Comédie · 1759

Cendrillon

de Louis Anseaume

Représentation
≈ 35 min
Distribution
5 femmes, 4 hommes
Répliques
298
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Cendrillon F 66 ≈ 10 min 10
La Maraine F 49 ≈ 7 min 4
La Soeur Ainée F 62 ≈ 5 min 6
La Soeur Cadette F 62 ≈ 4 min 6
Pierrot H 16 ≈ 4 min 4
Azor H 17 ≈ 3 min 4
Un Officier H 10 ≈ 1 min 1
Choeur des Femmmes F 4 ≈ 1 min 2
Deux Soeurs N 5 ≈ 1 min 3
Un Suisse H 5 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Cendrillon absentabsentabsentabsentabsent
La Maraine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Soeur Ainée absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Soeur Cadette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Pierrot absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Azor absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Officier absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Choeur des Femmmes absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Cendrillon

Air : La sagesse est de bien aimer N°1

Récitatif De M. de la Ruette. N°2

Air : De tous les Capucins du Monde.

Cendrillon

Des rigueurs d'un cruel destin, Aurai-je toujours à me plaindre ? Un faible espoir me luit en vain, Je n'en ai pas moins tout à craindre. Des rigueurs d'un cruel destin, Aurai-je toujours à me plaindre ? J'ai joui cette nuit du spectacle enchanteur, Qu'étale aux yeux la Cour la plus brillante ; Un Prince à mes genoux exprimait son ardeur... Il ne me reste hélas ! de toute ma grandeur, Qu'un souvenir qui me tourmente. J'aperçois venir ma Maraine, Sa présence augmente ma peine ; À ses lois j'ai désobéi ; Quel reproche elle va me faire ! Seule sensible à mon ennui, Elle me tenoit lieu de mère.

Scène 2

La Maraine, Cendrillon

Air: Le moyen de faire autrement. Du Peintre amoureux, N° 3.

La Maraine

Ah ! Dans quel état je vous vois ! Ne cherchez point d'excuse ; Je devine aisément pourquoi Vous n'avez point suivi ma loi.

Cendrillon

Il est vrai, j'en suis confuse, J'en suis confuse.

La Maraine

Ah ! vraiment, je le crois : Mais pourquoi ce manque de foi, Ce manque de foi ? Fillette toujours raisonne, Et n'écoute personne, Quand on s'oppose à son penchant.

Bis.

Cendrillon

Non, non, c'est que, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement.

La Maraine

Il fallait n'en croire que moi ; Il fallait mieux suivre ma loi.

Cendrillon

Il est vrai, mais ma folie Est bien punie ; Un moment !...

La Maraine

Un moment Fait effet : On s'y plaît, On s'en fait Un amusement.

Cendrillon

Pardon, ma Bonne, Pardon, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement.

La Maraine

Oui ! Oui !

Bis.

Cendrillon

Pardon, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement.

Air : Si Diogène était réputé sage.

La Maraine

Par un effet de mon pouvoir magique, Pour relever l'éclat de vos appas, Je vous ai mis un habit magnifique, Nombreux cortège accompagnait vos pas, Je n'exigeais de votre obéissance Que de sortir du bal avant minuit ; Faute d'avoir observé ma défense, De mes bontés vous perdez tout le fruit.

Air : de Monsieur La Ruette. N° 4.

Cendrillon

Je le sais bien, J'ai tout perdu ; En moins de rien, Tout a disparu : Que le sort me traite, S'il veut, sans pitié ; Non, je ne regrette Que votre amitié,

Air : De tout temps le jardinage.

La Maraine

Vous me serez toujours chère ; Ne craignez plus ma colère.

Cendrillon

Ah ! Que mon coeur est content !

La Maraine

Mais par un aveu sincère, Je veux savoir le mystère De ce long retardement.

Air : La Fustemberg.

Cendrillon

Vous m'allez gronder encore.

La Maraine

Non, vous dis-je, ne craignez rien ; Il faut bien M'apprendre ce que j'ignore ; Croyez-moi, c'est pour votre bien.

Cendrillon

Je n'en doute pas, Madame, Il faut donc vous ouvrir mon âme. Qui m'eût dit qu'un bal...

La Maraine

Hé bien ! Ce bal ?

Cendrillon

Dut m'être si fatal !

Bis.

La Maraine

Que vous me causez d'alarmes ! Mais, comment donc ? Quelle raison, Vous fait verser des larmes ?

Cendrillon

J'en ai bien sujet.

La Maraine

Quel est ce secret ? Qu'est-ce qu'on vous a fait ?

Air : D'm'avoir instruit de mon bien.

Cendrillon

J'arrivai dans le Palais D'aise transportée ; De tout ce que je voyais, J'étais enchantée, Un Prince...

La Maraine

Ah ! Nous y voilà.

Cendrillon

Un Prince s'est trouvé là.

La Maraine

Vous a-t-il fâchée ? Ô gué ! Vous a-t-il fâchée ?

Air : L'honneur dans un jeune Tendron.

Cendrillon

Le connaissez-vous ?

La Maraine

Oui, vraiment.

Cendrillon

N'est-il pas vrai qu'il est charmant ?

La Maraine

Si vous voulez même adorable ; Laissez-là son mérite à part ; Voyons en quoi ce Prince aimable Aurait pu vous manquer d'égard.

Air : Les yeux baissés par modestie. N° 5.

Bis.

Bis.

Air : Plus inconstant.

Air : Folies d'Espagne.

