L'Abbé de Coure-Dîner
Scène 1
Abbé, Dame Anne
La scène est chez l'Abbé.
sortant
Abbé
Vous entendez bien ce que je vous dis, dame Anne ?
Dame Anne
Oui, Monsieur l'Abbé ; mais je suis fâchée que vous ne vouliez pas diner ici ; vous auriez un gigot bien mortifié, bien bon.
Abbé
Un gigot, un gigot ! Voilà un joli diner, quand on a grand appétit. Je m'en vais chez Monsieur de Montfort.
Dame Anne
Ah ! Vous ferez meilleure chère là qu'ici.
Abbé
Je vous en réponds.
Dame Anne
En ce cas-là, monsieur l'Abbé ne reviendra que ce soir ?
Abbé
Non. Passez un peu chez la blanchisseuse de rabats.
Dame Anne
Oui, oui, monsieur l'Abbé ; j'irai voir ma soeur en même temps.
Abbé
Si l'imprimeur m'apporte une feuille, vous lui direz de re venir demain matin ; elle sera corrigée.
Dame Anne
Je vous apprêterai de l'encre pour ce soir.
Scène 2
Monsieur de Montfort, Champagne
La scène est chez Monsieur de Montfort.
Monsieur de Montfort
Qu'est-ce que c'est que cela !
Champagne
Ce sont vos lettres que vous aviez laissées hier dans le salon.
Champagne s'en va.
Monsieur de Montfort
C'est bon. Met-on mes chevaux ?
Champagne
Oui, Monsieur.
Monsieur de Montfort
Vous m'avertirez quand ils seront mis.
Champagne
Monsieur l'Abbé de Coure-Dîner.
Monsieur de Montfort
Qu'il entre.
Scène 3
Monsieur de Montfort, Abbé
Monsieur de Montfort
Bonjour, monsieur l'Abbé.
Abbé
Vous êtes en affaire ?
Il n'écrit plus.
Monsieur de Montfort
Non, voilà qui est fini. Eh bien, savez-vous quelque chose de nouveau ?
Abbé
Non, je n'ai vu personne d'aujourd'hui. J'ai dîné hier chez Monsieur votre frère, où nous avons eu une longe de veau de Rouen, qui était délicieuse.
Monsieur de Montfort
Eh bien, vous mangerez la pareille ici.
Abbé
Ma foi, je n'en serai pas fâché ; car j'avoue que c'est ce que j'ai mangé de meilleur.
Monsieur de Montfort
Aimez-vous les guignards de Chartres ?
Abbé
Je vous en réponds.
Monsieur de Montfort
J'en ai aussi ; et des coqs de bruyère...
Abbé
Savez-vous que personne ne fait aussi bonne chère que vous.
Monsieur de Montfort
Je m'en pique un peu, à vous dire vrai. Que diable ! Il faut bien vivre ; l'argent n'est fait que pour s'en servir. J'attends une truite du lac de Genève, dont je veux que vous mangiez aussi.
Abbé
Je les connais. Diable ! C'est admirable.
Monsieur de Montfort
Je suis bien fâché qu'elle ne soit pas arrivée.
Abbé
Oh, il ne faut pas tout manger le même jour !
Monsieur de Montfort
N'en dites rien à mon frère.
Abbé
Je n'ai garde ; personne n'en pourrait avoir. Il faut avouer que c'est un furieux mangeur.
Monsieur de Montfort
Mais vous ne lui cédez guère, vous, l'Abbé.
Abbé
Oh, je ne mange plus ! Autrefois c'était bien différent ; je suis bien baissé.
Monsieur de Montfort
Cela va bien encore. Ah çà, viendrez-vous dîner demain avec moi ?
Abbé
Demain ?
Monsieur de Montfort
Oui ; la truite sera peut-être arrivée.
Scène 4
Champagne, Monsieur de Montfort, Abbé
Champagne
Monsieur, vos chevaux sont mis.
Il se lève, Champagne lui donne son épée.
Monsieur de Montfort
C'est bon.
Abbé
Vous ne dînez donc pas ici aujourd'hui ?
Monsieur de Montfort
Non, je m'en vais dîner à Auteuil chez un de mes confrères. Où dînez-vous ? Voulez-vous que je vous mène ?
