Comédie · 1669

Les faux moscovites

de Raymond Poisson

Représentation
≈ 24 min
Distribution
2 femmes, 6 hommes
Répliques
216
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
La Montagne H 44 ≈ 6 min 7
Lubin H 43 ≈ 4 min 4
Lubine F 30 ≈ 4 min 8
Gorgibus H 32 ≈ 3 min 7
Jolicoeur H 32 ≈ 3 min 5
Sans-Souci H 11 ≈ 1 min 2
Suzon F 9 ≈ 1 min 3
Raméε N 3 ≈ 1 min 1
Monsieur Aminthe N 5 ≈ 1 min 1
La Ramée H 5 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Les Faux Moscovites
La Montagne absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lubin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lubine absentabsentabsentabsentabsentabsent
Gorgibus absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Jolicoeur absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Sans-Souci absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Suzon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Raméε absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Les Faux Moscovites

Scène 1

Lubin, Lubine

Lubin

Ce n'était pas du vin, c'était de l'ambroisie.

Lubine

L'ivrogne.

Lubin

Laisse-moi vivre à ma fantaisie.

Lubine

Et crève, que jamais je ne te puisse voir.

Lubin

Nargue, je veux toujours... noir à noircir du noir.

Lubine

Il croit avoir sa boîte ; ah ! Le maudit ivrogne.

Lubin

Quand je fais mon métier, va faire ta besogne, Que je me porte bien quand je suis en repos Noircir....

Lubine

Il croit toujours la boîte sur son dos, Apprends de moi, Lubin.

Lubin

Apprends de moi, Lubine.

Lubine

Écoute-moi,coquin.

Lubin

Je t'écoute, coquine.

Lubine

Puisque tu mange tout avecque cent vauriens Je vais me séparer et de corps et de biens, Tu ne retrouveras que les quatre murailles J'entre en condition tout à l heure.

Lubin

Tu railles.

Lubine

Tu verras,tu verras si je railles ce soir,

Lubin

Hé ! Je sais les moyens.... noir à noircir du noir. Ma femme, tu crois donc à cause qu'on enrage Quand on est marié qu'on se des-mariage. Oui-da ! Je le sais bien, je veux dîner ce soir Mais va-t-en car jamais... noir à noircir du noir.

Scène 2

Lubine, Gorgibus

Lubine

Je viens pour vous servir, Monsieur.

Gorgibus

Tant mieux, Lubine.

Lubine

Mais, Monsieur, qu'avez-vous, qu'est-ce qui vous chagrine, Vous êtes tout changé , le chagrin ne vaut rien, Il faut se réjouir, vous avez tant de bien.

Gorgibus

J'attends des étrangers, des gens de conséquence, Et j'avance pour eux des sommes d'importance, Leurs interprètes sont chez moi depuis huit jours, Qui lèvent des brocards, des satins, des velours ; J'ai donné mille écus à Monsieur l Interprete, C'est bien de l'argent sûr. Mais j'avance, je prête, Puis ces Interpréteux font de fort grands repas Leurs maîtres cependant viennent à petit pas, Je crains bien de passer ici pour une bête,

Lubine

Vraiment j'en ai bien peur..

Gorgibus

J'en ai martel en tête, Ils devaient arriver quatre jours après eux, Dés demain je les veux faire coffrer tous deux ; S'ils n'arrivent ce soir, le coup est inmanquable Surtout, garde ma fille.

Lubine

Elle est bien mariable, Votre fille, Monsieur, vous la faites languir, Ne voir bête ni gens, hé ! C'est pour en mourir.

Gorgibus

Tais-toi, voici je crois des étrangers, Lubine.

Lubine

Ceux-là des étrangers ? Ils n'en ont pas la mine,

Gorgibus

Êtes-vous étrangers, Messieurs ?

Scène 3

La Ramée, Gorgibus, Sans-Souci, Raméε

La Ramée

Pourquoi ? Monsieur.

Gorgibus

N'avez-vous point ouï parler d'un grand seigneur, Qui vient de Moscovie avec grand équipage, grand train.

Sans-Souci

Non pas, Monsieur.

Gorgibus

Lubine, entrons, j'enrage, Adieu, Messieurs, je suis votre humble serviteur.

Raméε

Nous sommes tout à vous, Monsieur, et de grand coeur.

