Tragi-comédie · 1646 · 5 actes

Le dictateur romain

d’André Mareschal

Représentation
≈ 1 h 44
Distribution
3 femmes, 6 hommes
Répliques
299
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Papyre H 62 ≈ 24 min 4
Papyrie F 46 ≈ 17 min 5
Fabie Père H 19 ≈ 13 min 1
Camille H 42 ≈ 12 min 4
Fabie N 22 ≈ 11 min 3
Lucille F 47 ≈ 11 min 4
Comine H 19 ≈ 8 min 3
Fabie Fils H 19 ≈ 5 min 2
Flavie F 15 ≈ 3 min 4
Martian H 6 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle IIIIIIIVV
Papyre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Papyrie absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Fabie Père absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Camille absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Fabie absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lucille absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Comine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Fabie Fils absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Acte I

Scène 1

Camille, Lucille, Papyrie

Camille

Quoi ? Ma soeur, plaindre ainsi quelque peu de faiblesse ? Ce reste de langueur qu'un mal passé me laisse ? Je sens naître déjà d'une douce chaleur Ce plaisir imparfait qui finit la douleur.

Lucille

La douleur qu'on croit morte est souvent endormie, Et ce plaisir malin réveille une ennemie : Craignez la dans sa fin, c'est trop vous hasarder, Vous avez en vous seul toute Rome à garder ; Conservez vous pour nous, tout l'Empire en un homme, À Lucille son frère, et son Consul à Rome.

Papyrie

Le mal revient souvent alors qu'il prend congé, L'intervalle en est doux étant bien ménagé : Ce bel ordre et si long de piliers et d'arcades Qui divertit les sains peut lasser les malades ; Ce parterre de fleurs, ce jardin spacieux Doit borner vos plaisirs à l'usage des yeux.

Camille

J'en reçois, Papyrie, un agréable office, Honteux d'être réduit à ce faible exercice, Tandis que votre père au milieu des combats Rend à Rome un devoir qui demandait mon bras : Ma vertu parle seule, et vous défend de croire Qu'un si juste intérêt soit jaloux de sa gloire, Puisqu'en lui résignant, et Rome et mes emplois, Le créant Dictateur j'ai tout mis sous ses lois, Que mon mal l'a rendu seul maître de l'Empire ; J'ai pour lui de la joie, et pour moi je soupire De voir qu'étant Consul je manque à mon pays, Et que ma maladie ait mes desseins trahis : En un si faible état peux-tu, superbe Ville, Connaître ton Consul, connaître enfin Camille ?

Lucille

Ces regrets, vrais enfants d'un noble sentiment, Partent d'un coeur Romain, qu'on connaît aisément, D'une égale vertu, parfaite, et confirmée ; Généreux, dans son mal comme dans une Armée, Sans force, languissant, et jamais abattu ; Sa faiblesse est courage, et son mal est vertu : En un si ferme état, Rome superbe Ville, Tu connais ton Consul, tu connais ton Camille !

Papyrie

Inutile, malade, en un lit détenu, Les Dieux en vous sauvant ces Dieux vous ont connu ; Puis qu'en un si grand trouble, et contre les auspices, Eux, qui nous menaçaient, nous ont été propices ; Deux victoires ne sont qu'un prix qu'ils vous devaient, Et Fabie a reçu ce qu'ils vous réservaient.

Camille

C'en est trop ; parlez mieux d'un succès si prospère : L'une et l'autre victoire est due à votre père : Quoi que fasse une armée ou de bien ou de mal, Tout le blâme ou l'honneur retourne au Général ; Lui seul y fait régner et l'ordre et la police, Il instruit les soldats, les forme à la milice ; Les combats faits par eux sont à lui seulement, Chacun y prend sa part, lui, tout l'événement ; Le Corps doit tout au Chef, c'est l'âme qui l'inspire ; Si Fabie a vaincu ce n'est que pour Papire : Ce Dictateur, absent d'un Corps qui suit ses lois, À Rome, et sans combattre a vaincu par deux fois ; Le bruit de son grand nom, sa seule renommée A plus fait que Fabie, et que toute l'Armée ; Par les auspices saints qu'il a renouvelés, Les Dieux fuyaient de nous, il les a rappelés ; La puissance du Ciel menaçait la Romaine, Quand la Religion jusqu'ici le ramène ; Il consulte le Ciel, et par un prompt effet Il change le destin, ou lui-même le fait ; Forcé, contre son ordre, ah ! Qui le pourrait croire ! Le destin à ses voeux accorde la victoire Si prompte qu'il n'a pas loisir de l'emporter, Si grande que les morts ne se peuvent conter ; Qui va jusques au nom détruire les Samnites, Au-delà des deux mers étendre nos limites, Et montrer à notre Aigle agile, impatient Le chemin de la Grèce et de tout l'Orient.

Lucille

Cette double victoire et si grande et si pleine A fait toute ma joie, et fait toute ma peine ; Puisque d'entre mes bras elle enlève un époux, Et qu'après la bataille il s'en retourne aux coups.

Papyrie

Il part ; Dieux ! Quelle hâte ! Est-elle nécessaire S'il ne lui reste plus d'ennemis à défaire ? La victoire du moins devait l'en divertir,

Camille

La victoire a forcé Papyre de partir ; C'est elle qui m'afflige, elle que j'appréhende ; La bataille gagnée en laisse une plus grande ; Les ennemis défaits me font peur à leur tour, Et changent en malheur la gloire de ce jour, Ce jour sera suivi des maux que je présage : Rome, tu te plaindras de ce triste avantage ; Les Samnites sont morts, tant de Peuples soumis ; Mais crains tes propres chefs plus que tes ennemis : Papyre a la victoire ; elle-même l'offense : Fabie a combattu ; mais contre sa défense. Je sais combien la gloire et l'amour de l'honneur Gouvernent puissamment et l'un et l'autre coeur. D'une illustre Maison Fabie a pour partage Les triomphes, l'honneur, le nom, et le courage ; Unique rejeton des trois cents Fabiens, Qui seul porte en son coeur les coeurs de tous les siens, Et qui digne héritier fait revivre en un homme Ces trois cents dans un jour sacrifiés pour Rome. Mais sans rien feindre aussi, sans flatter votre époux, Papyre est tout Romain, le plus grand d'entre nous ; Son adresse à la guerre et son expérience Le firent Dictateur, non pas notre alliance, Pour occuper un lieu qu'il remplit mieux que moi, M'acquitter envers Rome et dégager ma foi ; Quel homme à commander ! Observateur sévère Et de la discipline et de l'art militaire : De là jugez, ma soeur, ce qu'il faut aujourd'hui Espérer de Fabie, et craindre aussi de lui, Lui, qui dedans un rang à flatter son envie Voit sa charge offensée, et sa gloire ravie ; Que ne fera-t-il point ? Que n'est-il pas permis ? Que pourront ces grand Chefs, et tous deux ennemis ?

Lucille

Ennemis ? Nullement ; quittez ces vains présages ; Le Ciel les doit tourner à de meilleurs usages.

Camille

Le Ciel ne nous promet qu'un triste événement.

Papyrie

Vous voyez que sa grâce en dispose autrement : Une victoire enfin digne de sacrifices Montre les Dieux changés, ainsi que leurs auspices.

Camille

La victoire est le mal, que peut-être les Dieux Veulent faire tomber sur les Victorieux : Ces deux grands ennemis...

Lucille

Ils ne le peuvent être ; Un secret révélé vous le fera connaître : Pour finir vos soupçons, vous tirer de souci, Papyre aime Fabie, et lui ma Fille aussi.

Camille

Et plus que tous les deux tous deux aiment la gloire.

Lucille

Ils l'aiment, l'un pour l'autre : apprenez en l'histoire. Papyre Dictateur élu par votre choix, Comme l'on croyait voir au plus haut des emplois Lieutenant général Valère votre intime, Il élève Fabie à ce degré sublime : Cette grande faveur augmente son amour : Son père voit Papyre, et courtois à son tour Lui consacrant son fils et pour fils et pour gendre Est ravi de l'offrir, et l'autre de le prendre. Jusques à leur retour cet hymen différé Ne me fut qu'au départ en secret déclaré : Mais, comme à ce penser mon plaisir renouvelle, Mon coeur veut que ma bouche à tous deux le révèle ; À vous, pour effacer des soupçons mal conçus, Et régler nos désirs et vos soins là dessus ; À vous, ma Fille aussi, pour vous faire paraître Ce qu'on est à Fabie, et ce qu'il nous doit être ; Vous porter à chérir un si noble Romain, À lui donner le coeur, et dedans peu la main ; Et de cette main propre apprêter la Couronne À ce jeune héros à qui le Ciel vous donne, Ce Vainqueur triomphant, à qui le Dictateur Veut bien devoir son char, et sa fille, et son coeur ; Dont la victoire, au lieu de lui donner ombrage, Est l'effet de nos voeux, comme de son courage ; À qui son Empereur, loin de la disputer, Pour l'intérêt d'un gendre y voudrait ajouter.

Papyrie

Papyre est trop couvert de lauriers et de gloire, Pour vouloir lui ravir sa première victoire.

Camille

Croyons le : mais un autre y prétend bonne part ; Et pour vous en parler sans envie et sans fard, Valère m'en écrit fort à son avantage, Et s'il ne se la donne, au moins il la partage : Sans ordre de Papyre ayant craint d'avancer Dans le premier combat, de peur de l'offenser ; La première victoire aussi fut imparfaite ; Mais, où des ennemis fut l'entière défaite, Voyant battre au second l'aile qu'il commandait, Avec elle il perça tout ce qui défendait, Et par un stratagème à jamais mémorable...

Scène 2

Garde, Camille, Lucille

Garde

Comine attend, Seigneur.

Camille

Comine ? Est-il croyable ? Un Tribun de l'Armée. Et tu dis qu'il attend.

Garde

Pour vous voir et vous dire un secret important.

Camille

Nous l'entendrons : qu'il entre : et ce sera lui-même Qui vous déduira mieux ce nouveau stratagème, Qu'il croit faire passer ici pour un secret. Je ne m'oppose point par un zèle indiscret À ce choix glorieux que Papyre a pu faire : J'estime fort Fabie, et j'aime aussi Valère ; Je sais qu'ils sont tous deux vertueux en effet, Tous deux grands ; mais l'un jeune, et l'autre déjà fait, Dans les charges formé, puissant, et Consulaire : Je ne vous parle donc qu'en faveur de Valère : Devant à son mérite autant qu'à l'amitié, De peur d'être suspect, j'en tairai la moitié ; Sa dernière action que nous allons entendre Le rend digne de tout, quoi qu'il veuille prétendre.

Lucille

Figurez le plus digne encor, et sans défaut ; S'il prétend sur Fabie, il faut aller bien haut.

Camille

Si haut, s'il est besoin, que l'action connue Fera voler sa gloire au dessus de la nue, Élèvera son nom jusques dedans les Cieux. Mais voici qui pourra vous la dépeindre mieux ; Et je sais que votre âme en doit être charmée.

Scène 3

Comine, Lucille, Papyrie, Camille

Comine

Envoyé par Fabie arrivé de l'Armée...

Lucille

Fabie ! Est-il à Rome ?

Comine

Oui, depuis un moment ; Et je viens de sa part vous faire compliment, Cependant qu'un devoir plus fort et nécessaire Prêt de venir ici l'arrête chez son père.

Papyrie

Rome ne devait voir ce vainqueur glorieux, Qu'en un char qui porta si souvent ses aïeux : C'est ce qu'il dût attendre, et c'est ce qu'il mérite.

Lucille

Cette gloire dût être à ses travaux prescrite : Mais cet honneur si grand et si bien mérité, À son retour sans bruit ainsi précipité, Lui peut être sans doute envié par Valère.

