Scène 1
Fanchon, Margot
Fanchon
Dis donc ? Quelle heure est-il, Margot ?
Margot
Je n'en sais rien : buvons l'coco, Puis j'écosserons, l'on sait comme ! Mais, quien, v'la que je vois Jérôme.
Scène 2
Jérôme, Fanchon, Margot, Marchand
Jérôme
Bonjour, Margot. Bonsoir, Fanchon, Que j'vous embrasse sans façon.
Fanchon
Volontiers. Ces grosses bourgeoises Font des compliments longs d'cent toises. Pour nous, j'vallons ben autant qu'eux, Quoique j'ayons les doigts terreux, Et que j'vendions du fruit d'z'oranges.
Margot
Finis- tu, Mamselle Fontanges ? Avec ton discours si choisi , Vas-tu nous t'nir jusqu'à midi ?
Ils s'assoient.
Jérôme
Eh ben, quoi ! Voyons donc ste prise.
Margot
Fanchon, veux-tu de la cerise ?
Fanchon
Moi, j'prendrai ce que tu voudras.
Margot
Mais vraiment, j'n'en aurais donc pas? Tu n'es pas à moiquié maline.
Air : Du Prévôt.
Fanchon
Moi, j'veux du bon ; allons, chopine. J'aimons mieux l'rogome tout pur, Dans l'gosier ça nous paraît dur ; Chacun a sa façon de mode, On peut s'prendre où ça fait plaisir, Et j'aimons quand queuqu'un commode Veut ben servir notre désir. Marchand, apportez nous du vôtre.
Marchand
Du mêlé ?
Fanchon
Eh ! Non , point d'ça, De l'eau-de-vie en ratafia. Du bon.
Margot
Tu vas ben :
Fanchon
Comme un autre. Si j'buvons ben l'p'tit coup ici, Tu ne liches pas mal aussi. Eh ben ! Marchand ?
Marchand
Me v'là, ma Reine.
Fanchon
T'nez, v'ià du poussier, rien n'est dû.
Marchand
C'est bon.
Jérôme
Fanchon, y penses-tu ? Crois-tu qu'je n'pairons pas la mienne ?
Fanchon
Qu'est-c'qui t'dis ça ? Hustuberlu, J'avons du temPs. Crois-tu qu'on t'fraude ? D'mande putôt au Marchand d'eau chaude ? N'est-il pas vrai, Monsieur l'comptoir, Qui n'est pas si tard ? Tu vas voir.
Marchand
Non, il s'en manque un quart ici.
Fanchon
L'quart de quoi, Monsieur l'ahuri ?
Marchand
Quoi ! Monsieur Jérôme s'ennuie ? Est-il meilleure compagnie Qu'avec Fanchon et puis Margot ?
Margot
Mais vraiment ! Monsieur Fouille-au-pot, Comme il veut nous eN faire accroire ?
Marchand
Mais, en me contant votre histoire, Vous m'amusez.
Margot
Qu'est-c'q'vous fait' là ? Allons, Jérôme, à propos d'ça , Chante, ou ben tu n'as pas à boire : J'tiens la mesure ; et l'on verra...
Fanchon
Y va chanter, laisse ça là.
Air : R'li, r'lan.
CHORUS : R'li, r'ian, etc.
CHORUS : R'li, r'ian, etc.
CHORUS : R'li, r'ian, etc.
CHORUS : R'li, r'ian, etc.
Jérôme
Fillettes, z'acourez pour entendre L'histoir' d'un Amant courageux ; Ses parents n'voulions pas l'y rendre Réponse au sujet de ses voeux : Comme ils étions à la campagne, Il fut les trouver z'hardiment, R'li, r'lan , r'lan tan plan, il vous les t'magne, R'ian tan plan, tambour battant. Mon ch'pere , dit-il, j'vous accuse Que j'suis t'aimé d'Mamlelle Fanchon ; L'autre jour je y'ai pris, par ruse , Un bouquet qui sentait ben bon : Y' n'faut rien z'avoir à personne, Vlà ma pipe à tuyau d'argent, R'li, r'ian, r'ian tan plan, j'veux qu'on l'y donne, R'ian , etc. Ce jour-là je goûtions ensemble Tête à tête, étant rien qu'nous deux ; Ne v'là t'y pas Fanchon qui tremble, Et qui s'trouve mal on n'peut pas mieux : Il faut me la donner, mon ch'pere , Je sais, pour son tempérament, R'li, r'lan , r'lan tan plan, ce qu'il faut faire, R'lan, etc. Le daron , instruit de l'affaire, Embrassit son fils Cadichon ; Puis il s'en fut cheux le Notaire, Et lui présenta son garçon : Disant, faisons une alliance, C'est un mariage absolument, R'li, r'lan , r'lan tan plan, de conscience , R'ian, etc.
