Comédie · 1672

La Hollande malade

de Raymond Poisson

Représentation
≈ 28 min
Distribution
6 femmes, 7 hommes
Répliques
249
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
La Hollande F 56 ≈ 6 min 8
Médecin Français H 29 ≈ 3 min 3
Médecin Anglais H 19 ≈ 3 min 3
Goulemer H 23 ≈ 2 min 2
Médecin Espagnol H 17 ≈ 2 min 2
Marille F 28 ≈ 2 min 6
L'Hôte H 15 ≈ 2 min 1
La Flamande F 7 ≈ 2 min 1
Premier Bourguemestre N 5 ≈ 1 min 2
Beline F 15 ≈ 1 min 5
Badzin H 11 ≈ 1 min 2
Second Bourguemestre N 5 ≈ 1 min 2
Pacole F 10 ≈ 1 min 4
Frelingue F 6 ≈ 1 min 1
Médecin Allemand H 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La Hollande Malade
La Hollande absentabsent
Médecin Français absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Médecin Anglais absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Goulemer absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Médecin Espagnol absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Marille absentabsentabsentabsent
L'Hôte absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Flamande absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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La Hollande Malade

Scène 1

Goulemer, Frelingue, Marille, Badzin

Il paraît un cabaret à bière, et Goulemer et Frelingue sont à une table, et Marille et Badzin à l'autre, buvant et fumant.

Goulemer

Buvons ce pot. À vous ?

Frelingue

C'est ce que je demande.

Goulemer

Comment va la santé de Madame Hollande.

Frelingue

Chacun dit que son mal prend un fort mauvais cours.

Goulemer

Comment ?

Frelingue

C'est qu'on la voit empirer tous les jours.

Goulemer

Elle a le mal de mer, et la fièvre la terre.

Frelingue

Elle a le mal de mer, elle a le mal de terre, Elle a... Que sais-je enfin ? Elle n'est pas trop bien ; Cent drogues qu'on lui fait, ne lui servent de rien. Si l'on la peut sauver, la cure sera belle. Taisons nous ; ces gens-là sont je crois de chez elle.

Marille

Chacun la tient fort mal.

Badzin

Oui, je la viens de voir.

Marille

Elle doit prendre encor un lavement ce soir ; On la fera mourir.

Badzin

Je pense qu'on y tâche. Pourquoi ce lavement ? On dit qu'elle est si lâche, Qu'elle laisse aller tout.

Marille

De moment en moment Elle en prend, mais c'est bien contre son sentiment. Ces lavements sont faits d'une poudre étonnante, Qui lui fait rendre tout.

Badzin

Elle est fort violente. Entre-t-il pas dedans du salpêtre et du plomb ?

Marille

Je ne sais. L'on dirait de la poudre à canon.

Badzin

C'est cela. Ce mal la prit avec violence.

Marille

C'est un air empesté, qui vient (dit-on) de France.

Goulemer

Ce n'était que fumée et que feu tout le jour, Nous ne nous vîmes point non plus que dans un four, Sur mer il faut chômer la Fête toute entière, On ne trouve point là de porte de derrière. Quand cent coups de canon vous fracassent vos mâts, Qu'il a mis sur le pont des trente hommes à bas, Et sans cesse bou-boue, et des coups effroyables Qui jettent votre mat à tous les mille Diables, Ou que quelque brûlot s'accroche à votre bord, C'est là qu'il faut périr. La frayeur prend d'abord. Le brûlot fait effet, le feu prend à la poudre, Et tout d'un coup boudoue, ah c'est le coup de foudre ; Les brûlots, les canons, les hommes, les vaisseaux, Palcorbleu vous sautez tous comme des crapauds.

Marille

On dit bien, quand on vit la comète paraître, Que les Français un jour nous feraient du bissêtre,

Goulemer

Ils sont mordienne tous des vrais frappe-d'abord.

Badzin

Chacun perdit il bien des hommes dans son bord ?