Camille

Pour instruire Lucille, autant que pour me plaire, Ne nous déguisez rien ; Ami, sans passion Parlez nous de Valère, et de son action.

Comine

Que dirai-je, après tout ? Que pouvez-vous apprendre ?

Camille

Des merveilles, ma soeur, que vous allez entendre.

Comine

Puisque déjà dans Rome on la sait, on la dit ; C'est trop, dispensez moi d'en faire un vain récit.

Camille

Un ami de Valère ainsi doncque s'excuse ? Je prie en sa faveur, et Comine refuse ?

Comine

Ami jusqu'à ce point, qu'il n'ose publier...

Camille

Une action notable, et qu'il semble envier.

Comine

Pour ne divulguer pas le mal qui l'a suivie, Je la tais par respect, et non point par envie.

Camille

Quel mal ? De quel respect le pensez-vous couvrir ?

Comine

Il me fermait la bouche ; on me la fait ouvrir : Mais forcé d'obéir, lorsque je le raconte, Excusez mon devoir, aussi bien que sa honte.

Lucille

Voilà pour un effet glorieux et charmant Certes un assez triste et froid commencement.

Comine

Par un respect des Dieux qu'il croyait mal propices Le Dictateur allant reprendre les auspices, Fabie eut dans le Camp tout pouvoir, hors ce point Jusques à son retour de ne combattre point : L'absence de Papyre en l'une et l'autre armée Ainsi qu'un haut mystère était déjà semée, Et tenait sans combattre inutiles et vains Le camp des ennemis et celui des Romains : Sachant du Dictateur et l'ordre et la défense Les Samnites montaient jusques à l'insolence ; Abandonnés au jeu, noyés dans le festin, Dans nul ordre, ils semblaient moins un camp qu'un butin ; Et les moins dissolus, sans craindre les approches, Nous lançaient jusqu'au camp des trais et des reproches. Quand Fabie à la fin de colère enflammé, Honteux comme un lion de se voir enfermé, Pressé des ennemis, animé par Valère Alluma son courage au feu de sa colère, Et par un grand combat heureux et non permis Força leur camp, défit, chassa les ennemis : À cet exploit fameux, sa valeur animée Même n'employa pas la moitié de l'armée ; Je tins hors du combat dans ces occasions Et la cavalerie, et quelques légions, Que Fabie épargnait comme un Corps de réserve Toujours prêt à donner, qui sans rien faire serve ; Mais qui n'était plutôt dans un combat douteux Qu'une embûche à sa gloire, un obstacle honteux Que Valère tenait dressé contre Fabie, Envieux de son rang, et même de sa vie.

Camille

Pouvez-vous lui donner ce lâche mouvement ? Savez-vous ?

Comine

Je sais tout ; mais écoutez comment. Peu devant ce combat, qui passa pour furie, Valère seul en tête à la cavalerie Avecque tout ce corps faisant ferme à ma voix Par ordre de Fabie et que je lui portais ; M'expose notre faute, et montre en confidence D'un jeune général l'insolente imprudence, Qui se portant sans crainte au combat défendu Meritait sa disgrâce, et d'être seul perdu ; Qu'à ne combattre point nous sauvions notre estime, Pour nous purger tous deux et de honte et de crime ; De honte, si l'on perd, jetant tout sur l'auteur ; Comme en gagnant, de crime envers le Dictateur. Pour ce coup ses raisons grandes et spécieuses Me parurent d'esprit, et non pas envieuses ; De son dessein caché ce voile me déçut ; Un ami les donnait, un ami les reçut : Mais au dernier combat, où poursuivant sa pointe Fabie à leur armée avait la notre jointe, Et poussant les fuyards des champs Pycéniens Avait trouvé plus loin les derniers Samniens, Vingt mille, et retranchez assez proche d'Ortone, Où pour dernier effort la bataille se donne : À tous ses intérêts me croyant attaché Valère à cette fois m'en montre un plus caché, Me découvre son coeur, me fait lire en son âme Ses voeux pour Papyrie, et sa jalouse flamme ; Qu'une égale fureur contre son général L'embrasait justement et contre son rival ; Qu'auteur de la première et seconde bataille Pour le faire périr à toute heure il travaille, À dessein de le perdre en cette jeune ardeur Ou dedans les combats, ou près du Dictateur.

Lucille

Ô lâche trahison, subtilement ourdie ! Appelez stratagème encor sa perfidie.

Papyrie

Ô coeur vraiment Romain ! Ô noble amour aussi !

Camille

Qu'entends-je ? Et le combat ? Achevez.

Comine

Le voici.

Papyrie

Il ne combattra point ; voila le stratagème.

Comine

Il me pria de vrai de faire encor de même : Mais dedans le combat il me vit bien changer. Rome était en péril, et Fabie en danger ; Quand j'eus ordre, au secours de son infanterie, D'aller faire avancer notre cavalerie : L'aile gauche deux fois, comme tout se perdait, Où comme Lieutenant Valere commandait, Contre un gros d'ennemis, qui commençait de craindre Fit quelques vains efforts, et témoigna de feindre, Alors n'épargnant plus mes soins, ni mes travaux Je fis ôter partout les brides aux chevaux, Et les faisant pousser d'une horrible furie, Tout plia, tout fit jour à la cavalerie. Valère, qui croyait tout tendre à son dessein, N'empêcha pas le mien qu'il eut pu rendre vain : Ce stratagème étrange et difficile à croire Par les siens, malgré lui, nous ouvrit la victoire, Si grande que la mer en vit rougir ses ports, Qu'Ortone eut dans ses champs tous les Samnites morts, Que Fabie est ravi, que Valère lui-même Et m'envie et s'impute un si beau stratagème, Par qui j'ai réparé dans ce combat dernier, Avecque mon erreur, la honte du premier.

Lucille

Déserteur d'un ami, dont la gloire est flétrie, Mais pour ne l'être point plutôt de ta patrie, Que ce discours, Comine, et ta fidélité À Fabie ont rendu ce qu'il a mérité !

Camille

Qu'une fureur jalouse aveugla bien Valère ! Et que son amitié commence à me déplaire !

Comine

Je ne vous feindrai rien, je l'ai même en horreur : La vertu de Fabie, et ma première erreur M'ont attaché depuis si fort à sa fortune Que je ne veux l'avoir qu'avecque lui commune : Aussi dans son péril j'irai jusques au bout, Je le suis jusqu'à Rome, et le suivrai partout.

Papyrie

Dites tout : quel péril menacerait sa tête ? Ses lauriers craindraient-ils la foudre et la tempête ? Qu'est-ce qui peut causer un si soudain retour ?

Lucille

Quelque trait de Valère, ou peut-être l'amour.

Comine

C'est toute une autre cause, et qui va vous surprendre...

Scène 4

Flavie, Camille, Papyrie, Lucille

Flavie

Presque tout le Sénat, Seigneur, vient de se rendre...

Camille

Le Sénat ? Où, Flavie ?

Flavie

En ce même Palais.

Papyrie

Ma crainte eut tout appris : Dieux que tu me déplais !

Flavie

Fabie au milieu d'eux, ensemble avec son père Est entré dans la salle.

Papyrie

Ah ! Ne crains plus, espère.

Lucille

Avançons nous ; je meurs du désir de les voir.

Camille

Comine, allez devant ; je les vais recevoir.

Scène 5

Papyrie, Flavie

Papyrie

Où vas-tu ? Quoi ? Mon coeur, tu cours après ta vie ? Pour remettre mes sens, arrête un peu : Flavie.

Flavie

Quels sens, quel triste coeur vous empêche d'aller ?

Papyrie

Et mon coeur et mes sens y voudraient tous voler.

Flavie

Si vous aviez cru voir toute Rome assemblée Fondre dans ce palais, dont la Cour est comblée, Et de cris applaudir à ce jeune vainqueur ; Vos yeux auraient volé déjà, comme le coeur : On n'entend à ces cris écho qui ne réponde Fabie est la merveille et de Rome, et du Monde.

Papyrie

Après ces cris de joie un les achève tous, Un qui te surprendra ; Fabie est mon époux.

Flavie

Votre époux ? Ce héros ?

Papyrie

Ce Dieu, non pas cet homme, Qui va faire mon sort, et le destin de Rome.

Flavie

Je sais qu'il vous aimait.

Papyrie

Et tu sauras ici Ce que j'ai tant caché.

Flavie

Quoi ?

Papyrie

Que je l'aime aussi. Que nos pères d'accord attendent la journée Qu'un prompt retour assigne à ce grand hyménée ; Que le Sénat peut-être en ce pompeux accueil Qui le doit justement enfler d'un noble orgueil Vient offrir, par honneur accompagnant son père, Ce vainqueur au Consul, et ce Gendre à ma mère : C'est elle qui tantôt m'obligeant à l'aimer Nous a tout découvert, afin de m'enflammer ; Qui s'est en sa faveur ouverte et déclarée ; Qui m'a par sa louange à l'hymen préparée ; Qui de ma crainte a fait un légitime espoir, De ma flamme un respect, de mes voeux un devoir ; Et couronnant mes maux d'une fin glorieuse A fait de mon amour une vertu pompeuse : Vertu, devoir, respect, espoir, flamme, et langueur, Et dignes de Fabie, et dignes de mon coeur, C'est à vous maintenant que sans crainte et sans blâme Je résigne mon coeur, j'abandonne mon âme : Enfants doux et secrets d'un violent transport, Que ma foi, que l'honneur vient de mettre d'accord, À ce bonheur si grand que le destin m'envoie Ouvrez, désirs, ouvrez tous mes sens à la joie ; Ah ! Si par un excès on [en] a vu périr, Agréable trépas ! Qu'il est doux d'en mourir ! Qu'à l'aspect de Fabie elle soit redoublée ; Allons mourir de joie et de plaisirs comblée, Achever son triomphe et ma vie à ses yeux. Non ; vivons pour sa gloire, et pour lui plaire mieux ; Modérons mes transports, suspendons cette joie : Respect, couvre ma flamme, et fais que je le voie : Allons donc recevoir triomphant, couronné Cet époux que mon père et les Dieux m'ont donné.

Acte II

Scène 1

Lucille, Papyrie

Lucille

Modérez, Papyrie, et vos cris et vos larmes ; Je souffre autant que vous en ces rudes alarmes, Et ce coup étonnant du sort et du malheur Ne m'apporte pas moins de trouble et de douleur.

Papyrie

Ah ! Madame, excusez ce transport légitime D'un amour qui sans vous ne passait pas l'estime, Et qui dessous vos lois augmenté de moitié Sur un sujet de gloire en est un de pitié : C'est peu qu'en ce revers que le destin m'envoie Une extrême douleur suive une extrême joie ; Il est vrai, ce passage et difficile et grand Met un coeur en désordre alors qu'il le surprend : Mais au lieu d'un mari qui flatte notre attente, Que l'on va recevoir d'une joie éclatante, Où l'on cherche un amant noble et victorieux ; Trouver un ennemi superbe, injurieux, Un criminel d'État, un mortel adversaire De qui l'orgueil offense et les lois, et mon père, Qui jusqu'entre mes bras fuit devant son courroux, Un lion, que j'aimais dessous le nom d'époux ? Ah ! C'est là le surcroît d'une misère extrême, Contre qui ma vertu s'épuise dans moi-même, Dont la force n'est plus qu'un dépit enflammé Ou de l'aimer encore, ou de l'avoir aimé.

