Proverbe · 1771

À bon chat bon rat

de Louis de Carmontelle

Représentation
≈ 33 min
Distribution
4 femmes, 7 hommes
Répliques
266
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Madame Savon F 61 ≈ 8 min 13
Monsieur la Plume H 48 ≈ 6 min 10
Gilles H 34 ≈ 6 min 10
Foulonet H 20 ≈ 3 min 4
Madame Laiguille F 26 ≈ 3 min 8
Monsieur Thériaque H 24 ≈ 2 min 10
Suzette F 23 ≈ 2 min 8
Madame Rognon F 10 ≈ 1 min 2
Un Garçon Rotisseur H 4 ≈ 1 min 1
Madame Foulon H 4 ≈ 1 min 3
Savoyard N 3 ≈ 1 min 1
Monsieur Foulon H 4 ≈ 1 min 4
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Madame Savon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur la Plume absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Gilles absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Foulonet absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame Laiguille absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Thériaque absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Suzette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame Rognon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Gilles

Gilles

Voyons t'un peu si je n'oublions rien : v'là ici la place le m'ame Savon, là au beau mitan, entre le marié et la nariée : ici, c'est Monsieur Thériaque, le compère, et pis en face, vis-à-vis de lui, la commère m'ame Laiguille ; à l'autre bout, le père et la mère du futur, et pis moi... Oh ! Moi, j'irons et je viendrons... Oui-da, v'là qu'est ben symétrique comme ça. I'ne manque que le fricot. Ah ! Gilles, mon ami, comme tu vas t'en donner ! Je crains tant seulement d'attraper zune indigestion : quand zon n'est pas stylé à manger tout son soûl, y a du risque. Ah ! Morguenne ! Aussi pourquoi qu'un jour de noce ne revient pas trois fois par semaine ?

Scène 2

Monsieur la Plume, Gilles

Monsieur la Plume

Bonjour, Gilles, te voilà bien occupé !

Gilles

Et vous, morgue ! Vous v'là ben arrivé ! Jarniguoi ! Qu'ous avez le nez fin !

Monsieur la Plume

Je viens souhaiter la bonne année à ma voisine et à mam'selle sa fille.

Gilles

Ah ! Sainte Opportune, queue défaite ! Et au festin de la noce, est-ce que vous ne l'i souhaiterez rien ?

Monsieur la Plume

C'est donc aujourd'hui le grand jour pour Suzette ?

Gilles

Ah ! Dame oui, i'n'y a pus à barguigner : c'est aujourd'hui qu'il faut en découdre.

Monsieur la Plume

Es-tu bien sûr de ça, Gilles, que ça soit aujourd'hui ?

Gilles

Plus sûr que de mon père, voyez-vous. Eh ! Jarni ! Regardez donc c'te table. Crayez-vous que m'ame Savon se mette en dépense pour rien ? I' gn'y a, morgue ! Pas de saint dans l'année qui la mette en ribote comme ça, n'était c'ti-là du mariage.

Monsieur la Plume

Ainsi donc, mon cher Gilles, tu es sûr que mam'selle Suzette se marie aujourd'hui ?

Gilles

Ah ! Jarniguoi ! Vous me feriez tourner la tête, avec vos croyances du oui ou du non : je vous disons encore un coup que mam'selle, pisque m'ainselle y a, sera madame ce soir, à moins que le diable ne s'en mêle.

Monsieur la Plume

Eh bien ! Il s'en mêlera ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

Gilles

Comment ! Y s'en mêlera !

Monsieur la Plume

Oui, mon ami, hi ! Hi ! Hi ! Hi !

Gilles

Ah ! çà, ne badinez pas, monsieur de La Plume ; est-ce que vous auriez queuque tripotage ensemble, queuque ?...

Monsieur la Plume

Ah ! Ah ! Ah ! Ah !

Gilles

Ah ! Me v'là ben savant avec vos risées !

Monsieur la Plume

Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Rira bien qui rira le dernier.

Gilles

Eh ! Morgue ! Contez-moi donc ça : j'aimerions autant qu'on ne nous disît rien que de nous rien apprendre.

Monsieur la Plume

Écoute-moi, Gilles, et promets-moi le secret : je te dirai tout ; aussi bien j'aurais besoin de toi pour glisser queuque mot à mam'selle Suzette.

Gilles

Dites toujours : je vous promets de garder le silence à bouche que veux-tu.

Monsieur la Plume

Je t'ai déjà fait confidence que j'aimais m'amselle Suzette, mais tu m'as dit qu'elle était promise à Foulonet, et ce mariage a été si précipité que je n'ai pas eu le temps de trouver les moyens de l'empêcher...

Gilles

Eh ben ! I' se fera donc, comme ça ?

Monsieur la Plume

Écoute-moi, tu vas voir.

Gilles

Ah ! Voyons, voyons.

