Comédie · 1888

L’athlète

de R. Palefroi

Représentation
≈ 35 min
Distribution
1 femme, 4 hommes
Répliques
350
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Stribon H 84 ≈ 10 min 11
Clitomaque H 80 ≈ 8 min 13
Phormios H 66 ≈ 7 min 6
Mégaclès H 87 ≈ 6 min 7
Myrrha F 33 ≈ 4 min 5
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle L'Athlète
Stribon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Clitomaque absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Phormios absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Mégaclès absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Myrrha absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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L'Athlète

Scène 1

Stribon, Clitomaque

Stribon

Là ! C'est fait ; vous pouvez vous montrer à la ville. Stribon, pour vous parer, n'a pas épargné l'huile. Vous brillez au soleil comme un pur diamant, Et si j'étais Vénus, vous seriez mon amant. Vous allez éblouir les femmes d'Olympie : Je crois les voir déjà...

Clitomaque

Silence, vieille pie !

Haut.

Stribon

C'est juste !.. Ah ! J'oubliais la bandelette au front. Or ça, cet Éléen, votre adversaire, est prompt À la riposte !..

Clitomaque

Lui ! ! !

Stribon

C'est un garçon superbe. Prenez garde !

Clitomaque

S'il aime à reposer sur l'herbe, Ton Caprus va pouvoir y rêver à loisir.

Stribon

Cette fière assurance est pour faire plaisir. Pauvre homme !... On va pleurer dans la ville d'Élée. Qu'il fasse sa prière à la Victoire ailée, Encore priera-t-il bien inutilement.

Clitomaque

On pleurera, dis-tu !

Stribon

Dame ! On pleure un amant. Que Jupiter s'attende à des torrents de plainte. Les femmes, qu'elles soient d'Élée ou de Corinthe, Goûtent beaucoup les gens qui tiennent son emploi : Or, Caprus est vraiment un modèle !..

Clitomaque

Tais-toi.

Stribon

Mais...

Clitomaque

Silence, te dis-je.

Stribon

Oh ! Ce n'est pas un homme. - J'obéis.

Clitomaque

Tu sais bien qu'un tel sujet m'assomme. Tu sais bien que je hais ce langage éhonté, Dont les détours lascifs troublent l'honnêteté. - Tiens, change de sujet, cherche quelque autre histoire.

Stribon

Pour les autres sujets je n'ai pas de mémoire, Je n'aime que ceux-là.

Clitomaque

Je ne les aime point.

Stribon

Oui, vous en avez peur.

Clitomaque

Peur ! ! ! Veux-tu que mon poing...

Stribon

Oh ! Pas de pugilat. - Ce n'est pas mon affaire, Et Caprus m'en voudrait si je vous laissais faire. Ma loyauté prétend ne le priver en rien Des coups que vous devez lui garder : - c'est son bien.

Clitomaque

Silence !

Stribon

Je me tais.

Clitomaque

Achève ma toilette.

Stribon

Rien n'est plus délicat que cette bandelette Que les gladiateurs portent en ce pays, Comme s'ils prétendaient ressembler à Laïs. Car, bien que dédaigneux des amoureuses flammes...

Clitomaque

Ça, je t'ai défendu de me parler des femmes.

Stribon

Que vous ont-elles fait ?

Clitomaque

Rien ! Éros fut clément, Et j'entends que jamais il n'en soit autrement. Donc, si tu veux parler, cherche d'autres intrigues.

Stribon

Un récit sans amour, c'est un souper sans figues.

Clitomaque

N'en fais donc point.

Stribon

Eh bien ! Tenez, vous avez tort De laisser votre esprit flamber comme bois mort, Pour un mot...

Clitomaque

Les récits scabreux...

Stribon

Sont dans mon rôle. Comment feriez-vous donc, si vous viviez en Gaule !

Clitomaque

En Gaule ? - Que veux-tu dire ?

Stribon

Chez les Gaulois, Quand la femme d'un chef voyage, sous les bois Où les grands chênes verts lui font un dôme sombre, Et que, la nuit venant, elle voit grandir l'ombre, La voyageuse avise un village posé Dans quelque pré fleuri par le fleuve arrosé. Elle suit d'un pas sûr, aux clartés de la lune, Les huttes où chacun repose, en choisit une, Et, s'approchant du toit par le chef habité, Réclame pour la nuit son hospitalité. Elle boit, mange, et puis (cette coutume est grande) S'endort, en lui disant : Que le ciel vous le rende ! Le guerrier pour la nuit met son épée entre eux, Et c'est assez.

Il reste un moment rêveur. - Bondissant avec fureur.

Clitomaque

Assez ! - Ces Gaulois sont heureux. Par Hercule, Stribon, as-tu juré ma perte ? Quelle somme d'argent Caprus t'a-t-il offerte ?

Stribon

Quoi, seigneur, mon récit n'était-il pas décent ? En connaissez-vous un qui soit plus innocent ?

Clitomaque

Va-t-en, Stribon ! Va-t-en !

Exit Stribon.

Stribon

Me parler de la sorte, C'est me dire en deux mots qu'il vous plaît que je sorte : Je sors.

Scène Deuxième

Clitomaque

Se calmant.

