Scène 1
Cendrillon
Air : La sagesse est de bien aimer N°1
Récitatif De M. de la Ruette. N°2
Air : De tous les Capucins du Monde.
Cendrillon
Des rigueurs d'un cruel destin, Aurai-je toujours à me plaindre ? Un faible espoir me luit en vain, Je n'en ai pas moins tout à craindre. Des rigueurs d'un cruel destin, Aurai-je toujours à me plaindre ? J'ai joui cette nuit du spectacle enchanteur, Qu'étale aux yeux la Cour la plus brillante ; Un Prince à mes genoux exprimait son ardeur... Il ne me reste hélas ! de toute ma grandeur, Qu'un souvenir qui me tourmente. J'aperçois venir ma Maraine, Sa présence augmente ma peine ; À ses lois j'ai désobéi ; Quel reproche elle va me faire ! Seule sensible à mon ennui, Elle me tenoit lieu de mère.
Scène 2
La Maraine, Cendrillon
Air: Le moyen de faire autrement. Du Peintre amoureux, N° 3.
La Maraine
Ah ! Dans quel état je vous vois ! Ne cherchez point d'excuse ; Je devine aisément pourquoi Vous n'avez point suivi ma loi.
Cendrillon
Il est vrai, j'en suis confuse, J'en suis confuse.
La Maraine
Ah ! vraiment, je le crois : Mais pourquoi ce manque de foi, Ce manque de foi ? Fillette toujours raisonne, Et n'écoute personne, Quand on s'oppose à son penchant.
Bis.
Cendrillon
Non, non, c'est que, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement.
La Maraine
Il fallait n'en croire que moi ; Il fallait mieux suivre ma loi.
Cendrillon
Il est vrai, mais ma folie Est bien punie ; Un moment !...
La Maraine
Un moment Fait effet : On s'y plaît, On s'en fait Un amusement.
Cendrillon
Pardon, ma Bonne, Pardon, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement.
La Maraine
Oui ! Oui !
Bis.
Cendrillon
Pardon, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement.
Air : Si Diogène était réputé sage.
La Maraine
Par un effet de mon pouvoir magique, Pour relever l'éclat de vos appas, Je vous ai mis un habit magnifique, Nombreux cortège accompagnait vos pas, Je n'exigeais de votre obéissance Que de sortir du bal avant minuit ; Faute d'avoir observé ma défense, De mes bontés vous perdez tout le fruit.
Air : de Monsieur La Ruette. N° 4.
Cendrillon
Je le sais bien, J'ai tout perdu ; En moins de rien, Tout a disparu : Que le sort me traite, S'il veut, sans pitié ; Non, je ne regrette Que votre amitié,
Air : De tout temps le jardinage.
La Maraine
Vous me serez toujours chère ; Ne craignez plus ma colère.
Cendrillon
Ah ! Que mon coeur est content !
La Maraine
Mais par un aveu sincère, Je veux savoir le mystère De ce long retardement.
Air : La Fustemberg.
Cendrillon
Vous m'allez gronder encore.
La Maraine
Non, vous dis-je, ne craignez rien ; Il faut bien M'apprendre ce que j'ignore ; Croyez-moi, c'est pour votre bien.
Cendrillon
Je n'en doute pas, Madame, Il faut donc vous ouvrir mon âme. Qui m'eût dit qu'un bal...
La Maraine
Hé bien ! Ce bal ?
Cendrillon
Dut m'être si fatal !
Bis.
La Maraine
Que vous me causez d'alarmes ! Mais, comment donc ? Quelle raison, Vous fait verser des larmes ?
Cendrillon
J'en ai bien sujet.
La Maraine
Quel est ce secret ? Qu'est-ce qu'on vous a fait ?
Air : D'm'avoir instruit de mon bien.
Cendrillon
J'arrivai dans le Palais D'aise transportée ; De tout ce que je voyais, J'étais enchantée, Un Prince...
La Maraine
Ah ! Nous y voilà.
Cendrillon
Un Prince s'est trouvé là.
La Maraine
Vous a-t-il fâchée ? Ô gué ! Vous a-t-il fâchée ?
Air : L'honneur dans un jeune Tendron.
Cendrillon
Le connaissez-vous ?
La Maraine
Oui, vraiment.
Cendrillon
N'est-il pas vrai qu'il est charmant ?
La Maraine
Si vous voulez même adorable ; Laissez-là son mérite à part ; Voyons en quoi ce Prince aimable Aurait pu vous manquer d'égard.
Air : Les yeux baissés par modestie. N° 5.
Bis.
Bis.
Air : Plus inconstant.
Air : Folies d'Espagne.
Cendrillon
Les yeux vers moi tournés sans cesse, Tendrement il me regardait, De ses regards la douceur et l'ivresse. M'inspiraient ce qu'il ressentait. À mes côtés est une place, Il s'en saisit ; Il s'enhardit, Je m'attendris ; Je veux le fuir, et je ne puis, Je veux fuir et ne puis, Je veux le fuir, et je ne puis. Déjà mon trouble augmentait son audace, Quand minuit sonna, Et tout finit là. Comme un éclair, soudain je prends la fuite ; En entendant l'heure qui me chassait ; On se met à ma poursuite, Mais en vain on me cherchait... Je n'étais plus ce qu'ils me croyaient être, Ils me voyaient sans suite et sans éclat ; Comment, hélas ! M'auraient-ils pu connaître ! Je m'ignorais moi-même en cet état.
Air : Le Pont d'Avignon.
La Maraine
Ce changement n'a rien qui doive vous surprendre ; Je crains plutôt pour vous un sentiment trop tendre.
Air : Dondaine.
