La Mort du Boeuf-Gras
Scène 1
Monsieur Merlin, Monsieur Poissi
Monsieur Merlin
Vous me priez en vain ; l'arrêt est confirmé. Le boeuf gras est coupable, et doit être assommé.
Monsieur Poissi
Le boeuf gras assommé ! Pourquoi ? Quel est son crime ?
Monsieur Merlin
Avec les autres boeufs on sait comme il s'escrime ; La portion de trois n'est qu'un morceau pour lui : Vaches, veaux et moutons, tout se plaint aujourd'hui. Je veux faire cesser leur trop juste murmure ; Et le boeuf gras chez moi va laisser fa fressure.
Monsieur Poissi
Ah, Dieux, quel triste arrêt ! Eh quoi vous en croirez Vaches, veaux et moutons contre lui conjurés ? Eux dont la jalousie en tous temps est sans bornes, Leur sacrifieriez-vous les deux plus belles cornes, Vous que cet ornement a toujours décoré, Et qui de vos voisins êtes le mieux paré ? Songez, Seigneur Merlin, songez à cette affaire, Et montrez-nous un coeur un peu moins sanguinaire. Que dira-t-on de vous au marché de Poissi, Quand de cet attentat on vous verra noirci ? Je sais bien qu'à Paris on en fera des fêtes ; Mais vous aimez le sang, et nous aimons nos bêtes. De ces bêtes, Seigneur, soyez plutôt l'appui, Et prenez pour mon boeuf votre coeur par autrui. Que vous aurait-il fait, lui qui dès son enfance N'étant encore que veau montrait tant de prudence ? C'est moi qui sans reproches, et même avec regret, Vous l'ai vendu cent francs dont j'ai votre billet. Je n'en disconviens pas ; la somme est bien modique : Mais si j'ai lâché pied, c'est pour votre pratique ; Le boeuf gras n'est pas moins un boeuf du plus haut prix, Et les Marchands Bouchers en étaient tous épris. Il a des partisans, on connaît son mérite ; Et vous ne l'avez pas encor dans la marmite. Seigneur, songez-y bien : le tonnerre en éclats Pourrait venger sur vous la race des boeufs-gras.
Monsieur Merlin
J'ai beaucoup de respect pour l'éclat du tonnerre ; Mais pour vous, cher ami, ma foi je n'en ai guère.
Monsieur Poissi
Vous me bravez, Seigneurs vous le pouvez ici: Tu n'aurais pas vaincu dans les champs de Poissi.
Monsieur Merlin
J'aurais vaincu partout pour servir la patrie ; Je connais mon devoir en fait de boucherie, Et n'attends pas de vous des avis dont l'effet Peut vous servir ici comme un clou à soufflet. Veillez, Seigneur, veillez sur vos boeufs et vos vaches ; Mais pour m'en imposer, eh ! Non pas que je sache. Que vous ai-je promis qui puisse m'engager À conserver un bien que chacun veut manger ? De vos desseins les miens seront-ils les esclaves ? Je ferai du boeuf gras ou des choux ou des raves C'est à vous de vous taire ; et si vous raisonnez, Vous aurez du boeuf gras les tripes par le nez.
Monsieur Poissi
Barbare, tigre, chat, cancer que rien ne touche, Puisse la viande crue écumer dans ta bouche ! Et que d'une écumoire égueulée et sans trous, On te fasse un bouillon qui va[il]le tes cinq sous ! Tu veux donner la mort à qui soutient ta vie ? Prends tout ; mais tu rendras, je te le certifie.
Monsieur Merlin
Je ferai ce qu'il faut, rouge ou blanc ; apprenez Que ce n'est pas à vous d'y fourrer votre nez.
Monsieur Poissi
Mais au moins dites-moi, quand voulez-vous qu'il meure ? Pourrai-je l'embrasser avant sa dernière heure ?
Monsieur Merlin
« Seigneur, quand je me tais, c'est que je ne dis rien. Boeuf gras ignore encor quel sert fera le sien, Et quand il sera temps que le merlin l'accoste, Vous rapprendrez aussi par la petite poste. »
Monsieur Merlin
Oh funeste nouvelle !
