Comédie · 1804

Molière et ses amis

de François Guillaume Andrieux

Représentation
≈ 51 min
Distribution
2 femmes, 6 hommes
Répliques
393
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Chapelle H 103 ≈ 13 min 14
Molière H 74 ≈ 11 min 12
La Fontaine H 43 ≈ 7 min 8
Laforêt F 42 ≈ 6 min 9
Lulli H 43 ≈ 6 min 7
Boileau Despréaux H 38 ≈ 5 min 8
Mignard H 32 ≈ 2 min 9
Isabelle Béjart F 16 ≈ 2 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Molière Avec Ses Amis
Chapelle absentabsentabsentabsentabsent
Molière absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Fontaine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Laforêt absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lulli absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Boileau Despréaux absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Mignard absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Isabelle Béjart absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Molière Avec Ses Amis

Scène 1

Laforêt, Chapelle

Laforêt

Bonsoir, monsieur Chapelle.

Chapelle

Eh ! Bonsoir, Laforêt.

Laforêt

Vous venez de bonne heure, et rien encor n'est prêt. Monsieur même est dehors.

Chapelle

Où donc est-il, ton maître ? º

Laforêt

Après son dîner, chaque jour Dans le bois de Boulogne, il s'en va faire un tour ; Il y rêve ; il travaille en cet endroit champêtre ; Nous aimons bien Auteuil ; le village est charmant ; Et puis, nous y vivons librement, et sans gêne.....

Chapelle

Nos amis ne sont pas venus ?

Laforêt

Jusqu'à présent Je n'en ai vu qu'un seul, monsieur Delafontaine, Qui depuis plus d'une heure, au jardin se promène ; Voulez-vous l'aller joindre ?

Chapelle

Eh ! Non, ma chère enfant. La bonhomme n'a pas l'entretien fort brillant. Je vais attendre ici. Depuis une semaine Molière est mieux pourtant ?

Laforêt

Beaucoup mieux, Dieu merci ; Dame ! nous avons eu pour lui bien du souci.

Chapelle

Ce soir, pour sa convalescence, En signe de réjouissance, Ici nous souperons ; nous traiteras-tu bien ?

Laforêt

N'ayez pas peur ; allez ; je ne vous plaindrai rien. Mon pauvre maître, hélas ! je l'aime et le révère, Entendez-vous ? Autant que si c'était mon père ; Et tant que je vivrai, me vînt-il des trésors, Je resterai chez lui, s'il ne m'en met dehors. Mais je n'en ai pas peur ; car je sais bien qu'il m'aime ; Aussi voilà seize ans, arrive le carême, Que je suis chez monsieur, et ce n'est pas un jour ; Ce soir, de sa santé pour fêter le retour, Je vous ferai donc bonne chère.

Chapelle

Je promets au souper de faire honneur, ma chère Aujourd'hui je n'ai pas dîné.

Laforêt

Ah ! Mon Dieu !... si vous vouliez prendre Quelque chose ?...

Chapelle

Moi ? non, je crois pouvoir attendre.

Laforêt

Comme vous entriez, six heures ont sonné.

Chapelle

Oui ; mais jusques à cinq nous avons déjeuné.

Laforêt

Ah ! vous me rassurez.

Chapelle

Sais-tu, ma chère amie, Qu'au cabaret j'étais en bonne compagnie ? Un comte, deux marquis, à la cour bien venus ! Nous avions fait gageure à qui boirait le plus.

Laforêt

Et vous l'avez gagnée ?

Chapelle

Assurément, ma chère ; Et tu vois qu'il n'y paraît guère. Prêt à recommencer.

Laforêt

Oh ! Vraiment, aujourd'hui, À souper, vous allez faire encor pis, je gage.

Il prélude.

Chapelle

Tu dis comme ton maître !... Il veut me gâter !... Oui ! Me rendre sobre comme lui ! Il est toujours au lait ! C'est un triste breuvage ! Un poète !... du lait ! Fi donc ! Fi ! Quel travers ! Ce n'est que dans le vin, qu'on trouve les bons vers. Ma dernière chanson ! elle est vraiment charmante. Tiens ; veux-tu que je te la chante ? Ton maître n'a point fait de vers plus délicats.

Laforêt

Vous, égaler mon maître ? Ah! ne l'espérez pas. Vous y brûleriez tous vos livres.' Je m'y connais, allez , et j'ai le sens commun. Il fait de meilleurs vers a jeun, Que vous tous, quand vous êtes yvres.

Chapelle

Eh ! Ne te fâche pas ; je sais tout ce qu'il vaut ; Oui ; qu'il devienne ivrogne ; il sera sans défaut.

Laforêt

Comme vous, n'est-ce pas ?

Chapelle

Mais à propos, ma bonne, N'est-il encor venu personne Me demander ici ?

Laforêt

Pourquoi faire ?

Chapelle

Entre nous, Si j'arrive sitôt, c'est que j'ai rendez-vous Avec certaine dame ; elle est de mes amies, Toute jeune, et des plus jolies. Tu la feras entrer en grand secret...

Laforêt

Nenni. Nous attendons ce soir messieurs Mignard, Lulli, Despréaux, Lafontaine, et vous enfin. Mon maître Avec ses bons amis uniquement veut être.

Chapelle

Mais cette dame-ci...

Laforêt

N'entrera pas, ma foi. Voyez donc ! On ne peut être maître chez soi. Étant seul avec vous, monsieur comptait vous lire Cette pièce qu'il vient d'achever pour le roi : Le Bourgeois Gentilhomme !... Attendez-vous à rire ; Il m'en a déjà lu des passages, à moi ! Il vous met là-dedans des mots qui sont si drôles, Il arrange si bien ses scènes et ses rôles, Qu'on croirait bien souvent que c'est tout de bon, dà !... Je ne sais pas où diable il trouve tout cela.

Chapelle

Comment donc ? Laforêt... mais tu deviens savante ? Il te lit quelquefois ce qu'il fait.

Laforêt

Je m'en vante ! Il ne met rien au jour que je n'aie approuvé, Et même il vous dira qu'il s'en est bien trouvé. Vous verrez le Bourgeois !... Nicole la servante !... Mais enfin avec vous c'est assez babiller. Il faut à mon souper que j'aille travailler. Adieu monsieur Chapelle.

Chapelle

Adieu, ma bonne amie. Au moins, tu laisseras entrer ma compagnie.

Laforêt

Je ne crois pas cela.

Chapelle

C'est moi qui t'en réponds...

Laforêt

La bonne caution !....

Chapelle

Tu verras.

Elle sort.

Laforêt

Nous verrons.

Scène 2

Chapelle

Chapelle

La pauvre Laforêt ne sait pas qui j'amène, Et Molière lui-même est loin de le penser ; Mais il ressent dans l'âme une secrète peine Dont je veux le débarrasser. Il se tourmente ! Il s'inquiète ! Isabelle est un peu coquette ; Il faut l'avouer franchement ; Mais elle l'aime au fonds, et très sincèrement. Doit-il, sur un soupçon, se brouiller avec elle ? À la prière de la belle, Moi, je me suis chargé du raccommodement. Ce soir sous un déguisement Elle compte ici le surprendre ! Nous verrons !... mais en ce moment Il vient !... Il parle seul ! Je voudrais bien l'entendre.