Sans-Souci

Puisque nous revenons malheureux de l'armée, Que veux- tu faire ici, mon pauvre la Ramée, Si tu ne veux voler, tu vas mourir de faim , Veux-tu de porte en porte aller tendre la main. Pour moi j'aimerais mieux qu'on me vit sur la Roue. Que faire le métier de ces âmes de boue.

Raméε

Mais si nous sommes pris, quel fera notre sort, Il n'en faut espérer qu'une honteuse mort.

Sans-Souci

Hé bien soit. La mort est la fin de toutes choses, Et la vie a bien plus d'épines que de roses, Tu tirais au billet au camp pour trois tétons, Que servent à présent tant de réflexions.

Raméε

À t'éprouver, mon cher, ne crois pas que je tremble, Ou nous ferons fortune, ou périrons ensemble ; Voilà mon sentiment, et pour savoir le tien Je trouvais à propos, de te cacher le mien Je fais le premier vol, ôtons-nous du passage, Tu verras si j'en suis à mon apprentissage.

Scène 4

La Ramée, Sans-Souci, Jolicoeur, La Montagne

La Ramée

Est-ce une illusion, regarde Sans-souci, Vois-je pas Jolicoeur, et la Montagne aussi.

Sans-Souci

Ils sont en financiers

La Ramée

Ce font eux.

Jolicoeur

C'est nous-mêmes.

La Ramée

Ha ! Le maudit hâbleur qui nous dit ce carême Que vous aviez dans Tours été roués tout deux.

Jolicoeur

Un semblable destin serait assez fâcheux, Et qui nous a donc fait cet honneur.

Sans-Souci

Saint-Étienne.

La Montagne

Lui-même est près de Blois au soleil.

Sans-Souci

Qu'il s'y tienne

Jolicoeur

Il est par ma foi sec.

Sans-Souci

Vous étiez son appui.

La Montagne

Nous ? Nous n'avons point eu de commerce avec lui, Il eut la question, et lui plutôt qu'un autre Eut dit au second pas, et sa vie, et la nôtre. Ce n'était qu'un coquin, un fripon achevé.

Sans-Souci

Si bien qu'en bons bourgeois vous battez le pavé, Le commerce va-t-il, le guet fait il la ronde.

La Montagne

À Paris, vous venez je crois de l'autre monde, Vole-t-on dans Paris, depuis un an ou deux.

La Ramée

Et qu'y faites-vous donc ?

La Montagne

Nous y sommes heureux Sous ces déguisements, et si sans repartie Vous voulez bien tous deux être de la partie Pour un enlèvement : ce que l'on donnera Comme frère après l'on le partagera, J'ai déjà cent louis qui feront à nous quatre.

Sans-Souci

Nous en sommes ma foi ; s'il faut même se battre Vous savez si le fer et le feu nous font peur.

Jolicoeur

Je sais votre bravoure, et connais votre coeur, Mais nous n'avons besoin ici que de finesse, Que de nombre de gens et que d'un peu d'adresse, Ceux qui jadis vivaient de vol, d'assassinats, Dans Paris, à présent, sont gueux comme des rats.

Sans-Souci

Quoi ? L'on n'y vole plus.

La Montagne

Non, la peste me crève, Volez ce soir, demain on vous mène à la grève, Paris ne vaut plus rien, le guet est en tous lieux Dedans les grands chemins on s'y sauve bien mieux.

Sans-Souci

Il faut que vous n'ayez d'un an sorti les portes, Tout autour de Paris on a mis cent cohortes, Les archers à la ronde en mille endroits postés, Vous y battent l'estrade encor de tous côtés, C'est bien pis qu'à Paris.

La Montagne

Paris est tout de même, Il n'y faut plus user que d'une adresse extrême, Cela seul nous nourrit depuis plus de deux ans ; Sachez... mais c'est ici le chemin des passants ; Sortons, car en ce lieu l'on pourrait nous entendre, Allez aux trois Maillets, nous allons nous y rendre C'est où chacun s'habille..

Scène 5

Jolicoeur, Lubine, La Montagne

Jolicoeur

Ah ! Lubine.

Lubine

Ah ! Messieurs, Mon mari m'a réduite au dernier des malheurs.

La Montagne

Quel[le] bête est-ce donc que ton mari ; hé,le traître, Plût à Dieu que je fusse encor à le connaître Le méchant.

Jolicoeur

Quel est-il, nous saurons l'adoucir.

Lubine

Il est crieur .

Jolicoeur

De vins.