Goulemer

J'en vis tuer quarante au nôtre.

Marille

La misère ! Étiez-vous là ?

Goulemer

Nenni, c'était mon petit frère. Notre bord reçut d'eux, trois cents coups de canon, Ou n'en reçut pas un. Ah c'était tout de bon, Jamais vaisseau ne peut le rechaper plus belle, Je crus qu'ils en voulaient faire de la cannelle. II semble à ces gens-là qui n'ont jamais rien vu, Que chacun soit comme eux. À vous ?

Frelingue

C'est assez bu.

Marille

Peut-on voir tant de gens tués sur un navire ? Je frémis seulement de l'avoir ouï dire. Où les enterre-t-on ces morts cependant ?

Goulemer

Enterrez dans la mer.

Badzin

Le Cimetière est grand, Madame Hollande était et grasse et potelée.

Marille

Elle en a pour sa graisse, elle s'en est allée.

Badzin

Mais maigrir tout d'un coup !

Marille

Il n'est rien de pareil ; Elle a fondu d'abord comme beurre au Soleil. Elle est toujours debout.

Frelingue

Debout ? Doit-on permettre...

Marille

À peine trouve-t-elle une place à se mettre ; Son mal la prend partout.

Badzin

Qu'on change en peu de temps. Elle n'est plus d'humeur à brocarder les gens.

Marille

Oui, c'était sa coutume, elle la paye bonne.

Badzin

C'est qu'il ne faut jamais se railler de personne. Les Gens ne disent rien quand on les a piqués : Mais après, comme on voit, les moqueurs sont moqués.

Marille

Fusse Nostradamus, aurait-il pu comprendre, Que des maux si fâcheux dussent jamais la prendre, Dans le meilleur état qu'elle ait jamais été ?

Badzin

On ne pouvait pas être en meilleure santé.

Scène 2

Pacole, Marille, Badzin, L'Hôte, Goulemer

Pacole

Marille, venez donc ? Vite l'on vous demande.

Marille

Qui presse donc si fort ?

Pacole

Hé Madame Holande.

Marille

Est-ce qu'elle est plus mal ?

Pacole

Eh non pas autrement, Mais elle ne sent pas son mal assurément.

Marille

Écoute donc, viens ça, qu'en penses-tu, Pacole ?

Pacole

Je pense que son mal la fait devenir folle.

Marille

Est-ce que ta l'as-vue en quelque égarement ?

Pacole

Vraiment oui, mais cela n'a duré qu'un moment. Ah sa pauvre cervelle était bien dévoyée ! Elle s'est mise à rire à gorge déployée ; Puis elle a fait un saut qui nous a tous surpris. Nous l'avons vue après reprendre ses esprits. Béline en vient d'avoir une frayeur extrême.

Marille

Ce mal ne l'avait point encor prise de même. Mais Béline est donc là qui ne la quitte pas.

Pacole

Oui ; Mais venez-vous-en.

Marille

Je marche fur tes pas.

Badzin

Cà.

L'Hôte

Payez là-dedans. Hélas ! Que c'est dommage !

Goulemer

Qu'avons-nous ?

L'Hôte

Vous avez pour dix sols de fromage, Quatre sols en bière, et pour deux sols de pain, J'oubliais pour chacun sept sols de Bran-de-Vin, Ce sont quarante sols tous justes de dépense.

Goulemer

Oui ? Racontez un peu, vous vous trompez, je pense.

L'Hôte

Vous avez pour chacun sept sols de Bran-de-Vin, Nous ne comptons je crois que pour deux sols de pain, Quatorze sols en bière, et dix sols de fromage, Pour avoir recompté, quarante sols.

Goulemer

Courage.

L'Hôte

Cela fait quatre-francs.

Goulemer

Êtes-vous hébété ? Comment ? Quarante sols pour avoir recompté !

L'Hôte

Autant.

Goulemer

Je les payerais ?

L'Hôte

Qui donc ? Belle demande ! Ignorez-vous encor la mode de Hollande?