Il soupire.

Avec exaltation.

Bruit au dehors.

Clitomaque

Ainsi ma vie achève son printemps, Et je ne connais pas l'amour, et j'ai trente ans ; À fuir les voluptés j'ai consacré ma force, Et pourtant un coeur bat sous cette rude écorce. Quand je songe à Myrrha, dieux ! si je m'écoutais, Si je... Mais non, je dois me taire, je me tais. Ah ! Qu'ai-je donc ? Chassons cette fougue insensée ; Ce stupide Stribon a troublé ma pensée. Ses récits me causaient moins de gêne autrefois. Je vieillis... Par Jupin, que ne suis-je Gaulois ! - Voyons, préparons-nous à la prochaine lutte, Songeons à ce Caprus... Quelle est cette dispute ? Holà ! Qu'est-ce, Stribon ?

Scène Troisième

Stribon, Clitomaque

Stribon

Seigneur, un inconnu Demande à vous parler.

Clitomaque

Qu'il soit le malvenu. Ne laisse pas entrer, je n'y suis pour personne.

Scène Quatriéme

Phormios, Clitomaque, Stribon

Phormios

Je te dis qu'il est là : ce Stribon déraisonne ! Clitomaque sortir, quand il se bat tantôt : Dis-moi que je suis fou, je te croirai plutôt.

Clitomaque

Encor ce Phormios ! - Que la fièvre le prenne ! Ne lui suffisait-il de me voir dans l'arène, Pour suivre son enjeu ?

Phormios

Que disais-je ? - C'est lui. - Eh ! Bonjour, comment va Clitomaque aujourd'hui ?

Clitomaque

Fort bien !

Phormios

A-t-il dormi ?

Stribon

Sans doute et d'un seul somme.

Phormios

La veille du combat, il a dormi ! - Quel homme ! - A-t-il déjeuné ?

Stribon

Certes, et d'un grand appétit.

Phormios

Ah ! C'est trop : - un repas copieux alourdit. Et les muscles alors perdent de leur souplesse.

Clitomaque

Je vois que mon succès, seigneur, vous intéresse ?

Phormios

Plus que vous ne sauriez croire, j'en fais l'aveu ; Car j'ai risqué deux cents talents dans votre jeu.

Clitomaque

Deux cents ! - Je vois avec un orgueil...

Phormios

Légitime !

Clitomaque

Que vous ne m'avez pas marchandé votre estime. Me voilà donc tenu de triompher !

Phormios

Ma foi. Moi, j'ai compté sur vous.

Clitomaque

Fort bien : comptez sur moi.

Phormios

Pardon ! - J'ai confiance en vous et je vous aime... Cependant, je voudrais m'assurer par moi-même Que tout est préparé : je vous parais têtu ; Mais, par Pluton, deux cents talents, est-ce un fétu ? Les gens trop confiants bâtissent sur le sable !

Clitomaque

Qui me délivrera de cet être haïssable ?

Phormios

Voyons ! - ton huile était de bonne qualité ?

Stribon

Huile d'olives pures !

Phormios

En quelle quantité ?

Stribon

Énorme !

Phormios

Ne va pas lésiner : car tu penses Que tu seras payé de toutes tes dépenses.

Clitomaque

Ah ! Ça, mais, Phormios, de quel droit ?...

Phormios

Laissez donc : C'est dans mon intérêt ; il est juste...

Clitomaque

Pardon. J'ai payé ; mêlez-vous de ce qui vous regarde.

Phormios

Cependant...

Clitomaque

Ah ! J'ai dit.

À part, à Stribon.

Phormios

Bien, fort bien. Prenons garde De l'irriter. Faisons la guerre aux passions. Écartons bien de lui les excitations ! Pas de femmes surtout !

Stribon

Vous savez donc ?..

Phormios

Sans doute ; Je sais tout, et d'ailleurs je sais ce qu'il m'en coûte. Ah ! Les femmes, Stribon ! - Quel horrible danger ! Contre elles, justes dieux ! daignez le protéger. C'est en les fréquentant qu'aux fêtes Éleusines Méphraste le coureur m'a coûté quatre mines ; Et lui-même a perdu ses forces et son rang.

Stribon

Clitomaque n'a rien perdu : j'en suis garant.

Se tournant vers Clitomaque.

Phormios

Bien ! ce que tu me dis sur ce point me rassure, Et du doute où j'étais vient guérir la morsure ; Bien ! - Mais a-t-il... Voyons, Clitomaque, avez-vous Gardé cette vigueur qui distinguait vos coups ? Cette force élégante et souple, cette grâce Qui charme l'ennemi qu'ensuite elle terrasse ?

Clitomaque

Ah ! Tenez, laissez-moi...

Il veut palper Clitomaque qui lui détache un formidable coup de poing.

Phormios

Si, sans vous déranger, Pourtant, vous me vouliez permettre d'en juger. Lorsque je suis bien sûr, j'ai plus de confiance.

Clitomaque

Ah ! c'en est trop : Bias y perdrait patience.

Phormios

Quel coup de poing ! Jamais je ne fus si content.

Stribon

Vraiment !

Clitomaque

Excusez-moi : je suis trop vif ; pourtant...