Cendrillon
Je ne saurais vous le cacher, Je ne saurais vous le cacher, Ce Prince a trop su me toucher ; Je l'aime, je l'aime : Le croyez-vous épris pour moi de même ?
Air : De Joconde.
La Maraine
Si vous l'aviez trop rebuté...
Cendrillon
Oh ! non.
La Maraine
Je dois le croire ; Si vous n'avez rien accordé, Qui blesse votre gloire.
Cendrillon
Je sais trop ce que je me dois ; Pour me laisser surprendre ; Il n'a rien obtenu de moi, Que ce qu'il m'a su prendre.
Air : Des Francs-Maçons.
La Maraine
Et que vous a-t-il pris ?
Cendrillon
Ma Bonne... Que dire, hélas !
La Maraine
Répondez-moi, je vous l'ordonne ?
Cendrillon
Quel embarras !
La Maraine
Et pourquoi donc ces sots scrupules ? Surcoût craignez de me tromper.
Air : Entre l'Amour et la Raison.
Cendrillon
Il m'a pris une de mes mules ; Qu'en fuyant j'ai laissé tomber. Je n'en ai plus qu'une à présent;
Air : Quand je tiens de ce jus d'Octobre.
Elles sortent.
La Maraine
Consolez-vous, ma chère enfant, On peut réparer ce dommage Au fond je n'y vois pas grand mal. Que de Beautés sortant du Bal Ont souvent perdu davantage ! Vos soeurs en reviennent sans doute, Ce bruit annonce leur retour ; Rentrez, et quoi qu'il vous en coûte ; Tâchez de vaincre votre amour.
Scène 3
La Soeur Ainée, La Soeur Cadette
Air : Non, je n'aimerai jamais que vous.
La Soeur Ainée
Rien, en vérité n'est si plaisant ; Nos appas ont fait fortune assurément : Rien, en vérité, n'est si plaisant, À chaque moment, C'était nouveau Galant. Ce gros caissier qui croyait me connaître, M'a-t-il tenu des propos assez doux ?
Air : Tout roule aujourd'hui dans le monde.
La Soeur Cadette
Ce Sénateur, en léger Petit-Maître, M'a-t-il assez étalé ses bijoux ? Rien, en vérité, n'est si plaisant ; Nos appas ont fait fortune assurément : Rien, en vérité, n'est si plaisant, À chaque moment, C'était nouveau Galant. Mais cela ne me touche guère ; Je dédaigne de tels objets.
La Soeur Ainée
Sans crainte de passer pour fière, Je porte plus haut mes projets. Le destin qui pour moi s'apprête Flatte mon coeur ambitieux.
La Soeur Cadette
Une plus illustre conquête Peut seule contenter mes voeux.
Air : Avec un air de mystère.
La Soeur Ainée
Un Amant pour moi soupire, Dont je dois taire le nom.
La Soeur Cadette
Quelqu'un, que je n'ose dire, De son coeur m'a fait le don.
La Soeur Ainée
Mais à t'en faire un mystère, Mon amitié souffrirait.
La Soeur Cadette
Pour une soeur aussi chère, Puis-je avoir quelque secret ?
Air : Tout consiste dans la manière.
La Soeur Ainée
Si j'obtiens ce que je désire , Vous en sentirez les effets.
La Soeur Cadette
Si j'atteins le but où j'aspire, C'est pour combler tous vos souhaits.
La Soeur Ainée
Oui, disputons cet avantage Entre nous deux ; Le bonheur qu'ainsi l'on partage Se goûte mieux.
Air : Tomber dedans.
La Soeur Cadette
Quel est ce captif glorieux , Qu'Amour met en votre puissance ?
La Soeur Ainée
Quel est cet amant dont les feux Enflent si fort votre espérance ?
La Soeur Cadette
Devinez.
La Soeur Ainée
Non, dites-le moi.
La Soeur Cadette
Ma chère, c'est le fils du Roi.
La Soeur Ainée
Le fils du Roi ! Le fils du Roi !
La Soeur Cadette
Et oui vraiment, le fils du Roi.
Air : Mon petit doigt me l'a dit.
La Soeur Ainée
La conquête est glorieuse !
La Soeur Cadette
Ne suis-je pas bien heureuse ? Il veut me donner sa foi. C'est votre tour à me dire, Quel amant suit votre empire.
La Soeur Ainée
C'est, ma soeur, le fils du Roi.
Air : Dieu des Amants.
La Soeur Cadette
Le fils du Roi ! Vous raillez, je crois !
La Soeur Ainée
Non, vraiment ; rien n'est plus véritables.
La Soeur Cadette
Je n'en crois rien.
La Soeur Ainée
Moi, je le crois bien ; Votre avis ne détruit pas le mien. Vous êtes fort aimable, J'en conviendrai ; mais, Malgré tous vos attraits, Croyez qu'on est capable, Quand on le voudra, D'effacer ces traits là.
La Soeur Cadette
Ce n'est pas vous.
La Soeur Ainée
Ce sera moi.
La Soeur Cadette
Mais il faut être de bonne foi : Jusqu'à présent votre beauté, En vérité, N'a point trop éclaté.
La Soeur Ainée
Petite impertinente !
La Soeur Cadette
Eh ! Bien, j'avouerai, Partout je publierai, Que vous êtes charmante ; Sûre qu'en ce point, On ne me croira point.
Air : Jupin dès le matin.
La Soeur Ainée
Vous me poussez à bout, Vous cherchez, en tout, À combattre mon goût ; Votre humeur Montre tant d'aigreur, Qu'à nous séparer, Il faut vous préparer : Un excès de fierté, De vanité, Sans rime ni raison, Vous donne un ton ; Il semble qu'en ces lieux, Jeunes et vieux Viennent se brûler aux feux De vos yeux : Vous voyez cependant, Le plus souvent, Qu'on vous laisse à l'écart ; C'est un hasard, Quand quelque freluquet Daigne sourire à votre air coquet.
