Scène 1
Gilles
Gilles
Voyons t'un peu si je n'oublions rien : v'là ici la place le m'ame Savon, là au beau mitan, entre le marié et la nariée : ici, c'est Monsieur Thériaque, le compère, et pis en face, vis-à-vis de lui, la commère m'ame Laiguille ; à l'autre bout, le père et la mère du futur, et pis moi... Oh ! Moi, j'irons et je viendrons... Oui-da, v'là qu'est ben symétrique comme ça. I'ne manque que le fricot. Ah ! Gilles, mon ami, comme tu vas t'en donner ! Je crains tant seulement d'attraper zune indigestion : quand zon n'est pas stylé à manger tout son soûl, y a du risque. Ah ! Morguenne ! Aussi pourquoi qu'un jour de noce ne revient pas trois fois par semaine ?
Scène 2
Monsieur la Plume, Gilles
Monsieur la Plume
Bonjour, Gilles, te voilà bien occupé !
Gilles
Et vous, morgue ! Vous v'là ben arrivé ! Jarniguoi ! Qu'ous avez le nez fin !
Monsieur la Plume
Je viens souhaiter la bonne année à ma voisine et à mam'selle sa fille.
Gilles
Ah ! Sainte Opportune, queue défaite ! Et au festin de la noce, est-ce que vous ne l'i souhaiterez rien ?
Monsieur la Plume
C'est donc aujourd'hui le grand jour pour Suzette ?
Gilles
Ah ! Dame oui, i'n'y a pus à barguigner : c'est aujourd'hui qu'il faut en découdre.
Monsieur la Plume
Es-tu bien sûr de ça, Gilles, que ça soit aujourd'hui ?
Gilles
Plus sûr que de mon père, voyez-vous. Eh ! Jarni ! Regardez donc c'te table. Crayez-vous que m'ame Savon se mette en dépense pour rien ? I' gn'y a, morgue ! Pas de saint dans l'année qui la mette en ribote comme ça, n'était c'ti-là du mariage.
Monsieur la Plume
Ainsi donc, mon cher Gilles, tu es sûr que mam'selle Suzette se marie aujourd'hui ?
Gilles
Ah ! Jarniguoi ! Vous me feriez tourner la tête, avec vos croyances du oui ou du non : je vous disons encore un coup que mam'selle, pisque m'ainselle y a, sera madame ce soir, à moins que le diable ne s'en mêle.
Monsieur la Plume
Eh bien ! Il s'en mêlera ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Gilles
Comment ! Y s'en mêlera !
Monsieur la Plume
Oui, mon ami, hi ! Hi ! Hi ! Hi !
Gilles
Ah ! çà, ne badinez pas, monsieur de La Plume ; est-ce que vous auriez queuque tripotage ensemble, queuque ?...
Monsieur la Plume
Ah ! Ah ! Ah ! Ah !
Gilles
Ah ! Me v'là ben savant avec vos risées !
Monsieur la Plume
Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Rira bien qui rira le dernier.
Gilles
Eh ! Morgue ! Contez-moi donc ça : j'aimerions autant qu'on ne nous disît rien que de nous rien apprendre.
Monsieur la Plume
Écoute-moi, Gilles, et promets-moi le secret : je te dirai tout ; aussi bien j'aurais besoin de toi pour glisser queuque mot à mam'selle Suzette.
Gilles
Dites toujours : je vous promets de garder le silence à bouche que veux-tu.
Monsieur la Plume
Je t'ai déjà fait confidence que j'aimais m'amselle Suzette, mais tu m'as dit qu'elle était promise à Foulonet, et ce mariage a été si précipité que je n'ai pas eu le temps de trouver les moyens de l'empêcher...
Gilles
Eh ben ! I' se fera donc, comme ça ?
Monsieur la Plume
Écoute-moi, tu vas voir.
Gilles
Ah ! Voyons, voyons.
Monsieur la Plume
Foulonet avait promis mariage à une autre fille avant Suzette, qui s'appelle tout comme elle, et ce matin il leur a écrit à toutes les deux, pour leur envoyer des étrennes. Il m'est venu trouver à mon bureau pour ça. Ne t'inquiète pas, Gilles, quand la lettre de Suzette va venir, tu verras de la besogne bien faite, va.
Gilles
Ah ! Ventregué ! Queue manigance ! Contez-moi donc ça de fil en aiguille.
Monsieur la Plume
Tais-toi, voilà Madame Savon avec sa fille, je te conterai tout ça une autre fois : je vas leux faire non compliment.
Scène 3
Madame Savon, Monsieur la Plume, Suzette, Gilles
Madame Savon
Allons donc, Suzette, tiens-toi donc : t'as un air gauche. Est-ce qu'on se laisse aller somme ça un jour de noce, donc ? T'as l'air d'un lendenain.