Fanchon
Jérôme a z'une voix d'n'oblesse.
Jérôme
Oh ! quand il s'agit de tendresse, J'nous en tirons.
Air : Jusques dans la moindre chose.
Margot
À propos d'ça , Vous autres, savez-vous s'tellà ? Jusques dans la moindre vue J'vois mon Amant z'en tableau, Drés que j'mets l'pié dans la rue, Je l'vois m'ôter son chapeau ; Je le rencontre à toute heure, Au couchant comme au lever, Et, sans savoir ous qui d'meure, Mon coeur va toujours l'trouver. Si je fuis à not' fenête, Dans l'dessein d'voir le passant, J'distingue toujours sa tête , Quand ail' serait parmi cent ; Si je lis quel jour nous sommes, Dans l'Armonac d'cabinet, Au lieu d'Saint, je n'vois qu'des hommes, Rapport à s'tila qui m'plaît. Que j'blanchisse à la rivière, Mes amours sont savonnés, Que j'ouvre ma tabaquière, Mon amant me monte au nez ; Lorsque j'endosse ma hotte , Y m'sembe que j'porte l'Amour, Enfin, la tendre Javotte Pense à Cadet nuit z'et jour.
Scène 3
Fanchon, Geneviève, Margot, Marchand, Jérôme
Fanchon
Qu'ien v'là Geneviève ! Ais, ma commère, Veux-tu boire un coup de s't'affaire ?
Geneviève
Plutôt deux. J'venions tout exprès : Marchand, donnez d'misquié du frais.
Margot
J'en avons. Quoi donc ! Qu'tu veux faire.
Geneviève
Chopine à moiquié ? Qu'eux misère !
Fanchon
Oh ! C'est assez; car moi j'm'en vas.
Geneviève
Par ainsi je n'vous craignons pas , Mamselle Fanchon : est-c'que j'vous chasse ? Comm'vous nous faites la grimace !
Fanchon
Moi, la grimace ! À qu'eux surget ?
Geneviève
Oh ! dam' de c'a, n'y a qu'vous qui l'sait.
Margot
Allons, buvons, qu'in toi, Geneviève : Dis donc, Fanchon , veux-tu qu'j'acheve ? Mettai-je tout, y viendra-t-il l'tien ?
Fanchon
Allons, verse, je l'voulons bien.
Geneviève
All' voulait s'en aller. S'tè charge !
Fanchon
Je n'voulons pas vous être à charge, Et j'comptons payer not' écot.
Geneviève
Marchand, chopine de coco, Puisque Mam'selle Fanchon se pique : Allez, vous aurez sa pratique , Elle est bonne, et vous s'rez content.
Fanchon
Allons, n'te goberge pas tant.
Geneviève
Mais, vraiment, tu m'empêch'ras d'rire ? Eh ben ! S't'eau-de-vie ?
Marchand
On en tire.
Geneviève
Dépêchez donc. J'ai mal aux dents.
Margot
Un moment, s't'homme a ses chalands. Crois-tu quignia qu'nous qui contente ?
Geneviève
Ah ! Vous avez raison, la Plante.
Air : Vous avez raison, la Plante.
Jérôme
Oui, c'est du bon. Sur ce ton-là, Fanchon, sais-tu ce couplet-là ? L'autre jour, avec sa hotte , Charlotte me rencontra, Larira ; Je l'emmena cheux not' hôte, Et puis je la régala De cela ; Après je lui dis, Charlotte, C'est assez sur ce ton-là.
Fanchon
Jérôme, toi qu'en sais des belles, Chante z'en donc pour ces pucelles.
Air : Manon Dubut.