Scène 2
Brulelavette, Monsieur Merlin, Monsieur Poissi
Brulelavette
Ah, Seigneur, paroisses : Vingt carreaux dans l'instant viennent d'être cassés. Le boeuf gras a brisé la fenêtre, la porte ; Il va tout achever, si vous n'avez main forte.
Quatre garçons bouchers entrent armés de bataboeufs.
Ils sortent à Monsieur Poissi.
Monsieur Merlin
Doucement,point d'éclat. Eh ! gardes, écoutez... Mais non, n'écoutez pas, je radote : sortez. Le voilà le boeuf gras dont vous êtes l'intime : Vous voyez sa douceur, et comme il nous abîme. Me viendrez-vous encor parler en sa faveur ?
Monsieur Poissi
Seigneur, excusez-le, c'est qu'il a de l'humeur. On en aurait à moins : et ce qu'on lui destine, Vous ferait comme lui faire mauvaise mine.
Brulelavette
Seigneur, faites-lui donc entendre la raison ; Il vous écoute mieux qu'aucun de la maison. Pour moi j'en ai si peur, que je n'ose rien dire ; Je l'ai chassé de loin, mais il n'en fait que rire.
Monsieur Merlin
Je m'en vais lui parler : vous, Seigneur de Poissi, Dans une heure au plus tard ne soyez plus ici.
Scène 3
Monsieur Poissi, Brulelavette
Monsieur Poissi
Cher boeuf gras... C'en est fait, et sa perte est certaine ; Brulelavette aussi le traite en inhumaine. L'étalier, les garçons de lui se font un jeu : Ses membres dispersés feront le pot-au-feu. Princesse, je le vois, vous voulez sa ruine : Ce n'est pas à servante à haïr la cuisine : Mais on devrait du moins avoir quelques égards Pour un boeuf qui cent fois affronta les hasards. Je l'ai vu contre quatre étalant son courage, Leur donner de la corne au travers du visage, Et les mettant en fuite en illustre vainqueur, Les regarder de loin avec un air moqueur;
Brulelavette
Nous allons lui montrer à se moquer des autres. S'il a beaucoup d'amis, nous trouverons les nôtres ; Et nous vous ferons voir s'il aura des raisons Pour casser ma vaisselle et verser mes bouillons. Je voudrais bien savoir, si dans votre cuisine On allait tout briser
Monsieur Poissi
J'aurais l'humeur lutine ; Je n'en disconviens pas, et je pourrais crier : Mais sans tuer les gens, je les ferais payer.
Brulelavette
Faire payer ! D'accord ; mais avec quelles pièces ? Monsieur votre Boeuf gras a-t-il bien des espèces ?
Monsieur Poissi
Je saurai lui prêter ce qu'il aura besoin.
Brulelavette
Pour la dernière fois portez-lui donc du soin.
Monsieur Poissi
Oui, je vais le soigner, et d'une âme attendrie Tâcher au moins qu'il vive étant encor en vie.
Scène 4
Brulelavette
Brulelavette
Il a beau s'empresser et faire l'esprit fort ; Avant qu'il soit ce soir, le Boeuf gras sera mort. C'est en vain qu'il me traite en ces lieux d'inhumaine; Oui je veux du Boeuf gras voir souffler la bedaine. Depuis huit jours ici c'est à crier : Hola ! On ne peut se parler qu'en disant : Qui va là ? Notre premier garçon, qui m'adore dans l'âme ; Oui, mon cher L Échaudoir dont je serai la femme, Ne peut plus me parler, depuis qu'il faut soigner Ce gros vilain Boeuf gras que l'on devrait saigner. Si nous sommes ensemble au grenier, à la cave, C'est un bruit dans la cour... on dirait que l'on pave. Le Boeuf gras, en brisant cordes et moraillons, Galope comme un diable, et fait ses carillons : Mais j'entends L Échaudoir, c'est pour moi qu'il arrive. Dieux ! Frappez le Boeuf gras, mais que mon amant vive.
