Comédie · 1884

Vingt minutes d’arrêt... buffet

d’Évariste Carrance

Représentation
≈ 33 min
Distribution
2 femmes, 4 hommes
Répliques
207
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Madame de Mora F 54 ≈ 11 min 5
Gontran de Melvil H 58 ≈ 9 min 6
Le Comte de Mailly H 26 ≈ 5 min 4
Pierre H 29 ≈ 4 min 8
Blanche de Mailly F 20 ≈ 3 min 6
Joseph H 15 ≈ 1 min 8
Surveillant N 4 ≈ 1 min 4
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Vingt Minutes d'Arrêt
Madame de Mora absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Gontran de Melvil absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Comte de Mailly absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Pierre absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Blanche de Mailly absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Joseph absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Surveillant absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Vingt Minutes d'Arrêt

Scène 1

Pierre

Il pousse un profond soupir.

Regardant la pendule.

Appelant :

Avec suffisance.

Nouveau soupir.

Pierre

Avoir commencé sa carrière chez Son Excellence Monsieur le Comte de Mailly et la terminer dans un buffet de chemin de fer ! Voilà de ces coups que la fortune vous réserve ! L'express de Bordeaux a trois minutes de retard... Brigand de chemin de fer ! Il n'en fait jamais d'autres. Et Joseph qui ne paraît pas... Joseph ! Bon ! Pas plus de Joseph que de train express... C'est vraiment fait exprès... Tiens ! Voilà un mot. J'en faisais beaucoup autrefois, chez Son Excellence le Comte de Mailly ! Je m'occupais même de théâtre à cette heureuse époque ! Hélas ! J'ai quitté la voie dramatique pour la voie ferrée, et depuis j'en ai presque perdu la voix.

Scène 2

Joseph, Pierre

Joseph

L'express...

On entend le sifflet de la locomotive et la voix d'un employé criant :

Pierre

Cinq minutes en retard... Si cela ne fait pas pitié ! « COLOMBES-LES-AMOURS. Vingt minutes d'arrêt. Buffet ».

Pierre

Va toujours, mon brave, cela ne fait ni froid ni chaud.

Joseph

Par ici, messieurs les voyageurs, buffet, buvette, table d'hôte !

Pierre

Quel organe ! Tais-toi donc, animal, le patron est au lit et ton zèle est bien inutile.

Criant.

Joseph

Je fais honnêtement mon métier. Par ici, buffet, buvette !...

Pierre

Ah ça, voyons, est-ce que tu t'imagines que Son Excellence Monsieur le comte de Mailly aurait voulu de moi si je n'avais pas été dix fois honnête !...

Joseph

Je ne te dis pas le contraire.

Pierre

Et tu fais bien, car autrement...

Il s'empare de la valise et de la couverture du voyageur.

Joseph

Par ici, monsieur.

Scène 3

Pierre, Gontran de Melvil, Blanche de Mailly, Joseph

Gontran et Blanche entrent en jetant à droite et à gauche des regards investigateurs).

Pierre

Monsieur désire-t-il déjeuner ?

Gontran de Melvil

Servez-nous du café seulement et laissez-nous.

À part.

Joseph apporte le café aux deux voyageurs.

Pierre

Versez ! Échinez-vous le tempérament pour appeler les voyageurs. Ah ! Si le patron fait fortune !... Après ça, c'est son affaire !

Blanche de Mailly

Mon ami, il me semble que tout le monde me regarde.

Ils s'installent devant une petite table de marbre.

Gontran de Melvil

Mais cela serait difficile... Il n'y a absolument personne ici ; d'ailleurs, que pouvons-nous craindre !

Pierre

Personne ! Excusez, Monseigneur. Ô fortune ! Fortune, avoir servi chez Son Excellence le...

Gontran de Melvil

Garçon !

À part.

Pierre

Voilà, Monsieur. Peu de dépenses et beaucoup de questions, ils sont tous ainsi.

Gontran de Melvil

Le départ du train pour Paris ?

Pierre

Dans vingt minutes.

Joseph

Ne vous pressez pas, messieurs les voyageurs, on viendra vous prévenir cinq minutes avant le départ.

Les garçons s'éloignent.

À Blanche.

Gontran de Melvil

Peste soit du braillard ! Allons, calmez-vous, ma bien-aimée, n'êtes-vous pas en sûreté auprès de moi ? Que veut dire cette mine désolée qui me ferait presque douter de votre amour ? Regrettez-vous donc le sacrifice que vous avez fait ? Ne suis-je plus digne de vous ?

Blanche de Mailly

Quelle preuve plus puissante de mon amour désirez-vous donc, Gontran ? J'ai quitté mon vieux père pour vous suivre.

Gontran de Melvil

Vous êtes un ange.