Lucille

Étouffez ce dépit, dont l'ardeur vous dévore ; Si vous l'avez aimé, vous l'aimerez encore : Fabie est criminel ; mais on peut l'excuser : Papyre est en courroux ; mais on peut l'apaiser ; Si l'un est mon mari, l'autre est aussi mon gendre ; Je sais ce que je puis sur tous deux entreprendre ; Je veux que mon esprit se trouve plus puissant Qu'un courroux vertueux, et qu'un crime innocent : Votre âme, pour faillir, est trop belle et trop haute ; Si c'est faute d'aimer, j'ai part en votre faute ; Une fausse vertu vous le ferait haïr ; C'est vertu que l'aimer, puis que c'est m'obéir.

Papyrie

Quelle vertu contrainte, et quelle obéissance ! Puis que ne l'aimer pas n'est plus en ma puissance : Pourrais-je l'avoir vu, ce Mars humilié, D'un coeur doux, sans orgueil, de soi-même oublié, Applaudi du Sénat, au milieu de sa gloire, Demander au Consul pardon de sa victoire, Mettre tout son triomphe à fuir le trépas, Se montrer si louable à ne se louer pas, Envers Rome excuser un mal si profitable ? Et ne lui garder pas une amour véritable ? Pourrais-je d'autre part voir un père offensé, Un chef désobéi, dans son camp délaissé S'armer contre son crime ? Et de haine incapable Moi, voir son ennemi ? Moi, chérir le coupable ? Tous mes sens en désordre osent donc me trahir ; Je le tiens odieux, et ne le puis haïr ; Je ne le puis aimer, et je le trouve aimable ; Il me paraît horrible, et me semble agréable ; Mon père et mon amant combattent dans mon coeur, L'un mon trop de tendresse, et l'autre ma rigueur ; Ils m'accusent tous deux, et tous deux me font craindre ; Ils me blessent tous deux, et tous deux me font plaindre : Fabie, ah ! C'est mon père ; et tu peux l'offenser ? Papyre, ah ! C'est ton gendre ; et tu peux le chasser ? Arrêtez ; tous vos coups retombent sur moi-même ; Vous ne pouvez blesser un de vous que je n'aime : Ô Papyre ! Ô Fabie ! Ô coeurs trop animez ! Vous montrez bien tous deux combien peu vous m'aimez ; Un vain désir d'honneur vous force, et me surmonte ; Et tous ces grands combats ne seront qu'à ma honte : Je vois déjà l'orage élever mille flots, Et Rome divisée entre ces deux héros ; Je vois mon père armé de sa toute puissance Combattre un digne effet d'une indigne licence, Fabie environné de gloire et de faveur Opposer le Sénat contre le dictateur : Que de divisions pour une chère vie Et trop fort défendue, et trop fort poursuivie !

Lucille

Croyez qu'on n'en viendra jamais jusqu'à ce point.

Papyrie

Qu'ont-ils fait dans le Camp ? Vous ne le savez point ?

Lucille

Je sais ce que Papyre a fait dans sa colère ; Mais je tiens qu'il était enflammé par Valère : Fabie a par sa fuite évité le trépas ; Papyre est seul au camp, qu'il ne quittera pas ; Contre les ennemis employant son courage, Le temps et le Sénat calmeront cet orage ; Comme gendre Fabie en grêce retourné... Mais il vient, ce vainqueur en triomphe mené.

Papyrie

Comme ennemi d'un père, ou comme votre gendre Je ne le puis fuir, et je ne l'ose attendre : Que ferai-je ? Ô fureur ! Que vois-je ? Ô doux transport !

Scène 2

Fabie, Camille, Lucille

entrant avec Camille

Fabie

Cette Maison fera mon naufrage ou mon port : J'ai quitté le Sénat qui m'a pris en sa garde ; Pour juge, ou pour appui, c'est vous que je regarde ; Je ne veux point avoir en mon affliction Contre le Dictateur d'autre protection Que ce lieu, son beau-frère, et sa femme, et sa fille.

Camille

Vous les voyez, Fabie, et toute la famille...

Lucille

Qui sur les grands effets d'une insigne valeur Admire votre gloire, et plaint votre malheur.

Fabie

Quel malheur glorieux qui me fait voir encore Tout ce que je respecte, et tout ce que j'adore ! Tout mon mal-heur, Madame, est dans mon action, Comme toute ma gloire en votre affection : Le père me poursuit ; j'évite sa colère, Et prends pour me punir et la fille, et la mère, Le beau-frère pour juge en ce grand intérêt, Sa maison pour refuge, et sa voix pour arrêt. Le Sénat me protège, et le Peuple m'honore : Mais vous êtes le seul digne que je l'implore, Camille, je remets ma vie entre vos mains, Comme au plus généreux et plus grand des Romains ; Toute cette faveur, que brigue en vain mon Pere, Je la trouve en vous seul, c'est en vous que j'espère ; Et je n'espérerais rien de vous, ni des Cieux, Si mon crime n'était et noble, et glorieux ; Il peut sans honte errer dedans votre mémoire, Il vous est familier ; c'est même la victoire: Craindrais-je votre arrêt, ni d'être condamné, Pour les mêmes succès qui vous ont couronné ? Et si cet attentat que veut punir Papyre Fait moins ma gloire encor que celle de l'Empire ? J'ai l'honneur du combat ; Rome en a tout le fruit ; Ce combat la maintient ; ce combat me détruit ; Et pour un haut exploit, dont la gloire est complice, Au lieu d'une couronne, on m'apprête un supplice, Une honteuse mort pour un fait vertueux : À peine ai-je évité ce foudre impétueux, Qui même dans le camp fumant de ma victoire Allait faire tomber, et ma tête, et ma gloire : Maintenant je la donne, et ne me défends pas ; Je fuis l'ignominie, et non point le trépas : Si vous, si le Sénat ordonne que je meure ; Prononcez ; je suis prêt d'expirer à cette heure ; Ce bras victorieux par un coup noble et beau Versera mieux mon sang que la main d'un bourreau, Et ce sang généreux offert comme en victime Lavera ma victoire, et ma honte, et mon crime ; Il est pur, il est noble.

Camille

Il faut le conserver; Il fait triompher Rome ; elle doit le sauver ; Elle est trop obligée à de si grands services : Et si pour la victoire il faut des sacrifices, Elle serait impie en rendant grâce aux Dieux D'immoler en victime un vainqueur glorieux ; Rome n'est que sévère ; elle serait barbare ; Elle traitera mieux une vertu si rare ; Et pour moi, suppliant envers le Dictateur J'aimerai le Coupable, et le persécuteur, Et nous joignant ensemble et la fille et la mère Nous serons importuns autant qu'il est sévère ; Il aura pour partie en un si grand courroux, Et la mère, et la fille, et le Sénat, et nous.

Lucille

Avec un tel appui craindrez-vous de combattre ? Papyre sera seul ; et nous nous trouvons quatre : Contre nous, contre Rome offerte à ce besoin Ses coups seront sans force, il combattra de loin.

Scène 3

Flavie, Papyrie, Fabie, Camille, Lucille

Flavie

Au contraire, il est proche : ô Fabie ! Ô Camille ! Hélas ! Le Dictateur vient d'entrer dans la ville.

Papyrie

Dans la Ville ? Mon père ? Ô Dieux ! Qu'ai-je entendu ? Je l'avais bien prédit ; ah ! Fabie est perdu.

Fabie

Ce ne sera jamais qu'en vous perdant, Madame : Mais votre peur m'assure, et sa glace m'enflamme, Puisque ce coeur surpris montre par vos regrets Des voeux que le silence avait tenus secrets ; Si la fille en son coeur fait des voeux pour ma vie, Craindrais-je de la voir par le père ravie ? Entre, père cruel, viens perdre ce vainqueur ; Je crains peu de mourir, si je vis dans son coeur ; Ma mort, qui me fera revivre en sa mémoire, Quand tu crois me punir m'est une autre victoire ; Viens rendre ton courroux et mes désirs contents, Noble et cher ennemi, viens doncque ; je t'attends.

Papyrie

Vous le verrez trop tôt, peut-être à votre perte ; Hélas !

Fabie

A ce soupir, ma mort sur l'heure offerte Deviendrait agréable à mon coeur amoureux ; Quoi qu'on fasse à présent je ne puis qu'être heureux.

Camille

On a déjà trop fait d'attaquer votre vie.

Lucille

Mais il faut prévenir cette mortelle envie ; Secondez nous, Camille ; et déjà dans ce soin Je vais trouver Papyre.

Flavie

Il n'en est pas besoin : Madame, il vient ici : je viens d'ouir moi-même Un serment qu'il a fait dans sa colère extrême, Qu'il ne reverra point les Dieux de sa maison Que d'un vainqueur coupable il n'ait tiré raison ; Même il en a juré par ses Dieux domestiques : Le bruit de sa fureur vole aux places publiques ; Il résonne partout ; on n'entend que clameurs ; Rome n'est plus que cris, que langues, que rumeurs ; À sa voix, à ses yeux le plus assuré tremble ; Par son ordre déjà tout le Sénat s'assemble : Mais sachant qu'il passait en ce lieu pour vous voir, Je viens d'un pas hâté vous le faire savoir.

Lucille

Sans toi, belle affranchie, il nous eut pu surprendre : Prévenons le, mon Frère, allons le voir descendre, Opposons quelque obstacle à cet ardent courroux, Arrêtons dedans l'air la foudre avant les coups ; Elle gronde souvent, sans pour autant qu'elle tombe.

Papyrie

Mais la voyant tomber, Dieux ! Quel coeur ne succombe ?

Fabie

Le mien, qui fera voir dans un trouble si grand Qu'on peut par la Vertu triompher en mourant.

Lucille

Quel désespoir injuste à la mort vous convie ? Ah ! Laissez nous, sans vous, disputer votre vie ; Puisque votre salut est réduit à ce point, Demeurez en ce lieu ; mais ne vous montrez point.

Camille

Ce lieu vous servira de prison, et d'asile.

Fabie

Mais d'un temple, où mes Dieux sont Lucille et Camille.

Scène 4

Fabie, Papyrie, Flavie

Fabie

Mais les puis-je appeler mes favorables Dieux ? Et pourrais-je en chercher d'autres que vos beaux yeux ? Lorsque je les adore, et que je vous contemple, Je vois mes Dieux humains, mon autel et mon temple, Où mon coeur se consomme, et doit être en ce jour Victime du destin, et victime d'amour ; Et l'une et l'autre mort ne peut qu'être agréable ; L'une est délicieuse, et l'autre est honorable ; Je mourrai pour ma gloire et mon contentement, En vainqueur par le fer, par vos yeux en amant ; Pour ma gloire et pour vous si le trépas m'emporte, N'est-ce pas triompher que mourir de la sorte ?

Papyrie

C'est me perdre moi-même, et par un coup du sort Me blessant en autrui me tuer par sa mort : Défendez vous du fer qui causerait mes larmes, Et ne redoutez rien du côté de mes charmes ; Mon père vous sera plus fatal que mes yeux ; Je puis sauver l'amant, non le victorieux.

Fabie

Donc ma gloire me perd ? Ah ! Victoire funeste, Qui détruit notre amour et l'espoir qui me reste ! Las ! Pour vous mériter je vainquis seulement, Je fus victorieux pour me montrer amant ; Et par un sort malin autant que plein de gloire Je vous perds, je me perds par ma propre victoire.

Papyrie

Ah ! sauvez votre vie, et moi-même en ce point : Car c'est me conserver que ne vous perdre point.

Fabie

La sauver ? Non, partout ma ruine est ouverte, Je cours, en me sauvant, à ma plus grande perte : Quoi ? Vivrai-je sans vous, et sans vous obtenir ? Le courroux paternel viendra nous désunir : D'un ou d'autre côté vous me serez ravie, Je vous perds par ma mort, je vous perds par ma vie : Ah ! J'aime mieux, sans suivre un espoir décevant, Vous perdre par ma mort que vous perdre en vivant.

