Proverbe · 1771

Alménorade

de Louis de Carmontelle

Représentation
≈ 9 min
Distribution
1 femme, 4 hommes
Répliques
46
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Sultan H 17 ≈ 3 min 3
Alménorade F 11 ≈ 3 min 4
Orcanor H 6 ≈ 1 min 2
Le Souffleur H 8 ≈ 1 min 2
Hassan H 3 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Alménorade
Le Sultan absentabsent
Alménorade absent
Orcanor absentabsentabsent
Le Souffleur absentabsentabsent
Hassan absentabsentabsentabsent
PDF

Alménorade

Scène 1

Le Sultan, Hassan, Le Souffleur

Le Sultan

Écoute, cher Hassan, et sois comme une souche. Sur ce que tu sauras, n'ouvre jamais la bouche.

Hassan

Seigneur, des confidents je fuis le plus discret, J'entends et ne dis mot, parlez, me voilà prêt.

Le Sultan

Tu connais de mes feux le douloureux martyre ; Mais à toi, mon ami, je ne peux trop le dire ; L'ingrate Alménorade, en consumant mon coeur, Dans le Prince Orcanor, voit toujours son vainqueur ; Je n'en saurais douter, son ardeur est extrême.

Hassan

Vous le croyez, Seigneur ?

Le Sultan

Tout prouve qu'elle l'aime ; Mais pour m'en assurer, de cet ambitieux J'avance le retour en ces lieux aujourd'hui.

Hassan

Quel est votre projet ? Comment ! Couvert de gloire, Voulez-vous lui montrer, après cette victoires, Que sur les Maroquins, il vient de remporter ?...

Il met la main sur son poignard.

Le Sultan

Lorsque je veux parler, veux-tu bien m'écouter : Fait pour ramper, tu veux, ainsi que le vulgaire; Pénétrer mes desseins ! C'est le sort ordinaire De nos ingrats sujets fleurs ; leurs désirs curieux, Sur les décrets du trône osent lever les yeux : Quand le fer du fourreau, sortant brille et s'apprête, On voit encor lever leur imprudente tête... Mais j'entends Orcanor, il vient dans ce séjour Aux yeux d'Alménorade exprimer son amour ; De cent coups de poignard, tu vas quand tu te flatte, Sentir percer ton coeur, âme vile, âme ingrate.

Le Souffleur

Mais Monsieur, ce n'est pas encore là le moment de tuer.

Il se redresse.

Le Sultan

Voici quelqu'un, je crois. Je ne me trompe pas. Ah, c'est Alménorade. Ô Dieux ! Qu'elle a d'appas ! Hé, Monsieur, je le sais bien, mêlez-vous de souffler et laissez-moi faire.

Scène 2

Alménorade, Le Sultan

Alménorade

Je vous cherchais, Seigneur, en ce jour plein de charmes, Pour vous féliciter sur le fort de vos armes.

Le Sultan

Il est pour moi bien doux ; puisque dans le butin, Pour vos pantoufles, j'ai beaucoup de Maroquin : En voyant à vos pieds cette marque de gloire, Je goûterai bien mieux le prix de la victoire ; Mais plus heureux encor, si formant chaque pas, Elle les dirigeait pour venir dans mes bras : En partageant mon trône et ma toute-puissance. Vous verriez votre Roi, sous votre obéissance N'avoir plus de désirs, ne former plus de voeux, Que de voir de vos jours, tous les instants heureux.

Alménorade

Ô Dieux ! Qui, moi, Seigneur ? Je n'y dois point prétendre ; Vous savez de mon coeur, que l'amour le plus tendre Ne pourra s'effacer ; vous connaissez mes voeux, Songez que vous avez approuvé ces beaux feux...

Le Sultan

Quoi, vous me résistez ! Vous méprisez ma flamme ! Ah, si je m'en croyais !... Je ne dis rien, Madame ; Mais le Prince Orcanor, que vous allez revoir, Ne doit plus près de vous, avoir aucun espoir. Adieu.

Scène 3

Alménorade, Elmire

Alménorade

Que m'a-t-il dit ! Quoi, ce n'est pas un songe ! Dans quel abîme affreux un tel amour me plonge ! Le retour d'Orcanor, faisait tout mon bonheur, Ce retour à présent me comble de frayeur ; Je crains pour lui, pour moi, pour cet amour fidèle... Je devrais l'éviter !... Quelle peine cruelle ! Te fuir, cher Orcanor ! Quand le plus tendre amour Devrait te couronner avant la fin du jour ! Elmire, soutiens-moi... Quels conseils dois-je suivre ? Pour toi, barbare affreux, non je ne saurais vivre.

Elmire

Dissimulez, Madame, et devant le Sultan, Ayez ce doux regard qui flatte un tendre amant ; Il est doux de tromper le tyran qu'on abhorre, Quand c'est pour conserver l'amant que l'on adore.

Alménorade

Hé bien, cet art en moi va briller aujourd'hui, Pour toi, cher Orcanor... mais, que vois-je ? C'est lui ?