Air : Plus les amants vivront.
La Soeur Cadette
Criez tout à loisir : Un jour à venir, Je saurai répondre ; Je vais, pour vous confondre, Monter au rang Qui m'attend.
La Soeur Ainée
À ce rang désiré , On peut me conduire ; Je vous y préviendrai.
La Soeur Cadette
Vous me faites rire !
La Soeur Ainée
Cendrillon, que je vois là, En jugera.
Scène 4
La Soeur Cadette, La Soeur Ainée, Ensemble, Cendrillon, Deux Soeurs
Suite de l'air.
La Soeur Cadette
Qui de nous deux Te paraît la plus belle ?
La Soeur Ainée
Qui de nous deux Inspire plus de feux ?
La Soeur Cadette
Laissez-moi parler.
À Cendrillon.
La Soeur Ainée
Taisez-vous, Péronnelle, Sans dissimuler...
La Soeur Cadette
Oui, conviens que c'est elle.
Ensemble
Ne finirez-vous pas Tout ce tracas ? Il me fatigue fort ; Vous ayez tort, Mais, mais, très grand tort, D'oser encor Prendre un tel essor.
Air : La mort pour les malheureux.
La Soeur Ainée
Décide donc entre nous.
Cendrillon
Que voulez-vous ?
La Soeur Cadette
Je te l'ai déjà dit, C'est qu'il s'agit...
La Soeur Ainée
De savoir qui des deux Peut mériter le mieux. L'hommage d'un Prince amoureux.
La Soeur Cadette
Ce Prince est le fils du Roi.
Cendrillon
Le fils du Roi !
La Soeur Cadette
Il est épris de moi.
La Soeur Ainée
Non, c'est de moi ; C'est de moi, sur ma foi.
La Soeur Cadette
Cela suffit : Je sais ce qu'il m'a dit.
La Soeur Ainée
Dis-nous donc Quelque raison. Te voilà bien rêveuse !
Cendrillon
Sûrement, C'est mon amant ; Ne suis-je pas bien chanceuse ? Ceci pour moi tourne mal.
La Soeur Cadette
Cette nuit nous étions au bal.
Cendrillon
Au Bal ! C'est mon inconstant, C'est mon perfide amant !
La Soeur Cadette
Parle-nous donc, si tu veux.
Cendrillon
Je n'oserais... Vous avez toutes deux Mêmes attraits ; Qui voudrait faire un choix, Aurait besoin, je crois, D'y regarder plus d'une fois : Mais qui sait si quelqu'objet, Bien moins parfait, De ce beau Prince-là, N'a pas déjà Su captiver le coeur ?
ensemble
Deux Soeurs
Non, non, ma soeur : Moi seule ai cet honneur. ,
La Soeur Cadette
Certain objet, à tout le monde inconnu, Au Bai s'est pourtant vu. D'abord le Prince attaché sans cesse à ses pas...
Cendrillon
Hé bien ?
La Soeur Cadette
Semblait en faire cas.
Cendrillon
Avait-elle des appas ?
La Soeur Cadette
Beaucoup.
La Soeur Ainée
Très peu.
La Soeur Cadette
Près d'elle, j'en fais l'aveu, Vous n'auriez pas beau jeu.
La Soeur Ainée
Le méchant esprit!
La Soeur Cadette
Oui, c'est par dépit Que vous en parlez.
Cendrillon
Vous vous querellez Pour un rien.
La Soeur Ainée
Tais-toi, Il te sied, ma foi, D'oser me faire la loi.
Cendrillon
À vos débats, Moi, dame, je ne prends aucune part ; Ne doit on pas L'une pour l'autre avoir quelque égard ?
La Soeur Cadette
Garde tes leçons ; Adieu, nous verrons. Qui l'emportera.
Elles sortent.
La Soeur Ainée
Oui, oui, l'on verra : Adieu donc, ma soeur ; Dans votre grandeur, Soyez de meilleure humeur.
Scène 5
Cendrillon
Air : Quel amour fut aussi tendre ! De Nina.
Bis.
Bis.
Bis.
Bis.
Bis.
Bis.
Cendrillon
À me nuire, Tout conspire ; Ô sort, quelle est ta rigueur ! D'Amour un trait me déchire ; Et c'est encore un malheur ! Deux rivales se déclarent. Que deviendra mon ardeur ? Des maux qui sur moi se préparent, Le plus sensible à mon coeur Serait d'aimer un trompeur, À me nuire, Tout conspire ; Ô sort, quelle est ta rigueur ! D'Amour un trait me déchire ! Et c'est encore un malheur !
Scène 6
Cendrillon, La Maraine
Air : Au bord d'un ruisseau je file.
Cendrillon
Voyez une infortunée.
La Maraine
Quels nouveaux malheurs ; Font naître vos douleurs f
Cendrillon
Ne suis-je donc condamnée ; Qu'à vivre toujours dans les pleurs ? Vous avez assez vu, Madame, Quel objet a touché mon âme.
La Maraine
Hé ! Bien.
Cendrillon
Ce funeste vainqueur, Que j'adore au fond de mon coeur, Peut-être n'est qu'un imposteur ; Mes soeurs se disputent l'amant Qui cause aujourd'hui mon tourment.
Air : Grand Saint-Martin, ou la Sarabande d'Issé.
Air : Du Précepteur d'Amour...