Goulemer

Oui, ma foi, je l'ignore.

L'Hôte

Oh soyez-en instruit : Ajoutons à cela quatre-francs pour le bruit.

Goulemer

Pour le bruit quatre francs !

L'Hôte

J'oubliais pour le beurre Vingt fols. Ce sont neuf-francs qu'il me faut tout-à-l'heure.

Goulemer

Quatre francs pour 1c btuit J

L'Hôte

Êtes-vous Hollandais ?

Goulemer

Oui : mais vous me prenez je crois pour un Français;

L'Hôte

Voulez vous ras payer?

Goulemer

Je ne veux pas débattre ! Mais quatre francs c'est trop.

L'Hôte

Je n'en puis rien rabattre. Avec vos bou-bouë, hé qu'est-ce que cela ? Un Français eut payé vingt francs de ce bruit-là : Et plaignez-vous encor ? Vous savez qu'en Hollande Il faut sans contester payer ce qu'on demande, Et que jamais aussi nous n'avons le défaut De compter comme en France, un sol plus qu'il ne faut.

Goulemer

Je le sais bien. Pourtant je doute fort qu'en France Un Français trouvât là pour neuf francs de dépense.

L'Hôte

Enfin les Français sont à leur mode de là ; Et la nôtre est ainsi. Neuf francs donc ?

Goulemer

Les voilà.

L'Hôte

Allons. Si ceci dure, il faut fermer boutique.

Goulemer

Pourquoi ?

L'Hôte

Depuis deux mois je n'ai plus de pratique ; Le grand mal de Madame attriste mes chalands.

Goulemer

Et votre marchandise aigrit en peu de temps. Elle veut du débit.

Ils rentrent, et le théâtre se change en la Chambre de Madame Hollande.

L'Hôte

Diable oui. J'appréhende ; J'entends d'ici les cris de Madame Hollande.

Scène 3

La Hollande, Beline, Marille

La Hollande

Ah, Beline, mon mal pénètre jusqu'aux os.

Beline

Si vous pouviez un peu demeurer en repos...

La Hollande

Demeurer en repos ! Le puis-je, misérable, Lorsque j'ai des voisins qui font un bruit de Diable ?

Beline

Vos forces sont encor grandes.

La Hollande

Je le sais bien ; Mais ces forces pourtant ne me servent de rien.

Beline

En ces sortes de maux les forces sont utiles.

La Hollande

Elles agissent peu, les membres font débiles, Et je puis bien hélas ? dire avec douleur, Que j'ai des forces, mais que je manque de cour.

Beline

Vous sautiez bien tantôt.

La Hollande

Ha que l'on me soutienne, Je sauterai bien mieux avant que l'Hiver vienne. N'a-t-on rien qui me put fortifier le coeur ?

Marille

Oui, Madame, il vous faut prendre quelque liqueur.

La Hollande

Un peu de vin d'Espagne, il m'est bon...

Beline

Ce Breuvage Est le seul qui vous peut donner quelque courage.

La Hollande

Oui, s'il n'est point aigri, ni gâté, j'en boirai, Il me fortifiera je crois, j'en userai. Ah, ah, un vin d'Espagne, attend-on que je meure ?

Marille

On vous le va quérir, Madame, tout à l'heure.

La Hollande

Quand mon mal commença, j'en prenais tous les jours, Il n'a pu cependant en arrêter le cours.

Beline

Mais le tonnerre ici s'est toujours fait entendre, Il peut être tourné.

La Hollande

Je n'en pourrais pas prendre.

Marille

Hé bien, s'il est gâté, prenez-le par en bas.

La Hollande

Qu'entends-tu par en bas ?

Marille

Oui.

La Hollande

Je ne t'entends pas. Est-ce ce vin d'Espagne ?

Marille

Oui, prenez-le en clystère.

La Hollande

Hé bien fais-le porter chez mon apothicaire, Qu'il l'apporte au plutôt : mais Marille, il faut bien Qu'il me prête un canon, car j'ai perdu le mien. Qu'il était doux, Marille, et que j'en crains un autre !

