Parodie · 1759 · 2 actes

Les époux par chicane

de Toussaint-Gaspard Taconet

Représentation
≈ 28 min
Distribution
7 femmes
Répliques
151
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Antoinette F 45 ≈ 9 min 12
Furibon F 33 ≈ 7 min 7
Michau F 39 ≈ 7 min 9
Patau F 15 ≈ 2 min 4
Thibaut F 8 ≈ 2 min 4
Furet F 4 ≈ 1 min 1
Françoise F 7 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle III
Antoinette absentabsentabsentabsent
Furibon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Michau absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Patau absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Thibaut absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Furet absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Françoise absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Michau, Antoinette

Michau

Enfin voici le jour où tout me favorise ; Nos pères vont ici terminer tout procès : L'Objet dont mon âme est éprise, Antoinette est le sceau d'une si douce paix.

Antoinette

Cette paix flatte autant mon âme Que la vôtre y trouve d'appas. Je vous dirai bien plus : une secrète flamme Pour vous.... Mais ma pudeur...

Air : des Fraises.

Michau

Quel est cet embarras ? Si j'eus le bonheur de te plaire, Pourquoi, belle Antoinette, en ferais-tu mystère ? Oui, ma petite femme, avec toi chaque jour je veux augmenter de tendresse, Et je compte sur du retour. Mais tu ne réponds rien au transport qui me presse? Je serais fâché qu'il te blesse.

Air Noté, n°1.

Antoinette

Dans le silence de l'amour Il s'explique mieux qu'on ne pense; Ce qu'on prend pour indifférence N'est souvent qu'un adroit détour : Mais un tendre coeur lit d'avance. Dans le silence de l'amour.

Michau

Ah ! Trop heureux Michau ! Que cet aveu me touche ! Malgré tant de procès nourris, Antoinette et Michau vont donc se voir unis !

Air : Et j'y pris bien du plaisir.

Antoinette

Oui, mon coeur aujourd'hui cesse d'être farouche. La forte délicatesse D'examiner pour choisir, Et de voir si la tendresse Répond à notre désir ! Pour moi bien moins difficile, Je te prends sans réfléchir : Un époux nous est utile, Et j'y prends bien du plaisir. Oui, je te le répète encore, Depuis ce matin je t'adore : Car si je te disais que c'est depuis longtemps, Je mentirais : sans nos parents sévères, Tu m'aurais fait plutôt le destin le plus doux.

Air des Fleurs de Rhétorique.

Michau

Enfin me voilà ton époux : Nous verrons désormais s'accorder nos deux pères. Tout va dans notre maison Venir comme un champignon ; Nos biens se joindront, Et profiteront En vivant de ménage. Tu verras des miens, tels qu'ils sont : Si j'en fais bon usage, Lon là, Si j'en fais bon usage.

Air du Prévôt des Marchands.

Antoinette

Que j'aime à te voir satisfait Du choix que nos parents ont fait ! Pour finir toute procédure, Ils nous ordonnent de l'amour ; Le mien dans cette conjoncture Ne demande qu'à voir le jour.

Air Noté, N°2.

Michau

Vive, vive l'allégresse; Entre nous plus de procès.

Antoinette

Mon coeur va payer les frais.

Michau

Le mien tiendra sa promesse.

Michau

Vive, vive l'allégresse ; Entre nous plus de procès.

Michau

Trop de peine, Trop de haine Conduit la chicane au port : Les Plaideurs ont toujours tort . Les Procureurs les secondent, Les avocats y répondent : Et le succès tardif Est à l'infinitif.

Michau

Vive, vive l'allégresse; Entre nous plus de procès.

Scène 2

Furibon, Michau, Antoinette

Air : Où s'en vont ces gais Bergers ?

Il l'embrasse.

Furibon

Oui, mon coeur en est charmé, Un tel parti m'honore, Et mon esprit désarmé N'a plus rien qu'il abhorre. Où est-il mon gendre bien aimé ? Que je l'embrasse encore. (bis) Eh bien, qu'est-ce, mes chers enfants ? Vos coeurs ne sont-ils pas contents ? Avez-vous à présent à vous plaindre d'un père ?