La Maraine
Vos soeurs ne sont que des ambitieuses : D'un seul regard Par hasard Échappé, Leur esprit s'est frappé. Sur tous les cours ces Orgueilleuses Croient avoir Un pouvoir. Quand leur Beauté surpasserait la vôtre, II est un art qui manque à l'une et l'autre, Qui seul peut allumer une constante ardeur ; Cet art, c'est la douceur. C'est la première des vertus Dont se doit parer une Belle ; C'est la ceinture dont Vénus Retient les Amours auprès d'elle.
Air : Reçois dans ton galetas.
Cendrillon
À juger par leurs discours, Mes soeurs ont raison de croire Qu'on les aime.
La Maraine
Vains détours De sottes qui s'en font accroire. D'un Prince qui veut s'amuser, Un mot a pu les abuser.
Air : Pourvu que Colin, ah ! Voyez-vous.
Cendrillon
Mais cependant...
La Maraine
Mais s'il avait Une telle manie, , Un jour il se repentirait D'avoir fait la folie.
Cendrillon
Bon ! Si d'un autre il est l'époux, Qu'il s'en repente ou non, voyez-vous, Je n'en serais, ne vous déplaise, Guère plus à mon aise.
Air : Avec moi vous faites comparaison.
On entend derrière le Théâtre un bruit de tambour.
La Maraine
Mais comment donc l'Amour en peu de temps ; A fait chez vous des progrès surprenants !
Air : Je m'sentais là-dedans.
Cendrillon
Qu'est-ce donc que j'entends ?
La Maraine
Je vous en rendrai compte ; Demeurez un instant > Je reviens sur le champ.
Cendrillon
D'un amoureux penchant, Ma Bonne me fait honte ; Et veux que je surmonte Ce qui me fait plaisir Encore à ressentir.
Scène 7
Cendrillon
Air : de M. La Ruette. N° 6.
Cendrillon
Amour, dont je ressens la flamme, Épargne un faible coeur qui se livre à tes coups ; Les traits dont tu blesses mon âme Font-ils l'effet de ton courroux ? Fais briller à mes yeux un rayon d'espérance, Ou rend-moi mon indifférence ; Mon sort me paraîtra plus doux.
Scène 8
La Soeur Ainée, Un Officier, La Soeur Cadette, Deux Soeurs, Cendrillon
Air : L'Allemande Suisse.
La Soeur Ainée
Est-il bien vrai ?
Un Officier
Oui, sans délai, Il faut, Mesdames, que chacune vienne.
La Soeur Cadette
Et savez-vous Ce que de nous Le Roi demande aujourd'hui ?
Un Officier
Oui. Le Prince Azor Fait à la fin un effort ; Lui qui d'Amour a toujours fui la chaîne, Il veut avoir, Une épouse dès ce soir, Parmi les Belles du canton.
Deux Soeurs
Bon.
La Soeur Ainée
Déjà je vois, Je prévois Où ce choix Peut tomber.
La Soeur Cadette
Vous pourriez bien vous tromper, Ma Reine.
La Soeur Ainée
Je ne suis pas, En ce cas, Seule ici, Qui pourrait en avoir le démenti.
La Soeur Cadette
Si.
La Soeur Ainée
À cet Hymen glorieux, Vous pouvez bien toutes les deux Prétendre ; Certaine épreuve on fera, Qui sur ce point décidera.
Deux Soeurs
Ah !
La Soeur Cadette
Quelle est cette épreuve-là ?
Un Officier
Vous ne pouvez en ce moment l'apprendre ; Adieu. Ce soir on saura Pour qui fera Ce prix-là.
Deux Soeurs
Ah !
Air : Faut-il qu'une fi faible plante.
La Soeur Ainée
À l'insu de ma soeur cadette, Monsieur, dites-moi franchement Si, dans l'hymen qui se projette, On parle de moi.
Un Officier
Non, vraiment.
La Soeur Ainée
Vous badinez ?
Un Officier
Sur ma parole, La pauvre Demoiselle est folle.
Même air.
La Soeur Cadette
Sans en rien dire à mon aînée, Avouez moi, mon cher Monsieur, Que le Prince ; en cette journée, Va s'expliquer en ma faveur ?
Un Officier
Nenni.
La Soeur Cadette
Vous n'êtes pas sincère.
Air : Ces Filles sont si sottes.
Un Officier
Oh ! parbleu, les deux-font la paire. Eh ! Quel est ce joli minois, Qui nous écoute en tapinois ?
La Soeur Ainée
C'est une pauvre fille.
La Soeur Cadette
Qui nous visite quelquefois.
Bis.
Un Officier
Elle est, ma foi, gentille !
Air : On n'aime point dans nos forêts.
Cendrillon
Eh quoi ! Mes soeurs, en ce moment, Rougissent de me reconnaître !
Un Officier
Approchez donc, la belle enfant ; On ne risque rien de paraître, Quand on posséde tant d'appas.
Air : Du manchon.
À l'officier.
La Soeur Ainée
Voulez-vous bien aller là-bas ? Pour peu que le coeur vous en dise, Soyez avec nous moins discret : Comme à nos soins elle est commise, Votre hymen serait bientôt fait.
Il sort.
Un Officier
J'accepterais des offres si flatteuses, Si vous étiez moins curieuses ; Mais là-dessus, Tous vos efforts sont superflus ; Attendez à ce soir, Pour tout savoir, Attendez à ce soir.
Scène 9
La Soeur Ainée, La Soeur Cadette, Cendrillon, Ensemble
Air : Mariez, mariez-moi.
La Soeur Ainée
Enfin voici le moment, Où mon triomphe s'apprête ; La main d'un Prince charmant Va devenir ma conquête ; Préparons, préparons, préparons tout, Pour briller à cette fête ; Préparons, préparons, préparons tout, Pour l'affermir dans son goût.
