Comédie · 1647 · 5 actes

Le déniaisé

de Gillet de la Tessonnerie

Représentation
≈ 1 h 56
Distribution
2 femmes, 9 hommes
Répliques
935
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Ariste H 191 ≈ 26 min 8
Pancrace H 91 ≈ 21 min 7
Climante H 165 ≈ 18 min 7
Oronte H 160 ≈ 17 min 8
Jodelet H 125 ≈ 15 min 7
Olympe F 130 ≈ 13 min 8
Lisette F 43 ≈ 5 min 5
Caporal N 12 ≈ 1 min 1
Un Vieil Caporal H 4 ≈ 1 min 1
Premier Violon H 3 ≈ 1 min 1
Un Exempt H 4 ≈ 1 min 1
Second Violon H 4 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle IIIIIIIVV
Ariste absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Pancrace absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Climante absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Oronte absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Jodelet absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Olympe absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lisette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Caporal absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Climante, Ariste

Climante

Certes, c'est renchérir dessus les plus galants, Cette confusion de noeuds et de rubans, Ne témoignent que trop ce dont aucun ne doute Qu'un amant est prodigue, et que rien ne lui coûte.

Ariste

Vous me raillez toujours ...

Climante

Que vos gants sentent bon ! Est-ce de Martial ou Frangipane ?

Ariste

Non, Ce sont des peaux d'Espagne.

Climante

Elles en sont plus chères.

Ariste

L'ambassadeur pourtant m'en donna deux cents paires.

Climante

Dans Rome ?

Ariste

Point du tout.

Climante

Où donc ?

Ariste

Dedans Paris.

Climante

Ne vous étonnez pas cher ami si je ris, Était-ce depuis peu ?

Ariste

La semaine passée.

Climante

Votre langue à ce coup précède la pensée, Et vous n'y songiez pas en me parlant ainsi.

Ariste

Pourquoi ?

Climante

D'ambassadeur il n'en vient point ici, Et l'Espagne,

Ariste

Ah ! Voyez à quoi je me hasarde, J'en aurais dit autant.

Climante

Au moins prenez y garde, Il fait bon d'en donner, mais c'est un grand malheur Quelque habile qu'on soit de passer pour hâbleur, Si lorsqu'on s'introduit dedans les compagnies, On ne concerte bien toutes ses menteries, Et si l'on n'a l'esprit de les faire avouer, Ce n'est qu'un beau talent pour se faire jouer. Pour moi qui comme vous en revenant de Rome, Partout où je pouvais en donnais en jeune homme, Et voulais tout risquer pour faire le plaisant, Je reconnais fort bien mes faibles à présent : Et puis en me voyant dans un autre moi-même Vous tirer aujourd'hui d'un embarras extrême.

Ariste

Mais quoi ! Vous me disiez qu'on peut parfois mentir.

Climante

Oui, mais il faut avoir l'adresse d'en sortir.

Ariste

Combien un honnête homme en ses galanteries, Peut-il de fois par jour donner des menteries ?

Climante

Il faut selon les gens régler la quantité, Apprendre leur humeur, savoir leur qualité ; Mais lorsque vous voudrez donner quelque cassade, Consultez-moi devant pour régler la boutade, Le feu que vous avez a besoin de leçon Après vous hablerez de la bonne façon : En voulez-vous donner ?

Ariste

L'affaire est devinée. Je voudrais bien mentir,

Climante

Quand ?

Ariste

Cette après-dîner.

Climante

Où ?

Ariste

Chez le rare objet dont mes sens sont charmés.

Climante

Je m'y rendrai tantôt...

Ariste

Au moins si vous m'aimez...

Climante

Ah ! Que vous êtes bien auprès de cette belle.

Ariste

Je vous dois les faveurs que je recevrai d'elle, Et de quelque progrès dont je me sois flatté, J'en dois remercier votre dextérité.

Climante

Il faut quand vous trouvez parfois l'heure opportune, Lui vanter en passant quelque bonne fortune.

Ariste

Qui pourrait réussir sans ces enseignements ?

Climante

Nous en avons besoin dans les commencements, Quoi qu'on sache beaucoup on doit apprendre encore, Mais dedans les ardeurs du feu qui vous dévore, Ne m'avouerez-vous pas que vous êtes ici, Étant absent d'Olympe avec un grand souci, Je m'en vais la quérir : en faut-il davantage ?

Ariste

Ah ! C'est trop m'obliger.

Scène 2

Ariste, Jodelet

Ariste

Le galant personnage ! Il croit trouver sa dupe.

Jodelet

Ah ! Le plaisant falot.

Ariste

Il faut tout endurer, et ne lui dire mot, Il n'est pas encor temps de lui faire nos plaintes, Et puisque mon bonheur consiste dans ces feintes, Il faut passer plus outre, et faisant l'ingénu, Me maintenir au point où je suis parvenu, Donc, mon cher Jodelet, réponds à mon attente, Et ne dédaigne point cette adroite suivante, Qui servant d'un Argus à ma divinité Alors qu'elle te suit nous laisse en liberté Ses sanglots font pitié...

Jodelet

Monsieur, c'est qu'elle tousse.

Ariste

Mais...

Jodelet

Quand vous le voudrez je la rendrai plus douce Et plus souple cent fois qu'un gant de chevrotin.

Ariste

Tu l'entends, Jodelet.

Jodelet

Je suis un faux mâtin, Sans moi dans vos amours vous auriez votre compte, Car Lisette m'a dit que l'Intendant d'Oronte Sans elle nous allait envoyer à vaux l'eau, Mais que de quelque espoir flattant le jouvenceau Elle avait empêché qu'on nous envoya paître.

Ariste

Mais ce n'est qu'un rêveur,

Jodelet

Il est cru de son maître Qui le tient fort savant, et le croit fort discret, Mais de Climante aussi dites moi le secret, Aimerait-il Olympe ?

Ariste

Oui, Jodelet, il l'aime Pour elle son amour passe jusqu'à l'extrême, Et j'ai bien reconnu qu'il trouve les moyens D'expliquer ses désirs en débitant les miens.

Jodelet

Qu'a cela de commun au feu qui vous consomme De vous faire introduire à titre de jeune homme, Et pourquoi ne peut-il haranguer ses amours Sans vous faire parler et chercher ces détours ?

Ariste

Tu sais bien que d'Oronte elle fut enlevée Que partout de ce lâche on la voit observée, Et qu'enfin ce jaloux l'ayant en son pouvoir Sans sa permission l'on ne la saurait voir.

Jodelet

Mais d'où vient que Climante est de l'intelligence, Et comme a-t-il sitôt fait cette connaissance ?

Ariste

Tu peux t'en étonner avec juste raison, Toi qui ne songes pas qu'il loge en leur maison.

Jodelet

Mais comment a-t-il fait pendant ce grand voyage, Qu'il n'a pu la contraindre au moins au mariage ? Que lui peut dire Olympe, et comment, et pourquoi ?

Ariste

Ce secret est encor trop raffiné pour toi.

Jodelet

Climante donc...

Ariste

Croyant jouer d'un tour d'adresse, Et m'ayant mené voir cette belle maîtresse, Me traitant d'innocent auprès de ce jaloux, Lui dit qu'ils en auraient un plaisir assez doux, Pourvu qu'Olympe sut railler, et se contraindre, Écoutant des soupirs qui n'étaient pas à craindre. Qu'on en pourrait tirer des divertissements Qui leur feraient passer d'agréables moments, Que je leur donnerais concerts et sérénades, Comédie et ballets, festins et promenades.

Jodelet

Mais en si peu de temps vous vouloir tant de bien, Elle étant provençale, et vous parisien.

Ariste

Quand l'amant est voisin de la personne aimée Une forte habitude est aisément formée.

Jodelet

Mais Oronte l'aimant, et même étant jaloux, Comment s'accroche-t-il de Climante et de vous ?

Ariste

Il croit qu'étant trop fat je ne lui saurais nuire.

Jodelet

Mais de Climante...

Ariste

Il croit qu'il ne veut m'introduire Que pour rire avec eux des cadeaux que je fais, Puis il veut divertir Olympe à peu de frais, Et trouve qu'elle vit avec plus de franchise Depuis qu'il l'apprivoise avecque ma sottise, Que sa colère passe, et qu'il peut l'adoucir.

Jodelet

Climante cependant...

Ariste

Croit fort bien réussir, Et ne pouvant souvent entretenir la belle Se croyant le plus fin est d'accord avec elle, Que ce qu'elle dira pour flatter mon ennui Soit en secret ou non, doit s'adresser à lui.

Jodelet

Il se tient donc heureux alors qu'elle vous aime.

Ariste

Sans doute...

Jodelet

Si bien donc qu'il est le fat lui-même.

Ariste

Oui, car ma chère Olympe ayant bien reconnu Que pour son seul sujet, je faisais l'ingénu, Et m'ayant honoré de quelque bienveillance M'a dit qu'il prétendait me jouer d'importance, Et se servir de moi pour tromper son jaloux, Et pour être plus libre.

Jodelet

Ah, par la mort !

Ariste

Tout doux.

Jodelet

Ah ; Monsieur, permettez que ma lame enrouillée Soit teinte de son sang.

Ariste

Elle en serait souillée ; Garde bien le secret, et tais-toi.

Jodelet

Mais au moins Souffrez qu'avecque lui je fasse à coups de poings, Et que de ces cinq doigts plus pesants qu'une meule Je lui casse le nez ou lui paume la gueule.

Ariste

Je me vengerai bien sans exposer tes jours.

Jodelet

Qu'il aille vous railler au royaume des sourds.

Ariste

Va, va, conserve toi pour ta chère Lisette.

Jodelet

Ah ! Je ne puis aimer cette jeune chouette. Je suis inexorable.

Ariste

Est-il vrai, Jodelet, Elle est pourtant passable.

Jodelet

Ah ! Je suis son valet.

Ariste

Mais voici mon Olympe, ah, divine merveille !

Scène 3

Climante, Ariste, Olympe, Oronte, Pancrace, Jodelet, Lisette

Climante

Pour un ami qui dort toujours quelqu'autre veille Rendez grâces au soin que j'ai pris d'amener Cette rare beauté qui se vient promener.

Ariste

Je ne saurais payer de si puissantes dettes ; Mais Climante achevez le bien que vous me faites, Et m'ayant approché de ce bel oeil vainqueur, Adoucissez un peu son extrême rigueur.

Climante

Oronte le fera, j'en ai quelque assurance, Et puisque cette belle est dessous sa puissance, Et qu'il est son époux, vous reconnaîtrez bien Qu'en la priant pour vous il n'épargnera rien.

Olympe

Oronte le voulant je vous suis tout acquise.

Ariste

De grâce donc, Monsieur, excusez la franchise, Et trouvez bon qu'ici j'ose vous supplier, En la priant pour moi de ne rien oublier, Je ne demande pas d'entrer dedans sa couche, De prendre des baisers sur cette belle bouche, Et d'obtenir un bien aussi cher que le jour ; Je voudrais seulement qu'elle sût mon amour ; Et forcer ces beaux yeux de remarquer la flamme Qu'avecque votre aveu j'allumai dans mon âme.

Olympe

Ô qu'il est ingénu !

Oronte

Monsieur, il ne faut pas La forcer pour souffrir un objet plein d'appas, Et toute sa rigueur ne consistant qu'en mine, Sans doute elle vous aime, et fait ici la fine.

Olympe

Vous pensez-vous railler, mais...

Oronte

J'en suis peu jaloux, Vous l'aimez...

Olympe

Il est vrai.

Oronte

Tout de bon,

Olympe

Plus que vous.

Oronte

Quelqu'autre se pendrait après cette parole.

Olympe

Que ne le faites vous ?

Oronte

Un seul point me console C'est que Monsieur est sage, et n'entreprendra rien En cette occasion qui ne soit pour mon bien. Comme il est généreux.

Climante

Il faut tout dire, Oronte, Ne vous y fiez pas, vous auriez votre compte, Il n'est dans ses amours généreux qu'à demi, Autrefois il aimait la femme d'un ami.

Ariste

Au moins...

Oronte

Serez vous fourbe ?

Ariste

Il vous en fait accroire.

Climante

N'en faites point le fin, et comptez leur l'histoire, Quand Oronte saura que vous aimez ailleurs, Il en aura pour vous des sentiments meilleurs, Et vous l'exempterez de cette jalousie, Qui peut être pourrait troubler sa fantaisie.

Oronte

Hé bien, s'y résoud il ?

Ariste

Je veux ce qu'il vous plaît.

Oronte

Mais au moins dites nous la chose comme elle est.

Ariste

Si je vous mens d'un mot que le Ciel m'extermine ; Étant donc amoureux d'une jeune voisine Dont le mari jaloux me souffrait par bonheur, Et ne voyait que moi de tous les gens d'honneur, Je pouvais à mon gré voir cet ange visible, Mais de l'entretenir il m'était impossible, Car enfin ce mari ne me quittant jamais Me suivait au manège, au tripot, au Palais, En affaire, en emplette, à la campagne, en ville, Encore que partout je lui fusse inutile ; Si j'allais promener le bonhomme y venait ; Si je gardais la chambre, alors il s'y tenait.

Pancrace

Ce zèle est paradoxe et ces soins incommodes.

Jodelet

Monsieur que n'alliez vous pour voir aux antipodes.

Ariste

Tais-toi.

Jodelet

Les bons vieillards ne sont jamais méchants.

Ariste

Un soir prenant le frais en sa maison des champs Sur le bord d'un étang nous vîmes cette belle Qui sauta tout d'un coup dedans une nacelle, Où craignant pour ses jours de tristes accidents Presque tout aussitôt je me jetai dedans Quand le mari pour rire en ayant pris la corde Se vantait de nous voir à sa miséricorde, Qu'il nous ferait noyer, mais l'amour le trompa, Et de ces faibles mains la corde s'échappa ; Lors insensiblement les vagues se frisèrent, Le vent se redoubla, les ondes nous poussèrent, Et les jeunes zéphyrs des lieux des environs Y vinrent nous servir de rame et d'avirons : Mille amoureux oiseaux par leur battement d'aile Faisaient un petit vent qui poussait la nacelle, Et flattant de leur bec la surface des eaux Nous poussèrent enfin en un fort de roseaux ; Où du monstre jaloux les ardentes prunelles Ne purent éclairer ce miracle des belles, Là pleins d'un beau désir qu'on ne peut exprimer Tout riait à nos yeux, et tout parlait d'aimer.