Cendrillon

Les yeux vers moi tournés sans cesse, Tendrement il me regardait, De ses regards la douceur et l'ivresse. M'inspiraient ce qu'il ressentait. À mes côtés est une place, Il s'en saisit ; Il s'enhardit, Je m'attendris ; Je veux le fuir, et je ne puis, Je veux fuir et ne puis, Je veux le fuir, et je ne puis. Déjà mon trouble augmentait son audace, Quand minuit sonna, Et tout finit là. Comme un éclair, soudain je prends la fuite ; En entendant l'heure qui me chassait ; On se met à ma poursuite, Mais en vain on me cherchait... Je n'étais plus ce qu'ils me croyaient être, Ils me voyaient sans suite et sans éclat ; Comment, hélas ! M'auraient-ils pu connaître ! Je m'ignorais moi-même en cet état.

Air : Le Pont d'Avignon.

La Maraine

Ce changement n'a rien qui doive vous surprendre ; Je crains plutôt pour vous un sentiment trop tendre.

Air : Dondaine.

Cendrillon

Je ne saurais vous le cacher, Je ne saurais vous le cacher, Ce Prince a trop su me toucher ; Je l'aime, je l'aime : Le croyez-vous épris pour moi de même ?

Air : De Joconde.

La Maraine

Si vous l'aviez trop rebuté...

Cendrillon

Oh ! non.

La Maraine

Je dois le croire ; Si vous n'avez rien accordé, Qui blesse votre gloire.

Cendrillon

Je sais trop ce que je me dois ; Pour me laisser surprendre ; Il n'a rien obtenu de moi, Que ce qu'il m'a su prendre.

Air : Des Francs-Maçons.

La Maraine

Et que vous a-t-il pris ?

Cendrillon

Ma Bonne... Que dire, hélas !

La Maraine

Répondez-moi, je vous l'ordonne ?

Cendrillon

Quel embarras !

La Maraine

Et pourquoi donc ces sots scrupules ? Surcoût craignez de me tromper.

Air : Entre l'Amour et la Raison.

Cendrillon

Il m'a pris une de mes mules ; Qu'en fuyant j'ai laissé tomber. Je n'en ai plus qu'une à présent;

Air : Quand je tiens de ce jus d'Octobre.

Elles sortent.

La Maraine

Consolez-vous, ma chère enfant, On peut réparer ce dommage Au fond je n'y vois pas grand mal. Que de Beautés sortant du Bal Ont souvent perdu davantage ! Vos soeurs en reviennent sans doute, Ce bruit annonce leur retour ; Rentrez, et quoi qu'il vous en coûte ; Tâchez de vaincre votre amour.

Scène 3

La Soeur Ainée, La Soeur Cadette

Air : Non, je n'aimerai jamais que vous.

La Soeur Ainée

Rien, en vérité n'est si plaisant ; Nos appas ont fait fortune assurément : Rien, en vérité, n'est si plaisant, À chaque moment, C'était nouveau Galant. Ce gros caissier qui croyait me connaître, M'a-t-il tenu des propos assez doux ?

Air : Tout roule aujourd'hui dans le monde.

La Soeur Cadette

Ce Sénateur, en léger Petit-Maître, M'a-t-il assez étalé ses bijoux ? Rien, en vérité, n'est si plaisant ; Nos appas ont fait fortune assurément : Rien, en vérité, n'est si plaisant, À chaque moment, C'était nouveau Galant. Mais cela ne me touche guère ; Je dédaigne de tels objets.

La Soeur Ainée

Sans crainte de passer pour fière, Je porte plus haut mes projets. Le destin qui pour moi s'apprête Flatte mon coeur ambitieux.

La Soeur Cadette

Une plus illustre conquête Peut seule contenter mes voeux.

Air : Avec un air de mystère.

La Soeur Ainée

Un Amant pour moi soupire, Dont je dois taire le nom.

La Soeur Cadette

Quelqu'un, que je n'ose dire, De son coeur m'a fait le don.

La Soeur Ainée

Mais à t'en faire un mystère, Mon amitié souffrirait.

La Soeur Cadette

Pour une soeur aussi chère, Puis-je avoir quelque secret ?

Air : Tout consiste dans la manière.

La Soeur Ainée

Si j'obtiens ce que je désire , Vous en sentirez les effets.

La Soeur Cadette

Si j'atteins le but où j'aspire, C'est pour combler tous vos souhaits.

La Soeur Ainée

Oui, disputons cet avantage Entre nous deux ; Le bonheur qu'ainsi l'on partage Se goûte mieux.

Air : Tomber dedans.

La Soeur Cadette

Quel est ce captif glorieux , Qu'Amour met en votre puissance ?

La Soeur Ainée

Quel est cet amant dont les feux Enflent si fort votre espérance ?

La Soeur Cadette

Devinez.

La Soeur Ainée

Non, dites-le moi.

La Soeur Cadette

Ma chère, c'est le fils du Roi.

La Soeur Ainée

Le fils du Roi ! Le fils du Roi !

La Soeur Cadette

Et oui vraiment, le fils du Roi.

Air : Mon petit doigt me l'a dit.

La Soeur Ainée

La conquête est glorieuse !

La Soeur Cadette

Ne suis-je pas bien heureuse ? Il veut me donner sa foi. C'est votre tour à me dire, Quel amant suit votre empire.

La Soeur Ainée

C'est, ma soeur, le fils du Roi.

Air : Dieu des Amants.

La Soeur Cadette

Le fils du Roi ! Vous raillez, je crois !

La Soeur Ainée

Non, vraiment ; rien n'est plus véritables.

La Soeur Cadette

Je n'en crois rien.

La Soeur Ainée

Moi, je le crois bien ; Votre avis ne détruit pas le mien. Vous êtes fort aimable, J'en conviendrai ; mais, Malgré tous vos attraits, Croyez qu'on est capable, Quand on le voudra, D'effacer ces traits là.

La Soeur Cadette

Ce n'est pas vous.

La Soeur Ainée

Ce sera moi.

