Les Faux Moscovites
Scène 1
Lubin, Lubine
Lubin
Ce n'était pas du vin, c'était de l'ambroisie.
Lubine
L'ivrogne.
Lubin
Laisse-moi vivre à ma fantaisie.
Lubine
Et crève, que jamais je ne te puisse voir.
Lubin
Nargue, je veux toujours... noir à noircir du noir.
Lubine
Il croit avoir sa boîte ; ah ! Le maudit ivrogne.
Lubin
Quand je fais mon métier, va faire ta besogne, Que je me porte bien quand je suis en repos Noircir....
Lubine
Il croit toujours la boîte sur son dos, Apprends de moi, Lubin.
Lubin
Apprends de moi, Lubine.
Lubine
Écoute-moi,coquin.
Lubin
Je t'écoute, coquine.
Lubine
Puisque tu mange tout avecque cent vauriens Je vais me séparer et de corps et de biens, Tu ne retrouveras que les quatre murailles J'entre en condition tout à l heure.
Lubin
Tu railles.
Lubine
Tu verras,tu verras si je railles ce soir,
Lubin
Hé ! Je sais les moyens.... noir à noircir du noir. Ma femme, tu crois donc à cause qu'on enrage Quand on est marié qu'on se des-mariage. Oui-da ! Je le sais bien, je veux dîner ce soir Mais va-t-en car jamais... noir à noircir du noir.
Scène 2
Lubine, Gorgibus
Lubine
Je viens pour vous servir, Monsieur.
Gorgibus
Tant mieux, Lubine.
Lubine
Mais, Monsieur, qu'avez-vous, qu'est-ce qui vous chagrine, Vous êtes tout changé , le chagrin ne vaut rien, Il faut se réjouir, vous avez tant de bien.
Gorgibus
J'attends des étrangers, des gens de conséquence, Et j'avance pour eux des sommes d'importance, Leurs interprètes sont chez moi depuis huit jours, Qui lèvent des brocards, des satins, des velours ; J'ai donné mille écus à Monsieur l Interprete, C'est bien de l'argent sûr. Mais j'avance, je prête, Puis ces Interpréteux font de fort grands repas Leurs maîtres cependant viennent à petit pas, Je crains bien de passer ici pour une bête,
Lubine
Vraiment j'en ai bien peur..
Gorgibus
J'en ai martel en tête, Ils devaient arriver quatre jours après eux, Dés demain je les veux faire coffrer tous deux ; S'ils n'arrivent ce soir, le coup est inmanquable Surtout, garde ma fille.
Lubine
Elle est bien mariable, Votre fille, Monsieur, vous la faites languir, Ne voir bête ni gens, hé ! C'est pour en mourir.
Gorgibus
Tais-toi, voici je crois des étrangers, Lubine.
Lubine
Ceux-là des étrangers ? Ils n'en ont pas la mine,
Gorgibus
Êtes-vous étrangers, Messieurs ?
Scène 3
La Ramée, Gorgibus, Sans-Souci, Raméε
La Ramée
Pourquoi ? Monsieur.
Gorgibus
N'avez-vous point ouï parler d'un grand seigneur, Qui vient de Moscovie avec grand équipage, grand train.
Sans-Souci
Non pas, Monsieur.
Gorgibus
Lubine, entrons, j'enrage, Adieu, Messieurs, je suis votre humble serviteur.
Raméε
Nous sommes tout à vous, Monsieur, et de grand coeur.
Sans-Souci
Puisque nous revenons malheureux de l'armée, Que veux- tu faire ici, mon pauvre la Ramée, Si tu ne veux voler, tu vas mourir de faim , Veux-tu de porte en porte aller tendre la main. Pour moi j'aimerais mieux qu'on me vit sur la Roue. Que faire le métier de ces âmes de boue.
Raméε
Mais si nous sommes pris, quel fera notre sort, Il n'en faut espérer qu'une honteuse mort.
Sans-Souci
Hé bien soit. La mort est la fin de toutes choses, Et la vie a bien plus d'épines que de roses, Tu tirais au billet au camp pour trois tétons, Que servent à présent tant de réflexions.
Raméε
À t'éprouver, mon cher, ne crois pas que je tremble, Ou nous ferons fortune, ou périrons ensemble ; Voilà mon sentiment, et pour savoir le tien Je trouvais à propos, de te cacher le mien Je fais le premier vol, ôtons-nous du passage, Tu verras si j'en suis à mon apprentissage.