Pancrace

Cet homme a lu les Grecs, et possède les fables.

Olympe

N'a-t-il pas des moments qui sont assez passables ?

Oronte

Tous les fols font ainsi pour se mettre en crédit.

Climante

Dites qu'il sait par coeur l'histoire qu'il vous dit.

Ariste

Entrant comme en triomphe en ces palais humides Nous en fîmes lever mille nymphes timides, Qui fuyant par respect autant que par amour Pour nous quitter leur lit, changèrent de séjour.

Jodelet

Ah ! Monsieur, de regret encor je m'en chagrine, Les nymphes en fuyant craignaient notre cuisine, Et se doutaient fort bien qu'en ne s'enfuyant pas Elles rencontreraient leurs tombeaux dans nos plats.

Ariste

Que dit cet insolent ?

Jodelet

Que ces nymphes volages N'étaient foi de piéton que des canards sauvages Que vous sûtes du lit si bien effaroucher Que jamais du depuis ils n'y vinrent coucher.

Ariste

Sors. Alors le jaloux par des cris lamentables Faisait hurler l'Echo de ces lieux délectables, Et d'un torrent de pleurs ayant grossi les eaux, Croyait voir des esprits à travers des roseaux Qui voulant nous traîner sur les rivages sombres Avaient déjà compté nos corps au rang des ombres, Ce pendant possédés par des transports divins Ma bouche s'expliquait dessus ses belles mains, Et par de longs regards pris et rendus sans nombre Nous goûtions des plaisirs qui n'avaient rien de l'ombre ; Et qui faisaient savoir à mon coeur enflammé, Que le souverain bien est de se voir aimé. Ô charmante beauté qu'êtes vous devenue, En vous croyant venger je vous ai donc perdue ? Mais malgré la prison où vous tient un jaloux, Du coeur et de l'esprit je suis auprès de vous ! Charmé de vos beaux yeux je les crois voir encore, Soit absente, ou présente, en fin je vous adore, Et jusques à l'instant que je dois expirer, Soit absent ou présent je vous veux adorer. J'aime sans intérêt, et ma plus grande envie N'est que de vous servir, aux dépens de ma vie, Et de trouver moyen de vous tirer des mains Et des pièges trompeurs du pire des humains.

Olympe

En fin vous m'oubliez en vous souvenant d'elle.

Ariste

Je devais ces soupirs à ma flamme fidèle : Et vous me haïriez si j'étais inconstant, Et croiriez que pour vous j'en pourrais faire autant.

Oronte

Madame, apaisez-vous, et cachez votre haine, L'apostrophe est plaisant, étant de longue haleine, Et vous nous priverez d'un entretien fort doux, Si Monsieur le retranche, et se contraint pour vous.

Climante

En vain vous redoutez qu'il se veuille contraindre Pour l'Empire du monde, il ne pourrait pas feindre : Et si par la franchise on se rend criminel, Il est vain de son crime, et voudra mourir tel.

Ariste

Ami, pourquoi dis-tu que je ne sais pas feindre ? Hélas ! combien de fois m'as-tu vu me contraindre ? Quand voyant cet objet sourire à son jaloux, Je voulais, et n'osais lui dire, arrêtez-vous ; Contraignant les ardeurs de mon amour extrême, J'ai cent fois été prêt de dire, je vous aime : Mais tout prêt de parler je me suis retenu, Et si bien déguisé, qu'ils ne m'ont pas connu.

Olympe

Il est fin.

Climante

Tout de bon c'était le méconnaître : Voyez-vous, il est fourbe autant qui le faut être.

Olympe

Je ne m'y fierai pas,

Oronte

Ma foi vous ferez bien.

Ariste

Quoi qu'ils puissent vous dire il ne faut craindre rien Si je vous aimais moins je cacherais la flamme Que je veux qui s'exhale en vous ouvrant mon âme, Et je l'augmenterais en voulant retenir Quelques mourants soupirs qui sont prêt de finir.

Oronte

En tout cas vous pourrez en aimer deux ensemble, Un inconstant ...

Ariste

Je suis autre qu'il ne vous semble.

Oronte

Mais vous disiez tantôt que jusques au tombeau Vous vouliez adorer un chef d'oeuvre si beau.

Ariste

Je l'ai dit, et de vrai, je mets toute ma gloire, D'en adorer l'esprit, d'en chérir la mémoire, Et d'ôter à l'amour le nom de passion, Alors qu'il perd l'espoir de la possession.

Olympe

Cet accommodement est assez difficile.

Oronte

Pour faire encore plus il n'est que trop habile ; Mais qu'il explique

Ariste

En vain je voudrais m'en piquer, Je perdrais bientôt terre en voulant m'expliquer ; Je conçois assez bien les choses qu'il faut dire, Mais pour les éclaircir ce m'est un grand martyre.

Lisette

Monsieur on a servi.

Oronte

Notre dîner cessé Vous nous achèverez le récit commencé, Et nous ferez savoir d'où vint votre disgrâce.

Scène 4

Jodelet, Pancrace

Jodelet

Tandis qu'ils vont dîner, un petit mot, Pancrace, Dirais-tu qu'une fille eût de l'amour pour moi ?

Pancrace

C'est qu'elle a reconnu quelques appas en toi.

Jodelet

Qu'est-ce que des appas, est-ce une belle chose ?

Pancrace

C'est le visible effet d'une agréable cause, C'est un enthousiasme, un puissant attractif, Qui rend individus le passif et l'actif, Et qui de nos esprits, domptant la tyrannie, Forme le plus farouche au goût de son génie.

Jodelet

Je m'en étais douté, mais...

Pancrace

Les doutes sont grands Pour définir s'il est des appas différents. Pythagore, Zénon, Aristote, Socrates, Philostrate, Bias, Eschyle, Zenocrates, Aristippe, Plutarque, Isocrates, Platon, Démosthene, Luculle, Hesiode, Caton, Ésope, Eusebe, Erasme, Ennius, Aulegelle, Epictète, Cardan, Boëce, Columelle, Ménandre, Scaliger, Aristarque, Solon, Homère, Buchanan, Polybe, Cicéron, Ausone, Lucian, Xenophon, Teucidide, Diogène, Tibulle, Appian, Aristide, Anacreon, Pindare, Horace, Martial, Plaute, Ovide, Lucain, Catulle, Juvenal. Carneade, Sapho, Théopraste, Lactance, Sophocle et Sénèque, Euripide et Térence, Crisippe...

Jodelet

À quel besoin nommer tous ces démons ?

Pancrace

C'est des Dieux des savants dont je t'ai dit les noms, Et j'en ai mille encor que manque de mémoire.

Jodelet

Ah ! ne m'en nomme plus, je suis prêt à te croire.

Pancrace

Donc tous ces vieux savants n'ont pu nous exprimer, D'où vient cet ascendant qui nous force d'aimer ! Les uns disent que c'est un vif éclair de flamme, Qu'un être indépendant alluma dans notre âme, Et qui fait son effet malgré notre pouvoir Quand il trouve un objet propre à le recevoir.

Jodelet

Les autres ...

Pancrace

Éclairez d'une moindre lumière Enveloppent sa force au sein de la matière, Et nomment un instinct ce premier mouvement Qui nous frappe d'abord avec aveuglement, Et qui prenant du temps des forces suffisantes En forme dans le sens des images pressantes, Qui n'en font le rapport à notre entendement Qu'après s'être engagé sans son consentement.

Jodelet

Ainsi donc ...

Pancrace

Nous perdrions le droit du libre arbitre.

Jodelet

Mais ...

Pancrace

Il n'est point de mais, c'est notre plus beau titre.

Jodelet

Quoi ...

Pancrace

C'est parler en vain, l'âme a sa volonté.

Jodelet

Il est vrai ...

Pancrace

Nous naissons en pleine liberté.

Jodelet

C'est sans doute ...

Pancrace

Autrement notre essence est mortelle.

Jodelet

D'effet...

Pancrace

Et nous n'aurions qu'une âme naturelle.

Jodelet

Bon ...

Pancrace

C'est le sentiment que nous devons avoir.

Jodelet

Donc ...

Pancrace

C'est la vérité que nous devons savoir.

Jodelet

Un mot ...

Pancrace

Quoi, voudrais-tu des âmes radicales Où l'opération pareille aux animales.

Jodelet

Je voudrais te casser la gueule...

Pancrace

On a grand tort De vouloir que l'esprit s'éteigne par la mort, Il faut pour en avoir l'entière connaissance, Savoir que l'âme vient d'une immortelle essence, Et qu'en nous animant il est tout évident Qu'elle est une substance et non un accident, Ayant des attributs du maître du tonnerre, Elle n'est pas de feu, d'air, d'eau, ni moins de terre, Ni le tempérament des quatre qualités Qui renferme dans soi tant de diversités.

Jodelet

Enfin...

Pancrace

Les minéraux produits d'air et de flamme Ont un tempérament, mais ce n'est pas une âme. L'âme est encore plus que n'est le mouvement, Plusieurs choses en ont sans avoir sentiment, Et qui sur les objets agissent avecque force D'un arbre mort, le fruit, ou la feuille, ou l'écorce, Donnent à nos humeurs un secret mouvement, L'ambre attire des corps, ainsi que fait l'aimant.

Jodelet

Ah !

Pancrace

L'âme n'est donc pas cette aveugle puissance Qui se meut ou qui fait mouvoir sans connaissance.

Jodelet

J'enrage...

Pancrace

Elle n'est pas le sang, comme on a dit.

Jodelet

Parlera-t-il toujours ? Mais...

Pancrace

Ce mais m'étourdit.

Jodelet

Peste.

Pancrace

Nous pouvons voir des choses animées, Qui sans avoir de sang avaient été formées. Il est des animaux qui n'en répandent pas Après le coup fatal qui cause leur trépas. L'âme n'est pas aussi l'acte ni l'énergie, C'est au corps qu'appartient le mot d'entelechie.

Jodelet

Hola !

Pancrace

Prête l'oreille à mes solutions, L'âme n'ayant donc point ces définitions Pour te faire savoir comme elle est immortelle. Écoute les vertus qui subsistent en elle, Par un divin génie, et des ressorts divers Trois âmes font mouvoir tout ce grand univers : Aux plantes seulement est la végétative, La sensitive au corps, l'âme a l'intellective, Et donne l'existence aux deux qu'elle comprend Ainsi qu'un petit nombre est compris au plus grand. Des trois, la corruptible est jointe à la matière, La seconde approchant de sa clarté première Agit dans les démons sans commerce des corps ; Et la troisième enfin par de divins efforts Pour faire un composé sut renfermer en elle La nature divine avecque la mortelle, Aussi l'âme à l'arbitre.

Jodelet

Ah ! c'est trop arbitré Au diable le moment que je t'ai rencontré.

Pancrace

Au diable le pendard qui ne veut rien apprendre.

Jodelet

Au diable les savants, et qui les peut comprendre.

Pancrace

Va, si tu m'y retiens on y verra beau bruit, Mais ...

Jodelet

Encor me parler, bonsoir et bonne nuit.

Acte II

Scène 1

Ariste, Olympe

Ariste

Madame, j'ai donné le paquet à Léonce, Qui dans peu par la poste apportera réponse ; Et quand de vos parents l'ordre sera venu, Je me ferai connaître à qui m'a méconnu, Et vengerai l'affront que vous fait un infâme Qui vous contraint par force à vous dire sa femme.

Olympe

Attendez donc ce temps, et faites comme moi, Pour détourner le cours des maux que je prévois, Si je n'eusse donné quelque vaine espérance À celui qui m'enlève avecque violence, Il aurait hasardé par de derniers efforts De me ravir aussi le plus beau des trésors, L'honneur qui m'est cent fois bien plus cher que la vie, Mais en lui promettant de plaire à son envie, Par ces détours adroits j'ai trouvé les moyens De retourner bientôt entre les bras des miens, Et de sauver l'honneur où je devais tout craindre.

Ariste

Sa mort ...

Olympe

Ah ! Sur ce point tâchez de vous contraindre En m'ôtant de ses mains, c'est le punir assez, Et vous devez songer si vous me chérissez, Que les soins qu'il a pris pour m'avoir conservée Méritent le pardon de m'avoir enlevée.

Ariste

Pour nous venger tous deux j'immolerai ses jours.

Olympe

Me pouvez-vous aimer et tenir ce discours.

Ariste

Une si longue feinte est une ardente preuve De l'état misérable où mon âme se trouve : Et tant de vérités se doivent appuyer Par les divers affronts qu'il me faut essuyer.

Olympe

Il faut donner au temps ces lâches déférences Qu'il exige de nous pour finir nos souffrances.

Ariste

Aussi vous me verrez d'un esprit résigné Satisfait, et confus, content et dédaigné. Mais je crois voir venir Oronte avec Climante.

Ariste

Évitons leur rencontre elle est trop déplaisante, Comme en nous promenant marchons négligemment, Nous reviendrons...

Scène 2

Oronte, Climante

Oronte

Olympe en rit à tout moment, Mais qui croirait jamais une telle innocence ?

Climante

Elle passe au delà de toute la créance.

Oronte

Enfin vous connaissez l'esprit du pèlerin.

Climante

Je ne l'aurais pas cru, ni si sot, ni si vain.

Oronte

Mais fut-il encor pis, Olympe le désire, Et trouve en le jouant tant de sujets de rire, Qu'elle est de belle humeur à le voir seulement ! Ce qui pour l'adoucir me sert infiniment.

Climante

Mais il faut lui jouer des pièces d'importance Pour lui donner plaisir de son extravagance.