Blanche de Mailly

Mille remords me déchirent le coeur ! Ah ! Nous aurions dû patienter, attendre ! Les grands parents ne sont pas toujours inflexibles ; en nous voyant malheureux, ils eussent consenti peut-être ?

Gontran de Melvil

Jamais ! Ignorez-vous la haine que nourrit votre père pour le mien ? Cela date presque de Waterloo ! Ces deux hommes si bien faits pour s'entendre se prirent de querelle à propos du César tombé ; le vôtre, jeune soldat de la vieille garde, fanatisé par le héros de Wagram, ne pardonna pas à mon père des articles violents, sans doute, échappés à sa plume républicaine ! Hélas ! Mon amie, ce temps s'est enfui comme un nuage chassé par le vent : Monsieur de Melvil ne tient plus une plume, Monsieur de Mailly ne tient plus une épée, et la haine existe toujours.

Blanche de Mailly

Et nous devions en subir les terribles conséquences. Ah ! Gontran, comment ai-je pu consentir à quitter ce pauvre vieillard ! Je vous aime de toute mon âme, mais je le respecte de tout mon coeur, et je ne réponds à ses bienfaits que par la plus affreuse des ingratitudes.

Gontran de Melvil

À mon retour de la terre africaine, où j'ai laissé un peu de mon sang, je vous ai rencontrée dans les salons de Bordeaux. Vous voir, c'était vous aimer, Blanche, et j'ai obéi à ma destinée. Dès le premier jour, je jurai de vous consacrer ma vie. Cette vie, dont les Arabes n'ont pas voulu, disposez-en comme une souveraine absolue. Vivre pour vous et par vous serait un rêve enivrant, mais je n'ose y croire. Mourir pour vous serait encore du bonheur.

Blanche de Mailly

Vous vivrez, puisque je vous aime, Gontran, et que vous avez le droit de douter de tout, excepté de la sincérité de cet amour ; mais je ne puis me défendre d'une appréhension terrible... Vous avez promis de me conduire chez votre bonne tante qui habite la Normandie, n'est-ce pas ?

Gontran de Melvil

Sans doute, et cette vieille de Mora sera bien heureuse de vous recevoir.

Blanche de Mailly

Eh bien ! Gontran, il me semble que nous n'y arriverons jamais, que le malheur plane sur nos têtes, et que la faute que nous commettons va recevoir un affreux châtiment.

Gontran de Melvil

Garçon ! Ce café est détestable.

Pierre

Monsieur m'a appelé ?

Gontran de Melvil

Vous rêvez !

Pierre

Monsieur est bien bon ; mais je ne rêve plus depuis que j'ai eu le malheur de quitter Son Excellence le...

Gontran de Melvil

Voulez-vous nous laisser tranquilles, oui ou non ?

À part, en se reculant.

Pierre

Oui, Monsieur. C'est peut-être un inspecteur en bonne fortune ; ils vous tombent dessus sans crier gare.

Gontran de Melvil

Vous avez de bien singulières idées, ma chère Blanche ; il me semble que nul ne serait à cette heure assez puissant pour nous séparer, et que l'amour qui nous a permis de vaincre tous les obstacles est assez fort pour nous mettre à l'abri des puériles craintes qui vous agitent.

Scène 4

Surveillant

Le surveillant, armé d'une sonnette apparaît à l'entrée du buffet ; fait retentir deux fois la clochette qu'il tient à la main droite et soulève sa casquette de la main gauche.

Il sort.

Surveillant

Messieurs les voyageurs pour la ligne de Bretagne, en voiture ! Le train va partir.

Scène 5

Blanche de Mailly, Gontran de Melvil, Pierre, Un Employé, Joseph

Blanche de Mailly

Je voudrais vous croire, Gontran, mais je songe à mon père et je devine son désespoir ! Que dira le monde, mon ami, de cette fuite inattendue ? Ah ! Si grand que soit mon amour, il ne saurait m'empêcher de jeter un dernier regard sur un passé sans reproches.

Gontran de Melvil

Que dira le monde, ma bien-aimée ? Il dira ce qu'il voudra ; vivons pour nous sans nous inquiéter de lui. Vous savez bien que mon voeu le plus ardent est de vous appeler ma femme, et que cette fuite qui vous afflige n'a qu'un but : décider nos parents à nous unir et à se pardonner leur haine pour légitimer notre union. Quant à votre honneur, ma belle fiancée, il demeure irréprochable. Est-ce que vous n'êtes pas la plus respectée comme la plus aimée des femmes.

On entend le sifflet d'une locomotive.

Blanche de Mailly

Il y a un abîme qui me sépare du passé.

Pierre

L'omnibus de Paris.

Un Employé

Colombe-les-Amours ! Vingt minutes d'arrêt ; Buffet, tout le monde change de voiture.

À part.