À Stribon.

Phormios

Pas d'excuse entre amis : j'ai ce que je mérite ; C'est tout simple... aujourd'hui mon aspect vous irrite : Calmez-vous, je m'en vais. Très fort ! Très fort !

Scène 101

Mégaclès, Clitomaque, Phormios

Mégaclès

Peut-on Entrer ?

Clitomaque

Assurément !

Reconnaissant Phormios.

Mégaclès

Je vous gêne, pardon. Phormios !

Phormios

Mégaclès !

Mégaclès

Quel bon vent vous amène !

Phormios

Les jeux qui dureront toute cette semaine.

Mégaclès

C'est juste : j'oubliais, et j'en suis consterné, Que nous voyons en vous un joueur acharné. - Et parmi ces écueils, asiles du naufrage, Vous poursuivez toujours la fortune volage.

Phormios

Toujours ! Et sans succès, du reste ; mais je crois Que je vais me refaire en une seule fois.

Mégaclès

Je le souhaite donc, et du fond de mon âme ; Votre retour, fera grand plaisir à ma femme ; Elle est tout près d'ici, je vais vous l'amener.

Phormios

Oh ! Non, pas maintenant.

Mégaclès

Comment !

Phormios

J'irai dîner Chez vous ; cela vaut mieux.

Mégaclès

Ah ! Ce refus m'afflige.

Phormios

Ne la dérangez pas !

Mégaclès

Mais elle est là, vous dis-je !

Phormios

Je sais...

Mégaclès

Myrrha veut voir Clitomaque aujourd'hui.

Phormios

Oui ! mais.

À Clitomaque.

Mégaclès

Elle a beaucoup d'affection pour lui. N'est-ce pas ?

À part.

Clitomaque

Je le crois. Elle est ma bête noire !

Mégaclès

Elle veut l'admirer : elle aime tant la gloire !

Clitomaque

Cher ami !

Phormios

De l'humeur dont je la connais bien, Ce n'est pas seulement pour cela qu'elle vient.

Mégaclès

Je vais la chercher.

Phormios

Non : mieux vaut aller ensemble, Ce sera plus poli.

Mégaclès

Soit. Venez donc.

Clitomaque

Je tremble ; Elle viendra.

Phormios

Je sais comment imaginer Un prétexte inventif pour ne pas l'amener.

Clitomaque

L'espérance renaît et m'est encor permise. Vous me sauvez l'honneur !

Phormios

Non, je sauve ma mise.

Mégaclès

Venez-vous, Phormios ?

À Clitomaque.

Phormios

Je viens. Adieu.

Phormios et Mégaclès sortent ; Stribon les suit.

Clitomaque

Merci !

Scène Sixième

Clitomaque

Il sort par la droite.

Clitomaque

Ils s'éloignent : je suis sauvé ! J'ai réussi. C'était là le danger. C'est qu'elle est bien jolie ; Elle m'aurait conduit à faire une folie... Maintenant, allons faire avant le dernier pas Une libation à Mars, dieu des combats.

Scène Septième

Stribon, Myrrha

Stribon

Non, non. S'il vous voyait, Madame, je l'atteste, Mon maître vous fuirait, comme il fuirait la peste.

Myrrha

Il me hait !

Stribon

Vous ? Pas plus qu'une autre, en vérité. Vous êtes à ses yeux d'un sexe mal noté, Voilà tout.

Myrrha

Mais je viens pour des oeuvres pieuses, Et je veux lui parler de choses sérieuses, Stribon.

Stribon

Il ne peut pas vous répondre : le temps Lui manque ; il est sorti, du reste.

Myrrha

Je l'attends.

Stribon

Elle a l'esprit rétif !

Myrrha

Pour te tirer de peine, Tiens, prends ceci, Stribon.

Haut.

À part.

Haut.

Il sort.

Stribon

Dix drachmes ! Quelle aubaine ! Eh bien ! voilà parler ! Pourquoi tant de détours ! Moi, les bons arguments me convainquent toujours. Si vous m'aviez donné vos raisons tout de suite, Il serait déjà là. Je l'amène au plus vite. Si je ne lui dis pas que c'est elle, il viendra. Je vais et je reviens ; attendez-moi, Myrrha.

Scène Huitième

Myrrha

Myrrha

Je l'aime ! Ce n'est pas qu'il soit plein de tendresse, Il a plutôt le coeur enclin à la paresse. Oh ! ce n'est pas non plus qu'il ait beaucoup d'esprit, Car il ne fait jamais de ces mots dont on rit. Et ce n'est pas qu'il soit poète, il ne l'est guère. Non, sous tous ces rapports, c'est un homme vulgaire, Nul. Voilà son portrait : je ne l'ai pas flatté ! Mais ce que j'aime en lui, c'est l'athlète indompté, Le héros dont le front est couronné de gloire : Pour tout dire en deux mots, le fils de la victoire. C'est ainsi que lui-même il se nomme, ô lutteur ! Bref, j'aime en lui l'athlète et le triomphateur. C'est lui ! Comme mon coeur saute dans ma poitrine !

Scène Neuvième

Clitomaque, Stribon

Clitomaque

Ah ! Ça, mais, c'est Myrrha.