Jérôme
Pour ces pucelles, mais oui dà, (bis) Enseignez-nous ous qui y'en a ; (bis) Je voudrions en faire emplette, Et leur dire la chansonnette. J'en ont cherché par tout Paris, (bis) Mais je n'ont trouvé qu'du fouillis ; (bis) C'est une terre ben trompeuse, En vain le plus savant z'y'creuse.
Marchand
Voilà votre affaire, Mesdames.
Margot
Mesdames ! J'sommes ben des femmes. Parlez-nous avec vérité, J'n'aimons pas l'honneur frelatté : Y vous vient queuques fois des dames, Qu'avons bien plus de corps que d'âmes.
Geneviève
Allons, n'restons pas en défaut.
Jérôme
En v'là tout autant qui m'en faut, J'n'en boirais pu seul'ment deux gouttes.
Fanchon
Quand ni en a plus, tu t'en dégoûtes : Allons, fouinons, l'tems veut changer.
Margot
L'dis-tu pour nous faire enrager ? N'nous porte pas guignon d'avance.
Fanchon
N'vas-tu pas tomber en fayance ? S'il pleut, j'avons le parasol.
Geneviève
Voyez, Mam'selle Croquignol ! Fait-y beau, quand il pleut z'à verse ?
Jérôme
Allons, faut toujours qu'ça converse ; J'navons pu rien, allons-nous-en.
Geneviève
Que j'y voye, Monsieur Gourmand.
Il prend Fanchon et Margot par dessous le bras. Geneviève prend Margot.
Air : Êtes-vous de Chantilly ?
Ils sortent.
Jérôme
Quand j'te l'dis, tu dois être sûre ; Allons-nous-en payer s'te mesure. , R'venez-vous de Chantilly ? Vraiment, mon compère, oui : Y'avez-vous bu de s'taffaire ? Vraiment, mon compère, voire, Vraiment, mon compère, oui.
Scène 4
Marie-Jeanne, Babet, Fanchon, Margot
Le fond du Théâtre change, et représente le carreau de la Halle, où l'on voit plusieurs places d'écosseuses.
Marie-Jeanne
Dis donc, Babet ? Quoi donc qu'tu penses De t'étaler là par avance ? T'as la porte du Viterier, Vas-t'en z'y faire ton métier.
Babet
De quel droit, Madame J'ordonne, Vlez-vous chasser une personne ? J'venons là plus souvent que vous.
Marie-Jeanne
Allons, hu, aussi non des coups. Crois-moi, n'jase pas, bonne bête, La cervelle m'monte à la tête : Et je pourrions ben te r'liché , Comm'j'ons déjà fait z'au marché.
Babet
Ah ! Oui, voyons donc voir ? Que j'voye ?
Marie-Jeanne
Allons, tais ton bec, et dévoye, J'te dis qu'tu n'esteras pas là.
Babet
Et moi j'vous dis que l'on verra : Si tu m'fais peur, tu n'm'en fais guère.
Marie-Jeanne
Décampe toujours, harangère ; La place est à moi, d'mande à eux. Ais, Fanchon, parle, si tu veux. Pas vrai que j'ai l'accoutumance De m'mettre ilà par préférence ?
Fanchon
Sans doute, faut-il tant crier?
Margot
Quoi! Tu n'sçaurais la renvoyer? Est ce qu'tu n'es pas assez grande ?
Babet
Voyez , c'est ben ça qu'on l'y d'mande ! Dites donc, marnsell' Boute-feu, N'faut-y pas q'vous parliez fur l'jeu ?
Marie-Jeanne
Allons, va-t'en dans ta bataque.
Elle lui fait les cornes.
Babet
N'pousse pas tant que je n'te claque, J'm'en vas. Mais, tu t'souviendras d'moi : En attendant, v'là qu'est pour toi. Adieu, Marchande d'amourette, C'est chez vous qu'on va faire emplette : J'vous envoyrons nos Amoureux, Drès que j'n'aurons plus besoin d'eux; Comptez-y, bouche à toute graine.
Marie-Jeanne
Eh ! vas, vas, pas tant qu'toi, vilaine ! Ton père qu'est un portefaix, Ne porte pas comme tu fais.
Babet
Ah, qu'ça te va ben d'faire la grosse ! Souvent est gaussé qui nous gausse. C'est un proverbe qu'est ben bon.