Joseph

Par ici, messieurs ! Buffet, buvette, table d hôte ! Je vois des militaires dans le train, des clients pour la buvette ; le patron sera content.

Pierre

Le train pour la ligne de Bordeaux partira dans seize minutes.

Gontran de Melvil

Ils n'en finissent pas avec leurs cris.

Scène 6

Joseph, Madame de Mora, Gontran de Melvil, Blanche de Mailly

Madame de Mora, enveloppée dans une vaste pelisse, portant un carton à chapeau, un sac de nuit et une chaufferette, pénètre dans la salle du buffet. Gontran et Blanche se reculent et observent.

Joseph

Madame veut-elle déjeuner ou faire une légère collation ? Nous pouvons offrir à madame du café à la crème, du chocolat, du potage. Madame n'a qu'à choisir.

Avec bonté.

Madame de Mora

Offrez-moi ce que vous voudrez, mon garçon. Ah ! Quel voyage, grand Dieu ! J'en suis toute chose. Ne me parlez pas de ces affreux chemins de fer, ils ne se composent que de fumée et de bruit. On ne part pas, on arrive. Ah ! Garçon, de mon temps ce n'était pas ainsi ; on voyageait plus doucement, sans fatigues et sans ennuis... Moi, qui vous parle, je me souviens d'un voyage de noce accompli il y a plus de quarante ans... Mais cela ne vous intéresserait pas, mon ami, et je préfère vous laisser à vos occupations.

Haut.

Joseph

Pierre a quelquefois raison, il y a des gens bien singuliers. Nous avons du café à la crème, du chocolat, du potage.

Joseph sort.

Madame de Mora

Vous m'avez dit tout cela, garçon. Apportez-moi un potage, une aile de poulet et un doigt de Bordeaux. Madame de Mora n'est pas difficile.

Gontran de Melvil

Madame de Mora ! Ah ! Mon Dieu ! Mais c'est ma tante de Normandie.

Blanche de Mailly

Qu'avez-vous, mon ami ! Ce trouble ?

Gontran de Melvil

Le hasard fait quelquefois des miracles, ma bonne Blanche ; cette dame est précisément Madame de Mora, cette parente chez laquelle je vous conduisais.

Avec douleur.

Elle cache son visage dans ses mains et pleure.

Joseph, pendant ce dialogue, sert Madame de Mora.

Blanche de Mailly

Oh ! Cachez-moi, je vous en supplie, mon ami, ou plutôt laissez-moi partir... Je ne veux pas qu'on lise ma honte sur mon visage ! Qu'ai-je fait en vous écoutant, Gontran, j'étais folle, je me suis perdue !

Blanche se lève ; Gontran l'accompagne à l'entrée de la porte qui s'ouvre à gauche, puis se dirige lentement vers Madame de Mora. Il s'arrête à quelques pas derrière elle.

Gontran de Melvil

Je ne vous comprends pas, mon amie. Cette parente chez laquelle vous deviez trouver un refuge à l'abri de tout soupçon, le hasard ou mieux, la Providence nous l'envoie, et vous pleurez au lieu de vous réjouir... Voyons, mon enfant, soyez raisonnable et laissez-moi faire ; Madame de Mora est la plus aimable personne du monde, quoique un peu bavarde, - un défaut de vieille femme. - Retirez-vous dans la salle d'attente, et dans un instant je la conduis auprès de VOUS.

Elle soupire.

Elle sort une dépêche de sa poche.

Lisant.

Madame de Mora

Ah ! Tout est bien changé depuis cinquante ans... Est-ce que nous connaissions ces voyages à la vapeur autrefois... On appelle cela du progrès... Il est joli, ce progrès... Et le télégraphe ?... Voilà encore un moyen de correspondance inventé par Lucifer... Vous êtes tranquille dans le château de vos pères, à l'abri de toute inquiétude et de tout désagrément ; vous prenez doucement votre café quotidien, vous ouvrez votre journal, - je suis très forte sur la politique, bien que je n'y comprenne pas grand'chose, - crac ! trois coups de sonnette retentissent ; vous croyez à une visite, et vous vous retournez, le visage souriant ! Elle est jolie, la visite ! C'est un télégramme. - On a inventé des mots pour le besoin de la chose, - un télégramme qui vous dit. « Soeur, arrive par premier train ; Gontran fait folies sur folies. Ne perds pas une minute. DE MELVIL. »

Gontran de Melvil

Bon, j'étais sûr d'apprendre du nouveau ; la tante de Mora est une véritable gazette.

À Pierre qui l'écoute tranquillement.

Madame de Mora

Avec les chemins de fer et les télégraphes, vous comprenez bien qu'il n'y a plus de repos sur la terre : plus de déjeuners paisibles, plus de café dégusté doucement, plus de sieste !... Il m'a fallu partir comme un ouragan... Eh bien ! Garçon, mon aile de volaille ?

