète Dans le bois ; il semblait chercher l'ombre discrète ; Mais cette femme... non ! je me serai trompé, Ce n'est pas lui. Pourtant, je suis préoccupé, Et je veux m'assurer... Stribon, préviens ton maître Qu'il est temps de se rendre au champ clos.
Stribon
Il doit être Arrivé dès longtemps, s'il ne s'est pas perdu.
Phormios
Voyons, entendons-nous, il est parti, dis-tu ?
Stribon
Sans doute !
Phormios
Il était seul ?
Stribon
Non, Myrrha l'accompagne.
Phormios
Myrrha ! Mais ils ont dû passer par la campagne ?...
Stribon
Non, elle a voulu prendre un chemin raccourci, Par le bois d'amandiers, qu'on aperçoit d'ici.
Phormios
Et pourquoi par le bois ?
Stribon
Les femmes sont gourmandes. Alors... probablement elle aime les amandes.
Phormios
Ah ! c'était lui !
Stribon
Seigneur, si vous n'avez plus rien À me dire, je vais chercher quelque moyen D'assister à la lutte, et retenir ma place. Adieu, Seigneur.
Stribon sort.
Phormios
Adieu.
Scène Quat0rz1ème
Phormios
Phormios
Le désespoir me glace. Tout est fini, tout est bien fini, cette fois ; Et mes pauvres talents sont perdus, je le vois. Je suis désespéré. La moitié de mon reste. La moitié ! ! Ma fureur passe celle d'Oreste ! Stupide Mégaclès, qui n'a pas vu pourquoi Sa femme l'amenait sans cesse ici...
Scène Quinzième
Mégaclès, Phormios
Mégaclès
C'est moi !
Phormios
Vous venez bien : j'en ai de belles à vous dire !
Mégaclès
Quelque conte joyeux ? Quelque fine satire ? C'est votre fort. Parlez, je suis tout préparé, Et si votre récit est drôle, je rirai.
Phormios
Non, vous ne rirez pas.
Mégaclès
Je rirai, par Minerve.
Phormios
C'est que vous ignorez ce que je vous réserve.
Mégaclès
J'écoute !
Haut.
Phormios
Ça, prenons quelque précaution. Je vais lui procurer beaucoup d'émotion ; Cela suffit parfois pour qu'un vaisseau se rompe ; Il faut donc... Mégaclès, votre femme vous trompe.
Mégaclès
Hein !
Phormios
Vous ne riez pas ?
Mégaclès
Pas positivement. Mais je ne vous crois point.
Phormios
C'est de l'entêtement.
Mégaclès
Vous me savez jaloux... Voyons... c'est une épreuve ?
Phormios
Nullement !
Mégaclès
Et comment sauriez-vous ?
Phormios
J'ai la preuve.
Mégaclès
C'est faux : on vous a fait un récit mensonger.
Phormios
Que non pas. J'ai regret de tant vous affliger ; Mais on ne m'a rien dit : j'ai tout vu par moi-même.
Mégaclès
Le nom ! Quel est le nom de ce drôle qu'elle aime ? Sa demeure ? Je veux lui demander raison.
Phormios
Eh ! vous êtes chez lui !
Mégaclès
Quoi !
Phormios
Voici sa maison.
Mégaclès
Clitomaque !.. un ami ! C'était mon plus intime. Moi, qui l'estimais tant !
Phormios
Aussi probablement. Votre femme l'estime
Mégaclès
Qu'est-ce que j'entrevois ? Mais êtes-vous bien sûr ? On se trompe parfois.
Phormios
Dans ce bois, dont les dieux ont fait l'ombre si douce. Ayant le ciel pour toit et pour tapis la mousse, Ils sont entrés, devant mes yeux, allègrement, Se livrant aux douceurs d'un tendre embrassement.
Mégaclès
Alors ?
Phormios
N'en doutez pas, votre honte est certaine.
Mégaclès
Ah !
Phormios
S'il se fût agi de quelque alarme vaine, Je ne me serais pas permis de vous troubler. Mais c'est fait. Je ne puis vous le dissimuler. Le crime est consommé !
Mégaclès
Vous le croyez ?
Phormios
Sans doute.
Mégaclès
Hélas ! si vous saviez combien cela me coûte.
Phormios
Moins cher qu'à moi, je pense ; il ne perd que l'honneur. Et moi, je perds deux cents talents.
Mégaclès
Le suborneur ! Ah ! Si je le tenais, comme...
Phormios
Je vous arrête. Songez qu'il vous broierait.
Mégaclès
C'est juste, il est athlète ; Et m'attaquer à lui, c'est courir à la mort ! Mais je le tuerais bien, si j'étais le plus fort.