La Soeur Cadette

Mais il faut être de bonne foi : Jusqu'à présent votre beauté, En vérité, N'a point trop éclaté.

La Soeur Ainée

Petite impertinente !

La Soeur Cadette

Eh ! Bien, j'avouerai, Partout je publierai, Que vous êtes charmante ; Sûre qu'en ce point, On ne me croira point.

Air : Jupin dès le matin.

La Soeur Ainée

Vous me poussez à bout, Vous cherchez, en tout, À combattre mon goût ; Votre humeur Montre tant d'aigreur, Qu'à nous séparer, Il faut vous préparer : Un excès de fierté, De vanité, Sans rime ni raison, Vous donne un ton ; Il semble qu'en ces lieux, Jeunes et vieux Viennent se brûler aux feux De vos yeux : Vous voyez cependant, Le plus souvent, Qu'on vous laisse à l'écart ; C'est un hasard, Quand quelque freluquet Daigne sourire à votre air coquet.

Air : Plus les amants vivront.

La Soeur Cadette

Criez tout à loisir : Un jour à venir, Je saurai répondre ; Je vais, pour vous confondre, Monter au rang Qui m'attend.

La Soeur Ainée

À ce rang désiré , On peut me conduire ; Je vous y préviendrai.

La Soeur Cadette

Vous me faites rire !

La Soeur Ainée

Cendrillon, que je vois là, En jugera.

Scène 4

La Soeur Cadette, La Soeur Ainée, Ensemble, Cendrillon, Deux Soeurs

Suite de l'air.

La Soeur Cadette

Qui de nous deux Te paraît la plus belle ?

La Soeur Ainée

Qui de nous deux Inspire plus de feux ?

La Soeur Cadette

Laissez-moi parler.

À Cendrillon.

La Soeur Ainée

Taisez-vous, Péronnelle, Sans dissimuler...

La Soeur Cadette

Oui, conviens que c'est elle.

Ensemble

Ne finirez-vous pas Tout ce tracas ? Il me fatigue fort ; Vous ayez tort, Mais, mais, très grand tort, D'oser encor Prendre un tel essor.

Air : La mort pour les malheureux.

La Soeur Ainée

Décide donc entre nous.

Cendrillon

Que voulez-vous ?

La Soeur Cadette

Je te l'ai déjà dit, C'est qu'il s'agit...

La Soeur Ainée

De savoir qui des deux Peut mériter le mieux. L'hommage d'un Prince amoureux.

La Soeur Cadette

Ce Prince est le fils du Roi.

Cendrillon

Le fils du Roi !

La Soeur Cadette

Il est épris de moi.

La Soeur Ainée

Non, c'est de moi ; C'est de moi, sur ma foi.

La Soeur Cadette

Cela suffit : Je sais ce qu'il m'a dit.

La Soeur Ainée

Dis-nous donc Quelque raison. Te voilà bien rêveuse !

Cendrillon

Sûrement, C'est mon amant ; Ne suis-je pas bien chanceuse ? Ceci pour moi tourne mal.

La Soeur Cadette

Cette nuit nous étions au bal.

Cendrillon

Au Bal ! C'est mon inconstant, C'est mon perfide amant !

La Soeur Cadette

Parle-nous donc, si tu veux.

Cendrillon

Je n'oserais... Vous avez toutes deux Mêmes attraits ; Qui voudrait faire un choix, Aurait besoin, je crois, D'y regarder plus d'une fois : Mais qui sait si quelqu'objet, Bien moins parfait, De ce beau Prince-là, N'a pas déjà Su captiver le coeur ?

ensemble

Deux Soeurs

Non, non, ma soeur : Moi seule ai cet honneur. ,

La Soeur Cadette

Certain objet, à tout le monde inconnu, Au Bai s'est pourtant vu. D'abord le Prince attaché sans cesse à ses pas...

Cendrillon

Hé bien ?

La Soeur Cadette

Semblait en faire cas.

Cendrillon

Avait-elle des appas ?

La Soeur Cadette

Beaucoup.

La Soeur Ainée

Très peu.

La Soeur Cadette

Près d'elle, j'en fais l'aveu, Vous n'auriez pas beau jeu.

La Soeur Ainée

Le méchant esprit!

La Soeur Cadette

Oui, c'est par dépit Que vous en parlez.

Cendrillon

Vous vous querellez Pour un rien.

La Soeur Ainée

Tais-toi, Il te sied, ma foi, D'oser me faire la loi.

Cendrillon

À vos débats, Moi, dame, je ne prends aucune part ; Ne doit on pas L'une pour l'autre avoir quelque égard ?

La Soeur Cadette

Garde tes leçons ; Adieu, nous verrons. Qui l'emportera.

Elles sortent.

La Soeur Ainée

Oui, oui, l'on verra : Adieu donc, ma soeur ; Dans votre grandeur, Soyez de meilleure humeur.

Scène 5

Cendrillon

Air : Quel amour fut aussi tendre ! De Nina.

Bis.

Bis.

Bis.

Bis.

Bis.

Bis.

Cendrillon

À me nuire, Tout conspire ; Ô sort, quelle est ta rigueur ! D'Amour un trait me déchire ; Et c'est encore un malheur ! Deux rivales se déclarent. Que deviendra mon ardeur ? Des maux qui sur moi se préparent, Le plus sensible à mon coeur Serait d'aimer un trompeur, À me nuire, Tout conspire ; Ô sort, quelle est ta rigueur ! D'Amour un trait me déchire ! Et c'est encore un malheur !

Scène 6

Cendrillon, La Maraine

Air : Au bord d'un ruisseau je file.

Cendrillon

Voyez une infortunée.

La Maraine

Quels nouveaux malheurs ; Font naître vos douleurs f

Cendrillon

Ne suis-je donc condamnée ; Qu'à vivre toujours dans les pleurs ? Vous avez assez vu, Madame, Quel objet a touché mon âme.