Gontran de Melvil

Vous êtes donc bien pressée, ma tante ?

Elle se lève.

Madame de Mora

Hein !... Plaît-il ?... Comment ! C'est toi, mauvais sujet... Ah ! Par exemple, mon cher Gontran, je suis bien heureuse de te voir.

Gontran de Melvil

Et moi, ma tante, je ne puis vous exprimer le bonheur que j'éprouve en vous embrassant... Qui donc ne vous aimerait pas ? En vous écoutant, tout à l'heure, je me suis bien aperçu que vous êtes restée la même.

Madame de Mora

Oui, n'est-ce pas, mon enfant, toujours un peu bavarde. - Dame ! Que veux-tu, c'est un défaut qui date de loin et dont je crains fort de ne jamais me corriger.

Gontran de Melvil

Vous êtes toujours bonne au-dessus de toute expression.

Madame de Mora

Autrefois, tu ne me flattais que lorsque tu en voulais à ma bourse.

Gontran de Melvil

Oh ! Maintenant, c'est autre chose, je vais tirer une lettre de change sur votre coeur.

Madame de Mora

Et payable ?

Gontran de Melvil

À vue.

Elle lui prend les mains.

Le regardant fixement.

Madame de Mora

Tu m'effiles, mon ami... Voyons rassure-moi bien vite. Et dis à ta bonne vieille tante le motif de ta présence ici. Nous avons donc fait des sottises, à notre âge ?

Gontran de Melvil

Par exemple !

Madame de Mora

Alors que les journaux racontaient ces jours derniers ta belle conduite et faisaient de toi un héros ! - Il paraît que tu as tué une demi-douzaine d'Arabes à toi tout seul pour délivrer un jeune Français ; - alors que, perdue au fond de ma province, je songeais à ce neveu chevaleresque et que je l'admirais presque autant que je l'aime, une bombe, une vraie bombe, - une dépêche télégraphique - éclate chez moi.

Gontran de Melvil

Nous y sommes.

Madame de Mora

Et cette dépêche la voici mot pour mot...

Gontran de Melvil

« Soeur, arrive par premier train ; Gontran fait folies sur folies ! »

Avec étonnement.

Madame de Mora

C'est cela. Tout à fait cela... Je pars aussitôt, et je te rencontre à Colombes-les-Amours. Voyez un peu le hasard...

Gontran de Melvil

Cette rencontre était inévitable, ma tante ; j'allais chez vous.

Madame de Mora

Comment ! Tu venais chez moi... Mais alors que veut dire ton père avec cette bombe ?... Et quelles sont ces folies dont tu te serais rendu coupable ?

Gontran de Melvil

Ma bonne tante...

Madame de Mora

Il y a quelque amourette sous roche, n'est-ce pas ?

Avec humilité.

Gontran de Melvil

C'est plus gros que cela. Je suis un grand coupable !

Madame de Mora

Ne dirait-on pas qu'il a commis un crime.

Gontran de Melvil

Ma tante, avez-vous aimé ?

Madame de Mora

Je pense bien que tu ne veux pas une confession... La demande est singulière.

Gontran de Melvil

Répondez toujours.

Madame de Mora

Oui, mon ami, j'ai aimé, beaucoup aimé...

Gontran de Melvil

D'amour !...

Madame de Mora

Oui, d'amour.

Gontran de Melvil

Eh bien, ma tante, mon coeur a fait comme le vôtre ; il a parlé.

Madame de Mora

Je ne vois pas là-dedans l'ombre d'une folie.

Gontran de Melvil

Tout le monde n'en juge pas ainsi... J'ai rencontré un ange, ma tante, et je l'adore.

Madame de Mora

Les anges, mon neveu, ne sont pas sur la terre... S'ils y étaient, on ne les épouserait pas.

Gontran de Melvil

Vous ne connaissez pas Blanche de Mailly, ma tante ; elle ne ressemble pas aux autres femmes ; elle est belle comme la Vierge et douce comme une colombe...

Madame de Mora

Les de Mailly ?... Noblesse de robe, n'est-ce pas ?... Un de Mailly a été attaché à la cour de Louis XIV ; un autre a été président de chambre sous Louis XVI. Les derniers se sont ralliés à l'empire et ont changé la robe contre l'épée... Il y a une vieille querelle entre les Melvil et les de Mailly.

Gontran de Melvil

Votre mémoire est prodigieuse, ma tante.

Madame de Mora

Et celle que tu aimes ?

Gontran de Melvil

Appartient à cette famille. Mais est-ce sa faute ?... Est-ce qu'on peut la connaître et ne pas l'aimer ?...

Madame de Mora

On te refuse sa main ?

