L'Invité
Scène 1
L'Invité, Madame Boulingrin, Monsieur Boulingrin
Il sonne. Une bonne qui est venue lui ouvrir, l'introduit dans un petit salon, où, à la clarté de deux lampes posées sur la cheminée, Monsieur et Madame Boulingrin attendent leurs invités. Ils semblent différer légèrement sur un certain point de discussion, en sorte que l'invité, le sourire sur les lèvres, franchit le seuil de la petite pièce au même instant où Monsiuer Boulingrin traite Madame Boulingrin de truie.
L'Invité
Ces boulingrin que j'ai rebncotrés l'autre jour à la table des Vaugiflé et qui' mont invité à venir le lundi soir prendre une tasse de thé chez eux, me paraissent être de charmantes gens. Oui, c'est, je crois,une petit ménage très uni, enla compagnie duquel je goûterai beaucoup d'agrément. Sans doute il sont un peu popote, mais cela n'est pas pour me dépliare... à beaucoup près, même, car j'aime for les natures pacifiques, et l'intimité du coin du feu m'a toujours semblé délicieuse. - Sonnons.
Madame Boulingrin
Sale voyou !... Sale Voyou !... Si ce n'est pas honteux, à son âge, de faire encore pipi au lit !...
Haut, très aimable.
L'Invité
Je tombe au milieu d'une discussion ; c'est un fâcheux contretemps. Comme vousvoyez, Madame et Monsieur, je me suis empressé de me rendre à votre aimable invitation. Madame Boulingrin, mes respects ! Comment vous portez-vous, Monsieur Boulingrin ?
Madame Boulingrin
Monsieur se porte comme un homme qui fait pipi au lit.
Monsieur Boulingrin
bon sang de bon Dieu, Ernestine, ça va durer longtemps, cette plaisanterie-là ? - Vous êtes bine gentil d'être venu, asseyez-vous donc, je vous prie.
Madame Boulingrin
Pipi au lit !... À quarante-deux ans !... Ah ! la, la !
Monsieur Boulingrin
Si tu répètes encore que je fais pipiau lit, je t'envoie une paire de calottes.
Madame Boulingrin
Oui,tu fais pipii au lit.
Monsieur Boulingrin
Je fais pipi au lit ?
Madame Boulingrin
Parfaitement.
Monsieur Boulingrin
Voilà.
L'Invité
Je suis fâché d'être venu.
Madame Boulingrin
Oh ! Oh ! Oh ! Oh !
Monsieur Boulingrin
Hein, tu n'as pas passé au travers, sale bête ?... - Mais prenez donc une chaise, Monsieur. Vous avez donc envie de grandir ? - Ah ! Je fais pipi au lit !... - Ah ! Je fais pipi au lit !...
Madame Boulingrin
Oui ! Oui ! Oui ! Oui !
Monsieur Boulingrin
Guuse ! Coquine !... Tu ne périras que de ma main !
Madame Boulingrin
Monsieur, je vais vous prendre à témoin su mon mari est un sale cochon. Imaginez vous à quarante-deux ans, il fait encore pipi au lit !...
Monsieur Boulingrin
Ma canne ! Ma canne !... Où est ma canne ?... - Approchez-vous donc du feu ; vous devez avoir les pieds gelés. Qu'on m'apporte à l'instant une canne ! Je veux exterminez ce monstre !
L'Invité
Je vous demanderai la permission de me retirer..; Une petite affaire pressante...
Monsieur Boulingrin
Point du tout, Monsieur, point du tout. Vous allez vous rafraîchir.
Madame Boulingrin
n'est-ce pas, Monsieur,que mon mari est un cochon ? - Là, tu vois ; tu es un cochon ; Monsieur le dit.
Il pince l'invité qui rugit.
Coups de pieds dans les tibias de l'invité, qui hurle.
Monsieur Boulingrin
N'est-ce pas, Monsieur, que le visage de ma femme est une pure abomination ? Vous en convenez, hein ? Vous 'laouez, que depuis la naissance du monde on n'as rien vu de si baject ? Et si vous saviez, Monsieur, comme elle est de mauvaise foi ! Tenez, elle m'accuse de faire pipi au lit,savez-vous à propos de quoi ? Je vais vous le dire. J'ai l'habitude de coucher au bord du lit et de laisser la ruelle à madame, mais voilà, ça embête Madame qui voulant avoir ma place, fait tout ce qu'elle peut pour me la chiper. Des fois,elle me pince jusqu'au sang, comme ça, tenez. Ce n'est rien, c'est pour vous faire voir ; elle se rue comme une jument ; tenez, aussi fort que ça. N'est-ce pas ça fait mal ? - Bien mieux que ça ! Quand je veux me lever pour aller faire pipi, Monsieur, elle s'incruste à ma place et pour l'en faire déloger c'est peau de balle et balai de crin ! Alors, qu'est ce que j'ai inventé ? Un chose bien simple. J'ai envie. Bon. J'allonge le bras hors de la couverture, je saisis le pot de chambre dans la table de nuit, je l'amène délicatement jusqu'à moi et je fais pipi dans le lit.
Madame Boulingrin
Tu vois bine ! Tu l'avoue, cochon ! Tu fais pipi au lit ! Tu fais pipi au lit.
Il s'élance sur Ernestine qui se sauve. Pourchasse effrénée à travers la pièce. Le lampes culbutées, s'abattent. Nuis profonde... Cris perçants de femme qu'on étrangle.
Monsieur Boulingrin
Coquine ! Coquine !... Coquine !... La voyez-vous, la mauvaise foi ! Ah ! C'en est trop ! Tu vas périr !
L'Invité
Des gens qui avaient l'air si unis ! Mon Dieu, que je suis donc fâché d'être venu !
Monsieur Boulingrin
Ne vous ne allez pas, Monsieur ; vous allez prendre une tasse de thé.