Scène 5
L'Échaudoir, Brulelavette
L'Échaudoir
Princesse, à vos genoux vous voyez un amant, Qui remplit sa promesse, et non pas son serment. Non, je n'ai point juré de vous erre fidèle, Je n'ai fait que promettre, et c'est assez, ma belle : Soyez sûre d'un coeur qui pour vous est tout un. On sait dans mon état si j'ai le sens commun. Quand je dirais ici dans l'ardeur la plus forte, Que la peste m'étouffe, ou le diable m'emporte, Je sais mieux m'expliquer sous votre aimable loi : J'en jure foi de boeuf, foi de veau, foi de moi, Et sans aller chercher de porte de derrière, Que du premier garçon vous serez la première.
Brulelavette
Oh , que ce titre est doux à mon coeur ébaubi ! J'oublie en ce moment la broche et le rôti, Pour ne plus m'occuper que du sort qui me touche.
L'Échaudoir
Princesse, tout de bon l'eau vous vient à la bouche. Quoi ! Vous pourriez me voir avec un coeur actif ? Ce coeur soupire-t-il ? Ou bien s'il est poussif ? Car je l'entends souffler plus sort qu'un tuyau d'orgue.
Brulelavette
Ah ! Vous n'entendez rien, ce n'est que de la drogue : Quand vous êtes présent, je soupire tout bas ; Mais je gueule partout, quand je ne vous vois pas.
L'Échaudoir
Oh miracle d'amour ! Oh douce destinées Quand pourrons-nous tous deux sous votre cheminée Nous parler à notre aise, et faire tout de bon Ce qu'en termes bourgeois on nomme réveillon ?
Brulelavette
Autant que vous et plus je souhaite là chose : Je me vois encor fille, et n'en suis point la cause. Ma ch[ère] mère en tout temps combattit mon espoir ; Mais ô coup de fortune ! ô mon cher L Échaudoir ! Cette mère si dure, en allant à la halle Pour l'emploi de porteuse où son nom se signale, A tombé sous le poids de sa hotte, et soudain Elle est morte en buvant un coup de sacré-chien.
L'Échaudoir
Oh bonheur qui me comble et d'amour et de joie !
Brulelavette
J'ai le coeur si serré, que la rate et le foie S'en ressentent tous deux.
L'Échaudoir
Vous pleurez, mon trognon ?
Brulelavette
Non, non, c'est que je viens d'éplucher de l'oignon.
L'Échaudoir
Ah, Princesse, excusez : je croyais voir des larmes Obscurcir la beauté des attraits de vos charmes ; Mais vous ne pleurez pas, et cela me suffit : Il faut dans ce moment mettre tout à profit. Vous voila libre enfin ; vous n'avez plus de père, Et la mort du trépas enlève votre mère. Qu'attendez-vous ?
Brulelavette
Mais vous, mon cher L Échaudoir, Vos parents voudront-ils que nous puissions nous voir ? Peut-être votre mère, en imitant la mienne, Va-t-elle me chasser comme une mendienne, Et votre père aussi.
L'Échaudoir
Doucement, jugez mieux ; En recherchant ma main connaissez mes aïeux. De ma mère, il est vrai, je crains quelque chicane ; Mais pour sortir d'affaire, il ne faut pas être âne, Et je ne le suis pas, soit dit sans vanité. À l'égard de mon père, il n'est rien d'arrêté ; On ne le connaît pas, et j'ai su de ma mère Que le premier venu pouvait être mon père.
Brulelavette
Ah Prince, à ce discours que mon coeur prend de part ! Dieux ! Serait-il bien vrai ? Quoi vous seriez bâtard ? On dit qu'ils sont heureux, et que tout leur prospère.
L'Échaudoir
Si l'on a du bonheur quand on n'a pas de père, Le plus heureux mortel vous était réservé.
Brulelavette
Où vîtes-vous le jour ?
L'Échaudoir
Je suis enfant trouvé.
Brulelavette
Avez-vous bien tété ?
L'Échaudoir
Ah ! Je vous le proteste : Ma nourrice jamais n'avait de lait de reste J'étais un gros goulu qui ne lui ne laissais rien, J'aimai toujours le lait.
Brulelavette
Seigneur, on le voit bien ; Vous en avez un reste empreint sur la figure, Qui fait voir qu'on vous a fait la bonne mesure.