Monsieur la Plume

Foulonet avait promis mariage à une autre fille avant Suzette, qui s'appelle tout comme elle, et ce matin il leur a écrit à toutes les deux, pour leur envoyer des étrennes. Il m'est venu trouver à mon bureau pour ça. Ne t'inquiète pas, Gilles, quand la lettre de Suzette va venir, tu verras de la besogne bien faite, va.

Gilles

Ah ! Ventregué ! Queue manigance ! Contez-moi donc ça de fil en aiguille.

Monsieur la Plume

Tais-toi, voilà Madame Savon avec sa fille, je te conterai tout ça une autre fois : je vas leux faire non compliment.

Scène 3

Madame Savon, Monsieur la Plume, Suzette, Gilles

Madame Savon

Allons donc, Suzette, tiens-toi donc : t'as un air gauche. Est-ce qu'on se laisse aller somme ça un jour de noce, donc ? T'as l'air d'un lendenain.

Monsieur la Plume

Madame Savon, je vous présente bien mes petits respects. En qualité de voisin je viens vous la souhaiter bonne et heureuse, ainsi qu'à m'amselle Suzette, accompagnée de plusieurs autres, et de la santé par-dessus tout.

Madame Savon

Ben obligée, monsieur. Dame ! Suzette, v'là qu'est tourné : on voit ben que monsieur za la plume en main.

Suzette

Vraiment, ma mère, c'est que monsieur est versé dans l'écriture.

Monsieur la Plume

Ah ! Mademoiselle, quand on voit des personnes comme vous et Madame votre mère, il est ben facile d'être versé dans la politesse.

Madame Savon

Tredame, ma fille, v'là qui nous surpasse.

Gilles

Pardine ! Oui, c'est le proverbe : dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu fréquentes.

Monsieur la Plume

Madame Savon veut-elle bien recevoir ces deux fines oranges et permettre qu'on l'embrasse ?

Madame Savon

Ah ! Monsieur, de tout mon coeur... Gilles, portez ces oranges-là dans l'aute chambre : vous les mettrez dessus la cheminée.

Il l'embrasse.

Monsieur la Plume

En voici deux autres pour m'amselle Suzette : veut-elle bien permettre aussi...

Elle lui donne les oranges.

Suzette

Comment donc, monsieur de La Plume, vous vous êtes mis en dépense ! Tiens, Gilles.

Gilles

Fouillez-vous donc, Monsieur de La Plume : est-ce qu'il n'y en a pas pour moi aussi ?

Madame Savon

Monsieur de La Plume, je ne savons comment vous remercier de vot' politesse ; mais t'nez, c'est aujourd'hui le mariage de Suzette : j'allons faire la noce ici, faites-nous l'amiquié d'y rester. Vous êtes entendu, vous serez le garçon d'honneur ; pas vrai, Suzette ?

Monsieur la Plume

Madame, c'est bien de l'honneur pour moi.

Suzette

Oh ! Monsieur, l'honneur sera pour nous.

Gilles

Eh ! Morgue ! Y aura pus d'honneur dans tout ça que de profit.

Scène 4

Madame Laiguille, Madame Savon, Suzette, Monsieur Thériaque, Gilles, Monsieur la Plume

Madame Laiguille

Eh ! Bonjour donc, ma commère ; bonjour, mon enfant.

Madame Savon

Ah ! V'là la commère, et Monsieur Thériaque, l'apothicaire de feu mon homme.

Suzette

Bonjour, ma tante ; bonjour, monsieur.

Monsieur Thériaque

C'est pour vous la souhaiter bonne et heureuse, commère, et vous, ma belle enfant.

Madame Laiguille

Tenez, commère, v'là des dragées que je vous apporte.

Madame Savon

Vous êtes ben bonne, commère... Prends tout ça, Gilles : ça servira pour le repas.

Monsieur Thériaque

Tenez, commère, voilà des marrons de Lyon, de la bonne faiseuse : je les ai commandés exprès pour vous.

Madame Savon

Comme il est agréable, le compère ! Il a toujours le mot pour rire.

Madame Laiguille

Ah ! Mon Dieu ! Mon pauvre Gilles, cours donc bien vite...

Gilles

Eh ! Jarniguoi ! Quoi que vous avez donc ?

Suzette

Queu qu'c'est donc, ma tante ?

Madame Laiguille

Eh ! Mon enfant, nous causons là, et le fiacre qui est zà la porte !

Gilles sort.

Monsieur Thériaque

Ah ! Morbleu, je n'y pensais pus ! Tiens, Gilles, porte-lui ces vingt-quatre-sous-là.

Madame Savon

Vous êtes donc venus ten carrosse?

Madame Laiguille

Hélas ! Oui, commère. Y a si loin de c'te porte Saint-Antoine ! I'semble qu'all'recule tous les jours.

Monsieur Thériaque

Et puis on danse aujourd'hui, il faut ben faire la fine jambe et le fin bas blanc.

Madame Savon

Vantez-vous-en : j'espère ben que je danserons ensemble, compère.

Monsieur Thériaque

Mais ça se doit : j'ouvrirons le bal.