Scène 3

Molière, Chapelle

Molière

Pour le coup, je vous tiens, et vous serez tancés, Messieurs les courtisans, coeurs faux, intéressés, Qui sous des dehors agréables, Êtes cent fois plus méprisables Que mon pauvre Bourgeois dont les airs peu sensés Ne couvrent pas du moins des vices haïssables.

Chapelle

Qui diantre à ce front soucieux, À cet air de mélancolie Prendrait cet homme sérieux Pour un faiseur de comédie ?

Apercevant Chapelle.

Molière

Nous aurons, pour finir, un ballet turc ; Lulli Sera bouffon, sous l'habit de muphti. L'imagination est tant soit peu fantasque ; Mais elle fera rire ; il faut bien quelquefois, Comme disait maître François, Habiller la raison en masque, Surtout quand on la veut faire entrer chez les rois. Ah ! te voilà !... Bonsoir Chapelle. Pardon ; je ne te voyais pas. .

Chapelle

Tu t'occupais, je crois, de ta pièce nouvelle ?

Molière

Il est vrai ; j'y songeais et j'en parlais tout bas. Demain matin je veux vous en faire lecture, Vous en demander vos avis ; Car vous restez ce soir; vous me l'avez promis.

Chapelle

Moi ? De tout mon coeur, je t'assure. Puis, je compte si bien enivrer nos amis, Qu'ils demandent un lit plutôt qu'une voiture.

Molière

On m'a conté, comme un de tes exploits nouveaux, Que tu fis l'autre jour trop boire Despréaux ?

Chapelle

C'était pour me venger ; toujours prompt à médire Ce Boileau des buveurs me faisait la satire, Et gravement me pérorait. Je l'ai tout doucement conduit au cabaret. Là, tout en l'écoutant et sans le contredire, Je lui versais à boire, et mon homme à la fin, Toujours grondant, buvant, et se donnant carrière, Se coiffa le cerveau de la bonne manière, En déclamant contre le vin.

Molière

C'est la mode à présent !... Voilà comme vous êtes !...

Chapelle

Toi-même je t'ai vu quelquefois en goguettes.

Molière

Mais jamais jusqu'au point de perdre la raison.

Chapelle

Va ; tout homme la perd, chacun à sa façon. Le vin est mon penchant ; le tien c'est la tendresse. Isabelle est l'écueil fatal à ta sagesse.

Molière

Isabelle !

Chapelle

Oui ; la petite Béjart. Vous boudez maintenant, chacun de votre part ; Mais elle en est fâchée, et tu l'es autant qu'elle.

Molière

Non, non ; je suis guéri , crois-moi, Et je n'aime plus Isabelle.

Chapelle

Allons donc ; sois de bonne foi ; Isabelle est charmante, et toujours applaudie ; Elle est pour ton théâtre un sujet excellent ; - Dans ta dernière comédie Elle a fait preuve de talent !

Molière

Certain duc espagnol va toujours chez sa mère !

Chapelle

C'est là ce qui t'occupe !... Eh ! Mais quelle chimère Vas-tu te mettre dans l'esprit ? Chez madame Béjart où l'on se divertit La bonne compagnie abonde Et ce seigneur y va comme tout le beau monde.

Molière

La mère le reçoit ; la fille lui sourit.

Chapelle

Pourquoi non ?... Cela te chagrine ! Pour te plaire, faut-il qu'elle fasse la mine ?

Molière

Elle est coquette.

Chapelle

Un peu ; doit-on s'en étonner ? C'est un tort de son âge, et qu'on peut pardonner. Pourquoi donc t'affliger ?.... La sotte fantaisie ! Tu nous as tant fait rire aux dépens des jaloux, Et tu serais toi-même atteint de jalousie ! Je le vois aux soupçons dont ton âme est saisie ; L'amour fait d'un grand homme, un homme comme nous.

Molière

Ah ! Si j'étais enclin à cette frénésie, Isabelle souvent tourmenterait ma vie ! Je ne le vois que trop, et je crois qu'il vaut mieux Éviter des chagrins...

Chapelle

Ma foi, mon cher Molière, Tu prends la chose aussi d'un ton trop sérieux. Traitons l'amour gaîment, et tenons-nous joyeux. Tâche de m'imiter; ma vie est régulière ; Moi, je m'enivre tous les jours ; De belle en belle je cours ; Le changement me réveille ; Je suis volage en amours Et fidèle à la bouteille...

Molière

Allons ; je prendrai soin de me régler sur toi. Ta morale est fort douce.

Chapelle

Et c'est la véritable. Tu te crois plus sage que moi ; Mais...

Molière

Grâce au ciel, voici quelqu'un de raisonnable. Bonsoir à notre cher Mignard.

Scène 4

Mignard, Molière, Chapelle

Mignard

Je crains d'arriver un peu tard. J'étais à l'atelier ; quand je m'y sens en veine, J'y dois à mes pinceaux les moments les plus doux ; J'y reste avec plaisir et j'en sors avec peine, Si ce n'est pour chercher des amis tels que vous.

Molière

Nos convives encor ne sont pas venus tous. Sans doute ils ne tarderont guère.

Mignard

Ta santé se soutient, j'espère ?

Molière

Oui, je suis beaucoup mieux ; j'ai repris mes travaux ; ** Mais voici l'ami Despréaux.

Chapelle

Le fléau, la terreur de quiconque rimaille, Grand prévôt du Parnasse.....

Scène 5

Boileau Despréaux, Molière, Chapelle, Mignard

Boileau Despréaux

Eh ! Bonsoir, mes amis.

Molière

Bonsoir. Que dit-on à Paris ?

Boileau Despréaux

Je n'en viens pas. J'arrive de Versailles.

Chapelle

Ah ? Tu te mêles donc d'être aussi courtisan ?

Boileau Despréaux

Je viens de faire une visite À madame de Montespan ; J'ai vu le roi chez elle.....

Chapelle

Et sans doute, bien vite, Saisissant le moment favorable au succès Tu viens de demander quelque grâce nouvelle ?

Boileau Despréaux

Justement. Car j'étais allé là tout exprès. . J'ai fait une demande importante.

Mignard

Laquelle ? .

Boileau Despréaux

Comme le dit l'ami Chapelle, Profitant de l'occasion, J'ai supplié, mais avec grande instance, Sa majesté d'avoir la complaisance De supprimer ma pension, de vouloir bien m'ôter trois mille francs de rente.

Chapelle

Vraiment !... La faveur est plaisante !

Mignard

On ne fait pas souvent au roi * Pareille demande, je croi.

