Compliment · 1874

Compliment pour la clôture

de Louis Anseaume

Représentation
≈ 11 min
Distribution
2 femmes, 4 hommes
Répliques
88
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Madame Berard F 7 ≈ 3 min 1
Monsieur le Jeune H 18 ≈ 2 min 1
Madame la Ruette F 16 ≈ 2 min 1
Arlequin H 28 ≈ 2 min 1
Le Souffleur H 9 ≈ 1 min 1
Choeur H 3 ≈ 1 min 1
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Compliment pour la Clôture du Théâtre de

Scène 1

Monsieur le Jeune, Arlequin, Tous Les Acteurs, Madame Berard, Autres Acteurs, Madame la Ruette, Monsieur Clerval, Le Souffleur, Ensemble, Monsieur Caillot, Choeur

Monsieur Le Jeune, entré à l'instant que la dernière pièce finit ; et fait la révérence au côté du Roi. Ensuite il s'avance pour saluer le côté de la Reine. Pendant ce temps Arlequin entre et salue le côté du Roi ; Monsieur le Jeune revient peur saluer le Parterre et se heurte contre Arlequin qui veut passer du côté de la Reine. Les cinq acteurs de la dernière pièce se rangent sur lés deux côtés du Théâtre pour éxam1ner ce que cela deviendra.

Lazzi de politesse entre Monsieur Le Jeune et Arlequin, dans l'attitude où ils se sont heurtés.

Monsieur le Jeune

Passez donc Monsieur.

Arlequin

Non, Monsieur, je n'en ferai rien.

Monsieur le Jeune

Je vous en prie.

Arlequin

Passez vous-même.

Monsieur le Jeune

Je ne passe pas, moi ; je reste.

Arlequin

Vous restez ! Et moi aussi.

Monsieur le Jeune

Mais, c'est que j'ai affaire ici.

Arlequin

Et moi aussi.

Monsieur le Jeune

Je suis chargé de faire un compliment au Public.

Arlequin

De faire un compliment !

Monsieur le Jeune

Oui, de faire un compliment.

Arlequin

Rien que cela.

Monsieur le Jeune

Pas davantage.

Arlequin

Réellement, vous n'avez pas autre chose à dire ?

Monsieur le Jeune

Non.

Arlequin

Eh bien ; allez-vous-en.

Monsieur le Jeune

Pourquoi donc ?

Arlequin

Parce qu'il ne faut pas de compliment.

Monsieur le Jeune

Comment il n'en faut pas ! Voilà du nouveau.

Arlequin

Non, non, non ; il n'en faut pas.

Monsieur le Jeune

Eh ! Que faut-il donc, à votre compte ?

Arlequin

Un remerciement, Monsieur, un remerciement. Et si beau que nous le fassions, il ne pourra jamais répondre aux bontés dont le Public nous a honorés pendant le cours de cette année.

se rapprochant

Tous Les Acteurs

Arlequin a raison.

Madame Berard

Tu as raison, mon fils, tu as raison.

Arlequin

Hem ! Voyez-vous que j'ai raison. La mère Bobi l'a dit.

Monsieur le Jeune

Eh ! Sans doute ; mais c'est la même chose.

Arlequin

Comment ?

Monsieur le Jeune

N'y a-t-il pas des compliments de toute façon, sur toute sorte de sujets ? Pour demander, pour remercier, pour refuser, pour donner, pour féliciter, pour dédier ?

Arlequin

Et pour ennuyer.

Monsieur le Jeune

Oh ! Bien, le mien ne sera pas de ceux-là ; car je ne dirai mot.

Arlequin

Il ne dira mot, il ne dira mot ! Il sera donc bien puni ; car je parie qu'il a médité un petit bout de harangue qu'il serait bien fâché de perdre.

Madame Berard

Il a raison ; il a raison.

Arlequin

Il a raison ! Il a raison ! Tout le Monde a raison avec vous.

Madame Berard

Oui, mon fils ; oui, son intention est louable et la tienne aussi.

Autres Acteurs

Et nous et nous.

Madame Berard

Paix, paix ; laissez-moi parler.

Madame la Ruette

Il s'agit d'un compliment, ou d'un remerciement ; c'est égal ; mais nous en sommes.

Madame la Ruette

Oh ! Oui, moi ; j'en suis, d'abord.

Arlequin

Voilà que tout le Monde s'en mêle à cette heure ; et moi, qu'est-ce que je ferai donc ? Je vous regarderai ?

AIR : La sagesse est un trésor.

bis.

bis.

bis.

Au public.

Suite de l'Air.

bis.

bis.