L'Échaudoir
Princesse, vous flattez un trop heureux amant, Qui voudrait bien pouvoir vous en lâcher autant ; Mais pour des compliments je ne sais pas en faire.
Brulelavette
Pourquoi vous taisez-vous ?
L'Échaudoir
C'est que je dois me taire : Car qu'irais-je nommer pour louer vos appas ? Le monde en est instruit, chacun ne sait-il pas Que vous fûtes toujours sage à double couture ?
Brulelavette
Seigneur, si je vous plais, c'est un don dé nature, Je n'ai rien négligé pour atteindre à ce but.
L'Échaudoir
Vous ne fûtes jamais Princesse de rebut : Votre mérite éclate aux deux bouts de la ville ; Vous soignez, comme on dit, l'agréable à l'utile. Souffrez que d'un genou...
Brulelavette
Prince, que faites vous ? Qu'un genou ?
Il se jette à terre à deux genoux.
L'Échaudoir
Ah ! j'ai tort : souffrez qu'à deux genoux...
Scène 6
Monsieur Poissi, L'Échaudoir, Brulelavette
Monsieur Poissi
Ho ! ho ! Suis-je trompé ? Non, c'est Brulelavette . Le Prince L Échaudoir lui compte fleurette. Hola, Monsieur Merlin, venez.
L'Échaudoir
Seigneur...
Brulelavette
Hélas !
Monsieur Poissi
Monsieur Merlin.
Brulelavette
Seigneur, je sauve le Boeuf gras . Pourvu que vous taisiez votre mauvaise langue.
L'Échaudoir
Oui, Seigneur, taisez-vous.
Monsieur Poissi
Trêve donc de harangue. Mais que nous veut Dosdâne ?
Scène Dernière
Dosdâne, Monsieur Poissi, L'Échaudoir, Brulelavette
Dosdâne
Amis, rassurez-vous, Nous venons de porter les plus terribles coups. Sans chercher à détruire, on a su tout abattre : Boeuf gras vient d'expirer.
Monsieur Poissi
Contre un vous étiez quatre : C'est fort vilain à vous.
L'Échaudoir
Quel est l'audacieux Qui lança sur Boeuf gras un merlin furieux ? Cet honneur m'était dû.
Dosdâne
Prince, on vous considère. Et chacun sait fort bien que c'était votre affaire ; Mais de ce même honneur un autre sot flatté.
L'Échaudoir
Quel est ce téméraire ?
Dosdâne
Il doit être écouté.
L'Échaudoir
Qui?
Dosdâne
C'est Monsieur Merlin, mon bourgeois et le vôtre.
L'Échaudoir
Ah ! C'est bien diffèrent, j'assommerais tout autre.
À L'échaudoir.
Dosdâne
Oui, de Monsieur Merlin le bras victorieux Fera passer son nom à nos derniers neveux ; La paix régnait partout, et dans chaque écurie Vaches, veaux et moutons vivaient de compagnie. La poule et les poulets, le coq et les dindons, Tous d'un commun accord chantaient suivant leurs tons : Pluton notre gros chien ronflait tout à son aise, Et la chatte aux souris était à chercher noise : Tous enfin jouissaient de la tranquillité, Quand tout à coup Boeuf gras paraît en liberté : Dans ce terrible instant d'un formidable câble Il venait de braver la grosseur effroyable : Les fers n'y faisant rien on l'avait garrotté, Mais tout le brise et cède à sa brutalité. Tel on voit au combat le taureau dans l'arène Lutter contre les chiens que sur lui l'on déchaîne Il est plus furieux, il est plus forcené Que s'il allait mourir tout caparaçonné. On se disperse, on fuit : les poules quatre à quatre Sur les murs des voisins volent et vont s'abattre. Le coq un peu trop vieux pour suivre ses amis, En voulant s'élever, va tomber dans le puits. La chatte par un trou quitte la souricière, Et pour fuir le danger va gagner la gouttière. Pluton en brave chien qu'on ne peut effrayer, S'enroue à pleine gorge à force d'aboyer ; À ses cris redoublés nos garçons se rassemblent ; On voit qu'ils ont du coeur, mais cependant ils tremblent : En face, à droite, à gauche, en arrière en un mot, Boeuf gras était en garde, et ruait du sabot ; Mais fragiles