Papyrie

Quoi ? Dans ce désespoir plus grand que sa colère Vous m'êtes plus cruel que ne vous l'est mon père ; Ennemis l'un de l'autre, et contre moi tous deux Vous conspirez ensemble à détruire mes voeux : Considérez qu'enfin votre vie est la mienne ; Si l'un peut l'attaquer, que l'autre la soutienne : Pour gagner de la gloire, et pour me mériter, Vous vainquîtes ; vainquez encor pour m'emporter ; Comme je fus au Camp l'objet de votre crime, Que je le sois ici d'un combat légitime ; Animez le Sénat à vous bien maintenir Sur un crime si beau qu'on ne le peut punir ; Opposez... Mais que dis-je ? Hélas ! Que faut-il faire ? Opposer ? Qui ? Fabie ; un amant contre un père : Ô généreux, ô doux, ô cruel mouvement ! Mais puis-je voir un père armé contre un amant ? Contre son gendre propre, et contre Rome encore, Qui coupable qu'il est, ainsi que moi l'adore : Mais devrais-je adorer un qu'un père poursuit ? Ce penser combat l'autre, et l'autre le détruit : Non, mon père cruel ne le doit pas poursuivre ; Un si noble vainqueur mérite au moins de vivre ; Vivez, vivez, Fabie.

Fabie

Ah ! Sans vous je ne puis ; Et ce penser me plonge en un gouffre d'ennuis : Ce père veut ma vie ; et je la puis défendre : Mais durant son courroux je ne vous puis prétendre.

Papyrie

Que prétendez-vous donc ?

Fabie

Hélas ! je n'en sais rien ; De me perdre plutôt que de quitter mon bien.

Papyrie

Si mon père en vient-là, quoi que je le révère, S'il faut qu'il vous immole à son courroux sévère ; Autant pour vous venger qu'afin de le punir, Ma généreuse mort nous pourra réunir ; Il faut, pour réparer cette rigueur étrange, Si le père vous perd, que la fille vous venge.

Fabie

Au lieu de me venger contre un père et les lois, Ce serait me punir et me perdre deux fois : Oyez déjà mon ombre et crier, et vous dire ; Ne me vengez pas tant, offensez moins Papyre.

Papyrie

Je sais que je l'offense en ce haut sentiment Qui ne peut séparer l'ennemi de l'amant ; Que cruelle à mon père, et pour vous pitoyable Je fais contre un devoir une faute louable : Pour elle aussi ma mort, comme pour son courroux, Me punit envers lui, le punit envers vous ; Elle suivra la vôtre, et l'exemple d'un père ; On doutera des deux qui fut le plus sévère, Lui pour garder les lois, moi pour sauver ma foi ; Ce qu'il fera sur vous, je le ferai sur moi ; La mort nous rejoindra, si la mort nous sépare.

Fabie

Ah ! soyez moins cruelle.

Papyrie

Ah ! Qu'il soit moins barbare !

Flavie

Ce désespoir l'emporte : ô coeurs trop généreux ! Que feront-ils ? J'en tremble et crains déjà pour eux : Suis-les ; empêche au moins qu'on voie ici Fabie ; Toi-même, à son défaut, prends le soin de sa vie.

Acte III

Scène 1

Papyre, Camille, Lucille

Papyre

Qu'on ne m'en parle plus ; il mourra, l'insolent.

Camille

Quoi ? Voulez-vous passer pour esprit violent ?

Papyre

Comme étant Dictateur, je veux passer pour homme Qui ne voit que les lois et l'intérêt de Rome.

Lucille

Rome élève son front par deux si beaux combats.

Papyre

Rome par ce chemin serait bientôt à bas, Elle à qui le destin promet toute la Terre Par la religion et les lois de la guerre : Et Fabie ose enfreindre en cette occasion Et les lois de la guerre, et la Religion : Je défends le combat pour une juste cause, J'ai soin de mon armée ; et l'Insolent l'expose ; Je reviens, par la peur d'un succès malheureux, Revoir les Dieux de Rome ; et lui se moque d'eux : Je rappelle le sort, par de nouveaux auspices ; Et lui, tente les Dieux, quand je les rends propices : Si le sort est changé, c'est par moi, c'est par eux ; Son courage au combat a moins fait que mes voeux ; De Rome à notre Camp j'envoyai la victoire ; Et les Dieux dans son crime ont pris soin de ma gloire : Le jeune téméraire ! il y devait périr : Mais ceux que j'invoquais l'allèrent secourir ; Ils regardèrent moins sa gloire que ma honte ; Il exposait mon camp ; ils m'en ont rendu compte : On dira de son bras, comme de ma vertu, Que Papyre et les Dieux ont par lui combattu.

Camille

Mais il rend glorieux et les Dieux, et Papyre.

Papyre

Mais il choque les lois, et hasarde l'Empire.

Lucille

Son courage est sa loi ; l'Empire est conservé.

Papyre

Non pas ; si l'on ne perd celui qui l'a sauvé : Si les lois dépendaient d'un si jeune courage, Et l'Empire et les lois feraient bientôt naufrage ; Le courage parfois ne sert qu'à nous trahir ; Qui veut bien commander doit savoir obéir ; Sans cet ordre les chefs n'auraient plus de puissance, Et la guerre serait un monstre de licence : Quoi ? Donner un combat, que j'avais défendu ?

Lucille

Le succès de sa faute en a bien répondu.

Papyre

Répond-il d'une ardeur qui peut perdre les autres ? Auront-ils des succès toujours pareils aux nôtres ? Faisons leur un exemple épouvantable et grand D'un chef, bien que vainqueur, qui sur l'ordre entreprend, Et dedans la carrière à ces grands coeurs ouverte Que Fabie aujourd'hui les sauve par sa perte.

Camille

Plutôt par la clémence enseignez leur à tous Cet art plus glorieux de vaincre son courroux ; Vous-même devenez un mémorable exemple, Qu'en la guerre, en la paix toute Rome contemple ; Et montrez par un trait qui vous va couronner Que Fabie a fait mal s'il lui faut pardonner : Le meilleur Empereur n'est pas le plus sévère ; Voyez ce qu'avant vous fit Camille mon père : Un téméraire Chef, qui l'avait offencé, Fut compagnon d'honneur par lui-même avancé : Quel pardon, qui passa jusqu'à la récompense ! En une faute heureuse imitez sa clémence ; L'exemple en est célèbre, et c'est d'un Dictateur Que Rome nomme encor son second fondateur. Cincinnate autrefois...

Papyre

Suffit qu'il m'en souvienne : Mais chacun suit sa voie ; et ce n'est pas la mienne : Fabie est glorieux au dessus du pardon ; Il ne peut demander, ni moi, faire ce don.

Lucille

Je l'implore pour lui ; donnez le à mes prières.

Papyre

L'importance du fait les rend ici légères ; Non, vous ne savez pas ce que vous demandez.

Lucille

Un héros, qu'on poursuit.

Papyre

Qu'en vain vous défendez.

Lucille

Je défends un vainqueur.

Papyre

Ah ? C'est trop entreprendre ; Ce vainqueur doit périr.

Scène 2

Papyrie, Papyre, Lucille, Camille

Papyrie

Mais non pas votre gendre.

Papyre

Que ce nom me surprend ! Lucille, qu'est-ce ci ?

Papyrie

Ah ! Donnez moi sa vie.

Papyre

Et toi, ma fille, aussi ! Quoi ? Toute ma maison me combat, et conspire Contre l'autorité que je garde à l'Empire ? Conspirez pour Fabie, et combattez tous trois ; J'aurai pour moi l'Empire, et la force, et les lois. Que parles-tu d'un Gendre : et quelle est cette audace Qui te fait demander et sa vie, et ma grâce ? Quoi ? Pour mon ennemi, qu'un crime rend Vainqueur, Ta bouche ose s'ouvrir aussi bien que ton coeur ? Quelle indiscrétion ? Où va cette imprudence ? Madame, et l'on trahit ainsi ma confidence ? Vous êtes femme enfin, et vous avez parlé.

Lucille

Je suis mère de plus, et j'ai tout révélé : Mais quand bien j'aurais tu ce qu'il fallait apprendre, La parole vous lie, est-il moins votre gendre ?

Papyre

Le secret n'était pas si prêt à publier : Ma parole est sacrée, elle me doit lier ; Oui oui, nous la tiendrons. Vous n'avez su vous taire ; Ma Fille a trop appris, et n'ose que trop faire : Mais un moyen me reste, en le faisant punir, D'acquitter ma parole, et ne la pas tenir ; Je la dégagerai, sans que je la viole, Et romprai ce lien, sans rompre ma parole : Fabie est donc mon gendre : et pour ne l'être pas, Je me puis dégager bien tôt par son trépas ; Je punirai son crime.

Papyrie

Ah ! Mon père !

Papyre

Et le vôtre.

Papyrie

Sachez que son trépas sera suivi d'un autre : Regardez votre foi, ma douleur, et son rang ; Épargnez votre gendre ; épargnez votre sang ; Nous avons mérité tous deux votre colère ; Mais il est votre gendre, et vous êtes mon père.

Papyre

Mais il est criminel, et vous, bien plus que lui. Mais...

Lucille

Ferez-vous périr votre race aujourd'hui ? Croyez que je suivrai le destin de ma fille : Quoi ? Pour un point d'honneur perdre votre famille ?

Papyre

Ce point va conserver le pouvoir souverain, Qui m'anime à ce coup et me hausse la main ; Ma main lui va donner ce que Rome demande ; Si Fabie est trop peu, ma famille en offrande; Si ma famille encore est peu pour son besoin ; Tout mon sang coulera dans un si noble soin ; Ma Dictature attend un exemple si rare ; Elle, ou lui, doit périr.

Papyrie

Quel exemple barbare ! Répondons lui de coeur ; s'il faut mourir, mourons.

Lucille

Cruel, va l'immoler ; dans peu nous le suivrons.

Camille

Voyez ce qu'en ces coeurs produit votre colère.

Papyre

Quelle fureur ? Ô Dieux ! Retenez les, mon frère : J'en demeure interdit.

Scène 3

Flavie, Camille, Fabie, Papyre, Comine

Flavie

Seigneur, n'avancez pas : C'est courir à la mort ; elle est dessus vos pas ; Ayez plus de respect, ou de soin pour la vie.

Camille

Elles sont déjà loin : va, cours après, Flavie.

Fabie

Avançons.

Papyre

Ah ! C'est trop balancer mon courroux ; Il tombera... Que vois-je ? Il tombera sur vous : Quoi ? Tous deux à mes yeux, dedans ce trouble extrême, Vous venez me braver jusqu'en ce palais même ?

Fabie

Nous venons au devant d'un foudre en sa fureur.

Comine

Contenter le courroux d'un puissant Empereur.

Fabie

Tous deux en vrais Romains, lui de mon sort complice, Moi, n'ayant pu souffrir la honte d'un supplice, Nous venons généreux à vos pieds apporter Deux têtes, qu'on pouvait contre vous disputer.

Papyre

Quoi ? Ces coeurs sont rendus, ces ardents à combattre ? Ces courages plieront, quand je crois les abattre ? Relevez les ; j'ai honte à vous voir relâcher ; Soyez, en résistant, dignes de me fâcher : Donc Fabie est rebelle aux lois, dans mon armée ? Et dans Rome, ses feux ne sont plus que fumée ? Le Sénat le soutient, il peut faire un parti ; Et devant le combat son coeur s'est démenti ?

Fabie

Mon coeur ne le saurait, il est le même encore ; Mais plus il est puissant, et plus il vous honore : Sans liguer le Sénat, sans armer nos maisons, Mon respect sera seul ma force, et mes raisons. Mon courage osa trop, il se laissa surprendre, Il déroba la gloire ; et je vous la viens rendre ; Je vous rends mes honneurs, ma dignité, mon rang ; Acceptez ma victoire, et prenez tout mon sang.