Se frappant le front.
Il sort rapidement.
Phormios
En ce moment, ils sont dans le bois solitaire, Où n'ayant pour témoins que l'ombre et le mystère... Mais de quelle lueur mon esprit est frappé ! Peut-être qu'il est temps encore !...
Scène Seizième
Mégaclès
Mégaclès
Ils m'ont trompé ! Mégaclès est joué comme un barbon stupide. Elle venait à moi d'un air humble et candide, Lorsque je m'ennuyais entre mes trois repas, Et me disait : Sortons, ne le voulez-vous pas ? Alors, comme pour fuir l'atmosphère étouffée, Elle me conduisait vers les bords de l'Alphée ; Puis, quand le ciel s'était lentement obscurci, Invariablement, je me trouvais ici. Je lui disais : Entrons ! J'aime tant les athlètes ! Et je lui promettais quelques belles toilettes ; Car elle résistait et se faisait prier. Ah ! ça, mais j'étais fou, j'étais bon à lier ! Oh ! Que je suis vexé !
Scène Dix-Septième
Stribon, Mégaclès
Stribon
Pas de place à l'arène ! Et depuis la barrière, où la foule se traîne, Jusqu'à l'amphithéâtre, où les grands vont s'asseoir, Il n'y a pas un coin d'où l'on puisse rien voir. J'aurais voulu pourtant... Tiens, Mégaclès !
Mégaclès
L'esclave ! Ah ! Je me vengerai de celui qui me brave. Je vais savoir...
Stribon
Salut, Seigneur.
Mégaclès
Bonjour, Stribon.
À part.
Stribon
Vous semblez inquiet ? Il a l'air furibond.
Mégaclès
Oui : sache que je suis de l'humeur la plus noire ; Souviens-toi qu'avant peu...
Stribon
Bien, je sais votre histoire ! Myrrha vous a trompé !
Mégaclès
Quoi ! Tu le savais donc, Et tu n'es pas venu me le dire.
Stribon
Pardon. Un vieillard marié semble d'humeur chagrine ; On n'en demande pas la cause, on la devine.
Mégaclès
Soit : mais je suis trompé par un de mes amis, C'est indigne !
Stribon
Mais non : maintenant c'est permis.
Mégaclès
Ah ! Stribon !
Stribon
Quel est-il, je le connais peut-être ?
Mégaclès
Oh ! Oui, tu le connais ; ce lâche, c'est ton maître !
Stribon
Clitomaque, l'amant de Myrrha, vous rêvez.
Mégaclès
J'ai des preuves.
Stribon
C'est faux.
Mégaclès
Pourquoi ?
Stribon
Vous le savez.
Mégaclès
Point : ce garçon est jeune.
Stribon
Oui, mais il est athlète.
Mégaclès
Je ne le sais que trop : c'est ce que je regrette ! Athlète. Ah ! si c'était un homme comme moi, Va, je ne serais pas jaloux, j'aurais la foi : Mais Clitomaque est jeune et fait comme un hercule ; C'est un corps où l'on sent que la sève circule, Ces exercices-là rendent l'homme gaillard !.. Or, ma femme a vingt ans et je suis un vieillard.
Stribon
Qu'importe tout cela ! croyez-moi : Clitomaque Ne l'aime pas, j'en jure. Et fussiez-vous patraque, Goutteux, paralysé, cacochyme, gâteux, Et même ruiné, ce qui serait honteux ; Myrrha fût-elle, et c'est loin d'être une chimère, Belle autant que Vénus sortant de l'onde amère ; Eût-elle pour mon maître un amour consumant, Il n'est pas et jamais ne sera son amant.
Mégaclès
Qui te le fait penser ? explique ce mystère.
Stribon
Non, je ne dirai rien : j'ai promis de me taire.
Mégaclès
Va, je te payerai bien, si tu veux m'obliger.
Stribon
Me payer !
Mégaclès
Un talent.
Stribon
Osez-vous m'outrager ? Croyez-vous que je suis de ces gens qu'on achète ?
Mégaclès
Deux talents !
Stribon
Néant !
Mégaclès
Trois.
Stribon
Jamais !
Mégaclès
Quatre.
Stribon
Sornette.
Mégaclès
Six... sept.
Stribon
Mettez-en dix et causons.
Mégaclès
Les voici.
Stribon
Adieu, j'ai quelque chose à faire près d'ici !
Mégaclès
Drôle ! si tu dis tout, je te donne le double.
Stribon
Soit ; mais ne croyez pas que ce présent me trouble.
Mégaclès
Bien !
