Scène 1
Marton, Dorimène, Madame DE FLORVILLE
Elles sont assises et paraissent s'occuper : après un moment de silence, on entend frapper.
Marton
Qui frappe ?
Dorimène
Amie.
Marton
Votre nom ?
Dorimène
Dorimène.
Marton
Effectivement, Madame, c'est elle.
Madame DE FLORVILLE
Ouvrez vite.
Scène 2
Madame DE FLORVILLE, Dorimène, Marton, M. de Florville
Madame DE FLORVILLE
Comment ! C'est toi, ma chère Dorimène. Si tu ne te fusses nommée, en vérité je ne t'aurais pas reconnue.
Dorimène
Et si l'on ne m'eût pas ouvert, j'allais m'en retourner. Ah ! Le triste Château ! Des fenêtres grillées, des portes barricadées ; je l'ai pris, d'honneur, pour une prison.
Marton
Madame et moi, nous avons bien de la peine à le prendre pour autre chose.
Madame DE FLORVILLE
Je craignais, je l'avoue, que tu ne m'eusses oubliée.
Dorimène
Tu avais tort. Je ne pouvais pas décemment faire vingt lieues toute seule pour venir ici, et je n'osais amener compagnie. Heureusement je fus invitée à passer quelques jours dans le Château voisin. Le desir de te voir n'a pas peu contribué à m'y faire consentir ; tu connais assez mon coeur pour en être persuadée.
Madame DE FLORVILLE
Tu ne pouvais me surprendre plus agréablement. Mais pourquoi cet habit ?... Sais-tu ?...
Dorimène
Cela te fait-il de la peine ? Je devrais, ce me semble, t'en paraître plus aimable. Je t'avouerai d'ailleurs que je ne le quitte guères. J'y trouve le plaisir et la liberté. Dans la conversation, j'ai mon franc parler. Telle chose, dite par une femme, paroîtrait hasardée, qui, sous cet habit, est trouvée délicieuse. On sait bien, au fond, ce qui en est, mais l'oeil est trompé, et l'on applaudit sans réfléchir. Le femmes mêmes, dupes de l'apparence, ne sont pas jalouses de moi. Je leur ôte le moyen de critiquer une coiffure, un ajustement, un air trop appreté, ou trop négligé, mille riens enfin qui n'échappent jamais à leur pénétration. En un mot, en arborant le costume d'un sexe qui s'est approprié tous les avantages, je lui en dérobe une partie, sans perdre aucun de ceux que la Nature a donné au nôtre.
Marton
Tous ces avantages réunis n'auraient pas eu un heureux succès si Monsieur de Florville eût été au Château.
Dorimène
Pourquoi donc ?
Marton
Il vous aurait pris pour un rival.
Dorimène
Un rival tel que moi n'est pas bien dangereux.
Marton
À la bonne heure. Mais il aurait fallu le lui prouver.
Dorimène
Tout de bon.
Marton
Et très positivement.
Dorimène
Je suis fort heureuse en ce cas qu'il soit absent.
Marton
Je vous en réponds. L'ombre d'un chapeau lui fait peur ; et s'il osait, je crois, à cause de la ressemblance du nom, il empecherait Madame d'en porter d'aucune espèce.
Dorimène
Est-il possible que tu aies pris un tel original pour époux?
Madame DE FLORVILLE
Que veux-tu ? J'étais sans expérience, lorsque mes parents me proposèrent Monsieur de Florville ; il ne me plut pas. Mais il avoit du bien, un nom, cela flatta mon ambition, je l'acceptai. Tu vois que j'en suis assez punie.
Dorimène
Voilà ce que c'est. On ne consulte point son coeur, on n'écoute que sa vanité, on épouse un Florville, ce coeur ne jouit de rien et la vanité même n'est pas satisfaite. En honneur, je ne te croyais pas si mal mariée. J'avais entendu parler de la jalousie de Florville ; mais l'idée que nous nous faisons d'un jaloux n'est point du tout affligeante. C'est au contraire un être fort divertissant, même pour l'objet de sa jalousie. Ses petites fureurs, ses petits dépits qu'il n'ose laisser voir, crainte d'être persifflé, sont tout-à-fait plaisants ; et si par hasard il éclate, les brocards dont on l'accablent, s'ils ne le corrigent pas, le forcent au moins à paraître corrigé. Tâche d'amener le tien à Paris, et je te réponds qu'en très peu de temps nous en viendrons à bout. Il ne refusera peut-être pas d'y passer quinze jours avec toi.
Marton
Pardonnez-moi.
Dorimène
Comment ! Il oserait....
Marton
Il ose tout, Madame. Forcé de s'absenter pour huit jours, il a bien osé donner des gardes à sa femme.
Dorimène
Des gardes ? Tu plaisantes.