Papyre

Je veux tirer ce sang, non pas qu'on me le donne ; L'ennemi me déplaît, alors qu'il s'abandonne : Votre victoire n'est que d'un crime éclatant Le fruit qu'un criminel doit au sort qui l'attend.

Fabie

Avancez donc ce sort, tranchez ma destinée.

Papyre

Le Sénat le doit faire, et dans cette journée.

Fabie

Daignez avec Camille ici la terminer ; Il m'est tout un Sénat, et me peut condamner ; Vous connaîtrez tous deux combien je vous respecte : Sa vertu moins qu'à moi vous doit être suspecte ; Il en peut décider devant vous, et chez lui.

Papyre

Loin d'être votre juge, il s'est fait votre appui.

Camille

Je le suis de sa gloire, et de son innocence, Qui fait une vertu d'un crime de licence ; Son coeur, par un remords et noble et généreux Désavoue à ses bras ce qu'il a fait par eux, Il renonce à sa gloire, et leur en fait reproche : Et ce coeur ne saurait toucher un coeur de roche.

Papyre

Il le touche, il le perce, et ne l'ébranle point ; Ce rocher s'affermit, et demeure en un point.

Fabie

Je voi qu'en lui l'amour a fait place à la haine ; Ce point me l'a fermé, ce point seul fait ma peine ; Ce point détruit la grâce où j'allais recourir, Et plus fort que mon crime il me fera mourir ; Il endurcit ce coeur qui fut pour moi si tendre, Et vous fait oublier que je suis votre gendre.

Papyre

Mon gendre ? Un criminel ? Non, vous ne l'êtes plus : Ne cherchez point ce titre et des noms superflus ; C'est en m'obéissant qu'il fallait le paraître.

Fabie

Les combats m'ont fait voir bien plus digne de l'être ; Et je n'ai recherché d'être victorieux Que pour rendre encor plus votre choix glorieux, Que pour justifier une si haute place Acquise en votre armée, ainsi qu'en votre grâce ; Et par une victoire entrer plus dignement Dedans votre maison en vainqueur, en amant : Mais par cette Victoire, à ma première entrée, Mon amour pour triomphe a la mort rencontrée. Je l'attends ; mais plus noble, et digne de mon coeur : Que le bras de l'amant punisse le vainqueur ; Soufrez que mes lauriers s'immolent à ma flamme, Que ce fer à vos pieds lui consacre mon âme ; Pour sauver mon honneur, permettez que mon bras, Ce fameux criminel qui donna ces combats, Sans attendre un bourreau qui souillerait ma gloire, Verse ici tout mon sang, pour laver ma victoire.

Scène 4

Papyre, Fabie Père, Comine, Fabie Fils, Camille

Papyre

Dieux ! Que sens-je ? Est-ce moi ?

Fabie Père

Dieux ! Que vois-je ? Est-ce lui ? Quel spectacle ? Ô mes yeux ! Ô mon coeur ! Quel ennui ?

Comine

Quel furieux transport ! Et que vouliez-vous faire ?

Fabie Fils

Trop peu pour mon amour.

Fabie Père

Mais bien trop pour ton père : Qu'ai-je dit ? Je me trompe ; et tu n'es pas mon fils ; Lâche, ce que tu fais détruit ce que tu fis : Quoi ? Pour une victoire et si grande et si pleine Implorer ce Cruel ? T'exposer à sa haine ? Lui demander la vie ? Ô honte ! Ô lacheté !

Fabie Fils

Moi ? Mon père.

Fabie Père

Tais-toi : puis-je l'avoir été ? Ce coeur remporta-t-il une double victoire ? Ce coeur pourrait-il bien ternir ainsi sa gloire ? A-t-il tant de faiblesse ? Eut-il tant de vigueur ? Infâme, réponds moi ; réponds moy, noble coeur : Mais lâche et généreux, que me peux-tu répondre ? On voit une action dans l'autre se confondre ; L'une me fait horreur, et l'autre a des appas ; Par elles c'est mon dils, et si ce ne l'est pas : Parle, fils généreux ; mais plutôt parle, infâme ; As-tu doublé ton coeur ? As-tu doublé ton âme ? Mais quel aveuglement à ma colère est joint ! Je t'impute deux coeurs, lâche, tu n'en as point ; Après une victoire et si belle et si rare, Tu viens de le laisser aux pieds de ce barbare : Peux-tu bien racheter une vie à ce prix, Digne de ses rigueurs, digne de ses mépris ? Ta victoire peut elle être encore enviée ? Il te la doit céder ; ah ! Tu l'as bien payée : Quoi ? Demander la vie ? Un Fabie, un Romain ? As-tu perdu ton coeur ? Qu'as-tu fait de ta main ? Pour effacer ta honte, et pour finir ma peine, Viens emprunter la mienne ; elle est toute Romaine ; Je t'ai donné le jour, je puis te l'arracher ; L'avoir en don d'un autre, ah ! C'est un don trop cher ; Quoi ? Demander la vie ? Ô l'indigne foiblesse !

Fabie Fils

Que ce reproche injuste et m'anime et me blesse ! Moi, demander la vie ? Un bien plus noble effort Me tenait à ses pieds pour implorer la mort : Mais puisqu'il est encore approuvé de mon père ; Je puis le contenter, je dois vous satisfaire, Et vais dans les transports de mon coeur amoureux, Si je dois criminel, payer en généreux ; Je préviendrai du moins le supplice et ma honte : Mon sang, de mes désirs, à tous va rendre compte : Vous, lisez dans mon coeur, vous verrez jusqu'au fonds ; Vous mon père, voici comme je vous réponds.

Papyre

Arrêtez sa fureur.

Fabie Père

Ou plutôt son courage ; Par lui je vois mon fils, et combien je l'outrage ; C'est comme mon sang parle, et répare un affront ; Je parlais en Fabie, en Fabie il répond.

Comine

Je ne vous quitte point.

Fabie Fils

Faut-il qu'on me confonde ? Soufre que de mon coeur mon propre bras réponde.

Comine

On connaît votre coeur digne d'un autre sort.

Fabie Fils

On le connaîtra mieux encore par ma mort.

Papyre

La prévenir ainsi, c'est la craindre, et se rendre ; Il faut la disputer ; la force est à l'attendre.

Fabie Fils

Oui, quand avec éclat on la peut disputer ; Mais attendre un supplice ? Ah ! C'est le mériter.

Camille

Notre vie est aux Dieux ; le destin en dispose : Le supplice est honteux seulement par la cause ; D'un supplice on peut faire un trépas glorieux ; Il faut vivre pour nous, et mourir pour les Dieux.

Fabie Fils

J'ai vécu pour l'honneur ; je veux mourir de même.

Papyre

Mourir par désespoir est une erreur extrême.

Fabie Père

Oui, Cruel ; mais ici rien n'est désesperé : À t'ouir, on croirait son trépas préparé ; Tu crois que le Sénat selon tes voeux l'apprête ; Tu refuses sa main, pour mieux avoir sa tête ; Ce n'est pas de son bras que tu veux obtenir Une mort qui te venge et le puisse punir : Ta douceur n'est que feinte, et je vois ta malice ; Tu retardes sa mort, pour hâter son supplice ; C'est dessus son honneur que tu veux te venger : Mais le Sénat est juste, et doit le protéger : Tu n'en veux qu'à son nom, tu n'en veux qu'à sa gloire ; Ta jalousie est claire, et ta malice est noire ; Ton lâche procédé, violent, factieux Met son crime si haut qu'il t'en montre envieux ; Son crime, qui t'offense, est si beau, qu'il nous flatte ; Nous eussions tû sa gloire, et tu fais qu'elle éclate ; Rome, qu'elle enrichit, porte au dessus des lois Ce crime, qui n'est plus crime que dans ta voix ; Que ta voix anoblit, que ta rigueur illustre, Qu'elle fera passer de l'un à l'autre lustre ; Ce crime, honneur de Rome, et dont l'accusateur, Ou plutôt l'envieux, est un grand Dictateur ; Ce crime, qui la sauve, et que le Camp renomme ; Pour qui l'on dût ouvrir tous les temples de Rome, Pour faire sacrifice, et rendre grâce aux Dieux Des victoires qui vont perdre un victorieux : Je ne le nomme point ton ami ni ton gendre ; Je retire mon sang quand tu le veux répandre : Veux-tu, pour confirmer l'alliance et l'accord, Le signer par son sang, l'arrêter par sa mort ? Tigre, va le répandre, et tigre, va le boire : Mais révère son nom, punissant sa victoire ; Songe au sang précieux, qu'elle-même épargna, Que tu la pouvais perdre, et qu'il te la gagna : Vois...

Papyre

Quoi voir ? J'ai trop vu sa désobéissance, Et je vois même ici trop braver ma puissance : Quel insolent orgueil ? Craignez...

Fabie Père

Je ne crains rien : La crainte est aux méchants ; nous en différons bien : Connais mieux ton pouvoir, et les âmes romaines ; Nous avons eu l'éclat des marques souveraines : Je craindrais ? Moi ? Consul, trois fois, et Dictateur ? Les Romains m'ont vu maître, et non persécuteur ; Sans perdre les vainqueurs j'emportais la victoire.

Papyre

Ah ! C'est trop offenser et ma charge et ma gloire : Nous verrons au Sénat quel pouvoir nous avons, Je vous attendrai là.

Fabie Père

Fort peu ; nous vous suivons. Allons, mon fils, allons disputer de ta vie.

Camille

J'en désespère, et plains l'un et l'autre Fabie.

Acte IV

Scène 1

Lucille, Papyrie

Lucille

Puisqu'ils sont au Sénat, j'ose encore espérer : Et ce moment fatal nous donne à respirer.

Papyrie

Mais à pleurer plutôt : que dis-je ? En ces alarmes Pour le sang de Fabie est-ce assez que des larmes ? Son trépas est certain, mon père l'y conduit : Voyez voyez l'état où mon coeur est réduit : Quoi ? Ce victorieux, que toute Rome admire, Au milieu de sa gloire en triomphant expire ? Et ce qui dans mes sens fait naître plus d'horreur, Mon père impétueux l'immole à sa fureur. Est-ce un gendre ? Est-ce un père ? Et suis-je encor sa fille ? Ne considérer point son rang ni sa famille ? Sa foi, leur amitié, ma sainte affection, Vous-même, Rome entière, et sa protection ? Malgré tout le Sénat, qui respecte sa gloire, Accabler ce vainqueur sous sa propre victoire ? Suivre contre nos voeux son violent transport ? Ôter à sa maison un si noble support ? Un gendre, dont la gloire honorait sa famille ? Est-ce un père en effet ? Et suis-je encor sa fille ?

Lucille

Vous l'êtes, Papyrie, et dans ce sentiment Vous témoignez assez de l'être noblement ; Fidèle Amante autant que fille généreuse Vous blâmez justement sa loi trop rigoureuse ; Comme vous je la blâme, et suis pour votre amant : Mais...

Papyrie

Veut-on que j'étouffe un juste mouvement ? Donc après sa parole et donnée et reçu Son gendre par sa mort verra sa foi déçue ? Est-ce comme il la donne ? Est-ce comme il la tient ? Je me trouve engagée ; à peine il s'en souvient : C'est mon époux enfin ; et quoi qu'il en advienne ; Mon père rompt sa foi ; je veux tenir la mienne ; Et pour la bien tenir, compagne de son sort, Puisqu'il s'en va mourir, je n'attends que la mort.

