Intermède · 1755

Le chinois poli en France

de Louis Anseaume

Représentation
≈ 20 min
Distribution
1 femme, 3 hommes
Répliques
151
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Noureddin H 34 ≈ 6 min 3
Zaïde F 47 ≈ 5 min 6
Eglé N 30 ≈ 4 min 5
Un Mandarin H 20 ≈ 3 min 2
Hamsi H 20 ≈ 2 min 3
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle Le Chinois Poli
Noureddin absentabsentabsent
Zaïde
Eglé absent
Un Mandarin absentabsentabsentabsent
Hamsi absentabsentabsent
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Le Chinois Poli

Scène 1

Un Mandarin, Eglé, Zaïde

AIR. On n'aime point dans nos Forêts.

Un Mandarin

D'un projet qui doit vous flatter Il est temps que je vous instruise ; Mes filles, il faut m'écouter, Et me répondre avec franchise. Je veux à chacune de vous Aujourd'hui donner un époux.

AIR. La jeune Abbesse de ce lieu.

à part

Eglé

Aujourd'hui même, quel plaisir !

Haut.

Zaïde

Ô Dieux ! Quelle peine cruelle ! Vous savez, pour vous obéir, Quel fut de tout temps notre zèle ; Pardonnez, pour la première fois, Si nous résistons à vos lois.

AIR Passerons-nous sans amours.

Un Mandarin

Plait-il ?

Eglé

Où tend ce discours ?

Zaïde

Quand tous les jours Vous faites éclater Sur nous votre tendresse, Pouvons-nous sans tristesse Songer à vous quitter ?

AIR. Ah ! que je me lasse d'être.

Un Mandarin

On peut s'affliger sans doute, Lorsque d'un père chéri Il faut se séparer ainsi ; Mais si cette perte coûte Pour en adoucir l'ennui, Rien ne vaut mieux qu'un bon mari.

Zaïde

Non, jamais la jouissance Des biens que l'hymen dispense N'aura tant d'attraits pour nous Qu'une heureuse indépendance.

Eglé

Hé, ma soeur, parlez pour vous.

AIR. Bouchez. Naïades vos Fontaines.

Zaïde

Quoi, vous pensez au mariage !

Un Mandarin

Elle raisonne en fille sage : La vertu dans le célibat Est d'un usage difficile ; Dans l'Hymen elle a moins d'éclat ; Mais elle est aussi plus facile.

AIR. À deux genoux près de Sylvie.

Eglé

Je ne sais point me contrefaire Ce que mon père ordonnera, > Je me sens d'humeur à le faire, Et prête à tout ce qu'il voudra.

AIR. Le jeune Berger qui m'engage.

Zaïde

Il est un moyen très facile. De nous contenter toutes deux : Puisque ma soeur est si docile, Qu'un doux hymen comble ses voeux : Moi qui, malgré SA longue absence, Garde mon coeur à Noureddin, Souffrez qu'avec même constance, Je lui réserve aussi ma main.

AIR De Joconde.

Un Mandarin

Je ne saurais blâmer en toi Cette délicatesse ; Non, tu n'engagera ta foi Qu'au gré de ta tendresse . Ton amant...

Zaïde

Ciel ! Que dites-vous ?

Un Mandarin

De retour à la Chine, Est, ma fille, l'heureux époux, Qu'un père te destine.

AIR. À quoi s'occupe Magdelon ?

Eglé

Et moi ne pourrai-je savoir À qui je suis destinée ; Et moi ne pourrai-je savoir Quel époux je dois avoir ?

AIR. Tout roule aujourd'hui dans le monde.

Un Mandarin

Si le jeune Hamsi peut te plaire, Tu connais son rang et son bien ; Sitôt je termine l'affaire.

Eglé

Votre choix décide le mien.

Il sort.

Un Mandarin

Il doit venir par sa présence De ses feux hâter le succès : Moi de cette double alliance, Je vais ordonner les apprêts.

Scène 2

Eglé, Zaïde

AIR. Ah ! le bel oiseau maman.

Eglé

Serez-vous toujours, ma soeur, Triste, rêveuse, inquiète: Hé quoi, de votre bonheur Qui peut troubler la douceur ? Votre Amant est de retour ; Pour vous unir tout s'apprête.

Zaïde

Ô ! Moment que mon amour Craint autant qu'il le souhaite ; Ce Noureddin que j'attends, M'aimait d'une ardeur parfaite ! Mais qui sait, après trois ans, Quels feront ses sentiments ?

ARIETTE.

AIR. Tous les matins dans nos forêts.

Eglé

D'une vaine crainte, Votre âme est atteinte ; Une vaine crainte Vous tient en suspens. Soyez plus prudente, Et cédez au temps, Comme il se présente, Pour moi je le prends. Mais à propos, de nos amants, Nous attendons la visite ; Vous savez que les agréments Font auprès d'eux notre mérite, C'est par nos charmes Qu'ils font enchaînés. Venez, venez, Nous mettre sous les armes.

AIR. Que craignez-vous charmante Reine.