Marton
Non, d'honneur. Avant de partir, il a rassemblé toute sa maison, c'est-à-dire, moi, le Garde-Chasse et le Jardinier. Après nous avoir fait un beau et long sermon sur la fidelité qu'on doit à son Seigneur et Maître, il a fixé le poste et l'emploi de chacun. Premier poste dans le Parc ; deuxième poste dans le Jardin ; troisième poste ici. La sentinelle du Parc, c'est Gérault. Sans cesse l'oeil gauche sur la plaine, il fera la guerre aux Braconniers ; l'oeil droit sur le mur du Jardin, il guettera les Amoureux. Quelqu'un veut-il escalader le mur ? Point d'obstacle ; mais un coup de sifflet avertira Blaise, sentinelle du Jardin, de s'en saisir et de l'enfermer jusqu'au retour de Monsieur de Florville.
Dorimène
Et la sentinelle d'ici ?
Marton
C'est moi : mon emploi, le voici. Ne répondre que par cette grille, n'ouvrir à aucun homme. Si Madame est ici quand il en viendra, je dois si bien masquer toute la grille, qu'il ne puisse pas même l'appercevoir. Par ce trait seul vous pouvez juger aisément...
Dorimène
Et tu n'oses braver un si rude esclavage ? En vérité, tu n'es pas digne d'etre Française.
Madame DE FLORVILLE
Comment faire?
Dorimène
Eh ! Mon Dieu, tu ne connais guères les hommes. Ils ne sont forts que de notre faiblesse. Si à chaque faveur que ton époux sollicitait, tu lui eusses demandé une grâce, et rendu refus pour refus, il aurait fini par accorder tout, pour tout obtenir. Tiens, je ne suis pas la femme de Florville, mais si tu veux m'aider et suivre mes conseils, je prétends, moi, le corriger.
Marton
Paix, paix, écoutons.
Dorimène
Quoi?
Marton
J'entends du bruit.
Madame DE FLORVILLE
Où ?
Marton
C'est un cheval.
Madame DE FLORVILLE
Va voir.
Marton
Il entre dans la Cour.... Ah ! Madame, c'est lui.
Madame DE FLORVILLE
Qui?
Marton
Monsieur de Florville.
Madame DE FLORVILLE
Mon époux.
Marton
Préparez-vous, Madame, à prouver qui vous êtes.
Dorimène
Ce n'est pas là le plus difficile, et d'un mot... Mais je veux guérir Florville de sa jalousie, et, cela, par sa jalousie même. Je ne pourrais y parvenir si je me trouvais ici.
Marton
Eh bien ! Madame, cachez-vous dans ce cabinet. Il ne s'avisera pas de vous y chercher.
En regardant le manteau.
Elle emmène Madame de Florville dans le Cabinet.
Dorimène
À merveille..... Tâchez d'éloigner le jaloux pendant une demie-heure, et je vous réponds de sa correction. Ecoute. Il me vient une idée.... Oui, écoute, écoute.
Marton
Il frappe.... Un instant !.... Qui est-là ?
M. de Florville
Moi.
Marton
Qui ? Vous ?
M. de Florville
De Florville.
Marton
De Flor....
M. de Florville
De Florville, votre Maître.
Marton
Cela ne se peut pas, il est absent pour huit jours.
Madame de Florville rentre et ferme la porte du Cabinet.
M. de Florville
Quand je vous dis que c'est moi...
Marton
Ah ! Voyons, voyons. Montrez-vous. Peut-être prenez-vous sa voix pour vous introduire ici en son absence.
M. de Florville
Me reconnais-tu?
Elle ouvre les verrous avec grand bruit.
Marton
Ah ! À la bonne heure.
Scène 3
M. de Florville, Madame DE FLORVILLE
Il va, en entrant, se jeter sur une chaise.
M. de Florville
Ouf ! Ouf ! Je suis rendu, harassé !
Madame DE FLORVILLE
Qnel bonheur imprévu vous rend à nos désirs ?
M. de Florville
J'ai rencontré à quatre lieues d'ici le Courier. Une lettre de mon avocat m'annonce que le jugement de mon procès est remis à la semaine prochaine ; et sans aller plus loin, j'ai retourné bride et me voici, mourant de fatigue, de soif et d'envie de dormir.
Madame DE FLORVILLE
Quelle imprudence, Monsieur !
Marton sort.
M. de Florville
Oh ! Ce ne sera rien. Une heure de sommeil, un verre de vin, il n'y paraîtra pas. Marton, fais-en monter une bouteille à mon appartement.
Scène 4
M. de Florville, Madame DE FLORVILLE
M. de Florville
Dis-moi, dis-moi.... Qu'est-ce que j'aperçois là-bas ?
Madame DE FLORVILLE
Où donc ?
M. de Florville
Là, là... Sur cette....
Madame DE FLORVILLE
Je ne vois rien...
M. de Florville
Vous ne voyez rien ? Vous ne voyez pas un manteau écarlate sur cette chaise ?
Madame DE FLORVILLE
Ah ! Que je suis étourdie... Je l'avais oublié !