Lucille

Ce sentiment est juste, encore que trop tendre : Dans un sort si cruel vous la devez attendre : Mais l'attendre, ma fille ; et non pas prévenir Par elle le trépas d'un qu'on ne peut punir ; Le Sénat, toute Rome obligée à sa gloire Maintiendra le vainqueur, admirant la victoire ; Ou son propre destin s'étendant dessus nous Me fera suivre un gendre, et vous, suivre un époux : Mais faut-il prévenir nous-mêmes son supplice ? Vous savez qu'on prépare au temple un sacrifice ; Allons faire rougir en ce dernier ressort Les autels pour sa vie, ou les Dieux pour sa mort ; On les verra fléchis par nos voeux légitimes, Ou nous-mêmes servir de dernières victimes ; Notre sang va braver, à la face des Dieux, Le courroux de Papyre, et la haine des Cieux ; Nous saurons...

Scène 2

Lucille, Flavie, Papyrie

Lucille

Mais enfin que saurons-nous, Flavie ?

Flavie

Qu'il reste quelque espoir encore pour sa vie : N'étant par le Sénat absous ni condamné Fabie en est au peuple, et l'appel est donné ; C'est toute la faveur qu'on a faite à son père.

Papyrie

Qui flatte un peu nos maux, et qui n'est que légère.

Flavie

Comine allant au Peuple annoncer ce décret Me l'a dit vers le temple, où déjà tout est prêt.

Lucille

Le peuple aura le soin de conserver sa vie.

Papyrie

Papyre pour le perdre encore a plus d'envie : Le Sénat tout puissant n'ayant pu le sauver, Rome pour son salut ne peut plus rien trouver ; Non, le Peuple est trop féible, il a trop d'inconstance ; Mon père est trop entier, il a trop de puissance : L'un donc étant trop fort, l'autre mal défendu, Fabie est mort, hélas ! Mon époux est perdu : Qu'attendrais je du peuple ? Ô destin ! Ô mon père ! Ah ! Je vois l'un et l'autre également sévère ; Digne amant, noble époux, vainqueur plus glorieux, Rien ne te peut sauver.

Lucille

Il reste encor les Dieux ; Implorons donc le Ciel, et recourons aux temples ; On a de leur faveur d'aussi rares exemples.

Papyrie

Un mal si proche attend un plus prochain secours ; Je n'en espère rien : mais ayons y recours. Que demander au Ciel, pour m'être plus prospère, Ou la honte, ou l'honneur, d'un époux, ou d'un père ? L'un et l'autre en ce jour doit vaincre, ou doit céder ; Aucun bien, sans un mal, ne me peut succéder ; Si Fabie est plus fort, Papyre enfin succombe ; L'un vainqueur, l'autre meurt ; l'un sauvé, l'autre tombe : Soutenez les tous deux, et pour m'être plus doux, Dieux, apaisez mon père, et sauvez mon époux.

Lucille

Allons pour un tel bien implorer leur puissance. Mais les voici tous deux : évitons leur présence. Toi, viens nous par sa vie ôter un grand dessein, Ou plonger par sa mort un poignard dans le sein ; Vois tout ce qui se passe, et nous le viens redire. Qui doit céder ; des Dieux, de nous, ou de Papyre ?

Scène 3

Papyre, Fabie, Fabie Fils

Papyre

Serez-vous comme une ombre attachée à mes pas ? Dans la chambre, en ce lieu, quoi ? Ne me quitter pas ?

Fabie

Non ; que je n'aie enfin obtenu cette grâce Qu'il faut qu'en sa colère un ennemi me fasse : Un ennemi ? Que dis-je ? un père, un Souverain ; Dont mon destin implore ou le coeur, ou la main ; Le coup, ou la pitié ; la mort, ou la tendresse ; Je ne dois qu'à vous seul, à vous seul je m'adresse : En vain j'ai vu pour moi le Sénat agité : Flatté par mille amis, par mon père excité, Encor que mon respect vous déplaise, et l'offense, Je n'ai pas daigné dire un mot en ma défense ; Défendrais-je mon sang, si vous le demandez ? Attendrais-je un arrêt, si vous ne le rendez ? Le Sénat respectant ma tête, et vôtre foudre ; Ne m'a pu condamner, et n'ose pas m'absoudre, Comme il n'accorde rien, il n'a rien refusé ; Quoi qu'il m'ait par prière envers vous excusé, Quand mes Juges soumis priaient pour le coupable J'accusais dedans moi leur zèle favorable ; Ils cherchaient mon salut ; et mon coeur généreux Dans ces communs souhaits était même contre eux ; Eux regardaient ma vie, et moi votre colère, Sachant que je ne puis et vivre, et vous déplaire ; Que sans rentrer en grâce, et dans votre amitié, Le jour m'est odieux, ainsi que leur pitié ; Un seul moyen rendra leur assistance vaine ; Demeurez en colère, et ma mort est certaine : Quoi ? Perdre Papyrie, et perdre mon amour ? C'est pis que perdre ensemble et la gloire et le jour : Est ce de votre foi ce que je dûs attendre ? Qu'est devenu ce coeur, qui fut pour moi si tendre ? Lui, qui m'a tant aimé, pourrait-il me haïr ?

Papyre

Qu'est devenu ce coeur, qui devait m'obéir ? Lui, que j'obligeai tant, et dont je dus attendre La foi d'un Lieutenant, comme la foi d'un gendre ; Lui, de qui le respect et l'amour me flattait, Pouvait-il m'offenser alors qu'il combattait ? Pour rendre ma puissance et ma gloire étouffées N'avez-vous pas brûlé les armes, les trophées ? Croyant dans la fumée obscurcir mon renom, Et dessous cette cendre ensevelir mon nom ? Ce nom pourra, sans vous, passer à la mémoire ; Ce nom peut honorer la plus belle victoire, Des infracteurs des lois ennemi capital Ce nom doit triompher, et vous être fatal.

Fabie Fils

Ce nom m'est vénérable autant que vous sévère ; Je l'honorais au Camp, ici je le révère : Je devais à ce nom ce qu'un zèle pieux Par un voeu solennel me fit donner aux Dieux, Les dépouilles d'un Camp sur l'ennemi tirées Pour cet heureux succès leur furent consacrées.

Papyre

Ô le masque pieux d'un courage zélé, Qui forge aux Dieux un droit, lors qu'il l'a violé ! Que la Religion, qui couvre son offense, Détournait de combattre autant que ma défense.

Fabie Fils

L'avantage de Rome offert presque à mes yeux Ne me semblait venir que de la main des Dieux ; Et contre un ordre étroit ayant l'âme trop haute, J'ai cru qu'une victoire effacerait ma faute. Mais puisque je ne puis éviter le trépas ; Que la loi, comme vous, est sourde et n'entend pas ; Que sans rien expliquer elle ordonne, et décide ; Qu'elle et vous me défend d'être mon homicide : Quittez ce grand courroux, armez vous de la loi ; Et je vais contenter vous, les Dieux, elle, et moi. Pour montrer qu'on m'en veut, et non pas à ma gloire, Punissez donc mon crime, et non pas ma mémoire ; Il est, vous le savez, noble et victorieux ; Que je soufre un trépas, comme lui, glorieux ; Éloignons en ces noms de honte, et de supplice ; En vainqueur j'ai failli, qu'en vainqueur je périsse ; Que je meure en Fabie, et qu'il me soit permis D'aller chercher la mort parmi nos ennemis ; Ainsi que j'ai failli, que je meure en grand homme ; Que mon dernier soupir donne un triomphe à Rome ; Que j'ajoute, en mourant, quelque lustre à son sort ; Qu'elle admire ma vie, et profite en ma mort : Les Samnites encor de reste ont quelque Ville ; Que j'aille les forcer jusques dans leur asile, Expirer au dessus de leurs derniers remparts, Percé comme couvert de piques et de dards ; Que sur un tas de morts le dernier des Fabies Tombe avec ce grand nom qui les veut pour hosties ; Sous votre ordre une fois combattant à vos yeux Que j'aille demander un trépas glorieux À ceux que j'ai vaincus contre votre défense, Que ma valeur expie un crime de vaillance : Puisqu'il faut par la loi périr, je périrai ; Vous serez satisfait ; et je triompherai ; Souffrez...

Papyre

Quoi ? Ce triomphe ? Il n'est pas légitime ; Ce serait couronner non pas punir le crime ; Voilà, pour vous flatter, un grand et vain effort ; C'est choisir son naufrage, et chercher un beau port, Un criminel jamais s'est-il fait son supplice ? La vertu seule attend ce qu'il donne à son vice : C'est gloire que d'avoir des remparts à forcer ; La loi vous doit punir, non pas récompenser : Ces portes de la mer, ces villes des Samnites, Matières de triomphe à ma charge prescrites, Attendent que mon bras qui portera leur sort Fasse en ces lieux voler et notre aigle, et la mort ; Et m'offrent un triomphe, et des honneurs suprêmes, Que vous avez souillés par vos victoires mêmes : Contre elles j'arme aussi, non ma sévérité, Mais les lois, pour punir votre témérité : Attendez même sort qu'eut le fils de Manlie ; Votre crime est plus grand, un moindre noeud nous lie ; Son sang n'eut par sa mort qu'un combat à laver ; Mais le vôtre en a deux, et se peut moins sauver. Ce n'est pas qu'en effet mon amitié blessée Ne combatte pour vous encore en ma pensée ; Je sais ce que je perds, et Rome, en vous perdant : Mais Rome et moi perdrions bien plus en vous gardant. J'oi la force des lois, qui languit et soupire ; Le pouvoir souverain , l'intérêt de l'Empire Gémit par cet avis dans mon coeur entendu ; Perds un homme, Papyre ; ou bien tout est perdu. Ô lois ! Apaisez vous ; sa perte est assurée ; L'Empire la demande, et mon coeur l'a jurée ; Votre victime attend, et le supplice est prêt. Mais Dieux ! mon amitié s'oppose à mon arrêt : Perdre un gendre, un héros, un démon de vaillance ? Quel sang ! Quel crime aussi ma justice balance ! Rome à Rome s'oppose en un coup si fatal ; Le sauver ? Que de bien ! Le sauver ? Que de mal ! Mais c'est trop balancer ; la chose est résolue ; Ton intérêt l'emporte, ô Puissance absolue ! Il mourra. Mais pourtant lorsque je le promets Défendez vous, Fabie, et je vous le permets : L'appel en est au peuple, où déjà l'on s'assemble ; Votre père... Il paraît, et les tribuns ensemble : Prévenez mon courroux, allez seul les trouver ; Tâchons, moi de vous perdre ; et vous de vous sauver ; Mon coeur, qui vous perdra, montre bien qu'il vous aime, De vous encourager encor contre moi-même.

Fabie Fils

Puis que vous l'ordonnez ; et bien donc, sauvons nous.

Scène 4

Fabie Père, Papyre, Martian, Fabie Fils

Fabie Père

Arrêtez, arrêtez ; et quoi ? Me fuyez-vous ?

Papyre

Nous allons tous au peuple ; et moi, je vous devance.

Martian

L'assemblée est fort grande, on est à l'audience ; Le Peuple prêt de rendre un arrêt solennel Demande à haute voix le vainqueur criminel, Et que le Dictateur pour la chose commune, Daigne en les visitant honorer la tribune : Je viens, pour vous y suivre, et vous accompagner.

Fabie Père

Moi, pour vous dire encor...

Papyre

Et pour ne rien gagner : Épargnez des discours, que je ne puis entendre.