Zaïde

Des seuls attraits de la nature, ParAissons, à leurs yeux, emprunter notre fard, N'employons point d'autre parure ; L'art de plaire toujours est de plaire sans art.

AIR. L'équipage le plus en usage,

Elle tire un miroir de sa poche, et rajuste sa coiffure.

Eglé

La plus sage Peut mettre en usage Les moyens permis Pour faire des amis ; Quand pour plaire L'art est nécessaire, On doit s'en servir Si l'on veut réussir. Les hommes toujours Jugent par l'écorce ; Nos atours Pour eux sont une amorce ; Tout dépend D'un premier moment, Si dans l'instant Le coeur ne le prend, Sans nul espoir Notre beauté perd son pouvoir. La plus sage Peut mettre en usage Les moyens permis Pour faire des amis : Quand pour plaire, L'art est nécessaire, On doit s'en servir Si l'on veut réussir.

Air. Comme un coucou que l'Amour presse.

Zaïde

Quelqu'un vient, c'est Hamsi je pense.

Eglé

Cachons vite notre miroir. L'art est permis ; mais par prudence, Il ne faut pas le laisser voir.

Scène 3

Hamsi, Eglé, Zaïde

Air. La nuit dans les bras du repos.

Hamsi

Si j'en crois ce qu'en ce moment Votre père vient de m'apprendre, Vous approuvez le sentiment Qui l'a fait me nommer son gendre ; Mais il faut que votre coeur Confirme un aveu si cendre Mais il faut que votre coeur Consente à faire mon bonheur.

AIR. L'autre nuit j'aperçus en songe.

Eglé

De mon destin mon père est maître, Je souscris sans peine à ses lois ; Mais en me voyant, votre choix, Commence à vous gêner peut-être ; Vous me supposiez des appas, Qu'en moi vous ne trouverez pas.

Air. Branle de Metz.

Hamsi

Belle Eglé, pouvez-vous faire Cet outrage à vos attraits ? J'en ressens trop les effets ; Oui, soyez sûre de plaire : Mais un goût plus délicat Me conduit dans cette affaire, Vos vertus ont un éclat Dont je fais bien plus d'état.

AIR. À l'ombre de ce vert bocage.

Zaïde

D'une manière ingénieuse On vous fait entendre par-là, Qu'il faut être moins curieuse De sa beauté.

Eglé

Pourquoi cela ? À l'honneur de passer pour sage, Lorsque l'on joint les agréments : N'est-ce pas un double avantage ?

À part.

Air. Pour voir un peu comment ça f'ra.

Hamsi

C'est raisonner de très bon sens. Mais l'autre raisonne encor mieux.

Zaïde

Il ne dit pas tout ce qu'il pense.

Eglé

Il me paraît bien sérieux.

Zaïde

J'augure mal de ce silence.

Air. Quand je vous ai donné mon coeur.

Eglé

Avant de conclure, il est bon D'y faire quelque attention. Aux qualités du coeur, on doit Accorder son estime, C'est un tribut qu'on ne saurait Leur refuser sans crime.

Zaïde

Et l'amour ?

Eglé

Et l'amour, je crois, Est l'effet d'un joli minois.

AIR. Dormir est un temps perdu.

Hamsi

Un objet moins gracieux, Je vous le répété, S'il est sage et vertueux, Sur une beauté parfaite, Dans mon coeur l'emportera.

AIR. Tu croyais en aimant Colette.

Eglé

Le pauvre Galant ! il n'a Que la sagesse en tête. Êtes-vous toujours raisonnable.

Hamsi

Oui.

Eglé

Tant pis.

Hamsi

Je reste interdit.

Zaïde

Vous verrez que pour être aimable Il faut avoir perçu l'esprit.

AIR. M. le Prévôt des Marchands.

Hamsi

Ennemi de la vanité, Toujours avec sincérité, Tel je suis, tel je veux paraître. Prêts de nous lier pour jamais Nous ne pouvons trop nous connaître,

AIR. Tant de valeur.

Haut.

Eglé

Il semble qu'il le fasse exprès. Hamsi, vous avez en partage Tout ce qui peut faire estimer ; Si vous voulez vous faire aimer, Croyez-moi, changez de langage.

AIR. Donnez amants, mais donnez, bien.

Zaïde

Ma soeur, vous êtes la première Qui fassiez un crime à quelqu'un D'avoir beaucoup de sens commun ; Il est si rare sur la terre, Qu'on ne saurait trop le chérir. Où l'on a pu le découvrir.

AIR.

Eglé

L'Amour est un enfant badin, Les jeux forment son empire ; Qui sait folâtrer et rire Devient heureux soudain. Souvent il se tient caché Dans un coeur qui l'ignore, Sans qu'on s'en doute encore, Le trait est lâché. L'Amour est un enfant badin, Les jeux forment son empire : Qui sait folâtrer et rire, Devient heureux soudain.

AIR. Suivons l'Amour, c'est lui qui nous mène.

Hamsi

Très clairement, c'est me faire entendre. Qu'à votre main, j'ai tort d'aspirer.

Eglé

Ah ! vous pouvez toujours y prétendre.