La Maraine

Hé ! Bien.

Cendrillon

Ce funeste vainqueur, Que j'adore au fond de mon coeur, Peut-être n'est qu'un imposteur ; Mes soeurs se disputent l'amant Qui cause aujourd'hui mon tourment.

Air : Grand Saint-Martin, ou la Sarabande d'Issé.

Air : Du Précepteur d'Amour...

La Maraine

Vos soeurs ne sont que des ambitieuses : D'un seul regard Par hasard Échappé, Leur esprit s'est frappé. Sur tous les cours ces Orgueilleuses Croient avoir Un pouvoir. Quand leur Beauté surpasserait la vôtre, II est un art qui manque à l'une et l'autre, Qui seul peut allumer une constante ardeur ; Cet art, c'est la douceur. C'est la première des vertus Dont se doit parer une Belle ; C'est la ceinture dont Vénus Retient les Amours auprès d'elle.

Air : Reçois dans ton galetas.

Cendrillon

À juger par leurs discours, Mes soeurs ont raison de croire Qu'on les aime.

La Maraine

Vains détours De sottes qui s'en font accroire. D'un Prince qui veut s'amuser, Un mot a pu les abuser.

Air : Pourvu que Colin, ah ! Voyez-vous.

Cendrillon

Mais cependant...

La Maraine

Mais s'il avait Une telle manie, , Un jour il se repentirait D'avoir fait la folie.

Cendrillon

Bon ! Si d'un autre il est l'époux, Qu'il s'en repente ou non, voyez-vous, Je n'en serais, ne vous déplaise, Guère plus à mon aise.

Air : Avec moi vous faites comparaison.

On entend derrière le Théâtre un bruit de tambour.

La Maraine

Mais comment donc l'Amour en peu de temps ; A fait chez vous des progrès surprenants !

Air : Je m'sentais là-dedans.

Cendrillon

Qu'est-ce donc que j'entends ?

La Maraine

Je vous en rendrai compte ; Demeurez un instant > Je reviens sur le champ.

Cendrillon

D'un amoureux penchant, Ma Bonne me fait honte ; Et veux que je surmonte Ce qui me fait plaisir Encore à ressentir.

Scène 7

Cendrillon

Air : de M. La Ruette. N° 6.

Cendrillon

Amour, dont je ressens la flamme, Épargne un faible coeur qui se livre à tes coups ; Les traits dont tu blesses mon âme Font-ils l'effet de ton courroux ? Fais briller à mes yeux un rayon d'espérance, Ou rend-moi mon indifférence ; Mon sort me paraîtra plus doux.

Scène 8

La Soeur Ainée, Un Officier, La Soeur Cadette, Deux Soeurs, Cendrillon

Air : L'Allemande Suisse.

La Soeur Ainée

Est-il bien vrai ?

Un Officier

Oui, sans délai, Il faut, Mesdames, que chacune vienne.

La Soeur Cadette

Et savez-vous Ce que de nous Le Roi demande aujourd'hui ?

Un Officier

Oui. Le Prince Azor Fait à la fin un effort ; Lui qui d'Amour a toujours fui la chaîne, Il veut avoir, Une épouse dès ce soir, Parmi les Belles du canton.

Deux Soeurs

Bon.

La Soeur Ainée

Déjà je vois, Je prévois Où ce choix Peut tomber.

La Soeur Cadette

Vous pourriez bien vous tromper, Ma Reine.

La Soeur Ainée

Je ne suis pas, En ce cas, Seule ici, Qui pourrait en avoir le démenti.

La Soeur Cadette

Si.

La Soeur Ainée

À cet Hymen glorieux, Vous pouvez bien toutes les deux Prétendre ; Certaine épreuve on fera, Qui sur ce point décidera.

Deux Soeurs

Ah !

La Soeur Cadette

Quelle est cette épreuve-là ?

Un Officier

Vous ne pouvez en ce moment l'apprendre ; Adieu. Ce soir on saura Pour qui fera Ce prix-là.

Deux Soeurs

Ah !

Air : Faut-il qu'une fi faible plante.

La Soeur Ainée

À l'insu de ma soeur cadette, Monsieur, dites-moi franchement Si, dans l'hymen qui se projette, On parle de moi.

Un Officier

Non, vraiment.

La Soeur Ainée

Vous badinez ?

Un Officier

Sur ma parole, La pauvre Demoiselle est folle.

Même air.

La Soeur Cadette

Sans en rien dire à mon aînée, Avouez moi, mon cher Monsieur, Que le Prince ; en cette journée, Va s'expliquer en ma faveur ?

Un Officier

Nenni.

La Soeur Cadette

Vous n'êtes pas sincère.

Air : Ces Filles sont si sottes.

Un Officier

Oh ! parbleu, les deux-font la paire. Eh ! Quel est ce joli minois, Qui nous écoute en tapinois ?

La Soeur Ainée

C'est une pauvre fille.

La Soeur Cadette

Qui nous visite quelquefois.

Bis.

Un Officier

Elle est, ma foi, gentille !

Air : On n'aime point dans nos forêts.

Cendrillon

Eh quoi ! Mes soeurs, en ce moment, Rougissent de me reconnaître !

Un Officier

Approchez donc, la belle enfant ; On ne risque rien de paraître, Quand on posséde tant d'appas.

Air : Du manchon.

À l'officier.

La Soeur Ainée

Voulez-vous bien aller là-bas ? Pour peu que le coeur vous en dise, Soyez avec nous moins discret : Comme à nos soins elle est commise, Votre hymen serait bientôt fait.

Il sort.

Un Officier

J'accepterais des offres si flatteuses, Si vous étiez moins curieuses ; Mais là-dessus, Tous vos efforts sont superflus ; Attendez à ce soir, Pour tout savoir, Attendez à ce soir.