Scène 4
La Ramée, Sans-Souci, Jolicoeur, La Montagne
La Ramée
Est-ce une illusion, regarde Sans-souci, Vois-je pas Jolicoeur, et la Montagne aussi.
Sans-Souci
Ils sont en financiers
La Ramée
Ce font eux.
Jolicoeur
C'est nous-mêmes.
La Ramée
Ha ! Le maudit hâbleur qui nous dit ce carême Que vous aviez dans Tours été roués tout deux.
Jolicoeur
Un semblable destin serait assez fâcheux, Et qui nous a donc fait cet honneur.
Sans-Souci
Saint-Étienne.
La Montagne
Lui-même est près de Blois au soleil.
Sans-Souci
Qu'il s'y tienne
Jolicoeur
Il est par ma foi sec.
Sans-Souci
Vous étiez son appui.
La Montagne
Nous ? Nous n'avons point eu de commerce avec lui, Il eut la question, et lui plutôt qu'un autre Eut dit au second pas, et sa vie, et la nôtre. Ce n'était qu'un coquin, un fripon achevé.
Sans-Souci
Si bien qu'en bons bourgeois vous battez le pavé, Le commerce va-t-il, le guet fait il la ronde.
La Montagne
À Paris, vous venez je crois de l'autre monde, Vole-t-on dans Paris, depuis un an ou deux.
La Ramée
Et qu'y faites-vous donc ?
La Montagne
Nous y sommes heureux Sous ces déguisements, et si sans repartie Vous voulez bien tous deux être de la partie Pour un enlèvement : ce que l'on donnera Comme frère après l'on le partagera, J'ai déjà cent louis qui feront à nous quatre.
Sans-Souci
Nous en sommes ma foi ; s'il faut même se battre Vous savez si le fer et le feu nous font peur.
Jolicoeur
Je sais votre bravoure, et connais votre coeur, Mais nous n'avons besoin ici que de finesse, Que de nombre de gens et que d'un peu d'adresse, Ceux qui jadis vivaient de vol, d'assassinats, Dans Paris, à présent, sont gueux comme des rats.
Sans-Souci
Quoi ? L'on n'y vole plus.
La Montagne
Non, la peste me crève, Volez ce soir, demain on vous mène à la grève, Paris ne vaut plus rien, le guet est en tous lieux Dedans les grands chemins on s'y sauve bien mieux.
Sans-Souci
Il faut que vous n'ayez d'un an sorti les portes, Tout autour de Paris on a mis cent cohortes, Les archers à la ronde en mille endroits postés, Vous y battent l'estrade encor de tous côtés, C'est bien pis qu'à Paris.
La Montagne
Paris est tout de même, Il n'y faut plus user que d'une adresse extrême, Cela seul nous nourrit depuis plus de deux ans ; Sachez... mais c'est ici le chemin des passants ; Sortons, car en ce lieu l'on pourrait nous entendre, Allez aux trois Maillets, nous allons nous y rendre C'est où chacun s'habille..
Scène 5
Jolicoeur, Lubine, La Montagne
Jolicoeur
Ah ! Lubine.
Lubine
Ah ! Messieurs, Mon mari m'a réduite au dernier des malheurs.
La Montagne
Quel[le] bête est-ce donc que ton mari ; hé,le traître, Plût à Dieu que je fusse encor à le connaître Le méchant.
Jolicoeur
Quel est-il, nous saurons l'adoucir.
Lubine
Il est crieur .
Jolicoeur
De vins.
Lubine
Non, de noir à noircir, Le malheureux qu'il est, je sais ce qu'il me coûte
Jolicoeur
C'est quelque ivrogne enfin, je n'en fais point de doute, Mais ! que veux- tu de nous.
Lubine
Vous supplier, Monsieur, Que je me prostitue aux pieds du grand seigneur Quand il sera venu ; s'il avait agréable De me démarier d'avec ce misérable.
La Montagne
Mais il faut des raisons.
Lubine
Eh ! Messieurs, j'en ai cent, Pour un mari déjà, ce n'est qu'un innocent, Jamais au grand jamais... Enfin c'est un infâme ... Auprès de qui je n'ai que le seul nom de femme.