M. de Florville
Eh bien ! Qu'est-ce que c'est....
Madame DE FLORVILLE
C'est un manteau.
M. de Florville
Je le vois bien. Mais pourquoi est-il ici?
Madame DE FLORVILLE
Je vais vous conter, là...
M. de Florville
J'écoute.
Madame DE FLORVILLE
Mais dites-moi... Ce qui vous intéresse est toujours ce dont je m'occupe le plus.
M. de Florville
Après.
Madame DE FLORVILLE
Comment avez-vous pu faire huit lieues en si peu de temps ?
M. de Florville
En allant vite... Donc, le manteau ?...
Madame DE FLORVILLE
Je crois que vous allez bien dormir.
M. de Florville
Je l'espère. Mais laissons cela et parlons du manteau.
Madame DE FLORVILLE
Du Manteau, volontiers... C'est... Est-ce que vous n'avez pas rencontré mon frère ?
M. de Florville
Votre frère ! Il est à son régiment.
Madame DE FLORVILLE
Il a obtenu un congé.
M. de Florville
Qui vous l'a dit ?
Madame DE FLORVILLE
Lui-même.
M. de Florville
Il est venu ici ?
Madame DE FLORVILLE
Il venait de sortir quand vous êtes entré.
M. de Florville
Était-il seul ?
Madame DE FLORVILLE
Seul.
M. de Florville
Bien seul.
Madame DE FLORVILLE
Bien seul.
M. de Florville
Sans valets.
Madame DE FLORVILLE
Sans valets.
M. de Florville
C'est bon... Mais avec vos questions, votre frère et toute votre parentée, vous cherchez à me faire oublier le Manteau.
Madame DE FLORVILLE
Point du tout.
M. de Florville
Répondez-moi donc promptement et sans balancer. D'où vient-il ? À qui appartient-il ? Qui l'a apporté ? Pourquoi est-il là ?
Madame DE FLORVILLE
C'est ce que je voulais vous dire ? Il était à mon frère...
M. de Florville
Et maintenant...
Madame DE FLORVILLE
Il est à vous.
M. de Florville
Comment donc cela ?
Madame DE FLORVILLE
Il m'est échappé de dire, sans intention, que vous en auriez besoin d'un pareil. Tous les soirs vous faites le tour du Parc, les soirées d'Automne surtout sont dangereuses, un rhume est bientôt gagné, un rhume peut emporter un homme. Je disais tout cela à mon frère par manière de conversation.
M. de Florville
Eh bien ?...
Madame DE FLORVILLE
Eh bien ! Le croiriez-vous, il a pris la chose à la lettre. Il a jetté là son manteau en me priant de vous le faite accepter.
M. de Florville
Ah ! Ah !
Madame DE FLORVILLE
Vous devinez ma réponse. Mais j'ai eu beau dire, beau me fâcher, il s'est enfuit en refusant de le remporter.
M. de Florville
Mais, en vérité, c'est fort honnête. On ne peut faire les choses avec plus de délicatesse. J'ai toujours beaucoup estimé ce garçon-là, moi.
Scène 5
Marton, M. de Florville, Madame DE FLORVILLE
Marton
Monsieur, tout est prêt.
M. de Florville
Allons, conduis-moi... Le diable m'emporte si je puis faire un pas.
Elle ouvre le Cabinet.
Madame DE FLORVILLE
Allez, allez et dormez jusqu'à demain s'il le faut... Bon ! Il est entré dans son appartement. Délivrons notre prisonnier.
Scène 6
Madame DE FLORVILLE, Dorimène
Madame DE FLORVILLE
Enfin, ma chère amie, nous en voilà débarrassés.
Dorimène
Ah ! Je respire... Il était temps au moins ; encore un moment, et je perdais patience. Ce sont de petits inconvénients attachés à cet habit. Un amant de bonne fortune éprouve par fois de pareils contre-temps. À la vérité, l'idée d'un plaisir prochain lui échauffe l'imagination, et l'empêche de songer à l'embarras dans lequel il se trouve. Quant à moi, c'est un peu différent ; je suis sûre que j'en aurai des vapeurs pour quinze jours.
Scène 7
Marton, Dorimène, Madame DE FLORVILLE
Marton
Il est endormi.
Dorimène
Déjà.
Marton
Si quelque rêve fâcheux ne le réveille pas en sursaut, il en a pour six grandes heures.
Dorimène
Il est donc sujet à rever.
Marton
Un jaloux ! Cela ne se demande pas.
Dorimène
Sans plaisanterie, rêve-t-il souvent ?
Madame DE FLORVILLE
Tous les jours.
Dorimène
Excellent !
Madame DE FLORVILLE
Que prétends-tu ?
Dorimène
Suivre mon dessein, corriger ton époux.
Madame DE FLORVILLE
Quelle folie !
Ce qui est guillemété ne se dit point à la représentation. On peut l'y ajouter si l'on trouve le sommeil de Monsieur de Florville trop court.