Air : Pour t'avoir, le grivois te guette.
La Soeur Cadette
Par le secours de la toilette, Rendons ma beauté si parfaite, Qu'Azor puisse en mes yeux Retrouver encor de nouveaux feux. Dieux ! S'il répond à ma tendresse, Quelle fera mon allégresse ! Cendrillon, dépêchons ; tôt, tôt, Apportez ce qu'il faut, Je veux partir bientôt.
Air : T'as pied dans le margouillis.
Air : Comme un Coucou.
La Soeur Ainée
Oh ! Faites comme il vous plaira ; Sa seule affaire Est de me plaire ; Oh ! Faites comme il vous plaira ; Je retiens Cendrillon pour cela. Qu'on apporte ici ma toilette.
La Soeur Cadette
Qu'on apporte la mienne aussi.
La Soeur Ainée
Je céderais à ma cadette !
La Soeur Cadette
Oh ! L'âge ne fait rien ici.
Air : À l'envers.
Cendrillon
Par qui faut-il que je commence ?
La Soeur Cadette
C'est par moi.
La Soeur Ainée
Oh ! Vous voulez prendre l'avance, Je le vois. Mais quittez ce fol espoir.
On apporte deux toilettes toutes dressées.
La Soeur Cadette
Il faut voir.
Air : On prend femme, c'est l'usage. Noté dans L'Heureux déguisement.
Bis.
La Soeur Ainée
Allons vite qu'on m'arrange.
Bis.
La Soeur Cadette
Je vous trouve fort étrange. Cendrillon, venez m'aider, Laissez-la s'accommoder.
Bis.
La Soeur Ainée
Vous parlez bien à votre aise : Attendez, ne vous déplaise, Qu'elle ait posé mes rubans : Cendrillon n'a pas le temps.
La Soeur Cadette
Ah ! Si vous êtes la maîtresse, Il est juste qu'on se presse.
La Soeur Ainée
C'est vous qui faites la Princesse ; Tout vous choque, tout vous blesse.
Quatre fois.
Ensemble
Madame fait la Princesse, Madame fait la maîtresse.
Trois fois.
Cendrillon
Si vous parlez toutes les deux, Comment répondre à vos voeux.
Bis.
La Soeur Ainée
Raisonneuse !
Bis.
La Soeur Cadette
Paresseuse !
La Soeur Ainée
Faut-il, quand on dit un mot, Que vous soyez de l'écot ?
Cendrillon
Me gronderez-vous sans cesse, Quoique je n'aie aucun tort ?
La Soeur Ainée
Encore ?
Bis.
La Soeur Cadette
Aurez-vous bientôt fini ? Songez-vous que l'heure presse ?
À Cendrillon.
Bis.
La Soeur Ainée
Si je le sais ? Vraiment oui ; Eh ! vraiment oui. Mais quel démon vous transporte, De la presser de la sorte ? Pour finir plus promptement, Elle m'assomme la tête, La maladroite, la bête ! Elle m'assomme la tête : Allez donc plus doucement, Plus doucement.
Cendrillon
Je ne puis mieux faire, Mieux faire.
La Soeur Ainée
Ôte-toi de là.
Bis.
La Maraine entre ; les deux soeurs sortent en lui faisant une grande révérence et en chantant.
La Soeur Cadette
Ôte-toi de là. Va-t-en, va-t-en, va-t-en ma chère, De tes soins on se passera ; Ôte-toi de là, ma chère ; Et pour ma soeur garde ce soin, Je n'en ai plus aucun besoin. Suivons l'Amour, c'est lui qui nous mène.
Scène 10
La Maraine, Cendrillon
Air : Où s'en vont ces gais bergers.
La Maraine
Où vont-elles si gaiement ?
Cendrillon
Ce n'est point un mystère ; Vous savez l'événement, À mon amour contraire. Azor les mande au Palais. Quelle triste nouvelle ! Pourra-t-il, en voyant tant d'attraits, Ne pas m'être infidèle ?
Air : Je suis un bon soldat.
Air : Pour voir un peu comment ça f'ra.
La Maraine
L'espoir qui les conduit, Les séduit ; Soyez moins alarmée ; Vous verrez leurs projets Sans effets SanS aller en fumée. Ce sont autant de pas perdus ; Elles sont bien loin de leur compte ; J'en sais plus qu'elles là-dessus, Elles n'en auront que la honte. . L'épreuve qu'on doit exiger, Va les confondre et vous venger.
Air : Vous voulez me faire chante[r].
Cendrillon
De quelle épreuve parle-t-on ?
Air : Préparons-nous pour la fête nouvelle.
La Maraine
Je ne puis vous le dire . Suffit qu'en cette occasions Rien ne saurait vous nuire ; Vous en aurez tout l'agrément, C'est moi qui vous l'assure. Allez au Palais seulement, Et tentez l'aventure, II faut aller disputer la victoire : Ce jour est celui de la gloire ; La Fortune et l'Amour veulent vous couronner.
Cendrillon
À cet espoir flatteur dois-je m'abandonner ?
Air : Alarmez vous.
La Maraine
Partez vous dis-je, allez en assurance
Cendrillon
Très volontiers. Mais...
La Maraine
Quoi ?
Cendrillon
Ma bonne.
La Maraine
Eh bien ?
Air : Non, je ne ferai pas.
Cendrillon
Peut me montrer avec plus de décence, Ne faut-il pas ?...
La Maraine
Non, non, il ne faut rien.
Air : Non ; je ne ferai pas.
Cendrillon
Eh ! Quoi ! Vous prétendez que parmi tant de Belles, Dont l'art relève encor les grâces naturelles, Dans l'état où je suis j'irai me présenter ! Azor m'oserait-il seulement regarder ?