Jolicoeur
C'est ton premier mari, dis.
Lubine
Oui pour mon malheur.
La Montagne
Des enfants, en as-tu ?
Lubine
Non pas de lui, Monsieur, Le moyen.
Jolicoeur
Cette affaire est assez d'importance, Casser un mariage.
Lubine
En prouvant l'impuissance On le casse, Monsieur, il n'est rien plus commun, Je dis net comme un verre on n'en manque pas un.
La Montagne
Hé bien, le grand seigneur vous rendra cet office.
Jolicoeur
Nous vous y servirons
Lubine
Le bon Dieu vous bénisse. Je viendrai donc tantôt aux pieds du grand seigneur.
Scène 6
Gorgibus, Lubine, La Montagne, Jolicoeur
Gorgibus
À Quoi t'amuses-tu, Lubine.
Lubine
À rien, Monsieur,
La Montagne
Parlons de Gorgibus son âme est mal contente Jolicoeur,je crains bien que le diable le tente, Et que pour s'éclaircir de notre fausseté Il ne nous fasse mettre en lieu de sûreté.
Jolicoeur
Cette affaire pour nous aurait d'étranges suites , Ayons dés aujourd'hui tous nos faux Moscovites, Les habits sont tous prêts.
La Montagne
Oui, mais où les trouver, Depuis huit jours j'y rêve.
Jolicoeur
À quoi bon tant rêver, Cherchons-les. Notre but est d'enlever la fille, Nous avons cent louis du Baron de Jonquille, Pour cet enlèvement il la veut épouser, Mais qu'il l'épouse ou non, gardons-nous de jaser Disons que nous voulons faire une Comédie, Ou quelque mascarade, enfin quelque folie, Car nous avons besoin de huit ou dix faquins, Et dire son secret à de pareils coquins, Nous ferions dedans peu d'étranges caprioles Gorgibus nous a bien donné trois cents pistoles Dessus ces blancs signez ..
La Montagne
Puis il a répondu Dedans la rue aux Fers tout le brocard est dû, Tout est-il chez Dame Anne au moins ?
Jolicoeur
Ah ! La bonne figure.
La Montagne
Voilà notre vrai fait
Jolicoeur
Je t'en assure.
Scène 7
Lubin, Jolicoeur, La Montagne
Lubin
En revenant de Canadas, En revenant de Canadas, Notre ôte qui avait nom Colas, Et st' épaule branle branle , Et stella ne branle pas.
Jolicoeur
Bonjour donc, camarade.
Lubin
Ils sont tous au moulin...
La Montagne
Nous nous connaissons tant.
Lubin
Oui, je te vis demain.
La Montagne
C'est lui qui dans Turin se signala de sorte.
Lubin
Si je connais Turin,que le diable m'emporte , Comment est-il vêtu ?
La Montagne
Bon ! Je dis à Turin, Il fut aux ennemis une pique à la main, Il en tua, je crois, de sa main plus de trente Dans la tranchée.
Lubin
Oh oui, j'ai la main massacrante, Mais j'avais des tranchées comme vous dites là Qui me tranchais le ventre ; ah ! Vraiment sans cela Vous m'eussiez bien vu tous faire un autre carnage.
Jolicoeur
C'est donc son élément que la guerre.
La Montagne
Il y nage.
Lubin
Oui, je nage fort bien.
La Montagne
Mais ce fut à Cazal Où ce brave fit voir qu'il n'avait point d'égal.
Lubin
Oui pour dans Cazal.
La Montagne
Il fut tête baissée Et perça l'escadron d'une garde avancée, À coups de pistolet et l'épée à la main. Bref il fit à Cazal l'action d'un Romain. Il va tête baissé, enfin il ne s'enquête.
Lubin
Oui toujours en marchant, moi je baisse la tête Dans Cazal et partout.
La Montagne
Mais après tant d'honneur Le fort le fit tomber dans un petit malheur, Il vola dans Cazal un vivandier je pense, Cela lui fit donner le fouet sous la potence Avec une brûlure ici qui lui fit mal.
Lubin
Vous vous trompez, jamais je ne fus à Cazal.
Jolicoeur
Non non, c'est pour railler qu'on dit ces fariboles ; Écoute, es-tu d'humeur à gagner vingt pistoles, Bien vêtu, bien nourri.