Stribon

Faites-lui bonne mine.

Clitomaque

Tu l'as laissée entrer, misérable Stribon.

Stribon

Le motif qu'elle m'a donné m'a paru bon...

Stribon sort rapidement.

Clitomaque

Allons ! Laisse-nous seuls, ta présence m'irrite.

Scène Dixième

Clitomaque, Myrrha

Clitomaque

Et maintenant, il faut qu'elle parte au plus vite.

Myrrha

Clitomaque, salut.

Clitomaque

Salut, Myrrha.

Haut.

Myrrha

C'est lui ! Comme il est beau ! Je l'aime encore plus aujourd'hui. J'avais vu Mégaclès entrer, j'tais venue....

Clitomaque

Il est parti.

Haut.

Myrrha

Gardons un peu de retenue. Ah ! S'il m'étais permis de lui dire tout haut... Mais mon sexe m'oblige à me taire : il le faut. Il est parti, dis-tu ?

Clitomaque

Sans doute.

Myrrha

Quoi, lui-même !

Clitomaque

Mais...

Elle se jette dans ses bras.

Myrrha

Tiens, je ne sais plus ce que je dis ; je t'aime.

Clitomaque

Madame... permettez, Myrrha... je suis touché ; Mais... enfin, cet amour que vous m'aviez caché, Éclatant tout à coup, explique ma surprise.

Myrrha

Non, tu n'ignorais pas combien j'étais éprise !

Clitomaque

Je l'ignorais.

Myrrha

Mes yeux ont devancé ma voix, Ingrat, et mes regards te l'ont dit mille fois.

Clitomaque

Alors, je n'ai pas su comprendre leur langage.

Myrrha

Eh bien ! M'en croiras-tu, si je t'en donne un gage

Clitomaque

Elle va vite.

Myrrha

Dis, dis si tu ne veux pas. Que je sois ta maîtresse ?...

Clitomaque

Elle allonge le pas.

Myrrha

Il me hait ! - Puissiez-vous connaître la souffrance De perdre en un moment sa plus douce espérance.

Clitomaque

Cette douleur m'émeut et vous m'embarrassez : Je vous aime beaucoup...

Myrrha

Non, vous me haïssez, Moi qui n'ai jamais eu d'amitié que la vôtre !

Clitomaque

Permettez...

Myrrha

Je comprends ! Vous en aimez une autre ! Laquelle est-ce ? Pourquoi l'aimez-vous ? Mais pourquoi Est-elle plus jolie ou mieux faite que moi ?

Clitomaque

Madame, je vous dis que je n'aime personne !

Elle tombe sur un siège et pleure.

Myrrha

Ah ! je ne vous crois point ! Est-ce cette Hésione, Qui traîne sur ses pas un groupe habituel D'amants, aussi nombreux que les astres au ciel ? Hermia, dont à peine on voudrait pour nourrice ? Bactis, dont la maigreur égale la malice ? Cléonice ? ou Phryné ? Peut-être toutes deux ! Moi, qui vous aimais tant : tenez, c'est odieux ! Comment ont-elles su charmer votre pensée ? Qu'ai-je donc fait aux dieux pour être délaissée ?

Il s'éloigne doucement, regardant Myrrha.

Il s'éloigne, puis revient.

S'approchant de Myrrha.

Clitomaque

Elle pleure ! Je suis vraiment interloqué. Maintenant le chemin à suivre est indiqué ; Ce danger est de ceux que l'homme sage évite : Clitomaque en saura triompher par la fuite. C'est dommage pourtant, elle est charmante ainsi. Il faut, pour être athlète, un coeur bien endurci ! Fuyons donc... Raisonnons pourtant ; après un jeûne, Un repas, un léger repas... quand on est jeune, Ne fatigua jamais un corps bien conformé. Or, le festin est prêt... et je suis affamé ! Ah ! bah ! pour une fois, perdrais-je ma couronne ? Cet Éléen n'est pas un Milon de Crotone, Et mon protecteur, Mars, ne saurait me punir D'un péché dont jamais il n'a su s'abstenir. Au diable le scrupule, et risquons l'aventure. Myrrha !...

Myrrha

Que voulez-vous ?

Clitomaque

Je vous aime !

Myrrha

Imposture. Hélas ! Vous êtes bon, vous me voyez pleurer. Alors vous avez cru devoir me rassurer. Ah ! Vous me haïssez !

Clitomaque

Je vous aime, vous dis-je. Que faut-il vous jurer ?

Myrrha

D'où viendrait ce prodige ? Et quel dieu bienfaisant aurait pu, d'un seul coup, Transformer en amour la haine...

Clitomaque

Pas du tout. Je vous aimais déjà ; mais pouvais-je le dire ? En vous voyant pleurer, je souffrais le martyre. Mais je ne pouvais pas vous parler franchement ! Votre vertu, d'abord, qui causait mon tourment... Puis les destins fâcheux, qui retenaient ma langue, Et faisaient dans ma gorge avorter ma harangue... Puis les dieux, dont le glaive est sur nous suspendu, Et qui m'auraient puni, s'il m'avaient entendu... Enfin, votre mari Mégaclès... Et la Grèce, Qui vers nous étendait une main vengeresse... Pouvais-je donc parler, Myrrha, quand le trépas... Mais non, vous voyez bien que je ne pouvais pas.