Boileau Despréaux

Aussi l'ai-je surpris, et s'est-il mis à rire 9 D'un air tout rempli de bonté. Qu'est ceci, Despréaux ? est-ce un trait de satyre ? M'a dit le roi ; Non , mais c'en est un, Sire, De justice et de probité. Tout le Parnasse est attristé ; D'un commis ignorant sottise sans pareille ! On vient, Sire, de supprimer La pension de Corneille. Et moi qu'auprès de lui j'ose à peine nommer, Moi qui n'ai point son sublime génie, Je reste sur la liste ? Oh ! non, je vous supplie ; Cela ne se peut pas, foi d'honnête rimeur ; La pension me fait sûrement grand honneur ; Mais avant qu'à Corneille on retranche la sienne, Pour être juste, Sire, il faut m'ôter la mienne.

Molière

Bien. Qu'a dit le roi, s'il vous plaît ?

Boileau Despréaux

Demandez-moi plutôt ce qu'il a fait. La pension est rétablie ; Et sa majesté vient encor, Dans une bourse en broderie, D'y joindre deux cents louis d'or, Qu'elle envoie au vieillard, Sophocle de notre âge. Mon neveu, qui m'avait là-bas accompagné Avec plaisir s'est chargé du message ; À Paris il est retourné ; Et dans quelques instants, Corneille qui l'ignore, Du monarque bienfaisant Va recevoir un présent Qui tous les deux les honore.

Molière

Il vous honore aussi ; le trait est généreux Et montre bien ce que vous êtes !

Mignard

Ce Despréaux qui fait trembler tant de poètes, Il est bonhomme, au fonds.

Chapelle

Cet acte courageux Vaut mieux que de bons vers, et me plaît davantage.

Boileau Despréaux

Cela ne devrait pas s'appeller du courage. J'ai dit la vérité.

Mignard

Métier fort dangereux !

Boileau Despréaux

Je ne tiendrai pourtant jamais d'autre langage. Il faut dans mes discours que mon coeur se soulage. Mais à la probité toujours assujetti C'est ma seule raison qui règle mon suffrage. À l'envie, à l'intrigue, à l'esprit de parti Jamais je n'ai prêté l'oreille.

Mignard

Racine est son meilleur ami ; Mais il rend hommage à Corneille.

Chapelle

Eh ! mais ?... n'entends-je pas Lulli ?

Mignard

Oui, vraiment. Le voici qui s'avance en musique.

Boileau Despréaux

Écoutons. Sa démarche est gravement comique.

Scène 6

Lulli, Molière, Boileau Despréaux, Chapelle, Laforêt, Mignard

Entre gravement, en chantant d'une manière bouffonne.

Il parle avec un accent italien très marqué.

Lulli

« Mi star Muphti ; Ti , qui star ti ? Se ti sabir, Ti respondir ; Se non sabir, Tazir, tazir. » Hé, comment trouvez-vous ce chant là, je vous prie ? Dis-moi, caro Molière, avons-nous terminé Notre petite comédie ? Déjà pour la cérémonie, Mon ballet turc est dessiné.

Molière

Je m'attends à quelque folie.

Lulli

Tu pourras te vanter que Baptiste Lulli, Il aura fait pour son ami Molière Quelque chose de bien joli.

Boileau Despréaux

N'allez pas nous donner de farce trop grossière.

Il chante.

Lulli

Je serai, je vous le promets, Un superbe muphti ; je me fais faire exprès Une barbe des mieux fournies ; La casaque trainante, à manches élargies ; Un grand turban pointu ; puis, pour son ornement, J'allume tout autour douze rangs de bougies ; L'illumination marchera gravement ; La voyez-vous d'ici ? L'effet sera charmant ; Et puis, je chanterai, sur le ton des prières : « Mahameta, per Giourdina, Mi pregar sera è mattina. »

Chapelle

Quoi ! Tu comptes jouer toi-même ?

Ici Laforêt entre.

Lulli

Assurément

Chapelle

Baptiste, mon ami, que diront tes confrères, Les secrétaires du roi ? Leur vanité va se plaindre de toi.

Lulli

Hé, tout comme ils voudront; il ne m'importe guère ; J'amuserai le maître , et s'ils étaient sincères, Ils conviendraient tous , par ma foi Que, s'ils savaient le faire, ils feraient comme moi.

Molière

Il dit vrai.—Du souper l'heure, est je crois, prochaine ; Il ne nous manque plus que le bon Lafontaine.

Laforêt

Il est là bas, dans le jardin , Allant, venant le long de notre treille ; Dans sa distraction , dont rien ne le réveille, Il suit au hasard son chemin.

Boileau Despréaux

Eh ! oui, la poésie est son unique affaire ; Il néglige le reste ; indolent et distrait, « Il se lève au matin sans savoir pourquoi faire ; Il se promène, il va sans dessein, sans objet ; Et se couche le soir sans savoir d'ordinaire Ce que dans le jour il a fait. »

Mignard

Parbleu ! Voilà bien son portrait !

Chapelle

Ajoutez-y la façon singulière Dont il est ; l'habit mal attaché, Le rabat sans devant derrière Et les bas à l'envers...

Molière

Oui ; c'est là sa manière. Dans son extérieur il n'est point recherché ; Ce sont de petits soins dont il est peu touché ; Mais sous l'apparence grossière Un esprit divin est caché.

Boileau Despréaux

Ah ! Divin , en effet ; vous dites vrai, Molière. Mais je pense qu'aujourd'hui Du malheureux Fouquet la disgrâce soudaine Doit affliger notre cher La Fontaine. Il perd un généreux appui !...

Molière

Eh ! Bien pour adoucir ou partager sa peine, Allons tous au devant de lui. Ta soirée est riante et fraîche ce me semble ; Nous pourrons au jardin nous promener ensemble, Tandis que Laforêt prépare ce qu'il faut Pour le souper.

Mignard

Allons.

Tous sortent, excepté Chapelle et Laforêt.

Laforêt

Monsieur Chapelle, un mot.

Scène 7

Chapelle, Laforêt

Chapelle

Que veux-tu, Laforêt ?

Laforêt

Il faut que je vous dise Qu'on est arrivé.

Chapelle

Qui ?

Laforêt

Les dames dont tantôt Vous me parliez ici ; toutes deux sont là haut, Dans ma chambre ; la fille à présent se déguise...

Chapelle

Tu leur as donc permis d'entrer ?

Laforêt

Certainement ; Et si vous m'aviez dit, dès le premier moment, Qui c'était !

Chapelle

J'ai voulu t'en donner la surprise. J'ai besoin de les voir....

Laforêt

Vous n'avez qu'à monter.

Chapelle

L'Amour est du complot ; Bacchus le favorise ; Sur un succès heureux j'ose presque compter.

Scène 8

Laforêt

Pendant ce petit monologue de Laforêt, on apporte la table et le souper.

Laforêt

J'augure bien aussi, moi, de son entremise. À leurs projets je suis d'humeur à m'y prêter ; On veut faire la paix ; ma foi ! J'en suis ravie ! Mon pauvre maître avait tant de chagrin !... Labrie, Lesbin, allons, ici qu'on mette le couvert De la glace et du vin ! .... j'aurai soin du dessert ! .... Mais quelqu'un vient ! ... ma surprise est extrême ! Eh ! c'est monsieur Lafontaine lui-même. Tandis que ces messieurs le cherchent au jardin, Il en sera sorti par un autre chemin.