Monsieur la Plume
Madame Savon, je vous présente bien mes petits respects. En qualité de voisin je viens vous la souhaiter bonne et heureuse, ainsi qu'à m'amselle Suzette, accompagnée de plusieurs autres, et de la santé par-dessus tout.
Madame Savon
Ben obligée, monsieur. Dame ! Suzette, v'là qu'est tourné : on voit ben que monsieur za la plume en main.
Suzette
Vraiment, ma mère, c'est que monsieur est versé dans l'écriture.
Monsieur la Plume
Ah ! Mademoiselle, quand on voit des personnes comme vous et Madame votre mère, il est ben facile d'être versé dans la politesse.
Madame Savon
Tredame, ma fille, v'là qui nous surpasse.
Gilles
Pardine ! Oui, c'est le proverbe : dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu fréquentes.
Monsieur la Plume
Madame Savon veut-elle bien recevoir ces deux fines oranges et permettre qu'on l'embrasse ?
Madame Savon
Ah ! Monsieur, de tout mon coeur... Gilles, portez ces oranges-là dans l'aute chambre : vous les mettrez dessus la cheminée.
Il l'embrasse.
Monsieur la Plume
En voici deux autres pour m'amselle Suzette : veut-elle bien permettre aussi...
Elle lui donne les oranges.
Suzette
Comment donc, monsieur de La Plume, vous vous êtes mis en dépense ! Tiens, Gilles.
Gilles
Fouillez-vous donc, Monsieur de La Plume : est-ce qu'il n'y en a pas pour moi aussi ?
Madame Savon
Monsieur de La Plume, je ne savons comment vous remercier de vot' politesse ; mais t'nez, c'est aujourd'hui le mariage de Suzette : j'allons faire la noce ici, faites-nous l'amiquié d'y rester. Vous êtes entendu, vous serez le garçon d'honneur ; pas vrai, Suzette ?
Monsieur la Plume
Madame, c'est bien de l'honneur pour moi.
Suzette
Oh ! Monsieur, l'honneur sera pour nous.
Gilles
Eh ! Morgue ! Y aura pus d'honneur dans tout ça que de profit.
Scène 4
Madame Laiguille, Madame Savon, Suzette, Monsieur Thériaque, Gilles, Monsieur la Plume
Madame Laiguille
Eh ! Bonjour donc, ma commère ; bonjour, mon enfant.
Madame Savon
Ah ! V'là la commère, et Monsieur Thériaque, l'apothicaire de feu mon homme.
Suzette
Bonjour, ma tante ; bonjour, monsieur.
Monsieur Thériaque
C'est pour vous la souhaiter bonne et heureuse, commère, et vous, ma belle enfant.
Madame Laiguille
Tenez, commère, v'là des dragées que je vous apporte.
Madame Savon
Vous êtes ben bonne, commère... Prends tout ça, Gilles : ça servira pour le repas.
Monsieur Thériaque
Tenez, commère, voilà des marrons de Lyon, de la bonne faiseuse : je les ai commandés exprès pour vous.
Madame Savon
Comme il est agréable, le compère ! Il a toujours le mot pour rire.
Madame Laiguille
Ah ! Mon Dieu ! Mon pauvre Gilles, cours donc bien vite...
Gilles
Eh ! Jarniguoi ! Quoi que vous avez donc ?
Suzette
Queu qu'c'est donc, ma tante ?
Madame Laiguille
Eh ! Mon enfant, nous causons là, et le fiacre qui est zà la porte !
Gilles sort.
Monsieur Thériaque
Ah ! Morbleu, je n'y pensais pus ! Tiens, Gilles, porte-lui ces vingt-quatre-sous-là.
Madame Savon
Vous êtes donc venus ten carrosse?
Madame Laiguille
Hélas ! Oui, commère. Y a si loin de c'te porte Saint-Antoine ! I'semble qu'all'recule tous les jours.
Monsieur Thériaque
Et puis on danse aujourd'hui, il faut ben faire la fine jambe et le fin bas blanc.
Madame Savon
Vantez-vous-en : j'espère ben que je danserons ensemble, compère.
Monsieur Thériaque
Mais ça se doit : j'ouvrirons le bal.
Madame Laiguille
À propos de ça, tiens, Suzette, v'là zun petit présent de noce que je t'apporte.
Elle défait le papier.
Suzette
Ben obligée, ma tante... Ah ! Ma mère, c'est des rubans à l'anglaise.
Madame Savon
Avec des devises, da ! C'est du galant ! Feu mon homme m'en donnait comme ça de couleur de rose, avec les fontanges pareilles : ça m'allait, dame ! Fallait voir ! Aussi le garçon d'honneur quand il prit la jarretière de la mariée... À propos, je t'avertis de ça, Suzette : faut te laisser faire.
Monsieur Thériaque
Ah ! Dame ! Oui ! Mam'selle. Ne vous inquiétez pas, je me charge de l'opération.