Gontran de Melvil

Mon père, voyant mon désespoir, - car j'aime Blanche à en mourir, - aurait peut-être fléchi, mais Monsieur de Mailly demeure inébranlable ; il veut faire le malheur de sa fille et le mien... Ah ! Ma tante, si vous ne venez à notre aide, nous sommes perdus... Si vous me refusez votre appui, je repars pour l'Afrique, je provoque le premier bédouin que je rencontre, je me fais loger une balle dans la tête et je vous livre à d'éternels remords.

Madame de Mora

Doucement, doucement, mon ami. Peste ! Tu vas vite en besogne... Les affaires de cette nature ne s'expédient pas comme cela, et la diplomatie n'a pas été inventée pour rien.

Gontran de Melvil

De votre temps, ma tante, on ne la connaissait pas.

Madame de Mora

Je te demande bien pardon ; mais elle était certainement meilleure et n'empruntait ni les télégraphes ni les chemins de fer.

Gontran de Melvil

Elle utilisait quelquefois les diligences... Est-ce que Monsieur de Mora ne s'est pas servi de ce moyen pour arracher à des parents rebelles un consentement de mariage.

Madame de Mora

Veux-tu bien te taire, mauvais sujet, et ne pas réciter l'histoire ancienne comme un véritable écolier. Quelle faute as-tu donc commise pour parler ainsi ?

Gontran de Melvil

J'ai fait comme Monsieur de Mora.

Madame de Mora

Mais tu es fou !...

Gontran de Melvil

Toujours comme Monsieur de Mora, ma tante ; protégez-moi, daignez m'accorder votre appui. Blanche de Mailly, pure comme vous l'étiez vous-même, attend un mot, un seul mot de vous pour se précipiter dans vos bras. Elle sera ma femme un jour... Elle vous connaît et vous aime... Si votre coeur lui manque, il ne lui reste plus qu'à mourir.

Avec douceur.

Avec vivacité.

Madame de Mora

Le télégraphe et le chemin de fer ne suffisaient pas... Gontran, vous n'êtes qu'un étourdi... qu'un extravagant... plus que cela... Mais elle t'aime donc bien ? Et vous la laissez seule ici... dans un buffet de chemin de fer ! Dans une gare ! Conduis-moi vers cette jeune fille, mauvais sujet !

Gontran de Melvil

Blanche s'est réfugiée dans la salle d'attente de la gare.

Ils sortent.

Madame de Mora

Il fallait commencer par me l'apprendre. Venez, mais venez donc, mon neveu.

Scène 7

Pierre, Joseph

On entend un coup de sifflet.

Pierre

Eh bien, ce sont là de singuliers clients... L'un laisse sa tasse de café et l'autre son aile de volaille !... Ils diront ensuite qu'ils n'ont pas eu le temps de boire et de manger... Voilà ce qu'est un buffet de chemin de fer, et avec cela un registre de réclamations... Quelque chose comme le rasoir d'un certain Damoclès suspendu sur la tête du patron... Ah ! Je commence à en avoir assez, moi ! Et dire que j'ai eu l'honneur d'être au service de Son Excellence Monsieur le Comte de Mailly.

La voix du surveillant criant au dehors.

Joseph

L'omnibus de Bordeaux ! Colombes-les-Amours ! Vingt minutes d'arrêt ! Buffet !

Joseph

Par ici, messieurs les voyageurs ! Buffet, buvette, table d'hôte !

Scène 8

Le Comte de Mailly, Joseph, Pierre

Il laisse tomber sa couverture de voyage dont s'empare Joseph.

Le Comte de Mailly

Combien d'arrêt ?

Joseph

Vingt minutes.

Le Comte de Mailly

Merci.

Pierre

Est-ce possible ?... C'est Son Excellence Monsieur le Comte de Mailly que j'ai l'honneur de revoir...

Joseph

Que faut-il servir à Monsieur ?

Le Comte de Mailly

Un renseignement, s'il vous plaît, mon ami.

Pierre

Toujours à vos ordres comme autrefois, Monsieur le Comte.

Le Comte de Mailly

Comment ! Je vous retrouve ici, Pierre ?

Pierre

La fortune a de terribles lendemains...

À part.

Haut.

Le Comte de Mailly

En effet, mon pauvre Pierre ! Je le sais : elle me gardait une poignante douleur. Dites-moi, Pierre, le train de Bordeaux a-t-il amené beaucoup de voyageurs ?

Pierre

Très peu pour la gare et très peu pour nous.

Le Comte de Mailly

Avez-vous remarqué, parmi ces voyageurs, une jeune personne d'une vingtaine d années, d'une mise élégante et d'un visage très doux ?

Pierre

L'express de Bordeaux ne nous a donné qu'une jeune dame et un monsieur.

Le Comte de Mailly

Ah !

Pierre

Le monsieur a même rencontré ici une dame de sa connaissance, arrivée par le train de Paris. Nous avons encore les bagages de ces voyageurs.

Il s'assied et rêve.