Abbé
Je vous suis obligé : ce n'est pas votre chemin, et il est tard. Je vais chez le président des Bouquins.
Monsieur de Montfort
Vous ferez mauvaise chère là.
Abbé
Oui, vraiment; mais c'est que j'ai affaire à lui. Quelquefois cependant...
Ils s'en vont.
Monsieur de Montfort
À demain. Allons, passez donc.
Scène 5
Le Président des Bouquins, La France
La scène est chez le Président des Bouquins.
Le Président des Bouquins
Est-ce là tout ce qu'il vous a donné ?
La France
Oui, Monsieur.
Le Président des Bouquins
Mais il y en a un plus grand.
La France
Il l'avait vendu ; si monsieur le Président avait envoyé une heure plus tôt, il l'aurait eu.
Le Président des Bouquins
Je lui avais dit que je le prendrais. Voyez qui est là.
La France
C'est Monsieur l'abbé de Coure-Dîner.
Scène 6
Le Président des Bouquins, Abbé
Le Président des Bouquins
Ah, l'Abbé, c'est bien honnête de me venir voir !
Abbé
Monsieur le Président sait bien que quand je ne viens pas ici, ce n'est pas ma faute.
Le Président des Bouquins
J'en suis persuadé. Eh bien, le manuscrit en question ? La Byzantine grecque ; c'est-il bientôt traduit ?
Abbé
Vous ne pouvez l'avoir que dans un an ; mais vous l'aurez. Vous aurez aussi la Sagesse de Charon, sans année.
Le Président des Bouquins
Allons, c'est bon ; je vous ferai voir de nouvelles acquisitions que j'ai faites, qui ne dépareront pas ma bibliothèque.
Abbé
Je le crois ; vous êtes assez connaisseur pour cela.
Le Président des Bouquins
J'attends encore un homme qui a beaucoup voyagé, et avec qui je veux vous faire diner.
Abbé
Je ne demande pas mieux.
Le Président des Bouquins
J'arrangerai pour que cela soit un de ces jours.
Abbé
Je croyais que c'était aujourd'hui.
Le Président des Bouquins
Non ; aujourd'hui je n'aurais pas pu, parce que j'ai toujours remis à prendre des eaux depuis un mois ; et j'ai enfin commencé. Cela demande du régime.
Abbé
C'est très bien fait.
Le Président des Bouquins
Je suis bien aise qu'on vous ait laissé entrer, vous mangerez un poulet avec moi.
Abbé
Je vous suis bien obligé ; je ne peux pas avoir cet honneur-là.
Le Président des Bouquins
Pourquoi ? Avec vous je ne ferai point de façons ; j'ai un pâté de perdrix. Nous causerons, restez.
Abbé
Je suis engagé, et il est tard ; j'ai même peur de me faire attendre. Une autre fois je serai charmé de passer un peu de temps seul avec vous.
Le Président des Bouquins
Où allez-vous ?
Abbé
Chez la marquise d'Aimetout ; et je suis très pressé.
Le Président des Bouquins
Oh, elle ne dîne pas de bonne heure.
Abbé
Je vous demande pardon. Elle a changé d'heure en changeant de jour.
Le Président des Bouquins
C'est que si vous y voyez l'abbé Basane, vous me feriez plaisir de lui dire ce que je vais vous expliquer. Asseyez-vous.
Abbé
Et non,je vous l'enverrai, cela vaudra mieux.
Le Président des Bouquins
Je voudrais qu'il fût prévenu. Cela sera fait dans un instant.
Abbé
S'il n'y est pas je viendrai vous revoir.
Le Président des Bouquins
C'est que je voudrais vous éviter cette peine-là.
Abbé
Ce n'est jamais une peine pour moi.
Le Président des Bouquins
Si fait, vous avez des affaires. En deux mots...
Abbé
Il est près de deux heures et demie. Je ne peux pas.
L'Abbé s'en va et le Président suit.
Ils sortent tous deux.
Le Président des Bouquins
Eh bien, en vous reconduisant, vous serez au fait aussi bien que moi. L'abbé Basane connaît un homme depuis mille sept cent quarante-cinq, qui a envie d'avoir un morceau que j'ai, qui est unique ; c'est... vous le connaissez.... Les Labyrinthes de Bernard Hachin.