Madame Savon
Eh ben ! Mais monsieur de La Plume, vous ne dites rien : vous êtes là comme une silence !
Monsieur la Plume
J'écoute, madame, j'écoute.
Madame Laiguille
Je crois me remettre d'avoir vu monsieur queuque part.
Monsieur la Plume
Madame, c'est bien de l'honneur pour moi.
Madame Savon
Pardine ! C'est Monsieur de La Plume, qui a son bureau sous les Charniers, à trois pas de la boutique où c'qu'est ma fille.
Monsieur Thériaque
Ah ! Monsieur est un homme de lettres !
Monsieur la Plume
À votre service, Monsieur.
Suzette
Ah ! Dame ! Oui, monsieur est un savant.
Madame Savon
Eh ben ! Dites donc un peu, monsieur de La Plume, queu qu' ça veut dire c'te devise-là ?
Madame Laiguille
Pardi ! C'est un coeur qui s'envole, et un chien qui court après.
Madame Savon
Je le voyons ben ; mais l'énigme de ça ?
Monsieur la Plume
Madame, on appelle ça un anglème : ça signifie la fidélité et la persévérance.
Monsieur Thériaque
Oui, ma foi, c'est bien trouvé.
Madame Savon
Ah ! Dame, oui, v'là ce que c'est que l'esprit : c'est zune sentence.
Scène 5
Gilles, Madame Savon, Un Savoyard, Savoyard, Suzette
Gilles
De la part de Monsieur Foulonet, madame.
Madame Savon
Ah ! C'est le valet de mon gendre. Entrez, mon ami.
Un Savoyard
Madame, je viens de la part de mon naître, qui dit comme ça qu'il vous souhaite une bonne année, ainsi qu'à mam'selle, et comme par lequel il vous envoie ces oranges-là pour vos étrennes, en attendant qu'il vienne lui-même vous apporter le présent de noce.
Madame Savon
C'est fort ben, mon enfant ; dites à vot' maître que je l'attendons tretous avec impatience... Gilles, emmène-le avec toi au cabaret du coin, où ce qu'on fait le repas, et fais-l'i boire un coup à not' santé.
Un Savoyard
Grand merci, madame ; pour qu'ail'soit meilleure, j'en boirons ben deux.
Madame Savon
Gilles, ne t'éloigne pas, j'allons tavoir besoin de loi.
Gilles
Eh ! Morgue ! Je n'ons garde : je ne sortirons pas du cabaret.
Il s'en va.
revenant
Savoyard
Ah ! Tenez, mam'selle, v'là me letttre que mon maître m'a chargé de vous remettre.
Suzette
Écoutez donc, faut-il zune réponse ?
Savoyard
Une réponse ?...
Gilles
Eh ! Jarniguoi ! Si t'attends la réponse, n'y aura pus de quoi boire, viens toujours.
Il s'en va avec Gilles.
Savoyard
Eh ben ! Je la prendrons en sortant du cabaret : vous n'avez qu'à la tenir prête.
Scène 6
Suzette, Madame Savon, Madame Laiguille, Monsieur la Plume, Monsieur Thériaque
Suzette
Ah ! Ciel ! Ma mère !...
Madame Savon
Que que t'as donc, mon enfant ? Te v'là toute comme une surprise !
Suzette
Ah ! L'indigne ! Est-il possible !
Madame Laiguille
De de quoi que c'est donc.
Madame Savon
Queu qu'ça dit donc, ce chiffon-là ? Voyons un peu, monsieur de Ls Plume, débrouillez-nous ça.
Monsieur la Plume
« Mademoiselle, je profite de l'occasion de la nouvelle année, pour vous la souhaiter bonne et heureuse ; mais je suis trop honnête-homme pour vous laisser ignorer ce qui se passe...»
Madame Savon
Eh ben ! Qui donc qui se passe ?
Monsieur la Plume
« Je vous avertis que j'ai une inclination ailleurs...»
Madame Savon
Ah ! Le scélérat ! Queu noirceur !
Monsieur la Plume
« Je vous ai promis mariage, je ne suis plus en pouvoir de vous tenir parole...»
Madame Laiguille
Tredame ! On peut ben l'y forcer.
Madame Savon
Ah ! Vantez-vous-en que le chien n'ei sera pas quitte pour se dédire... Allez, monsieur de La Plume, continuez.
Monsieur la Plume
« Pour vous dédommager de la perte de mon coeur, je vous prie d'accepter cette douzaine d'oranges que je vous envoie... »
Madame Savon
Ah ! Qu'elles t'étranglent, tes chiennes d'oranges, ailes mettraient la peste dans la maison. Lisez toujours, monsieur de La Plume.
Monsieur la Plume
« Au reste, quoique vous soyez ben aimable, vous n'étiez pas de compétence faite pour épouser le fils d'un chapelier. Votre serviteur, FOULONET. »
Suzette
Ah ! Ma mère !