Le Comte de Mailly

Ce ne sont pas eux... Ils auraient fui tout le monde... Ah ! Malheureuse enfant, quelle tristesse tu répands en moi !

Pierre

Monsieur le Comte est peut-être souffrant ?

Le Comte de Mailly

Merci, Pierre, ne vous occupez pas de moi... Je n'ai rien et n'ai besoin de rien...

Pierre

Comme il est changé !

Il se lève et marche avec agitation.

Avec douleur.

Il s'assied et appuie sa tête dans ses mains.

Le Comte de Mailly

Où est-elle, maintenant ? Dieu seul le sait... La reverrai-je encore ?... Ô l'ingrate ! Que de larmes elle va mettre dans ma vie, moi qui l'aimais tant !... Mais cette fuite, est-elle vraie ? Elle a voulu me faire peur, elle va revenir... Elle se cachait parfois, quand elle était toute petite, puis elle revenait toute rieuse se blottir dans mes bras... Est-ce que ce n'est pas sa voix que j'entends ?... Non ! Non ! Elle ne reviendra pas, je l'ai trop cruellement offensée hier soir... Ne lui ai-je pas dit que je ne consentirai jamais à un mariage déshonorant ! Allons ! Allons ! Je suis allé trop loin, beaucoup trop loin même ! Ces de Melvil, je ne les aime pas... Voilà près de cinquante ans que nos familles sont divisées... mais, après tout, ce sont d'honnêtes gens... Est-ce que les enfants doivent supporter les fautes des pères ?

Scène 9

Surveillant

Il agite deux fois sa sonnette.

Surveillant

Le train pour la ligne de Paris part dans cinq minutes !

Scène 10

Le Comte de Mailly, Pierre

Il froisse un papier dans sa main.

Il se frappe le front.

Avec un sanglot.

Il pleure.

Il prend un verre et le jette fortement sur le parquet.

PIERRE, s'élançant vers le Comte.

Le Comte de Mailly

M'écrire un pareil billet ! Ah ! Toutes les lettres en sont gravées là. En caractères ineffaçables... Élevez des enfants, placez sur ces têtes frêles et chéries toutes vos affections, toutes vos espérances ; écartez du chemin où ils doivent poser les pieds toutes les ronces que vous avez rencontrées vous-mêmes ; vivez pour ces créatures qui vous rappellent le printemps et le sourire ; revoyez dans leur azur tout votre printemps évanoui... un jour tout s'écroule ! Tout s'effondre ! Vous restez seul, isolé, abandonné, maudit ! Abandonner un vieillard ainsi, oh ! C'est plus que de l'ingratitude, c'est de la cruauté... Livrer ses cheveux blancs à la risée du monde ; n'écouter que le langage de la passion ; fuir la maison paisible et pure qui ne vous offrait que de la joie ; laisser à la place de tout ce bonheur le désespoir morne et sinistre, oh ! C'est lâche ! Lâche ! Et je ne reconnais plus mon enfant... Et cet homme, qui m'enlève ainsi le repos de mes dernières années... Ce misérable qui dresse lentement le piège où doit tomber l'innocence... Il me faudra tout son sang ! Pas de pitié pour ce Gontran de Melvil... Je le briserai comme je brise ce verre... Ah ! Mon Dieu ! Qu'arrive-t-il ? Monsieur le Comte serait-il mécontent ?

Il lui donne vingt francs.

Le Comte de Mailly

Pardonnez-moi mon garçon, c'est une maladresse dont je me suis rendu coupable... Tenez ! Voici de quoi la réparer.

Il s'incline.

Le comte sort du buffet par la grande porte s'ouvrant sur la voie de fer.

Pierre

Monsieur le Comte a bien le droit d'être maladroit, si cela plaît à Monsieur le Comte.

Scène 11

Madame de Mora, Blanche de Mailly, Gontran de Melvil

Madame de Mora

Par exemple, mes enfants, vous allez me permettre de manger mon aile de poulet et de boire un doigt de bordeaux... Vous comprenez que j'ai besoin de réconforter mes soixante-dix ans.

Blanche de Mailly

Oh ! Oui, bonne mère, et de vous conserver pour ceux qui vous aiment.

Madame de Mora

N'est-ce pas ? Ma fille.

Gontran de Melvil

D'autant plus que le télégraphe... Le chemin de fer... L'émotion... Tout cela aiguise diablement l'appétit.

Madame de Mora

Moquez-vous, Gontran, moquez-vous à votre aise de votre vieille tante qui ne peut se soumettre aux obligations de ce siècle étonnant ! Que voulez-vous, mes amis, j'ai toujours été un peu sauvage, moi, je l'avoue ; puis je me trouve si bien dans le fond de ma province normande.

Blanche de Mailly

Et vous avez mille fois raison, Madame.

Madame de Mora

Vous savez, Blanche, que je ne veux pas être traitée cérémonieusement.

