Scène 1
Pasquin, Le Comte d'Héberville
Pasquin
Vous voilà donc enfin dans la Terre que vous venez d'acheter ! Cette acquisition me plaît fort.
Le Comte d'Héberville
Vous voulez donc bien l'approuver, Monsieur Pasquin ?
Pasquin
Ma foi, quand vous l'auriez faite uniquement pour me plaire, vous ne pouviez mieux réussir.
Le Comte d'Héberville
Le Château vous paraît bien bâti ?
Pasquin
C'est un Palais.
Le Comte d'Héberville
Le Parc vous semble bien planté ?
Pasquin
C'est un jardin des Fées.
Le Comte d'Héberville
Et le site vous est agréable ?
Pasquin
Il m'enchante.
Le Comte d'Héberville
Je suis charmé d'avoir rencontré votre goût. Sans votre approbation, j'étais le plus malheureux des hommes.
Pasquin
Une seule chose me déplaît.
Le Comte d'Héberville
Et quelle est-elle ?
Pasquin
C'est que vous soyiez venu ici incognito, et que vous n'ayiez pas fait annoncer notre arrivée dans le Village. À notre approche, on aurait sonné toutes les cloches ; les Paysans auraient pris les armes ; leurs filles vêtues de blanc se seraient rangées sur notre passage ; Messieurs de l'Arbalète seraient venus au-devant de nous avec leurs tambours et leurs drapeaux ; le Magifter nous aurait harangués : on nous aurait rendu enfin les honneurs qui nous sont dus.
Le Comte d'Héberville
Je suis bien fâché, Monsieur Pasquin, de vous priver de tous ces honneurs-là, mais vous savez que je hais le cérémonial.
Pasquin
Pour moi, je l'aime fort. Quand on sent ce que l'on vaut, on ne se refuse point aux hommages que le Public veut nous rendre,
Le Comte d'Héberville
Nos goûts font, en cela, différents, et vous aurez la complaisance de vous conformer au mien. Je ne veux point de tous ces honneurs dispendieux pour ceux qui les rendent, ennuyeux pour celui qui les reçoit. Je vais me reposer dans mon appartement ; j'y veux être seul. Si mes vassaux soupçonnent que je suis arrivé, s'ils viennent pour me saluer, dis leur que je leur fais gré de leur visite ; qu'ils suppriment tout cérémonial avec moi ; que je veux que nous ne faisions ensemble qu'une famille, dont je ferai le père ; que je les dispense des présents d'usage que la tyrannie féodale exigeait, et que j'irai chez eux tous faire connaissance avec eux, et leur donner des preuves de mon amitié.
Pasquin
Monsieur, je fuis obligé de vous représenter que, renoncer aux droits que vous donnent votre Seigneurie et votre naissance, x'est vous manquer à vous-même.
Le Comte d'Héberville
On ne peut mieux prouver sa noblesse, qu'en renonçant à d'injustes prérogatives, qui humilient l'utile et respectable laboureur, sans nous élever davantage.
Pasquin
Je n'entends rien à vos principes. J'ai servi un noble de deux jours, qui pensait tout autrement. Il venait d'acheter une Terre ; il la mangea toute entière à plaider contre ses vassaux, parce qu'à son arrivée, les arbalétriers n'avaient pas voulu baisser leur drapeau devant lui.
Le Comte d'Héberville
Trêve de conseils et d'exemples... Mais j'entends quelqu'un...
Scène 2
Pasquin, Galonnier, Le Comte d'Héberville
Pasquin
C'est votre tailleur, qui vient vous apporter cet habit de campagne qu'il n'a pu finir avant votre départ de Paris.
Galonnier
Monsieur le Comte veut-il l'essayer ?
Le Comte d'Héberville
Cet essai est inutile ! Vous avez ma mesure, vous êtes habile.
Galonnier
Le plus savant homme peut se tromper, et si Monsieur le Comte voulait avoir un peu de complaisance...
Le Comte d'Héberville
Je n'ai pas ce loisir. Toi, si mes vassaux viennent, n'oublies pas de leur dire que je fuis indisposé, et que je ne puis les recevoir.