Madame Berard

Taisez-vous, mes chers enfants, Et cédez à votre mère. Pour plaire à d'honnêtes gens, Il est certaine manière;;. Avec un respect sincère Comme un enfant à son père, Il faut parler au Parterre, Sagement, modestEment. Car voilà tout le mystère Quand on fait un Compliment. Fuyez un vain étalage ; De mots qui ne disent rien, Évitez le verbiage Parlez peu, mais parlez bien. Tenez regardez-moi faire, Apprenez de votre mère, Et puis vous m'imiterez, Et puis vous réussirez. Les compliments les plus beaux Ne font toujours que des mots, Mais les mots et les paroles Ne valent pas les effets ; Les paroles sont frivoles, Les effets sont bien plus vrais. C'est par là que nous voulons Du mieux que nous le pourrons Assurer notre bonheur, Mériter votre faveur Et ranimer votre ardeur Je vous en donne, ma foi. Moi. Rappeliez à vos esprits, Depuis l'an mil sept cent seize, Que de moyens on a pris Pour en trouver qui vous plaise ; D'abord la troupe italique Se fait une étude unique D'apprendre a parler Français, Et d'un succès authentique Voit couronner ses essais. Cette époque vous amène Les Boissys, les Marivaux Qui pour orner notre scène Vous consacrent leurs travaux, Des ballets, des symphonies, De gentilles parodies, Les deux troupes réunies Qui nous font tant d'envieux ; Voilà, pour plaire à vos yeux, Des droits assez précieux. MESSIEURS,

Arlequin

Vous vous souvenez de loin, la mère.

Madame Berard

Ah ! Dame... Vous voyez bien tout ce monde-là. Eh ! Bien ; j'ai vu naître tout cela, moi. J'ai vu la troupe se former, s'accroître... et toujours du zèle... et toujours l'envie de plaire au public ; je ne sais pas ce que feront là-dessus nos héritiers, qu'ils nous égalent ; c'est tout ce qu'ils pourront faire ; mais nous surpasser, je les en défie...

Monsieur le Jeune

Messieurs...

Arlequin

Ah ! C'est donc votre tour ?

Monsieur le Jeune

Oui. Vous parlerez après. Vous le voulez bien ?

Arlequin

À votre aise. À votre aise,

Ces deux vers sont de M. Poinsinet.

Monsieur le Jeune

De nos faibles talents, vous présenter l'hommage Messieurs, c'est le devoir le plus cher à nos coeurs. Notre bonheur naît de votre suffrage Et, notre sort de vos faveurs. En vain les obstacles renaissent Nous n'avons qu'un seul but, c'est pour y parvenir Que nous étudions vos goûts, votre désir ; Et les épines disparaissent, Pour faire place aux fleurs que vous daignez cueillir. Honorez-nous toujours de la même indulgence, De nos jeunes auteurs protégez les Essais, Et que votre heureuse présence Soit à jamais la récompense De ceux dont vous avez couronné les succès. Entretenez en eux la flamme du génie Et, que chaque jour sous vos yeux, La musique brillante à l'art des vers unie Se puisse signaler, par des efforts heureux. Vous dont les coeurs sont idolâtres, Sexe aimable, daignez partager notre encens. Vous êtes l'ornement le plus beau des Théâtres,, Soyez-y déformais les juges des talenTs. Si les plaisirs ici se fixent sur vos traces, Vous fixerez les spectateurs. Belles, nous vous devrons le suffrage des coeurs, Vous nous devrez, Messieurs, la présence des Grâces. En encourageant nos travaux Vous en recueillerez le plus bel avantage, Vous jouirez de nos efforts nouveaux, Et vos plaisirs deviendront votre ouvrage.

Arlequin

Bravo, bravo.

Monsieur le Jeune

Je suis charmé que vous soyez content.

Monsieur Clerval

Voudriez-vous vous ranger de là ?

Arlequin

Pourquoi donc ?

Monsieur Clerval

C'est que j'ai à parler aussi, moi.

Arlequin

Ah ! Parlez, parlez ; je ne suis pas pressé.

Air : Nous étions dans cet âge encore.

Arlequin

Oui, Messieurs ; voilà le grand mot. Venez nous voir, et comme il dit fort bien, faites toujours provision d'indulgence. Nous ferons bien notre possible pour n'en pas abuser ; mais à cause... des circonstances... quelquefois... et puis...

Madame la Ruette

Et puis Arlequin s'embrouille.

Arlequin

Ah ! C'est vous Pierre le Roux.

Madame la Ruette

Allons, allons ; tais-toi, et laisse-moi parler.