Scène 9

La Soeur Ainée, La Soeur Cadette, Cendrillon, Ensemble

Air : Mariez, mariez-moi.

La Soeur Ainée

Enfin voici le moment, Où mon triomphe s'apprête ; La main d'un Prince charmant Va devenir ma conquête ; Préparons, préparons, préparons tout, Pour briller à cette fête ; Préparons, préparons, préparons tout, Pour l'affermir dans son goût.

Air : Pour t'avoir, le grivois te guette.

La Soeur Cadette

Par le secours de la toilette, Rendons ma beauté si parfaite, Qu'Azor puisse en mes yeux Retrouver encor de nouveaux feux. Dieux ! S'il répond à ma tendresse, Quelle fera mon allégresse ! Cendrillon, dépêchons ; tôt, tôt, Apportez ce qu'il faut, Je veux partir bientôt.

Air : T'as pied dans le margouillis.

Air : Comme un Coucou.

La Soeur Ainée

Oh ! Faites comme il vous plaira ; Sa seule affaire Est de me plaire ; Oh ! Faites comme il vous plaira ; Je retiens Cendrillon pour cela. Qu'on apporte ici ma toilette.

La Soeur Cadette

Qu'on apporte la mienne aussi.

La Soeur Ainée

Je céderais à ma cadette !

La Soeur Cadette

Oh ! L'âge ne fait rien ici.

Air : À l'envers.

Cendrillon

Par qui faut-il que je commence ?

La Soeur Cadette

C'est par moi.

La Soeur Ainée

Oh ! Vous voulez prendre l'avance, Je le vois. Mais quittez ce fol espoir.

On apporte deux toilettes toutes dressées.

La Soeur Cadette

Il faut voir.

Air : On prend femme, c'est l'usage. Noté dans L'Heureux déguisement.

Bis.

La Soeur Ainée

Allons vite qu'on m'arrange.

Bis.

La Soeur Cadette

Je vous trouve fort étrange. Cendrillon, venez m'aider, Laissez-la s'accommoder.

Bis.

La Soeur Ainée

Vous parlez bien à votre aise : Attendez, ne vous déplaise, Qu'elle ait posé mes rubans : Cendrillon n'a pas le temps.

La Soeur Cadette

Ah ! Si vous êtes la maîtresse, Il est juste qu'on se presse.

La Soeur Ainée

C'est vous qui faites la Princesse ; Tout vous choque, tout vous blesse.

Quatre fois.

Ensemble

Madame fait la Princesse, Madame fait la maîtresse.

Trois fois.

Cendrillon

Si vous parlez toutes les deux, Comment répondre à vos voeux.

Bis.

La Soeur Ainée

Raisonneuse !

Bis.

La Soeur Cadette

Paresseuse !

La Soeur Ainée

Faut-il, quand on dit un mot, Que vous soyez de l'écot ?

Cendrillon

Me gronderez-vous sans cesse, Quoique je n'aie aucun tort ?

La Soeur Ainée

Encore ?

Bis.

La Soeur Cadette

Aurez-vous bientôt fini ? Songez-vous que l'heure presse ?

À Cendrillon.

Bis.

La Soeur Ainée

Si je le sais ? Vraiment oui ; Eh ! vraiment oui. Mais quel démon vous transporte, De la presser de la sorte ? Pour finir plus promptement, Elle m'assomme la tête, La maladroite, la bête ! Elle m'assomme la tête : Allez donc plus doucement, Plus doucement.

Cendrillon

Je ne puis mieux faire, Mieux faire.

La Soeur Ainée

Ôte-toi de là.

Bis.

La Maraine entre ; les deux soeurs sortent en lui faisant une grande révérence et en chantant.

La Soeur Cadette

Ôte-toi de là. Va-t-en, va-t-en, va-t-en ma chère, De tes soins on se passera ; Ôte-toi de là, ma chère ; Et pour ma soeur garde ce soin, Je n'en ai plus aucun besoin. Suivons l'Amour, c'est lui qui nous mène.

Scène 10

La Maraine, Cendrillon

Air : Où s'en vont ces gais bergers.

La Maraine

Où vont-elles si gaiement ?

Cendrillon

Ce n'est point un mystère ; Vous savez l'événement, À mon amour contraire. Azor les mande au Palais. Quelle triste nouvelle ! Pourra-t-il, en voyant tant d'attraits, Ne pas m'être infidèle ?

Air : Je suis un bon soldat.

Air : Pour voir un peu comment ça f'ra.

La Maraine

L'espoir qui les conduit, Les séduit ; Soyez moins alarmée ; Vous verrez leurs projets Sans effets SanS aller en fumée. Ce sont autant de pas perdus ; Elles sont bien loin de leur compte ; J'en sais plus qu'elles là-dessus, Elles n'en auront que la honte. . L'épreuve qu'on doit exiger, Va les confondre et vous venger.

Air : Vous voulez me faire chante[r].

Cendrillon

De quelle épreuve parle-t-on ?

Air : Préparons-nous pour la fête nouvelle.

La Maraine

Je ne puis vous le dire . Suffit qu'en cette occasions Rien ne saurait vous nuire ; Vous en aurez tout l'agrément, C'est moi qui vous l'assure. Allez au Palais seulement, Et tentez l'aventure, II faut aller disputer la victoire : Ce jour est celui de la gloire ; La Fortune et l'Amour veulent vous couronner.

Cendrillon

À cet espoir flatteur dois-je m'abandonner ?

Air : Alarmez vous.

La Maraine

Partez vous dis-je, allez en assurance

Cendrillon

Très volontiers. Mais...

La Maraine

Quoi ?

Cendrillon

Ma bonne.

La Maraine

Eh bien ?