Marie-Jeanne
Passez, Madame Guenillon, Qu'on n'vous déchire votre robe.
Babet
Si j'm'en vas, c'est peur qu'on m'dérobe ; On t'connaît pour ç'a dans l'quarquier.
Elle lui arrache son bonnet.
Marie-Jeanne
Ah, comme j'men vas t'étrier ! T'attaque un honneur en personne ? Il faut tout du long que j't'en donne. Qu'en v'là d'abord, qui t'apprendra ?
Babet
Ah, double chienne, on t'en donn'ra Des bonnets pour qu'tu les déchires ?
Elles se battent.
Marie-Jeanne
Attends, c'n'est encor que pour rire : J'vas t'en donner tout ton. Chien d'sou.
Babet
À moi, ma mère, on me rompt l'cou.
Scène 5
LA FERMIÈRE des Places de la Halle, Marie-Jeanne, Babet, Tous Trois
LA FERMIÈRE des Places de la Halle
Eh bien ! c'est tous les jours de même !
Marie-Jeanne
Voyez comme la v'là blasphème ! On n'lui fait pourtant rien.
Babet
Vraiment, On me bat pas à tout moment ? Vous m'avez frappée, on sait comme ! Madame, d'mandez à Jérôme, Fanchon, Margot ?
Tous Trois
J'navons rien vu !
Babet
Du moins, vous lavez entendu : Un soufflet s'fait toujours entendre.
LA FERMIÈRE des Places de la Halle
Allons, commencez par me prendre De ce côté.
Marie-Jeanne
Oui, va t'coucher.
Elle sort en pleurant.
Babet
Les plus forts n'doivent pas s'fâcher. Tout l'monde m'en veut, z'on m'échigne ; Va bonnet d'dentelles de Maligne, Qu'on vient de me mettre en hachi ; Pour de tout le reste j'men chi : Mais j'vas toujours faire ma plainte, Et dire que j'suis grosse enceinte.
Scène 6
LA FERMIÈRE des Places de la Halle, Fanchon, Margot
Air : De tous les Capucins.
LA FERMIÈRE des Places de la Halle
Ah, bon Dieu ! Qu'on voit de scandale Parmi ces femmes de la Halle ! Faut-il qu'on n'en puisse entrevoir Une seule bonne à la ronde ? Tandis qu'ailleurs on peut avoir Les meilleures femmes du monde.
Fanchon
Madame la Fermière a raison D'quereller ceux qui font carillon.
Margot
Voyez-nous, si j'avons de la peine !
LA FERMIÈRE des Places de la Halle
Oui, vous êtes de bonne graine.
Scène 7
Jérôme, Margot, Geneviève
Jérôme
Fanchon, tu ne gouailles pas mal.
Margot
Eh moi, donc ? J ai suivi l'signal, J'ai flatté Madam' la Fermière. Mais, si vous saviez, par derrière, Ce que j'pensions ?
Geneviève
Moi, je m'cachais ; Mais c'était pour rire à ses frais.
Scène 8
Belle-Rose, Fanchon, Jérôme, Margot
Air : La rose et le bouton.
Belle-Rose
Allons, ma belle enfant, Je suis content De toi pendant toute l'année; Mais il faut, dans ce jour, De mon amour Fixer la destinée : Si tu veux que tes bouquets Fixent mes voeux coquets, Joins, ma poulette, La rose et le bouton D'amourette, La rose et le bouton.
Fanchon
Bonjour donc, la belle Manon.
Jérôme
Te v'là, vivant !
Belle-Rose
Bonjour, luron. Eh ben ! Comment vont l's'écosseuses ?
Jérôme
Elles vont ben, toujours joyeuses.
Belle-Rose
Tant mieux, j'allons y prendre part.
Fanchon
Avancez donc, Monsieur Gaillard ?
Margot
Belle-Rose a l'air d'être en ribotte.
Belle-Rose
Mais, vraiment, Mam'selle Margotte ! Ç'a vous arrive quelquefois.
Margot
Allons, v'nez écosser des pois, Ç'a vous reposera là tête. Vlà z'un man'quin pour vot'conquête ; Vous, prenez c'sac, mettez-vous d'ssus.
Belle-Rose
M'y vlà.
Scène 9
Marchande, Margot, Belle-Rose, Manon
Marchande
Mes bons citrons à jus.