Marille rentre.

Marille

Jamais canon ne fit moins de mal que le vôtre.

Scène 4

Pacole, La Hollande

Pacole

Madame, Flandre est là, qu'on n'entend presque pas, Avec son baragouin, vous demande là-bas.

La Hollande

La persécution est grande. Hé bien, qu'elle entre. Ha le ventre, le ventre. Ah ventre, ventre, ventre,

Scène 5

La Flamande, La Hollande, Beline

La Flamande

Je li viens point vous voir pour li fer vous jurer, Mon Dame je li viens pour li vous assurer...

La Hollande

Hé je ne jure point, c'est qu'avec des tenailles. Des Démons, que je crois, m'arrachent les entrailles.

La Flamande

Quoye donc, c'est stimal, mon Dam, qui vous l'avez, Gel vous croye abil fort, si vous vous l'en sauvez.

La Hollande

Ha je m'en doute bien.

La Flamande

On le peut vous bien plaindre, Et je le croye bien fort que vous li devez craindre. Je l'ai bien eu sté mal, c'est li plus grand dy tous. Gi li fus pourtant pas malad si tant que vous.

La Hollande

Quand vous prit-il ce mal ?

La Flamande

Gi m'en l'étais moquée : Dans l'an soixanty-sep gi l'en fus attaquée.

La Hollande

Je m'en moquais de même, et ne le croyais pas ; Te l'aurais défié, mais il m'a mise à bas.

Beline

Et si bas, que chacun doute qu'elle en relève.

La Hollande

C'est un mal empesté dont tout mon monde crève.

La Flamande

Il est michant sti mal, jel save bien mon foi, Il m'emporte d'un coup quatre l'enfants di moi.

La Hollande

J'attends des médecins de grande expérience, Qui me soulageront.

Beline

Qui la tueront, je pense ; Ils sont tous étrangers. L'Epagnol et l'Anglais, Et l'Allemand encor, bref jusques au Français, Quelques-uns de ceux-là la tueront, je m'assure,

La Flamande

Desté consulty-là gil tir point bon laugure ; Gil trouve grand vostri mal, gel voye qu'il vous a mis Dans l'esprit de li voir tretous vos l'ennemis. Mon Dam, songez-li bien à tous vos grands affaires, Les Médecins di hors, qu'il entre lis Notaires ; Le servelle li tourn, li toum li jugement, Et l'on prouve jamais li fair di testament.

La Hollande

Madame s'il vous plaît, finissez votre prône.

La Flamande

Desti mal-là mon face il devient blanc tout jaune : Et comme vostri mal qu'il est contagieux, Gil veux point que mes yeux il y voye vos yeux: Toute ces médicins li sont bourreaux, mon Dame. Ils vont faire mourir vous, Dieu prenne vous votre âme

La Hollande

L'impertinente Masque ! Ah que j'en ai souffert ! Pour me désespérer, elle était de concert : La petite Guenon avec son flux de bouche De Flamand Francisé, dirait-on qu'elle y touche ? Ah, ah, le maudit mal ! Ah je me sens fort bas, Eh tous ces médecins ?

Scène 6

Marille, Pacole, La Hollande

Marille

Ils arrivent là-bas.

Pacole

Deux bourguemestres-là...

La Hollande

Qu'ils aillent tous aux Diables, Je ne puis plus souffrir ces monstres effroyables.

Scène 7

Premier Bourguemestre, La Hollande, Second Bourguemestre

Premier Bourguemestre

Hé Madame, tout-beau.

La Hollande

Vos conseils odieux N'ont-ils pas attiré tout le mal dans ces lieux ! Si vos esprits grossiers eussent prévu ces choses, Tout cela n'eut été peut-être que des roses, Je serais en repos ; et ce mauvais air-ci, Ne serait pas venu m'étouffer jusqu'ici, Et me tirer enfin les entrailles du ventre.