Michau

Moi, je ne pense qu'au contraire.

Antoinette

Moi j'ai les mêmes sentiments.

Furibon

Bon, tant mieux, je m'en félicite. Vos soeurs et vos frères sont tous Sur le même article que vous, Et chacun au mieux s'en acquitte.

Antoinette

Obéir à son père est une loi prescrite ; C'est toujours un devoir pour nous : Mais lorsqu'on le remplit avec un tendre époux, Le devoir a bien du mérite.

Air : Voulez-vous être heureux amants.

Furibon

Cependant pour notre dessein Je craignais de te voir débattre.

Air Noté, N°3

Antoinette

Mon cher Michau s'y prit trop bien Pour que je puisse le combattre. L'objet qu'on aime, En nous parlant, Prend sur nous-même Trop d'ascendant, Pour qu'on refuse Ce qu'il nous dit. L'Amour qui muse Perd son crédit.

Air : La bonne aventure.

Michau

Quel plaisir quand notre coeur Aime avec usure ! L'intérêt de notre ardeur N'altère point sa valeur.

Furibon

La bonne aventure, Ô gai, La bonne aventure.

Furibon

Mais j'étais en peine de vous. On vient de commencer la danse : Chacun vous demande, et l'on pense A faire sauter les époux. Rendez-vous au salon; un peu de complaisance.

Air : Manon dormait.

Michau et Antoinette sortent.

Antoinette

C'est de bon coeur Que j'y vais faire entrée; Je suis d'humeur À danser la bourrée : J'aime les violons; Allons, allons, Allons nous en servir, allons.

Scène 1

Furibon, Patau

Furibon

Oui, oui, dansez, chantez, je battrai la mesure.

Il tire l'écritoire.

Patau

J'attendais leur sortie : or sus, la plume en main.

Furibon

Il faut, mon cher Patau, prendre une route sûre, Pour assigner Michau demain de grand matin.

Air : Robin turelure.

Patau

Suffit ; comptez sur mon adresse. Je suis connu dans le canton ; Mais quand j'aurais moins de renom, Un fabriqueur d'exploits méconnaît la paresse. Dix ans, vingt ans, si l'on veut Je fais plaider sans conclure; Le reste va comme il peut, Turelure : Entre mes mains, je vous jure, Procès dure, dure, dure.

Air : Quand la Mer rouge apparut.

Furibon

Si le mien peut se gagner, Comme je l'espère, Je ne veux rien épargner Pour te satisfaire : Je te ferai pour tes soins Cent écus de rente au moins, Pour que tu gra gra, pour que tu pi pi, Que tu gra, que tu pi, Pour que tu grapille En huissier qui brille.

Air Noté, N°4.

Patau

Oh ! Vous vous moquez tout-à-fait. Je n'aspire qu'à votre estime. Qui moi, vous parler d'intérêt ? C'est votre bien seul qui m'anime. Le plus petit exploit Toujours me plaît : Pour le porter, fusse en Turquie, Fusse au fin fond de l'Arabie, J'irais tout droit, Sans me plaindre de la partie. Le plus périt exploit Toujours me plaît.

Furibon

Je n'ai jamais douté de ton intelligence; Tu sais qu'il nous en saur dans cette circonstance.

Patau

Laissez faire à Patau, il n'en manquera pas.

Furibon

Ce que je crains en pareil cas, C'est ma fille, c'est sa tendresse : Elle est folle de son Michau.

Patau

Voyez-vous ça ! La bonne pièce ! Vraiment c'est un petit coeur chaud : Tant mieux, nouvelle procédure; Nous devons soutenir les lois. Des époux s'aimer ! Quelle injure ! Oh ! nous en produirons bons et loyaux exploits.

Air : Le tout par nature.