Margot
C'est vous ! Comment va l'éventaire ?
Marchande
C'a va ben douc'ment, ma commère.
Belle-Rose
Comben la couple, la Maman ?
Marchande
Dix sous.
Belle-Rose
Dix sous ?
Marchande
Oui, tout autant : Si vous criez, m'en faudra douze.
Belle-Rose
Ah ben oui, comme je m'y blouze !
Manon
Allons, qu'as-tu besoin de citron ?
Belle-Rose
V'la le Barbier de l'Arche Marion ! Dites-lui qu'il en fasse emplette, Ç'a lui servira d'savonnette.
Scène 10
Marchande, Un Garçon Perruquier, Bouquetière, Margot, Fanchon
Marchande
Vous en faut, le beau blondin ?
Un Garçon Perruquier
De quoi ?
Marchande
D'citron ?
Un Garçon Perruquier
Oui. Pour lé tein.
Bouquetière
C'est ça qu'il l'a si beau.
Un Garçon Perruquier
Les quatres, Combien ?
Marchande
Vingt sous, sans rien rabattre.
Un Garçon Perruquier
Eh ! Combien, ne rabattant rien , Cela fait-il ?
Marchande
Vous l'savez bien. Est-c'pour se moquer qu'on s'arrête ? Avec votre étrille à la tête, Si vous n'en v'lé pas, laissez-nous.
Un Garçon Perruquier
Vingt sous les quatre, c'est cinq sous : Vous êtes dans le tort, la femme !
Marchande
Eh ! Tais-toi donc, vilain infâme ? C'est ben putôt toi qu'il la tort. N'jette pas not'citron si fort ? Il n'avait qu'à choir dans la boue, Quéque t'auroit payé ? La moue.
Air : À présent je ne dois plus feindre.
Un Garçon Perruquier
Capédébious, l'erreur est grande ! C'est faire uné sotté démande. Qui, moi, cé qué jé payérois ? Mé croyez-bous donc fans réssource ? Un Gascon manqué-t-il jamais, Surtout du côté dé la bourse ?
Marchande
Voyez donc comme il sent son bien ?
Un Garçon Perruquier
La bonne ? Vous né perdrez rien, Si je vous fais quelque dommage.
Marchande
Oui, c'est marqué sur vot' visage. J'voyons ben, à tous vos boutons, À peu près c'que je gagnerions.
Un Garçon Perruquier
Cadédis, qu'elle est insolente !
Margot
Ma commère, t'es médisante. Pourquoi donc dire des gros mots À c'Monsieur qu'est homme en repos ?
Marchande
Mais aussi, c'est vrai, Dieu m'pardonne ! Quand j'voyons comm' ça queuque personne, Qui méprise c'que vous vendez...
Un Garçon Perruquier
C'est donc mal que vous entendez. Jé né méprise en nulle sorte. Mais jé dis que la somme est forte : Eh donc ! Parlez au juste, là.
Marchande
Ah ben ! J'vous entendons comm' ça. Faut donc vous dire en conscience ? Quatre sous, et vot' connaissance. Voilà notre dernier mot dit.
Un Garçon Perruquier
Donnez-m'en six, et plus dé bruit.
Marchande
Tenez, mon Roi, v'là qu'est tout sucre.
Un Garçon Perruquier
Jé vous souhaite bien du lucre.
Margot
Et ben, est-ç' qu'vous n'aidez pas Pour écosser ?
Un Garçon Perruquier
J'ai mal aux bras.
Fanchon
L'pauvre petit ! Faut de la rybarbe : C'est fatiguant d'faire une barbe.
Un Garçon Perruquier
Sandis ! Plus qué vous né pensez.
Margot
Fanchon, vois donc c'grand élancé ?
Scène 11
Bouquetière, Un Petit-Maitre, Fanchon, Margot, Jérôme, Belle-Rose, Geneviève
Bouquetière
Monsieur, achetez donc du nôtre, Un petit bouquet pour la vôtre.
Un Petit-Maitre
Pour qui, la mienne ? Expliquez-vous.
Bouquetière
Pardi, nous le demandez-vous ? Votre Maîtresse.
Un Petit-Maitre
Ah ! je m'en passe.