Oronte

Il m'est venu trouver dedans le cabinet, Où nous entretenant des grâces du sonnet, Par des galimatias d'une assez longue haleine Il m'a voulu produire un effort de sa veine ; De qui les meilleurs vers sont pleins de mauvais mots Et de raisonnements ridicules et sots. Pour, je me ressouviens, il met je me recorde, Et rime hallebarde avec miséricorde, Les voyelles chez lui sont en confusion, Il dit que l'on s'en sert dedans l'illusion Comme dans la céruse et dedans le mystique, Sans que ce soit alors licence poétique. Mais enfin le meilleur est qu'il m'a conjuré De lui faire des vers pour un désespéré ; Qui peut voir tous les jours le sujet de sa flamme Sans lui pouvoir parler des troubles de son âme. Parce que d'un jaloux les regards odieux, Comme ceux d'un Argus l'éclairent en tous lieux. Puis croyant réparer ce discours ridicule, Et m'ôter tout sujet d'avoir aucun scrupule, Il m'a deux ou trois fois juré dessus sa foi Que ce mot de jaloux n'était pas dit pour moi, Qu'Olympe n'était pas le sujet de sa rime, Et qu'il n'avait pour elle autre amour que l'estime.

Climante

Mais qu'avez vous promis ?

Oronte

Pour nous jouer de lui, J'ai promis de lui faire une Stance aujourd'hui, Cependant je ne sais si je tiendrai parole ; Mais vous en savez faire, et cela me console.

Climante

Les vers me coûtent trop, et je veux désormais, Hors pour un bel objet n'en écrire jamais.

Oronte

Si les seules beautés échauffent votre muse, Vous ne pourrez trouver de légitime excuse, Olympe pour qui c'est ne manque point d'appas.

Climante

Feignons, elle en a trop. Mais je ne l'aime pas.

Oronte

Puisqu'il faut vous résoudre à prendre cette peine, Et qu'amour seul a droit d'animer votre veine, Croyez pour m'obliger en cette occasion Qu'Olympe est le sujet de votre affection ; Pensez à ces beaux yeux, conservez en l'image.

Climante

Il est bien malaisé d'y penser davantage.

Oronte

Songez à son beau teint, à son esprit charmant, À sa taille, à son port.

Climante

J'y songe à tout moment.

Oronte

Ayant devant les yeux un si parfait modèle, Vous nous ferez au moins une stance assez belle, Et quand devant Olympe Ariste les dira, C'est pour moi seulement que le fat parlera.

Climante

Ou plutôt pour moi seul.

Oronte

S'il n'était nécessaire Que d'écrire à Bordeaux, que par l'autre ordinaire, Je vous épargnerais la peine de rimer, Et de feindre qu'Olympe aurait pu vous charmer.

Climante

Je sais ce qu'elle vaut.

Oronte

C'est un astre visible.

Climante

Vous parlez en amant.

Oronte

Et vous en insensible.

Climante

J'ai des yeux qui sont bons, et connais ses appas.

Oronte

Vous les connaissez mal !

Climante

Vous ne m'entendez pas. Et ne comprenez point de quel air je l'honore.

Oronte

C'est peu que l'honorer, il faut que l'on l'adore.

Climante

M'en dussiez vous haïr, je puis vous assurer, De ne dire jamais que je veux l'adorer. Sachons plutôt comment je ferai mon ouvrage.

Oronte

Mais la voici qui vient avec le personnage.

Scène 3

Oronte, Olympe, Ariste

Oronte

Vous trouver sans Lisette, et de plus avec lui ?

Olympe

Je voudrais y pouvoir être tout aujourd'hui En est-ce assez ?

Oronte

C'est trop ; mais dans la promenade, De quoi vous parlait-il ?

Olympe

De donner sérénade.

Oronte

Quand ?

Ariste

Un de ces matins.

Oronte

Sans faute ?

Ariste

C'en est fait.

Oronte

S'il n'a dit que cela, je reste satisfait ; Mais il a l'autre jour promis la comédie, Et ne s'en souvient plus, il faut que je le dise.

Ariste

Ne tâchez point par là de me perdre d'honneur, Je m'en dois souvenir si j'en fais mon bonheur Si vous voulez demain venir voir Rodogune ; Les vers en sont fort beaux, l'intrigue peu commune, Et surtout cette mère a de grands mouvements.

Olympe

Encor dites nous en quelques beaux sentiments.

Ariste

Il ne m'en souvient plus.

Olympe

Mais encore ?

Oronte

De grâce.

Ariste

Je sais bien qu'elle dit mes enfants prenez place.

Oronte

Au moins je la veux voir et Pancrace avec moi.

Ariste

Allez je vous réponds de la loge du Roi Vous verrez mon crédit.

Oronte

Surtout la sérénade.

Ariste

Vous m'y verrez moi-même ou je serai malade.

Scène 4

Oronte, Olympe, Climante

Oronte

Ces vers pour un jaloux ...

Olympe

Il me les a promis. Hé bien !

Oronte

Pour vous louer on trouve des amis. Climante prend sur lui cette charge agréable, D'autant plus aisément que l'objet est aimable.

Climante

Que dirai-je pour être en tous vos sentiments, Dites moi...

Oronte

Nommez vous le Phoenix des amants ? Et pour jouer Ariste avec un peu d'adresse, Traitez moi de jaloux auprès de ma maîtresse, Dites que ma présence est cause quelquefois Que vous avez perdu l'usage de la voix : Et que mourant d'amour auprès de cette belle, Vous n'osez témoigner la moindre ardeur pour elle ; Mais surtout que ce soit sous des noms empruntés.

Climante

A la fin je conçois ce que vous souhaitez, Je dois parler ainsi faisant parler Ariste Qui récitant ces vers sous le nom de Caliste, Croyant parler pour soi fera l'amour pour vous, Et sera par ce trait l'amant et le jaloux.

Oronte

D'une mauvaise adresse avec celle que j'aime, En me croyant jouer, il se jouera lui-même.

Olympe

Quel plaisir de lui voir contrefaire le fin ?

Oronte

Au moins nous en rirons.

Climante

J'y vais mettre la main, Un tour dans cette allée achèvera l'ouvrage. L'agréable travail où mon rival m'engage !

Scène 5

Oronte, Olympe

Oronte

Hé bien commencez vous de respirer ici, Et pour moi votre esprit n'est-il pas adouci ?

Olympe

Dans la mélancolie où vous m'aviez plongée, Je confesse qu'enfin je vous suis obligée ; Et pour me divertir tant de bons traitements, Ont bien droit d'effacer mes mécontentements.

Oronte

Après l'enlèvement que l'amour me fit faire, Mon respect est si grand, qu'il n'est pas ordinaire, Et loin de vous presser,

Olympe

Je le reconnais bien. Aussi ne pensez pas qu'il ne serve rien, Et tenez assuré qu'une âme généreuse En payant un bienfait se tient toujours heureuse. Vous prenez trop de soin pour chasser mon ennui Ariste...

Oronte

Il faut lui faire une pièce aujourd'hui. Dites lui que ce soir je dois souper en ville, Que de vous voir la nuit il sera très facile ; S'il veut entrer chez vous sous l'habit d'un archer Pendant Climante et moi nous irons nous cacher, En ces logis voisins de la Conciergerie, Où des gens apostez pour cette raillerie De ce déguisement lui demandant raison Feindront de le vouloir mener dans la prison ; Et nous qui paraîtrons dedans cet intervalle L'ayant tiré des mains de ceux de la cabale, Le bernerons d'avoir hasardé son trépas, Pour vous aller trouver lorsque je n'y suis pas.

Olympe

Mais archer ?

Oronte

Dites lui que c'est le mieux du monde Puisque dans ce quartier le Guet faisant sa ronde, Il peut roder ici sans être reconnu.

Olympe

Mais ces archers...

Oronte

Sauront ce qu'est cet ingénu.

Scène 6

Olympe, Oronte, Climante

Olympe

Climante vient.

Oronte

Hé bien la Stance est-elle faite ?

Climante

Non, j'ai trouvé là bas Pancrace avec Lisette Qui se parlaient si haut que troublant mon objet Je n'ai pu seulement qu'en tracer le projet. À peu près en ces mots, j'exprimerai sa flamme, Il n'est rien de si beau que les yeux de Madame, Ces charmants ennemis de notre liberté Sont les divins auteurs de ma captivité, Et tout ce que la Terre a de plus admirable Ne saurait égaler ce chef-d'oeuvre adorable : Aussi mes seuls respects, mes pleurs, et mes soupirs Seront les confidents de mes brûlants désirs, Et par quelques endroits que mon coeur soit sensible, Je souffrirai mon mal sans le rendre visible, Et dévorant les feux dont je suis consommé Mourrai sans m'expliquer devant l'objet aimé ! Trop heureux ! Si l'amour dérobait à ma vue Un jaloux obligeant dont le regard me tue, Qui d'un zèle importun et d'un soin odieux M'accompagne sans cesse, et m'observe en tous lieux, C'est le supplice affreux dont un destin contraire Punit les beaux excès d'un amour téméraire, C'est l'obstacle éternel qu'oppose à mes désirs Le mortel ennemi de mes plus doux plaisirs, Et dedans les transports de l'ardeur qui m'enflamme, C'est l'effroi de mes yeux et l'horreur de mon âme !

Oronte

Nous en aurons tantôt un plaisir assez doux ; Mais redonnez encor quelque touche au jaloux.

Olympe

D'effet, redonnez lui quelque nouvelle touche.

Oronte

L'arrêt est prononcé d'une trop belle bouche, Tenez donc pour certain que vous m'obligerez D'en dire plus de mal que vous n'en jugerez, Plus vous lui donnerez moyen de nous en dire, Plus vous nous donnerez sujet de nous en rire.

Olympe

Il croira vous jouer sous ce nom de jaloux.

Oronte

C'est en quoi le plaisir en doit être assez doux.

Climante

En effet nous verrons travailler sa finesse Pour dire je vous aime, avec un peu d'adresse, Et pour accompagner ces discours amoureux D'un geste et d'un regard qui vous parlent comme eux.

Oronte

Passant pour le plus fin dedans sa fantaisie, Quel plaisir de lui voir blâmer la jalousie, Et de notre équivoque ignorant tous les noeuds Se jouer de lui-même en riant de nous deux ?

Climante

Je le crois déjà voir pour peu qu'il réussisse Devenir glorieux d'un mauvais artifice Alors qu'il vous dira, j'adore vos appas. Je vous parle d'amour, et l'on ne m'entend pas Dans les divers efforts du feu qui me dévore, Je puis en liberté dire, je vous adore, Et mon bonheur enfin va jusqu'au dernier point, Puis qu'un rival m'écoute, et ne me comprend point. Ce sont les mêmes mots que je veux qu'il vous die.

Olympe

L'équivoque en plairait dans une Comédie.

Oronte

Mais souvenez-vous en, et ...

Climante

Je vous le promets.

Oronte

La Dupe s'en rira.

Climante

Le trait n'est pas mauvais.

Olympe

Ce pendant que dirai-je à cet amant fidèle ?

Oronte

Que d'une forte ardeur vous payerez son zèle, Et récompenserez ses amoureux désirs De tout ce que l'honneur vous permet de plaisirs.

Olympe

En tenant ces discours que sa prudence est forte !

Climante

Qu'elle m'obligera lui parlant de la sorte !

Oronte

Dieux ! Que j'aurai de joie en l'entendant parler !

Olympe

Que j'aurai du plaisir à bien dissimuler !

Climante

Que de ces mots adroits je lui suis redevable !

Oronte

Mais allez commencer cet intrigue agréable, Cependant que flatté d'un assez bon succès J'écrirai pour savoir l'état de mon procès.

Climante

Puisque mon rival veut que je parle, et que j'ose, Il aura beau plaider, je gagnerai ma cause.

Olympe

Et de tout ce que j'aime ayant eu l'entretien Vous pourrez tout gagner sans que j'y perde rien.

Climante

Enfin je puis parler, et mon bonheur ...

Olympe

De grâce, Ne continuez point, je vois venir Pancrace, Que pour me délivrer il vient bien à propos !

Climante

Faut il que ce brutal traverse mon repos ?

Scène 7

Lisette, Pancrace

Lisette

Quoi, pour moi ta folie est toujours sans pareille.

Pancrace

Ah ! Cruelle ! Ah ! Bacchante ! Ah ! Scythique merveille ! De l'élément nitreux le monstre le plus fier Se rendrait plus sensible en m'écoutant prier, Le discourtois Sarmathe, et le froid Sycophage Auprès de ton humeur n'ont rien qui soit sauvage ; Le Sipille, ou Niobé, à l'âme de rocher, Du vent de mes soupirs se laisserait toucher. Ô Carybde amoureux ! Où je prévois l'orage. Ô Scylla dangereux où je ferai naufrage ! Ô bel oeil sanguinaire ! Aimable Lestrigon, Qui surpasses en force et Briare, et Typhon, Aspre aimant de mon coeur, adorable Cyclope ! Qui n'eut pas épargné l'amant de Pénélope, Et veux ensanglanter les myrtes glorieux Que cueille dans Paphos un coeur victorieux, À la fin tu me vois loin des ports et des rades. À travers des écueils au dessous des Pléiades Sans que j'y puisse avoir de plus doux réconfort, Que d'être auxilié par les traits de la mort, Cruelle, arrête un peu ! Ces regards homicides. Sont bons dans le Cocyte aux yeux des Euménides, Mais toi ?

Lisette

Le bel amant avec son poil grison !

Pancrace

Je puis me rajeunir mieux que ne fit Éson, Et domptant la rigueur des fières destinées Dérober à Cloton le fil de mes années Par la rare vertu d'un savoir dominant, Je confondrai mon être avec l'Altitonant : Et joignant le principe à sa cause première, J'emprunterai d'un Dieu l'éclat et la lumière Et devenu divin par sa réflexion, N'irai jamais de l'être à la privation.

Lisette

Tu n'es qu'un cajoleur avec tes balivernes !

Pancrace

Je suis sot en effet souffrant que tu me bernes, Mais Ovide m'apprend dedans son art d'aimer Qu'au véritable amant rien ne doit être amer : Aristote m'a dit que notre âme enflammée Doit bien moins vivre en nous que dans la chose aimée. Épicure a voulu que l'esprit de l'amant Fît voeu d'être sensible aux plaisirs seulement. Platon a souhaité que notre âme obsédée Se donnât toute entière à cette belle idée, Et moi qui les connais, et qui vaux mieux qu'eux tous Je veux tout endurer et tout souffrir pour vous.