Lubine

Non, de noir à noircir, Le malheureux qu'il est, je sais ce qu'il me coûte

Jolicoeur

C'est quelque ivrogne enfin, je n'en fais point de doute, Mais ! que veux- tu de nous.

Lubine

Vous supplier, Monsieur, Que je me prostitue aux pieds du grand seigneur Quand il sera venu ; s'il avait agréable De me démarier d'avec ce misérable.

La Montagne

Mais il faut des raisons.

Lubine

Eh ! Messieurs, j'en ai cent, Pour un mari déjà, ce n'est qu'un innocent, Jamais au grand jamais... Enfin c'est un infâme ... Auprès de qui je n'ai que le seul nom de femme.

Jolicoeur

C'est ton premier mari, dis.

Lubine

Oui pour mon malheur.

La Montagne

Des enfants, en as-tu ?

Lubine

Non pas de lui, Monsieur, Le moyen.

Jolicoeur

Cette affaire est assez d'importance, Casser un mariage.

Lubine

En prouvant l'impuissance On le casse, Monsieur, il n'est rien plus commun, Je dis net comme un verre on n'en manque pas un.

La Montagne

Hé bien, le grand seigneur vous rendra cet office.

Jolicoeur

Nous vous y servirons

Lubine

Le bon Dieu vous bénisse. Je viendrai donc tantôt aux pieds du grand seigneur.

Scène 6

Gorgibus, Lubine, La Montagne, Jolicoeur

Gorgibus

À Quoi t'amuses-tu, Lubine.

Lubine

À rien, Monsieur,

La Montagne

Parlons de Gorgibus son âme est mal contente Jolicoeur,je crains bien que le diable le tente, Et que pour s'éclaircir de notre fausseté Il ne nous fasse mettre en lieu de sûreté.

Jolicoeur

Cette affaire pour nous aurait d'étranges suites , Ayons dés aujourd'hui tous nos faux Moscovites, Les habits sont tous prêts.

La Montagne

Oui, mais où les trouver, Depuis huit jours j'y rêve.

Jolicoeur

À quoi bon tant rêver, Cherchons-les. Notre but est d'enlever la fille, Nous avons cent louis du Baron de Jonquille, Pour cet enlèvement il la veut épouser, Mais qu'il l'épouse ou non, gardons-nous de jaser Disons que nous voulons faire une Comédie, Ou quelque mascarade, enfin quelque folie, Car nous avons besoin de huit ou dix faquins, Et dire son secret à de pareils coquins, Nous ferions dedans peu d'étranges caprioles Gorgibus nous a bien donné trois cents pistoles Dessus ces blancs signez ..

La Montagne

Puis il a répondu Dedans la rue aux Fers tout le brocard est dû, Tout est-il chez Dame Anne au moins ?

Jolicoeur

Ah ! La bonne figure.

La Montagne

Voilà notre vrai fait

Jolicoeur

Je t'en assure.

Scène 7

Lubin, Jolicoeur, La Montagne

Lubin

En revenant de Canadas, En revenant de Canadas, Notre ôte qui avait nom Colas, Et st' épaule branle branle , Et stella ne branle pas.

Jolicoeur

Bonjour donc, camarade.

Lubin

Ils sont tous au moulin...

La Montagne

Nous nous connaissons tant.

Lubin

Oui, je te vis demain.

La Montagne

C'est lui qui dans Turin se signala de sorte.

Lubin

Si je connais Turin,que le diable m'emporte , Comment est-il vêtu ?

La Montagne

Bon ! Je dis à Turin, Il fut aux ennemis une pique à la main, Il en tua, je crois, de sa main plus de trente Dans la tranchée.

Lubin

Oh oui, j'ai la main massacrante, Mais j'avais des tranchées comme vous dites là Qui me tranchais le ventre ; ah ! Vraiment sans cela Vous m'eussiez bien vu tous faire un autre carnage.

Jolicoeur

C'est donc son élément que la guerre.

La Montagne

Il y nage.

Lubin

Oui, je nage fort bien.

La Montagne

Mais ce fut à Cazal Où ce brave fit voir qu'il n'avait point d'égal.

Lubin

Oui pour dans Cazal.

La Montagne

Il fut tête baissée Et perça l'escadron d'une garde avancée, À coups de pistolet et l'épée à la main. Bref il fit à Cazal l'action d'un Romain. Il va tête baissé, enfin il ne s'enquête.

Lubin

Oui toujours en marchant, moi je baisse la tête Dans Cazal et partout.