Air : Non, je ne ferai pas.

Cendrillon

Peut me montrer avec plus de décence, Ne faut-il pas ?...

La Maraine

Non, non, il ne faut rien.

Air : Non ; je ne ferai pas.

Cendrillon

Eh ! Quoi ! Vous prétendez que parmi tant de Belles, Dont l'art relève encor les grâces naturelles, Dans l'état où je suis j'irai me présenter ! Azor m'oserait-il seulement regarder ?

Air : Les petits riens.

La Maraine

Votre beauté, Cet heureux don de la Nature, Votre beauté, Vous dédommage avec usure. N'altérez point par l'imposture Cette aimable simplicité ; La plus élégante parure, C'est la beauté.

Air : Ne v'là-t-il pas que j'aime ?

Elles sortent.

Le théâtre change, et représente l'appartement du Prince.

Cendrillon

Je souscris à vos volontés : Guidez mon ignorance ; Je dois répondre à vos bontés Par mon obéissance.

Scène 11

Azor

Azor

Ô toi qui me punis de mon indifférence, Amour, Amour, j'implore ta clémence ; Mon coeur en ce moment abjure son erreur. Ah ! Si mon repentir désarme ta rigueur, Fais-moi connaître ce que j'aime ; Fais encor plus pour mon bonheur, Fais que j'en sois aimé de même.

Scène 12

Pierrot, Azor

Air : Vous me l'avez dit, souvenez-vous en.

Pierrot

Vous qui faisiez l'esprit fort ; Vous sentez donc votre tort ; Vous parliez différemment ; Je vous l'ai prédit, souvenez-vous en, Je vous ai prédit qu'Amour Vous jouerait un mauvais tour.

Air : Je ne sais pas écrire.

Azor

Mon ordre a-t-il été suivi ?

Pierrot

Seigneur, vous ferez obéi ; On vient de me l'apprendre. Quel sabbat nous aurons ici ! Toutes nos Dames à l'envi Ont promis de s'y rendre.

Air : Je ne verrai plus ce que j'aime.

Azor

Je rêverai donc ma Déesse : Un Dieu propice à ma tendresse, À mes désirs pressants va la rendre aujourd'hui...

Air : Ici sont venus en personne.

Pierrot

Par ma foi, vous aurez beau faire ; Cet objet qui vous a su plaire Ne vous sera jamais rendu.

Azor

Pourquoi donc ?

Air : De l'horoscope accompli.

Pierrot

C'est quelque chimère, Une ombre, un être imaginaire ; Hier, quand elle a disparu, On a cherché tant qu'on a pu, Elle s'est trouvée... introuvable ; Pour moi je crois que c'est le Diable Qui sous ce minois simple et doux, S'est voulu divertir de vous. Laissez-donc là cette chaussure ; À quoi peut être vous servir ? Croyez vous y voir la figure Du tendron qui vous fait souffrir ?

Azor

Vois, Pierrot, quelle gentillesse !

Pierrot

Je vois plutôt votre faiblesse.

Azor

Le joli pied ! Ah ! Qu'il me plaît !

Air : Boire à son tour.

Pierrot

Oui, mais tient-il ce qu'il promet ? Par cet échantillon, Vous jugez d'une Belle ; Vous perdez la raison ; Pardonnez à mon zèle ; Mais, en honneur, C'est une erreur ; Souvent le pied le plus mignon Sert à porter, une laid'ron, Une laid'ron.

Air : Que ne suis-je la jonquille ! ou l'Amant frivole.

Azor

Je me fuis fait à moi-même Les reproches les plus forts ; Du destin la loi suprême, Triomphe de mes efforts. Loin de blâmer ma tendresse, Sers plutôt, sers, mon ardeur ; Et respecte une faiblesse, Où j'attache mon bonheur.

Air : Lassi, lasson, la son bredondaine.

On entend un bruit confus de plusieurs femmes derrière le Théâtre.

Pierrot

J'y ferai diligence, Comptez, comptez sur ma vigilance : J'y ferai diligence.

Scène 13

Pierrot, Un Suisse, Choeur des Femmmes

Pierrot

Mais qu'est-ce que j'entends ?

Un Suisse

Doucement, doucement, doucement.

Pierrot

Ah ! Quel charivari, Nous allons voir ici ! Un régiment de Belles, En beaux atours, en modes nouvelles, Malgré les Sentinelles, Entrent dans le moment.

Un Suisse

Doucement, doucement, doucement.

Air : Ah ! Madame Anroux.

Choeur des Femmmes

C'est l'ordre du Roi ; Monsieur, laissez-moi, Passer, je vous prie. C'est l'ordre du Roi ; Je vous en supplie, Monsieur, laissez-moi.

Bis.

Un Suisse

Si vous n'y prenir garde, Moi, de mon hallebarde, Je donne un coup à toi.

Choeur des Femmmes

C'est l'ordre du Roi; Monsieur laissez-moi. ;

Un Suisse

Personne n'y passe.

Choeur des Femmmes

C'est l'ordre du Roi.

Toutes les femmes entrent.

Un Suisse

Je ferai main basse, Jarni, par mon foi.

Scène 14

Pierrot, La Soeur Ainée, La Soeur Cadette, Azor

Air : Lassi, Lasson, la sonbredondaine.

Air : Sexe charmant dont le partage.

À part.

Pierrot

Voici nos aspirantes ; Voyez, voyez ; qu'elles sont charmantes ! Voici nos Aspirantes ; Défendez bien, Seigneur, Votre coeur, Votre coeur. Aimez-vous la blonde ou la brune ? Ici l'on a de quoi choisir... Ne les faites donc pas languir. Pourquoi faut-il n'en prendre qu'une ? J'en vois beaucoup qui dès ce soir, Accepteraient bien le mouchoir.