Myrrha

Est-ce bien vrai, du moins ?

À part.

Clitomaque

Créature céleste ! Elle n'a rien compris, et moi non plus du reste.

Myrrha

Allons,je vous pardonne.

À part.

Clitomaque

Ah ! Que je suis heureux ! Après tout, mon métier était trop rigoureux.

Scène Onzième

Stribon, Clitomaque, Myrrha

Remarquant leur trouble.

Stribon

Seigneur, j'étais venu. Pardon, je vous dérange ?

Clitomaque

Non, non, tu peux entrer.

Stribon

Ah ! Ce trouble est étrange.

Clitomaque

Parle.

Regardant Myrrha.

Stribon

Je vous préviens qu'on donne le signal, Et qu'on voit s'avancer le sacré tribunal. Depuis longtemps, Caprus a quitté sa demeure ; Et comme on aurait pu vous faire oublier l'heure...

Clitomaque

Qu'est-ce, Stribon ? - Allons, puisque c'est mon état, Je pars. Mais vous viendrez assister au combat, Myrrha.

Myrrha

Je le crois bien, c'est ma plus grande joie !

Haut.

Clitomaque

Oh ! Ce Caprus, il faut que mon bras le foudroie. Venez, nous passerons par le bois d'amandiers.

Myrrha

C'est cela, j'y connais de très jolis sentiers.

Scène Douzième

Stribon

Riant.

Stribon

Ils s'en vont... tous les deux : serait-ce une conquête ?.. Clitomaque mon maître et Myrrha... Suis-je bête ! S'il osait s'en vanter, je lui dirais qu'il ment, Et je puis... Si c'était un autre, évidemment Le danger serait grand, et le vice fertile Aurait bientôt changé l'épopée en idylle. Mais mon maître faiblir, et surtout aujourd'hui ! À quoi vais-je songer ! Je suis si sûr de lui, Que j'ai voulu risquer dix drachmes sur sa gloire. Dix drachmes ! L'argument, je pense, est péremptoire ; Allons ! Et que les dieux qui connaissent mon coeur, Puisque j'ai parié, le ramènent vainqueur ! - Encor ce Phormios !

Scène Treizième

Phormios, Stribon

À Stribon.

Phormios

J'ai cru voir mon athlète Dans le bois ; il semblait chercher l'ombre discrète ; Mais cette femme... non ! je me serai trompé, Ce n'est pas lui. Pourtant, je suis préoccupé, Et je veux m'assurer... Stribon, préviens ton maître Qu'il est temps de se rendre au champ clos.

Stribon

Il doit être Arrivé dès longtemps, s'il ne s'est pas perdu.

Phormios

Voyons, entendons-nous, il est parti, dis-tu ?

Stribon

Sans doute !

Phormios

Il était seul ?

Stribon

Non, Myrrha l'accompagne.

Phormios

Myrrha ! Mais ils ont dû passer par la campagne ?...

Stribon

Non, elle a voulu prendre un chemin raccourci, Par le bois d'amandiers, qu'on aperçoit d'ici.

Phormios

Et pourquoi par le bois ?

Stribon

Les femmes sont gourmandes. Alors... probablement elle aime les amandes.

Phormios

Ah ! c'était lui !

Stribon

Seigneur, si vous n'avez plus rien À me dire, je vais chercher quelque moyen D'assister à la lutte, et retenir ma place. Adieu, Seigneur.

Stribon sort.

Phormios

Adieu.

Scène Quat0rz1ème

Phormios

Phormios

Le désespoir me glace. Tout est fini, tout est bien fini, cette fois ; Et mes pauvres talents sont perdus, je le vois. Je suis désespéré. La moitié de mon reste. La moitié ! ! Ma fureur passe celle d'Oreste ! Stupide Mégaclès, qui n'a pas vu pourquoi Sa femme l'amenait sans cesse ici...

Scène Quinzième

Mégaclès, Phormios

Mégaclès

C'est moi !

Phormios

Vous venez bien : j'en ai de belles à vous dire !

Mégaclès

Quelque conte joyeux ? Quelque fine satire ? C'est votre fort. Parlez, je suis tout préparé, Et si votre récit est drôle, je rirai.

Phormios

Non, vous ne rirez pas.

Mégaclès

Je rirai, par Minerve.

Phormios

C'est que vous ignorez ce que je vous réserve.

Mégaclès

J'écoute !

Haut.

Phormios

Ça, prenons quelque précaution. Je vais lui procurer beaucoup d'émotion ; Cela suffit parfois pour qu'un vaisseau se rompe ; Il faut donc... Mégaclès, votre femme vous trompe.

Mégaclès

Hein !

Phormios

Vous ne riez pas ?

Mégaclès

Pas positivement. Mais je ne vous crois point.

Phormios

C'est de l'entêtement.

Mégaclès

Vous me savez jaloux... Voyons... c'est une épreuve ?

Phormios

Nullement !

Mégaclès

Et comment sauriez-vous ?

Phormios

J'ai la preuve.

Mégaclès

C'est faux : on vous a fait un récit mensonger.