Second Bourguemestre

Pouvons-nous empêcher, Madame, que l'air n'entre ? Un air subtil encor comme l'est celui-là. Nous n'avons point d'emplâtre à mettre à tout cela, Et ces affaires-ci sont bien embarrassantes. Vous nous dites encor des paroles piquantes, Vous pourriez bien pour nous avoir plus de bonté, Et faire moins d'outrage à notre dignité.

La Hollande

Ehque ces Médecins viennent-cn diligence)

Premier Bourguemestre

Mais notre mal, Madame, est plus grand qu'on ne pense, Puisqu'il n'est que trop vrai que le sort nous a mis Au point de recourir à tous nos ennemis. Mais qui nous force à faire une celle bévue : Devons-nous endurer, Madame, qu'on vous tue ? Prétendez-vous avoir des consolations, En mandant des bourreaux de toutes Nations ? S'ils peuvent approcher un jour votre personne, En est-il quelqu'un d'eux qui ne vous empoisonne. Qui n'avance vos jours, et ne soit envieux De ce que vous avez rarement besoin d'eux ? De voir votre santé d'une telle durée, Que tout l'air infecté ne la point altérée ? Qu'eux-mêmes affligés, ils ont cent fois dit tous, Que la santé n'était au Monde que pour vous ?

Second Bourguemestre

Plus votre mal est grand, plus leur âme est ravie : Prenons un autre biais pour vous sauver la vie, Mais prenons-le chez nous, et que vos assassins S'en retournent chez eux faire les médecins.

La Hollande

Que vous me fatiguez d'inutiles harangues ! Hé laissez en repos vos ignorantes langues.

Scène 6

Pacole, La Hollande, Beline, Médecin Français, Médecin Anglais, Premier Bourguemestre, Second Bourguemestre

Pacole

Le Médecin Français, et l'Auglais sont ici.

La Hollande

Voilà déjà l'Anglais.

Beline

Le Français !

Pacole

Le voici.

La Hollande

Ha ! ha !

Médecin Français

Qu'avez-vous donc ?

Médecin Anglais

Vos transports sont extrêmes.

La Hollande

Hé qui le peut savoir, Messieurs, mieux que vous-mêmes !

Premier Bourguemestre

Pouvons-nous bien souffrir ces nations chez nous ?

Second Bourguemestre

S'ils nous pouvaient crever...

Médecin Anglais

Taisez-vous ?

Médecin Français

Taisez-vous ?

Premier Bourguemestre

Nous parler de la sorte ! Apprenez à connaître Un Bourguemestre ici ? Sachez qu'il est le maître, Qu'il a le plein pouvoir, et que l'étant tous deux, Vous ne sauriez avoir trop de respect pour eux ? Qu'ils vous renverseraient de leur vent, de leur souffle ? Voyez, Madame, et puis....

Médecin Français

Taisez vous, gros maroufle ?

Premier Bourguemestre

Une telle insolence excite mon courroux. Vous m'appeliez maroufle, Insolent ?

Médecin Français

Taisez-vous ?

Second Bourguemestre

Un soufflet devant moi ! Devant Madame Hollande ! Madame, peut-on voir hardiesse plus grande ? Ici, le plus huppé tremble en parlant à nous, Hé...

Médecin Anglais

Taisez-vous gros âne ?

Second Bourguemestre

Insolent !

Les deux bourguemestres sortent en saluant Madame Hollande tristement, la main sur leur joue.

Médecin Anglais

Taisez vous ?

La Hollande

Vous en usez ainsi, Meilleurs ? Je vous le cède.

Médecin Anglais

Selon le mal, il faut appliquer le remède.

La Hollande

Mais sans apothicaire, et sans chirurgien, Vous le faites vous-même, et vous rappliquez bien.

Médecin Français

Il faut à certains maux des remèdes extrêmes.

La Hollande

Ceux que vous me ferez, Messieurs, sont-ce les mêmes ?