Air : Les petits riens.
La Maraine
Votre beauté, Cet heureux don de la Nature, Votre beauté, Vous dédommage avec usure. N'altérez point par l'imposture Cette aimable simplicité ; La plus élégante parure, C'est la beauté.
Air : Ne v'là-t-il pas que j'aime ?
Elles sortent.
Le théâtre change, et représente l'appartement du Prince.
Cendrillon
Je souscris à vos volontés : Guidez mon ignorance ; Je dois répondre à vos bontés Par mon obéissance.
Scène 11
Azor
Azor
Ô toi qui me punis de mon indifférence, Amour, Amour, j'implore ta clémence ; Mon coeur en ce moment abjure son erreur. Ah ! Si mon repentir désarme ta rigueur, Fais-moi connaître ce que j'aime ; Fais encor plus pour mon bonheur, Fais que j'en sois aimé de même.
Scène 12
Pierrot, Azor
Air : Vous me l'avez dit, souvenez-vous en.
Pierrot
Vous qui faisiez l'esprit fort ; Vous sentez donc votre tort ; Vous parliez différemment ; Je vous l'ai prédit, souvenez-vous en, Je vous ai prédit qu'Amour Vous jouerait un mauvais tour.
Air : Je ne sais pas écrire.
Azor
Mon ordre a-t-il été suivi ?
Pierrot
Seigneur, vous ferez obéi ; On vient de me l'apprendre. Quel sabbat nous aurons ici ! Toutes nos Dames à l'envi Ont promis de s'y rendre.
Air : Je ne verrai plus ce que j'aime.
Azor
Je rêverai donc ma Déesse : Un Dieu propice à ma tendresse, À mes désirs pressants va la rendre aujourd'hui...
Air : Ici sont venus en personne.
Pierrot
Par ma foi, vous aurez beau faire ; Cet objet qui vous a su plaire Ne vous sera jamais rendu.
Azor
Pourquoi donc ?
Air : De l'horoscope accompli.
Pierrot
C'est quelque chimère, Une ombre, un être imaginaire ; Hier, quand elle a disparu, On a cherché tant qu'on a pu, Elle s'est trouvée... introuvable ; Pour moi je crois que c'est le Diable Qui sous ce minois simple et doux, S'est voulu divertir de vous. Laissez-donc là cette chaussure ; À quoi peut être vous servir ? Croyez vous y voir la figure Du tendron qui vous fait souffrir ?
Azor
Vois, Pierrot, quelle gentillesse !
Pierrot
Je vois plutôt votre faiblesse.
Azor
Le joli pied ! Ah ! Qu'il me plaît !
Air : Boire à son tour.
Pierrot
Oui, mais tient-il ce qu'il promet ? Par cet échantillon, Vous jugez d'une Belle ; Vous perdez la raison ; Pardonnez à mon zèle ; Mais, en honneur, C'est une erreur ; Souvent le pied le plus mignon Sert à porter, une laid'ron, Une laid'ron.
Air : Que ne suis-je la jonquille ! ou l'Amant frivole.
Azor
Je me fuis fait à moi-même Les reproches les plus forts ; Du destin la loi suprême, Triomphe de mes efforts. Loin de blâmer ma tendresse, Sers plutôt, sers, mon ardeur ; Et respecte une faiblesse, Où j'attache mon bonheur.
Air : Lassi, lasson, la son bredondaine.
On entend un bruit confus de plusieurs femmes derrière le Théâtre.
Pierrot
J'y ferai diligence, Comptez, comptez sur ma vigilance : J'y ferai diligence.
Scène 13
Pierrot, Un Suisse, Choeur des Femmmes
Pierrot
Mais qu'est-ce que j'entends ?
Un Suisse
Doucement, doucement, doucement.
Pierrot
Ah ! Quel charivari, Nous allons voir ici ! Un régiment de Belles, En beaux atours, en modes nouvelles, Malgré les Sentinelles, Entrent dans le moment.
Un Suisse
Doucement, doucement, doucement.
Air : Ah ! Madame Anroux.
Choeur des Femmmes
C'est l'ordre du Roi ; Monsieur, laissez-moi, Passer, je vous prie. C'est l'ordre du Roi ; Je vous en supplie, Monsieur, laissez-moi.
Bis.
Un Suisse
Si vous n'y prenir garde, Moi, de mon hallebarde, Je donne un coup à toi.
Choeur des Femmmes
C'est l'ordre du Roi; Monsieur laissez-moi. ;
Un Suisse
Personne n'y passe.
Choeur des Femmmes
C'est l'ordre du Roi.
Toutes les femmes entrent.
Un Suisse
Je ferai main basse, Jarni, par mon foi.
Scène 14
Pierrot, La Soeur Ainée, La Soeur Cadette, Azor
Air : Lassi, Lasson, la sonbredondaine.
Air : Sexe charmant dont le partage.
À part.
Pierrot
Voici nos aspirantes ; Voyez, voyez ; qu'elles sont charmantes ! Voici nos Aspirantes ; Défendez bien, Seigneur, Votre coeur, Votre coeur. Aimez-vous la blonde ou la brune ? Ici l'on a de quoi choisir... Ne les faites donc pas languir. Pourquoi faut-il n'en prendre qu'une ? J'en vois beaucoup qui dès ce soir, Accepteraient bien le mouchoir.
Air : Je donnerais les revenus.
La Soeur Ainée
Je viens, Seigneur...
La Soeur Cadette
Avec grande impatience....
La Soeur Ainée
Jouir d'un honneur....
La Soeur Cadette
J'ai couru, Seigneur...