Madame Laiguille
Ah ! Ciel ! Queu blasphème !
Madame Savon
Le fils d'un chapelier ! Tredame ! V'là-t-il pas zune famille ben relevée donc ! Parce que son père étale des chapeaux retournés sous le petit Châtelet.
Madame Laiguille
Eh pardine ! Si son père fait des chapeaux, ma nièce est coiffeuse, ça va de pair.
Monsieur Thériaque
Pour ça, oui. Madame valait ben monsieur.
Suzette
Ah ! Ma tante ! Me faire un affront comme ça ! À une fille d'honneur !
Madame Savon
Apparemment, c'est que t'en as trop pour lui. Jour de Dieu ! Qu'il ne se montre pas devant moi, car je l'étranglerais mort ou vif.
Madame Laiguille
Console-toi, va, ma nièce, si tu ne coiffes pas c'ti-là, t'en coifferas queuque autre.
Madame Savon
Pardine ! Oui, que jeté voie pleurer pour un gueux comme ça ! As-tu peur d'en manquer ?
Monsieur Thériaque
Mam'selle n'est pas faite pour ça.
Monsieur la Plume
Assurément, et si mam'selle voulait, y a ici des personnes qui aimeraient ben mieux payer les violons pour leur compte que de voir danser les autres.
Madame Savon
Tiens, v'là-t-il zune proposition qu'on e propose déjà ! Ah ! Va, va, pour un de perdu cent de retrouvés.
Scène 7
Monsieur Foulon, Madame Foulon, Madame Savon, Suzette
Il vient pour l'embrasser.
Monsieur Foulon
Eh ! Bonjour, madame Savon.
Madame Foulon
Bonjour, mon enfant.
Madame Savon
Eh ! Mon Dieu ! Ne vous blessez donc pas. Vous êtes ben complimenteux dans la famille !
Elle s'en va.
Suzette
Laissez-moi, Madame.
Scène 8
Madame Foulon, Madame Savon, Monsieur Foulon, Madame Laiguille, Monsieur Thériaque
Madame Foulon
Où va donc la petite ?
Madame Savon
Au fait ben. All' sent qu'ail' n'est pas faite pour le fils d'un chapelier.
Monsieur Foulon
Mais qu'avez-vous donc, madame Savon ?
Madame Laiguille
Faut être ben traître pour venir encore embrasser les gens.
Monsieur Thériaque
Fi! cela n'est guère honnête !
Madame Foulon
Comment ! Mais que voulez-vous donc dire ?
Madame Savon
Demandez-le à votre fils. En attendant, portez-l'i ses oranges, et recommandez-l'i ben de ne pas regarder ma porte en face, ou sinon je vous le repasserai, moi, votre fils de chapelier.
Scène 9
Un Garçon Rotisseur, Madame Savon, Monsieur Foulon, Madame Foulon, Monsieur Thériaque
Un Garçon Rotisseur
C'est-i pas ici cheux Mme Savon?
Madame Savon
Eh ben ! Quoi que c'est ?
Un Garçon Rotisseur
C'est le repas de noce. Tout est prêt.
Madame Savon
Tu te trompes, mon ami. Quiens porte-les cheux ce beau monsieur-là. Vois-tu sous le petit Châtelet, à gauche, à l'enseigne du Ben-Rotapé. C'est la noce de Monsieur son fils.
Monsieur Foulon
Mais, madame Savon, perdez-vous la tête ?
Madame Savon
Allez donc, monsieur, trop d'honneur ; vous avez oublié queuque chose chez vous. Vot' fils vous dira l'mot du guet.
Madame Foulon
Ah ! Mon ami, vous ne voyez pas qu'on nous insulte. Allons-nous-en ou je vas me trouver mal ici.
Madame Savon
Mais, vraiment, je ne vous y trouvons déjà pas ben. Allez, vous serez mieux dehors.
Un Garçon Rotisseur
Mais, Madame, où mettrai-je-t-i' ces plats ?
Elle le prend par un bras, le pousse et fait tomber un plat ; un gigot roule à terre.
Madame Savon
Eh ! va-t'en au diable avec tes plats, cuisinier de malheur.
Au garçon.
Monsieur Thériaque
Doucement, commère. Va-t'en , mon ami : tu vois bien qu'on n'en veut pas.
Un Garçon Rotisseur
Ma foi, le v'là toujours. Je m'en vais dire ça à Madame Rognon : vous vous arrangerez avec elle.
Les garçons s'en vont.
Madame Savon
Attends,attends-moi ; je te vas conduire.
Scène 10
Madame Savon, Monsieur Foulon
Madame Savon
Eh ben ! Vous autres, est-ce que vous plantez là l'piquet ? Allez, allez tourner vos vieux chapeaux.
Ils sortent.