Scène 3
Galonnier, Pasquin
Galonnier
Cher Monsieur Pafquin , je vais vous faire une confidence ; vous êtes discret ?
Pasquin
Si je suis discret ! Vous savez comme j'en use, toutes les fois que mon Maître me charge de régler ses comptes avec vous. Trahir vos secrets, ne serait-ce pas me nuire à moi-même, puisque nous partageons ensemble ? Parlez avec confiance.
Galonnier
Il m'importe beaucoup de savoir si cet habit peut aller à la taille de Monsieur le Comte.
Pasquin
Quoi ! Ne l'avez-vous pas fait sur sa mesure ?
Galonnier
Non ; je l'ai fait pour un jeune Seigneur qui fait des affaires. Le prix était convenu à huit cent livres ; je l'ai racheté pour cent écus comptant, et mon jeune fou m'a fait son billet de huit cents francs.
Pasquin
Fort bien : et vous voudriez le vendre vingt-cinq louis à mon maître ?
Galonnier
Justement. Vous avez la même taille que Monsieur le Comte. Votre mesure est la sienne. Faites-moi le plaisir de l'essayer ; s'il vous convient, il lui conviendra.
Il se revêt de l'habit du Comte.
Pasquin
J'y consens ; allons, ôtez mon habit... Peste du maladroit !... Eh ! Vite, donnez-moi l'autre... Que vous êtes gauche ! Ah ! Vous m'estropiez... Au Diable soit le maroufle !... Parbleu, cet habit me sied, on ne peut davantage. N'ai-je pas l'air d'un Petit-Maître de la Cour ?... Regardez-moi... Que dites- vous de cette démarche ?... N'ai-je pas l'air plus fier que mon Maître ?... La broderie est élégante ; la couleur est tendre... Mais vous voulez vendre cela vingt-cinq louis ?... Monsieur Galonnier, vous êtes un fripon.
Galonnier
Ah ! Je ne puis en conscience...
Pasquin
La conscience d'un tailleur ! Vous plaisantez.
Galonnier
Je ne plaisante point.
Pasquin
Allons, il faut bien faire tout ce que veulent ces coquins-là. Vous aurez six cents livres ; mais moi, combien puis-je vendre cet habit-là à Monsieur le Comte... là... en confcience ?
Galonnier
Sept cents francs.
Pasquin
Cent francs pour mon droit de courtage ! Ce n'est pas trop... Eh bien, Monsieur Galonnier, que dites-vous de notre Terre, de notre Château, de notre Parc ?
Galonnier
Tout cela est magnifique.
Pasquin
N'ai-je pas bien conduit cette affaire ? Mon maître se rendait difficile sur le prix ; il marchandait : mais j'ai vaincu son irrésolution, et j'ai su l'engager à donner douze mille francs plus que la Terre ne valait.
Galonnier
Et combien les vendeurs vous ont-ils rendu ?
Pasquin
Deux cents louis.
Galonnier
C'est bien peu : Monsieur Pasquin, vous avez trop de conscience. Mais votre fortune va s'accroître ; il y aura des baux à renouveler, des préférences à accorder, des pots-de-vin à recevoir. Vous êtes un heureux mortel. Les biens vous viennent en dormant, tandis que nous autres, pauvres Diables, il nous faut travailler comme des forçats, pour acquérir quelques chétives rentes ; encore ose-t-on nous dire que c'est du bien mal acquis.
Pasquin
Pensez-vous donc que je sois oisif dans cette maison ? Ne fuis-je pas valet-de-chambre, intendant, secrétaire ? Monsieur le Comte a toujours voulu avoir peu de Domestiques, pour être mieux servi. Ce système est fort bon pour lui ? Mais non pas pour moi.
Galonnier
Qu'est-ce que j'entends ? Quel bruit !... Ah ! C'est la députation du Village.
Scène 4
Pasquin, Galonnier, Rustaud, Lucas, Colette
Les villageois entrent brusquement, de manière que Pasquin n'a pas le temps de se dépouiller de l'habit au Comte.
Pasquin
Que faire ? Quel parti prendre ?
Galonnier
Tenez ferme ; payez d'impudence ; donnez-vous pour le Seigneur du Village.
Rustaud
Allons, porte la parole.