Air : Je donnerais les revenus.

La Soeur Ainée

Je viens, Seigneur...

La Soeur Cadette

Avec grande impatience....

La Soeur Ainée

Jouir d'un honneur....

La Soeur Cadette

J'ai couru, Seigneur...

La Soeur Ainée

Pour moi bien flatteur.

La Soeur Cadette

Sitôt votre ordre venu...

La Soeur Ainée

L'aurais-je jamais cru ?

La Soeur Cadette

J'ai fait diligence.

La Soeur Ainée

Ce jour précieux...

La Soeur Cadette

Moment trop heureux !

La Soeur Ainée

Comble tous mes voeux.

La Soeur Cadette

Quel doux espoir...

La Soeur Ainée

Pour moi quelle gloire...

La Soeur Cadette

J'ose concevoir !

La Soeur Ainée

D'être en votre mémoire !

La Soeur Cadette

Tant de Belles à la Cour...

La Soeur Ainée

Aussi ma reconnaissance...

La Soeur Cadette

Peuvent briguer votre amour...

La Soeur Ainée

Vous assure du retour.

La Soeur Cadette

Que je n'osais me flatter...

La Soeur Ainée

Excusez mon imprudence.

La Soeur Cadette

D'avoir su le mériter.

La Soeur Ainée

Le zèle a su m'emporter.

Air : Morgué, la femme qui m'aura.

Azor

Je n'entends rien à ce jargon.

Bis.

Pierrot

Ni moi non plus, je vous répond ; Ce sont deux soeurs qui, cette nuit, Au bal ont fait du bruit ; Qui, d'abord qu'on les regardait, Croyait que l'on leur en contait ; Qui toujours minaudant ; Toujours vous minaudant ; Semblaient vous dire ; allons, Seigneur, Humanisez donc votre coeur.

Air : Paris est en grand deuil.

À Pierrot.

Azor

Un tel empressement Me flatte infiniment... Tâche de m'en défaire.

À part.

Air : La Carmagnole.

Au Prince.

Air : Du Précepteur d'amour.

Pierrot

Le Prince, en vérité... Se trouve... très flatté... Je ne sais comment faire. Nous ne sommes pas Hors d'embarras ; Toutes vont venir, Et vous tenir Même langage ; Nous ne sommes pas, Hors d'embarras ; Toutes vont bientôt vous tomber sur les bras. Il faut pour vous débarrasser De cette foule ridicule, Il faut, vous dis-je, commencer À faire l'essai de la mule.

Scène 15

La Maraine, Cendrillon, Choeur des Femmmes, La Soeur Ainée, La Soeur Cadette, Azor, Pierrot, Deux Soeurs

Air : La voici, tôt décampons.

La Maraine

Entrez donc.

Cendrillon

Non, j'ai trop peur ; Je sens palpiter mon coeur.

La Maraine

Qui peut vous causer un tel effroi ?

Cendrillon

C'est que l'on va se moquer de moi.

La Maraine

Point tant de discours, Avancez toujours.

Cendrillon

Guidez donc mes pas ; Ne me quittez pas.

La Maraine

Ah ! Que de façon !

Cendrillon

Ma Bonne, venez donc.

Air : Oh, oh, tourelouribo !

Choeur des Femmmes

Quelle Nymphe se présente ! Oh, oh, tourelouribo ! Voyez donc qu'elle est charmante ! Oh, oh, tourelouribo ! En honneur, elle m'enchante. Oh, oh ,oh, tourelouribo !

Air : Tarare ponpon.

La Soeur Ainée

Que venez-vous chercher, petite téméraire ? Osez-vous vous montrer avec ces haillons-là ?

La Soeur Cadette

Sors, ou crains ma colère.

La Maraine

Non, elle restera.

Azor

Pierrot, fais-les donc taire.

Pierrot

Paix-là !

Air : Des Proverbes.

À part.

À Cendrillon.

À part.

Azor

Venez, venez. Que d'appas ! Qu'elle est belle ! Venez, venez ; bannissez la frayeur. Quel feu nouveau vient m'enflammer pour elle ! Quel nouveau trait perce mon coeur !

Air : Dans un Couvent bienheureux.

La Maraine

À notre témérité Daignerez-vous faire grâce ? Et n'est-ce point trop d'audace ?

Azor

Ah ! J'en suis trop enchanté. Si quelqu'objet peut s'attendre, À m'enchaîner sous ses lois ; Vous seule y pouvez prétendre, Vous seule fixez mon choix.

Air : Belle Brune.

Bis.

À Cendrillon et aux autres.

Air : Le Corbillon.

Montrant la mule.

Pierrot

Et la mule ? Et la mule ? Seigneur, Un peu moins d'ardeur, Qui trop avance, recule ; Et la mule ? Ce n'est pas assez pour lui plaire, D'avoir beaux yeux, belle bouche, beaux bras ; Jambe fine et taille légère, Sont des beautés qui ne le flattent pas. Il faut pour gagner son amitié, Un joli petit, Un petit joli, Un joli gentil petit pied.

Air : Non, je ne crois pas.

À Cendrillon.

Air : D'Églé. Que je vous aime !

Azor

Non, je ne saurais Risquer à perdre tant d'attraits ; Non, non, non, je ne saurais Remettre au sort de si chers intérêts. Je ne veux devoir qu'à l'Amour, Le prix que j'attends en ce jour. Ce Dieu lui-même, Dans l'objet que j'aime, M'assure un bien suprême. Non, je ne saurais Risquer à perdre tant d'attraits ; Non, non, non, je ne saurais Remettre au sort de si chers intérêts. Oui, je vous aime ; Mais quel fera le prix de cette ardeur extrême ? Vous pouvez d'un seul mot dissiper mes ennuis.

Cendrillon

Seigneur...