Madame Laiguille

À propos de ça, tiens, Suzette, v'là zun petit présent de noce que je t'apporte.

Elle défait le papier.

Suzette

Ben obligée, ma tante... Ah ! Ma mère, c'est des rubans à l'anglaise.

Madame Savon

Avec des devises, da ! C'est du galant ! Feu mon homme m'en donnait comme ça de couleur de rose, avec les fontanges pareilles : ça m'allait, dame ! Fallait voir ! Aussi le garçon d'honneur quand il prit la jarretière de la mariée... À propos, je t'avertis de ça, Suzette : faut te laisser faire.

Monsieur Thériaque

Ah ! Dame ! Oui ! Mam'selle. Ne vous inquiétez pas, je me charge de l'opération.

Madame Savon

Eh ben ! Mais monsieur de La Plume, vous ne dites rien : vous êtes là comme une silence !

Monsieur la Plume

J'écoute, madame, j'écoute.

Madame Laiguille

Je crois me remettre d'avoir vu monsieur queuque part.

Monsieur la Plume

Madame, c'est bien de l'honneur pour moi.

Madame Savon

Pardine ! C'est Monsieur de La Plume, qui a son bureau sous les Charniers, à trois pas de la boutique où c'qu'est ma fille.

Monsieur Thériaque

Ah ! Monsieur est un homme de lettres !

Monsieur la Plume

À votre service, Monsieur.

Suzette

Ah ! Dame ! Oui, monsieur est un savant.

Madame Savon

Eh ben ! Dites donc un peu, monsieur de La Plume, queu qu' ça veut dire c'te devise-là ?

Madame Laiguille

Pardi ! C'est un coeur qui s'envole, et un chien qui court après.

Madame Savon

Je le voyons ben ; mais l'énigme de ça ?

Monsieur la Plume

Madame, on appelle ça un anglème : ça signifie la fidélité et la persévérance.

Monsieur Thériaque

Oui, ma foi, c'est bien trouvé.

Madame Savon

Ah ! Dame, oui, v'là ce que c'est que l'esprit : c'est zune sentence.

Scène 5

Gilles, Madame Savon, Un Savoyard, Savoyard, Suzette

Gilles

De la part de Monsieur Foulonet, madame.

Madame Savon

Ah ! C'est le valet de mon gendre. Entrez, mon ami.

Un Savoyard

Madame, je viens de la part de mon naître, qui dit comme ça qu'il vous souhaite une bonne année, ainsi qu'à mam'selle, et comme par lequel il vous envoie ces oranges-là pour vos étrennes, en attendant qu'il vienne lui-même vous apporter le présent de noce.

Madame Savon

C'est fort ben, mon enfant ; dites à vot' maître que je l'attendons tretous avec impatience... Gilles, emmène-le avec toi au cabaret du coin, où ce qu'on fait le repas, et fais-l'i boire un coup à not' santé.

Un Savoyard

Grand merci, madame ; pour qu'ail'soit meilleure, j'en boirons ben deux.

Madame Savon

Gilles, ne t'éloigne pas, j'allons tavoir besoin de loi.

Gilles

Eh ! Morgue ! Je n'ons garde : je ne sortirons pas du cabaret.

Il s'en va.

revenant

Savoyard

Ah ! Tenez, mam'selle, v'là me letttre que mon maître m'a chargé de vous remettre.

Suzette

Écoutez donc, faut-il zune réponse ?

Savoyard

Une réponse ?...

Gilles

Eh ! Jarniguoi ! Si t'attends la réponse, n'y aura pus de quoi boire, viens toujours.

Il s'en va avec Gilles.

Savoyard

Eh ben ! Je la prendrons en sortant du cabaret : vous n'avez qu'à la tenir prête.

Scène 6

Suzette, Madame Savon, Madame Laiguille, Monsieur la Plume, Monsieur Thériaque

Suzette

Ah ! Ciel ! Ma mère !...

Madame Savon

Que que t'as donc, mon enfant ? Te v'là toute comme une surprise !

Suzette

Ah ! L'indigne ! Est-il possible !

Madame Laiguille

De de quoi que c'est donc.

Madame Savon

Queu qu'ça dit donc, ce chiffon-là ? Voyons un peu, monsieur de Ls Plume, débrouillez-nous ça.

Monsieur la Plume

« Mademoiselle, je profite de l'occasion de la nouvelle année, pour vous la souhaiter bonne et heureuse ; mais je suis trop honnête-homme pour vous laisser ignorer ce qui se passe...»

Madame Savon

Eh ben ! Qui donc qui se passe ?

Monsieur la Plume

« Je vous avertis que j'ai une inclination ailleurs...»

Madame Savon

Ah ! Le scélérat ! Queu noirceur !

Monsieur la Plume

« Je vous ai promis mariage, je ne suis plus en pouvoir de vous tenir parole...»

Madame Laiguille

Tredame ! On peut ben l'y forcer.