Lisette

Le bel ameublement qu'un amant à calotte Voyez ce qu'il veut dire avec son Aristote, Sa piqure à Ploton, et ses brides à veaux, Que croit-il attraper avec ces mots nouveaux ? Vraiment vieux Rocantin vous me la baillez bonne, Ou ne haranguez point, ou ne raillez personne, Car si je ne suis pas la perle de Paris, Vous ne devez pas croire être le beau Paris.

Pancrace

Celle qui descendit de la voûte étoilée Pour se faire admirer aux noces de Pelée, Et fut après porter dessus le mont Ida, Le fameux différent que ce Grec décida, N'avait pas plus que vous d'appas hiéroglyphiques Pour donner à mon coeur des coups symptomatiques, Et celle qui fuyant les bras de Ménélas Réduisit Ilion à dix ans de combats, Et chassant de Priam les Lares domestiques Attacha son génie à des destins tragiques, Eût moins fait que vos yeux d'efforts herculiens, Et n'aurait jamais pu me donner des liens, Car ce coeur que j'ai mis au rang de vos conquêtes En bonnes qualités est un hydre à cent têtes, Et quand de ses vertus un gros est abattu, Il en renaît un autre avec plus de vertu. Jugez s'il est aisé de lui donner la gêne, Et ce que peut l'objet qui le met à la chaîne ?

Lisette

Moi ! Je pourrais aimer ce nez de harlequin, Ce poil de goupillon, et cet oeil de Bouquin Pour attraper la miche allez à l'autre porte.

Pancrace

Aimable et cher objet, traitez moi d'autre sorte, L'ironie est choquante à l'esprit d'un amant Qui n'a pas reconnu qu'on l'aime infiniment, Après l'énormité de cette catachrèse, Qu'un propos moins acide en ma douleur m'apaise Et qu'un trait de vos yeux me redonne le jour. Cette vicissitude est plaisante en amour, Que si vous affectez de parler par figure, Ou que vous en usiez par instinct de nature, Chérissez l'antithèse, et pour parler d'amour, Prenez la tapinose, et l'énigme à son tour, Le Sarcasme est plaisant, fuyant le Kacozelle, L'apophtegme est savant, et l'hyperbole est belle, Alors ...

Lisette

Adieu, Docteur.

Pancrace

Écoute ma raison. Un mot.

Lisette

Il faut aller balayer la maison.

Pancrace

Hélas ! Je voudrai bien que ton âme abstersive Chassât loin de mon coeur une douleur trop vive, Et qu'en y balayant des tristesses d'amour, Tu le fisses passer de la poussière au jour !

Lisette

Bon, mais il faut aller faire mettre sur table.

Pancrace

Hélas, fais bien plutôt repaître un misérable ! Et de mille douceurs lui faisant un festin, Fais le vivre d'amour, et change son destin !

Lisette

Il faut que j'aille enfin ...

Pancrace

Quoi, poignarder Pancrace ?

Lisette

Faire allumer du feu dans la salle ;

Pancrace

Ah, de grâce ! Ma chère Dulcinée, attends encor un peu, Et loin de t'en aller faire allumer du feu, Apaise dans mon coeur la dévorante flamme Qui met mon corps en cendre, et consomme mon âme !

Lisette

Bon Dieu ! Je n'ai pas fait nettoyer le jardin, Monsieur criera tantôt.

Pancrace

Tu veux t'en fuir en vain, Et tu dois bien plutôt par ta grâce divine Arracher de mon coeur les soucis et l'épine, Et ne pas endurer qu'un chardon rigoureux Se trouve avec le myrte, et le trèfle amoureux.

Lisette

Il faut faire apporter de l'eau de la fontaine, La rivière est mauvaise.

Pancrace

Hélas ! Belle inhumaine, Tu peux te satisfaire après tant de douleurs, Et ne prendre de l'eau qu'au torrent de mes pleurs, Mes yeux sont d'un canal l'inépuisable source : Et toi seul as pouvoir d'en arrêter la course ; Mais je ne parle plus qu'à la fille de l'air ! Elle a fermé l'oreille, et vient de s'en aller : Allons chercher l'écho de quelque antre sauvage, Et plaignons nous à lui d'un si sensible outrage.

Acte III

Scène 1

Climante, Olympe

Climante

En vain j'ai pratiqué tout ce que la prudence, A de plus réservé dedans sa confidence ; En vain j'ai modéré toutes mes passions Par la sage froideur des circonspections ; Et concerté mon coeur avecque mon visage, Pour ne rien découvrir de l'ennui qui m'outrage : En vain d'un jeune ami j'évente le secret, En vain je l'introduis à titre d'indiscret, Et le rends parmi nous un objet de risée ; Puis qu'enfin ma douleur n'en est pas apaisée, Et que je ne saurais trouver un seul moment, Pour vous entretenir et vous voir librement.

Olympe

Feignons ... Quelle raison vous oblige à vous plaindre ? Ne me voyez vous pas si souvent me contraindre Quand je prête l'oreille à ce jeune innocent Qui m'explique vos maux par les peines qu'il sent ! C'est par votre moyen que j'apprends de sa bouche Le mal que nous souffrons lorsque l'amour nous touche ! Et quand mourant du trait dont il nous sut piquer, On parle par énigme au lieu de s'expliquer ! Je bénis toutefois un si beau stratagème Qui me donne moyen de voir celui que j'aime ! Et le voir d'autant mieux que j'en prends pour témoins Ceux qui font les plus fins et qui le sont le moins. Ainsi donc puisqu'Ariste à toute heure me presse, Qu'il me suit en tous lieux et me parle sans cesse ; Pourquoi vous plaignez vous de me parler si peu Moi qui brûle au moment que vous êtes en feu ?

Climante

Vous ayant fait résoudre à cette complaisance, D'ouir un ingénu parler de ma souffrance ; C'est assez en effet du bien que je reçois Lorsque j'oblige un autre à vous parler pour moi.

Olympe

Ainsi vous agirez d'un air prudent et sage Et me donnerez lieu de vous voir davantage ; Car enfin il suffit qu'Ariste en ses discours Me parlant de ses feux m'explique vos amours. Le sot a mes faveurs pour les rendre à Climante !

Climante

L'adresse en est subtile.

Olympe

Et n'est pas déplaisante. Donc sans faire un jaloux obligez désormais, Ariste de tout dire et ne parlez jamais !

Climante

Vous verrez mon amour dans mon obéissance.

Olympe

Rien ne me plaît de vous à l'égal du silence. Et le profond respect que vous me témoignez Découvre votre amour plus vous le contraignez.

Climante

Voyez le donc souvent, cet Ariste !

Olympe

Ah Climante ! Qu'il ne me quitte point et j'en serai contente !

Climante

Tout importun qu'il est, endurez ses soupirs !

Olympe

Je puis bien l'endurer s'il sert à mes plaisirs.

Climante

C'est en quoi je vous suis doublement redevable.

Olympe

C'est seulement à moi que je suis favorable.

Climante

Que dois-je repartir à ce discours flatteur ?

Olympe

Au moins s'il ne vous flatte, il est parti du coeur.

Climante

Que je ressens de joie en ces douces contraintes !

Olympe

Que de douceurs amour accompagnent tes feintes !

Climante

Nous vivons sans donner aucun soupçon de nous.

Olympe

Nous nous aimons tous deux sans faire des jaloux.

Climante

Donc pour continuer à soulager ma peine Flattez un ingénu d'une espérance vaine ; Et d'un peu de faveurs veuillez le consoler ; Afin qu'il ait toujours dessein de vous parler.

Olympe

Pour avoir ce plaisir par une adresse extrême, Vous me verrez cent fois lui dire que je l'aime.

Climante

Si vous continuez vous me rendrez confus.

Olympe

Vous me verrez toujours la même que je fus.

Climante

Ariste... Quelqu'un vient ? Rencontre déplaisante !

Olympe

Pour me dire le reste, envoyez-le, Climante !

Scène 2

Lisette, Olympe, Climante

Lisette

Un marchand du Palais demande à vous parler.

Olympe

Qu'il attende !

Lisette

Il paraît pressé de s'en aller.

Climante

Qu'il revienne tantôt ; ne plaignez point ses peines.

Lisette

Un linger vient d'entrer avec des points de Gênes.

Olympe

Qu'il s'en aille ! J'irai le voir en sa maison.

Lisette

Le renvoyer cent fois c'est être sans raison ! On n'a point de pitié des pauvres gens !

Olympe

Lisette ! J'y vais ? c'est m'épier d'une façon adroite.

Climante

Encore un surveillant ?

Scène 3

Pancrace, Climante, Olympe, Lisette

Pancrace

Quatre mots, s'il vous plaît. Mon maître vous expecte, et dit que tout est prêt : Qu'il a vu les archers, et qu'il est tantôt l'heure D'attendre le badaud.

Climante

Nous rirons, ou je meure. Allons Madame !

Olympe

Allons.

Pancrace

Quoi sans amour toujours ?

Lisette

Adieu je ne veux point ni d'amant ni d'amours.

Pancrace

Mais ce grand Dieu pourtant anime toutes choses, L'être, aime son principe, et les effets leurs causes La nature l'instinct, l'astre son ascendant, La matière la forme, et le corps l'accident. Lui seul fit ce grand tout, de contraires parties, Calma les éléments dans leurs antipathies : Et formant l'union de leurs diversités, Sut faire un composé des quatre qualités.

Lisette

Mais au moins ...

Pancrace

Le soleil amoureux de la terre, En tire les vapeurs dont il fait le tonnerre ; Et la décharge ainsi des esprits empestés Qui pourraient l'infecter ou ternir ses beautés L'hiver que nous croyons l'ennemi de nature, Est de sa passion la vivante peinture. Et dessous les glaçons, la neige et les frimas, Tient en bride le feu qui s'exhale d'en bas ; Et l'ayant condensé fait germer la semence, Qui nous donne les fruits, et produit l'abondance. C'est l'esprit animant de l'être sensitif, Et du rationnel et du végétatif.

Lisette

Adieu.

Pancrace

Les vents qui font trembler les Néréides, Les obligent d'aller dans leurs grottes humides, Pour y ressusciter les tritons langoureux, Et piquer les poissons d'un instinct amoureux. Les arbres aiment l'air, et leurs têtes superbes, Faisans hommage au ciel, parlent d'amour aux herbes. Bref tout ce qui subsiste, ou ce qui voit le jour, Reconnaît la nature, et conçoit de l'amour.

Lisette

Tout ce que tu me dis ne servira de guère.

Pancrace

Que s'il faut m'abaisser aux exemples vulgaires, Et me servir ici des termes triviaux, Tu connaîtras qu'en tout je n'eus jamais d'égaux. Les poissons aiment l'eau, l'oeil aime la peinture, La terre les métaux, les plantes la verdure ; L'ombre chérit la nuit, le silence les bois, Les rochers les déserts, et les échos la voix, Le dauphin la baleine, et la conque la perle, Le singe la guenon, et la grive le merle, La chienne le mâtin, la félice les chats, La fourmi son semblable, et les souris les rats, L'éperon la mollette, et le fourreau l'épée, L'écuyer son cheval, et l'enfant sa poupée ; Et moi qui suis docteur in utroque juré, Je n'aime que toi seule, ou le bonnet quarré.

Scène 4

Pancrace

Pancrace

Mais quelqu'un vient ici, fuyons.

Scène 5

Ariste, Olympe

Ariste

La nuit est sombre ; Et je puis m'introduire à la faveur de l'ombre ; Chut ; l'on ne m'entend point, hem, hem.

Olympe

Je suis à vous.

Ariste

Hé bien !

Olympe

Ils sont allez faire les loups-garous, Et croient vous jouer une pièce excellente.

Ariste

Pour les contre-jouer d'une façon galante, J'ai fait au lieu de moi déguiser Jodelet, Qui loin de vous porter un amoureux poulet, Tient un écrit tout plein d'excuses ingénues Pour ne pouvoir venir à ces heures indues, Où je vous dis qu'étant fort brave cavalier Je ne veux rien de vous de si particulier : Et que craignant de voir votre amitié bornée Lorsque je ne viens pas suivant l'heure donnée, Pour rendre en ma faveur votre esprit adouci, J'ai fait des bouts rimés, que j'ai décrits aussi.

Olympe

Ils les y surprendront.

Ariste

Par cette raillerie, J'enchéris galamment dessus leur fourberie ; Car enfin ces badauds en m'en tenant plus sot Ne me croiront pas homme à vous dire le mot ; Et me voyant aimer avec tant d'innocence, Me laisseront enfin agir sans défiance.

Olympe

Voyant votre valet ils seront bien trompés.

Ariste

Et ceux qui le prendront encor plus attrapés.

Olympe

Ils pensent qu'ils feront manquer la sérénade, Et qu'ils vous berneront après cette cassade.

Ariste

Je tiendrai ma parole et les duperai tous, Mais quand pour me jouer ils s'éloignent de nous, Profitons de ce temps et jusqu'à l'heure expresse Que vous savez qu'il faut, que Jodelet paraisse. Trouvez bon que mon âme en ses justes désirs Donne quelque passage à mes brûlants soupirs, Et que dans les excès du feu qui la dévore Elle vous fasse voir comme elle vous adore, Et ne soutient jamais votre divin aspect, Sans changer son amour en un profond respect.

Olympe

À des conditions je veux vous le permettre.

Ariste

Qui sont ?

Olympe

De me montrer les vers de votre lettre.

Ariste

Le cachet ?...

Olympe

Mais par coeur vous le devez savoir !

SONNET.

Ariste

Pour m'en ressouvenir je ferai mon pouvoir. J'y suis...les rimes sont figue, jaloux, et ligue Verrous et brigue et choux intrigue avec filous Et bête avecque fête et maison et monnaie Et les deux derniers sont oison avecque joie. Puis je mieux m'expliquer à moins que je le nomme ?

Olympe

Je les trouve trop beaux pour sentir le jeune homme. Ôtez les...

Ariste

C'est en vain que vous vous alarmez !

Olympe

Pourquoi ?

Ariste

Ne craignez rien ce sont vers imprimés Et j'avais concerté cette seconde adresse, Pour les duper encor avec plus de finesse, Et m'établir chez eux pour fat au dernier point.

Olympe

Sans mentir votre esprit.