Médecin Français

Hé nous venons ici, Madame, exprès pour vous, Et nous vous apportons des remèdes plus doux, Tout ce qui maintenant pourra vous satisfaire, Ou nous vous le ferons, ou vous le ferons faire.

La Hollande

Hé dépêchez.

Médecin Français

Avant que de rien ordonner, Mon avis est, qu'il faut la faire promener.

Médecin Anglais

Madame, levez-vous ? Mon avis est le vôtre.

La Hollande

Je ne crois pas pouvoir mettre un pied devant l'autre. Vite, vite, ma chaise. Ah que j'ai mal au cour !

Disant ce dernier mot, il tire la chaise de Madame Holande, qui tombe.

Médecin Français

Voici le Médecin Espagnol. Serviteur.

Scène 9

Médecin Espagnol, Beline, Médecin Français, Médecin Anglais, Marille, La Hollande

Médecin Espagnol

Monsieur, Madame Hollande est je pense tombée.

Les Médecins la relèvent encor, et la remettent dans sa chaise, et lors ce demi-vers se dit.

Beline

Monsieur, relevez-là. Je crois qu'elle est pâmée.

Médecin Espagnol

Hé je lui vais donner de mon catholicon. Il est miraculeux.

Médecin Français

Elle revient.

Médecin Espagnol

Bon, bon,

Beline

Êtes-vous mieux, Madame ?

Médecin Anglais

Hé la voila remise.

Médecin Espagnol

De mon Catholicum avalez cette prise.

Beline

Hélas ! Elle se meurt, Monsieur, c'est du poison.

Médecin Français

Elle est fort mal, Monsieur.

Médecin Espagnol

Quoi ? Mon Catholicum Donne la vie.

Marille

Hélas ! Il a fait le contraire.

Il tient le bras de Beline, croyant tenir celui de la Malade.

Médecin Espagnol

Mais comment diable encor cela se peut-il faire ? Voila depuis deux ans que j'en donne à la Cour, Pour la troisième sois qu'il m'a joué ce tour. Mais son pouls est fort bon.

Beline

C'est mon bras, elle est morte.

Médecin Espagnol

Je le croyais le sien, ou le diable m'emporte. Je m'étonnais aussi qu'elle eut le pouls si bon.

Beline

Vous me serriez les bras d'une étrange façon !

Médecin Espagnol

Elle revient.

La Hollande

Messieurs !

Médecin Français

Les plus nobles parties N'agissent presque plus, n'ont plus ces sympathies Ni cette égalité dedans leurs fonctions, Et cela cause en vous ces agitations, Tous vos membres étant de Provinces Unies, Mais qui ne l'étant plus, toutes ces harmonies >Ne sont plus qu'un chaos : Enfin tout est péri, D'un concert que c'était, c'est un charivari, Les esprits y manquants, la gangrène succède, Il faut pour lors courir au périlleux remède, Il faut dis-je, extirper, et jouer des couteaux. Ainsi se corps formé par des membres si beaux, Qui semblait défier la mauvaise influence, Tout d'un coup est détruit, et tombe en décadence, Pour n'avoir point usé de ces précautions Qui préviennent le mal par des purgations.

La Hollande

Un autre médecin qui se croit grand génie, Pour montrer ce qu'il sait, m'attend à l'agonie. C'est un Allemand.

Médecin Anglais

Oui, n'ayez aucun souci, Ce sera fait de vous, avant qu'il soit ici, Il a la goûte.

La Hollande

Lui ?

Médecin Anglais

Pour le moins je m'en doute, À voir comme il cause, il faut qu'il ait la goûte, Et quand il faut guérir un mal si violent, C'est un faible secours, qu'un remède si lent : Le voici.

Scène Dernière

Médecin Allemand, Médecin Espagnol, Médecin Français, La Hollande, Beline, Médecin Anglais, Marille

Médecin Allemand

J'ai la goûte aux pieds, ne vous déplaise.