efforts, son heure était venue : On ouvre brusquement la porte de la rue. C'était notre héros ; c'était Monsieur Merlin, Paraissant avoir bu bien moins d'eau que de vin : Il entre ; et du fracas sans prendre l'épouvante, D'un regard assuré s'approche et se présente. Boeuf gras aux yeux de qui Merlin était suspect, Le fixe d'un air doux, et rempli de respect. À ce prompt changement j'eus peine à le connaître C'est alors que je vis ce que peut l'oeil du Maître. Merlin a beaucoup lu de livres de combats, Comme Richard sans peur, Amadis, Fierabras, Et mille autres Zéros de la chronique bleue. Enfin il joint Boeuf gras, le saisit par la queue, Et le fait reculer dans la porte : aussitôt Il enferme la queue en tirant le marteau, L'entortille dedans, et par là les ruades N'étaient d'aucun effet sur tous nos camarades. Le plus adroit d'entre eux ôtant son tablier, En aveugle Boeuf gras que cela fait plier. Merlin qui sut d'abord bien arrêter la porte, Va passer par une autre, et fait si bien en sorte Que Boeuf gras ne pouvant marcher ni reculer, Tout à son aise enfin il pourra l'immoler. Ce que je dis fut fait, la victime était prête, La corde dans l'anneau faisait baisser la tête : « Mes amis, dit Merlin d'un air plein de grandeur, Je veux être aujourd'hui grand Sacrificateur, Du Prince L Échaudoir c'est l'ordinaire office ; Mais voyez si je sais entrer en exercice. » Il frappe, et le Boeuf gras tombe tout étourdi. Un second coup le rend encore plus ahuri : Un troisième l'accable, et d'un pas il recule ; Au quatrième enfin il ploie la rotule, Et tombe en présentant la gorge au fer vainqueur. Si vous ne m'en croyez, allez-y voir, Seigneur.
Monsieur Poissi
Il est mort !
Dosdâne
Tout est dit.
Monsieur Poissi
Il faut que cette crosse Me fasse sur la tête une mortelle bosse.
Dosdâne
Ah ! Seigneur, arrêtez.
Monsieur Poissi
J'en sois d'avis aussi ; Car je dois me trouver sur le soir à Poissy Où j'ai donné parole à deux de mes confrères.
Brulelavette
Partez, Seigneur, partez ; et faites vos affaires.
Monsieur Poissi
C'est bien dit ; mais je veux me venger de Merlin. Enfants, vous vous aimez , donnez-vous donc la main ; Merlin qui ne veut pas, enragera dans l'âme.
Brulelavette
Si L Échaudoir le veut, Brulelavette est Dame.
L'Échaudoir
Grands dieux ! Et je le veux : pour vous en assurer...
Brulelavette
Prince, ne jurez pas.
L'Échaudoir
Et moi, je veux jurer, Et prouver que pour vous un tendre amour me touche : Un ventre, une tête, un mort n'ont rien qui l'effarouche.
Monsieur Poissi
Bon, voilà ce qu'il faut ; Merlin va bien crier. Pour vous, Mon cher Dosdâne, en illustre étalier Gouvernez bien l'étal pour jusqu'à nouvel ordre : Dans peu Merlin aura bien du fil à retordre. Je vous établira : tout lui sera soufflé.
Dosdâne
Seigneur, c'est un honneur dont je suis tout gonflé. Daignent les justes Dieux vous rendre le centuple : Pour moi je ne saurais vous offrir qu'un quadruple.
Brulelavette
De mes gages, Seigneur, je vous offre un quartier.
L'Échaudoir
D'une tête de veau, des pied et du gésier Vous pouvez disposer.
Divertissement de garçons bouchers et de tripiers.
Monsieur Poissi
Gardez votre abattis, Je vois votre bon coeur, et vous en remercie. Vous, Prince L Échaudoir, aimes bien vos enfants, Dans trois mois au plus tard vous en aurez vivants. Vous, de la cuisinière écartez tout scrupule : Dosdâne, enseignez-leur à bien serrer la mule. Le cher Boeuf gras est mort, ses malheurs sont réels, Mais qu'y faire, Messieurs, nous sommes tous mortels.