Dorimène
Ah ! Voilà comme vous êtes. Vous vous imaginez que d'une tête légère, il ne saurait sortir un projet qui ait le sens commun. Eh bien ! Vous vous trompez. "Tous ces ëtres pensifs sont trop raisonnables pour imaginer quelque chose. Tout ce qui est neuf leur paraît hasardé ; n'osant rien risquer, ils ne parviennent à rien, et prévoyant tous les dangers, ils n'ont pas l'esprit d'en éviter un seul. Pour moi, je hasarde tout, je crois tout possible. Si je fais une bévue, je ne laisse pas à ceux que je veux tromper le temps de l'apercevoir, et dérobant sous leurs pas le piége mal tissu, je les fais tomber dans un autre". Grâces à notre ruse, de Florville croit que ce manteau écarlate est un présent de ton frère.
Madame DE FLORVILLE
Oui.
Dorimène
Mais il peut lui écrire de son régiment, et voilà ta fourberie découverte, et voilà ce que tu n'avais pas prévu malgré ton esprit profond.
Madame DE FLORVILLE
C'est vrai.
Dorimène
Je tranche la difficulté. De Florville est sujet à rever : eh bien ! Il faut lui persuader que la conversation qu'il a eu avec toi, n'est qu'un rêve, une vision, et que le manteau écarlate n'est qu'imaginaire.
Madame DE FLORVILLE
Crois-tu qu'il soit possible....
Dorimène
Non, si tu ne parviens pas à vaincre tes scrupules ; si tu vas, en lui parlant, trembler, rougir, te troubler, tu ne prouveras rien. Mais... si, bien persuadée que cette seconde ruse peut seule détruire la connoissance de la première, tu la soutiens avec fermeté, tu lui feras croire tout ce qu'il te plaira. Le masque de la vérité a souvent plus de pouvoir que la vérité elle-même. Et sans cela serions-nous, tous les jours, aussi curellement trompés ; un seul mot d'un perfide nous ferait-il oublier toutes ses perfidies. Non, sans doute ; il en est de même des hommes. Malgré la force d'esprit qu'ils s'arrogent, lorsqu'ils ont une passion dans le coeur, ils sont encore plus faibles que nous."
Madame DE FLORVILLE
Je me rends à tes raisons. Mais je ne vois pas que cette ruse puise guérir Florville de sa jaloousie.
Dorimène
La guérison suivra, c'est mon affaire.
Madame DE FLORVILLE
Instruis-moi...
Dorimène
Non pas. Je veux en avoir toute la gloire, si je réussis, et t'épargner les reproches si je ne réussis pas.
Madame DE FLORVILLE
Mais enfin...
Dorimène
Mais enfin, tu ne sauras rien. Rends-toi digne de ma confidence en suivant mes consiels ; et songe bien que l'éxécution de mon projet dépend de la réussite de ton excuse.
Dorimène sort.
Marton
Et la réussite de cette excuse dépend de votre fuite. J'entends tousser Monsieur de Florville : prenez votre manteau, et retirez-vous dans le cabinet.
Scène 8
Madame DE FLORVILLE, Marton
Madame DE FLORVILLE
Donne-moi mon tambour.
Marton
Le voilà.
Madame DE FLORVILLE
Assieds-toi : travaille, ne lève point les yeux, ne me fixe pas.... Chut ! Le voici.
Scène 9
M. de Florville
Marton sort.
M. de Florville
Toujours à travailler. Bien, bien, bien, très bien... Marton, va dire à Blaise et à Gérault que je suis de retour, qu'ils peuvent rentrer. J'étais moitié mort tantôt. Je n'ai pas pense à eux.
Scène 10
Madame DE FLORVILLE, M. de Florville
Madame DE FLORVILLE
Il me semble que vous voilà tout-à-fait remis.
M. de Florville
Oh ! Tout-à-fait. Ma femme, ma chère femme, montre-moi, montre-moi donc le manteau en question. À peine l'ai-je aperçu ; j'étais si fatigué.... Voyons, voyons, que je le considère de plus près.
Madame DE FLORVILLE
Comment ?
M. de Florville
Eh bien !
Madame DE FLORVILLE
Plaît-il ?
M. de Florville
Vas donc?
Madame DE FLORVILLE
Où ?
M. de Florville
Chercher le manteau écarlate dont ton frère m'a fait présent, et que j'ai trouvé, en rentrant, sur cette chaise.
Madame DE FLORVILLE
Mon frère ! Un présent ! Un Manteau écarlate ! Voulez-vous bien, Monsieur, me donner le mot de l'énigme.
M. de Florville
Allons, ma femme, allons, ne fais pas l'enfant, et va me chercher le manteau.
Madame DE FLORVILLE
Allons, Monsieur, allons. Je veux bien, pour vous obliger, me preter à la plaisanterie ; mais, dites-moi, où je pourrai trouver ce manteau imaginaire.