Médecin Espagnol

Elle mourra devant qu'il puisse être à sa chaise. L'un après l'autre enfin voyons donc ce qu'elle a, Et tâchons, s'il se peut, à la tirer de là.

Médecin Français

Voyons la langue un peu.

La Hollande

Ma mort est assurée.

Médecin Français

Ah la méchante langue ! Elle est toute ulcérée ; Le plus fort gargarisme est inutile là ; Nous n'avons que le feu pour dessécher cela.

Médecin Allemand

Le pouls intermittent un fort mauvais augure : Elle ne la fera pas longue, je m'assure.

Beline

Peut-elle encor durer quelque temps ?

Il rentre.

Médecin Allemand

Eh pas trop. On voit bien que ce mal l'emmène au grand galop, Il est fort violent, la Nature est peu forte , Et je ne doute point du tout qu'il ne l'emporte. Oui, le mal est trop grand, pour la pouvoir guérir, Je m'en vais, ne pouvant ici la secourir.

Médecin Espagnol

Mais je ne la vois point encor désespérée, Son mal ne marque point une mort assurée.

La Hollande

Mon espoir est en vous, ne m'abandonnez pas.

Médecin Espagnol

Je ne vous quitte point jusqu'à votre trépas ; Je l'ai promis, Madame, et je tiendrai parole.

La Hollande

Hé c'est dans mon malheur tout ce qui me console.

Médecin Espagnol

Votre mal toutefois, Madame a pris un cours, Qu'on ne peut arrêter qu'avec un grand secours, Et même il n'est pas sûr, quelque grand qu'il puisse être, Qu'il le pût être assez pour en être le maître : Mais je vous veux servir sans intérêt, ainsi Je ne prétends de vous qu'un simple grand merci.

La Hollande

Que pourrais-je donner ? Je suis dans l'impuissance. Chacun sait qu'autrefois j'étais dans l'opulence : Qu'une personne alors fut pauvre à n'avoir rien, Qu'elle eut avidité de se voir quelque bien, Hélas ! Elle n'avait, pour être satisfaite, Que s'en venir chez moi, sa fortune était faite.

Médecin Français

Vous n'avez point usé de régime du tout, Madame, votre mal nous pousse tous à bout ; Votre clou, votre poivre, et vos épiceries, N'ajoutent rien rien de bon à vos intempéries, Vos fromages encor irritent ce mal là, Et vous ne vous pouviez passer de tout cela.

La Hollande

Je pense que les eaux me seraient salutaires.

Médecin Espagnol

Les Minérales ? Point, elles vous sont contraires.

La Hollande

J'entends parler des eaux de ce Pays.

Médecin Espagnol

Ah bon. Oui, les eaux du pays seraient fort de saison, En grande quantité sans doute elles conservent, Et nuisent autrement bien plus qu'elles ne servent. Mais le soleil ici brûle et dessèche tout, Où les prendre ? Il n'est rien dont il ne vienne à bout : Et cet astre brûlant qui vous est si contraire, Donne un peu trop à plomb dessus votre hémisphère.

Médecin Anglais

Examinons un peu tout ce bas ventre-ci. Penchez-vous sur le dos ? Vous êtes bien ainsi. Que de malignité là-dedans est enclose ! 11est aisé de voir et le mal et la cause : Mais que ferons-nous là, Messieurs ? Vous voyez bien Par ce qui vous paraît, que le tout n'en vaut rien, Que ce bas ventre est plein de choses étrangères, Qui n'ont déjà que trop enflammé les viscères. À ces sortes de maux, le remède effectif, Est de lui faire prendre un fort grand vomitif.

La Hollande

Un vomitif, Monsieur ! Je ne puis plus rien prendre.