Fabie Père

Épargnez donc mon Fils, épargnez votre gendre : Et pour luI rendre un Juge, un Dictateur plus doux, Permettez qu'en ce lieu j'apaise son courRoux ; Ayant émeu les flots, j'adouci la tempête : La foudre est dans vos mains, qui gronde sur sa tête ; Vers le Peuple, au Sénat, partout elle le suit ; Enfin tous mes efforts, qui font un si grand bruit, Et tant d'éclairs ne sont à mon coeur qui succombe Que les avant-coureurs d'un tonnerre qui tombe : Ah ! Que n'en êtes-vous armé pour mon trépas ! Ce grand coeur, qui se rend, ne succomberait pas ; Je verrais, sans frémir, éclater ce tonnerre, Et plutôt que mon coeur trembler toute la terre. Mais voir un fils unique, et noble et glorieux, Reste des Fabiens, qui vaut tous ses aïeux , Qui fit tout mon espoir, qui fait toute ma crainte, Péri par un supplice, et sa maison éteinte ? Ah ! C'est un coup du Ciel, comme vous, inhumain, Et contre qui mon coeur cesse d'être Romain : Dedans ce désespoir il se plaint, il soupire, Ne connaît plus le Ciel, le Sénat, ni Papyre Et tient pour ennemis cruels, injurieux, Papyre, le Sénat, et le Ciel, et les Dieux.

Papyre

Et les Dieux, et le Ciel, le Sénat, et moy-même N'écoutons point la voix d'un désespoir extrême : Ce sentiment Romain, que vous nommez courroux, Rien ne peut l'adoucir, ni le Sénat, ni vous ; Le Peuple nous attend, et fera moins encore : Je vay perdre Fabie, et dans moi je l'adore ; Et mes sens généreux sont si fort combattus Que je punis son crime, admirant ses vertus. Elles parlent dans moi, leur puissance est bien forte, Elle attire mon coeur ; mais Rome enfin l'emporte ; C'est son intérêt seul qui combat sous le mien ; Je vais bien attaquer, mais défendez vous bien.

Fabie Fils

À quoi ce grand combat ? Que sert cette défense ? Je connais que mon sort est en votre puissance Que le Peuple ne peut...

Martian

Le Peuple enfin peut tout.

Fabie Père

Oui, puis qu'il faut combattre, allons jusques au bout ; Remuons tout l'état pour le salut d'un homme, Et que Rome aujourd'hui combatte contre Rome ; Les services présents pourront bien soutenir Un vainqueur que l'on perd, de peur de l'avenir : Punir une victoire et certaine, et si grande, Pour un mal incertain, et que l'on appréhende ? Rome peut abolir de si timides lois, Ou du moins adoucir leur rigueur une fois ; Le fruit qu'elle en attend ne vaut pas l'avantage Qu'elle a déjà reçu d'un si noble courage ; C'est avancer sa perte, augmenter son ennui Que de faire périr un homme tel que lui, Et qui peut rendre à Rome un Monde tributaire ; Pour ce grand intérêt les lois doivent se taire.

Papyre

Si pour Rome la loi craint un mal incertain, Ce bien qu'on lui promet est encore plus vain : Laissons au Peuple à voir et juger de ces choses : Quoi que j'ai pu moi-même être juge en mes causes, J'en ai permis l'appel, pour vous favoriser.

Fabie Père

Mais que vous ne pouviez pourtant me refuser ; Puis que l'un de nos rois ; c'est Tuelle, je le nomme ; Devant tout le Sénat, à la face de Rome, Céda bien à l'appel, et montra le pouvoir Que le Peuple a parfois de juger et de voir ; Ce Monarque avait lors une entière puissance, Le Peuple moins de droit, lui plus d'indépendance.

Papyre

Tenez un Dictateur souverain comme lui.

Fabie Père

Mais Rome n'était pas ce qu'est Rome aujourd'hui ; Elle était sous les rois ; maintenant elle est reine, Elle a sa liberté qui la rend souveraine.

Papyre

Et cette liberté qu'elle met en nos mains Nous rend, plus que les rois, puissants et souverains : Il est vrai qu'elle est libre à se donner un maître ; Elle le fait ; après elle doit le connaître : Dites, que peut le Peuple, et qu'a pu le Sénat ? Ma dignité souffrait pour vous cet attentat ; Et contre mon pouvoir n'étant point de refuge, Vers le Peuple, au Sénat je suis et Maître et Juge ; Quoi que pour ma décharge, et votre allègement, Je les fais compagnons dans ce haut jugement. Vous n'avez su connaître une si grande grâce : Mais je saurai tantôt rabattre cette audace.

Martian

Voyez...

Papyre

Rien, Martian, que mes droits absolus : Je ne vous entends point, et ne les connais plus. Allons au Peuple, allons ; c'est trop le faire attendre.

Fabie Fils

Allons donc à la mort ; rien ne m'en peut défendre.

Acte V

Scène 1

Papyre, Camille

Papyre

Non ; toutes ces raisons ne vont qu'à m'offenser ; Il est perdu, Camille, il n'y faut plus penser : Le Peuple et le Sénat, impuissants l'un et l'autre, N'ont pas osé l'absoudre ; aussi ce droit est nôtre, La Dictature en moi trouve sa sûreté ; C'est une souveraine et courte Royauté ; Je l'ai mise en sa force, et mon coeur l'a portée En un point où jamais elle n'était montée : De ce lieu si superbe, où vainqueur je la vois, Elle me rit, me plaît, elle est digne de moi : J'ai par un même coup sauvé ma renommée, Et l'Ordre souverain, cette âme d'une armée ; J'ai maintenu l'Empire, et le commandement.

Camille

Et vous perdez Fabie en ce chaud mouvement.

Papyre

Je perds un criminel ; il vaut mieux qu'il périsse Que cette autorité, les lois, et la Justice ; Quoi ? J'aurais vu déchoir par ma facilité La Justice, les lois, et cette autorité ? À ma honte, par moi, durant mon ministère Périr la Dictature, un si haut caractère ? Pour l'honneur de Fabie, et de ses deux combats, J'aurais vu perdre Rome, et tout l'Empire à bas ? Non ; j'aime mieux couper ce mal en sa racine : Observateur des lois et de la discipline, Je fais pour l'avenir, je vois par le passé Le chemin que Manlie et Brute m'ont tracé. Par mon propre tourment pour te rendre obligée, Que n'est-il mon parent, ô Rome protégée ! Ah ! Que n'est-il mon fils, ce gendre prétendu ! Je t'aurais plus donné, quand j'aurais plus perdu : Je souffre autant qu'un père, et ce grand coup m'étonne, Je l'aime autant qu'un fils, Rome ; et je te le donne.

Camille

C'est un don en effet, qu'elle tiendra de vous ; Elle l'attend, Papyre et nous l'attendons tous : Chacun fait à Fabie un sort plus favorable, On l'attend en vainqueur, et non pas en coupable : On le demande tel, tel il nous soit donné, Puisque le peuple enfin ne l'a point condamné.

Papyre

Il ne l'a point absous, c'est trop pour le confondre.

Camille

Il le garde pourtant.

Papyre

Et c'est pour m'en répondre: Pour ne l'irriter pas, je le laisse en ses mains.

Camille

Vous avez le pouvoir : lui, l'amour des Romains.

Papyre

S'ils l'aiment, ces mutins ; ils craindront ma puissance ; Je laisse à leur orgueil cette ombre de licence, Et le temps d'aviser s'ils se rendront garants D'un crime à soutenir par des crimes plus grands : Ils ne le feront pas ; ce soin est inutile ; Je suis maître du camp, je puis tout dans la Ville ; Le Peuple, qui me voit animé pour la loi, N'osera pas l'enfreindre, et même contre moi ; Il connaît mon pouvoir, il connaît mon courage : Employons l'un et l'autre à ce fameux ouvrage ; Dans un juste dessein autant que rigoureux, Pour leur propre intérêt, opposons nous contre eux ; Refusant les Romains montrons que je les aime, Et rendons Rome heureuse en dépit d'elle-même ; Faisons son propre bien contre ses propres voeux ; Ne la regardons point, regardons ses neveux ; Indulgente à son mal encor qu'elle soupire, N'écoutons point sa voix, et gardons lui l'Empire ; Faisons un bien qui dure, et qu'on trouve après nous ; Perdons un criminel, pour l'intérêt de tous.

Camille

C'est perdre la valeur, sous les lois opprimée ; Avec elle il faut donc perdre toute l'armée, Qui dans ses intérêts entre et s'ose mêler : Il n'est plus temps de feindre, et de vous rien celer : Tout le camp se mutine, et prend part en ce crime, Que vous allez punir, qui contre vous l'anime ; Valère me l'a peint un camp séditieux, Qui... Mais Comine vient ; peut-être il le sait mieux.

Scène 2

Comine, Papyre, Camille

Comine

Une triste nouvelle à vos yeux me ramène : L'armée est en révolte, et tous les chefs en peine : On y voit le désordre et la sédition, Légion opposée à l'autre légion, Aigle contre Aigle, enfin dans l'émeute publique Homme presque contre homme, et pique contre pique, Le Camp prêt de se battre, ou de se débander ; Personne n'obéit, nul n'ose commander ; Et cette armée encor chaude et victorieuse, D'une insolente voix, superbe, injurieuse, Menace, en demandant à Rome, à tous ses Dieux Pour prix de ses combats son chef victorieux.

Papyre

Et bien donc, quelle l'ait, finissons la tempête : Ils demandent Fabie, envoyons leur sa tête : Elle les instruira : qu'ils lisent, ces mutins, Dans sa punition leur crime, et leurs destins : Ils connaîtront quel est mon bras et leur attente; L'ordre n'ayant rien pu, qu'elle les épouvante. Mais sans vous oublier, sans punir à demi ; Vous, que son crime seul a rendu son ami, Pour le vôtre et le leur montrant ma foudre prête Vous leur irez porter et mon ordre, et sa tête : C'est vous punir assez par ce commandement ; Je m'en vais punir l'autre ; et partez promptement ; Sa tête, et vous, ferez ensemble ce voyage.

Comine

Oui, oui, nous le ferons ; mais non pas ce message : Car pour accompagner la tête du vainqueur On doit porter ensemble et ma tête, et mon coeur ; C'est ainsi qu'un ami doit accompagner l'autre : Je ferai mon devoir ; j'y vais : faites le vôtre.

Papyre

Fais-le donc, insolent ; va, je ferai le mien. Quel orgueil !

Camille

Il est noble : il part, et ne craint rien.

Scène 3

Lucille, Papyre, Papyrie, Camille

Lucille

Il faut plutôt tout craindre : à peine je respire.

Papyre

Qu'est-ce encor ? Quel malheur ?

Lucille

Figurez vous le pire : Pour tout dire en deux mots ; Craignez tout.

Papyrie

Craignez tout : Le peuple est soulevé.

Papyre

Nous en viendrons à bout ; Est-ce là ce malheur, ce grand sujet de crainte ?

Papyrie

Pour votre intérêt seul nous en soufrons l'atteinte ; Ce malheur vous regarde, et ne nous fait trembler, Qu'à cause qu'il vous presse et vous peut accabler.

Lucille

Déjà le Peuple ému s'emporte...

Papyre

Ah ! Le rebelle !

Lucille

Contre vous, pour Fabie ; il soutient sa querelle.

Papyre

Soutenir un coupable ? Et contre un Dictateur ? Quel désordre !

Papyrie

Il en est l'objet, non pas l'auteur : Le Peuple en le sauvant, de peur qu'il se hasarde, Contre lui, contre vous le défend et le garde, Et craignant de sa main l'attentat généreux Lui semble par ses soins, plus que vous, rigoureux : Dedans sa noble ardeur et le regret de vivre Il se voit prisonnier, alors qu'on le délivre : La foule l'environne, et l'emporte à la fois : On le loue, on vous blâme et vos sévères lois ; Et pour mieux résister contre vous et contre elles De tous côtés s'assemble un nombre de rebelles Prêts de se retirer sur le Mont Aventin, Pour conserver Fabie, ou suivre son destin.