M. de Florville
Mais, en vérité, Madame, je ne plaisante pas.
Madame DE FLORVILLE
Mais, en vérité, Monsieur, je parle très sérieusement.
M. de Florville
Si j'en étais certain....
Madame DE FLORVILLE
Si je n'étais pas sûre que vous venez de dormir, vous m'inquiéteriez beaucoup ; mais beaucoup.
M. de Florville
J'achève mon rêve.
Madame DE FLORVILLE
Apparemment.
M. de Florville
Morbleu, Madame, vous me feriez donner au diable.
Madame DE FLORVILLE
De l'emportement. Vous m'allarmez, Monsieur : il vous est fûrement arrivé en route quelqu'accident que vous ne voulez pas me dire. Vous avez tort, on ne doit jamais cacher ces choses-là. Recouchez-vous, croyez-moi : il n'y a pas loin d'ici à la ville, en moins d'une heure on peut avoir un médecin. Souffrez que je l'envoie chercher.
M. de Florville
Laissez donc, Madame, laissez donc toutes ces simagrées. Cet intérêt que vous prenez à ma santé est trop vif et trop peu fondé pour n'être pas suspect. Je veux savoir absolument ce que signifie ce mystère.
Madame DE FLORVILLE
Ce mystère est le fruit de votre imagination. Je ne saurais, Monsieur, en deviner la cause.
M. de Florville
Je la devine, moi, perfide que vous êtes, je ne devine que trop... Il était temps que je revinsse ? Ce qu'il me paraît.
Madame DE FLORVILLE
Croyez-vous ?
M. de Florville
Peut-être encore suis-je revenu trop tard.
Madame DE FLORVILLE
Trop tard, Monsieur...
M. de Florville
Oui, pour moi.... et sans doute trop tôt pour vous.
Madame DE FLORVILLE
Ce langage....
M. de Florville
Est de saison. Vous êtes femme, et par conséquent capable de me jouer un pareil tour. Mais vous n'êtes point encore assez adroite pour cacher une perfidie. Malgré le sang froid que vous affectez, je vois votre émotion. Vous tremblez, vous rougissez, et cela m'en apprend davantage que tout ce que vous pourriez me dire.
Madame DE FLORVILLE
Si je rougis, Monsieur...
M. de Florville
Ce n'est pas du regret d'avoir fait une pareille action, on ne rougit jamais de cela... mais de la honte de la voir découverte.
Madame DE FLORVILLE
N'avez-vous pas de honte, vous-même, de vous livrer à de pareils excès, et sur quoi ? Sur une vision.
M. de Florville
Madame !
Madame DE FLORVILLE
Oui, Monsieur, sur une vision. Votre humeur inquiète, prompte à s'alarmer, vous a présentée une idée probable et sans l'approfondir, et sans la moindre preuve, vous agissez comme si c'était une vérité prouvée... Une telle conduite, si elle était sue, vous rendrait l'objet de l'indignation et du mépris.
Avec colère.
M. de Florville
En vérité, Madame, vous parlez comme un ange ; tombez à mes pieds, versez quelques larmes, et me voilà tout-à-fait persuadé.... Non, perfide, non, on ne m'abuse pas de la sorte. Je ne suis pas de ces maris benêts qui croient plus les discours de leurs femmes que leurs propres yeux.
Madame DE FLORVILLE
Eh ! Croyez donc, Monsieur, tout ce qu'il vous plaira.
M. de Florville
À peine ai-je été cinq heures dehors. Que serait-il donc arrivé, si j'eusse été huit jours absent !... Redoutez tout de ma colére. Les soins que j'ai pris pour vous ôter l'occasion de me tromper doivent vous faire connaître ce dont je suis capable.
Madame DE FLORVILLE
Je vous crois capable de tout, Monsieur, et je n'en suis pas plus effrayée.
M. de Florville
Vous ne changerez pas de ton?
Madame DE FLORVILLE
Et pourquoi donc en changer, s'il vous plaît.
M. de Florville
Pourquoi ? Pourquoi ?
Madame DE FLORVILLE
Oui, Monsieur, pourquoi ?
M. de Florville
Tenez, ma femme.... Si vous voulez éprouver jusqu'où peut aller ma jalousie, si c'est un tour que vous me jouez, ne poussez pas, croyez-moi, plus loin la raillerie. Je ne l'entends pas sur ce chapitre, et la seule crainte du mal peut me porter aux dernières extremités.
Madame DE FLORVILLE
Tenez, Monsieur... Si vous voulez éprouver ma douceur, si vous vous plaisez à jouir de l'embarras où votre discours me jette, je vous avertis que la plaisanterie est déplacée, et que la seule apparence d'un soupçon offense mortellement notre délicatesse.
M. de Florville
Répondez, Madame, à ma question.
Madame DE FLORVILLE
C'est à vous, Monsieur, à répondre à la mienne.