Phormios

Que non pas. J'ai regret de tant vous affliger ; Mais on ne m'a rien dit : j'ai tout vu par moi-même.

Mégaclès

Le nom ! Quel est le nom de ce drôle qu'elle aime ? Sa demeure ? Je veux lui demander raison.

Phormios

Eh ! vous êtes chez lui !

Mégaclès

Quoi !

Phormios

Voici sa maison.

Mégaclès

Clitomaque !.. un ami ! C'était mon plus intime. Moi, qui l'estimais tant !

Phormios

Aussi probablement. Votre femme l'estime

Mégaclès

Qu'est-ce que j'entrevois ? Mais êtes-vous bien sûr ? On se trompe parfois.

Phormios

Dans ce bois, dont les dieux ont fait l'ombre si douce. Ayant le ciel pour toit et pour tapis la mousse, Ils sont entrés, devant mes yeux, allègrement, Se livrant aux douceurs d'un tendre embrassement.

Mégaclès

Alors ?

Phormios

N'en doutez pas, votre honte est certaine.

Mégaclès

Ah !

Phormios

S'il se fût agi de quelque alarme vaine, Je ne me serais pas permis de vous troubler. Mais c'est fait. Je ne puis vous le dissimuler. Le crime est consommé !

Mégaclès

Vous le croyez ?

Phormios

Sans doute.

Mégaclès

Hélas ! si vous saviez combien cela me coûte.

Phormios

Moins cher qu'à moi, je pense ; il ne perd que l'honneur. Et moi, je perds deux cents talents.

Mégaclès

Le suborneur ! Ah ! Si je le tenais, comme...

Phormios

Je vous arrête. Songez qu'il vous broierait.

Mégaclès

C'est juste, il est athlète ; Et m'attaquer à lui, c'est courir à la mort ! Mais je le tuerais bien, si j'étais le plus fort.

Se frappant le front.

Il sort rapidement.

Phormios

En ce moment, ils sont dans le bois solitaire, Où n'ayant pour témoins que l'ombre et le mystère... Mais de quelle lueur mon esprit est frappé ! Peut-être qu'il est temps encore !...

Scène Seizième

Mégaclès

Mégaclès

Ils m'ont trompé ! Mégaclès est joué comme un barbon stupide. Elle venait à moi d'un air humble et candide, Lorsque je m'ennuyais entre mes trois repas, Et me disait : Sortons, ne le voulez-vous pas ? Alors, comme pour fuir l'atmosphère étouffée, Elle me conduisait vers les bords de l'Alphée ; Puis, quand le ciel s'était lentement obscurci, Invariablement, je me trouvais ici. Je lui disais : Entrons ! J'aime tant les athlètes ! Et je lui promettais quelques belles toilettes ; Car elle résistait et se faisait prier. Ah ! ça, mais j'étais fou, j'étais bon à lier ! Oh ! Que je suis vexé !

Scène Dix-Septième

Stribon, Mégaclès

Stribon

Pas de place à l'arène ! Et depuis la barrière, où la foule se traîne, Jusqu'à l'amphithéâtre, où les grands vont s'asseoir, Il n'y a pas un coin d'où l'on puisse rien voir. J'aurais voulu pourtant... Tiens, Mégaclès !

Mégaclès

L'esclave ! Ah ! Je me vengerai de celui qui me brave. Je vais savoir...

Stribon

Salut, Seigneur.

Mégaclès

Bonjour, Stribon.

À part.

Stribon

Vous semblez inquiet ? Il a l'air furibond.

Mégaclès

Oui : sache que je suis de l'humeur la plus noire ; Souviens-toi qu'avant peu...

Stribon

Bien, je sais votre histoire ! Myrrha vous a trompé !

Mégaclès

Quoi ! Tu le savais donc, Et tu n'es pas venu me le dire.

Stribon

Pardon. Un vieillard marié semble d'humeur chagrine ; On n'en demande pas la cause, on la devine.

Mégaclès

Soit : mais je suis trompé par un de mes amis, C'est indigne !

Stribon

Mais non : maintenant c'est permis.

Mégaclès

Ah ! Stribon !

Stribon

Quel est-il, je le connais peut-être ?

Mégaclès

Oh ! Oui, tu le connais ; ce lâche, c'est ton maître !

Stribon

Clitomaque, l'amant de Myrrha, vous rêvez.

Mégaclès

J'ai des preuves.

Stribon

C'est faux.

Mégaclès

Pourquoi ?

Stribon

Vous le savez.

Mégaclès

Point : ce garçon est jeune.

Stribon

Oui, mais il est athlète.

Mégaclès

Je ne le sais que trop : c'est ce que je regrette ! Athlète. Ah ! si c'était un homme comme moi, Va, je ne serais pas jaloux, j'aurais la foi : Mais Clitomaque est jeune et fait comme un hercule ; C'est un corps où l'on sent que la sève circule, Ces exercices-là rendent l'homme gaillard !.. Or, ma femme a vingt ans et je suis un vieillard.