Bouquetière
C'est donc quand elle est en disgrâce ; J'savons que vous en êtes fou. Allons, prenez ça, mon bijou : Elle aura l'air de la mariée, Et je s'rai par vous étrennée.
Un Petit-Maitre
Combien faut-il pour cette fleur ?
Bouquetière
Six sous pour vous; mon petit coeur.
Un Petit-Maitre
En voilà quatre, et je la garde.
Bouquetière
Allez, c'nest pas à vous qu'on r'gardes
Un Petit-Maitre
De plus, je veux une chanson.
Bouquetière
Oh ! Pour moi, j'ai la voix bâtarde. D'mandez à eux ?
Fanchon
V'nez ça, mignon.
Un Petit-Maitre
Volontiers : soyez ma mignarde.
Fanchon
Vous tri'avez Pair sur le bon ton. Assisez-vous.
Un Petit-Maitre
Je vous rends grâce.
Fanchon
Rougissez-vous d'être à not' place?,
Margot
Laisses l'ai : c'est qui veut grandir.
Fanchon
Ah ! Sans gêne, il peut ben agir.
Un Petit-Maitre
Allons, chantez donc, ma mignonne.
Air : Chansons, chansons.
CHORUS.
CHORUS.
CHORUS.
CHORUS.
Fanchon
Je l'voulons bén, Monsieur J'ordonne. Y'Amour, comme tu nous empaume ; Pourquoi faur-il z'aimer, Jérôme, Comme j'faisons ? Mon coeur sait ben qu'c'est un volage, Mais j'ai beau vouloir qu'il soit sage , Chansons, chansons. Au cabaret, quand faut qu'j'attende, À tout bout d'champ je le demande À ces garçons : Ils disont qu'il ne vient personne, Et ça me rend l'humeur ben bonne, Chansons, chansons. C'qui fait encor plus que j'endêve, C'est qu'il faut seule que j'achéve Tout s'té boisson : Moi que jamais le vin ne presse, Et qui ne suis point z'ivrognesse, Chansons, chansons. J'ai souvent refusé du monde, Qui prétendions que je réponde À leux façons : Mais je ne suis point de c'te pâte, Et je leux réponds, si t'en tâte, Chansons, chansons.
Jérôme
Chacun son tour, comme dit l'autre.
Fanchon
Jérôme, attends. Monsieu, la vôtre. Vous v'là pensif comme un rêveur ! Est-c' que j'vous fesons déshonneur ?
Un Petit-Maitre
Déshonneur, vous ! Non pas, ma belle : Si je vous regardais pour telle , Je ne me serais pas mis là.
Fanchon
Si j'voulons du galant, en v'là. Eh ben ! Chantez donc queuque air tendre.
Un Petit-Maitre
Non, j'aime beaucoup mieux entendre ; Et Monsieur Jérôme a raison De prendre son tour.
Belle-Rose
Chantez donc ? J'allons faire chorus en rond.
Air : Je veux t'être un Chien, etc.
Jérôme
Un jour j'étions à Vaugirard, Dont j'somm' déboulés un peu tard ,' Y'aisément cela se peut croire ; À notre table, à tous moments, Y venait des troupeaux d'Marchands : Je veux t'être un chien, Y à coups d'pied, y à coups de poing, J'l'y casserai la gueule et la mâchoire. Ça finit, mais l'instant d'après, V'la la marchande de croquets, Y'aisément cela se peut croire ; Monsieur, dit-elle, en voulez-vous ? Tirez, on gagne à tous les coups : Je veux t'être, etc. Il nous vient z'un autre animal, Crier gâteaux à la Royal, Y'aisément cela se peut croire ; Moi qu'avait là z'un bon fricot, Je vous pris mon homme au gavio, Je veux t'être, etc. Le Marchand d'tisane en bonnet, Vient nous montrer son robinet, Y'aisément cela se peut croire ; Nous qu'avions là du vin ben chenu, J'vous lui disons d'abord, eh ! hu : Je veux t'être, etc. Pour augmenter le carillon , Vlà z'un Joueur de timpanon, Y'aisément cela se peut croire ; Moi qu'ai la Musique en dégoût, J'vous l'y riva bentôt son clou : Je voeux suis un, etc. La Marchande aux coeurs, à son tour, S'en vint pour nous faire sa cour, Y'aisément cela se peut croire ; À la parfin elle fit tant, Que j'en pris un, en lui