Lubin
Cela n'irait pas mal ; Je le veux, mais jamais je ne fus à Cazal, Au moins.
Jolicoeur
Je le sais bien.
Lubin
Morbleu c'est que j'enrage.
La Montagne
Écoute, c'est pour faire un fort grand personnage Dans une comédie, et qui ne dira mot.
Lubin
Je suis votre homme, allez, je ne suis pas un sot J'ai dessus le Pont-neuf joué deux ou trois scènes Dans une comédie au Raviment des Laines, Nous tirions des manteaux, quatre au cinq furent pris Et furent tous pendus.
Jolicoeur
Et toi ?
Lubin
J'eus des amis, Mais de fort bons amis, sans user de prière Il me servirent là de la belle manière.
La Montagne
Voilà de grands amis, et qui sont-ils, dis-moi.
Lubin
Un Président nommé Monsieur de Sauve-toi, Et Monsieur Gagne au pied, un conseiller encore Monsieur Tire de long, un greffier que j'adore L'on me donna va-t-en, un avocat d'honneur, Je pris Jacques de loge après pour procureur.
Jolicoeur
Tu fis fort bien, ceux-là peuvent sauver la vie.
Lubin
Voyons donc, que ferai-je.
La Montagne
un Grand de Moscovie, Et tu diras hio lors que tu parleras Hio veut dire oui, tu baragouineras Quelque étrange jargon, mais trouve nous encore Des gens pour t'escorter la grande suite honore, Tous seront bien vêtus et bien payez de nous.
Lubin
Allons, s'il en faut vingt je vous les livre tous, Serons-nous bien nourris, j'aime à voir des marmites
Jolicoeur
Comment, n'as- tu pas vu dîner les Moscovites, Tu seras tout comme eux,
Lubin
Je les ai vus dix fois, Peste, nous ferons donc traitez comme des Rois, Les cailles, les perdrix, là dedans digérées, Faudra-il faire aussi toutes leurs simagrées .
La Montagne
Il les contrefera, c'est un vrai singe.
Lubin
Oui moi, Je les contreferai comme eux-mêmes, ma foi, J'y servais d'officier, je demeurais tout proche.
Jolicoeur
Quoi, de Maître d hôtel ?
Lubin
Non,j'y tournais la broche.
La Montagne
Le temps nous presse, allons.
Lubin
Les habits sont-ils prêts, Il me faut le plus beau.
Jolicoeur
Va, tous sont faits exprès.
Lubin
Je veux que tout Paris nous rende des visites , Car nous allons passer pour de vrais Moscovites, Étant vêtus comme eux nous serons tous égaux, Hors qu'ils seront les vrais et nous serons les faux, Que l'on mette un balustre autour de notre table Lorsque nous mangerons, car je me donne au diable Nous serions accablés dès le premier repas.
La Montagne
On en fera mettre un.
Lubin
Peste, ni manquez pas.
Jolicoeur
Allons donc, car il faut pour les bien contrefaire, Instruite tous nos gens des choses qu'il faut faire.
Lubin
Je leur montrerai tout.
La Montagne
Cela n'ira pas mal.
Lubin
Au moins, Messieurs, jamais je ne fus à Cazal.
Jolicoeur
Non, va quérir tes gens, le rendez-vous se donne Aux Maillets, les sais-tu ?
Lubin
Moi bon ; mieux que personne.
Scène 8
Suzon, Gorgibus
Suzon
Vous devriez mon père attendre encore un peu.
Gorgibus
Non, je n'attendrai plus ; pour mieux couvrir mon jeu Je me suis adouci devant eux, c'est un leurre Lubine amènera les sergents tout à l'heure.
Suzon
Quoi donc, vous les allez faire mettre en prison.
Gorgibus
Oui.
Suzon
Si les étrangers arrivaient, que sait-on, Vous vous feriez fourré dans une étrange affaire, Peut-être sont ils prêt d'ici.
Gorgibus
Mais comment faire, Si ce sont des coquins.
Suzon
Renvoyez vos sergents, Mon père, je les crois de fort honnêtes gens.
Gorgibus
Les as-tu vus, dis-moi, pour parler de la sorte.
Suzon
Je les ai regardés par le trou de la porte.
Gorgibus
Vous les avez donc vus, malgré tout mon pouvoir.