Furibon

Je suis sûr de Catau, de Suson, de Nannette ; Charlotte, Madelon, toutes m'ont bien promis De me livrer mes ennemis : Mais je m'alarme d'Antoinette. Elle n'a pas répondu À ce que j'ai résolu ; Et je me suis aperçu, À travers son murmure, Qu'elle aimait son prétendu, Le tout par nature. Je puis punir Michau dans l'aîné de ses fils. Il a certains contrats qui pourraient bien me nuire, Et dont je connais seul le prix : S'il allait s'aviser de lire, Comme un sot je me verrais pris. Contre ce souvenir je n'ai point le coeur fermé ; Je connais trop par quel moyen J'ai su m'adjuger cette ferme.

Air : Tout roule aujourd'hui dans le Monde.

Patau

Laissons-là le scrupule, il n'est utile à rien. Bien ou mal acquis, il n'importe; Défendez-vous pour votre honneur. Heureux celui qui se comporte En pareil cas avec valeur. Bannissez votre inquiétude; C'est réfléchir hors de saison. En dépit de la multitude, Quand on est riche, on a raison. Assignons, chicanons ; mais quelqu'un va paraître, Car j'entends murmurer au loin.

Ils se retirent.

Furibon

Afin de voir qui ce peut être, Allons nous cacher dans ce coin.

Scène 4

Françoise, Antoinette

Air : De tous les Capucins du monde.

Françoise

Pourquoi quitter la Compagnie.

Antoinette

Tout ce tintamarre m'ennuie : Le grand Monde n'est pas ici L'amusement où je m'arrête, Et mon tendre coeur aujourd'hui Aimerait mieux le tête-à-tête.

Françoise

Quand on est tous amis, qu'est-il donc tant besoin D'en agir avec la contrainte.

Air Noté, N° 5.

Antoinette

Je n'ai point de plaisir sans crainte, Quand je le prends devant témoin. Au coeur né sensible L'éclat est nuisible. Il veut soupirer loin du bruit. L'amour invisible D'un réduit paisible Sait tirer le fruit.

Air : Comment faire.

Françoise

L'Amour a des charmes, sans doute : Vous en parlez d'un ton qui fait que je le goûte. Votre époux vous aimera bien.

Antoinette

Jusqu'à présent je n'en sais rien. Il est vrai qu'il me considère : Tantôt il vint me le jurer; Mais je voudrais m'en assurer. Comment faire ?

Air : Lon, lan, là, derirette.

Françoise

Ce soir, avant qu'il soit plus tard, Il faudrait le prendre à l'écart, Lon, lan, là, derirette.

Antoinette

S'il refusait....

Air : Je ne suis né ni Roi ni Prince.

Françoise

Oh ! que nenni, Lon, lan, là, deriri. Le croyez-vous donc si novice ?

Antoinette

Ah ! Tu lui ferais injustice, De le soupçonner un moment D'imprudence ou de stratagème.

Françoise

Tâchez qu'il vous prouve souvent Si c'est de la sorte qu'il aime.

Scène 5

Antoinette, Furibon, Françoise

Air : Vous avez bien de la bonté.

Antoinette

Mon cher Papa, me cherchez-vous Disposez d'Antoinette.

Furibon

Ma fille, il s'agit entre nous D'une affaire secrète ; Mais je veux la cacher à tous : Toi seule as dans cette occurrence Ma confiance.

Antoinette

Mon père, en vérité Vous avez bien de la bonté.

Elle sort.

Françoise

Notre Maître vient à sa fille Donner encor quelque leçon. Laissons-les ; je veux au salon Aller choisir quelque bon drille, Pour faire avec lui rigaudon.

Scène 6

Furibon, Antoinette

Furibon

Nous sommes seuls ici; c'est un point nécessaire. Je ne t'ai rien caché sur différents sujets; Mais voici le plus beau, le plus grand des secrets Que te puisse apprendre ton père. Te sens-tu disposée à servir mes projets ?

Air : Réveillez-vous, Belle endormie.

Antoinette

Me voilà prête à vous entendre, Vous avez tout pouvoir sur moi ; Après vous je n'en laisse prendre Qu'à l'époux dont je suis la lois.