La Soeur Ainée
Pour moi bien flatteur.
La Soeur Cadette
Sitôt votre ordre venu...
La Soeur Ainée
L'aurais-je jamais cru ?
La Soeur Cadette
J'ai fait diligence.
La Soeur Ainée
Ce jour précieux...
La Soeur Cadette
Moment trop heureux !
La Soeur Ainée
Comble tous mes voeux.
La Soeur Cadette
Quel doux espoir...
La Soeur Ainée
Pour moi quelle gloire...
La Soeur Cadette
J'ose concevoir !
La Soeur Ainée
D'être en votre mémoire !
La Soeur Cadette
Tant de Belles à la Cour...
La Soeur Ainée
Aussi ma reconnaissance...
La Soeur Cadette
Peuvent briguer votre amour...
La Soeur Ainée
Vous assure du retour.
La Soeur Cadette
Que je n'osais me flatter...
La Soeur Ainée
Excusez mon imprudence.
La Soeur Cadette
D'avoir su le mériter.
La Soeur Ainée
Le zèle a su m'emporter.
Air : Morgué, la femme qui m'aura.
Azor
Je n'entends rien à ce jargon.
Bis.
Pierrot
Ni moi non plus, je vous répond ; Ce sont deux soeurs qui, cette nuit, Au bal ont fait du bruit ; Qui, d'abord qu'on les regardait, Croyait que l'on leur en contait ; Qui toujours minaudant ; Toujours vous minaudant ; Semblaient vous dire ; allons, Seigneur, Humanisez donc votre coeur.
Air : Paris est en grand deuil.
À Pierrot.
Azor
Un tel empressement Me flatte infiniment... Tâche de m'en défaire.
À part.
Air : La Carmagnole.
Au Prince.
Air : Du Précepteur d'amour.
Pierrot
Le Prince, en vérité... Se trouve... très flatté... Je ne sais comment faire. Nous ne sommes pas Hors d'embarras ; Toutes vont venir, Et vous tenir Même langage ; Nous ne sommes pas, Hors d'embarras ; Toutes vont bientôt vous tomber sur les bras. Il faut pour vous débarrasser De cette foule ridicule, Il faut, vous dis-je, commencer À faire l'essai de la mule.
Scène 15
La Maraine, Cendrillon, Choeur des Femmmes, La Soeur Ainée, La Soeur Cadette, Azor, Pierrot, Deux Soeurs
Air : La voici, tôt décampons.
La Maraine
Entrez donc.
Cendrillon
Non, j'ai trop peur ; Je sens palpiter mon coeur.
La Maraine
Qui peut vous causer un tel effroi ?
Cendrillon
C'est que l'on va se moquer de moi.
La Maraine
Point tant de discours, Avancez toujours.
Cendrillon
Guidez donc mes pas ; Ne me quittez pas.
La Maraine
Ah ! Que de façon !
Cendrillon
Ma Bonne, venez donc.
Air : Oh, oh, tourelouribo !
Choeur des Femmmes
Quelle Nymphe se présente ! Oh, oh, tourelouribo ! Voyez donc qu'elle est charmante ! Oh, oh, tourelouribo ! En honneur, elle m'enchante. Oh, oh ,oh, tourelouribo !
Air : Tarare ponpon.
La Soeur Ainée
Que venez-vous chercher, petite téméraire ? Osez-vous vous montrer avec ces haillons-là ?
La Soeur Cadette
Sors, ou crains ma colère.
La Maraine
Non, elle restera.
Azor
Pierrot, fais-les donc taire.
Pierrot
Paix-là !
Air : Des Proverbes.
À part.
À Cendrillon.
À part.
Azor
Venez, venez. Que d'appas ! Qu'elle est belle ! Venez, venez ; bannissez la frayeur. Quel feu nouveau vient m'enflammer pour elle ! Quel nouveau trait perce mon coeur !
Air : Dans un Couvent bienheureux.
La Maraine
À notre témérité Daignerez-vous faire grâce ? Et n'est-ce point trop d'audace ?
Azor
Ah ! J'en suis trop enchanté. Si quelqu'objet peut s'attendre, À m'enchaîner sous ses lois ; Vous seule y pouvez prétendre, Vous seule fixez mon choix.
Air : Belle Brune.
Bis.
À Cendrillon et aux autres.
Air : Le Corbillon.
Montrant la mule.
Pierrot
Et la mule ? Et la mule ? Seigneur, Un peu moins d'ardeur, Qui trop avance, recule ; Et la mule ? Ce n'est pas assez pour lui plaire, D'avoir beaux yeux, belle bouche, beaux bras ; Jambe fine et taille légère, Sont des beautés qui ne le flattent pas. Il faut pour gagner son amitié, Un joli petit, Un petit joli, Un joli gentil petit pied.
Air : Non, je ne crois pas.
À Cendrillon.
Air : D'Églé. Que je vous aime !
Azor
Non, je ne saurais Risquer à perdre tant d'attraits ; Non, non, non, je ne saurais Remettre au sort de si chers intérêts. Je ne veux devoir qu'à l'Amour, Le prix que j'attends en ce jour. Ce Dieu lui-même, Dans l'objet que j'aime, M'assure un bien suprême. Non, je ne saurais Risquer à perdre tant d'attraits ; Non, non, non, je ne saurais Remettre au sort de si chers intérêts. Oui, je vous aime ; Mais quel fera le prix de cette ardeur extrême ? Vous pouvez d'un seul mot dissiper mes ennuis.
Cendrillon
Seigneur...
Azor
Vous balancez... parlez...
Cendrillon
Non, je ne puis.
Azor
Que je vous aime !
Cendrillon
Eh ! Bien, oui, je vous aime.