Lucas
Eh ! Parle toi-même : sa présence m'interdit.
Pasquin
Mais puis-je jouer ici le rôle de Monsieur le Comte, sans qu'il en soit informé ?
Galonnier
Ne saura-t-il pas qu'on vous a trouvé revêtu de son habit ? Peut-on contenir des langues de village ? Fier comme il est, il ne vous pardonnerait pas plus d'avoir porté son habit, que d'avoir été son représentant. Croyez-moi, tirez parti de cette circonstance.
Pasquin
Et quel parti puis-je en tirer, si ce n'est d'attirer sur mes épaules une grêle de coups ? Monsieur le Comte n'est pas de ces maîtres complaisants, que l'on joue impunément.
Rustaud
Il parle en confidence à quelqu'un de ses gens.
Colette
Je ne sais ; mais, selon moi , ni le maître ni le valet n'ont l'air fort noble.
Lucas
Paix !... S'il t'entendoit...
Galonnier
On m'a assuré que les habitants de ce village apportaient une bourse au Seigneur le jour de son arrivée.
Aux Villageois.
Pasquin
En ce cas, c'est moi qui suis le Seigneur du village... Que voulez-vous, mes enfants ?
Rustaud
Monsieur... le Comte...
Pasquin
Monsieur le Comte !... Ce titre est bien mesquin ! Je crois que, sans vous abaisser, vous pouvez me donner du Monseigneur ?
Rustaud
Monseigneur...
Pasquin
Parlez plus haut.
Rustaud
Monseigneur, vos très humbles vassaux.
Pasquin
Fort bien !... Très humbles vassaux... Après ?
Rustaud
Viennent très respectueusement...
Pasquin
À merveille.
Rustaud
Suivant un usage anciennement établi, vous présenter, à votre arrivée, une bourse de vingt-cinq louis.
Il prend la bourse et ne leur donne rien.
Pasquin
Fort bien : jamais Seigneur n'a été harangué d'une manière plus éloquente. Allez, mes enfants, buvez à ma santé.
Rustaud
Monseigneur...
Pasquin
Eh bien !
Rustaud
Nous espérons que vous ne nous refuserez pas...
Pasquin
Ma protection ? Je vous l'accorde. Mais laissez-moi, je veux être seul : je suis indisposé... fatigué... harassé... J'arrive de Paris ; ces Duchesses sont de terribles femmes. Laissez-moi : je hais le cérémonial... Vous n'avez plus de présents à me faire ?
Rustaud
Monseigneur, nous espérions que vous daigneriez vous conformer à l'usage.
Pasquin
Et quel est cet usage ?
Rustaud
C'est que le Seigneur nous rend les vingt-cinq louis, et y en ajoute vingt-cinq autres de sa bourse.
Pasquin
Morbleu, ce n'est point un usage, c'est un abus ; je le réforme.
Rustaud
Tous vos prédécesseurs l'ont suivi.
Pasquin
Oh ! Mes Prédécesseurs étaient des gens inimitables.
Lucas
Fi ! Le vilain Seigneur que nous avons là !
Rustaud
Monseigneur, nous réservions ces cinquante louis pour marier Lucas et Colette ; il était digne de vous de contribuer à cette bonne oeuvre.
Il veut l'embrasser, elle le repousse.
Pasquin
Parbleu, la Colette est jolie. Approchez, la belle enfant... Encore... Est-ce qu'un joli homme vous fait peur ? Je ne suis pas toujours grand Seigneur ; je déroge quelquefois. Parbleu , voilà le minois le plus fripon. Vous faites la cruelle ? Je ne suis pas accoutumé à essuyer des refus.
Colette
Il faudra vous y accoutumer, Monseigneur. Nous n'avons pas votre naissance, vos richesses ; mais nous avons la vertu, qu'on ne trouve guère dans vos familles.
Lucas
Monseigneur, je vous prie d'être à l'avenir un peu plus retenu ; ou je vous ferai voir, tout paysan que je suis...
Pasquin
Il ose me menacer ! Voilà un insolent maraud. Ah ! Tu t'avises d'être jaloux ! Parbleu tu auras de quoi l'être. Je viens de retrouver dans mon chartrier certains titres qui donnent au Seigneur certains droits, lorsque ses vassaux se marient...