Ariste

Ne complimentons point. Et pendant qu'on prendra Jodelet pour son maître Le menant à l'endroit où les fins doivent être : Puisqu'il leur faut du temps pour aller et venir, Servons nous en du moins pour nous entretenir.

Scène 6

Jodelet

Jodelet

Amour jeune falot, petit monstre fantasque, Qui pour nous attraper court toujours mieux qu'un basque; Et faisant de nos coeurs un amoureux tison, Mets enfin tôt ou tard le feu dans ta maison ; N'es-tu pas satisfait de me voir de la sorte ? Ne ris-tu point de voir les armes que je porte ? Et n'es-tu pas enfin un plaisant maroquin De m'avoir engagé dessous ce casaquin ? Par toi je suis archer, mais un archer sans gage, Par toi je suis soldat, mais soldat sans courage ; Par toi je suis amant mais amant sans amour ; Et par toi je produis sans mettre rien au jour ; D'un jeune enamouré qui va voir sa donzelle Sans être en faction je suis la sentinelle ; Et des pièces d'amour, dont il est l'inventeur, Je serai la machine alors qu'il est l'acteur : Je suis par le secret de cette hallebarde Caporal, et sergent, soldat et corps de garde ; Et seul faisant le tout dans un si bel emploi Toute la compagnie est au-dessous de moi ; Mais sais-je bien jouer de cette arme ferrée Qui chez nos bons bourgeois est si considérée ? Et que mon vieil voisin appelle un bon bâton ? Au diable, je me suis écorché le menton : Et pour peu que je veuille en faire davantage Je reconnaîtrai bien que je ne suis pas sage. Si faut-il toutefois faire le moulinet, Hé bien ! le tour est vite et l'écart est bien net ; J'y suis un peu gruyer, et j'en ferais la nique Au plus mauvais garçon des courtaux de boutique. Mais à quoi m'amusai-je, amour peste aux écus Petit cousin germain du bon père Bacchus ; Qui force les clients qui voguent sous ton aile À prendre un vomitif qui vide l'escarcelle ; Fais couler jusqu'à moi quelques méchants ducats ! Donne moi le moyen d'aller vider les plats Et d'aller m'esbaudir avec le Dieu des pintes Et te sacrifier des chants au lieu de plaintes Exauce mes souhaits, amour écoute moi Puisque je suis archer aussi bien comme toi ; Nous sommes compagnons et devons ce me semble Travaillant l'un pour l'autre, aider qui nous ressemble ! Nous de la ressemblance, Ah fat au dernier point ! J'ai des yeux qui sont bons, et toi tu n'en as point ! D'un cocuage encor nul mari ne me blâme, Et ma mère après tout est fort honnête femme. Non, non je suis archer, tu n'es qu'un archerot ; Je suis fort honnête homme et tol tu n'es qu'un sot. Au diable soit l'amour, avec la hallebarde !

Scène 7

Un Vieil Caporal, Jodelet, Caporal S'avance Avec Sa Lanterne, Caporal

Un Vieil Caporal

La Verdure.

Jodelet

Motus.

Un Vieil Caporal

Venez au corps de garde ?

Jodelet

Commande à tes valets.

Un Vieil Caporal

Si je vais jusqu'à vous Dans ma mauvaise humeur je vous rouerai de coups. Ces fainéants s'en vont, et font les galants hommes. Chacun veut être maître en ce siècle où nous sommes, Il semble que le mal ne soit que pour les vieux.

Jodelet

Ce vieillard à l'entendre est bien séditieux !

Un Vieil Caporal

Vous le dirai-je encor,

Jodelet

Qu'il aime la querelle !

Caporal S'avance Avec Sa Lanterne

Voyons, qu'attends-tu là ?

Jodelet

Je fais la sentinelle. Peste !

bas

Caporal

Ce n'est pas lui, je le reconnais bien ! Ton nom ?

Jodelet

C'est Jodelet,

Caporal

Et que fais-tu là ?

Jodelet

Rien.

Caporal

À quoi bon cet habit ?

Jodelet

C'est pour servir mon maître.

Caporal

C'est un voleur, suis moi.

Jodelet

Je ne suis pas si traître. Ne vous l'ai-je pas dit, je suis en faction.

Caporal

Mais nous voulons savoir quelle est ta fonction ? Et pourquoi ?

Jodelet

Quelque sot s'en irait vous le dire.

Caporal

Ce matois fait le fol ! Il n'est pas tant de rire. Sors de là !

Jodelet

J'y serais jusqu'à demain matin. A d'autre, vieil ami, vous m'éprouvez en vain : Je n'en branlerais pas pour gagner un Empire. Dieu vous doint tout le bien que votre coeur désire, Encor, Dieu vous assiste, et bonsoir.

Caporal

Grand merci. Qu'il prenait bien son temps, pour s'évader d'ici ! Il me faut suivre ami.

Jodelet

Le Belaud, qu'il est drôle !

Caporal

Pourquoi m'as tu donné ce coup dessus l'épaule ?

Jodelet

Pour mon plaisir.

Caporal

C'est trop endurer de ce sot. Hola, quelqu'un à moi.

Jodelet

Ventre, ne dites mot ! Vous pourrez par ce bruit faire tort à mon maître.

Caporal

Hola hé !

Jodelet

Par la mort.

Caporal

Qu'on saisisse ce traître !

Jodelet

Ne parlez pas si haut, amis vous êtes vous. Mon maître...

Caporal

Il faut marcher.

Jodelet

Quelle grêle de coups ! Au meurtre, l'on m'assomme, on me vole, on me tue ! Au diable soit l'amour, la maison et la rue ! Lettres, message, ami, maîtresse, casaquin, Sentinelle, poignard, hallebarde et rouquin.

Acte IV

Scène 1

Oronte, Pancrace

Oronte

Je te l'ai déjà dit, fais donc ta diligence ; Je viens de recevoir nouvelles de Provence Que l'on se peut douter du chemin que j'ai pris. Tiens tout prêt.

Pancrace

Sans regret je quitterai Paris. Ce climat tempéré n'est bon qu'au cocuage.

Oronte

Cesse, pour engager Olympe en ce voyage Demain seul avec elle allant me promener Auprès de Saint-Denis tu nous feras mener Quatre chevaux tous prêts pour rejoindre aux deux nôtres, Puis...

Pancrace

Et moi ?

Oronte

Tu viendras après avec les autres Feras monter mes gens, prendras soin de mon train, Mettras ordre partout, et suivras mon chemin : De plus ayant besoin de déguiser l'affaire Dans chaque hostellerie il te faut dire père De la jeune beauté que j'emmène avec moi ; C'est dans ces tours d'esprit que j'ai besoin de toi.

Pancrace

Comme un caméléon.

Oronte

Je t'entends cher Pancrace. Si dés lieux où je vais quelqu'un suivait la trace Apprenant en l'état qu'on m'aura vu passer Par ce déguisement il peut s'embarrasser : Le nom de père enfin....

Pancrace

La fourbe est assez bonne.

Oronte

Moi pour ne témoigner mes desseins à personne, Je vais avec Climante encore raisonner Pour berner notre fat, qui s'apprête à donner Dans deux heures d'ici sa belle sérénade.

Pancrace

À faute de dormir vous vous ferez malade.

Oronte

N'importe, mais surtout choisis un bel habit, Pour jouer comme il faut le rôle que j'ai dit. Entre, Climante vient.

Scène 2

Oronte, Climante

Oronte

Hé bien ! S'en raille-t-elle ?

Climante

Oui de nous voir trompés.

Oronte

Ô l'amant plain de zèle ! Qui n'ose venir voir sa maîtresse le soir ?

Climante

Qu'importe, il envoyait son valet pour la voir.

Oronte

Vraiment c'est un galant qui se sent des écoles.

Climante

Encor que dites-vous de ces belles paroles, Dont sa lettre est remplie ?

Oronte

Et des vers imprimés ?

Climante

C'est le plus grand des sots que nature a formé.

Oronte

Il le faut achever avec la sérénade.

Climante

Sans doute il y fera quelque bonne incartade.

Oronte

Il s'y faut préparer.

Climante

Le tour sera d'esprit.

Scène 3

Oronte, Lisette

Oronte

Dis nous que fait Olympe à présent ?

Lisette

Elle écrit.

Oronte

Il faut voir ce que c'est.

Lisette

Ne faisant que d'écrire, Je vous cherchais partout afin de vous le dire.

Oronte

Tu m'obliges.

Lisette

Je suis entièrement à vous.

Oronte

Allons.

Lisette

Ai-je dessein de mourir de la toux ? Et la fraîcheur qui vient de l'air et de la terre Pourrait-elle être bonne à guérir mon cathere ? Moi chercher un valet ! Et me mettre en danger, En perdre pour le voir, le boire et le manger, Avoir martel en tête, et la puce en l'oreille ; Dont le bourdonnement à toute heure m'éveille, Et m'amaigrit si fort qu'avant ce renouveau Je pense que les os me perceront la peau. Ah ! De dépit j'enrage, et de regret j'en pleure ; A-t-il le chien qu'il est résolu que j'en meure ? Ah folle que je suis d'aimer trop ce lourdaud ! Encor s'il était beau : mais ce n'est qu'un badaud. Et quelque long chagrin qui m'ait défigurée, Je ne suis pas si sotte et pas tant déchirée, Que je ne vaille bien un amour mutuel. Vraiment c'est bien à lui de faire le cruel, Mais c'est lui que j'entends qui nasonne et qui gronde.

Scène 4

Jodelet, Lisette

Jodelet

Oui, Jodelet sans eux tu n'étais plus au monde. Quelle commission mon maître me donna ? Et m'envoyer encor nonobstant tout cela Attendre ici des gens pour donner sérénade.

Lisette

Roder ici la nuit, tu te feras malade.

Jodelet

Je viens attendre ici des suppôts de l'archet.

Lisette

Que ne viens-tu pour voir celle qui t'y cherchait ?

Jodelet

Que l'on me cherche ou non, ma foi pour te le dire, Laisse-moi, l'on n'est pas toujours d'humeur à rire.

Lisette

Te priant d'arrêter tu me refuserais ?

Jodelet

Je voudrais t'obliger, mais je ne le saurais.

Lisette

À d'autres yeux qu'aux tiens je ne suis pas tant laide.

Jodelet

Pour me guérir d'amour tes yeux sont un remède.

Lisette

Si mes yeux sont ardents et sont rouges de feu, C'est de celui d'amour.

Jodelet

De grâce éteins-le un peu, Avec le vermillon dont ton oeil gauche éclate Tu pourrais d'un regard me teindre en écarlate. Trêve de compliment.

Lisette

Ô mon cher Jodelet, Mon bedon, mon fanfan, mon poupon, mon valet.

Jodelet

Ah ! Ne me touche point avecque tes mains sales.

Lisette

Es-tu si délicat ?

Jodelet

Peste, je crains les galles.

Lisette

Écoute encor un mot.

Jodelet

Parle donc !

Lisette

Mais...

Jodelet

Hola. Adieu ton mot est dit.

Lisette

Pour t'arrêter donc-là, Je t'en conjure enfin par ces franches lippées, Par ces bribes de pain dedans le pot trempées, Par ces soupers gardés, quand tu venais si tard, Et que dessous mon nom je faisais mettre à part ; Par ces deux bouillons faits quand tu pris médecine Un jour que je te vis malade en la cuisine : Bref, par tout ce qui peut d'un gosier altéré, Plus que l'or et l'argent être considéré. Hélas ! pour adoucir ton humeur rogue et fière Que le ciel ne m'a-t-il fait naître sommelière, Peut être que l'arbois, le grave et le muscat Ne te permettraient pas d'être si délicat.

Jodelet

En as-tu ?

Lisette

Non.

Jodelet

Adieu, je vais coucher en ville.

Lisette

La gabatine est franche, et la ruse est subtile.

Jodelet

Tu m'as tout déchiré.

Lisette

Tu ne t'en iras point.

Jodelet

Donne moi donc de quoi racoutrer mon pourpoint.

Lisette

Ah ! Que d'or et d'argent n'ai-je une vive source, Tu pourrais disposer du coeur et de la bourse, Et je te montrerais en te saoulant de bien Que ce qui m'appartient est absolument tien. Cruel ! Loin de m'aigrir après de tels outrages Veux tu manger encor quatorze ans de mes gages ? Il n'est présents, épargne, étrennes ni profit Que mon amour n'immole à ton grand appétit.

Jodelet

Pourquoi différais-tu cette belle harangue ? Je veux aimer ton corps à cause de ta langue ; Et de quelques défauts qu'on te puisse blâmer Si tu parles toujours, je veux toujours t'aimer.

Lisette

Pancrace vient, écoute.

Scène 5

Pancrace, Jodelet

Pancrace

Elle n'est pas sortie, Mes yeux se sont trompés, j'ai mal fait ma partie.

Jodelet

Pancrace.

Pancrace

Qui va-là ? Que viens-tu faire ici ?

Jodelet

Attendre le concert.

Pancrace

Je viens l'attendre aussi. Pour aller réveiller mon maître et ma maîtresse.

Jodelet

Tu le peux sans sortir.

Pancrace

Il faut jouer d'adresse, Et ne pas témoigner que l'amour me menait ; Oui ; mais l'impatience au logis me prenait.

Jodelet

De vrai l'impatience est une étrange chose !

Pancrace

Elle perdra l'éclat de mon apothéose !

Jodelet

Sans doute, mais encor que veut dire ce mot ?

Pancrace

J'aime les curieux.

Jodelet

Je ne suis pas tant sot. Mais si tu veux parler modère toi, de grâce, Du latin j'en sais peu, mais pour du grès j'en casse.

Pancrace

L'apothéose donc est un grand changement, Qui d'un homme mortel fait un Dieu promptement.

Jodelet

Et combien vendrait-on l'once d'apothéose ?

Pancrace

Si l'homme la vendait ce serait peu de chose.

Jodelet

S'il en est sous le Ciel notre épicier en a, Il vend bien du mercure et du diapalma.

Pancrace

En voulant t'enseigner mon erreur est extrême, Mais je n'y prends pas garde, à cause que je t'aime.

Jodelet

De vrai, l'on dit qu'amour aveugle les esprits, Je crois qu'il fait du mal !