Air : Tout est dit.
Pierrot
Voilà, ma foi, ce qui s'appelle, Mener l'Amour tambour battant ; Sans en faire à deux fois, la Belle, D'un plein faut, court au dénouement ; Mais laissons-les s'assurer de leurs flammes, En pareil cas, un témoin toujours nuit ; Adieu, Mesdames, Tout est dit.
Air : Comment donc as-tu réussi ?
La Soeur Ainée
Cette petite Cendrillon !
La Soeur Cadette
Cette petite Cendrillon !
Air : Bouchez, Naïades.
Air : J'ai, sans y penser.
La Maraine
De deux soeurs est-ce là le ton ? Apprenez l'une et l'autre À respecter son rang et son nom ; Ils valent bien le vôtre. Mais vous l'avez trop outragée ; Il est temps qu'elle soit vengée, Demeurez encor un instant, Je vais vous la faire connaître. Pour le sort le plus éclatant, Sachez que les Dieux l'ont fait naître. Si le Prince Azor, Voyait encor Son inconnue ?... Dans ce jeune objet, S'il la retrouvait trait pour trait ?... Un charme secret La dérobait à votre vue ; Mais à votre amour, Je la rends en ce jour.
Air : C'est chez vous.
Azor
Quoi ! C'est vous Qui m'inspiriez les transports les plus doux ? Quoi ! C'est vous ?...
Air : Vraiment ma Commère, oui.
Montrant l'autre mule.
La Maraine
Reconnaissez-vous ceci ?
CHOEUR de M. La Ruette.
Pierrot
Vraiment, ma Commère, oui : Tenez, voilà la pareille. Quelle est donc cette merveille ! Je me perds dans tout ceci.
Azor
Aux plus tendres ardeurs, Livrons, livrons nos cours Livrons, livrons nos cours Livrez, livrez vos cours L'amour nous engage, L'amour vous engage, L'Hymen va nous unir, L'Hymen va vous unir, Quel plaisir ! Quel plaisir J Toujours plus amoureux, Serrons, serrons, les noeuds, Serrez, serrez, les noeuds, Qui vont nous rendre heureux ! Qui vont vous rendre heureux !
Deux Soeurs
Aux plus noires fureurs ; Livrons, livrons nos cours ; La honte, la rage, Est notre partage ; Ah ! C'est trop en souffrir ! Fuyons, fuyons ces lieux, Et délivrons nos yeux, D'un spectacle odieux.
RÉCITATIF, par MONSIEUR LA RUETTE. N°1
N°2
Cendrillon
Des rigueurs d'un cruel destin Aurai-je toujours à ma plaindre ? Des rigueurs d'un cruel destin, Aurai-je toujours à me plaindre ? Un faible espoir me luit ne vain, Je n'en ai pas moins tout à craindre. J'ai joui cette nuit du spectacle enchanteur, Qu'étale aux yeux la Cour la plus brillante. Un prince à mes genoux exprimait son ardeur. Il ne me reste hélas ! De toute ma grandeur Qu'un souvenir qui me tourmente.
N°3.
La Maraine
Ah ! Dans quel état je vous vois ! Ne cherchez point d'excuse. Je devine aisément pourquoi Vous n'avez point suivi ma loi. Il est vrai ; j'en suis confuse. Oh ! Vraiment je le crois, je le crois, Mais pourquoi, mais pourquoi Ce manque de foi, ce manque de foi ? Fillette toujours raisonne, Et n'écoute personne, Quand on s'oppose à son penchant.
Cendrillon
Non, non ; c'est que, ma Bonne, C'est que, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement, Je n'ai pas pu faire autrement.
N°3.
La Maraine
Il fallait n'en croire que moi, Il fallait mieux suivre ma loi.
Cendrillon
Il est vrai : mais ma folie Est bien punie : un moment...
La Maraine
Un moment fait effet ; on s'y plaît, On s'en fait un amusement.
Air : par Mr de la Ruette. n°4
Air : par Mr de la Ruette. n°5
Air : par Mr de la Ruette. n°6
Cendrillon
Pardon, ma Bonne, Pardon, ma Bonne, Je n'ai pas pu faire autrement. Oui, oui. Pardon, ma bonne, Je n'ai pas pu faire autrement, Pardon, ma Bonne, Pardon, ma Bonne Je n'ai pas pu faire autrement. Je le sais bien, J'ai tout perdu. En moins de rien tout a disparu : Que le sort me traite, S'il veut, sans pitié, Non, non, je ne regrette Que votre amitié, Non, non, je ne regrette Que votre amitié. Les yeux vers moi tournés sans cesse, Tendrement il me regardait, Il me regardait ; De ses regards la douceur et l'ivresse, Et l'ivresse, M'inspiraient ce qu'il ressentait, M'inspiraient ce qu'il ressentait, À mes côtés est une place, Il s'en saisit ; Il s'enhardit, Je m'attendrit, Je m'attendris, Je veux le fuit, et je ne puis, Je ne veux finir, et ne puis, Je veux fuir et ne puis, Je veux le fuit, et je ne puis. Déjà mon trouble augmentait son audace, Quand minuit sonna, Et tout finit là : Déjà mon trouble augmentait son audace, Quand minuit sonna, Et tout finit là, tout finit là, tout finit là. Amour, dont je ressens la flamme, Épargne un faible coeur qui se livre à tes coups, Épargne un faible coeur qui se livre à tes coups, Les traits dont tu blesses mon âme Sont-ils l'effet de ton courroux, Sont-ils l'effet de ton courroux ? Fais briller à mes yeux un rayon d'espérance, Ou rends moi mon indifférence, Mon sort me paraître plus doux.