Furibon

Tu dois savoir ma haine extrême Pour le père et les fils, pour ton époux lui-même. En s'unissant à moi, je connais leurs desseins : A mes intentions ils n'ont donné les mains Que pour augmenter leur fortune. Sers-nous dans la cause commune. Ton époux dans son Cabinet A des contrats et des quittances Qui font toutes mes espérances; C'est à toi d'accomplir l'ambitieux projet. Cette nuit saisis-toi des pièces : Au bas de la fenêtre où ton père attendra, Jettes le porte-feuille et toutes ses richesses ; Ton contrat d'hyménée à coup sûr y sera : D'abord on vous le cassera, Et par raison ou par finesse, Ensuite on vous séparera.

Air : Sous un ormeau.

Antoinette

Ah ! Je succombe de faiblesse.

Air : Ciel ! l'Univers va-t-il donc se dissoudre.

Il veut sortir.

Antoinette

Ah ! mon père, arrêtez.

Furibon

Je vais de ce pas même Charger un autre du projet. Toi, si tu trahis mon secret, Crains tout de mon courroux extrême : Toi seule a combattu contre mes intérêts, Et pour toi seule aussi je cours à la vengeance. Tes soeurs avec mes voeux bien plus d'intelligence, M'assurent déjà du succès.

Antoinette

Quoi, mes soeurs vont trahir l'amour et la nature ?

Furibon

Dès ce soir même ; qu'en dis-tu ?

Antoinette

Je dis qu'elles n'ont pas une bonne teinture De l'hymen ni de sa vertu.

Air : De son joli Jardinet.

Furibon

Je pardonne encor l'injure, Pourvu que tu dise ici, Oui, oui, oui, oui, Oui, oui, oui, oui.

Antoinette

Je le voudrais, je vous jure ; Mais mon coeur dit tout de bon, Non, non, non, non, Non, non, non, non.

Il sort.

Furibon

Cela suffit ; ma mignonne, Vous verrez lorsque j'ordonne, Si je veux être obéi ; Vous verrez lorsque j'ordonne, Si je veux être obéi.

Scène 7

Antoinette

Air : Margoton, mamie.

Air : Sans le savoir.

Antoinette

Peut-on voir paraître Plus de cruauté ? Il me faut en vérité, Pour me, pour me, pour me remettre ; Il me faut en vérité, Un peu plus d'humanité. A cette extrémité me verrais-je forçée ! Que faire dans cet embarras ? Cependant le temps presse : hélas ! Une nuit est sitôt passée ; Je comptais l'employer... Il n'en démordra pas. Je ne connais que trop mon père ; Mais je me meurs, si j'obéis. Tâchons de m'introduire en secret au logis De mon nouvel époux. J'espère... Quand je devrais cacher les effets... Ciel ! Que faire ? Mais je m'amuse aux fariboles ; Laissons d'inutiles paroles, Pour ne penser qu'à non devoir. Cher époux, on veut ta ruine ! Mais prévenons un trait si noir ; Car autrement je l'assassine, Sans le savoir.

Acte II

Scène 1

Michau, Thibaut

Le théâtre représente une Nuit.

Air : Jamais la nuit ne fut se noire.

Air : Mon p'tit coeur, vous n'm'aimez guère.

Air de la Magnotte.

Il cherche en tâtant.

Michau

Que mon inquiétude augmente, Quand je vois que chacun y prend si peu de part ! Tous se sont réunis pour prendre leur départ. Antoinette seule est absente, Cela me passe : en pareil cas Une épouse est impatiente. Ma foi, notre moitié, je ne vous comprends pas. Mais voyons encor par là-bas. Jamais la nuit ne fut si sombre! De son obscurité naissent mes déplaisirs. Voudrait-on m'enlever l'objet de mes désirs? A ce triste tableau, je suis froid comme un ombre. Je voudrais te prouver ma foi; Accours, accours, mon aimable Antoinette : Faudra-t-il donc passer la nuit sans toi ? Que de moments perdus ! (bis.) Ah ! que je les regrette ! Où dois-je porter mes pas ? Cet embarras me déroute. Ah! que dans un pareil cas A mon amour il en coûte ! Tantôt haut et tantôt bas, Hélas ! Je n'y vois goutte ; Tantôt haut et tantôt bas, Hélas ! Je n'y vois pas. De quel côté faut-il que j'aille ? Je crains encor qu'on ne me raille. Dois-je donc, Dieu des Amours, Chercher jusqu'a l'aurore ? J'ai fait mes quatorze tours Pour l'objet que j'adore ; Faisons le quin, faisons le quin, Faisons le quinze encore. Pour moi des bons Maris les chagrins sont précoces. Serais-je fait cocu dès le jour de mes Noces ?