Scène 9

La Fontaine, Laforêt

La Fontaine

Mon élégie est faite, et mon âme affligée, En exhalant ces vers, s'est au moins soulagée !

Laforêt

Par où donc avez-vous passé ? Monsieur !... Peut-on sans vous distraire ?

La Fontaine

Devait-il éprouver la fortune contraire, Celui que si longtemps elle avait caressé ? Ce grand Sur-intendant, lui qu'admirait la France, Voit tomber tout d'un coup son honneur, sa puissance ! Un jour, un seul jour l'a perdu. Le vent frappe et détruit l'arbre qui lui résiste ; L'humble roseau plie et subsiste, Par sa faiblesse défendu.

Laforêt

Je sais ce qui le rend si triste ; Il plaint Monsieur Fouquet ; il en a bien sujet.

La Fontaine

Vous parlez de Monsieur Fouquet ? Qu'en dit-on? que fait-il? souffrez que je réclame...

Laforêt

Eh ! quoi donc ?...

La Fontaine

Vous prenez à lui de l'intérêt ; Auriez-vous à la cour quelque crédit, Madame ?

Laforêt

Moi ?... Moi ?... Mais je suis Laforêt. Regardez-donc.

Il retombe dans sa rêverie.

La Fontaine

Ah !... Ah !... c'est vrai. Dans sa détresse Je dois me souvenir de ce qu'il fit pour moi, Et lui rendre aujourd'hui tendresse pour tendresse. Si je puis le servir, oh ! Dieu ! Quelle allégresse ! On a souvent besoin d'un plus petit que soi. Mais que tenter ? Que faire ? Espérance trop vaine ! Dans le monde je ne puis rien, Moi qui n'ai ni crédit ni bien, Moi qui suis, quoi ? Jean La Fontaine... J'aurai beau m'efforcer et prendre de la peine ; J'ai bien, la volonté ;. mais je n'ai nul moyen... Que ce faible talent que j'obtins en partage Paye au moins son tribut au malheur d'un ami ! Il fait assez d'ingrats !..... La fortune volage Ne peut me détacher de cet objet chéri ; Je lui donne des vers, ne pouvant davantage...

Scène 10

Boileau Despréaux, Chapelle, La Fontaine, Lulli, Mignard

Boileau Despréaux

Ah ! Le voici lui-même !... Où s'était-il caché ?

Chapelle

Tu nous as fait courir.

La Fontaine

Vraiment ?... J'en suis fâché, De quelqu'autre côté j'étais allé sans doute. De Paris jusqu'ici j'ai fait à pied la route; J'ai passé ma journée à composer des vers, Une triste élégie où ma plaintive muse De son cher bienfaiteur déplore le revers ; L'ouvrage est assez bon, si l'orgueil ne m'abuse.

Boileau Despréaux

Montrez-le ; nous verrons.

La Fontaine

Non, ce n'est pas l'instant D'occuper vos esprits d'un objet attristant ; Moi-même j'ai plutôt besoin de me distraire, Et je veux être à vous entièrement ce soir, Mes amis !

Chapelle

C'est bien dit ; pourquoi broyer du noir Et s'affliger, lorsque l'on peut mieux faire ?

Lulli

Je suis pour qu'on s'amuse.

Mignard

Et moi j'en dis autant, Nous voyons, grâce au ciel, Molière mieux portant ! Quel bonheur pour la comédie !

Boileau Despréaux

Ajoutez-y pour ses amis , Pour son siècle et pour son pays , Dont il est le plus beau génie.

Chapelle

Ma foi, je suis de ton avis. . C'est notre maître, à tous ; sous sa plaisanterie Que de raison souvent et de philosophie ! Le chef-d'oeuvre le plus divin Qui soit jamais éclos du cerveau d'un humain, C'est Tartuffe.

La Fontaine

Messieurs, j'ai lu ces jours passés, Le prophète Baruch ; je goûte sa manière ; Dites-moi donc un peu, si vous le connaissez ?

Boileau Despréaux

Oui.

La Fontaine

Croyez-vous qu'il eût plus d'esprit que Molière ? ; Ou bien Molière en a-t-il plus que lui ?

Boileau Despréaux

Mon cher Monsieur de La Fontaine, Vous avez mis un bas à l'envers aujourd'hui.

La Fontaine

Mais répondez-moi donc.

Boileau Despréaux

Non ; ce n'est pas la peine.

Chapelle

Laisse-là ton Baruch...... Le bonhomme, ma foi, Souvent dans ses propos est moins sensé que moi.

Scène 11

Molière, Laforêt, Chapelle, Lulli, Mignard, Boileau Despréaux, La Fontaine, Tous Excepté Molière

Molière

Me voici, mes amis ; allons, que la soirée À la joie, au plaisir, soit toute consacrée.

Laforêt

Messieurs, le souper est tout prêt, Et vous pouvez vous mettre à table

Chapelle

Tu songes à notre projet ?

Laforêt

Laissez faire. J'attends le moment favorable.

Ils s'asseyent à table dans l'ordre suivant, en commençant par la droite : Molière, Chapelle, Mignard, Lulli, Despreaux, La Fontaine.

Lulli

Mettons-nous donc à table, et restons-y longtemps.

Chapelle

D'être ici réunis nous sommes tous contents. Je vous porte d'abord une santé; c'est celle Du maître de la maison.

Mignard

De tout mon coeur,

Boileau Despréaux

Verse, Chapelle,

Lulli

Verse tout plein.

La Fontaine

Je ne dirai pas : non.

Chapelle

À Molière !

Tous Excepté Molière

À Molière !

Mignard

Ah ! Si nous pouvions boire, Ensemble, aussi longtemps que durera sa gloire !

Molière

Je ne vous ferai pas raison, Mes amis ; car le lait est ma seule boisson. Mais de vos voeux qu'il apprécie, Mon coeur ému vous remercie. Vous allez tout-à-fait me rendre la santé !

Chapelle

S'il ne faut que de la gaîté, L'amitié la plus tendre, un peu d'ivrognerie...

Lulli

À me griser ce soir je suis bien résolu.

La Fontaine

Quand on est entre amis, on peut boire sans craindre On n'a rien à cacher ; le coeur est tout à nu ; On peut penser tout haut, et se parler sans feindre.

Molière

Vivons toujours de la sorte entre nous, Mes bons amis, et malheur aux jaloux Que notre union peut surprendre ! Nous sommes faits pour nous entendre, Pour nous estimer, nous chérir, Pour jouir franchement des succès l'un de l'autre.

Chapelle

Oui, vers un noble but ensemble on peut courir. Si mon ouvrage est bon, doit-il gâter le vôtre ? De la gloire d'autrui ce qu'on pourrait ôter, À la sienne jamais on ne peut l'ajouter. C'est vainement qu'on y travaille.

Lulli

Sans doute ; chacun a sa taille ; Il faut savoir s'en contenter.