M. de Florville
Oh ! Parbleu, c'est trop abuser de ma patience ; votre refus achève de me convaincre, ou parlez-moi raison, ou morbleu...
Elle sort.
Madame DE FLORVILLE
Eh ! Monsieur, est-ce dans un instant de crise qu'on peut parler raison ? Un jaloux ; à peine l'entend-il lorsqu'il est de sang-froid. Interrogez tout le monde, interrogez votre propre coeur, mettez en balance et vos soupçons et la conduite que j'ai toujours tenue avec vous ; peut-être alors me rendrez vous justice. Je vous en laisse le temps, Monsieur, et c'est la seule et dernière grâce qne vous devez attendre de moi.
Scène 11
M. de Florville
M. de Florville
La seule et derniére grace que vous devez attendre de moi.... Tu crois m'en imposer en feignant de prendre le change ; non, non, le voile est déchiré.... N'espère pas m'amener, comme tu as fait mille fois, à te demander pardon, crains plutôt de ne pas obtenir le tien... Un rêve ! Plût au Ciel qu'un rêve m'eût averti que tu devais m'être infidèle, je ne serais parbleu pas sorti de chez moi.... Un rêve ! Quelle sotte excuse ! Otons-lui les moyens de s'en servir plus longtemps, obtenons des preuves de sa perfidie, interrogeons mes valets ; on les aura sans doute gagnés, mais je saurai bien les faire parler..... Un rêve ! Pour qui me prend-on ? Blaise ! Gérault ! Marton ! Entrez, tous trois.
Scène 12
M. de Florville, Gérault, Blaise, Marton, Blaise Et Gérault
M. de Florville
Écoutez-moi. En vous confiant pendant huit jours la garde de ce que j'ai de plus précieux, c'est-à-dire de mes biens et de ma femme, je vous ai regardé comme les serviteurs les plus fidèles que j'aie jamais connu.
Gérault
Oh ! Pour ce qui est de ça...
Blaise
J'pouvons ben vous répondre....
Marton
Pour moi, je ne dis rien, on doit me connaître.
M. de Florville
D'après cela, je dois compter que vous m'allez dire tout ce que vous avez vu.
Blaise
Pour moi, ça s'ra ben facile, car j'nons rien vu, d'abord et d'un. J'ons arpentais toute la journée les murs du jardin, et si par fois, j'nous sommes réposé un tantinet, c'est qu'j'n'pouvions pu mettre un pied devant l'autre. Mais j'avions toujours l'becen l'air, et tout ça pour rian. J'avons eu beau ouvrir de grands yeux j'n'en avons vu ni pus, ni moins qu'ceux-là qui n'les ont jamais ouverts.
M. de Florville
Et toi ?
Gérault
J'ai vu beaucoup de braconniers dans la plaine ; mais pour ceux-là qui en veulent, dites-vous, aux femelles quand elles sont gentilles, je n'en ai pas aperçu un échantillon.
M. de Florville
Et toi.
Marton
Moi.
M. de Florville
Oui, toi, qu'as-tu vu ?
Marton
Rien.
M. de Florville
Rien ?
Marton
Rien.
M. de Florville
Absolument, rien ?
Marton
Mon Dieu, non.
M. de Florville
Ni, toi?
Gérault
Je vous jure que non.
M. de Florville
Vous êtes trois frippons. Vous aidiez à ma femme à me tromper : Mais je sais tout, oui, c'est en vain que vous voudriez vous excuser, Madame de Florville m'a tout avoué en me demandant pardon.
Marton
Pardon, de quoi ?
M. de Florville
D'avoir, par vos conseils, et malgré ma défense, laissé entrer un homme dans le château.
Marton
Monsieur, je suis désolée d'être obligé de vous démentir, mais cela n'est pas vrai.
M. de Florville
Elle me l'a dit.
Marton
Elle ne vous l'a pas dit.
M. de Florville
Non ?
Marton
Non.
M. de Florville
Mais, j'ai vu moi-même en rentrant.
Marton
Vous n'avez rien vu.
M. de Florville
Comment ! Je n'ai pas vu un manteau écarlate sur cette chaise ?
Marton
Vous n'avez point vu de manteau sur cette chaise ; il n'est point entré d'homme ici, vous voulez nous éprouver, ou vous avez rêvé ce que vous dites ; mais que ce soit une épreuve, que ce soit un reve, vous ne nous ferez jamais avouer ce qui n'est pas vrai.
M. de Florville
Ils ont juré, je crois, de me faire tourner la tête avec leur rêve.
Blaise
C'est au contraire votre rêve qui vous partrouble l'imagination.
Gérault
Blaise a raison, Monsieur.
M. de Florville
À merveille, mes amis, à merveille. Vous avez bien, très bien retenu la leçon qu'on vous a faite. Les présents, la faute que vous avez commise, et dont vous craignez le châtiment, tout vous porte à garder le secret, mais votre silence même est un aveu pour moi ; achevez-le promptement, ou tremblez.