La Montagne

Mais après tant d'honneur Le fort le fit tomber dans un petit malheur, Il vola dans Cazal un vivandier je pense, Cela lui fit donner le fouet sous la potence Avec une brûlure ici qui lui fit mal.

Lubin

Vous vous trompez, jamais je ne fus à Cazal.

Jolicoeur

Non non, c'est pour railler qu'on dit ces fariboles ; Écoute, es-tu d'humeur à gagner vingt pistoles, Bien vêtu, bien nourri.

Lubin

Cela n'irait pas mal ; Je le veux, mais jamais je ne fus à Cazal, Au moins.

Jolicoeur

Je le sais bien.

Lubin

Morbleu c'est que j'enrage.

La Montagne

Écoute, c'est pour faire un fort grand personnage Dans une comédie, et qui ne dira mot.

Lubin

Je suis votre homme, allez, je ne suis pas un sot J'ai dessus le Pont-neuf joué deux ou trois scènes Dans une comédie au Raviment des Laines, Nous tirions des manteaux, quatre au cinq furent pris Et furent tous pendus.

Jolicoeur

Et toi ?

Lubin

J'eus des amis, Mais de fort bons amis, sans user de prière Il me servirent là de la belle manière.

La Montagne

Voilà de grands amis, et qui sont-ils, dis-moi.

Lubin

Un Président nommé Monsieur de Sauve-toi, Et Monsieur Gagne au pied, un conseiller encore Monsieur Tire de long, un greffier que j'adore L'on me donna va-t-en, un avocat d'honneur, Je pris Jacques de loge après pour procureur.

Jolicoeur

Tu fis fort bien, ceux-là peuvent sauver la vie.

Lubin

Voyons donc, que ferai-je.

La Montagne

un Grand de Moscovie, Et tu diras hio lors que tu parleras Hio veut dire oui, tu baragouineras Quelque étrange jargon, mais trouve nous encore Des gens pour t'escorter la grande suite honore, Tous seront bien vêtus et bien payez de nous.

Lubin

Allons, s'il en faut vingt je vous les livre tous, Serons-nous bien nourris, j'aime à voir des marmites

Jolicoeur

Comment, n'as- tu pas vu dîner les Moscovites, Tu seras tout comme eux,

Lubin

Je les ai vus dix fois, Peste, nous ferons donc traitez comme des Rois, Les cailles, les perdrix, là dedans digérées, Faudra-il faire aussi toutes leurs simagrées .

La Montagne

Il les contrefera, c'est un vrai singe.

Lubin

Oui moi, Je les contreferai comme eux-mêmes, ma foi, J'y servais d'officier, je demeurais tout proche.

Jolicoeur

Quoi, de Maître d hôtel ?

Lubin

Non,j'y tournais la broche.

La Montagne

Le temps nous presse, allons.

Lubin

Les habits sont-ils prêts, Il me faut le plus beau.

Jolicoeur

Va, tous sont faits exprès.

Lubin

Je veux que tout Paris nous rende des visites , Car nous allons passer pour de vrais Moscovites, Étant vêtus comme eux nous serons tous égaux, Hors qu'ils seront les vrais et nous serons les faux, Que l'on mette un balustre autour de notre table Lorsque nous mangerons, car je me donne au diable Nous serions accablés dès le premier repas.

La Montagne

On en fera mettre un.

Lubin

Peste, ni manquez pas.

Jolicoeur

Allons donc, car il faut pour les bien contrefaire, Instruite tous nos gens des choses qu'il faut faire.

Lubin

Je leur montrerai tout.

La Montagne

Cela n'ira pas mal.

Lubin

Au moins, Messieurs, jamais je ne fus à Cazal.

Jolicoeur

Non, va quérir tes gens, le rendez-vous se donne Aux Maillets, les sais-tu ?

Lubin

Moi bon ; mieux que personne.

Scène 8

Suzon, Gorgibus

Suzon

Vous devriez mon père attendre encore un peu.

Gorgibus

Non, je n'attendrai plus ; pour mieux couvrir mon jeu Je me suis adouci devant eux, c'est un leurre Lubine amènera les sergents tout à l'heure.

Suzon

Quoi donc, vous les allez faire mettre en prison.

Gorgibus

Oui.

Suzon

Si les étrangers arrivaient, que sait-on, Vous vous feriez fourré dans une étrange affaire, Peut-être sont ils prêt d'ici.

Gorgibus

Mais comment faire, Si ce sont des coquins.

Suzon

Renvoyez vos sergents, Mon père, je les crois de fort honnêtes gens.