Stribon

Qu'importe tout cela ! croyez-moi : Clitomaque Ne l'aime pas, j'en jure. Et fussiez-vous patraque, Goutteux, paralysé, cacochyme, gâteux, Et même ruiné, ce qui serait honteux ; Myrrha fût-elle, et c'est loin d'être une chimère, Belle autant que Vénus sortant de l'onde amère ; Eût-elle pour mon maître un amour consumant, Il n'est pas et jamais ne sera son amant.

Mégaclès

Qui te le fait penser ? explique ce mystère.

Stribon

Non, je ne dirai rien : j'ai promis de me taire.

Mégaclès

Va, je te payerai bien, si tu veux m'obliger.

Stribon

Me payer !

Mégaclès

Un talent.

Stribon

Osez-vous m'outrager ? Croyez-vous que je suis de ces gens qu'on achète ?

Mégaclès

Deux talents !

Stribon

Néant !

Mégaclès

Trois.

Stribon

Jamais !

Mégaclès

Quatre.

Stribon

Sornette.

Mégaclès

Six... sept.

Stribon

Mettez-en dix et causons.

Mégaclès

Les voici.

Stribon

Adieu, j'ai quelque chose à faire près d'ici !

Mégaclès

Drôle ! si tu dis tout, je te donne le double.

Stribon

Soit ; mais ne croyez pas que ce présent me trouble.

Mégaclès

Bien !

Stribon

Je ne vendrais pas mon maître.

Mégaclès

Assurément.

Stribon

Et si je le trahis, c'est volontairement.

Mégaclès

Oui !

Stribon

Vous n'en direz rien ?

Mégaclès

Oh ! Ma parole est sûre..

Stribon

Une indiscrétion serait ma flétrissure !

Mégaclès

Je me tairai : mais parle.

Stribon

Eh bien ! Donc ! Apprenez Que sa force lui vient de moyens détournés ; Qu'il n'a jamais commis la moindre inconvenance, Et que tout son succès part de sa continence.

Mégaclès

Tu te moques, Stribon.

Stribon

Tenez-le pour certain. Quand on parle d'amour, il s'éloigne soudain. S'il rencontre (au printemps) des femmes sur sa route, Il s'enfuit au plus tôt, tant cela le dégoûte. S'il voit deux chats en train de se faire la cour, S'il entend deux moineaux qui se parlent d'amour, Il fuit. Bien plus son front olympien se plisse. Si sa chienne lui jette un regard en coulisse.

Mégaclès

Tu me trompes, Stribon, et je ne te crois pas. Sa continence a dû faire plus d'un faux pas...

Stribon

Jamais rien n'a troublé ses veilles studieuses. Tenez, j'aime à conter des histoires joyeuses...

Mégaclès

Eh bien !

Stribon

Si je lui veux dire comment Léda De l'amour d'un canard un jour s'accommoda, Lequel canard était Jupin ; comment encore Zéphyre entre ses rets surprit la jeune Flore ; Ou comment Mars conçut l'audacieux dessein De séduire Vénus, sans consulter Vulcain ; Comment Pasiphaé commit la maladresse D'estimer un taureau qui la prit pour maîtresse, Il me jette un regard pour me remercier, Qui me cloue aussitôt les mots dans le gosier.

Mégaclès

Eh ! Quoi ! Se peut-il ?... Non : je ne saurais te croire.

Stribon

C'est ainsi qu'on devient le fils de la Victoire ; Je vous réponds de lui.

Mégaclès

Si ces faits étaient vrais, Le monde en eût dit mot et je les connaîtrais !

Stribon

Un secret bien gardé point ne se communique. Nul ne sait rien : je suis son confident unique ; Car pour qu'un résultat en pût être obtenu, Son procédé devait à tous être inconnu ; Ou les autres l'auraient saisi comme une proie ; Et chaque athlète alors suivant la même voie, Peut-être aurions-nous eu ce résultat fatal D'avoir organisé la gloire d'un rival. Je réponds de tout.

Mégaclès

Ah ! Ce discours me rassure, Cher Stribon, et tu mets du baume à ma blessure. Tu me jures...

Stribon

Chassez jusqu'au moindre soupçon, Vous le verriez vaincu, s'il changeait de façon ; Et jamais pour chercher une joie éphémère, Il ne sacrifiera la Victoire, sa mère !

Mégaclès

Tiens, Stribon, prends ma bourse et rendons grâce aux Dieux !

Stribon

Ah ! Voici Clitomaque !

Mégaclès

Il a l'air soucieux.

Stribon

Le calme du triomphe, il en a l'habitude.

Mégaclès

C'est vrai.

Stribon

Que votre esprit soit sans inquiétude.

Scène Dix-Huitieme

Clitomaque, Mégaclès

Clitomaque

Salut, mon maître !

Il veut lui serrer la main.

Mégaclès

Gloire à vous, vaillant guerrier ! Pour vous féliciter j'arrive le premier ; L'affection chez moi n'est jamais chose vaine. Et de votre bonheur je me sens l'âme pleine ! Le succès était sûr, j'en étais convaincu : Mais je suis bien heureux que ce soit fait.

Il sort rapidement.

Clitomaque

Vaincu ! Oh ! Oh ! Déguerpissons, il reprendrait la bourse.

Scène Dix-Neuvieme

Mégaclès, Clitomaque

Mégaclès

Vaincu... Caprus ?