Marton
À quoi bon interprétez-vous si bien les silences.
M. de Florville
Comment, morbleu, vous prétendez me persuader que j'ai rêvé...
Marton
Rien n'est plus facile, du moins cela me paraît tel. Ecoutez-moi, réfléchissez, et vous verrez que la chose est très probable. Forcé de vous absenter et de laisser, sous notre garde, pendant huit grands jours une épouse que vous adorez, vous partez la tête remplie d'inquiétudes ; vous ne vous occupez en chemin que de malheurs ; vous voyez vos valets gagnés, votre femme séduite ; la peur s'empare de vous, vous revenez sans prendre haleine ; harrassé, n'en pouvant plus, vous vous endormez. Ces idées noires vous suivent dans votre sommeil ; vous vous éveillez. Alors, vos soupçons, vos craintes, votre rêve, ce que vous avez vu, ce que vous avez imaginé, vous confondez tout, et voilà précisément, Monsieur, pourquoi vous nous accusez d'un mal, dont, non seulement, nous ne sommes pas coupables, mais qui réellement n'existe pas.
M. de Florville
Cela me passe.
Marton
Voilà mes réflexions, faites-en l'usage qu'il vous plaira, et songez bien, surtout, qu'il est très dangereux d'accuser une femme d'un tort qu'elle n'a pas ; elle s'accoutume à être querellée, s'ennuie de l'être pour rien, et finit par l'être pour quelque chose.
M. de Florville
Blaise et Gérault, sortez.
Blaise Et Gérault
Au moins, Monsieur, soyez bien persuadé.....
M. de Florville
C'est bon, c'est bon, sortez.... Toi, Marton, va dire à ma femme que je la prie instamment de se rendre ici.
Marton
Instamment.
M. de Florville
Oui.
Marton
Bon !
Scène 13
M. de Florville
M. de Florville
Ils sont pourtant parvenus à me persuader que j'ai revé, et je suis forcé de convenir qu'ils peuvent avoir raison. En effet, quelle preuve du contraire ? Où ma femme aurait-elle pu faire un amant ? Je l'ai épousé de son propre aveu, elle n'avait pas le coeur pris pour un autre. Je ne l'ai pas quitté d'un instant depuis le jour des nôces, elle n'a pu faire aucune liaison. J'ai donc rêvé. Je n'ai prévenu de mon départ qu'à l'instant de monter à cheval, je n'ai pas été cinq heures dehors, en si peu de temps, a-t-on pu gagner mes valets, faire avertir le Damoiseau, l'introduire chez moi ? Non. J'ai donc revé. Ma femme n'a point été effrayée de ma colère, Marton m'a prouvé que j'avais tort ; mes valets ont tremblé et n'ont rien avoué. J'ai donc rêvé. Oui, oui, seul, j'ai tort. Il n'était pas mauvais pourtant de s'en assurer ; mais il faut réparer. Je me souviendrai longtemps du discours de Marton : Une femme s'accoutume à être querellée, s'ennuie de l'être pour rien, et finit par l'être pour quelque chose... Cela n'est que trop vrai, de par tous les diables, et c'est ce que je veux prévenir.
Scène 14
M. de Florville, Madame DE FLORVILLE, Marton
M. de Florville
Approche, ma chère amie, approche... Assieds-toi. Je suis désolé d'être la cause de l'état où je te vois.
Madame DE FLORVILLE
Après une scène pareille à celle de tantôt, il est impossible, Monsieur, que nous restions plus longtemps ensemble. Un mari qui a pu soupçonner sa femme un seul instant, ne la voit jamais sans se rappeller ses soupçons ; elle-meme ne peut voir, sans répugnance, un homme qui a pu la croire infidèle. Ce souvenir fâcheux empoisonnerqit nos plus doux plaisirs. Permettez donc, Monsieur, qu'une profonde solitude dérobe à vos yeux un objet que vous n'estimez plus, que vous haïriez bientôt, et dont la présence ferait votre malheur.
M. de Florville
Que dis-tu, ma chère femme, que dis-tu ? Penses-tu qu'il me soit possible de vivre séparé de toi ? Garde-toi bien d'exécuter un pareil projet.
Madame DE FLORVILLE
Vivre avec vous, Monsieur, c'est mourir tous les jours.
M. de Florville
Tu n'auras plus à te plaindre de ma jalousie.
Madame DE FLORVILLE
Je l'espère.
M. de Florville
Mes soupçons sont tout-à-fait dissipés.
Madame DE FLORVILLE
Qui donc a pu, Monsieur, opérer ce miracle ? N'étiez-vous pas certain d'avoir vu...
M. de Florville
Je le croyais. Mais tes discours...
Madame DE FLORVILLE
Non, Monsieur, non. Vous n'êtes pas de ces maris qui croyent plus les discours de leur femmes que leurs propres yeux. D'ailleurs lorsque tantôt vous exhaliez votre colère, vos yeux, vos gestes, tout vos traits peignaient l'état de votre âme, bien mieux encore que vos paroles, et je crois cet emportement plus sincère qu'un froid repentir auquel l'esprit a plus de part que le coeur.