Madame Savon

Ah ! Vantez-vous-en que le chien n'ei sera pas quitte pour se dédire... Allez, monsieur de La Plume, continuez.

Monsieur la Plume

« Pour vous dédommager de la perte de mon coeur, je vous prie d'accepter cette douzaine d'oranges que je vous envoie... »

Madame Savon

Ah ! Qu'elles t'étranglent, tes chiennes d'oranges, ailes mettraient la peste dans la maison. Lisez toujours, monsieur de La Plume.

Monsieur la Plume

« Au reste, quoique vous soyez ben aimable, vous n'étiez pas de compétence faite pour épouser le fils d'un chapelier. Votre serviteur, FOULONET. »

Suzette

Ah ! Ma mère !

Madame Laiguille

Ah ! Ciel ! Queu blasphème !

Madame Savon

Le fils d'un chapelier ! Tredame ! V'là-t-il pas zune famille ben relevée donc ! Parce que son père étale des chapeaux retournés sous le petit Châtelet.

Madame Laiguille

Eh pardine ! Si son père fait des chapeaux, ma nièce est coiffeuse, ça va de pair.

Monsieur Thériaque

Pour ça, oui. Madame valait ben monsieur.

Suzette

Ah ! Ma tante ! Me faire un affront comme ça ! À une fille d'honneur !

Madame Savon

Apparemment, c'est que t'en as trop pour lui. Jour de Dieu ! Qu'il ne se montre pas devant moi, car je l'étranglerais mort ou vif.

Madame Laiguille

Console-toi, va, ma nièce, si tu ne coiffes pas c'ti-là, t'en coifferas queuque autre.

Madame Savon

Pardine ! Oui, que jeté voie pleurer pour un gueux comme ça ! As-tu peur d'en manquer ?

Monsieur Thériaque

Mam'selle n'est pas faite pour ça.

Monsieur la Plume

Assurément, et si mam'selle voulait, y a ici des personnes qui aimeraient ben mieux payer les violons pour leur compte que de voir danser les autres.

Madame Savon

Tiens, v'là-t-il zune proposition qu'on e propose déjà ! Ah ! Va, va, pour un de perdu cent de retrouvés.

Scène 7

Monsieur Foulon, Madame Foulon, Madame Savon, Suzette

Il vient pour l'embrasser.

Monsieur Foulon

Eh ! Bonjour, madame Savon.

Madame Foulon

Bonjour, mon enfant.

Madame Savon

Eh ! Mon Dieu ! Ne vous blessez donc pas. Vous êtes ben complimenteux dans la famille !

Elle s'en va.

Suzette

Laissez-moi, Madame.

Scène 8

Madame Foulon, Madame Savon, Monsieur Foulon, Madame Laiguille, Monsieur Thériaque

Madame Foulon

Où va donc la petite ?

Madame Savon

Au fait ben. All' sent qu'ail' n'est pas faite pour le fils d'un chapelier.

Monsieur Foulon

Mais qu'avez-vous donc, madame Savon ?

Madame Laiguille

Faut être ben traître pour venir encore embrasser les gens.

Monsieur Thériaque

Fi! cela n'est guère honnête !

Madame Foulon

Comment ! Mais que voulez-vous donc dire ?

Madame Savon

Demandez-le à votre fils. En attendant, portez-l'i ses oranges, et recommandez-l'i ben de ne pas regarder ma porte en face, ou sinon je vous le repasserai, moi, votre fils de chapelier.

Scène 9

Un Garçon Rotisseur, Madame Savon, Monsieur Foulon, Madame Foulon, Monsieur Thériaque

Un Garçon Rotisseur

C'est-i pas ici cheux Mme Savon?

Madame Savon

Eh ben ! Quoi que c'est ?

Un Garçon Rotisseur

C'est le repas de noce. Tout est prêt.

Madame Savon

Tu te trompes, mon ami. Quiens porte-les cheux ce beau monsieur-là. Vois-tu sous le petit Châtelet, à gauche, à l'enseigne du Ben-Rotapé. C'est la noce de Monsieur son fils.

Monsieur Foulon

Mais, madame Savon, perdez-vous la tête ?

Madame Savon

Allez donc, monsieur, trop d'honneur ; vous avez oublié queuque chose chez vous. Vot' fils vous dira l'mot du guet.

Madame Foulon

Ah ! Mon ami, vous ne voyez pas qu'on nous insulte. Allons-nous-en ou je vas me trouver mal ici.

Madame Savon

Mais, vraiment, je ne vous y trouvons déjà pas ben. Allez, vous serez mieux dehors.

Un Garçon Rotisseur

Mais, Madame, où mettrai-je-t-i' ces plats ?

Elle le prend par un bras, le pousse et fait tomber un plat ; un gigot roule à terre.

Madame Savon

Eh ! va-t'en au diable avec tes plats, cuisinier de malheur.

Au garçon.

Monsieur Thériaque

Doucement, commère. Va-t'en , mon ami : tu vois bien qu'on n'en veut pas.