Scène 7
La Marquise d'Aimetout, Julie
La scène est chez la Marquise.
La Marquise d'Aimetout
Mademoiselle, où a-t-on mis le tableau que j'ai envoyé ici ?
Julie
Dans le boudoir, Madame.
La Marquise d'Aimetout
Comment le trouvez-vous ?
Julie
Je ne l'ai pas regardé, Madame.
La Marquise d'Aimetout
Comment, vous n'avez pas plus de curiosité que cela ?
Julie
Si c'étaient des rubans ou des dentelles, je les verrais, parce que je m'y connais.
La Marquise d'Aimetout
Et ce magot, qu'on m'a donné hier, qui est unique ?
Julie
Ah ! Madame, il m'a bien amusée, parce qu'il remue la tête.
La Marquise d'Aimetout
Mais ce n'est pas cela qu'il y a à considérer ; c'est comme il est bien fait, c'est la vérité qu'il y a dans le visage.
Julie
La vérité. Est-ce qu'il parle ? Je n'en savais rien.
La Marquise d'Aimetout
Vous êtes insupportable ! Vous n'entendez seulement pas la valeur des mots.
Julie
J'ai cru que la vérité était de ne pas mentir, et qu'il fallait parler pour cela. Voilà ce que je veux dire.
La Marquise d'Aimetout
Elle croit que je ne comprends pas ce qu'elle me dit, elle me l'explique ; c'est délicieux, cela, par exemple ! Donnez moi cet in-folio, qui est sur mon secrétaire.
Julie
Un in... ?
La Marquise d'Aimetout
Un grand livre.
Julie
Monsieur l'abbé de Coure-Dîner.
La Marquise d'Aimetout
Non, mademoiselle, je n'en ai plus que faire ; allez-vous-en dîner.
Scène 8
La Marquise d'Aimetout, Abbé
La Marquise d'Aimetout
Ah, l'Abbé ! Vous voilà de bonne heure aujourd'hui ! J'en suis enchantée.
Abbé
Je craignais qu'il ne fût plus tard ; c'est mon impatience ordinaire quand je viens ici.
La Marquise d'Aimetout
L'Abbé, eh bien, cette pièce nouvelle que vous et moi nous avions trouvée charmante, et qui est tombée ! Expliquez-moi donc cela.
Abbé
Madame, je la soutiens toujours très bonne ; et sa chute est une chose toute simple : nous devions la prévoir.
La Marquise d'Aimetout
Comment cela ?
Abbé
C'est un genre qui n'est pas fait pour tout le monde ; avant de faire de pareilles pièces, il faut former le goût du public.
La Marquise d'Aimetout
Oui ; mais comment y parvenir ?
Abbé
Comme je fais, par exemple, par des dissertations bien raisonnées.
La Marquise d'Aimetout
Qui est-ce qui lit ces ouvrages-là ? Ceux qui n'en ont que faire.
Abbé
Madame, les nouvelles routes trouvent toujours des difficultés ; mais...
La Marquise d'Aimetout
Qu'est-ce que vous regardez ?
Abbé
Il n'est que deux heures à votre pendule ?
La Marquise d'Aimetout
Elle est arrêtée depuis huit jours. Et puis moi je ne me soucie pas de savoir l'heure qu'il est. Est-ce que vous avez affaire ?
Abbé
Non, pas à présent.
La Marquise d'Aimetout
Eh bien, que vous fait l'heure ?
Abbé
C'est que je ne vois arriver personne aujourd'hui.
La Marquise d'Aimetout
Pour quoi faire ?
Abbé
Pour dîner.
La Marquise d'Aimetout
Vous n'avez pas dîné ?
Abbé
Non, vraiment.
La Marquise d'Aimetout
Il fallait donc dire cela, l'Abbé. J'ai changé encore mon jour ; est-ce que vous ne le savez pas ?
Abbé
Non, madame, en vérité.
La Marquise d'Aimetout
Eh bien, l'on va vous faire quelque chose.Je ne dîne pas moi, parce que je suis d'un souper de noce ; mais je vous tiendrai compagnie.
Abbé
En ce cas-là, madame, permettez...
La Marquise d'Aimetout
Où irez-vous à l'heure qu'il est ?