Suzon
Par un si petit trou, qu'est-ce que l'on peut voir.
Scène 9
Lubine
Lubine
Et vite le couvert, du foin et de l'avoine, Les Moscovites sont au quartier Saint-Antoine, On dit qu'ils font montez sur de petits bidets, Pour les voir on s'étouffe à la porte Bauders, Tout le monde déjà s'assomme en notre rue, Et dedans leur chemin par ma foi l'on s'y tue, Vous voilà dans le gain et dedans le bonheur ; Ah ! Tout le monde dit que c'est un grand seigneur.
Scène 10
La Montagne, Gorgibus
La Montagne
Les voici, savez-vous les choses qu'il faut faire, Pour les saluer tous et les bien recevoir.
Gorgibus
Non, je ne les sais pas.
La Montagne
Mais il les faut savoir ? D'abord le grand seigneur me saluera moi-même ; Voyez comme je fais, vous ferez tout de même, Votre fille sera surtout avecque vous, Car après mon salut il vous saluera tous ; D'abord qu'ils ont dîné, qu'ils ont fait bonne chère, Tout ce qu'ils veulent faire il leur faut laisser faire.
Gorgibus
Mais si ces choses là vont à mon déshonneur.
La Montagne
Ah ! Non,ce n'est pas là le but du grand seigneur, C'est après le repas l'exercice ordinaire, Tout sera dans l'honneur, ce que vous devez faire Et de vous voir d'abord sur un siège un peu haut Pour les voir ou combattre, ou monter à l'assaut, Ou comme ils sont d'humeur martiale et civile Ils représenteront le sac de quelque Ville, Puis chacun va dormir dans son appartement.
Gorgibus
Voilà bien des façons .
La Montagne
Cela dure un moment.
Gorgibus
Toutes ces façons là ne se font point en France.
La Montagne
Mais préparez-vous tous, je l'entends qui s'avance, Là les tambours battent.
Gorgibus
Ça, ça, préparons-nous, il nous faut tous ranger.
La Montagne
Que l'on fasse servir, car il voudra manger.
Scène Χι
La Montagne, Gorgibus, Lubin, Jolicoeur, Monsieur Aminthe, Suzon
Lubin, ici il baragouine.
La Montagne
Vous êtes dispensé de lui faire harangue,
Gorgibus
Mais que demande-t-il je n'entends pas sa langue.
La Montagne
Il demande les lieux.
Gorgibus
Est-ce là ce qu'il dit, Le bassin, le bourlet, tout est auprès son lit.
La Montagne
Il demande les lieux où l'on le prétend mettre.
Lubin, ici il baragouine.
Gorgibus
Ah ! Je vais l'y mener s'il me le veut permettre.
Gorgibus
Mais s'il voulait dîner auparavant.
Lubin
Hyo, hye.
Gorgibus
Est-ce qu'il veut manger. Hyo, hyo, hyo.
La Montagne
Voilà ce qu'il demande.
Gorgibus
J'ai de fort bons perdreaux ; aime-t-il cette viande ?
Lubin
Yo, yo, yo.
Gorgibus
Dit-il pas qu'il les hait, et qu'ils ne valent rien ?
Lubin
La peste, non, je dis que je les aime bien. Yo, yo.
Jolicoeur
Hé traître ! Que fais-tu ?
Gorgibus
J'entends bien ce langage.
Lubin
Faites-lui donc savoir que j'aime tout, j'enrage.
Jolicoeur
Ne parle plus Français, ne dis qu'yo, yo.
Gorgibus
D'un grand cochon de lait, et d'un gros aloyau. En mangerait-il bien ?
Lubin
Yo, yo, yo.
Gorgibus
Il ne boit que de l'eau, rien n'est plus pitoyable.
Lubin
Je parlerai Français, ou je me donne au diable.
La Montagne
L'eau pour le grand seigneur est pire qu'un poison.
Lubin
Je bois mon vin tout pur, au moins, yo,yo .
Gorgibus
Il a raison : Le vin pur en effet est un jus bien aimable, Il en boira de bon, le mien est admirable.
Lubin
Yo, yo, yo.
Là l'on apporte la table toute servie.
Lubin fait un long jargon en coupant les viandes et les présentant aux autres.
Gorgibus
Quand il veut Francizer, on l'entend assez bien, Mais quand il Moscovize on n'y comprend plus rien. Voila le dîner prêt, il peut se mettre à table ; Des sièges.