Pancrace

Tu ne t'es point mépris. C'est un ver pétillant ennemi de la joie, Qui porte un grand désordre aux régions du foie, Et qui par le venin d'un esprit sulfuré, Corrompt le meilleur sang, et le plus épuré. C'est le funeste auteur de ces tristes ravages, Qu'excitent les désirs dans le coeur des plus sages ; Et le noir séducteur des belles passions, Par où l'honneur nous pousse aux bonnes actions. Par un amas confus de flegmes et de bile, En offusquant l'organe il rend l'âme inhabile, L'attache à la matière, et fait qu'elle ne peut S'en rendre la maîtresse alors qu'elle le veut. Ce sont les sentiments, qui sont les moins vulgaires.

Jodelet

Si tu n'en sais pas plus, ma foi tu n'en sais guère. Et sans avoir appris de Grec et de Latin, Je sais bien que l'amour n'est qu'un fils de putain, Qu'un rustre était aimé de Madame sa mère, Et qu'il ne fut jamais à feu Monsieur son père.

Pancrace

Ce divin forgeron, ce boiteux renommé Qui règne auprès du Styx sur un trône enfumé, Et qui prête la force au bras nerveux de Bronthe, Vit un jour forligner la Reine d'Amadonthe, Et dedans la prison des réseaux qu'il avait Fit voir à tous les Dieux l'affront qu'il recevait : Mais je soutiens enfin à tous gymnosophistes, Cosmographes du Ciel et tous mythologistes, Que l'enfant Cupidon voyait déjà le jour Quand Mars connut sa mère, et qu'il lui fit l'amour.

Jodelet

Hé bien ?

Pancrace

C'est un discours digne de ma colère D'alléguer que l'amour est né dans l'adultère ; C'est une médisance horrible aux gens d'esprit Qui savent mieux que toi ce qu'Ovide en écrit. Ce subtil scrutateur des affaires du monde Qui suivit Pythagore en sa route profonde, N'osa pas insérer cet étrange discours Dans le plaisant tissu de ses folles amours ; Ce Dieu des chantres Grecs, et ce thébain lyrique Par qui nous savons l'art de l'ode Pindarique, Soutient bien le contraire à la barbe de tous, Aussi je veux dans peu confondre ces vieux fous ; Et prenant comme Atlas le fardeau sur l'épaule.

Jodelet

C'est assez, concluons que l'amour est bon drôle. Tu te mets en colère ?

Pancrace

Est ce mal à propos ? Et l'amour n'est-il pas fils aîné de Chaos ?

Jodelet

Du chaos ! Par ma foi tu m'en fais bien accroire.

Pancrace

Hésiode t'en peut rafraîchir la mémoire, Et te faire savoir si ce sont des abus.

Jodelet

N'est ce pas cet auteur qui fait ces beaux rébus ? Hé bien, j'ai dit rébus au lieu de coq-à-l'âne. Voilà bien de quoi rire !

Pancrace

Ah ! Stupide, ah ! Profane, Nommer un philosophe un faiseur de rébus ?

Jodelet

Mais n'est-ce pas tout un, puisqu'il parlait Phébus ? Dis-en la vérité.

Pancrace

Respecte un philosophe.

Jodelet

Pourquoi le respecter s'il est de ton étoffe ?

Pancrace

Oui, mais tel que je sois, je lis dedans les Cieux, Et suis quand il me plaît dans le secret des Dieux. Je sais par quel pouvoir et par quelle aventure Ils commirent le monde au soin de la Nature, Comme ils ont inspiré le pouvoir aux agents, Éclairé les esprits de feux intelligents. Soumis l'être inhérent à sa cause première, Joint la chaleur au feu, l'éclat à la lumière. De contrariétés formé les éléments, Et de diversités fait nos tempéraments. Ce qu'une étoile peut, quelle est son influence, Comme sans nous forcer elle émeut la puissance, Et donne quelque pente à l'inclination Sans la violenter dans l'opération. Je sais comme se font les carreaux du tonnerre, Les éclipses de jour, les tremblements de terre : Ce que l'on peut trouver de soufre aux minéraux, Et ce qui peut entrer de sel dans les métaux Je connais les secrets des vertus harmoniques, Que l'âme renferma dans les corps organiques. Comme les embryons créez de sang et d'air, Après quarante jours se laissent informer : Comme elle donne au corps les ordres nécessaires, Comme se font les nerfs, les veines, les artères, Les fibres, les tendons, le sang, les ligaments, Muscles, os, cartilage, et chair, et filaments : Comme sont confondus par un lien utile L'esprit, la pituite, et le sang et la bile. Je sais que le poumon, le coeur et le cerveau...

Jodelet

Ma foi tu n'es qu'un sot !

Pancrace

Et toi tu n'es qu'un veau.

Jodelet

Va-t-en le demander à cette jeune folle Qui me dit tous les jours que je suis son idole, Et qui te tient un fol quoi que tu sois docteur ; Lisette...

Pancrace

Que dis-tu ?

Jodelet

Je ne suis point menteur.

Pancrace

Mais sachons tout de lui, Jodelet si ton âme Est flexible aux élans de l'amoureuse flamme Dis-moi ce que tu sais de Lisette et de toi ! T'aime-t-elle ?

Jodelet

Elle m'aime.

Pancrace

Ah !

Jodelet

Voilà bien de quoi.

Pancrace

Ingrate ! Préférer ses services aux nôtres. Tu l'aimes ?

Jodelet

Point du tout.

Pancrace

Mais...

Jodelet

J'en ai bien vu d'autres. Ils ont beau me prier, mon honneur m'est trop cher, S'ils veulent de l'amour qu'ils en aillent chercher, Je ne suis pas payé pour souffrir leurs fredaines, Et j'aimerais bien mieux que les fièvres quartaines Les prissent au collet, et les vinssent serrer Que de les écouter se plaindre et soupirer. L'une en vous oeilladant d'un regard ridicule Vous vient dire, je meurs, ah ! Je pâme, je brûle, J'enrage mon amour, je suis dans les transports. L'autre plus engrognée invoque mille morts, Et pour vaincre une humeur trop rebrousse et trop aigre Fait la mine d'un chat qui boirait du vinaigre, Et se met à pioller sur un ton si touchant, Qu'il ferait enrager la bête et le marchant. Je ne suis pas si sot que de croire Lisette, Elle a perdu son temps et sa fortune est faite ; Elle a beau me vouloir déchirer le manteau, M'arracher les cheveux, ou m'écorcher la peau ; On ne dira jamais dedans notre village Que j'aie démenti l'honneur de mon lignage, Et que je ne sois plus un garçon vergogneux ; Je sais ce qu'on disait de Pierrot le honteux Quand il s'amouracha de sa jeune commère.

Pancrace

Mais...

Jodelet

M'aime-t-elle bien qu'elle en parle à ma mère, Et ne prétende pas m'attraper comme un veau, Ariste me fera geôlier de son château, Où mon père possède un emploi fort honnête ; Un jour j'aurai du bien, et ne suis pas si bête Que...

Pancrace

Je ne puis penser qu'elle t'estime tant.

Jodelet

Si je t'en dis la preuve en seras-tu content ?

Pancrace

Tu ressusciteras et mon coeur et mon âme.

Jodelet

Elle dit que toujours tu lui parles de flamme ; Que pour elle tes feux sont des plus élégants, Et que tous tes discours sont bien extravagants ?

Pancrace

Ne raille point ami, dis-moi tout, je te prie.

Jodelet

Je parle tout de bon, ce n'est point raillerie ; Elle m'a dit de plus que tu veux l'épouser, Et que sur l'escalier en la voulant baiser, Tu te fis en tombant cette bugne à la temple.

Pancrace

En puis je demander une preuve plus ample ?

Jodelet

De plus elle m'a dit, mais au moins soit discret, Que de ton maître enfin lui fiant le secret, Tu lui dis que demain il devait faire gilles, Qu'il emmenait Olympe, et qu'il troussait ses quilles : En veux-tu davantage ?

Pancrace

Ah Dieux ! Je suis perdu, Je voudrais de bon coeur que tu fusses pendu !

Jodelet

Et moi pour te payer des souhaits si louables, Que ne te puis-je voir aller à tous les Diables !

Pancrace

Malheureux qu'ai-je-fait !

Jodelet

Au moins.

Pancrace

Éloigne-toi Ah ! mort.

Jodelet

Il fait le fou, le grand sot !

Pancrace

Laisse-moi. Mais j'entends quelque bruit.

Scène 6

Jodelet, Pancrace, Ariste, Climante, Premier Violon, Second Violon, Troisième Violon

Jodelet

Voici toute la bande.

Pancrace

Allons donc avertir mon maître qu'il descende.

Ariste

Voici le bel endroit, allons donnez !

Climante

Donnez.

Premier Violon

Je ne puis m'accorder tandis que vous sonnez, Un peu de patience... enfin c'est assez dire, Messieurs, écoutons-nous, il n'est pas tant de rire.

Second Violon

Votre do-la-ré-sol.

Troisième Violon

Un peu votre Emi-la.

Second Violon

Votre gé-ré-sol-ut.

Troisième Violon

Encore... m'y voilà.

Premier Violon

Êtes-vous prêts, Messieurs ? Faut-il que je commence ? Allons, c'est à ce coup.

Second Violon

Un peu de patience, Ma quarte se relâche au moins d'un demi-ton, Je suis bien.

Premier Violon

L'Allemande, allons, c'est tout de bon.

Ariste

Messieurs, ce n'est pas là ce que je vous demande, Vous jouez la bourrée au lieu d'une Allemande

Second Violon

Nous n'étions pas ici tous seuls de violons.

Ariste

Le flambeau...

Jodelet

Sus, Messieurs, montrez-nous les talons.

Ariste

Les coquins.

Jodelet

Dénichez allons, quitte la place, Ou je te casserai la tête avec ta basse.

Climante

Toi ! Si tu l'avais fait avecque ce flambeau, Je te ferais griller comme on fait un pourceau. Veux-tu voir ?

Jodelet

Ah ! Monsieur, écoutez moi, de grâce, Je disais qu'en courant, il casserait sa basse, Et parlais à mon maître afin qu'il s'apaisât.

Ariste

Monsieur, ne songez pas à ce que dis ce fat Et souffrez...

Climante

Quoi souffrir ? La plaisante boutade ! Et quel droit avez vous de donner sérénade ?

Ariste

Le droit qu'on peut avoir lorsque l'on aime bien.

Climante

Moi, j'aime plus que vous.

Ariste

Et moi je n'en crois rien.

Climante

Tout cela gît en preuve.

Ariste

Ah ! la grande bévue, Amis, retirez vous, votre cause est perdue.

Climante

Ne riez pas encore, et prouvez seulement.

Ariste

J'ai pleuré mille fois.

Climante

Et moi pareillement.

Ariste

J'ai souffert des rigueurs sans espoir de salaire.

Climante

J'ai souffert des mépris sans me mettre en colère.

Ariste

Quoi qu'une amante ait fait je n'ai point murmuré.

Climante

J'ai trouvé tout fort bon de l'objet adoré.

Ariste

J'ai couché sur sa porte.

Climante

Et moi dedans sa rue.

Ariste

J'ai fait la sentinelle.

Climante

Et moi le pied de grue.

Ariste

J'ai fait mille sonnets.

Climante

Et moi mille rondeaux.

Ariste

J'ai payé des festins.

Climante

J'ai donné des cadeaux.

Ariste

J'ai fait un grand voyage.

Climante

Et moi cent promenades.

Ariste

J'ai donné des concerts.

Climante

Et moi des sérénades.

Ariste

J'ai donné mille écus pour porter un poulet.

Climante

J'en ai dépensé deux pour gagner un valet.

Ariste

J'ai tiré pour Doris cinquante fois l'épée.

Climante

La mienne pour Philis fut cent fois occupée.

Ariste

J'ai tué pour Caliste un faiseur de oui-da.

Climante

J'en bâtis dans le cours qui disaient « La voilà ».

Ariste

J'ai presté de l'argent au mari d'Isabelle.

Climante

Je me suis laissé perdre en jouant avec elle.

Ariste

J'ai donné des galants.

Climante

J'ai donné des bouquets.

Ariste

J'ai donné cent guenons.

Climante

Et moi cent perroquets.

Ariste

J'ai donné pour le moins sept à huit cents Cassandre.

Climante

Moi cinq cents Ibrahims, et trois cents Polexandre.

Ariste

J'ai fait voir à Daphnis dix fois Héraclius.

Climante

Moi vingt fois Thémistocle, et peut-être encor plus.

Ariste

J'ai donné du jasmin dans le mois de décembre.

Climante

Dans le mois de Janvier j'en semais une chambre.

Ariste

À la foire en un jour j'ai donné cent bijoux.

Climante

Moi pour un soir au bal deux mille citrons doux.

Ariste

En cent lieux de Daphné j'ai la belle peinture.

Climante

Je l'ai de sa hauteur fait peindre en mi-nature.

Ariste

En frisure par jour dix écus...

Climante

Arrêtez, En échelle de corde il me les a coûtés, Et pour les rendez-vous.

Ariste

Trêve de raillerie. Mais puis que par l'amour ou la galanterie, Nous ne pouvons finir un combat si douteux Je sais un bon moyen pour nous régler tous deux Vous veniez divertir une jeune merveille Là dedans.

Climante

Oui.

Ariste

J'y viens pour affaire pareille. Oronte apaisera cette noise entre nous Cet homme est fort commode.

Climante

On dit qu'il est jaloux.

Ariste

Point du tout, la franchise est telle dans son âme Qu'il se tient honoré quand on aime sa femme.

Climante

Hé bien...

Ariste

Sachons de lui lequel demeurera.

Climante

Mais...

Ariste

Je le connais bien.

Climante

Tout ce qu'il vous plaira

Pancrace

Exhibez vous, Monsieur, et par quelques adages De ces périclitans, dissipez les ambages.

Scène 7

Ariste, Oronte, Climante, Pancrace

Ariste

Ami ?

Oronte

Que vous plaît-il de votre serviteur ?

Climante

Apaiser un débat dont Monsieur est l'auteur.

Ariste

C'est...

Climante

Laissez-moi conter comme s'est fait la chose.

Ariste

Je la dois réciter, puisque je la propose.