Blanche de Mailly

Pardonnez-moi, bonne mère.

Madame de Mora

Voilà un titre que je tâcherai de mériter. Et, pour commencer, mes amis, il convient de dresser un plan de conduite dont nous ne nous écarterons pas.

Gontran de Melvil

Notre avenir est entre vos mains.

Madame de Mora

Vous, Gontran, je vous enferme jusqu'à nouvel ordre au château de Mora.

Gontran de Melvil

Comment ma tante, vous m'enfermez ?

Madame de Mora

C'est absolument nécessaire ; donc pas de réplique où je vous plante là et je me lave les mains de tout ce qui pourra survenir de fâcheux par votre imprudence.

Gontran de Melvil

Vous serez obéie.

À Blanche.

Madame de Mora

Je l'entends ainsi. Vous, Blanche, je vous ramène à Paris ; je vous conduis auprès de votre père que vous n'auriez pas dû quitter.

Blanche de Mailly

Disposez de moi, bonne mère.

Gontran de Melvil

Et le rideau tombe là-dessus... Vous venez me retrouver à Mora et vous essayez de me consoler avec de bonnes paroles ?... Eh bien, non, cent fois non, j'aime mieux aller revoir les bédouins et me faire casser la tête...

Madame de Mora

Gontran, vous êtes un homme de peu de foi et vous ne méritez pas mon amitié.

Gontran de Melvil

Mais vous ignorez donc que Blanche est toute ma vie ?...

Madame de Mora

Et que vous ne pouvez vivre sans elle... C'est convenu, mon garçon, j'en sais aussi long que vous sur cet article ; mais ce que j'ai décidé s'accomplira... ou sinon...

Gontran de Melvil

Ah ! Tante de Mora, vous êtes bien dure.

Madame de Mora

Mais tu n'ignores pas, mauvais sujet, que je ne travaille qu'à ton bonheur. Blanche a écrit à son père un billet insensé. Monsieur de Mailly doit être en ce moment sur la route de la folie ; il faut absolument retourner auprès de lui. Et puisqu'il faut tout vous dire, j'ai, dans mon sac de voyage, certains documents qui décideront le père de Blanche au mariage.

Gontran de Melvil

Vous êtes donc une véritable fée ?...

Madame de Mora

Je suis ce que je suis...

Scène 12

Surveillant

Il sort.

Surveillant

Le train pour la ligne de Paris partira dans trois minutes ! Ligne de Paris seulement !...

Scène 13

Madame de Mora, Gontran de Melvil, Blanche de Mailly, Joseph

Madame de Mora

C'est le train que vous allez prendre, Gontran... Blanche et moi nous prendrons, dans quelques instants, celui de Bordeaux.

Gontran de Melvil

Vous consentez, Blanche ?

Blanche de Mailly

Il le faut, mon ami.

Madame de Mora

Je réponds du succès si l'on a confiance en moi.

Gontran de Melvil

Eh bien, ma tante, agissez selon votre coeur et songez que j'attendrai avec anxiété... Blanche, vous savez que rien au monde ne saurait nous séparer ?

Sur un signe de Gontran, Joseph s'approche et reçoit de l'argent.

Blanche et Madame de Mora s'avancent vers la porte.

Joseph

Messieurs les voyageurs pour la ligne de Bordeaux, le train part dans trois minutes !

Madame de Mora

Voilà les buffets de chemin de fer, - encore une invention de ce siècle, - ils ne laissent même pas le temps de manger une aile de poulet !

Scène 14

Le Comte de Mailly, Blanche de Mailly, Madame de Mora, Gontran de Melvil

Le Comte de Mailly

Elle n'est pas partie pour Paris ?

Blanche de Mailly

Mon père ! Ah ! Mon père !

Il se laisse tomber sur une chaise.

Le Comte de Mailly

C'est vous que je retrouve ici, Blanche !... Mademoiselle ! Ah ! Votre conduite est infâme !

Blanche de Mailly

Mon père, de grâce, pardonnez-moi ! J'étais folle, et je reviens à vous repentante !

Le Comte de Mailly

Tu as brisé ma vie, mon enfant... Qu'allons-nous devenir tous les deux...

Madame de Mora

Monsieur le Comte, Blanche de Mailly est encore digne de vous, je vous le jure sur l'honneur.

Le Comte de Mailly

Pour parler ainsi d'honneur, qui êtes-vous, Madame ?

À Blanche.

Madame de Mora

Je vais vous le dire. Rassurez-vous, Blanche vous avez retrouvé votre père et le bonheur.

Le Comte de Mailly

Je ne vous connais pas.

Le comte s'incline.

Geste du comte.