Jolicoeur
Cracq.
Lubin en avalant il baragouine.
La Montagne
Gricq Crocq.
Lubin baragozine longtemps le verre à la main.
Jolicoeur
Le Cochon est, dit-il, admirable,
La Montagne
Il boit à vos santés.
Monsieur Aminthe
Que ce langage est sot ! Quoi ! parler si longtemps pour ne dire qu'un mot ? Il vient de boire à vous , il faut faire de même, N'hésitez pas, Madame.
Monsieur Aminthe
Ah, la rigueur extrême !
Jolicoeur
C'est la marque et le sceau de son affection.
Monsieur Aminthe
Parce qu'il m'aime il faut souffrir la question ! Vous croyez que je boive un verre d'eau de vie !
La Montagne
C'est l'ordre du pays.
Monsieur Aminthe
Hé ! Suis-je en Moscovie ?
Lubin jargonne.
Suzon
Allez le supplier de vous en dispenser.
La Montagne
Il vous fait signe au moins de ne pas avancer, Madame. Il dit qu'il est à sa femme fidèle Et qu'il ne veut avoir de l'amour que pour elle.
Monsieur Aminthe
Comment ?...
Jolicoeur
Il ne faut point vous en mettre en courroux, Il en a refusé d'aussi belles que vous.
Scène 13
Lubine, Lubin, La Montagne
Lubine
Monsieur... Expliquez ce qu'il faut que je die.
Lubin
Ma carogne de femme est de la Comédie ?
Lubine
Mon bon seigneur, je viens ici pour vous prier D'obtenir le pouvoir de me démarier D'avec un sac à vin, un gueux, un lâche, un traître, Bref d'avec un mari qui ne le saurait être, C'est le plus impuissant de tous les impuissants, Passerais-je sans fruit le plus beau de mes ans ?
Lubin
Ah, la carogne là qui s'adresse sa harangue Dés ce soir je lui veux faire couper la langue.
Lubin, sortant de table et courant après.
Lubine
C'est un sot, Monseigneur, que chacun montre au doigt, Il le sait, mais il l'est encor plus qu'il ne croit. Ce Monseigneur a l'air de mon coquin d'ivrogne.
Lubine
dis que trop vrai, c'est moi-même, Carogne.
Gorgibus monte sur un siège un cor à la main, et tandis qu'il corne, les filous sortent de chez lui, et enlèvent Suzon, et force paquets.
La Montagne
C'est pour faire exercice , il ne faut craindre rien, Sonnez bien tantarare, allez, tout ira bien. Tantarare, tantarare, tantarare, tantarare. Sait-il bien le chemin ? Je crains qu'il ne s'égare, Tantatare, tarare, tarare, Tantarare...
Scène 14
Lubine
Lubine
Tantare, ha vraiment ! Le Marquis de Jonquille s'en va bien autrement tararer votre fille, Il l'a fait enlever, car je le viens de voir, Tous ces faux étrangers l'ont mise en son pouvoir !
Scène Dernière
Gorgibus, Suzon, Baron De Jonquille, Lubine
Gorgibus
Ha ! Monsieur le Baron, que venez-vous de faire.
Suzon
Ne vous emportez pas, il n'a rien fait mon père, Hélas ! C'est un mouton.
Baron De Jonquille
Modérez ce courroux, Et consentez enfin que je sois son époux ; Car de force ou de gré, Monsieur, je le veux être, J'adore votre fille et vous l'ai fait connaître, Elle n'aimait assez, puisque dans ce moment Je l'ai fait consentir à son enlèvement ; Je vous l'ai demandée, et votre résistance M'a fait user ici de cette violence.
Gorgibus
J'y consens, mais mon bien, faut-il qu'il soit perdu.
Baron De Jonquille
Tout vous sera rendu.
Lubine
Ha! si le grand seigneur pouvait être pendu. Madame la Baronne, hélas ! faites en sorte Qu'il soit banni du moins, s'il revient je suis morte, Si vous ne l'apaisez, hélas ! Il me tuera .
Suzon
Viens, viens avec nous, il te pardonnera.
Lubine
C'est tout au moins, Messieurs, qu'aucun de vous n'en doute, Quant une fin languit personne ne l'écoute.