La Fontaine

C'est un pays fort grand que le Parnasse ; Chacun y peut trouver sa place ; Le tout est de la mériter.

Boileau Despréaux

Ces poètes fameux nos maîtres, nos modèles, Furent des amis vrais, fidèles ; À Virgile, à Tibulle, Horace était lié ; Si nous ne ressemblons à ces grands personnages Par les talents, par les ouvrages, Ressemblons leur par l'amitié.

Molière

Assuré de votre tendresse , Je dois vous demander des avis éclairés ; Demain matin, vous entendrez, Mes amis, ma nouvelle pièce, Le Bourgeois-Gentilhomme, et vous la jugerez. Mais sur-tout point de complaisance.

Boileau Despréaux

Oh ! Ce n'est pas là mon défaut, Tu le sais ; tu seras critiqué comme il faut. On attend cet ouvrage avec impatience.

La Fontaine

On parle aussi beaucoup du nouvel opéra De notre ami Lulli.

Lulli

Bientôt on le jouera. Ah ! Per Dio ! c'est là, de la musique. Vous l'entendrez ; c'est un chef-d'oeuvre unique, Enfin c'est du Lulli ; c'est tout dire, cela. Vous mourrez de plaisir d'entendre mon Armide.

Chapelle

Et comment ? Tu l'as donc refaite depuis peu ? On nous avait conté qu'un conseil trop rigide T'avait persuadé de la jeter au feu ?

Lulli

Au feu ? Mon bon ami ! J'aurais brûlé ma gloire ! Mais tu ne sais donc pas l'histoire ?

Chapelle

Non. Qu'est-ce !

Lulli

Hé ! Carino ! Je vais te la conter.

Chapelle

Soit. Mais commence-là par boire, Et nous boirons aussi, nous, pour mieux t'écouter.

Lulli

Tu sais que par la maladie J'ai manqué l'autre hiver de n'être plus en vie. Il vint un homme noir, tout auprès de mon lit, Me parler doucement; voici comme il me dit : Mon bon ami, pensez qu'il est bien nécessaire De faire voir à tous que vous êtes fâché. De tout le mal que vous avez pu faire ; Se mêler d'opéra, c'est un très grand péché ; Le bon Dieu, voyez-vous ? s'en offense et s'en pique. Il veut que pour lui seul on fasse la musique, On m'a conté que vous êtes l'auteur D'un opéra nouveau, superbe et magnifique, Mon bon ami, c'est un malheur ; Ce qui s'est fait est fait, et je dissimule ; Mais du moins, il n'est pas encor représenté ; Donnez-le moi ; que je le brûle, Afin que vous mouriez avec tranquillité.

Chapelle

Eh ! bien ? Tu l'as donné ?

Lulli

Sans doute. Pouvais-je refuser ?

Chapelle

Voilà ce qu'on m'a dit, Et j'avais donc raison.

Lulli

Écoute : Je n'ai pas fini mon récit. La santé me revint, mais non pas tout de suite. Quand je fus un peu mieux, le Prince de Conti, (Comme il me fait l'honneur d'être mon bon ami ) Son altesse un matin me vint faire visite. Il me dit : Baptiste, entre nous , Avec ton beau talent tu me sembles bien bête De t'être laissé mettre en tête De brûler ton Armide ; eh ! Nous y perdons tous ; Pauvre homme !... Ils t'ont fait faire une grande folie ; Le roi-même a daigné témoigner des regrets.... Paix, monseigneur, lui dis-je, paix ; Ne me grondez pas, je vous prie ; J'ai bien su ce que je faisais ; J'en avais une autre copie.

La Fontaine

Ah ! Le fourbe !

Mignard

Le tour n'est pas mal inventé.

Chapelle

Allons ; buvons à sa santé.

La Fontaine

À la santé d'Armide.

Mignard

Et de l'ami Baptiste.

Boileau Despréaux

Quel malheur c'eût été, si nous l'eussions perdu !

Lulli

Eh ! Oui, si j'étais mort, cela m'aurait rendu Le caractère bien plus triste.

Chapelle

Hé ! sois triste plutôt d'en être revenu.

Lulli

Pourquoi donc ; s'il vous plaît ?

Chapelle

Aurais-tu la manie, Imbécile, dis-moi, de tenir à la vie ?

Lulli

Hé ! mais, dans ce moment, je l'aime assez, vois-tu ?

Scène 12

Laforêt, Molière, Chapelle

Laforêt

Monsieur !...

Molière

Que me veut-on ?

Laforêt

C'est une jeune fille Qui voudrait vous parler.

Chapelle

Est-elle un peu gentille ?

Laforêt

Est-ce qu'on prend garde à cela ? Mais gentille ou non, elle est là Qui montre un chagrin véritable. . C'est la fille du jardinier, De Thomas, que Monsieur chassa le mois dernier...

Molière

Mais ce n'est pas l'instant, quand nous sommes à table....

Chapelle

Au contraire, vraiment; tu seras plus traitable, Plus indulgent; il faut la recevoir ; Et d'ailleurs, nous serons fort aises de la voir ; Va, Laforêt ; amène-là bien vite.

Laforêt

Vous l'ordonnez ? Entrez, petite.

Scène 13

Isabelle Béjart, La Fontaine, Mignard, Lulli, Molière, Chapelle, Boileau Despréaux

Isabelle Béjart

Messieurs... Pardon... Je n'ose... Aurez-vous la bonté ?

La Fontaine

Elle tremble comme la feuille !

Mignard

Cette belle enfant-là mérite qu'on l'accueille !...

Lulli

Elle est jolie , en vérité !

Il se lève de surprise, et dit à part.

Molière

Approchez-vous.- C'est Isabelle !....

Isabelle Béjart

Monsieur me reconnaît, j'espère ?

Molière

Assurément. Que voulez-vous, mademoiselle ? Vous prenez mal votre moment !

Isabelle Béjart

Êtes-vous encore en colère ?

Molière

Oui, sans doute, j'y suis ;j'y dois être toujours.

Isabelle Béjart

C'est un malheur pour nous d'avoir pu vous déplaire ; Ce n'est pas notre faute.

Molière

Ah ! Trêve de discours. Quand j'ai pris mon parti , moi je n'en reviens guère. Tout est dit entre nous.

Chapelle

Molière, qu'est cela ? Est-ce ainsi qu'on reçoit cette belle enfant-là ?

Molière

De grâce, mêlez-vous, monsieur, de vos affaires.

Il se lève de table.

Chapelle

Ne te fâche donc pas ; voyons, écoutons-la. Ma petite, comment vous nomme-t-on ?

Isabelle Béjart

Charlotte, À vous servir, Monsieur.

Lulli

Elle n'est pas tant sotte.

Chapelle

Moi, je veux arranger l'affaire que voilà. Elle vient pour rentrer en grâce ! Son père eût-il des torts, il faut qu'on les lui passe.

Isabelle Béjart

On vous a tourmenté de soupçons odieux, Et de craintes imaginaires ; Les méchants et les envieux , Du bonheur qu'ils n'ont pas éternels adversaires, Pour nuire, pour brouiller, font toujours de leur mieux.