Un Garçon Rotisseur

Ma foi, le v'là toujours. Je m'en vais dire ça à Madame Rognon : vous vous arrangerez avec elle.

Les garçons s'en vont.

Madame Savon

Attends,attends-moi ; je te vas conduire.

Scène 10

Madame Savon, Monsieur Foulon

Madame Savon

Eh ben ! Vous autres, est-ce que vous plantez là l'piquet ? Allez, allez tourner vos vieux chapeaux.

Ils sortent.

Monsieur Foulon

Ah ! Madame Savon, voilà qui est trop ! Vous vous souviendrez de celle-là. Allons-nous-en, femme, allons-nous-en.

Madame Savon

Bon voyage. Écoutez donc, si vous rentrez les violons, faites-vous jouer la conduite de Grê***le, ça vous égayera sur le chemin.

Scène 10

Monsieur Thériaque, Madame Laiguille, Monsieur la Plume

Monsieur Thériaque

Ma foi, Madame Savon, c'est affaire à |****]. Vous leux avez ben donné la monnaie de leur pièce.

Madame Laiguille

La commère a raison : j'en aurais ben fait autant.

Monsieur la Plume

Oh ! Oui, ça valait ça.

Scène 12

Madame Rognon, Madame Savon, Monsieur Thériaque, Monsieur la Plume, Madame Laiguille

Madame Rognon

Parlez donc, m'ame Savon, c'est-i' du vrai qu'ous ne voulez pus du festin ?

Madame Savon

Dame ! Vantez-vous-en. Que c'ti-là qui se marie le mange.

Madame Rognon

Répétez-nous donc ça : je n'entendons pas de c't'oreille-là.

Madame Savon

C'est pourtant du clair : quand z'i gn'y a pas d' noce, i'gn'y a pas de festin, p't.-êt'.

Madame Rognon

Tout ça m'est égal, à moi. Mon festin zest commandé : qu'on le mange ou non, faut qu'on l'paye.

Madame Savon

Ah ! ça ne sera pas du vrai.

À son garçon.

Madame Rognon

Non-da. Écoute un peu François, je n'ons pas le temps de disputer : va-t'en me chercher un commissaire.

Monsieur Thériaque

Mais écoutez donc, madame Rognon faut être raisonnable, faut vivre avec les vivants. D'abord qu'on ne le mange pas, vous pourriez le reprendre, moyennant queuque bénéfice.

Elle ramassse le gigot qui est par terre.

Madame Rognon

Quiens ! Monsieur Jocrisse ! Eh ! Que bénéfice voulez-vous que j'y fasse ? Est-ce que ça aura de la vente ça ? Tenez v'ià-t-il pas un gigot qui a bonne mine!

Monsieur la Plume

Ah ! Si Mme Savon voulait, il y aura bien une manière d'arranger tout cela : il ne faudra renvoyer ni le repas ni les violons.

Madame Savon

Eh ben ! Mais, voyons ; queu qu'i' faudrait pour ça ?

Monsieur la Plume

Il ne faudrait dire qu'un mot.

Monsieur Thériaque

Qu'un mot ! Ça n'est pas la mer à boire.

Madame Laiguille

Expliquez-vous donc, monsieur La Plume.

Monsieur la Plume

Tenez, madame Savon, l'occasion, comme a dit, fait le larron : j'aime mam'selle votre fille depuis longtemps, et je pourrais faire un bon parti pour elle. Le contrat, la noce et les violons sont commandés : si vous voulez me la donner en mariage, il n'y a que faire ne rien renvoyer, je payerai tout.

Madame Rognon

Ah ! Dame, oui, v'là qu'est ben comode.

Madame Savon

Monsieur de La Plume, v'là qui demande réflexion.

Madame Rognon

Bon, réflexion ! Et le repas qui est tout chaud.

Madame Laiguille

Ma foi, commère, si j'étais que de vous, je ne barguignerais pas : je prendrais Monsieur de La Plume au mot ; ça vengerait vot' fille, et ce gueux de Toulonet en crèverait de dépit.

Madame Savon

Qu'en pensez-vous, monsieur Thériaque ?

Monsieur Thériaque

Moi, je suis assez de c't avis-là. En fait de mariage, il ne faut jamais faire venir l'eau à la cruche d'une fille pour rien.

Madame Savon

Eh bien ! monsieur de La Plume, v'là c'est conclu : je vous prends pour mon gendre. Vous, commère, allez un peu disposer Suzette à c'te petite vengeance-là.

Elle s'en va dans l'autre chambre.

Madame Laiguille

Oui, oui, laissez-moi faire : je vais sonder sur c't article-là.

Scène 13

Monsieur la Plume, Madame Rognon, Monsieur Thériaque

Monsieur la Plume

Ah ! Madame, que je suis heureux d'être au monde !... Combien vous faut-il pour le repas, madame Rognon ?

Madame Rognon

Tenez, à cause de l'occasion, je vous ferai bon marché.