Lucas
Oh ! Je vous défie d'exercer ces droits-là l
Pasquin
Tu voudrais t'opposer à des titres imprescriptibles ?
Lucas
Je m'en moque.
Pasquin
Je te plaiderai.
Lucas
Je ne vous crains pas.
Pasquin
Je te ruinerai.
Lucas
Je vous mets à pis faire.
Pasquin
Sais-tu bien que j'ai deux cousins dans la robe ?
Lucas
Quand vous en auriez cent, ils ne me condamneront pas par arrêt à laisser cajoler ma femme.
Scène 5
Le Comte d'Héberville, Pasquin, Galonnier, Lucas, Rustaud
Le Comte d'Héberville
Pasquin !...
Pasquin
Monsieur le Comte m'appelle. Ah ! Je suis perdu, tout va se découvrir.
Galonnier
Pourquoi perdez-vous votre temps à cajoler cette villageoise ?
Le Comte d'Héberville
Pasquin !...
Lucas
Quelle voix vient de se faire entendre ?
Pasquin
C'est mon Intendant qui appelle mon secrétaire.
Rustaud
Et ce secrétaire se nomme Monsieur Pasquin ?
Le Comte d'Héberville
Pasquin !... Eh bien, ce maraud-là ne viendra point !
Lucas
Votre Intendant traite un peu cavalièrement votre secrétaire.
Pasquin
Oui : ils ont pris ensemble un ton familier qui me déplaît.
Il s'approche, et avance la tête hors de la coulisse, sans être aperçu.
Le Comte d'Héberville
Quoi ! Ce drôle-là est revêtu de mon habit, il reçoit les hommages de mes Vassaux ! Il faut que je me déguise, et que j'aille aussi lui présenter les miens.
Scène 6
Pasquin, Galonnier
À Galonnier.
Pasquin
Ce Secrétaire est mon homme de confiance ; c'est un garçon très intelligent, très honnête. C'est à lui que vous vous adresserez, quand vous aurez quelques droits à payer, quelque grâce à demander, ou des baux à renouveler. Monsieur le Comte n'appelle-t-il pas ?
Galonnier
Non, il se sera lassé de crier ; tout va bien.
Pasquin
J'approuve tout ce que fait Pasquin ; je ne m'en rapporte qu'à lui, je ne le désavoue en rien. Ainsi, vous sentez combien il vous importe de gagner son amitié. Croyez-moi, rendez-lui ce soir une visite dont il puisse être satisfait.
Galonnier
La précaution que vous prenez est fort sage. Tirez aujourd'hui tout ce que vous pourrez de ces gens-là ; car demain, si tout se découvre, vous ferez renvoyé.
Pasquin
Mais quelle est cette figure noire qui s'avance ?... C'est mon Bailli sans doute ?
Scène 7
Le Comte d'Héberville, Pasquin, Galonnier, Rustaud, Villageois, Lucas, Colette
Le Comte est vêtu de noir, enveloppé dans un manteau, par dessous lequel il cache un bâton. Il porte une grande perruque noire, et un large chapeau, rabattu de manière qu'il lui couvre le visage.
Le Comte d'Héberville
Monseigneur, je suis le dernier des Vassaux de votre Grandeur...
Pasquin
De ma Grandeur !... Ce drôle-là sait vivre.
Le Comte d'Héberville
Et je viens, en toute humilité, la supplier de me permettre de la haranguer.
Pasquin
Harangue, mon ami, tant que tu voudras. Mais doit on haranguer son Seigneur le chapeau sur la tête ?
Le Comte d'Héberville
Monseigneur, c'est pour me garantir de ma timidité naturelle, que je me couvre les yeux ; si je voyais l'auguste face de votre Grandeur, je tremblerais en lui parlant.
Pasquin
En ce cas ne te découvre point, je te le permets... Mais, dis-moi, seras-tu long ?
Le Comte d'Héberville
Je le serais, Monseigneur, si je voulais faire l'énumération de toutes les perfections, qu'on admire dans votre Grandeur ; mais je ferai court, pour ne pas faire souffrir votre modestie.