disant, Je veux t'être, etc. J'en fus content, car c'était bon ,, D'abord j'l'offrit à ma Fanchon, Y'aisément cela se peut croire ; Y'avait, je suis dans, vot' lien, Et pour longtemps mon cour en tient. Je veux t'être, etc. Eh ben, Monsieu ! Qu'dites-vous d'ça ? C'est il d'vot' goût sur ce ton-là ? Savons je y donner la tournure ? Jarni, moi qui aime à être tranquille quand j'prends mes repas de nourriture, je leux dis, lé premier qui me fait parler la bouche pleine, Sandié, moi qui ne rate d'aucune loterie qu'à lacelle des Enfants trouvés, parce que je y'ai été élevé, Et lui dis : allons, patronet, va-t-en vendre ton gâteau plus loin, sinon j'te vas donner la fève sur l'oeil. Il voulait me faire sortir dans la rue du dehors ; mais moi tout de quite, pif, paf, z'on, Allons, passe ton chemin, Marchand d'ratafia de grenouille, avec ta Saintmaritaine sur le dos ; comptes-tu nous faite peur parce que tas un bâton de réglisse dans ta poche, retire-toi, au signon, En lui disant, papa, allez jouer à s'tautre table, vous nous faites grincer les oreilles. Au lieur de s'en aller, ne v'là t'y pas le vieux chnapan qui m'accipe l'épingue de mon col, pour faire, sus son timpanon, zigue, zin, zigue, zin ; moi, pi, pan, La maman, si la devise n'est pas chenâtre, je ne sis pas vif de promptitude, mais j'commence ; par vous le dire doucement, Oui, dis-je-t'y à ma parsonnière, j't'aimerai toute la vie de mon existence; si queuqu'un venait pour contrarier le contraire,
Un Petit-Maitre
On ne peut pas mieux, je vous jure : Je vous en fais mon compliment.
Jérôme
Vous êt' courtois comme un galant, J'vois ben que ça vous plaît z'à dire.
Geneviève
Monsieur met-il dans la tir'-lire ?
Un Petit-Maitre
Ma bonne amie, en vérité , Je suis fâché d'être arrêté Pour aller faire une visite. Sans cela...
Margot
Quoi ! Monsieur nous quitte !
Fanchon
Allez-vous loin, mon benjamin ? Ces souyers-là n'f'ront pas l'chemin, Changez-les de piés pour ben faire. Il a l'encolure légère ; Voyez donc qu'il est revenant Avec son nez en catogant ! On dirait d'un enfant z'en chartre Avec ses oreilles d'Montmartre. Monsieu, voulez-vous un godant ?
Un Petit-Maitre
Bonne chienne, on t'en livre autant. Si nous n'avons pas l'air d'un Prince, Le tien est encor bien plus mince. À la blancheur de son minois, C'est un signe du Gâtinais ; Voyez sa petite menotte , Aussi large qu'un dos de hotte : Rien qu'à voir, c'est un plaisir, Elle est d'un laid à éblouir.
Fanchon
Mon laid est moins laid qu'ton grouin. Viens donc que j'te r'magne un p'tit brin , Avec ton menton de galoche, Et tà jambe en façon d'bancroche : Veux-tu te r'tirer, vilain plé ?
Un Petit-Maitre
Adieu, femme à mari sanglé. Ah, que je plains le pauvre diable D'avoir une femme semblable ! Il fait son purgatoire ici.
Fanchon
Eh ! Oui, beau mâle en racourci. Va donc visage à verre à bière, Jardinier de not' cémetiere; Quand tu s'ras grand, t'iras tout seul, Avec ta face d'épagneul : Dites donc, Monsieu la Flamberge, N'allez pas tirer vot' esperge.
Il sort.
Un Petit-Maitre
Adieu, couturière en chaussons, Maraine à tenir grands garçons, Tourrière de Couvent sans ordre, C'est pour toi que Samson fait tordre. Ton père eut six chiens, comptant toi, Il en noya cinq : et pourquoi ? C'est qu'il voulait que tu fus feule, Il n'a gardé que mille gueule.
Scène 12
Margot, Fanchon, Jérôme, Belle-Rose
Margot
Dis donc, Fanchon, s'tilà va ben.