Monsieur Thériaque

Dame ! Oui, c'est du hasard : il ne faut vendre ça comme neuf.

Madame Rognon

Écoutez, parce que c'est vous, donnez-moi dix écus, et j'allons vous repasser ce gigot-là dans la sauce.

Monsieur la Plume

Tenez, v'là toujours quinze francs à compte. Faites-nous tenir les plats bien chauds. Il n'y a qu'un pas d'ici chez nous : je m'en vas vous chercher votre reste.

Elle sort.

Madame Rognon

Je suis t'a vos ordres : vot' servante, messieurs et dames.

Scène 14

Monsieur la Plume, Madame Savon

Monsieur la Plume

Et moi, madame Savon, en chemin faisant, je m'en vais passer chez le notaire et lui dire d'apporter le contrat.

La Plume sort ; Madame Savon, et Thériaque entrent dans l'autre chambre.

Madame Savon

Allez, monsieur de La Plume, pendant c' temps-là j'allons couler ça à Suzette, et quand vous reviendrez, all' sera prête. Venez-vous-en, monsieur Thériaque.

Scène 15

Gilles

Gilles

Quoi que ça signifie donc tout ça ? J'avons vu les garçons remporter le festin. Ah ! Morgue ! Queu crève-coeur ! Je nous verrions passer devant le nez un gueuleton comme c'ti-là, et je n'en aurions que la fumée !... Non jarniguoi ! ça ne se passera pas comme ça... C'est c'te chienne de lettre, tenez. Au diable soit M. de La Plume avec son invention, qui fait jeûner les gens. Je l'i avons promis le secret ; mais, morgue ! Je n'en savions pas la conséquence. Encore s'il donnait pourboire, là, queuque dédommagement; mais il ne sonne mot et l'on remporte les plats... Ah ! Jarnonbille ! J'allons tout découvrir à Madame Savon.

Scène 16

Foulonet, Gilles

Foulonet

Ah ! Mon ami Gilles, que je te trouve à propos sous ma main. Dis-moi, queu qu' Mme Savon veut donc dire ? Elle a chanté pouille à mon père, elle a dit des sottises à ma mère, et elle veut m'étrangler. Moi.

Gilles

Je l'avions ben dit : c'est la lettre Monsieur de La Plume.

Foulonet

Réponds-moi, mon ami, et tire-moi de l'embarras, de l'inquiétude où le silence de ton obstination est capable de me plonger.

Gilles

Écoutez, i' ne tient qu'à moi de vous tirer tout ça zau clair.

Foulonet

Ah ! Mon cher Gilles, achève. Tiens, prends ma bourse, prends ma fortune ; prends, mon ami. V'là le profit de ma dernière semaine. Prends-les, et donne-moi queuque consolation dans la douleur de mon affliction.

Gilles

Ah ! Monsieur Foulonet, cet argent a les manières trop nobles : on n'y peut pas tenir, vous n'êtes pas fait pour être susplanté par un vilain chiffonneur de papier... Mais v'là mam'selle Suzette: je vais vous expliquer tout ça devant elle.

Scène 17

Suzette, Foulonet, Gilles

Suzette

Non, c'est énutile ; je veux pus entendre parler de mariage.

Foulonet

Ah ! Ma chère Suzette !

Suzette

Comment, monsieur, vous avez la hardiesse d'avoir l'impudence...

Gilles

Doucement, mem'selle doucement... Zun peu de sang-froid. Y a ici du quiproquo, et je venais pour vous débrouiller tout ça... Vous, monsieur, n'avez-vous pas t'écrit ce matin des lettres ?

Foulonet

Oui-da, Gilles ; mais comme il m'est survenu zun mal d'aventure au pouce, j'ai prié M. de La Plume de me les écrire.

Gilles

Eh ben ! Monsieur, il vous a joué un tour pour faire rompre votre mariage.

Foulonet

Oh ! Ciel ! Est-il possible que ça se puisse.

Suzette

Tenez, monsieur, la v'là vot' belle lettre. Lisez-la: vous y avez peut-être oublié queuque chose.

Foulonet

Ah ! Queue trahison ! Il a changé l'adresse. C'te lettre n'était pas pour vous : c'est z'un congé que je donnais tà une autre personne pour ne conserver tout entier tà ma chère Suzette.

Suzette

Zhélas ! Puis-je croire ce que vous me dites ?

Foulonet

Que la foudre !... Que les éclairs !... Qu'un tremblement !... Que cinq cent mille diables !...

Gilles

Eh ! Ne jurez pas, je réponds de tout... Ce La Plume m'est venu conter ça tout chaud... Mais, mais ! Queulle invention diabolique ! I' faut, morgue ! Qui ait l'esprit pus noir que sa bouteille à l'encre.

Il tire l'épée.

Foulonet

Quen scélérat ? Sa vie ne tient plus qi un fil !

Suzette

Arrêtez, cher zamant !... Ne vous emportez pas tà des violences qui ne serviraient zà rien. Venez-voùs-en plutôt faire entendre raison à ma ch' mère et toute ma famille qui est dans une colère de chien contre vous.