Abbé
Chez le vicomte de Guermont, où je peux arriver à toute heure.
La Marquise d'Aimetout
Le Vicomte ? Il est malade, je crois.
Abbé
Je l'ai vu avant-hier.
La Marquise d'Aimetout
Je peux bien me tromper. Je voudrais pourtant bien que vous restassiez ; je vous ferais voir un oursin qu'on va m'envoyer, qui est de la plus grande beauté, une momie, et une scalata qui est admirable !
Abbé
Je verrai cela une autre fois.
La Marquise d'Aimetout
Pourquoi ? On vous fera des oeufs brouillés, je ne sais quoi ; vous en souperez mieux.
Abbé
Je vous suis bien obligé, je ne soupe jamais.
La Marquise d'Aimetout
Ah çà, l'Abbé, c'est jeudi que j'ai pris... Souvenez-vous en.
Abbé
Oui, oui, madame.
Elle court après lui.
La Marquise d'Aimetout
Ah y j'oubliais ! L'Abbé ! L'Abbé !
Scène 9
Beaulieu, Monsieur Bournin
La scène est dans l'anti-chambre du vicomte de Guermont.
Beaulieu
Monsieur, quand reviendrez-vous ?
Monsieur Bournin
À cinq heures, parce que nous verrons comme il sera ; peut-être le saignerons-nous du pied.
Beaulieu
C'est donc une maladie bien sérieuse ?
Monsieur Bournin
Je n'en sais rien encore ; cela commence vivement : nous verrons ce que la saignée déterminera. Donnez-lui un lavement, comme je vous l'ai dit.
Beaulieu
Monsieur, j'ai envoyé un exprès à Monsieur votre frère et à madame sa soeur.
Monsieur Bournin
Vous avez bien fait. Mettez ce que je vous ai dit dans le lavement.
Beaulieu
Je m'en vais en envoyer chercher tout-à-l'heure. Vous n'oublierez pas de revenir, Monsieur ?
Monsieur Bournin
Non, sûrement.
Beaulieu
Vous aurez le carrosse chez vous à cinq heures.
Monsieur Bournin
Eh bien, oui.
Scène 10
Beaulieu, Flamand
Beaulieu
Flamand, Flamand !
Flamand
Eh bien, qu'est-ce que vous voulez ?
Il lui donne un papier.
Beaulieu
Tenez, allez chez l'herboriste, chercher cela.
Flamand
C'est écrit là-dessus ?
Beaulieu
Oui ; allez donc, j'attends après.
Flamand
Allons, j'y vais, j'y vais.
Scène 11
Abbé, Beaulieu
Abbé
Vous grondez ce pauvre Flamand ?
Beaulieu
Oui, parce qu'il dort toujours.
Abbé
Dites-moi un peu, Monsieur Beaulieu, y a-t-il longtemps qu'on est à table ?
Beaulieu
À table, Monsieur l'Abbé ?
Abbé
Oui ; je n'ai pas pu venir plus tôt.
Beaulieu
Eh ! Monsieur le Vicomte est dans son lit ; il a été saigné six fois depuis hier midi, et peut-être sera-t-il saigné du pied à cinq heures.
Abbé
Et quelle est sa maladie ?
Beaulieu
On n'en sait rien encore. Monsieur Bournin sort d'ici, il doit revenir à cinq heures.
Abbé
Cela est bien prompt. Puis-je entrer ? Je vous dirais bien, moi...
Beaulieu
Non, il a défendu de lui laisser voir personne. Si madame sa soeur était ici, cela serait différent : mais je suis tout seul, et... vous entendez bien ?
Abbé
Oui, oui, vous avez raison.
Beaulieu
Je m'en vais auprès de lui.
Abbé
Je viendrai savoir de ses nouvelles.
Beaulieu
Faites-moi demander, Monsieur l'Abbé.
Beaulieu rentre.
Il sort.
Abbé
Oui, oui. Je n'ai pas autre chose à faire que de m'en retourner chez moi. Je meurs de faim ; et il est trop tard pour aller ailleurs.
Scène 12
Babet, Madame Bertrand
La scène est à la porte de l'Abbé, sur le palier de l'escalier.
Babet
Ma mère, je n'entends rien.