Monsieur Foulon
Ah ! Madame Savon, voilà qui est trop ! Vous vous souviendrez de celle-là. Allons-nous-en, femme, allons-nous-en.
Madame Savon
Bon voyage. Écoutez donc, si vous rentrez les violons, faites-vous jouer la conduite de Grê***le, ça vous égayera sur le chemin.
Scène 10
Monsieur Thériaque, Madame Laiguille, Monsieur la Plume
Monsieur Thériaque
Ma foi, Madame Savon, c'est affaire à |****]. Vous leux avez ben donné la monnaie de leur pièce.
Madame Laiguille
La commère a raison : j'en aurais ben fait autant.
Monsieur la Plume
Oh ! Oui, ça valait ça.
Scène 12
Madame Rognon, Madame Savon, Monsieur Thériaque, Monsieur la Plume, Madame Laiguille
Madame Rognon
Parlez donc, m'ame Savon, c'est-i' du vrai qu'ous ne voulez pus du festin ?
Madame Savon
Dame ! Vantez-vous-en. Que c'ti-là qui se marie le mange.
Madame Rognon
Répétez-nous donc ça : je n'entendons pas de c't'oreille-là.
Madame Savon
C'est pourtant du clair : quand z'i gn'y a pas d' noce, i'gn'y a pas de festin, p't.-êt'.
Madame Rognon
Tout ça m'est égal, à moi. Mon festin zest commandé : qu'on le mange ou non, faut qu'on l'paye.
Madame Savon
Ah ! ça ne sera pas du vrai.
À son garçon.
Madame Rognon
Non-da. Écoute un peu François, je n'ons pas le temps de disputer : va-t'en me chercher un commissaire.
Monsieur Thériaque
Mais écoutez donc, madame Rognon faut être raisonnable, faut vivre avec les vivants. D'abord qu'on ne le mange pas, vous pourriez le reprendre, moyennant queuque bénéfice.
Elle ramassse le gigot qui est par terre.
Madame Rognon
Quiens ! Monsieur Jocrisse ! Eh ! Que bénéfice voulez-vous que j'y fasse ? Est-ce que ça aura de la vente ça ? Tenez v'ià-t-il pas un gigot qui a bonne mine!
Monsieur la Plume
Ah ! Si Mme Savon voulait, il y aura bien une manière d'arranger tout cela : il ne faudra renvoyer ni le repas ni les violons.
Madame Savon
Eh ben ! Mais, voyons ; queu qu'i' faudrait pour ça ?
Monsieur la Plume
Il ne faudrait dire qu'un mot.
Monsieur Thériaque
Qu'un mot ! Ça n'est pas la mer à boire.
Madame Laiguille
Expliquez-vous donc, monsieur La Plume.
Monsieur la Plume
Tenez, madame Savon, l'occasion, comme a dit, fait le larron : j'aime mam'selle votre fille depuis longtemps, et je pourrais faire un bon parti pour elle. Le contrat, la noce et les violons sont commandés : si vous voulez me la donner en mariage, il n'y a que faire ne rien renvoyer, je payerai tout.
Madame Rognon
Ah ! Dame, oui, v'là qu'est ben comode.
Madame Savon
Monsieur de La Plume, v'là qui demande réflexion.
Madame Rognon
Bon, réflexion ! Et le repas qui est tout chaud.
Madame Laiguille
Ma foi, commère, si j'étais que de vous, je ne barguignerais pas : je prendrais Monsieur de La Plume au mot ; ça vengerait vot' fille, et ce gueux de Toulonet en crèverait de dépit.
Madame Savon
Qu'en pensez-vous, monsieur Thériaque ?
Monsieur Thériaque
Moi, je suis assez de c't avis-là. En fait de mariage, il ne faut jamais faire venir l'eau à la cruche d'une fille pour rien.
Madame Savon
Eh bien ! monsieur de La Plume, v'là c'est conclu : je vous prends pour mon gendre. Vous, commère, allez un peu disposer Suzette à c'te petite vengeance-là.
Elle s'en va dans l'autre chambre.
Madame Laiguille
Oui, oui, laissez-moi faire : je vais sonder sur c't article-là.
Scène 13
Monsieur la Plume, Madame Rognon, Monsieur Thériaque
Monsieur la Plume
Ah ! Madame, que je suis heureux d'être au monde !... Combien vous faut-il pour le repas, madame Rognon ?
Madame Rognon
Tenez, à cause de l'occasion, je vous ferai bon marché.
Monsieur Thériaque
Dame ! Oui, c'est du hasard : il ne faut vendre ça comme neuf.
Madame Rognon
Écoutez, parce que c'est vous, donnez-moi dix écus, et j'allons vous repasser ce gigot-là dans la sauce.
Monsieur la Plume
Tenez, v'là toujours quinze francs à compte. Faites-nous tenir les plats bien chauds. Il n'y a qu'un pas d'ici chez nous : je m'en vas vous chercher votre reste.