Gorgibus

Les as-tu vus, dis-moi, pour parler de la sorte.

Suzon

Je les ai regardés par le trou de la porte.

Gorgibus

Vous les avez donc vus, malgré tout mon pouvoir.

Suzon

Par un si petit trou, qu'est-ce que l'on peut voir.

Scène 9

Lubine

Lubine

Et vite le couvert, du foin et de l'avoine, Les Moscovites sont au quartier Saint-Antoine, On dit qu'ils font montez sur de petits bidets, Pour les voir on s'étouffe à la porte Bauders, Tout le monde déjà s'assomme en notre rue, Et dedans leur chemin par ma foi l'on s'y tue, Vous voilà dans le gain et dedans le bonheur ; Ah ! Tout le monde dit que c'est un grand seigneur.

Scène 10

La Montagne, Gorgibus

La Montagne

Les voici, savez-vous les choses qu'il faut faire, Pour les saluer tous et les bien recevoir.

Gorgibus

Non, je ne les sais pas.

La Montagne

Mais il les faut savoir ? D'abord le grand seigneur me saluera moi-même ; Voyez comme je fais, vous ferez tout de même, Votre fille sera surtout avecque vous, Car après mon salut il vous saluera tous ; D'abord qu'ils ont dîné, qu'ils ont fait bonne chère, Tout ce qu'ils veulent faire il leur faut laisser faire.

Gorgibus

Mais si ces choses là vont à mon déshonneur.

La Montagne

Ah ! Non,ce n'est pas là le but du grand seigneur, C'est après le repas l'exercice ordinaire, Tout sera dans l'honneur, ce que vous devez faire Et de vous voir d'abord sur un siège un peu haut Pour les voir ou combattre, ou monter à l'assaut, Ou comme ils sont d'humeur martiale et civile Ils représenteront le sac de quelque Ville, Puis chacun va dormir dans son appartement.

Gorgibus

Voilà bien des façons .

La Montagne

Cela dure un moment.

Gorgibus

Toutes ces façons là ne se font point en France.

La Montagne

Mais préparez-vous tous, je l'entends qui s'avance, Là les tambours battent.

Gorgibus

Ça, ça, préparons-nous, il nous faut tous ranger.

La Montagne

Que l'on fasse servir, car il voudra manger.

Scène Χι

La Montagne, Gorgibus, Lubin, Jolicoeur, Monsieur Aminthe, Suzon

Lubin, ici il baragouine.

La Montagne

Vous êtes dispensé de lui faire harangue,

Gorgibus

Mais que demande-t-il je n'entends pas sa langue.

La Montagne

Il demande les lieux.

Gorgibus

Est-ce là ce qu'il dit, Le bassin, le bourlet, tout est auprès son lit.

La Montagne

Il demande les lieux où l'on le prétend mettre.

Lubin, ici il baragouine.

Gorgibus

Ah ! Je vais l'y mener s'il me le veut permettre.

Gorgibus

Mais s'il voulait dîner auparavant.

Lubin

Hyo, hye.

Gorgibus

Est-ce qu'il veut manger. Hyo, hyo, hyo.

La Montagne

Voilà ce qu'il demande.

Gorgibus

J'ai de fort bons perdreaux ; aime-t-il cette viande ?

Lubin

Yo, yo, yo.

Gorgibus

Dit-il pas qu'il les hait, et qu'ils ne valent rien ?

Lubin

La peste, non, je dis que je les aime bien. Yo, yo.

Jolicoeur

Hé traître ! Que fais-tu ?

Gorgibus

J'entends bien ce langage.

Lubin

Faites-lui donc savoir que j'aime tout, j'enrage.

Jolicoeur

Ne parle plus Français, ne dis qu'yo, yo.

Gorgibus

D'un grand cochon de lait, et d'un gros aloyau. En mangerait-il bien ?

Lubin

Yo, yo, yo.

Gorgibus

Il ne boit que de l'eau, rien n'est plus pitoyable.

Lubin

Je parlerai Français, ou je me donne au diable.

La Montagne

L'eau pour le grand seigneur est pire qu'un poison.

Lubin

Je bois mon vin tout pur, au moins, yo,yo .

Gorgibus

Il a raison : Le vin pur en effet est un jus bien aimable, Il en boira de bon, le mien est admirable.

Lubin

Yo, yo, yo.

Là l'on apporte la table toute servie.