Madame Bertrand
Il me semble pourtant que c'est le chien de dame Anne, qui hurlait.
Babet
Écoutez vous-même.
Madame Bertrand
C'est vrai, je n'entends rien non plus.
Babet
Quand je vous dis que je l'ai vu sortir avec elle.
Madame Bertrand
Quand je vous dis, quand je vous douze : elle veut toujours savoir mieux que moi.
Babet
N'allez-vous pas vous fâcher pour cela ?
Madame Bertrand
Je suis la maîtresse de me fâcher si je veux, apparemment.
Babet
Oui, voilà un beau plaisir. Tenez, écoutez à présent, entendez-vous ?
Madame Bertrand
Non.
Babet
Vous voyez bien que c'est le chien du charron ; je l'entends souvent, j'en suis sûre.
Madame Bertrand
Elle sait toujours tout ; les autres sont des bêtes, à l'entendre.
Babet
Est-ce que je dis cela ?
Madame Bertrand
Il vaudrait mieux. Ah ! Voilà Monsieur l'Abbé. Nous allons voir si j'ai raison ou tort.
Scène 13
Madame Bertrand, Abbé, Babet
Madame Bertrand
Ah, Monsieur l'Abbé !...
Abbé
Qu'est-ce que vous voulez, Madame Bertrand ?
Madame Bertrand
C'est que nous croyons entendre hurler le chien de dame ANne.
Abbé
Est-ce qu'elle n'y est pas ?
Babet
Non, elle est sortie ; et elle nous a dit qu'elle ne reviendrait pas de sitôt.
Madame Bertrand
Mais, il y a longtemps. Ouvrez donc, que nous voyons si son chien y est.
Abbé
Bon, je n'ai pas ma clef à présent. Tout me contrarie aujourd'hui !
Madame Bertrand
C'est bien malheureux ! Nous aurions sûrement trouvé le chien.
Abbé
Ce n'est pas le chien que je voudrais trouver. Comment faire ?
Madame Bertrand
Si vous voulez quelque chose, monsieur l'Abbé...
Abbé
Je voudrais dîner.
Madame Bertrand
Vous n'avez pas dîné ?
Abbé
Et non, vraiment.
Madame Bertrand
Tu vois bien, Babet, qu'il n'est pas si tard que tu disais.
Abbé
Eh parbleu, si fait, il est tard.
Babet
Vous voyez bien aussi que j'ai raison, ma mère.
Madame Bertrand
Allons, tais-toi.
Abbé
Il faut bien que je m'en aille. Écoutez, Madame Bertrand.
Madame Bertrand
Oui, Monsieur l'Abbé.
Abbé
Vous direz à dame Anne de mettre le gigot à la broche tout-à-l'heure.
Madame Bertrand
Oui, Monsieur l'Abbé.
Babet
Mais elle ne reviendra pas de longtemps.
Madame Bertrand
Qu'est-ce que cela fait ? Écoutons Monsieur l'Abbé.
Abbé
Cela fait tout. Qu'elle me fasse une soupe à l'oignon et une omelette, pendant que le gigot cuira.
Madame Bertrand
Oui, monsieur l'Abbé.
Babet
Elle ne reviendra pas avant sept heures; car elle a dit qu'elle ne serait de retour qu'à la nuit.
Madame Bertrand
Veux-tu te taire ?
Abbé
À sept heures ?
Babet
Oui, Monsieur l'Abbé.
Abbé
Il en sera plus de huit, quand tout cela sera fait.
Babet
Au moins.
Abbé
Allons, je m'en vais prendre une tasse de café au lait ; et j'irai à la comédie en attendant. Dites-lui bien de faire tout ce que je vous ai dit, entendez-vous ?
Madame Bertrand
Oh, oui, monsieur l'Abbé, nous n'y manquerons pas.
Il s'en va.
Abbé
Adieu, Madame Bertrand ; je vous serai bien obligé.
Madame Bertrand
Monsieur, je suis bien votre servante. Tu es bien aise qu'il n'avait pas sa clef, à cause du chien ?
Babet
Pour cela non ; car vous auriez vu qu'il n'y était pas.
Elles rentrent toutes les deux.
Madame Bertrand
Allons, allons, rentre travailler, et ne me raisonne pas davantage.