Lucille

Nous-mêmes avons vu, presque au sortir du Temple, Leur extrême fureur, et qui n'a point d'exemple : Démettons, disent-ils, ce rude Dictateur Jaloux de la victoire autant que de l'auteur ; N'ayant plus d'ennemis, qu'est-il plus nécessaire ? Déposons le : On dirait qu'ils sont prêts de le faire.

Papyre

Le faire ? On ne le peut ; nous régnons pour six mois.

Camille

Ne pouvoir vous démettre ? On a chassé les Rois.

Papyre

C'était pour leur orgueil, le crime, et l'insolence : Moi, j'affermi l'Empire, et maintiens sa puissance ; Moi, je punis l'orgueil, le crime, et l'attentat ; Moi, je soutiens les lois, qui soutiennent l'État : Je craindrais la révolte, et cette violence, Moi, qui rétabli l'ordre et puni l'insolence ? Qu'il s'assemble, qu'il aille, et couvre l'Aventin ; J'irai seul m'opposer à ce peuple mutin : Je sais trop ce qu'il faut, dans ce péril extrême, Faire pour le pays contre le pays même : J'irai voir violer les lois, et leur serment, Et de tout l'Aventin faire mon monument ; Plutôt que relâcher il faudra que j'expire, Qu'on détruise tout l'ordre, et les lois, et Papyre.

Lucille

Ô coeur trop obstiné, trop généreux aussi ! Vous nous allez tous perdre en vous perdant ainsi : Jugez de quels excès les Romains sont capables.

Camille

Quoi ? Pour un criminel faire mille coupables ? Que vois-je ?

Scène Dernière

Fabie Père, Martian, Fabie Fils, Papyre, Camille, Papyrie, Flavie, Lucille

Fabie Père

En voici deux ; le nombre en est moins grand ; Rome en défendait un, et ma main vous le rend : Plutôt que de la voir tomber dedans ce crime, Je l'allais égorger ; je vous l'offre en victime ; Et prêt de l'immoler au nom de Dictateur J'en viens être à vos yeux le sacrificateur. C'est trop vous disputer une juste puissance ; Et Rome en sa faveur a trop pris de licence : En horreur de ce crime, et pour l'en préserver, J'aime mieux perdre un fils, que je pouvais sauver, Que le voir glorieux, en la voyant rebelle ; Non, je n'ai pu souffrir Rome si criminelle Joindre à son crime noir un crime triomphant ; Qu'elle soit sans remords ; je serai sans enfant ; Mais son sang m'adoptant plutôt toute une ville, Je n'en vay perdre qu'un, et j'en sauve cent mille ; Rome perd ma famille, et l'augmente aujourd'hui ; J'offre mon fils pour elle, elle s'offre pour lui.

Martian

Elle s'offre en effet, et reconnaît sa faute ; Elle vous rend Fabie au point qu'elle vous l'ôte, Et remettant en vous sa grâce et son appui Elle implore pardon et pour elle, et pour lui.

Fabie Fils

Comme elle a fait ce crime afin de me défendre, Mon sang suffit pour tous, et je le vais répandre ; Et quand votre pitié donnerait grêce au mien, Je ne m'en ferais pas moi-même pour le sien.

Papyre

Si le crime de Rome à votre âme enflammée, Mourez, mourez encor pour celui de l'armée : Le Camp est en révolte, et l'infidélité A suivi de bien près votre témérité : Voila le second pas contre la discipline ; Un exemple a fait l'autre, et Rome se mutine. Mais vous en répondrez ; et pour les punir tous, Il ne faut qu'un supplice ; ils souffriront en vous ; Votre honteuse mort sera leur infamie, Punira mon Armée, et Rome votre amie ; Ils verront, ces soldats, punir leur faction Sur l'auteur criminel d'une noble action ; La honte du supplice en tous lieux publiée Me rend Maître en mon camp, et Rome châtiée.

Fabie Fils

Je saurai prévenir cet infâme trépas.

Fabie Père

Non, quand il n'aurait point ni de coeur, ni de bras ; Quand mon bras, quand mon coeur se trouverait si lâche De souffrir en mon sang cette honteuse tache ; J'espérerais au Ciel, et croirais que les Dieux, Pour l'enlever là haut, descendraient en ces lieux ; Ou, si j'espère trop, lanceraient une foudre, Pour laisser de ses os une honorable poudre : Le sang des Fabiens est trop noble et trop beau, Pour craindre le supplice, et la main d'un bourreau : On n'en voit point la trace ailleurs qu'à la campagne ; La victoire le suit, ou l'honneur l'accompagne ; Il ne saurait couler si ce n'est noblement, Pour servir son pays, dont il est l'ornement ; Il fut toujours de Rome un glorieux partage, Ou pour la secourir, ou pour son avantage. Pour la servir encore en cet événement, Pour empêcher son crime et son soulèvement, Au milieu de Tribuns, dans la place publique Ce bras n'allait-il pas tuer mon fils unique ? Mon courage l'eut fait, et le doit faire ici : Pour vous j'ai calmé Rome ; et c'était mon souci. Maintenant c'est mon coeur, c'est Rome repentie Qui donne en sacrifice une si grande hostie : Mais Rome à se punir veut quelque coup nouveau, Un Sacrificateur, et non pas un bourreau : Autre que moi ne peut lui rendre cet office ; J'ai droit sur la victime, et sur le sacrifice ; Mon bras seul peut verser un sang que j'ai donné ; Que par lui soit son sort et mon nom terminé ; Ma maison par soi-même est digne de s'éteindre : Ce coup ne me verra ni pleurer, ni me plaindre ; Et j'aurai pour le moins ce triste réconfort Que le Nom Fabien par un Fabie est mort : Pour expier ton crime, et le sien que je loue, Un père tue un fils, ô Rome, et te le voue. C'en est fait ; il le faut : prononcez donc l'arrêt ; Et vous verrez bientôt comme mon bras est prêt.

Camille

Arrêtez, inhumain ; quel coup voulez vous faire ?

Fabie Père

Digne d'un fils si noble, et digne d'un tel père : Rome, connais nos coeurs, vois si l'acte est Romain ; Il te donne son sang, je te prête ma main.

Papyrie

Pour achever ce coup généreux et barbare, Si vous versez son sang, que le mien le répare ; Qu'une fille en cet acte entre, et prenne un beau rang ; Quelle pleure en romaine, et ses pleurs soient du sang.

Fabie Père

Arrêtez ces transports, ô Fille généreuse.

Flavie

Elle ne serait plus, sans mon adresse heureuse, Qui d'un époux sauvé lui faisant le rapport De toutes deux au temple a détourné la mort.

Lucille

Quoi ? Pourrais-je avoir moins de vertu que ma fille ? Verrez-vous, sans pitié, périr vôtre famille ? Père et mari cruel !

Papyre

Dictateur malheureux, Qu'empêche la vertu d'ouïr ces généreux ! Hélas ! avant le coup ce même coup me blesse. Mais quel hélas ? Arrière amour, pitié, faiblesse : Rome, que dois-je faire ? Ô Rome, qu'as-tu fait ? C'est trop punir. C'est trop retarder cet effet ; N'écoutons plus amour, ni pitié, ni tendresses : Je vous entends, ô lois ; vous serez les maîtresses.

Martian

Rome seule doit l'être ; elle implore pour tous ; Et c'est pour triompher qu'on la voit à genoux : Vous tenez à vos pieds cette noble arrogante ; C'est la première fois qu'on la voit suppliante, Elle, qui peut marcher sur la tête des Rois, Elle enfin qui les fait est au dessus des lois.

Papyre

A ces termes si hauts, après tant de furie, On voit bien, Martian, que c'est Rome qui prie. Levez vous, ses tribuns, et ne confondez point Son maître, et son enfant, de la voir à ce point ; Dans ces devoirs honteux humble à mes pieds réduite Ma vertu la regarde, et n'en est point séduite ; Cet état trop indigne et d'elle et de ces lieux Ne dompte point mon coeur ; mais il blesse mes yeux. Voyez voyez, Tribuns, où vous l'avez jetée, Où vous la descendez, où vous l'aviez montée ; Regardez son orgueil, et son abaissement ; Comme elle m'a traité ; comme elle se dément : Mais regardez plutôt ce qu'elle me demande, Et quel fruit malheureux il faut qu'elle en attende.

Martian

Rome préfère un homme à ce grand intérêt, Et demande un héros, tout criminel qu'il est ; Elle vous en veut être à jamais obligée ; Et retombe à vos pieds, cette grande affligée : Pouvez-vous refuser à Rome un seul Romain ? Elle prie, et jamais ne doit prier en vain.

Papyre

C'en est fait ; sa prière a ma force abattue. Et bien tu m'as fléchi, Rome, et je t'ai vaincue ; Vois ton victorieux : Mais non, ce n'est pas moi ; C'est l'ordre souverain, c'est l'Empire, et la loi. Fabie est convaincu ; tu veux qu'on lui pardonne : Tout Criminel qu'il est, prends le ; je te le donne ; Je le donne aux tribuns, dont l'importunité L'emporte par prière, et non d'autorité : Un important exemple eut fait voir ma puissance ; Un exemple plus doux montrera ma clémence. Vis doncque, vis Fabie, en ce point plus heureux Que le Peuple Romain, de ton crime amoureux, Contre ses propres lois a défendu ta gloire : Cette insigne faveur vaut plus que ta victoire.

Fabie Fils

Et vous la ferez croître encore de moitié, Si je rentre en ce coeur et dans votre amitié.

Papyre

Quoi qu'ait fait mon devoir, quoi qu'ait fait votre audace L'amitié vous gardait en mon coeur même place ; Avec elle sans feinte il vous a combattu ; J'aimais, et poursuivais un gendre, et sa vertu ; Et votre crime est tel, qu'en mon rang votre père Armé contre son fils n'aurait osé moins faire.

Fabie Père

Oui, je l'aurais perdu ; vous lui fûtes trop doux : Et je ne le tiens plus que de Rome, et de vous : Quand la mort me l'ôtait, vous daignez me le rendre ; Vous me l'avez donné.

Papyre

Mais c'est pour le reprendre : Souffrez qu'avecque vous je puisse partager Un fils si glorieux après un tel danger ; Et pour joindre d'amour l'une et l'autre famille ; Voici mon fils, Fabie ; et voilà votre fille.

Fabie Fils

Quel charme à mes esprits ! Ô doux ravissement !

Lucille

Vous deviez l'acquérir un peu plus sûrement.

Fabie Fils

Pour un si noble prix doit-on compter la peine ?

Papyrie

Ce prix vous était dû ; ma mort était certaine ; Je devais être à vous ou vivant ou mourant, Faire mon sort du vôtre en un péril si grand : Un plus heureux succès a mon amour suivie ; J'étais vôtre en la mort, je suis vôtre en la vie.

Fabie Fils

Et vous serez par tout maîtresse de mon sort : Ô le naufrage heureux, qui trouve un si beau port !

Fabie Père

Allons par leur hymen achever cette joie.

Papyre

Non ; le camp révolté veut que je le revoie. Comine, allez devant, annoncer mon retour.

Fabie Fils

Moi plutôt...

Papyre

Demeurez ; je veux avoir mon tour ; Vous ne combattrez point ; tout ce qui reste à faire Est peu pour mon triomphe, et m'est trop nécessaire : Dans Rome jouissez du fruit de vos combats ; Soufrez qu'un Dictateur marche dessus vos pas ; Attendez mon retour, comme votre hyménée. Après, chargez d'honneurs, la guerre terminée, Un même jour verra triompher deux guerriers, L'un couronné de myrte, et l'autre de lauriers.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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