Climante

Je parlerai pourtant le premier s'il vous plaît.

Ariste

Je dirai le premier la chose comme elle est.

Climante

De grâce.

Ariste

Mais Monsieur.

Le valet est présent à cette scène mais son rôle est muet.

Climante

Mais vous avez beau dire.

Oronte

Ce plaisant différend me fait crever de rire. Qu'est ce donc ?

Climante

C'est...

Ariste

Monsieur...

Oronte

Écoutez-vous enfin, Ce débat durerait jusqu'à demain matin.

Ariste

En ces beaux jours d'été...

Pancrace

L'exorde n'est pas fade.

Ariste

Voulant me divertir à donner sérénade, Monsieur est survenu, qui dans le même instant Sans me considérer en voulait faire autant : Nous étant abordés pour finir la querelle, Nous demeurons d'accord qu'enfin le plus fidèle Et le plus vieil martyr de l'Empire amoureux Demeurerait...

Oronte

Et bien lequel l'est de vous deux !

Climante

Nous nous sommes trouvez tous deux d'égale force.

Oronte

Attendez pour finir cet aimable divorce ; Il faut avoir recours à de bonnes raisons, Veniez vous divertir quelqu'un dans ces maisons ? J'entends un bel objet qui vous chatouille l'âme.

Climante

Oui, Monsieur une fille.

Oronte

Et vous ?

Ariste

C'est une femme.

Oronte

Cette fille a son père, et qu'est-il ?

Climante

Avocat.

Ariste

Il vous fourbe.

Oronte

La vôtre est de plus grand état ?

Ariste

Elle est ou le sera femme d'un Gentil homme.

Oronte

Il n'en est point ici ?

Ariste

Plutôt que je le nomme, Jugez en ma faveur, ce Gentilhomme est vous ; Et lui qui ne sait pas comme on vit entre nous, Penserait que d'amour je serais bien malade ; Olympe étant l'objet de cette sérénade ; Je le dis en ami, cela vous ferait tort.

Climante

Ah ! C'est trop parler bas.

Oronte

Vous serez tous d'accord.

Climante

Peut-on ouïr parler d'une telle sottise ?

Oronte

Monsieur me fait l'honneur d'agir avec franchise ; Et songeant à ma femme et la nuit et le jour...

Ariste

Oronte...

Oronte

Il l'aime enfin sans lui parler d'amour.

Climante

On est souvent trompé pour être trop facile.

Oronte

Je ne crains point l'amour dans un esprit tranquille, Et je distingue bien le bon et le mauvais : Mais allez je vous laisse.

Climante

Adieu vivez en paix.

Ariste

Que de bontés ! Monsieur.

Climante

Le fat.

Oronte

Qui peut le croire ?

Ariste

Vous voyez de quel air j'emporte la victoire.

Climante

N'en ayez point d'orgueil, vous ne lui devez rien, Et ne présumez pas qu'il vous fasse du bien ; Puisque ce démêlé n'étant fait que pour rire Toujours à vos avis vous m'auriez vu souscrire ; Et sans que cet arrêt intervienne entre nous Connaissez qui je suis ?

Ariste

Ah ! Climante est-ce vous ?

Climante

C'est par l'ordre d'Olympe à qui l'affaire touche, Par cette fausse barbe, et cette balle en bouche, J'ai caché mon visage et déguisé ma voix.

Ariste

Ma foi j'y serais pris une seconde fois.

Oronte

Mais c'est perdre le temps il faut que l'on commence, Olympe nous écoute et meurt d'impatience.

Ariste

Elle pardonnera ce long retardement. Elle en est cause.

Oronte

Allons.

Climante

Qu'il parle ingénument. Il se croit obligé de ce que l'on le joue.

Oronte

Il n'en est pas au monde un plus sot.

Climante

Je l'avoue.

Ariste

Je te rends grâce Amour, je les tiens au filet, Les fourbes sont dupés, fais jouer Jodelet.

Acte V

Scène 1

Ariste, Olympe

Ariste

Madame, bénissons l'amour de Jodelet, Je devrai ma fortune aux soins de ce valet, Vous partiez...

Olympe

Sans pouvoir vous apprendre peut-être Non plus qu'à mes parents où me tiendrait ce traître.

Ariste

Il n'en est plus le temps on s'en douterait bien. Mais le déguisement du docteur...

Olympe

Ce n'est rien. Il est fait à jouer de pareils personnages.

Ariste

Tout est prêt pour punir de si cruels outrages Surtout un peu de coeur pour en venir à bout.

Olympe

Je connais votre zèle et me résous à tout.

Ariste

Madame, je voudrais que vous pussiez comprendre Quels seraient les devoirs que je voudrais vous rendre, Et qu'enfin votre esprit en peut être informé, Au moment que mon coeur se sent tout consommé, Mais c'est vouloir tenter une chose impossible, Que de rendre d'amour le bel excès visible, Puisque celui qui sait parfaitement aimer, Le ressent beaucoup mieux qu'il ne peut l'exprimer, Oui, lorsque d'un beau feu notre âme est enflammée Le respect seul en parle à la personne aimée, Et des brûlants soupirs la forte expression Est le seul truchement de notre passion, Ainsi je ne saurais que par un long silence Exprimer de mes feux la forte violence, Et mes tristes regards à travers de mes fers Ont droit seuls de parler des maux que j'ai soufferts.

Olympe

Un si profond respect est certes admirable.

Ariste

On n'en peut trop avoir pour un objet aimable : Et de quelques ardeurs que nous soyons pressés Quand on peut dire j'aime, on dit toujours assez.

Olympe

Ces concertations en un coeur tout de flamme, Ne peuvent compatir qu'avec une belle âme.

Ariste

Et les beaux sentiments que vous nous inspirez, Ne peuvent allumer que des feux épurés.

Olympe

Un coeur si généreux sensiblement me touche.

Ariste

Que la louange plaît dans une belle bouche ! Et que le plus modeste en le désavouant Paye mal les bontés qu'on montre en le louant.

Olympe

Qu'il est doux de louer, ce qu'on juge louable !

Ariste

Qu'il est aisé d'aimer ce que l'on trouve aimable !

Olympe

C'est offenser l'honneur que ne vous aimer pas !

Ariste

C'est suivre la vertu que marcher sur vos pas.

Scène 2

Olympe, Climante, Ariste, Jodelet

Olympe

Que Climante m'oblige alors qu'il vous envoie !

Climante

Elle parle de moi, je vais mourir de joie.

Ariste

Puisque par son moyen j'ai le bien de vous voir, Il m'oblige en un point qu'on ne peut concevoir.

Climante

Tu ne sais pas le noeud de notre stratagème.

Olympe

Dites-lui que cent fois j'ai dit que je vous aime !

Climante

Je te rends grâce, amour !

Ariste

Que je suis satisfait !

Climante

Il se croit obligé du bien qu'elle me fait.

Olympe

Dites lui que j'ai dit que je m'impatiente. Quand je ne vous vois pas.

Climante

Ô bienheureux Climante !

Olympe

Qu'il me fera plaisir, s'il trouve le moyen De me faire souvent avoir votre entretien.

Climante

Plus elle le verra, plus son adresse extrême, M'apprendra par Ariste à quel point elle m'aime.

Ariste

Je trouve en vous voyant un trop puissant secours Pour ne le prier pas de m'envoyer toujours.

Climante

Et j'ai trop de plaisir d'un si plaisant message Pour ne te faire pas jouer ce personnage.

Olympe

Que je sens de plaisirs alors que je vous vois !

Climante

Le fat ne connaît pas qu'il fait l'amour pour moi.

Olympe

En lui parlant, surtout gardez de vous confondre.

Climante

La raillerie est fine, il n'y pourra répondre.

Olympe

Et ne hasardez pas sa perte et mon appui.

Climante

Comment ne voit-il pas qu'elle se rit de lui ?

Ariste

Je saurai ménager cet amant misérable.

Climante

Ce nom d'amant me choque, et n'est point agréable.

Olympe

Vous n'avez plus longtemps à souffrir ce rival.

Ariste

Peut-être avant demain je perdrai ce brutal.

Climante

Tout ceci me déplaît, et j'ai peur de sa suite.

Olympe

Vous ne pouvez manquer d'esprit et de conduite.

Ariste

Au moins tant qu'il ira de prendre loi de vous.

Climante

Quelque important myst-re est caché là-dessous. Il parle avec chaleur, elle répond de même, L'aimerait-elle ?

Ariste

Au moins songez que je vous aime. Dessus ces belles mains je puis vous le jurer ;

Climante

Hélas ! Ce seul baiser me doit désespérer !

Ariste

Le traître...

Olympe

L'insolent.

Ariste

Le fourbe.

Climante

L'infidèle Il n'en faut plus douter, il est adoré d'elle. Ah Dieux ! En quel malheur je suis embarrassé ?

Ariste

Il se repentira de m'avoir offensé.

Olympe

Ne vous exposez point quoique le traître fasse !

Climante

Je ne puis plus souffrir l'excès de leur audace, Sortons vite d'ici de peur d'être surpris, Et sans leur témoigner que j'aie rien appris

Olympe

Écoutait-il ?

Climante

Trouvons quelque adresse nouvelle, Pour découvrir leur fourbe ou pour me venger d'elle. Mais j'aperçois Oronte.

Jodelet

Ah !

Ariste

Qu'être.

Jodelet

Promptement, Vite, l'exempt, Monsieur.

Ariste

Parle distinctement, Mais écoute on nous suit.

Scène 3

Oronte, Climante

Oronte

Feignons avec adresse. Hé bien !

Climante

Ils sont là-bas.

Oronte

Jouons leur quelque pièce.

Climante

Mais quelle ? Je me trouve au bout de mes leçons !

Oronte

D'effet l'on l'a joué de toutes les façons.

Climante

Enfin...

Oronte

Si vous feigniez de voir d'un oeil d'envie Qu'il passe avecque nous trop doucement sa vie, Et qu'Olympe l'aimant, et même plus que vous, Quel ami qu'il vous soit vous en êtes jaloux.

Climante

Mais...

Oronte

Cela produirait trois effets agréables, L'un de le voir penser qu'il est des plus aimables, Et qu'Olympe pour lui soupire tous les jours, L'autre de me croire homme à souffrir ces amours, Et le troisième enfin de penser que votre âme Brûle indiscrètement d'une pareille flamme.

Climante

Ainsi je puis tout haut me venger d'un rival.

Oronte

Si prêt de mon départ je ne l'entends pas mal. La pièce est assez bonne.

Climante

Et sera bien menée, Pourvu qu'Olympe essaye à faire l'étonnée, Et feigne adroitement de vous croire jaloux Pendant que vous feindrez de vous mettre en courroux.

Oronte

Et vous ?

Climante

Du ton de voix et de l'air du visage Vous me verrez si bien jouer mon personnage, Qu'enfin vous avouerez que le plus délicat S'y pourrait laisser prendre aussi bien que ce fat. Mais il faudrait qu'Olympe en peut être avertie.

Oronte

Un clin-d'oeil la pourra mettre de la partie : Et la correspondance est telle entre nous deux Qu'un regard la dispose à tout ce que je veux.

Climante

Allons vers ces jardins, c'est là qu'ils s'entretiennent.

Oronte

Ne sortons point d'ici, je les revois qui viennent.

Scène 4

Climante, Oronte, Olympe, Ariste

Climante

Cajoler ce qu'on aime et ne le point quitter, C'est n'avoir à mon gré plus rien à souhaiter.

Oronte

Aussi je ne veux plus souffrir tout ce mystère.

Climante

Ni moi passer pour sot à force de me taire, Puisque de la façon que l'on vous voit agir, Vous maltraitez Oronte, et me faites rougir.

Olympe

De quoi l'accusez-vous ? D'où vient votre colère ?

Ariste

En quoi sans y penser ai-je pu vous déplaire ? Sans doute que tantôt il m'avait écouté.

Climante

De nous priver du bien de voir cette beauté, Que vous voulez contraindre à trop de violence.

Olympe

Vous en faites bien plus en rompant le silence, Mais sans vous informer s'il m'importe ou non, Apprenez seulement que je le trouve bon ; Et n'embarrassez pas votre esprit de chimères, Qui n'ont pas le secret d'avancer vos affaires.

Oronte

Il m'oblige, Madame, en vous parlant ainsi.

Olympe

Vous me ferez plaisir en vous taisant aussi. Car quoi que vous disiez afin de le détruire Je tiens pour ennemi quiconque lui veut nuire, Et tel que vous soyez ne croyez pas jamais, Me contraindre à changer, l'aimant comme je fais.

Oronte

Il croit ce qu'elle dit.

Climante

Elle entend mal la feinte, Et devrait témoigner davantage de crainte, Il serait déféré si chacun le quittait.

Oronte

Ce coup d'oeil la va rendre autre qu'elle n'était.

Olympe

Vous me faites en vain signe de la prunelle ; Vous n'avez pas affaire à quelque âme infidèle. Qui change à tout moment, et brûle de tout feu.

Oronte

Elle n'a pas compris quel était votre jeu, Et croit le bien jouer par cette complaisance.

Olympe

Des soupçons qu'il avait il veut prendre vengeance, Et sous ces mots couverts il veut m'embarrasser, Mais en termes adroits il faut les repousser. Feignez, il n'est pas temps...

Ariste

N'en parlez plus ensemble Oronte, il n'en sera que ce que bon vous semble. Et sans vous amuser de discours superflus, Lorsque vous le voudrez je ne la verrai plus. Mais je ne puis comprendre à quel propos Climante, Étant le protecteur de ma flamme innocente, Pour la rendre suspecte a fait tout ce qu'il peut !

Climante

Les choses vont souvent plus loin que l'on ne veut ; Et quand je reconnais quelles sont vos pensées, Je voudrais rappeler mes actions passées.

Ariste

Après tant d'amitié, cher Climante, je crois Que l'amour seulement vous fait rompre avec moi, Et qu'Olympe étant belle et disposant d'Oronte Vous vous persuadez d'y trouver votre compte.

Oronte

Tout au moins il agit plus franchement que vous !

Olympe

Oronte, il parle ainsi parce qu'il est jaloux, En se servant de vous dedans ce stratagème, Il croit m'épouvanter.