Madame de Mora

Je suis Madame de Mora, veuve de Son Excellence le baron de Mora, ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Louis dix-huitième du nom. Je suis la soeur de Monsieur de Melvil, dont vous avez été l'ami. Je suis enfin la tante de Monsieur Gontran de Melvil, capitaine de spahis, dont la bravoure vous a conservé un fils...

Gontran de Melvil

La tante de Mora devient folle !

Le Comte de Mailly

Que dites-vous là, Madame... Mon fils aurait couru un danger de mort ?

Madame de Mora

Vous avez, monsieur le comte, une grande faute à punir, un grand mérite à récompenser.

Blanche de Mailly

Oh ! Mon père ! Vous ne m'avez pas pardonnée !

Le Comte de Mailly

Relevez-vous, ma fille, j'ai besoin d'écouter les explications de Madame de Mora.

Madame de Mora

Voici le coupable et le héros. La faute vous la connaissez. Ces enfants ont oublié la haine de leurs pères ; ils ont commis le crime de s'aimer, et vous les condamnerez à mort en les séparant.

Le Comte de Mailly

Vous me rendrez raison de l'outrage que vous faites subir à mon nom, monsieur le Capitaine de spahis. J'ai été soldat comme vous, et je n'ai jamais déshonoré mes épaulettes.

Gontran de Melvil

Monsieur le Comte...

Elle prend dans son sac de voyage le Journal Officiel.

Lisant.

Mouvement de Gontran.

Madame de Mora

Je n'ai pas fini, mon cher Comte. Voici un article de journal publié par les soins du gouverneur général de l'Algérie qui vous permettra d'écouter la bonté naturelle de votre coeur : « Le Ministre de la guerre vient de nommer Monsieur Gontran de Melvil chevalier de la Légion d honneur. « On se rappelle que, le 3 avril dernier, le Vicomte de Mailly, lieutenant d infanterie attaqué par six Arabes dans les gorges d El Kantara, n'a dû la vie qu'au courage déployé par le Capitaine de Melvil. » Cet officier, dont la modestie égale le mérite, a pu se dérober brusquement à la reconnaissance de Monsieur de Mailly, mais il appartenait au Ministre de porter cette action d'éclat à la connaissance de l'armée et d'accorder à son auteur une récompense vraiment nationale. »

Le Comte de Mailly

Vous avez sauvé mon fils, Monsieur de Melvil ?

Gontran de Melvil

J'ignorais le nom de celui que j'ai eu le bonheur d'aider de mon épée, monsieur le comte, et je suis heureux d'apprendre qu'il appartient à votre famille. Quant à la récompense que Monsieur le Ministre daigne m'accorder, elle me serait bien plus précieuse si elle m'aidait à.obtenir le pardon d'un père que j'ai offensé.

Blanche de Mailly

Serez-vous inflexible, mon père ?...

Madame de Mora

Je vous l'ai dit, comte, vous avez à punir et à récompenser.

Gontran s'empare des mains du Comte, tandis que Blanche se précipite dans ses bras.

Le Comte de Mailly

Je choisis la récompense, Baronne ; et puisque le capitaine m'a gardé un fils, je ferme les yeux sur l'aventure de ce matin... et je lui donne ma fille.

Madame de Mora

Voilà ce que j'appelle de la justice.

Le Comte de Mailly

Sans doute, mais nous allons un peu vite, mes amis. Sommes-nous seulement assurés du consentement de Monsieur de Melvil ?

Madame de Mora

Ah ! Ceci me regarde, et personne ici, je l'espère, ne doutera de la valeur de ma diplomatie.

Blanche de Mailly

Oh ! Non, bonne mère.

Gontran de Melvil

J'aimerais mieux douter de moi, tante de Mora.

Scène 15

Surveillant, Le Comte de Mailly, Pierre, Madame de Mora, Joseph

Surveillant

Messieurs les voyageurs pour la ligne de Bordeaux, en voiture ! Le train va partir.

Gontran obéit.

Le Comte de Mailly

Gontran, offrez le bras à votre fiancée.

Pierre

Si Monsieur le Comte avait conservé de mes services un bon souvenir... et s'il daignait me reprendre ?...

Le Comte de Mailly

Vous êtes donc malheureux ici, Pierre ?

Madame de Mora

Dame!... Dans un buffet de chemin de fer...

Pierre

Hélas !

Le Comte de Mailly

Eh bien, venez avec nous, mon ami ; depuis six ans, la maison n'a guère changé, et vous retrouverez votre ancien emploi.

Pierre

Ah ! Quel poids de moins sur le coeur !

Le comte, Madame de Mora, Gontran et Blanche, suivis de Pierre, se dirigent vers la porte.

On entend un coup de sifflet, le bruit d'un train qui s'arrête et la voix d'un employé criant au dehors :

La toile tombe.

Avril 1878.

Joseph

Me voilà premier garçon. Colombes-les-Amours ! Vingt minutes d'arrêt ! buffet !

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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