Marton
Madame a raison. Vous êtes tout de feu lorsque vous faites des reproches, et tout de glace lorsque vous dites des douceurs ; ce n'est pas cela qu'il faut, c'est tout le contraire.
De Florville embrasse les genoux de sa femme.
M. de Florville
Plus mon emportement a été vif, plus il a dû te prouver ma tendresse ; je craignais d'avoir perdu la tienne, et j'en étais inconsolable. Je brûle maintenant de la conserver, et je puis, pour y parvenir, te sacrifier mon repos et ma tranquillité. Parle, qu'exiges-tu ? Ce Château te déplaît, il te rappelle mes torts et tes chagrins, nous le quitterons dès demain. Tu désires revoir ta famille, nous irons passer l'hiver à Paris, obtiendrai-je, à ce prix, un pardon que je demande à genoux ?
Scène 15
Dorimène, Madame DE FLORVILLE, M. de Florville, Marton
De Florville en la voyant se relève avec fureur, et, malgré les efforts qu'il fait pour parler, ne le peut.
Dorimène
Ciel ! Que vois-je ! Un rival ! Cruelle ! Est-ce donc là la fidélité que vous m'aviez promise ?
Madame DE FLORVILLE
Qu'avez-vous fait ? C'est mon époux.
Dorimène
Un époux aux pieds de sa femme ! D'honneur je ne l'aurais jamais deviné.
M. de Florville
Ouf ! Est-ce encore un rêve cette fois ? Perfide ! C'est ainsi que vous me jouez. Non contente de commettre la trahison la plus atroce, vous osez....
Dorimène
Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est donc ? Vous voudriez vous fâcher, je crois...... Mais, en vérité, cela ne se fait pas.
M. de Florville
Traître, tu oses ajouter l'impudence....
Dorimène
Doucement, mon cher Monsieur, doucement. J'ai fait une étourderie en vous apprenant une chose dont l'ignorance faisoit votre bonheur. Mais je puis la réparer. Je vous promets de garder le secret le plus impénétrable, et même de défendre en preux Chevalier la fidélité de votre femme contre tout l'univers. À cette condition l'on doit me pardonner.
M. de Florville
Te pardonner ! Si j'en croyais ma fureur, je me vengerais ? L'instant de toi, d'elle et de cette coquine qui a servi vos amours. Mais je veux imaginer un supplice...
Dorimène
Un supplice... Celui-là est neuf, mais très neuf, en vérité. En pareil cas, on permet à un mari de bouder sa femme, de faire les yeux noirs aux galants, quoique ce ne soit pas trop l'usage. Mais pour imaginer de se venger autrement, il faut avoir perdu la tête.
Il appelle.
M. de Florville
Ah ! C'est trop m'outrager... Blaise ! Gérault.
Madame DE FLORVILLE
Mon cher époux !
M. de Florville
Vous osez encore prononcer ce nom...
Marton
Mon cher maître !
M. de Florville
Si tu dis un mot.....
Madame DE FLORVILLE
Daignez m'écouter.....
Blaise et Gérault entrent.
M. de Florville
Je ne l'ai que trop fait, de part tous les diables, je n'écouterai plus désormais que ma rage.... Et je demandais pardon... À genoux encore...
Scène 16
M. de Florville, Dorimène, Madame DE FLORVILLE
Ils prennent Dorimène par son manteau.
À sa femme.
M. de Florville
Mes amis, mes fidèles... Saisissez-vous de ce coquin, enfermez-le dans la tour. Pour vous, Madame, j'ordonnerai de votre sort... Tremblez tous trois.
Dorimène
Tremblez vous-même. Sachez que je puis vous faire repentir de l'offense que vous nous faites à tous deux.
M. de Florville
Oh ! Je ne te crains pas.
Dorimène
Eh bien ! Défendez-vous. Voilà mes armes.
M. de Florville
C'est Dorimène... Ah ! Comme je suis joué... Pardon, pardon, ma femme, un million de fois pardon.
Dorimène
Eh bien ! Monsieur le jaloux...
M. de Florville
Ne me dites rien. Je ne veux rien entendre. Je devine la ruse...
Madame DE FLORVILLE
Me la pardonnez-vous ?
M. de Florville
Je suis trop heureux.
Madame DE FLORVILLE
Dorimène l'a exigé.
M. de Florville
Je l'en remercie. En me faisant voir les excès auxquels la jalousie peut porter un galant, vous m'en avez fait connaître l'extravagance et le danger. En me persuadant que j'ai revé ce que j'ai vu, tu m'as appris que l'adresse d'une femme surpasse toujours beaucoup la pénétration du mari le plus clairvoyant, et qu'il est plus sage de s'en rapporter à sa délicatesse lorsqu'on n'a pas sujet de s'en plaindre.