Air : Voici les Dragons qui viennent.

Thibaut

Ah ! Quelle supercherie Pour Maître Michau !

Bis.

Michau

N'entends-je pas que l'on crie ? Mais ce n'est point raillerie : Je vois Thibaut...

Scène 2

Michau, Thibaut

Michau

Qu'as-tu ? quel est donc ce désordre ? Antoinette est-elle avec toi ?

Thibaut

Qui votre femme ? Oh ! Par ma foi, Elle vous donne ici bien du fil à retordre. Quoi ! Vous ignorez le panneau ?

Michau

Oui.

Thibaut

Je tremble pour votre peau.

Air : Des Nymphes allaient par le coche.

Michau

Explique toi : que veux tu dire ?

Thibaut

À minuit chacun se retire, La Musique ivre allait ronfler : Moi bien fâché que l'on m'en prive, Tout aussitôt chez un convive, Je l'emmène pour faire aller Ceux qui voudront cabrioler. L'assemblée au mieux se comporte, Lorsque tout d'un coup à la porte Nous entendons nommer Michau : Plus loin, votre frère Jacot, Redoublant le bruit, fait que j'ouvre ; Avec un flambeau je découvre Votre beau-père, qui sortait De chez votre frère Cadet, Et qui courait à toutes jambes. Vos autres frères plus ingambes, Étaient bien prêts de l'attraper ; Mais Furibon sut échapper, En se sauvant par la ruelle. Pour moi tout rempli d'un vrai zèle, J'aurais fort bien pu l'arrêter ; Mais je voulais tout vous conter.

Michau

Que veut dire cette aventure ?

Thibaut

Je ne sais; mais dans le murmure J'entends parler de trahison. Votre beau-père en veut, dit-on, A tous les Papiers de vos frères, Pour chicaner après sur le bien de vos pères. N'auriez-vous pas chez vous aussi ?...

Michau

Je connais Furibon et mon erreur ensemble ; Mais j'entends quelque bruit.

Thibaut

Ne craignez rien ici.

Michau

Oh! je n'ai pas peur... Mais je tremble.

Scène 3

Michau, Antoinette

Air : Point de bruit, etc.

Michau

Ah! grands Dieux ! Quoi! c'est elle ! La cruelle ! L'infidèle ! Ah ! grands Dieux ! Quoi ! c'est elle ! La cruelle ! L'infidèle ! Dans ces lieux Qui pourrait l'y conduire, Si ce n'est pour me nuire ? Mais, hélas! j'en suis certain : Mon Porte-feuille à sa main Prouve ici Ma défaite. Antoinette ?

Antoinette

Qui me guette?

Michau

Est-ce ainsi Qu'on en use ? Par la ruse....

Elle lui présente le Porte-feuille, et pose la lanterne sur un banc de pierre qui est à la porte du Moulin.

Antoinette

On t'abuse : Prends ceci.

Michau

Quoi ! Lorsque pour servir un chicaneur insigne Tu vas jusqu'à la trahison, Ne crois-tu pas avoir raison ?

Air : Ma commère, quand je danse.

Antoinette

Je permets ton courroux; mais je n'en suis pas digne, Et tu me gronde hors de saison. Ne crois pas que je ressemble À mes soeurs sur ce point-là : Même en ce moment je tremble Qu'on ne m'empêche cela, L'un par ici, l'autre par là, Là, là, là, là, là, là, là, là, là, là. On nous trahissait ensemble, Mais j'ai paré ce coup-là.