Pasquin
Vraiment, ce maraud là n'est pas sot.
Galonnier
Je ne sais, mais cet Orateur m'est suspect ; on ne parle point ainsi au village.
Pasquin
Il me semble que Monsieur le Comte vient de m'appeler ?
Galonnier
Non, je n'ai rien entendu.
Pasquin
Allons, mon ami, hâte-toi de débiter ta harangue ; car il faut que j'aille parler à mon Intendant, qui m'attend dans la pièce voisine.
Le Comte d'Héberville
Monseigneur, nous avons tous béni le Ciel, lorsque nous avons appris qu'il nous donnait un Seigneur, dont la haute noblesse se décèle d'abord par tous les traits de son visage...
Pasquin
Ce drôle-là est physionomiste... Monsieur le Comte ne m'appelle-t-il pas ?
Galonnier
Eh non, vous dis-je.
Au Comte.
Pasquin
Je crains qu'il ne s'impatiente, et qu'il ne vienne ici troubler l'Orateur... Allons, mon ami, enhardis-toi, et hâte-toi de conclure.
Le Comte d'Héberville
Je finis... Un Seigneur généreux, libéral...
Rustaud
Ma foi il ne l'est guère ; car, loin de nous rien donner, il nous a extorqué vingt-cinq louis.
Le Comte d'Héberville
Un Seigneur équitable et sévère, qui protégera ses vassaux contre l'injustice de ses gens.
Pasquin
Tout ceci commence à m'inquiéter ; et quoique ma Grandeur soit au milieu de ses vassaux, je ne la crois pas en sûreté.
Le Comte jette à bas son chapeau et sa perruque, et poursuit Pasquin sur le théâtre à coups de bâton.
Le Comte d'Héberville
Et qui, si quelqu'un de ses valets, fourbe et fripon, s'avisait de les tromper et de les voler, saurait le châtier et lui donner les étrivières. Ah ! Maître filou !
Pasquin
À moi, mes vassaux, à moi !
ensemble
Villageois
Défendons Monseigneur, défendons Monseigneur.
Le Comte d'Héberville
Mes amis, ce misérable n'est point votre Seigneur ; c'est mon Valet. C'est moi qui suis le Comte d'Héberville, et qui voyant Pasquin revêtu de mon habit, ai pris celui-ci pour venir le complimenter. Ah ! Si vous vous êtes avancés pour défendre ce maraud qui vous a volés, que ferez-vous pour moi quand vous connaîtrez mon coeur ?
Villageois
Monseigneur ! ...
Le Comte d'Héberville
Point de Monseigneur, mes enfants ; je suis votre père, votre ami.
Rustaud
Monseigneur, nous permettez-vous d'aller rendre à ce Secrétaire qui a la confiance de votre Grandeur, une visite dont il soit satisfait.
Lucas
Monseigneur, je me marie ce soir... Venez, avec vos titres , vous présenter pour user de vos droits... Vous ferez bien reçu.
Le Comte d'Héberville
Quoi ! Mon ami , vous vous mariez ; et voilà sans doute la future ?
Rustaud
Oui, Monsieur le Comte ; nous réservions pour le mariage de ces deux enfants le présent que nous offrons au Seigneur, et celui qu'il a coutume d'y ajouter en nous rendant le nôtre.
Le Comte d'Héberville
Mes enfants, tout vous sera restitué. Je donne de plus cinquante louis aux deux époux, et je fais les frais de la noce... Toi, misérable, je sais où je dois loger ta Grandeur.
Colette
Ah ! Monsieur le Comte, pardonnez-lui que ce jour soit un jour d'allégresse et de clémence !
À Pasquin.
Le Comte d'Héberville
Je ne puis rien vous refuser, ma belle enfant ; je lui pardonne. Mais je veux, mes amis, que, pour quelqu'affaire que ce puisse être, vous ne traitiez jamais avec mes gens, et que vous vous adressiez toujours directement à moi. Un père ne souffre point de tiers entre ses enfants et lui. Hé bien, Monsieur Pasquin, pensez-vous que je fois un bon orateur ? Êtes-vous content de ma harangue ?
Pasquin
Je me serais bien passé de la péroraison.