Azor

Vous balancez... parlez...

Cendrillon

Non, je ne puis.

Azor

Que je vous aime !

Cendrillon

Eh ! Bien, oui, je vous aime.

Air : Tout est dit.

Pierrot

Voilà, ma foi, ce qui s'appelle, Mener l'Amour tambour battant ; Sans en faire à deux fois, la Belle, D'un plein faut, court au dénouement ; Mais laissons-les s'assurer de leurs flammes, En pareil cas, un témoin toujours nuit ; Adieu, Mesdames, Tout est dit.

Air : Comment donc as-tu réussi ?

La Soeur Ainée

Cette petite Cendrillon !

La Soeur Cadette

Cette petite Cendrillon !

Air : Bouchez, Naïades.

Air : J'ai, sans y penser.

La Maraine

De deux soeurs est-ce là le ton ? Apprenez l'une et l'autre À respecter son rang et son nom ; Ils valent bien le vôtre. Mais vous l'avez trop outragée ; Il est temps qu'elle soit vengée, Demeurez encor un instant, Je vais vous la faire connaître. Pour le sort le plus éclatant, Sachez que les Dieux l'ont fait naître. Si le Prince Azor, Voyait encor Son inconnue ?... Dans ce jeune objet, S'il la retrouvait trait pour trait ?... Un charme secret La dérobait à votre vue ; Mais à votre amour, Je la rends en ce jour.

Air : C'est chez vous.

Azor

Quoi ! C'est vous Qui m'inspiriez les transports les plus doux ? Quoi ! C'est vous ?...

Air : Vraiment ma Commère, oui.

Montrant l'autre mule.

La Maraine

Reconnaissez-vous ceci ?

CHOEUR de M. La Ruette.

Pierrot

Vraiment, ma Commère, oui : Tenez, voilà la pareille. Quelle est donc cette merveille ! Je me perds dans tout ceci.

Azor

Aux plus tendres ardeurs, Livrons, livrons nos cours Livrons, livrons nos cours Livrez, livrez vos cours L'amour nous engage, L'amour vous engage, L'Hymen va nous unir, L'Hymen va vous unir, Quel plaisir ! Quel plaisir J Toujours plus amoureux, Serrons, serrons, les noeuds, Serrez, serrez, les noeuds, Qui vont nous rendre heureux ! Qui vont vous rendre heureux !

Deux Soeurs

Aux plus noires fureurs ; Livrons, livrons nos cours ; La honte, la rage, Est notre partage ; Ah ! C'est trop en souffrir ! Fuyons, fuyons ces lieux, Et délivrons nos yeux, D'un spectacle odieux.

RÉCITATIF, par MONSIEUR LA RUETTE. N°1

N°2

Cendrillon

Des rigueurs d'un cruel destin Aurai-je toujours à ma plaindre ? Des rigueurs d'un cruel destin, Aurai-je toujours à me plaindre ? Un faible espoir me luit ne vain, Je n'en ai pas moins tout à craindre. J'ai joui cette nuit du spectacle enchanteur, Qu'étale aux yeux la Cour la plus brillante. Un prince à mes genoux exprimait son ardeur. Il ne me reste hélas ! De toute ma grandeur Qu'un souvenir qui me tourmente.

N°3.

La Maraine

Ah ! Dans quel état je vous vois ! Ne cherchez point d'excuse. Je devine aisément pourquoi Vous n'avez point suivi ma loi. Il est vrai ; j'en suis confuse. Oh ! Vraiment je le crois, je le crois, Mais pourquoi, mais pourquoi Ce manque de foi, ce manque de foi ? Fillette toujours raisonne, Et n'écoute personne, Quand on s'oppose à son penchant.

Cendrillon

Non, non ; c'est que, ma Bonne, C'est que, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement, Je n'ai pas pu faire autrement.

N°3.

La Maraine

Il fallait n'en croire que moi, Il fallait mieux suivre ma loi.

Cendrillon

Il est vrai : mais ma folie Est bien punie : un moment...

La Maraine

Un moment fait effet ; on s'y plaît, On s'en fait un amusement.

Air : par Mr de la Ruette. n°4

Air : par Mr de la Ruette. n°5

Air : par Mr de la Ruette. n°6

Cendrillon

Pardon, ma Bonne, Pardon, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement. Oui, oui. Pardon, ma bonne, Je n'ai pas pu faire autrement, Pardon, ma Bonne, Pardon, ma Bonne Je n'ai pas pu faire autrement. Je le sais bien, J'ai tout perdu. En moins de rien tout a disparu : Que le sort me traite, S'il veut, sans pitié, Non, non, je ne regrette Que votre amitié, Non, non, je ne regrette Que votre amitié. Les yeux vers moi tournés sans cesse, Tendrement il me regardait, Il me regardait ; De ses regards la douceur et l'ivresse, Et l'ivresse, M'inspiraient ce qu'il ressentait, M'inspiraient ce qu'il ressentait, À mes côtés est une place, Il s'en saisit ; Il s'enhardit, Je m'attendrit, Je m'attendris, Je veux le fuit, et je ne puis, Je ne veux finir, et ne puis, Je veux fuir et ne puis, Je veux le fuit, et je ne puis. Déjà mon trouble augmentait son audace, Quand minuit sonna, Et tout finit là : Déjà mon trouble augmentait son audace, Quand minuit sonna, Et tout finit là, tout finit là, tout finit là. Amour, dont je ressens la flamme, Épargne un faible coeur qui se livre à tes coups, Épargne un faible coeur qui se livre à tes coups, Les traits dont tu blesses mon âme Sont-ils l'effet de ton courroux, Sont-ils l'effet de ton courroux ? Fais briller à mes yeux un rayon d'espérance, Ou rends moi mon indifférence, Mon sort me paraître plus doux.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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