Elle sort.
Madame Rognon
Je suis t'a vos ordres : vot' servante, messieurs et dames.
Scène 14
Monsieur la Plume, Madame Savon
Monsieur la Plume
Et moi, madame Savon, en chemin faisant, je m'en vais passer chez le notaire et lui dire d'apporter le contrat.
La Plume sort ; Madame Savon, et Thériaque entrent dans l'autre chambre.
Madame Savon
Allez, monsieur de La Plume, pendant c' temps-là j'allons couler ça à Suzette, et quand vous reviendrez, all' sera prête. Venez-vous-en, monsieur Thériaque.
Scène 15
Gilles
Gilles
Quoi que ça signifie donc tout ça ? J'avons vu les garçons remporter le festin. Ah ! Morgue ! Queu crève-coeur ! Je nous verrions passer devant le nez un gueuleton comme c'ti-là, et je n'en aurions que la fumée !... Non jarniguoi ! ça ne se passera pas comme ça... C'est c'te chienne de lettre, tenez. Au diable soit M. de La Plume avec son invention, qui fait jeûner les gens. Je l'i avons promis le secret ; mais, morgue ! Je n'en savions pas la conséquence. Encore s'il donnait pourboire, là, queuque dédommagement; mais il ne sonne mot et l'on remporte les plats... Ah ! Jarnonbille ! J'allons tout découvrir à Madame Savon.
Scène 16
Foulonet, Gilles
Foulonet
Ah ! Mon ami Gilles, que je te trouve à propos sous ma main. Dis-moi, queu qu' Mme Savon veut donc dire ? Elle a chanté pouille à mon père, elle a dit des sottises à ma mère, et elle veut m'étrangler. Moi.
Gilles
Je l'avions ben dit : c'est la lettre Monsieur de La Plume.
Foulonet
Réponds-moi, mon ami, et tire-moi de l'embarras, de l'inquiétude où le silence de ton obstination est capable de me plonger.
Gilles
Écoutez, i' ne tient qu'à moi de vous tirer tout ça zau clair.
Foulonet
Ah ! Mon cher Gilles, achève. Tiens, prends ma bourse, prends ma fortune ; prends, mon ami. V'là le profit de ma dernière semaine. Prends-les, et donne-moi queuque consolation dans la douleur de mon affliction.
Gilles
Ah ! Monsieur Foulonet, cet argent a les manières trop nobles : on n'y peut pas tenir, vous n'êtes pas fait pour être susplanté par un vilain chiffonneur de papier... Mais v'là mam'selle Suzette: je vais vous expliquer tout ça devant elle.
Scène 17
Suzette, Foulonet, Gilles
Suzette
Non, c'est énutile ; je veux pus entendre parler de mariage.
Foulonet
Ah ! Ma chère Suzette !
Suzette
Comment, monsieur, vous avez la hardiesse d'avoir l'impudence...
Gilles
Doucement, mem'selle doucement... Zun peu de sang-froid. Y a ici du quiproquo, et je venais pour vous débrouiller tout ça... Vous, monsieur, n'avez-vous pas t'écrit ce matin des lettres ?
Foulonet
Oui-da, Gilles ; mais comme il m'est survenu zun mal d'aventure au pouce, j'ai prié M. de La Plume de me les écrire.
Gilles
Eh ben ! Monsieur, il vous a joué un tour pour faire rompre votre mariage.
Foulonet
Oh ! Ciel ! Est-il possible que ça se puisse.
Suzette
Tenez, monsieur, la v'là vot' belle lettre. Lisez-la: vous y avez peut-être oublié queuque chose.
Foulonet
Ah ! Queue trahison ! Il a changé l'adresse. C'te lettre n'était pas pour vous : c'est z'un congé que je donnais tà une autre personne pour ne conserver tout entier tà ma chère Suzette.
Suzette
Zhélas ! Puis-je croire ce que vous me dites ?
Foulonet
Que la foudre !... Que les éclairs !... Qu'un tremblement !... Que cinq cent mille diables !...
Gilles
Eh ! Ne jurez pas, je réponds de tout... Ce La Plume m'est venu conter ça tout chaud... Mais, mais ! Queulle invention diabolique ! I' faut, morgue ! Qui ait l'esprit pus noir que sa bouteille à l'encre.
Il tire l'épée.
Foulonet
Quen scélérat ? Sa vie ne tient plus qi un fil !
Suzette
Arrêtez, cher zamant !... Ne vous emportez pas tà des violences qui ne serviraient zà rien. Venez-voùs-en plutôt faire entendre raison à ma ch' mère et toute ma famille qui est dans une colère de chien contre vous.
Foulonet
Vous avez raison, ma chère Suzette, j'aurai toujours le temps de lui couper le nez et les oreilles ; mais, comme dit le proverbe, charité bien ordonnée commence par soi-même.