Stribon
Je ne vendrais pas mon maître.
Mégaclès
Assurément.
Stribon
Et si je le trahis, c'est volontairement.
Mégaclès
Oui !
Stribon
Vous n'en direz rien ?
Mégaclès
Oh ! Ma parole est sûre..
Stribon
Une indiscrétion serait ma flétrissure !
Mégaclès
Je me tairai : mais parle.
Stribon
Eh bien ! Donc ! Apprenez Que sa force lui vient de moyens détournés ; Qu'il n'a jamais commis la moindre inconvenance, Et que tout son succès part de sa continence.
Mégaclès
Tu te moques, Stribon.
Stribon
Tenez-le pour certain. Quand on parle d'amour, il s'éloigne soudain. S'il rencontre (au printemps) des femmes sur sa route, Il s'enfuit au plus tôt, tant cela le dégoûte. S'il voit deux chats en train de se faire la cour, S'il entend deux moineaux qui se parlent d'amour, Il fuit. Bien plus son front olympien se plisse. Si sa chienne lui jette un regard en coulisse.
Mégaclès
Tu me trompes, Stribon, et je ne te crois pas. Sa continence a dû faire plus d'un faux pas...
Stribon
Jamais rien n'a troublé ses veilles studieuses. Tenez, j'aime à conter des histoires joyeuses...
Mégaclès
Eh bien !
Stribon
Si je lui veux dire comment Léda De l'amour d'un canard un jour s'accommoda, Lequel canard était Jupin ; comment encore Zéphyre entre ses rets surprit la jeune Flore ; Ou comment Mars conçut l'audacieux dessein De séduire Vénus, sans consulter Vulcain ; Comment Pasiphaé commit la maladresse D'estimer un taureau qui la prit pour maîtresse, Il me jette un regard pour me remercier, Qui me cloue aussitôt les mots dans le gosier.
Mégaclès
Eh ! Quoi ! Se peut-il ?... Non : je ne saurais te croire.
Stribon
C'est ainsi qu'on devient le fils de la Victoire ; Je vous réponds de lui.
Mégaclès
Si ces faits étaient vrais, Le monde en eût dit mot et je les connaîtrais !
Stribon
Un secret bien gardé point ne se communique. Nul ne sait rien : je suis son confident unique ; Car pour qu'un résultat en pût être obtenu, Son procédé devait à tous être inconnu ; Ou les autres l'auraient saisi comme une proie ; Et chaque athlète alors suivant la même voie, Peut-être aurions-nous eu ce résultat fatal D'avoir organisé la gloire d'un rival. Je réponds de tout.
Mégaclès
Ah ! Ce discours me rassure, Cher Stribon, et tu mets du baume à ma blessure. Tu me jures...
Stribon
Chassez jusqu'au moindre soupçon, Vous le verriez vaincu, s'il changeait de façon ; Et jamais pour chercher une joie éphémère, Il ne sacrifiera la Victoire, sa mère !
Mégaclès
Tiens, Stribon, prends ma bourse et rendons grâce aux Dieux !
Stribon
Ah ! Voici Clitomaque !
Mégaclès
Il a l'air soucieux.
Stribon
Le calme du triomphe, il en a l'habitude.
Mégaclès
C'est vrai.
Stribon
Que votre esprit soit sans inquiétude.
Scène Dix-Huitieme
Clitomaque, Mégaclès
Clitomaque
Salut, mon maître !
Il veut lui serrer la main.
Mégaclès
Gloire à vous, vaillant guerrier ! Pour vous féliciter j'arrive le premier ; L'affection chez moi n'est jamais chose vaine. Et de votre bonheur je me sens l'âme pleine ! Le succès était sûr, j'en étais convaincu : Mais je suis bien heureux que ce soit fait.
Il sort rapidement.
Clitomaque
Vaincu ! Oh ! Oh ! Déguerpissons, il reprendrait la bourse.
Scène Dix-Neuvieme
Mégaclès, Clitomaque
Mégaclès
Vaincu... Caprus ?
Clitomaque
Non, moi ! Ma chute est sans ressource.
Mégaclès
Vous êtes vaincu, vous ? Par Caprus ?... Ah ! gredin.
Clitomaque
Hé !
Mégaclès
Tromper un ami comme moi !... Baladin !
Clitomaque
Halte-là, comme vous je sens mon infamie, Mais j'avais contre moi la fortune ennemie ; Vaincu par ce Caprus, athlète de valeur, Cela ne serait rien : ce qui fait ma douleur, C'est que je suis vaincu par ma faute...
Mégaclès
Il avoue ! Sais-je qui me retient de souffleter ta joue !