Scène 4

Orcanor, Alménorade

Orcanor

Oui, Madame, c'est moi, que la gloire ramène Dans les fers de l'amour dont il chérit la chaîne ; Lui seul sait des héros ; en soupirant pour vous, Qui coupe tête et bras, goûte un plaisir bien doux ! De l'avare Achéron, en contentant l'envie, J'espérais avec vous, rendre autant à la vie, Que mon bras à la mort a livré d'ennemis... Que vois-je ! Cet espoir ne m'est-il plus permis ?

Alménorade

Que dites-vous, ô ciel !

Orcanor

Vous soupirez , Madame ! Vous répandez des pleurs, trahissez-vous ma flamme ?

Alménorade

Le croyez-vous, Seigneur ? Un vainqueur tel que vous, D'aucun autre mortel peut-il être jaloux ? Faites-vous cette injure à la plus tendre amante, À ce coeur plein de vous, à mon ardeur constante ?

Orcanor

Si vous m'aimez toujours, qui peut vous alarmer ? Les flambeaux de l'hymen, pour nous vont s'allumer, Je ne vous comprends point : ah ! Ma chère Princesse, Qui peut troubler ainsi ce moment d'allégresse ?

Alménorade

Le sort cruel, hélas ! Qui va nous séparer. Ô Dieux ! Je sens mon coeur prêt à se déchirer ! Un amour trop fatal va faire notre perte ; Quelle main à l'instant, cher Prince, m'est offerte ! Un maître impétueux, veut dans ce même jour, Qu'en partageant ses feux j'approuve son amour.

Orcanor

Et vous y consentez ?

Alménorade

Ah ! Que sur moi la foudre Plutôt tombe en éclats et me réduise en poudre, Que de cesser jamais d'adorer et d'aimer, Un Prince malheureux qui m'a trop su charmer !

Orcanor

Hé bien, venez, fuyons, il en est temps encore ; Avant que je revoie un monstre que j'abhorre, Même avant que l'ingrat apprenne mon retour, Nous serons éloignés de ce fatal séjour.

Alménorade

J'entends du bruit ; c'est lui, calmez votre colère, Comptez sur mon amour. Prince, et laissez-moi faire.

Scène 5

Le Sultan, Alménorade, Orcanor, Le Souffleur

Le Sultan

Quand je vous ai mandé, lorsque je vous attends, Occupé d'autres soins, ici je vous surprends, Orcanor ; quel dessein en secret vous fait rendre Auprès d'Alménorade ? Ici je viens l'apprendre ; Parlez, et sans détours.

Alménorade

Il vous cherchait, Seigneur.

Le Sultan

Non, je vois, malgré lui, le trouble de son coeur, Tous ses soins sont pour vous, ignorant ma tendresse...

Alménorade

Ah, quelle erreur ! Connaissez ma faiblesse, Il me trompait l'ingrat, et lorsque je l'aimais, Que m'unissant à vous, de lui je m'occupais, J'apprends que ce vainqueur aime une Maroquine, Et qu'il veut épouser cette infâme coquine. Par cet hymen affreux, puisqu'il sait m'outrager, Sans hésiter je dois et je veux me venger. Dans ces derniers regrets d'une douleur amère, Pardonnez-moi, Seigneur, cette juste colère ; En m'occupant de vous, je vais voir effacer Le trait que son amour avoir su me lancer...

Le Sultan

Orcanor, est-il vrai ? Parlez ici sans feinte.

Orcanor

Seigneur, le tendre objet dont mon âme est atteinte, Dont je suivrai toujours la trop charmante loi, N'attends a pas longtemps pour recevoir ma foi. Je vous l'ose assurer, même devant Madame, Rien n'éteindra jamais cette divine flamme.

Il tire son poignard pour frapper Orcanor.

Le Sultan

Vous vous jouez ainsi de ma crédulité ! Non, non, ne comptez plus, ingrats, sur ma bonté ; J'avais tout entendu, je sais ce qui se passe ; Dans ma juste fureur, n'attendez point de grâce. Vous périrez.

Le Souffleur

Hé non, Monsieur.

Il se tourne du côté d'Alménorade.

Le Sultan

Vous périrez.

Le Souffleur

Arrêtez donc, ce n'est pas cela.

Le Sultan

Mais, Monsieur, il faut bien que je tue quelqu'un.

Le Souffleur

Je vous dis que non.

Le Sultan

Mais c'est, dans la pièce.

Le Souffleur

Et c'est une faute d'impression...

Le Sultan

Comment, voyons ?

Le Souffleur

Tenez, lisez vous-même.

Le Sultan

Mais à la fin.

Le Souffleur

Ah ! Cela est vrai.

Il le frappe.

Le Sultan

Hé bien, pour mieux t'apprendre à lire l'errata, Imbécile Souffleur, c'est toi qui périra.

Le Souffleur

Que je suis malheureux ! Je meurs, que l'on m'emporte ; Mais qu'on rende à chacun son argent à la porte.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Du même auteur

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.