Foulonet

Vous avez raison, ma chère Suzette, j'aurai toujours le temps de lui couper le nez et les oreilles ; mais, comme dit le proverbe, charité bien ordonnée commence par soi-même.

Scène 18

Madame Savon, Foulonet, Monsieur Thériaque, Madame Laiguille, Suzette, Gilles, Gllles

Madame Savon

N'ai-je- pas entendu la voix de c't indigne renégat ?

Foulonet

Ah ! Madame, je viens taux pieds dé vot' compassion...

Madame Savon

Ôte-toi de devant mes yeux, affronteur, enragé, suborneur ! Retenez-moi, compère ; car, tenez, pour un rien, je déferais un scélérat comme ça.

Monsieur Thériaque

Allons, m'ame Savon, allons, remettez vous dans vot' tranquille.

Madame Laiguille

Fi ! C'est indigne. Vous devriez rougir.

Suzette

Ah ! Ma tante.

Foulonet

Ah ! Madame, écoutez-moi seulement une parole.

Madame Savon

Queu qu'tu diras, langue de serpent ? Qu'eu qu' tu diras ? N'en as-tu pas tassez t'écrit ?... Et, Suzette, faut que t'aies ben peu de coeur, après sa lettre.

Suzette

Ah ! Ma mère, c'est zune trahison.

Foulonet

Hélas ! Oui, madame : rien n'est pus faux. Pas vrai, Gilles, tu sais la vérité de ça.

Gilles

Eh ! Ventreguenne ! Oui, not' maîtressé, c'est zun startagème de Monsieur de La Plume, donc que vous avez donné dedans comme une bête.

Foulonet

Oui, madame : ce matin je l'ai prié d'écrire une lettre pour ma chère Suzette, et une: aut' pour une fille qui voulait m'épouser, mais que je ni tant seulement pas regardée depis que je connais ma chère Suzette. Je lui déclarais qu'elle ne devait pas songer zà moi, et ce coquin de La Plume a mis texprès, l'adresse de l'une sur l'aut', et voilà ce qui a fait vot'colère, mais dont je suis tinnocent, et dont je vous en demande mille pardons, à la tendresse de l'amour que j'ai pour vot' chère fille, pour vous, madame ; et pour toute vot' chère et aimable famille.

Suzette

Ah ! Ma mère, vous voyez, ça n'est pas sa faute.

Madame Laiguille

Allons, commère, faut l'i pardonner : pi, ça m'attendrit, que j'en avons la larme à l'oeil.

Monsieur Thériaque

Allons, commère, allons, laissez-vous ****.

Gilles

Eh ben ! Not' maîtresse, irons-je-ti chercher les violons ?

Madame Savon

Ah ! Queu scélérat que ce La Plume l' me le payera, ou je ne serons pas Mme Savon ; voyez-vous le serment que je fais... Monsieur, puisque vous aimez toujours ma fille, i' gn'y a rien de gâté. Gilles ! Va-t'en ben vite chercher Monsieur et Madame Foulon, ramène-les dans un fiacre, et dis-leux ben que c'est un malentendu ; mais que dans tout çà i' gn'y a pas de quoi fouetter zun chat.

Foulonet

Ah ! Madame, vous mettez le comble au bonheur de ma satisfaction.

qui était parti, revient

Gllles

Eh ! Voilà Monsieur de La Plume qui monte.

Foulonet

Ah ! L'indigne ! Je vas le mettre à feu et à sang.

Suzette

Ah ! Ciel, mon cher zamant, ne vous exposez pas à la trahison d'un traître.

Foulonet

Ne craignez rien, ma chère Suzette : je vous jure, par l'épée que je porte, que je vas l'y enfoncer la garde au travers du corps.

Madame Savon

Il a raison, ça ne mérite pas de vivre.

Monsieur Thériaque

Sans doute, mais il est plus prudent de prendre les voies de la prudence.

Madame Laiguille

C'est ben dit : écoulez, mon cher enfant, c'est un vilain ladre : il vaut mieux le prendre par son avarice, ça l'i sera plus sensuel. Cachez-vous j'allons l'i faire payer tous les frais de la noce, et quand si sera temps, vous vous montrerez.

Monsieur Thériaque

Oui, morbleu ! À bon chat bon rat ! Il a voulu vous attraper, il faut qu'il le soit lui-même.

Madame Savon

Oui, cachez-vous, mon gendre, et laissez-nous mener tout ça.

Il se cache.

Foulonet

Eh bien ! Mesdames, je remets entre vos mains mon amour et ma vengeance.

Scène 19

Monsieur la Plume, Madame Savon, Madame Laiguille, Monsieur Thériaque, Suzette, Un Notaire

Monsieur la Plume

Tout est arrangé, madame : j'ai payé le repas, et voilà le notaire et la musique que je vous amène.

Madame Savon

Peste ! C'est affaire à vous, monsieur de La Plume.