Arlequin

Vous avez eu le poignet ferme autrefois ; mais ce n'est pas cela qu'il faut ici.

AU PUBLIC.

Harangue parodiée sur celle du Jardinier et son Seigneur.

Madame la Ruette

Le plaisir le plus flatteur, Le plus doux pour notre coeur ; C'est lorsque nous vous voyons Applaudir à nos Moissons. Il faut ce qu'il faut ; et j'ai tout ce qu'il faut ; ne t'embarrasse pas. MESSIEURS,

Le Souffleur

Chansons,

Madame la Ruette

Chan.... mois.... chansons. Et lorsque nous vous ..... Mais, mais, mais, soufflez donc.

Le Souffleur

Votre goût est....

Madame la Ruette

Votre goût est le bandeau.

Le Souffleur

Le flambeau, Le ban... le flam... non, le flambeau Dont le rayon tutélaire Répand, répand la carrière.

Le Souffleur

Lumière.

Madame la Ruette

Répand la lumière, Et rend nos pas.... Parbleu, Monsieur, soufflez donc.

Le Souffleur

Animés par...

Madame la Ruette

Animés par vos leçons, On s'empresse... Sans cesse... Sans cesse... Soufflez donc, soufflez donc.

Le Souffleur

Pour mériter vos...

Madame la Ruette

Pour mériter vos suffrages, De vous offrir des ouvrages Dignes de vous... Parbleu , Monsieur soufflez donc.

Le Souffleur

S'ils n'ont pas l'art...

Madame la Ruette

S'ils n'ont pas l'art de vous plaire Notre zèle est-il moins toujours sincère Va-t-il moins,toujours cherchant,

Le Souffleur

Croissant.

Madame la Ruette

Croi... cher croi... cher... croissant. De nos efforts.... Parbleu, Monsieur, soufflez donc.

Le Souffleur

Rendez-nous donc les fruits.

Ensemble

Rendez-nous donc les fruits. Le zèle vaut son prix. Rendez-nous donc les fruits. Le zèle vaut son prix.

Arlequin

Pierre le Roux...

Madame la Ruette

Eh ! Bien, quoi ?

Arlequin

En conscience, vous devez une gratification au Souffleur.

Madame la Ruette

Vous avez bonne grâce, en vérité, Messieurs, de plaisanter dans ces moments-ci. Nous finissons une année brillante ; nous sommes maintenant en butte aux traits de l'Envie.... Que deviendrons-nous si le Public nous retire ses bontés ?

Madame Berard

Allez, allez, ma fille ; le Public n'écoute point les mauvaises langues. Faisons toujours de notre mieux ; et fions-nous à lui du soin de nous rendre justice.

Air : Quand on est bonne, bonne ménagère.

Madame la Ruette

Cette espérance calme notre peine, Souffrirez-vous qu'elle soit vaine ? Qui peut nous troubler, Devons-nous trembler Quand nos destins Sont dans vos mains ? Cette espérance, etc. On voit ardenTs à nous détruire Nos jaloux entre eux s'exciter Méditer, tourner, comploter... Mais l'espérance, etc. Les traits qu'ils voudraient nous lancer Désormais ne peuvent nous nuire, Si vous daignez les repousser. Cette espérance, etc Voilà, voilà, voilà notre unique secours, Voilà, voilà, voilà notre unique recours.

Air : Laissons la grandeur qui brille.

bis.

Monsieur Caillot

Après quelques jours d'absence, Puisons-nous en affluence Vous voir courir à nos jeux ! C'est ainsi que de ces lieux, Nous vous faisons nos adieux. Et c'est le meilleur. Tenez, moi ; je vous ai laissé dire. Mais voici mon sentiment. Prenons congé du Public, puisqu'il le faut, et employons notre vacance à lui préparer de nouveaux amusements.

Choeur

C'est ainsi que de ces lieux, etc.

Monsieur Caillot

L'hiver glace la Nature Elle reprend sa verdure, Et refleurit au printemps. Le printemps chez nous revient, Quand le Public se souvient Du Théâtre Italien.

Choeur

C'est ainsi que de ces lieux, etc.

Madame la Ruette

Cet espoir me fait renaître Et plus vif que le salpêtre Je compte bien avant peu De plus belle entrer en jeu Et toujours plus assidus Réparer le temps perdu.

Tous sortent, à l'exception d'Arlequin qui se voyant seul dit sur le ton du dernier Choeur :

Choeur

C'est ainsi que de ces lieux, etc Jusqu'au plaisir de vous voir. Serviteur, adieu, bonsoir.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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