Lubin fait un long jargon en coupant les viandes et les présentant aux autres.

Gorgibus

Quand il veut Francizer, on l'entend assez bien, Mais quand il Moscovize on n'y comprend plus rien. Voila le dîner prêt, il peut se mettre à table ; Des sièges.

Jolicoeur

Cracq.

Lubin en avalant il baragouine.

La Montagne

Gricq Crocq.

Lubin baragozine longtemps le verre à la main.

Jolicoeur

Le Cochon est, dit-il, admirable,

La Montagne

Il boit à vos santés.

Monsieur Aminthe

Que ce langage est sot ! Quoi ! parler si longtemps pour ne dire qu'un mot ? Il vient de boire à vous , il faut faire de même, N'hésitez pas, Madame.

Monsieur Aminthe

Ah, la rigueur extrême !

Jolicoeur

C'est la marque et le sceau de son affection.

Monsieur Aminthe

Parce qu'il m'aime il faut souffrir la question ! Vous croyez que je boive un verre d'eau de vie !

La Montagne

C'est l'ordre du pays.

Monsieur Aminthe

Hé ! Suis-je en Moscovie ?

Lubin jargonne.

Suzon

Allez le supplier de vous en dispenser.

La Montagne

Il vous fait signe au moins de ne pas avancer, Madame. Il dit qu'il est à sa femme fidèle Et qu'il ne veut avoir de l'amour que pour elle.

Monsieur Aminthe

Comment ?...

Jolicoeur

Il ne faut point vous en mettre en courroux, Il en a refusé d'aussi belles que vous.

Scène 13

Lubine, Lubin, La Montagne

Lubine

Monsieur... Expliquez ce qu'il faut que je die.

Lubin

Ma carogne de femme est de la Comédie ?

Lubine

Mon bon seigneur, je viens ici pour vous prier D'obtenir le pouvoir de me démarier D'avec un sac à vin, un gueux, un lâche, un traître, Bref d'avec un mari qui ne le saurait être, C'est le plus impuissant de tous les impuissants, Passerais-je sans fruit le plus beau de mes ans ?

Lubin

Ah, la carogne là qui s'adresse sa harangue Dés ce soir je lui veux faire couper la langue.

Lubin, sortant de table et courant après.

Lubine

C'est un sot, Monseigneur, que chacun montre au doigt, Il le sait, mais il l'est encor plus qu'il ne croit. Ce Monseigneur a l'air de mon coquin d'ivrogne.

Lubine

dis que trop vrai, c'est moi-même, Carogne.

Gorgibus monte sur un siège un cor à la main, et tandis qu'il corne, les filous sortent de chez lui, et enlèvent Suzon, et force paquets.

La Montagne

C'est pour faire exercice , il ne faut craindre rien, Sonnez bien tantarare, allez, tout ira bien. Tantarare, tantarare, tantarare, tantarare. Sait-il bien le chemin ? Je crains qu'il ne s'égare, Tantatare, tarare, tarare, Tantarare...

Scène 14

Lubine

Lubine

Tantare, ha vraiment ! Le Marquis de Jonquille s'en va bien autrement tararer votre fille, Il l'a fait enlever, car je le viens de voir, Tous ces faux étrangers l'ont mise en son pouvoir !

Scène Dernière

Gorgibus, Suzon, Baron De Jonquille, Lubine

Gorgibus

Ha ! Monsieur le Baron, que venez-vous de faire.

Suzon

Ne vous emportez pas, il n'a rien fait mon père, Hélas ! C'est un mouton.

Baron De Jonquille

Modérez ce courroux, Et consentez enfin que je sois son époux ; Car de force ou de gré, Monsieur, je le veux être, J'adore votre fille et vous l'ai fait connaître, Elle n'aimait assez, puisque dans ce moment Je l'ai fait consentir à son enlèvement ; Je vous l'ai demandée, et votre résistance M'a fait user ici de cette violence.

Gorgibus

J'y consens, mais mon bien, faut-il qu'il soit perdu.

Baron De Jonquille

Tout vous sera rendu.

Lubine

Ha! si le grand seigneur pouvait être pendu. Madame la Baronne, hélas ! faites en sorte Qu'il soit banni du moins, s'il revient je suis morte, Si vous ne l'apaisez, hélas ! Il me tuera .

Suzon

Viens, viens avec nous, il te pardonnera.

Lubine

C'est tout au moins, Messieurs, qu'aucun de vous n'en doute, Quant une fin languit personne ne l'écoute.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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