Michau

Quoi ! Mes frères trompés par tes soeurs elles-mêmes ! Que diras-tu de ce beau coup ? Et je ne saurais pas punir ce stratagème !... J'aimerais mieux être... coucou, Ou quelqu'autre chose de même : Déja le nom d'époux lui ressemble beaucoup.

Air : Ah ! vous m'avez ravi mon âme.

Air : Ton humeur est, Cathereine.

Antoinette

N'accuse donc que la chicane. Mon père, il est vrai, se dément : Je consens que tu le condamne ; Mais moi j'agis ouvertement. En faveur d'un coeur sincère Qui pour toi sut tout risquer, Songe bien que c'est mon père Que tu prétends attaquer. Malgré son tort que je blâme. Que je puisse t'arrêter : Et par-là prouve à ta femme Que tu sais la contenter. Voilà ton porte-feuille ; et grâce à mon courage, Il ne manque rien à Michau.

Michau

Tu ne me connais pas, j'ai le sang bien plus chaud ; Je prétends venger cet outrage.

Elle lui donne le Porte-feuille.

Antoinette

Il ne te manque rien; à quoi bon cet éclat ? Si tu ne m'en crois pas, tu peux le voir encore. Tiens, prends, fouille avec moi; tout est en bon état. Vois ce parchemin que j'adore : Cher époux, c'est notre contrat.

Michau

Oui, j'y vois Furibon ; c'est un nom que j'abhorre.

Air : Le tout par nature.

Antoinette

Contre un lien si charmant Montre moins d'emportement. Te repens-tu, cher Amant, De notre signature ? Toi qui le demandait tant ; Le tout par nature.

Air des Troqueurs : On ne peut trop tôt. (Noté N°, 6.)

Michau

Oui, oui, je veux bien Calmer la tempête; C'est par ta requête Que mon coeur s'apprête À servir le tien. Ton contrat m'arrête, Je ne dis plus rien : Mon amour se prête, Dans ce tête-à-tête, À ton chagrin. Ton âme inquiète Sera satisfaite : J'y tiendrai la main, Pourvu qu'Antoinette Mette à ce moyen Un peu du sien.

Antoinette

Mais j'entends la voix de quelque homme ; Retire-toi, mon cher Michau : J'irai te retrouver chez la tante à Thibaut.

Il sort.

Michau

Je m'en vais y dormir un somme.

Scène 4

Antoinette

Prélude de l'AIR : Un jour le malheureux Lisandre.

Elle laisse tomber la lanterne.

Elle s'assied sur le banc de pierre.

Elle bâille.

Elle dit ce dernier vers en s'endormant.

Antoinette

Mais je ne vois personne. Hélas ! Auraient-ils rencontré mon père ? Ils vont se faire quelque affaire, Si l'on ne les sépare pas. Mais pour se peigner à la turque, Je crois voir chacun empressé, Mon époux a le nez cassé ! Mon père a perdu sa perruque! De qui part le coup que j'entends? Et qui vient de casser les dents De mon époux ou de mon père ? Ils sont tombés... Ah ! Quel Sabbat ! Ô Ciel ! Je n'ai plus de lumière ! Comment voir la fin du combat ? Reposons-nous un peu. Ah ! Le sommeil me ronge. Je crains, si je m'endors, de faire encore un songe. Que dirai-je à mon père en cette extrémité ?

Scène 5

Furibon, Antoinette

Furibon

Antoinette ? Antoinette ? En ce lieu sans clarté ? Dis-moi : que fais-tu là pendarde ? En t'amusant à la moutarde, Fais-tu ce que je t'ai dicté ?

Antoinette

J'ai tout fait pour le mieux : on aurait vu mon zèle, Si le destin jaloux n'eût soufflé la chandelle.

Air : Un jour que j'avais mal dansé.

Furibon

Ne crois pas par ce beau discours Me jouer ainsi de tes tours : Je te connais sans doute. Tu vois bien clair pour ton plaisir ; Mais c'est lorsqu'il faut m'obéir, Que ton coeur n'y vois goutte.

Air : Voulez-vous être heureux amants ?