Clitomaque
Holà ! Votre intérêt vous emporte trop loin : Mais gardez vos leçons dont je n'ai pas besoin ; Vous aviez parié pour moi : je le regrette !
Mégaclès
Parier ! pour un homme indigne d'être athlète !
Clitomaque
Ah ! Ça...
Mégaclès
Traître, j'en suis pour ce que j'en ai dit.
Clitomaque
Ah ! Retirez le mot.
Mégaclès
Je le maintiens, bandit !
Scène 6
Phormios, Mégaclès, Clitomaque, Myrrha, Stribon
Phormios
Calmez-vous, Mégaclès ; d'où vient votre colère ? Qui peut vous rendre ainsi l'humeur atrabilaire ?
Mégaclès
Il m'a trahi !
Aux autres.
À Mégaclès.
Phormios
Non pas. C'est un malentendu. Je vais le lui prouver. Je vous ai défendu : Je les ai rencontrés : à temps, je dois le dire ; Et c'est un mauvais pas, allez, dont je vous tire ; Mais on peut pardonner à leur témérité, Puisque rien n'est perdu.
À haute voix.
Mégaclès
Soit ! S'ils m'ont respecté... Je pardonne.
Clitomaque
Merci. - Qu'est-ce qu'il me pardonne ? La fièvre apparemment dans ma tête bourdonne... Je ne comprends plus rien.
Mégaclès
Et vous viendrez nous voir Souvent, nous causerons.
Ils continuent à causer à voix basse.
Phormios
Je viendrai chaque soir.
Clitomaque
Et vous, de qui l'amour a causé ma défaite, Myrrha, changerez-vous mon désespoir en fête ? Voudrez-vous m'appeler au nombre des élus ?
Myrrha
Caprus fut le plus fort : je ne vous connais plus.
Mégaclès
Madame, regardez, voilà l'ami modèle.
Myrrha
C'est mon avis, Seigneur.
Mégaclès
Quant à vous, infidèle...
Myrrha
Moi !..
Mégaclès
Vous, oui ! Vous aimez ce Clitomaque !
Myrrha
Non.
Mégaclès
Vous m'ameniez ici chaque jour.
Myrrha
Son renom M'attirait : j'ai toujours fort aimé les athlètes. Puis cela me servait à montrer mes toilettes ; Mais je ne l'aime pas.
Mégaclès
Fort bien ! vous m'en contez.
Myrrha
Je ne le verrai plus, puisque vous en doutez.
Mégaclès
Vraiment ! Ah ! Tu me rends mon humeur joviale !
À part.
Myrrha
Et pour vous bien montrer comme je suis loyale, J'irai dès aujourd'hui chez Caprus, son vainqueur. Cet athlète est, dit-on, charmant, Et plein de coeur.
Mégaclès
Myrrha, c'est me combler ! Allons-y tout de suite.
Myrrha
Adieu !
Mégaclès et Myrrha sortent.
Mégaclès
Venez souper ce soir, je vous invite.
À Clitomaque.
Phormios
Comptez sur moi. Mais vous, plus de femmes, surtout ! Suivez le droit chemin : la victoire est au bout.
Clitomaque
Merci de vos conseils ; mais je n'en ai que faire !
Stribon
C'est égal, vous perdez beaucoup en cette affaire.
Phormios
Moi ! Qu'ai-je donc perdu ?
Stribon
Comptez-vous comme rien Vos quatre cents talents ?
Il sort.
Phormios
Bah ! Myrrha les vaut bien.
Scène 6
Clitomaque, Stribon
Clitomaque
Ils sont partis. Fort bien ! Allons, pas de faiblesse ! Je veux me réjouir et me mettre en liesse. Lâchons bride aux gaîtés dont mon esprit est plein ! Puisque je suis vaincu par Caprus l'Éléen, Je prétends l'être aussi par le jus de la treille, Et veux me consoler au fond d'une bouteille. Nous trinquerons !... cela chasse les songes creux. Puis, tu me conteras quelque récit scabreux.
Stribon
Votre profession en souffrira peut-être ?
Clitomaque
L'athlète est mort, Stribon, je l'enterre...
Stribon
Mon maître !
Il sort par la gauche.
Clitomaque
Demain, je connaîtrai par ses réalités L'amour dont je n'ai vu que les mauvais côtés. D'autres me vengeront, si Myrrha m'abandonne. Je veux user des biens que le destin me donne, Et j'en abuserai, les dieux m'en soient témoins ! Allons boire, Stribon.
Il se dirige vers la salle où Clitomaque s'est retiré.
Stribon
Un athlète de moins !