Molière

Non, non; ce qu'on m'a dit n'est que trop véritable, Et j'ai sujet d'être fâché ; Pour prix d'un sentiment qui ne fut point caché, Je prétendais de vous un sentiment semblable ! Votre coeur n'était point touché !

Isabelle Béjart

Ô ciel !... Pouvez-vous dire une chose pareille !

Chapelle

Allons ; prouvez-lui qu'il a tort.

Molière

Mais .... la reconnais-tu d'abord ? C'est Isabelle.

Chapelle

Eh ! oui, je le sais à merveille.

Molière

Ah ! Tu le sais vous êtes donc d'accord ?

Isabelle Béjart

De ce duc espagnol qu'on croit si redoutable J'ai reçu ce matin le billet que voici. Lisez. Vous serez éclairci. Vous verrez de nous deux quel est le plus coupable.

Molière

Que vois-je ? De quels traits mon esprit est frappé ! Ah ! Combien on m'avait trompé ! Pardon, pardon, mon Isabelle.

Mignard

Isabelle, dit-il !

Tous les convives se lèvent de table et s'approchent de Molière et d'Isabelle.

Molière

Oui, mes amis, c'est elle, Et que j'aime plus que jamais.

Mignard

Eh ! bien ! tout bas je me disais : Mais j'ai vu quelque part cette aimable figure !

Boileau Despréaux

Vraiment ! le tour n'est pas mauvais ! Bonsoir, Mademoiselle.

La Fontaine

Oui, je la reconnais ! Toujours jolie, avec la plus simple parure !

Lulli

Molière, mon ami, tu n'es pas malheureux !

Chapelle

Ils étaient brouillés tous les deux l Grâce à moi, voilà la paix faite.

Molière

Et pour toujours.

Chapelle

Je le souhaite. Mais il faut me récompenser. Belle Charlotte, oh ! çà, peut-on vous embrasser !

Molière

Le fripon songe à lui !

Chapelle

Voyez ! J'ai tort peut-être !

Chapelle s'avance pour l'embrasser ; mais elle se tourne du côté de Molière.

Isabelle Béjart

Ce m'est bien de l'honneur; je ne puis balancer. Mais je croirais, autant que je puis m'y connaitre, Que ce serait plutôt par notre maître, S'il nous le permettait, qu'il faudrait commencer.

Chapelle

Ah ! c'est juste.

Molière

Entre nous, jamais aucun nuage.

Mignard

Le meilleur de la fête est bien ce moment-ci, N'est-il pas vrai, Molière ?

Chapelle

Et c'est là mon ouvrage.

La Fontaine

Mais vous, ne souffrez plus qu'ainsi Sur des soupçons il vous tourmente ; C'est votre directeur, il faut le respecter ; Mais quelquefois aussi sachez lui résister. Si de lui désormais vous n'êtes pas contente, Vous avez des talents et vous êtes charmante, Ailleurs, quand vous voudrez, je vous fais débuter.

Isabelle Béjart

Non, non ; je vous suis obligée ; Je n'aime pas le changement. Je suis avec Molière à présent engagée, Et je ne veux jamais rompre l'engagement.

Molière

Non, non ; jamais après ce raccommodement.

Isabelle Béjart

s Je voudrais à ma mère en porter la nouvelle. Elle est dans la maison.

Molière

Votre mère est ici ?

Isabelle Béjart

Oui ; je suis venue avec elle.

Molière

Allons donc la trouver ; je veux la voir aussi, Lui dire qu'entre nous il n'est plus de querelle. Venez.

Isabelle Béjart

Adieu messieurs.

Chapelle

Eh ! Dites donc, la belle ? Et ce baiser qui doit me revenir ?

Isabelle Béjart

Oh ! Je n'ai pas le temps, mon cher monsieur Chapelle ; Une autrefois faites-m'en souvenir.

Chapelle

La friponne ! Morbleu ! Qu'elle a de gentillesse !

Scène 14

Chapelle, Boileau Despréaux, La Fontaine, Lulli, Mignard, Laforêt, Tous

Ils se remettent à table.

Chapelle

Notre souper n'est pas fini . Molière est plein de sa tendresse, Mais nous, buvons

Boileau Despréaux

Je suis fâché pour notre ami, De voir qu'il perd du temps à cette fantaisie. De quoi s'avise-t-il, d'être un amant transi ? Est-on fait pour aimer, quand on a du génie ?

La Fontaine

Eh ! mais, assurément ; qui croirait vos propos Penserait que l'amour ne convient qu'à des sots. Vous bornez beaucoup sa puissance ; Quoique ce Dieu souvent m'ait assez maltraité, Ce n'est pas ainsi que je pense ; J'applaudirais à l'alliance Du génie et de la beauté,

Boileau Despréaux

Cher Lafontaine, en vérité, Vous avez peu de prévoyance ! Vous voulez qu'il l'épouse ?... Eh !... Ce sera bien pis ; Songez combien l'hymen apporte de soucis.

Chapelle

Despréaux n'a pas tort ; cependant Lafontaine A bien quelque raison aussi. D'abord, remarquez bien ceci ; C'est que, quelque parti qu'on prenne, Dans le monde toujours on est sûr d'enrager. On y trouve par-tout matière à s'affliger. Garçon ou marié, même veuf, que de causes De chagrin !

Lulli

Tu deviens profond.

La Fontaine

Mais seulement tu vois les choses... Bien en noir.

Chapelle

Je les vois alors comme elles sont, Car enfin, lorsqu'on songe aux misères humaines, N'est-il pas vrai , mes chers amis ? Cela forme un tableau qui cause tant de peines !... Qu'en pensez-vous ?

Mignard

Peut-on être d'un autre avis ? On ne voit qu'accidents.

Lulli

Qu'horreurs, que tragédies.

Boileau Despréaux

Que ridicules, que travers !

Mignard

Les complots des hommes pervers !

La Fontaine

Et des femmes les perfidies !

Chapelle

Les créanciers !

Lulli

Les maladies !

La Fontaine

Les médecins !

Boileau Despréaux

Les mauvais vers !

Lulli

Le vin console un peu !

Chapelle

Sans lui pourrait-on vivre ?

Lulli

Eh ! Bien, buvons-en donc.

Mignard

Versez, versez tout plein.

Chapelle

On n'a de bons moments que ceux où l'on est ivre.

Lulli

Hors le temps des repas, je suis toujours chagrin.

Chapelle

Moi, par exemple, puis-je avoir l'âme contente ? Nul travail obligé ne gêne mes loisirs ; Je fais des vers, je bois, je chante ; Je n'ai point à l'hymen asservi mes désirs ; J'ai vingt mille livres de rente, Bons amis, maîtresse charmante ; Est-ce là du bonheur ? sont-ce là des plaisirs ?

Lulli

Je suis le Dieu de l'harmonie ! Eh ! Bien ? Des mirmidons critiquent mes accords.

Boileau Despréaux

Et moi, morbleu, je vois, malgré tous mes efforts,. Triompher le faux goût, la sottise ennemie ! Et Cotin, près de moi, siège à l'Académie ! .