Médecin Anglais

C'est l'unique remède : il faut crever ou rendre, Madame, et prenant tout ce qu'on vous donnera, Je ne sais même encor si l'on vous sauvera. Le mauvais vent qui vient du côté de la Terre, Livre à votre santé cette mortelle guerre, Et celui de la mer qui vous fut excellent, N'est aujourd'hui pour vous qu'un mal très pestilent. Ainsi je suis certain, si cc mal ne vous tue, Que la mer vous doit être à jamais défendue, Et le poisson surtout, c'est pour vous un poison, Gardez-vous d'en manger en aucune saison. Votre pêche aux harengs encor, quoi qu'on en die, Cause une bonne part de votre maladie. Il faut lui provoquer un grand vomissement.

Médecin Français

Et lui tirer du sang, mais copieusement.

La Hollande

Quoi me tirer du sang encor ? Quelle ordonnance ! Je n'attendais pa smoins d'un médecin de France. Je me sens affaiblie, et ne puis faire un pas, On m'en a tant tiré, que l'on m'a mise à bas. Médecin dangereux !

Médecin Anglais

La langue de vipère ! Toute prête à mourir, elle ne se peut taire ; Des injures toujours, elle n'a point cessé.

Médecin Français

C'est qu'elle veut finir comme elle a commencé.

La Hollande

Le chagrin me dévore. Hélas ! Que faut-il faire ?

Médecin Anglais

Votre mal n'étant pas un mal fort ordinaire, Il vous faut un remède aussi hors du commun.

La Hollande

ïi n'en est point pour moy.

Médecin Français

Bon, nous en avons un Qui contre votre mal est souverain, Madame. Vous avez, dites-vous, quelque chagrin dans l'âme. Vous estes triste ?

La Hollande

Hélas ! Plus qu'on ne peut penser.

Médecin Français

Monsieur l'Anglais et moi nous vous ferons danser.

La Hollande

Danser !

Médecin Anglais

C'est le remède à votre maladie : La joie est l'antidote à la mélancolie.

La Hollande

Que mes violons donc viennent dans le salon.

Médecin Français

Hé nous vous ferons bien danser sans violon.

La Hollande

Vous vous moquez.

Médecin Anglais

Point, point. Êtes-vous la première Que Monsieur le Français traite de la manière ?

La Hollande

Un petit violon, Messieurs, j'en ai de bons.

Médecin Français

Oui, vous avez chez vous de plaisants violons ?

La Hollande

Je ne saurais danser, ma faiblesse est trop grande.

Médecin Français

Vous danserez pourtant, Madame la Hollande, C'est l'unique moyen de vous guérir.

La Hollande

Hé bien, Puisque vous le voulez, éprouvons ce moyen, Mon cour pour ce remède a de la répugnance, Et c'est, à dire vrai, malgré moi que je danse.

Médecin Français

Là, vous voilà fort bien, il vus observera.

Médecin Anglais

Et quand vous broncherez, il vous relèvera.

Médecin Français

Jouez.

La Hollande

Les bons appuis pour la pauvre Hollande !

Médecin Français

Hé jouez donc, Messieurs, puisqu'on vous le demande ?

La Hollande

Ha mes membres sont morts.

Médecin Français

Les sentez-vous pas tous?

Elle dit cette moitié de vers en bégayant.

La Hollande

Je ne les sens non plus que s'ils étaient à vous. Messieurs, je ne puis plus, soutenez-moi, la tête ! Je ne me suis jamais trouvé à telle fête : Avant que de danser, Messieurs, je chancelais ; Cependant j'ai dansé plus que je ne voulais. Ma langue s'épaissit.

Médecin Français

Voilà l'esquinancie.

Médecin Anglais

L'Art de la Médecine, et de la Pharmacie, Ne la peuvent sauver.

Médecin Français

Le mal augmentera.

Médecin Espagnol

Pour moi, je ne sais pas ce que l'on en fera.

Médecin Anglais

Ma foi, ni moi non plus.

Médecin Espagnol

Ses maux sont déplorables.

Médecin Français

Que l'on la fasse donc porter aux Incurables. Messieurs, séparons-nous.

Marille

Hélas ! Quel crève-cour !

Médecin Français

Serviteur.

Médecin Anglais

Serviteur.

Médecin Espagnol

Serviteur, Serviteur.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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