Oronte

Je veux bien qu'il vous aime Étant sage et discret.

Olympe

Il y perdra ses pas.

Climante

J'aurais juste sujet de ne vous aimer pas. Et vous devez rougir du feu qui vous consomme, Et d'écouter enfin les soupirs d'un jeune homme Dont l'indiscrétion me fait son confident ; Ayant rendu partout son amour évident : Je vous aime, il est vrai, mais votre ingratitude Combat ma passion d'un traitement si rude, Que vous me réduisez en l'état où je suis De recourir enfin à tout ce que je puis, D'éventer les secrets qu'une aimable contrainte Retenait dans mon coeur en sa plus vive atteinte Et qu'un profond respect m'eût forcé de celer Si vous ne m'eussiez pas obligé d'en parler.

Oronte

Qu'il feint bien !

Climante

Vous devez mourir ici de honte, D'enfler d'orgueil Ariste, en l'aimant plus qu'Oronte, Et de voir qu'un ami ne m'est pas assez cher Pour laisser faire un mal que je puis empêcher.

Ariste

Le lâche.

Oronte

Vous jouez trop bien ce personnage, Gardez de la fâcher.

Climante

Ce n'est qu'une volage.

Oronte

Elle ne comprend pas quel est notre dessein. Épargnez-les.

Climante

Il est trop avant dans son sein.

Olympe

À la fin je me trouve au bout de ma finesse.

Ariste

Puis qu'Oronte le sait, ce n'est qu'un tour d'adresse, Et puisqu'il est d'accord qu'il vous parle d'amour, C'est pour faire pièce, et vous jouer d'un tour.

Oronte

Je vous suis obligé, mais demeurez.

Climante

L'ingrate !

Oronte

C'en est assez.

Climante

Il faut que ma colère éclate.

Ariste

Qu'il a bien pris son temps pour se plaindre de vous ! Mais notre tour viendra pour nous mettre en courroux.

Oronte

Je ne puis l'arrêter, il est trop en colère.

Olympe

Laissez le aller chercher les moyens de me plaire ! Il sait que son absence en est le seul moyen, Et qu'autant qu'un jaloux je hais son entretien ; Quoi ! Climante est bourru quand je chéris Ariste ? Le reste de ses jours il peut donc être triste, Et pendant que je veuille en dire les raisons S'assurer d'une place aux petites maisons. Allez beau bilieux, amant trop colérique Modérer ce chagrin qui vous rendrait éthique, Soyez de belle humeur, reprenez l'embonpoint, Dormez, riez, chantez, et surtout n'aimez point : L'amour échauffe trop notre sang dans les veines, Et puis à dire vrai vous y perdrez vos peines, Vous avez des défauts, Ariste a des appas, Je ne vous aime point, et je ne le hais pas : Du feu que j'ai pour lui loin de rougir de honte, Si je fais bien ou mal laissez agir Oronte.

Oronte

Arrêtez...

Climante

Je lui veux montrer ce que je puis.

Ariste

Dans deux heures d'ici tu sauras qui je suis. Adieu.

Climante

Je ne puis plus enfin, c'en est trop dire.

Oronte

Je ferai votre paix, ce n'était que pour rire.

Olympe

Ce jeu quoi qu'il ait dit ne m'était point caché.

Oronte

N'a t il pas tout de bon fort bien fait le fâché ?

Olympe

Fort bien, et vous voyez qu'Ariste en rêve encore.

Oronte

Que faites vous ?

Ariste

Je songe à tout ce que j'abhorre.

Oronte

À quoi donc ?

Ariste

À sortir promptement de ces lieux N'y pouvant plus souffrir d'y voir des envieux.

Oronte

Était-ce le sujet de votre inquiétude ?

Ariste

C'est à quoi je rêvais dedans ma solitude.

Oronte

Qui croirait que je songe à m'éloigner d'ici ? Reposez-vous sur moi, n'ayez aucun souci : C'était pour divertir une mélancolique, Que cet ami feignait de faire le critique ; De grâce, apaisez-le cependant que j'irai Courir après Climante, et le ramènerai.

Scène 5

Ariste, Olympe

Ariste

Il croit adroitement vous avoir offensée.

Olympe

Mon appréhension n'est pas encore passée. Je crains tout d'un secret qui peut être éventé.

Ariste

Je vous avais bien dit, il avait écouté.

Olympe

Sans doute que le traître y trouverait son compte, Si de sa jalousie il informait Oronte, Ah ! Que le temps est long.

Ariste

Ah ! Qu'il me dure aussi. Mais dans une heure au plus mes gens seront ici, Le rendez-vous est pris, l'heure même est donnée ; Les archers dispersés, la requête signée, Et Léonce a laissé vos parents en chemin Qui pour nous appuyer seront ici demain ; Et ne faut seulement que se saisir du traître.

Olympe

Climante a du crédit, et ce lâche peut-être Présentant le malheur qui lui doit arriver Détournera le coup qui me doit conserver. Il ne faut qu'un moment pour détruire l'affaire.

Ariste

Il peut ici beaucoup.

Olympe

Hélas ! J'en désespère.

Ariste

S'il sait notre dessein, tout est perdu pour nous. Mais...

Olympe

Oronte revient, et paraît en courroux.

Scène 6

Oronte, Ariste, Olympe

Oronte

Non, je n'en doute plus, leur flamme est toute claire, Cachez vous, et voyez l'effet de ma colère.

Ariste

Feignez bien !

Olympe

Qu'avez-vous ? Vous semblez éperdu !

Oronte

J'ai regret à l'honneur que je vous ai rendu.

Olympe

Et moi qui tiens de vous les respects pour injure, Je ne puis concevoir comment je vous endure.

Oronte

Si vous vous offensez de l'excès de ma foi, Vous n'aurez pas longtemps à vous plaindre de moi.

Olympe

Et pourvu que l'effet suive cette menace, Ce coup de désespoir me doit être une grâce.

Oronte

Pour un fâcheux objet qu'il faut abandonner La grâce qui l'éloigne est facile à donner.

Olympe

Vous vous repentirez d'avoir été trop sage.

Oronte

Je me suis repenti d'aimer une volage, Dont l'âme trop sensible aux feux d'un insensé.

Ariste

Monsieur ...

Oronte

Retirez-vous, votre temps est passé.

Olympe

Si c'est le seul sujet de l'ennui qui vous touche, Vous pourrez bien mourir le reproche à la bouche.

Oronte

Et si vous ne vivez avecque plus d'honneur, Je vous verrai mourir sans gloire et sans bonheur.

Olympe

J'en aurai toujours trop pourvu qu'Ariste m'aime.

Ariste

Feignez jusqu'à la fin.

Olympe

Ah ! Ma crainte est extrême.

Oronte

Oui, c'est trop abuser de ma facilité.

Olympe

Il ne faut donc jamais dire la vérité ?

Oronte

Chérir un innocent !

Olympe

En suis-je condamnable ? Et ne m'est-il permis que d'aimer un coupable ?

Oronte

Pour railler avec moi prenez mieux votre temps !

Olympe

Et vous ne tâchez point de rire à mes dépens.

Oronte

Je ne ris point, Madame, et n'en ai point d'envie.

Olympe

Vous me voulez jouer, mais je vous en défie.

Oronte

Croit-elle que je fais semblant d'être en courroux ? Et que pour l'attraper je feins d'être jaloux. Mais...

Olympe

Vous n'entendez rien à vous mettre en furie.

Oronte

Le dépit où je suis passe la raillerie, Et mon ressentiment va jusqu'au dernier point.

Olympe

Ne vous contraignez plus vous ne m'y prendrez point.

Ariste

Bon...

Oronte

Vous le prenez mal, et votre esprit s'abuse.

Olympe

Que vous seriez ravi si j'en restais confuse, Et que me faisant craindre un désordre nouveau ; Vous me fissiez en fin donner dans le panneau. Il suffit, reprenez votre humeur ordinaire.

Oronte

Ah ! C'est trop.

Olympe

Tout de bon, êtes-vous en colère ?

Oronte

J'y suis avec raison !

Olympe

Ce soupir est adroit ! Et tout autre que moi sans doute s'y prendrait.

Oronte

Trêve de raillerie à la fin je m'en lasse.

Olympe

Vous me bernez pourtant avec assez de grâce.

Oronte

Sur de pareils discours Climante assurément A pu prendre d'Olympe un mauvais sentiment. Cet esprit trop léger se dupe par l'oreille.

Olympe

Enfin n'y pensez plus, vous avez fait merveille. Si je vous ai montré que je ne craignais rien, Ce n'est pas qu'en effet vous ne feignez fort bien, Et que votre courroux n'ait beaucoup de finesse.

Oronte

Climante n'a pas vu que c'est un tour d'adresse, Et croyant me venger en troublant mon repos, Il s'est joué lui-même assez mal à propos.

Olympe

Confessez moi la dette, et m'aimez davantage !

Oronte

Il faudrait être fol pour la croire volage !

Olympe

Vous fâchez vous encor ?

Oronte

Climante n'est qu'un sot.

Olympe

Jaloux ?

Oronte

Il eut mieux fait de ne m'en dire mot.

Olympe

Être cruel alors que l'on vous prie.

Oronte

Certes il entend mal la belle raillerie. Vous avez vu Climante, et l'avez bien joué.

Olympe

Feignons avec esprit... vous l'a-t-il avoué.

Oronte

Il m'est venu trouver tout rêveur et tout triste, Pour me donner avis que vous aimiez Ariste, Et qu'en le caressant il vous avait surpris.

Olympe

Hé bien ! Sais-je en donner, même aux plus fins esprits ?

Oronte

Si je le vois tantôt, je lui donnerai bonne.

Olympe

Au moins conseillez-lui de ne jouer personne.

Scène 7

Ariste, Pancrace, Olympe, Oronte, Lisette

Ariste

Voici quelque nouvelle !

Pancrace

Ha Monsieur, écoutez !

Olympe

Il s'épouvante !

Oronte

Ah ! Dieux mes chevaux arrêtés.

Ariste

Le temps vient.

Olympe

Qu'avez vous ?

Oronte

Mes pistolets, quel trouble !

Lisette

Monsieur la foule croit, et le bruit se redouble !

Oronte

Ariste sauvez la, je vais descendre en bas.

Ariste

Allez je vous réponds qu'elle n'en mourra pas.

Pancrace

Dans ces anxiétés il faut que la prudence...

Oronte

C'est trop...

Scène 8

Un Exempt, Oronte, Ariste, Olympe, Climante, Pancrace, Jodelet, Lisette

Un Exempt

Faire le brave et se mettre en défense. Obéit-on ainsi dans les ordres du Roi ? Je vous fais prisonnier.

Oronte

Qui ?

Un Exempt

Vous, Oronte.

Oronte

Moi ?

Un Exempt

Oui, rendez votre épée.

Oronte

Ah ! Je la veux défendre. Ariste sans branler me la laissez vous prendre ?

Ariste

Comment peux-tu prétendre aucun secours de moi ? Ayant tant de sujet de me plaindre de toi. Dis lâche, n'es-tu pas ce ravisseur infâme, Qui contraignit Olympe à se dire ta femme, Elle qui s'abaissa jusques à te flatter, Dans les extrémités que tu voulais tenter : Dedans la ville d'Aix ne l'as-tu pas ravie ?

Olympe

Mais vous m'avez promis de lui sauver la vie.

Ariste

Madame, vos parents seront ici demain ! S'il obtient un pardon ce sera de leur main. Pour lui notre bonté serait trop criminelle.

Oronte

Ah Dieux !

Climante

Mais vous pourquoi prendre ces soins pour elle ?

Ariste

Pour la tirer des bras qui lui faisaient horreur, Et la mettre en état de braver ta fureur.

Oronte

Ah ! Lâche si j'étais en état.

Ariste

Hé bien traître. Que ferais-tu ?

Oronte

Climante...

Ariste

Apprends à me connaître.

Climante

Tu ne parleras pas toujours si hardiment.

Ariste

Tu ne joueras plus au moins impunément, Si j'ai passé pour sot enfin j'ai l'avantage, De te voir aujourd'hui jouer mon personnage, Et le voir d'autant mieux que ton esprit rusé, Ne peut plus m'empêcher d'être déniaisé, Si j'ai voulu manquer d'esprit et de courage, J'en vais faire paraître à ton désavantage ; Va dedans les prisons quérir ton châtiment, Toi va chercher du coeur dans ton ressentiment Pour soustraire à mes veux cette rare merveille, Ne le retenez point.

Oronte

Ah ! Douleur sans pareille.

Pancrace

Quelle vicissitude !

Olympe

À ne vous rien celer.

Ariste

Ah ! Ne leur faites point l'honneur de leur parler.

Climante

Tu te repentiras de ce que tu hasardes.

Un Exempt

Madame, je leur vais faire donner des gardes. Messieurs, il me faut suivre, allons, sortons d'ici.

Oronte

Faut-il donc que d'Olympe il soit le maître ainsi.

Ariste

Jusqu'à demain matin par un respect extrême, Je ne la verrai point encore que je l'aime ; C'est devant ses parents que j'attends...

Jodelet

Qu'en dis-tu ?

Ariste

Cet éclaircissement se doit à sa vertu, Non à vous.

Pancrace

Il touchait son an climatérique.

Oronte

Ah ! Trop cruelle Olympe.

Pancrace

Ah ! Destin tyrannique.

Olympe

Je réponds de nos jours.

Oronte

Ah !

Olympe

Je vous le promets.

Climante

Dieux !

Oronte

Je pars sans espoir de la revoir jamais.

Pancrace

Adieu, suivons mon maître, et dans son sort funeste Imitons le destin de Pilade et d'Oreste.

Ariste

À la fin nos malheurs...

Jodelet

Sans le prendre si haut Donnez nous notre fait, ayant ce qu'il vous faut. Lisette...

Ariste

Je t'entends.

Lisette

Ah ! Monsieur.

Olympe

Pauvre Amante !

Ariste

Va nous te le donnons et cent écus de rente.

Jodelet

Et les frais de la noce.

Ariste

Oui.

Jodelet

Ce mot n'est pas fat.

Ariste

En êtes-vous d'accord ?

Lisette

Ainsi soit-il.

Jodelet

Vivat.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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