Chapelle

Je le dis franchement ; je suis las de la vie.

Lulli

C'est une chose indigne, et qu'on ne peut souffrir.

Chapelle

Et cependant, voyez !... On a peur de mourir !

Mignard

Ah ! Si l'on avait du courage !

La Fontaine

Mais on est lâche, et l'on enrage, Quand on pourrait sitôt de ses maux se guérir !

Mignard

Ma foi !... Ce serait le plus sage !

Laforêt

Quel diable de propos ! .... parlent-ils tout de bon ? *

Chapelle

Si je trouvais un compagnon, Un seul, là, qui voulut me suivre l.;

Mignard

Tu n'en manqueras pas ; moi, morbleu !

Chapelle

Toi ?

Mignard

Oui, moi.

Lulli

Vous voilà déjà deux !... Nous serons trois, ma foi. Touchez là.

La Fontaine

Mes amis, pourrais-je vous survivre ?

Laforêt

Des gens d'esprit comme eux ! ce que c'est que d'être ivre ! Si je ne l'entendais, je ne le croirais point.

Chapelle

Sommes-nous des amis ? moi, je pars de ce point. Si nous le sommes, il me semble Qu'il nous faut finir tous ensemble.

Laforêt

Je commence d'avoir, vraiment, quelque frayeur.

à la fois

Tous

Oui, tous ensemble.

Elle sort.

Laforêt

Allons vite avertir monsieur.

La Fontaine

Vous savez qu'aux vivants on conteste leur gloire ; Sont-ils morts ? on devient juste envers leur mémoire ; Faisons taire l'envie ; et de notre destin. Jouissons au plutôt, tous tant qu'ici nous sommes ; Soyons tous morts demain matin ; Demain matin nous serons de grands hommes.

Boileau Despréaux

La Fontaine a raison. Il a bien péroré.

Chapelle

S'il faut qu'un de nous s'en dédise Je le tiens pour déshonoré.

Lulli

Pour déshonoré, soit...

Mignard

La nuit nous favorise.

Lulli

La rivière n'est qu'à cent pas.

Chapelle

Allons exécuter cette noble entreprise ; Je marche le premier.

La Fontaine

Nous ne te quittons pas.

Chapelle

Pour la dernière fois, encore une rasade.

Lulli

Oh ! Nous ne risquons rien de boire à nos santés. Aucun de nous jamais ne sera plus malade.

Scène 15

Molière, Boileau Despréaux, Chapelle, Mignard, Lulli

Molière

Mes amis, on m'apprend ce que vous projetés.

Boileau Despréaux

Molière nous manquait ; bon ! Il sera des nôtres.

Molière

Mais devais-je être instruit par d'autres ?

Chapelle

Nous comptions bien t'aller chercher ! Vraiment, nous aurions eu trop à nous reprocher De ne pas t'emmener dans un pareil voyage, Mon bon ami !...

Molière

Comment ! Je vous en voudrais fort !... Je dois partager votre sort.

Mignard

Moi, je l'ai toujours dit ; Molière a du courage.

Chapelle

Vous voyez bien qu'il est de notre avis.

Molière

Comment donc ? Si j'en suis ?... Il n'est rien de plus sage, Rien de plus admirable... Écoutez, mes amis ; . Je sais un bon moyen d'assurer notre gloire, De vivre à jamais dans l'histoire ; Mourons avec éclat ; mourons en plein midi ; Demain, aux yeux de tous, faisons ce coup hardi ; Laissons l'exemple mémorable De poètes, d'amis, morts ensemble, à dessein ; Et terminons une vie honorable Par la plus honorable fin.

Lulli

À mourir en public j'ai quelque répugnance.

Molière

Bon ! Tu n'y penses pas; cela vaudra bien mieux. Vois notre troupe qui s'avance Le calme sur le front, la gaîté dans les yeux, Parmi les flots d'un peuple immense, Fixant sur nous ses regards curieux ! La scène sera magnifique.

Chapelle

Ce sera la dernière, ami, que tu joueras.

Molière

Elle sera parbleu ! Dans le genre héroïque.

Mignard

Il a, ma foi ! Raison ; et nous n'y pensions pas.

Boileau Despréaux

Nous perdions tout le fruit d'un si noble trépas.

Molière

N'est-ce pas ? À demain remettons la partie.

Chapelle

À demain.

Boileau Despréaux

À demain.

Lulli

Tu saurais bien prêcher.

Molière

En attendant le jour, souffrez que je vous prie, Mes bons amis, d'aller tous vous coucher. Alexandre dormait la nuit d'une bataille.

Lulli

C'était un bon vivant, et qui faisait ripaille.

Chapelle

C'était un très grand homme ! Il aimait le bon vin.

Mignard

Imitons Alexandre.

Boileau Despréaux

Adieu, jusqu'à demain.

Molière

Allez vous reposer.... Holà, Lesbin, La Brie , Conduisez ces messieurs dans leur appartement. Fort bien. Allons tout doucement. Car je me trouve un peu la visière obscurcie, Bonsoir, Molière.

Boileau Despréaux

Adieu.

Ils sortent tous quatre avec Laforêt et les domestiques qui les éclairent.

Lulli

Bonsoir, mon cher ami.

Scène 16

Molière, La Fontaine

Molière

Bonsoir. Que vois-je là ?... La Fontaine endormi ! Et ce serait, vraiment, dommage En cet instant, de l'éveiller ! A demain , j'attends le courage - De nos amis.... Tandis qu'ils sont à sommeiller, Il faut que pour Mignard j'achève cet ouvrage. Je lui sais des chagrins.... Près de monsieur Colbert, Il soupçonne en secret que quelqu'un le dessert ; Quelque rival jaloux, que son talent efface, Plus courtisan que lui, s'occupe à lui ravir . Les faveurs, les travaux... je voudrais le servir, Consoler au moins sa disgrâce. Pour cela, je songe à finir Mon poème du Val-de-Grâce. Reprenons-le. Voyons. De mon illustre ami J'ai peint les nobles traits dans des vers que voici. « Les grands hommes, Colbert, sont mauvais courtisans, Peu faits à s'acquitter des devoirs complaisants ; À leurs réflexions tout entiers ils se donnent, Et ce n'est que par-là qu'ils se perfectionnent. L'étude et la visite ont leurs talents à part. Qui se donne à la cour se dérobe à son art. Un esprit partagé rarement s'y consomme ; Et des emplois de feu demandent tout un homme. » Monsieur Colbert, je pense, entendra ce discours ; Je lui pourrai donner ces vers sous peu de jours ; Là, du dôme nouveau j'ai vanté la merveille, Surtout la fresque de Mignard, Admirable travail, vrai chef-d'oeuvre de l'art.....

La Fontaine

M'y voici. Je les tiens.

Molière

La Fontaine s'éveille !

La Fontaine

Je me sens inspiré.

Molière

Je crois qu'il fait des vers !

La Fontaine se tait un moment.