Antoinette

Le moyen d'être satisfait? Vous voulez ce qu'on ne peut faire. Désobliger n'est pas mon fait; J'ai toujours aimé le contraire.

Air : Ma Mère, j'ai dix-sept ans.

Furibon

Voilà donc le crédit Que ton père a sur ton esprit ; Au lieu de m'approuver, C'est toi qui prétends me braver : Quelle trahison ! Moi qui suis si bon. Plus on fait de bruit, Moins on réussit. Qu'on est à plaindre, hélas ! Quand on a des enfants ingrats ! Et qu'on est malheureux, Quand on n'a pas plus d'esprit qu'eux !

Scène 6

Michau, Patau, Antoinette

Michau

Jamais nuit ne fut plus obscure : Ma foi, sans vous je m'égarais.

Patau

Voici notre chemin.

Michau

Mais qu'est-ce que je vois ? Ciel ! Où m'amène-t-on ?

Patau

Oui, voilà l'enclouure. Je vous devais, ma foi, ce tour de ma façon.

Il lui donne un soufflet, et se sauve. Thibaut le suit, et emporte le flambeau du Paysan qui éclairait Furibon.

Michau

Tiens, je m'acquitte aussi vis-à-vis d'un fripon.

Antoinette

Ah ! Cher époux !

Scène 7

Furibon, Patau, Michau

Furibon

Il faut les suivre : Mais, Patau, ne nous quittons pas. Ils ont pris le flambeau que portait Nicolas.

Patau

Je voudrais bien aussi que quelqu'un me délivre D'un soufflet qui ne me plaît pas.

Air : Nous autres bons villageois.

Furibon

Un soufflet ? Bon, tant mieux : voilà de quoi poursuivre. Cher ami, ce soufflet-là Va nous rendre un fort bon office ; Je suis charmé de cela, Pour les attaquer en Justice. Je consens ici de bon cour Que l'on t'en donne un meilleur, Afin de les mieux excéder...

Bis.

Patau

J'aime mieux ne pas plaider.

Air : N'y a plus d'enfants.

Furibon

Serais-tu fâché de la chose?

Patau

Tâchons de gagner notre cause, Sans qu'il m'en coûte quelque dent : J'ai déjà la fièvre à la joue.

Bis.

Furibon

Pour un soufflet faire la moue ! Tu fais l'enfant.

Air de l'Anonyme.

Michau

Compagnons, montrez tous du courage : Cherchons bien, il doit être en ces lieux.

Patau

C'est Michau ; bonsoir, je déménage.

Furibon

Ne crains rien, nous serons bons pour eux : De valeur donnons un témoignage.

Il se sauve, Furibon le suit.

Patau

Serviteur; ils sont trop contre deux.

Scène 8

Michau, Antoinette, Thibaut

Sur l'Air précédent.

Michau

Compagnons, montrez tous du courage : Cherchons bien, il doit être en ces lieux.

Air : Mon joli petit Corbillon.

Antoinette

Ah ! Que votre fureur s'apaise : Vous m'allez voir expirer sous vos coups. Ne pourrai-je éteindre la braise Qui rallume un si funeste courroux ? Laissez-moi l'étouffer ici, Mon joli petit, Mon petit joli, Mon joli petit cher mari.

Michau

Je songe à venger mon injure, Mon père, vous-même, en un mot : On prend votre époux pour un sot : Le souffrirez-vous sans murmure ?

Thibaut

Il faudrait nous cacher par-là, Afin de les mieux reconnaître.

Aux Meuniers.

Ils sortent.

Michau

C'est bien dit, j'approuve cela. Retirez-vous, amis : quand Thibaut sifflera, Soyez d'abord prêts à paraître.

Scène 9

Antoinette

Air : Je viens devant vous.

Antoinette

Je ne puis donc pas Calmer, hélas ! Votre colère ? Voulez-vous percer Un cour qui vient vous embrasser ?

Scène 10

Michau, Antoinette, Furibon, Thibaut, Patau

Suite de l'Air.

Michau

Pouvez-vous y penser et vous taire ? Répondez, ma chère.