Scène 18
Madame Savon, Foulonet, Monsieur Thériaque, Madame Laiguille, Suzette, Gilles, Gllles
Madame Savon
N'ai-je- pas entendu la voix de c't indigne renégat ?
Foulonet
Ah ! Madame, je viens taux pieds dé vot' compassion...
Madame Savon
Ôte-toi de devant mes yeux, affronteur, enragé, suborneur ! Retenez-moi, compère ; car, tenez, pour un rien, je déferais un scélérat comme ça.
Monsieur Thériaque
Allons, m'ame Savon, allons, remettez vous dans vot' tranquille.
Madame Laiguille
Fi ! C'est indigne. Vous devriez rougir.
Suzette
Ah ! Ma tante.
Foulonet
Ah ! Madame, écoutez-moi seulement une parole.
Madame Savon
Queu qu'tu diras, langue de serpent ? Qu'eu qu' tu diras ? N'en as-tu pas tassez t'écrit ?... Et, Suzette, faut que t'aies ben peu de coeur, après sa lettre.
Suzette
Ah ! Ma mère, c'est zune trahison.
Foulonet
Hélas ! Oui, madame : rien n'est pus faux. Pas vrai, Gilles, tu sais la vérité de ça.
Gilles
Eh ! Ventreguenne ! Oui, not' maîtressé, c'est zun startagème de Monsieur de La Plume, donc que vous avez donné dedans comme une bête.
Foulonet
Oui, madame : ce matin je l'ai prié d'écrire une lettre pour ma chère Suzette, et une: aut' pour une fille qui voulait m'épouser, mais que je ni tant seulement pas regardée depis que je connais ma chère Suzette. Je lui déclarais qu'elle ne devait pas songer zà moi, et ce coquin de La Plume a mis texprès, l'adresse de l'une sur l'aut', et voilà ce qui a fait vot'colère, mais dont je suis tinnocent, et dont je vous en demande mille pardons, à la tendresse de l'amour que j'ai pour vot' chère fille, pour vous, madame ; et pour toute vot' chère et aimable famille.
Suzette
Ah ! Ma mère, vous voyez, ça n'est pas sa faute.
Madame Laiguille
Allons, commère, faut l'i pardonner : pi, ça m'attendrit, que j'en avons la larme à l'oeil.
Monsieur Thériaque
Allons, commère, allons, laissez-vous ****.
Gilles
Eh ben ! Not' maîtresse, irons-je-ti chercher les violons ?
Madame Savon
Ah ! Queu scélérat que ce La Plume l' me le payera, ou je ne serons pas Mme Savon ; voyez-vous le serment que je fais... Monsieur, puisque vous aimez toujours ma fille, i' gn'y a rien de gâté. Gilles ! Va-t'en ben vite chercher Monsieur et Madame Foulon, ramène-les dans un fiacre, et dis-leux ben que c'est un malentendu ; mais que dans tout çà i' gn'y a pas de quoi fouetter zun chat.
Foulonet
Ah ! Madame, vous mettez le comble au bonheur de ma satisfaction.
qui était parti, revient
Gllles
Eh ! Voilà Monsieur de La Plume qui monte.
Foulonet
Ah ! L'indigne ! Je vas le mettre à feu et à sang.
Suzette
Ah ! Ciel, mon cher zamant, ne vous exposez pas à la trahison d'un traître.
Foulonet
Ne craignez rien, ma chère Suzette : je vous jure, par l'épée que je porte, que je vas l'y enfoncer la garde au travers du corps.
Madame Savon
Il a raison, ça ne mérite pas de vivre.
Monsieur Thériaque
Sans doute, mais il est plus prudent de prendre les voies de la prudence.
Madame Laiguille
C'est ben dit : écoulez, mon cher enfant, c'est un vilain ladre : il vaut mieux le prendre par son avarice, ça l'i sera plus sensuel. Cachez-vous j'allons l'i faire payer tous les frais de la noce, et quand si sera temps, vous vous montrerez.
Monsieur Thériaque
Oui, morbleu ! À bon chat bon rat ! Il a voulu vous attraper, il faut qu'il le soit lui-même.
Madame Savon
Oui, cachez-vous, mon gendre, et laissez-nous mener tout ça.
Il se cache.
Foulonet
Eh bien ! Mesdames, je remets entre vos mains mon amour et ma vengeance.
Scène 19
Monsieur la Plume, Madame Savon, Madame Laiguille, Monsieur Thériaque, Suzette, Un Notaire
Monsieur la Plume
Tout est arrangé, madame : j'ai payé le repas, et voilà le notaire et la musique que je vous amène.
Madame Savon
Peste ! C'est affaire à vous, monsieur de La Plume.
Madame Laiguille
Monsienr a l'air d'un vivant qui ne s'endort pas sur le rôti.