Clitomaque

Non, moi ! Ma chute est sans ressource.

Mégaclès

Vous êtes vaincu, vous ? Par Caprus ?... Ah ! gredin.

Clitomaque

Hé !

Mégaclès

Tromper un ami comme moi !... Baladin !

Clitomaque

Halte-là, comme vous je sens mon infamie, Mais j'avais contre moi la fortune ennemie ; Vaincu par ce Caprus, athlète de valeur, Cela ne serait rien : ce qui fait ma douleur, C'est que je suis vaincu par ma faute...

Mégaclès

Il avoue ! Sais-je qui me retient de souffleter ta joue !

Clitomaque

Holà ! Votre intérêt vous emporte trop loin : Mais gardez vos leçons dont je n'ai pas besoin ; Vous aviez parié pour moi : je le regrette !

Mégaclès

Parier ! pour un homme indigne d'être athlète !

Clitomaque

Ah ! Ça...

Mégaclès

Traître, j'en suis pour ce que j'en ai dit.

Clitomaque

Ah ! Retirez le mot.

Mégaclès

Je le maintiens, bandit !

Scène 6

Phormios, Mégaclès, Clitomaque, Myrrha, Stribon

Phormios

Calmez-vous, Mégaclès ; d'où vient votre colère ? Qui peut vous rendre ainsi l'humeur atrabilaire ?

Mégaclès

Il m'a trahi !

Aux autres.

À Mégaclès.

Phormios

Non pas. C'est un malentendu. Je vais le lui prouver. Je vous ai défendu : Je les ai rencontrés : à temps, je dois le dire ; Et c'est un mauvais pas, allez, dont je vous tire ; Mais on peut pardonner à leur témérité, Puisque rien n'est perdu.

À haute voix.

Mégaclès

Soit ! S'ils m'ont respecté... Je pardonne.

Clitomaque

Merci. - Qu'est-ce qu'il me pardonne ? La fièvre apparemment dans ma tête bourdonne... Je ne comprends plus rien.

Mégaclès

Et vous viendrez nous voir Souvent, nous causerons.

Ils continuent à causer à voix basse.

Phormios

Je viendrai chaque soir.

Clitomaque

Et vous, de qui l'amour a causé ma défaite, Myrrha, changerez-vous mon désespoir en fête ? Voudrez-vous m'appeler au nombre des élus ?

Myrrha

Caprus fut le plus fort : je ne vous connais plus.

Mégaclès

Madame, regardez, voilà l'ami modèle.

Myrrha

C'est mon avis, Seigneur.

Mégaclès

Quant à vous, infidèle...

Myrrha

Moi !..

Mégaclès

Vous, oui ! Vous aimez ce Clitomaque !

Myrrha

Non.

Mégaclès

Vous m'ameniez ici chaque jour.

Myrrha

Son renom M'attirait : j'ai toujours fort aimé les athlètes. Puis cela me servait à montrer mes toilettes ; Mais je ne l'aime pas.

Mégaclès

Fort bien ! vous m'en contez.

Myrrha

Je ne le verrai plus, puisque vous en doutez.

Mégaclès

Vraiment ! Ah ! Tu me rends mon humeur joviale !

À part.

Myrrha

Et pour vous bien montrer comme je suis loyale, J'irai dès aujourd'hui chez Caprus, son vainqueur. Cet athlète est, dit-on, charmant, Et plein de coeur.

Mégaclès

Myrrha, c'est me combler ! Allons-y tout de suite.

Myrrha

Adieu !

Mégaclès et Myrrha sortent.

Mégaclès

Venez souper ce soir, je vous invite.

À Clitomaque.

Phormios

Comptez sur moi. Mais vous, plus de femmes, surtout ! Suivez le droit chemin : la victoire est au bout.

Clitomaque

Merci de vos conseils ; mais je n'en ai que faire !

Stribon

C'est égal, vous perdez beaucoup en cette affaire.

Phormios

Moi ! Qu'ai-je donc perdu ?

Stribon

Comptez-vous comme rien Vos quatre cents talents ?

Il sort.

Phormios

Bah ! Myrrha les vaut bien.

Scène 6

Clitomaque, Stribon

Clitomaque

Ils sont partis. Fort bien ! Allons, pas de faiblesse ! Je veux me réjouir et me mettre en liesse. Lâchons bride aux gaîtés dont mon esprit est plein ! Puisque je suis vaincu par Caprus l'Éléen, Je prétends l'être aussi par le jus de la treille, Et veux me consoler au fond d'une bouteille. Nous trinquerons !... cela chasse les songes creux. Puis, tu me conteras quelque récit scabreux.

Stribon

Votre profession en souffrira peut-être ?

Clitomaque

L'athlète est mort, Stribon, je l'enterre...

Stribon

Mon maître !

Il sort par la gauche.

Clitomaque

Demain, je connaîtrai par ses réalités L'amour dont je n'ai vu que les mauvais côtés. D'autres me vengeront, si Myrrha m'abandonne. Je veux user des biens que le destin me donne, Et j'en abuserai, les dieux m'en soient témoins ! Allons boire, Stribon.

Il se dirige vers la salle où Clitomaque s'est retiré.

Stribon

Un athlète de moins !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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