Elle tire le Contrat de sa poche ; et Furibon approche doucement.

Air : Tes beaux yeux, ma Nicole.

Antoinette

Je ne pense à rien, Et voudrais bien Vous voir le faire. Entrez, cher époux, Dans des sentiments un peu doux. Tantôt plein de tendresse, Ton cour ici jura De m'obéir sans cesse En faveur du Contrat. Ce serment de ta bouche Est tout ce qu'il me faut; Pourquoi veux-tu, farouche, Le retirer si-tôt?

Les Paysans viennent armés de fourches et de fléau.

Furibon

C'est trop vous pousser la fleurette. Avancez, Lubin, Nicolas.

Antoinette

Ô Ciel ! Malheureuse Antoinette!

La suite de Michau paraît.

Michau

Accourez, gros Guillot, Mathurin, grand Thomas. Nous verrons qui des deux aura sujet de rire.

À Michau.

Furibon

Eh bien, oui, oui, nous le verrons. Je tiens votre contrat : trembles, je le déchire, Si tu ne chasses tes mitrons.

Thibaut

Voulez-vous ?... Un moment, n'allons pas en jeune homme.

Patau

Donnez-moi ce fléau,que je vous les assomme

Antoinette

Arrêtez !...

Furibon

Je déchire...

Antoinette

Ô funeste transport !

En voulant frapper Michau, Parau donne un coup de fléau à Furibon, qui lâche le Contrat pour porter les deux mains à sa tête ; Patau se sauve avec les Paysans.

Patau

Ah! c'est trop barguiner, exploitons.

Furibon

Je suis mort.

Antoinette

Ciel !...

Michau

Prends notre contrat. Allons, chère Antoinette, Je suis content ; il a son fait.

Antoinette

Mon père, ah ! Juste Ciel ! Quelle bosse à la tête !

Scène 11

Furet, Antoinette, Furibon, Michau

Furet

Au secours ! Au secours !

Air : Ahi, ahi, ahi, Jeannette.

Antoinette

Mais que veut donc Furet? Qu'as-tu donc tant à crier?

Furet

Aisément on le devine. Quelqu'un vient de m'étriller, Mais d'une façon divine... Ahi, ahi, ahi, Ahi, ahi, ahi, l'échine, L'échine, ahi, ahi, ahi.

Furibon

C'est Furet que j'entends! qu'as-tu donc, mon garçon ?

Furet

Chez certain Procureur, j'ai selon ma coutume Pris un paquet à votre nom. De Paris jusqu'ici le chemin fut très bon, Mais j'ai mal fini mon volume : Tout auprès de notre maison On a frappé sur moi comme sur une enclume, Ensuite on m'a chassé tout net, En me retenant mon paquet.

Air : Belle Brune.

Furibon

Ah ! La tête ! Ah ! La tête !

Furet

On m'a pris Deux chapons cuits Dans un pâté de requête. Ah ! La tête! Ah ! La tête! Cher Furet, avec Nicolas, Conduis-moi jusqu'à notre Ferme. Toi, Michau, dans peu tu verras...

Furibon sort ; et Thibaut emmène les meuniers.

Michau

Va, va, je t'attends de pied ferme.

Scène Dernière

Antoinette, Michau

Antoinette

Cher époux, n'aigrissons plus rien ; Le temps calmera cette affaire : Mais je veux que le chirurgien Aille du moins saigner mon père.

Air : Depuis, que je sais que la bonté ;

Michau

On ne saurait blâmer ton désir, Et la nature y prend du plaisir : Fille bien née à son Papa Doit toujours ce soin-là. Notre cour bien souvent Ment, Paraissant affligé : J'ai La preuve que le tien Tient Le naturel du mien.

AU PUBLIC.

Même Air.

Antoinette

Messieurs, si notre pièce aujourd'hui N'a pas l'honneur d'avoir votre appui, Attendez à demain au soir, Et revenez nous voir : Ce n'est pas trop d'un jour Pour Vous rendre satisfaits ; Mais Notre zèle assidu, Dû, Espère être reçu.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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