Monsieur Thériaque
Il a raison : faut battre le fer quand il est chaud.
Monsieur la Plume
Voilà, mam'selle Suzette, une tite paire de bracelets faits des propres cheveux de ma perruque, avec mon chiffre : c'est un petit présent de noce que je vous prie d'accepter.
Suzette
Monsieur...
Madame Savon
Prends, prends, ma fille... Monsieur est trop honnête, on ne peut rien l'i refuser.
Un Notaire
Madame, le contrat était tout fait dès tantôt, il n'y avait plus que les noms à remplir ; si vous voulez me les dicter...
Madame Savon
Avec plaisir : venez ici, monsieur... Ma commère, faites compagnie à Monsieur de La Plume en attendant.
Madame Laiguille
Oui, oui, commère, faites toujours... La vérité, Suzette, faut convenir que t'es née coiffée, zavoir trouvé comme ça zun épouseux à point nommé.
Monsieur la Plume
C'est moi, madame, qui suis trop heureux que l'occasion m'ait été si favorable : aussi je me suis empressé de la prendre au vol, comme l'on dit.
Monsieur Thériaque
Au vol ! Oui, ma foi, c'est bien trouvé ! Morbleu ! Monsieur de La Plume, vous en savez long !...
Madame Savon
Allons, mes enfants, voilà qui est fait : il n'y a plus qu'à signer. À vous, Monsieur de La Plume.
Monsieur la Plume
Ah ! Madame, y a ben longtemps que j'ai tenu la plume pour la première fois, mais je n'ai jamais rien écrit qui m'ait fait tant de plaisir !
Madame Laiguille
À merveille, monsieur de La Plume. V'là qu'est pis qu'un compliment... À toi, Suzette... Vous, compère, et pis moi.... Allons, morguenne ! Y a pus à s'en dédire. Êtes-vous payé, monsieur Bonnefoi ?
Un Notaire
Oui, madame.
Madame Laiguille
Eh ben ! Emportez tout ça.
Monsieur la Plume
Ah ! Madame, quel plaisir ! Quel bonheur !... Allons, violons, voilà de quoi boire. Jouez-nous toujours un menuet, nous allons danser en attendant le repas.
Madame Savon
C'est ben pensé : de la joie, mes amis. Allons, Suzette, faut commencer le bal avec mon gendre.
Les violons jouent ; La Plume prend Suzette pour danser, mais lorsqu'il fait la révérence, Foulonet entre, prend la main de Suzette et repousse La Plume.
Monsieur la Plume
De tout mon coeur ; mais je vous retiens pour mon second, m'ame Savon.
Scène 20
Foulonet, Monsieur la Plume, Gilles, Madame Savon, Madame Laiguille, Monsieur Thériaque
Foulonet
Zun instant, mon cher monsieur de La Plume. Chacun à son tour : vous avez fait le mariage pour moi et maintenant je vas danser pour vous.
Monsieur la Plume
Comment ? Que voulez-vous dire !
Gilles
Ah ! Monsieur de La Plume, vous arrivez trop tard : vous êtes le plus habile à mettre les adresses, mais pour les contrats, vous n'y entendez rien.
Monsieur la Plume
Qu'est-ce que cela signifie ?
Montrant Foulonet.
Madame Savon
Ça signifie que vous avez signé pour témoin, vous, mais qu'v'là l'épouseux.
Monsieur la Plume
Comment donc, Gilles !...
Gilles
Hélas ! Oui. J'ons découvert le pot au noir.
Monsieur la Plume
Ah ! Ventrebleu !
Il fait mine de tirer l'épée.
Foulonet
De la modération, monsieur de La Plume : avalez ça en douceur, ou sinon...
Madame Laiguille
Oui-da, vous v'là tout porté. Si vous voulez t'être de la noce, vous aurez toujours la jartière de la mariée, c'est toujours ça. Pas vrai donc, Monsieur Thériaque ?
Monsieur Thériaque
Sans doute. Et si c'te cérémonie-là vous fait mal au coeur, je vous donnerai encore une petite médecine par-dessus le manche. Dame ! Tout ça fait ben intérêt de vot' argent.
Haut.
Monsieur la Plume
Morbleu ! Je mérite ça. Grand merci, messieurs et dames, et vot' serviteur... C'est à toi que j'ai l'obligation de ça, mon ami Gilles !
Gilles
Eh ben ! Not' maître, payez-nous pendant que vous êtes en train.
Il s'en va.
Monsieur la Plume
Je n'ai pas d'argent sur moi, mais si jamais je te rencontre, maraud, je te promets vingt coups de bâton.
Gilles
Eh ! Je ne sommes pas intéressé. Prenez ne je vous ayons servi gratis.
Madame Savon
Allons, mes enfants, divertissons-nous, et que Monsieur de La Plume nous apprenne que la tricherie et revient toujours à son maître.