La Fontaine

Hier dans les grandeurs, aujourd'hui dans les fers ! « L'humble toit est exempt d'un tribut si funeste Le sage y vit en paix, et méprise le reste ; Content de ses douceurs, errant parmi les bois, Il regarde à ses pieds les favoris des rois....

Il met de côté son poème, et copie les vers que La Fontaine récite.

Molière

Ah ! ne laissons pas échapper Ces vers que sa facile veine : Produit sans travail et sans peine ; Je ne crois plus mes vers dignes de m'occuper, Quand je peux recueillir ceux que fait La Fontaine.

La Fontaine

« Content de ses douceurs, errant parmi les bois, Il regarde à ses pieds les favoris des rois ; Il lit au front de ceux qu'un vain luxe environne, Que la fortune vend ce qu'on croit qu'elle donne. Approche-t-il du but ? quitte-t-il ce séjour ? Rien ne trouble sa fin ; c'est le soir d'un beau jour. »

Molière

Ah ! Mon ami, quels vers !... Quel Dieu te les inspire ?

La Fontaine

Ah ! te voilà ; Molière ?... Eh ! oui, dans cet instant, J'ai fait-là quelques vers.

Molière

Très beaux ; veux-tu les lire ? Je les ai copiés moi-même, en t'écoutant.

La Fontaine

Mais ils ne sont pas mal ; j'en suis assez content.

Molière

Assez content ?... Pas mal ?... et moi, je les admire. On redira longtemps, mon ami, ces vers-là. On les perdait sans moi. Je suis fier de cela.

La Fontaine

Tu te moques de moi, je pense, ou tu veux rire.

Molière

Je ne me moque point, mon cher ami ; crois-moi, Tous tes imitateurs resteront loin de toi.

Scène 17

Isabelle Béjart, Molière, La Fontaine

Isabelle Béjart

Mais quelle est donc cette folie, Et que nous a dit Laforêt ? Comment peut-on former un semblable projet ?

Molière

Ah ! chose qu'on projette est loin d'être accomplie.

La Fontaine

Où sont tous nos amis ?

Molière

Mais ils dorment, je crois, En attendant l'instant fatal, l'heure dernière....

La Fontaine

Hé ! quel ton prends-tu là, Molière ? Ton air me cause de l'effroi.

Molière

Tu ne te souviens pas de leur projet ?

La Fontaine

Eh ! quoi ?.... Ah ! oui, je me rappelle, il est vrai, quelque chose ; Le propos n'était pas sérieux , je suppose. .

Molière

Pourquoi mon, s'il vous plaît ? Quant à moi, j'ai promis De ne pas quitter nos amis. Je les suivrai.

La Fontaine

Dans la rivière ? Oh ! Mais, c'est un peu fort aussi.

Molière

Il ne faut que du coeur. Je viens d'écrire ici Mes dispositions, ma volonté dernière ; Si tu veux en user de la même manière ?

La Fontaine

Pourquoi faire ? Tu peux disposer de ton bien ; Mais, mon ami, moi qui n'ai rien, Sur rien je n'ai rien à dire. Si je m'en vais avec vous, sur ma foi, Il me suffira bien d'écrire Qu'on ne m'attende pas chez moi.

Scène 18

Laforêt, Molière

Laforêt

Entendez-vous, monsieur, ces longs éclats de rire ? Monsieur Lulli saute, chante, s'admire ; Il réveille tous vos amis Qui n'étaient qu'à peine endormis ; Les uns sommeillaient sur des chaises, Un autre sur un lit, l'autre dans un fauteuil ; Monsieur Lulli leur conte cent fadaises, et ne veut pas souffrir qu'ici l'on ferme l'oeil.

Molière

Eh ! bien , allons les voir ; mais les voici , je pense.

Scène 19

Lulli, Chapelle, Molière, La Fontaine, Boileau Despréaux, Mignard, Isabelle Béjart

Il chante, et danse comiquement.

Lulli

Oui, ma foi , je vous dis que le séjour d'Auteuil Me donne de génie une grande abondance ; J'ai fait en impromptu les plus beaux airs de danse ! Que diable ?... Voulez-vous dormir jusqu'à demain ?

Chapelle

Comment dormirions-nous, quand tu nous fais un train ?

Molière

Eh ! Quoi ? Déjà, Messieurs ? Vous faites diligence ?

Chapelle

Que dit-il ?

Molière

Venez-vous accomplir vos projets ? La Fontaine et moi, sommes prêts.

La Fontaine

Doucement.

Molière

Cependant l'heure n'est pas venue ; Nous devions attendre le jour.

Boileau Despréaux

Ah ! Oui, vraiment !... Tantôt d'une âme résolue Nous parlions de finir tous nos maux sans retour... Qui nous a pu donner une idée aussi folle ?... C'est Chapelle, c'est lui.

Chapelle

Moi ? Non. Sur ma parole, De cet affreux conseil je ne suis point l'auteur. Finir mes jours dans l'eau !... Je l'ai trop en horreur.

Lulli

Seulement d'y penser je tremble.

Mignard

C'est un grand bonheur, ce me semble, De nous être à temps ravisés !

Molière

Un court sommeil vous a quelque peu dégrisés ; Je le vois.

Chapelle

Sur ma foi, ce serait grand dommage Que des gens comme nous prissent un tel parti ! Quel chagrin au Parnasse on en eût ressentit !

Boileau Despréaux

Molière a pour nous été sage !

Lulli

Hé ! Sans lui la musique allait faire naufrage !

La Fontaine

Fripon, tu nous aurais quittés dans le chemin.

Chapelle

Ne nous pressons pas trop de faire le voyage. ; Remettons le départ, toujours, au lendemain.

Lulli

Mais sur-tout le trépas mous serait bien précoce, Quand nous sommes tout près de danser à la nôce.

Mignard

À la noce ? Et de qui ?

Lulli

La voyez vous rougir, Notre petite jardinière ? C'est elle qui bientôt, nous donne ce plaisir.

Molière

Il est vrai, mes amis ; au gré de mon désir La mère d'Isabelle accueillant ma prière, Vient de combler mes voeux, et veut bien consentir...

Isabelle Béjart

Avec transport je le reçois. Je sens combien ce nom est glorieux pour moi ; Et de le porter je suis fière.

Boileau Despréaux

Nous voilà réveillés, et pour toute la nuit ; Tiens, Molière, à présent, lis-nous ta comédie.

Molière

Non, mes amis, non pas à présent, je vous prie ; Allons ce soir nous mettre au lit. Demain vous serez mieux en état de m'entendre. Mais de cette soirée au moins souvenez-vous. Gardez-vous par le vin de vous laisser surprendre, Et de former jamais des projets aussi fous. -

La Fontaine

Il est vrai ; c'est une folie Dont peut-être après nous un jour on parlera. Mais voici ce qu'on en dira : Molière avait souffert cruelle maladie ; Heureusement il s'en tira ; Ses meilleurs amis le fêtèrent ; - En le fêtant, ils s'enivrèrent ; L'amitié nous excusera.

La Fontaine

Je fais mon compliment à Madame Molière.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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