Fanchon
Y s'en va pas moins : c'est vilain.
Jérôme
Enfants, j'entends l'pere Chantrelle.
Belle-Rose
Allons ? Dansons, et point d'querelle.
Scène 13
Fanchon, Jérôme, Violon, Bouquetière, Belle-Rose, Marie-Jeanne, Babet, Un Garçon Perruquier, Geneviève, Une Marchande de Citrons, Marchand De Ratafia, Un Aveugle, Margot
Fanchon
Père Chantrelle, j'allons ben, Continuez, d'nous mettre en train.
Jérôme
Oui, un menuet pour, l'ouverture, Allons, à nous deux, ma future.
Violon
Quel menuet voulez-vous danser ?
Jérôme et Fanchon dansent.
Jérôme
C'lui qui finit par s'embrasser.
Jérôme
Allons, Bell'-Rose.
Fanchon
A toi, Manon.
Bouquetière
Moi, j'aime mieux le rigodon.
On danse.
VAUDEVILLE.
Air : Madame, en entrant chez vous.
Belle-Rose
Eh ben ! Dansons une contre-danse ; Allons, à huit violons d'chérence. Le violon va ben en dansant, Voyons si c'est d'même en chantant.
CHORUS.
Marie-Jeanne
Prenez d'nos pois écossés, C'est les meilleurs fricassés ; Je voyons ben des tendrons Qui deviennent ronds, (bis) Lorsque je les nourrissons Des pois que nous écossons. (bis)
Babet
J'vendons des pois écossés À des gens fort ben troussés ; Mais les meilleures façons, C'est ceux qui payons ; (bis) Car j'navons pas de bien d'fonds, Si ce n'est dans nos litrons. (bis)
Un Garçon Perruquier
Tous vos pois font écossés, Allons, chantez et dansez ; Filles, prenez ces garçons , Et cabriolons ; (bis) Si vous gâtez vos chignons, Jé vous les rétapérons. (bis)
Bouquetière
Si vos pois sont écossés, Tous mes bouquets sont passés ; J'avons toujours des lurons Pour qui j'en faisons, (bis) Et ma rose et mes boutons Valent bien tous vos litrons. (bis)
Geneviève
Pour crier, pois écossés, J'ai déjà d'la voix assez ; Étant petite, j'suivions Les petits garçons ; (bis) Mais d'puis que je grandissons, Avec les grands j'écossons. (bis)
Une Marchande de Citrons
Souvent les pois écossés Vous rendent les doigts poissés ; Approchez, je vous vendrons Du jus de citrons ; (bis) Avec ça j'rafraîchissons, Quand on s'échauffe aux litrons, (bis)
Belle-Rose
Dans l'tems des pois écossés, Les ennemis sont rossés ; Lorsque je les rencontrons , Je les écossons ; (bis) Quand ils voyent nos Dragons, ils s'cachraient dans des litrons. (bis)
Marchand De Ratafia
Vous vendez pois écossés, Et vous vous divertissez ; Je vois bien des Chambrillons Qui vous en prenons, (bis) Afin que les Marmitons Fassent la fausse aux litrons. (bis)
Jérôme
Fanchon, tes pois écossés À mes yeux sont ben de fés ; Tu sais comme je portons, J'avons les reins bons, (bis) Et puis de bonnes chansons, Lorsque j'emplis tes litrons. (bis)
Fanchon
Au temps des pois écossés, Ben des Galants sont r'lancés ; Quand y vient des fanfarons, Je les rembarrons, (bis) C'est Jérôme qu'est des bons Pour toucher à mes litrons. (bis)
Un Aveugle
Mes enfants, je ne vois rien,. Mais je connais le chemin ; Pour le peu que je touchions, Je nous en tirons ; (bis) Et je parie à tâtons, Que je vous prends vos litrons. (bis)
Au PUBLIC.
Margot
Parmi les pois écossés, Tous les Marchands sont pressés ; Le monde, quand j'étalons, Est sur nos talons ; (bis). On s'mettrait, si je voulions, Jusques dedans nos litrons, (bis) Si pour nos pois écossés, Messieurs, vous applaudissez ; Toujours, avec vos leçons, Nous réussissons ; (bis) De vos écus que j'aimons, Venez emplir nos litrons. (bis)