Madame Laiguille

Monsienr a l'air d'un vivant qui ne s'endort pas sur le rôti.

Monsieur Thériaque

Il a raison : faut battre le fer quand il est chaud.

Monsieur la Plume

Voilà, mam'selle Suzette, une tite paire de bracelets faits des propres cheveux de ma perruque, avec mon chiffre : c'est un petit présent de noce que je vous prie d'accepter.

Suzette

Monsieur...

Madame Savon

Prends, prends, ma fille... Monsieur est trop honnête, on ne peut rien l'i refuser.

Un Notaire

Madame, le contrat était tout fait dès tantôt, il n'y avait plus que les noms à remplir ; si vous voulez me les dicter...

Madame Savon

Avec plaisir : venez ici, monsieur... Ma commère, faites compagnie à Monsieur de La Plume en attendant.

Madame Laiguille

Oui, oui, commère, faites toujours... La vérité, Suzette, faut convenir que t'es née coiffée, zavoir trouvé comme ça zun épouseux à point nommé.

Monsieur la Plume

C'est moi, madame, qui suis trop heureux que l'occasion m'ait été si favorable : aussi je me suis empressé de la prendre au vol, comme l'on dit.

Monsieur Thériaque

Au vol ! Oui, ma foi, c'est bien trouvé ! Morbleu ! Monsieur de La Plume, vous en savez long !...

Madame Savon

Allons, mes enfants, voilà qui est fait : il n'y a plus qu'à signer. À vous, Monsieur de La Plume.

Monsieur la Plume

Ah ! Madame, y a ben longtemps que j'ai tenu la plume pour la première fois, mais je n'ai jamais rien écrit qui m'ait fait tant de plaisir !

Madame Laiguille

À merveille, monsieur de La Plume. V'là qu'est pis qu'un compliment... À toi, Suzette... Vous, compère, et pis moi.... Allons, morguenne ! Y a pus à s'en dédire. Êtes-vous payé, monsieur Bonnefoi ?

Un Notaire

Oui, madame.

Madame Laiguille

Eh ben ! Emportez tout ça.

Monsieur la Plume

Ah ! Madame, quel plaisir ! Quel bonheur !... Allons, violons, voilà de quoi boire. Jouez-nous toujours un menuet, nous allons danser en attendant le repas.

Madame Savon

C'est ben pensé : de la joie, mes amis. Allons, Suzette, faut commencer le bal avec mon gendre.

Les violons jouent ; La Plume prend Suzette pour danser, mais lorsqu'il fait la révérence, Foulonet entre, prend la main de Suzette et repousse La Plume.

Monsieur la Plume

De tout mon coeur ; mais je vous retiens pour mon second, m'ame Savon.

Scène 20

Foulonet, Monsieur la Plume, Gilles, Madame Savon, Madame Laiguille, Monsieur Thériaque

Foulonet

Zun instant, mon cher monsieur de La Plume. Chacun à son tour : vous avez fait le mariage pour moi et maintenant je vas danser pour vous.

Monsieur la Plume

Comment ? Que voulez-vous dire !

Gilles

Ah ! Monsieur de La Plume, vous arrivez trop tard : vous êtes le plus habile à mettre les adresses, mais pour les contrats, vous n'y entendez rien.

Monsieur la Plume

Qu'est-ce que cela signifie ?

Montrant Foulonet.

Madame Savon

Ça signifie que vous avez signé pour témoin, vous, mais qu'v'là l'épouseux.

Monsieur la Plume

Comment donc, Gilles !...

Gilles

Hélas ! Oui. J'ons découvert le pot au noir.

Monsieur la Plume

Ah ! Ventrebleu !

Il fait mine de tirer l'épée.

Foulonet

De la modération, monsieur de La Plume : avalez ça en douceur, ou sinon...

Madame Laiguille

Oui-da, vous v'là tout porté. Si vous voulez t'être de la noce, vous aurez toujours la jartière de la mariée, c'est toujours ça. Pas vrai donc, Monsieur Thériaque ?

Monsieur Thériaque

Sans doute. Et si c'te cérémonie-là vous fait mal au coeur, je vous donnerai encore une petite médecine par-dessus le manche. Dame ! Tout ça fait ben intérêt de vot' argent.

Haut.

Monsieur la Plume

Morbleu ! Je mérite ça. Grand merci, messieurs et dames, et vot' serviteur... C'est à toi que j'ai l'obligation de ça, mon ami Gilles !

Gilles

Eh ben ! Not' maître, payez-nous pendant que vous êtes en train.

Il s'en va.

Monsieur la Plume

Je n'ai pas d'argent sur moi, mais si jamais je te rencontre, maraud, je te promets vingt coups de bâton.

Gilles

Eh ! Je ne sommes pas intéressé. Prenez ne je vous ayons servi gratis.

Madame Savon

Allons, mes enfants, divertissons-nous, et que Monsieur de La Plume nous apprenne que la tricherie et revient toujours à son maître.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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