Hamsi

Mais le plus sûr est de me retirer.

AIR. Ton humeur est Catherine.

Zaïde

Que faut-il donc pour vous plaire, Si vous pensiez comme il faut, Sa tranquillité, ma chère, Ne serait plus, un défaut, Vous ne savez pas encore Qu'en fait d'Hymen ou d'Amour, La plus agréable aurore Ne fait pas le plus beau jour.

Scène 4

Noureddin, Zaïde, Eglé, Hamsi

AIR. Cotillon couleur de rose.

À Zaide.

Noureddin

Du temps que j'ai mis à mon voyage, Montrons ici que j'ai profité, J'ai sans vanité Un joli jargon, de l'usage ; Cela me suffit, Je crois, pour me mettre en crédit ; Allons à Zaïde en faire hommage, Du moindre retard son coeur gémir. Le destin propice à mes voeux Me rend enfin tout ce que j'aime. Est-il un mortel plus heureux ?

Zaïde

C'est vous Noureddin ?

Noureddin

C'est moi-même. Depuis trois ans, loin de vos yeux, J'ai souffert une peine extrême.

Zaïde

Si l'absence fait tant souffrir, Il fallait plutôt revenir.

AIR. Je suis un bon Soldat.

Noureddin

Le reproche est flatteur Pour mon coeur Oui, ma chère Zaïde Je vois avec transport Cet effort De l'Amour qui vous guide.

AIR. J'ai rêvé toute la nuit.

Zaïde

N'êtes-vous que de ce jour À la Chine de retour ?

Noureddin

Les amis et les parents Ont jusqu'à présent rempli tout mon temps.

Zaïde

L'Amour devait bien du moins Occuper vos premiers soins.

ARIETTE.

AIR. Le Démon malicieux et fin.

Noureddin

Ne craignez rien, vous êtes trop belle Et votre Amant est trop fidèle Pour vous avoir manqué de fois : Je veux mourir sous votre loi. Le trait par vos yeux lancé, Jamais ne peut être chassé. C'est lui qui me ramène Mon coeur, de reprendre sa chaîne, Se trouve forcé. Eh, que fait cet homme auprès de vous ?

Zaïde

De ma soeur ce doit être l'époux.

Noureddin

Ah, fort bien.

Zaïde

Mais un petit caprice, Dans leur amour répand quelque froideur, Vous pouvez lui rendre un bon office, En nous aidant à la tirer d'erreur.

AIR. Babet que t'es gentille.

Noureddin

C'est donc là votre soeur ? Elle est parbleu jolie ; Si vous n'aviez mon coeur, J'en aurais presqu'envie.

Eglé

Qu'il est délicat !

Hamsi

Qu'il me paraît fat !

Noureddin

Vous l'aimez bien, sans doute ?

Hamsi

Assurément.

Bis.

Noureddin

C'est fort bien fait. Ça voyons donc pour quel sujet, Entr'eux le divorce se met : Parlez, je vous écoute.

AIR. Nous autres bons Villageois.

Zaïde

Chacun selon son humeur, Tâche d'exprimer sa tendresse ; L'un en parle avec douceur, Et l'autre en folâtrant sans cesse. Or, je dis.

Noureddin

Vous avez raison.

Zaïde

Laissez-moi donc achever...

Noureddin

Bon !

Zaïde

Vous n'êtes pas instruit...

Noureddin

D'accord : Mais vous ne sauriez avoir tort.

AIR. Dans un bois, la trop simple Annete.

Zaïde

Je soutiens qu'un Amant peut plaire ; Quoique d'un air serieux Il exprime ses feux, À l'objet de ses tendres voeux : Ma soeur qui pense le contraire, Aux dépens du sentiment Cherche dans un Amant L'enjouement.

AIR. Du haut en bas.

Noureddin

Elle a raison, On ne doit aimer que pour rire, Elle a raison. >

Zaïde

Eh, comment l'entendez-vous donc ?

Noureddin

C'est un fardeau, c'est un martyre, Qu'un Valant qui toujours soupire Elle a raison.

AIR. L'Oiseau Royal.

Eglé

À notre âge, Un doux badinage Est-il donc Hors de saison ? La jeunesse Doit rire sans cesse : La sagesse un jour Aura son tour. Il faut dans la vie Un peu de folie, Sans quoi tout languit, Tout s'assoupit. Le plaisir enchante, La raison tourmente; C'est donc au plaisir À la bannir.

Noureddin

À son âge, Un doux badinage Est-il donc Hors de saison ? La Jeunesse Doit rire sans cesse ; La Sagesse un jour Aura son tour.

AIR. Je ne sais pas écrire.

Zaïde

Vous n'avez jamais eu ce ton.

Noureddin

Ainsi, Monsieur le Céladon, Pour apprendre l'usage, Allez en France, comme moi, Vous avez besoin sur ma foi, De ce petit voyage.

AIR. Sûre de ta foi.

Hamsi

Ah ! Si j'ai besoin D'acquérir du savoir, Sans aller si loin, Il suffit de vous voir.

Noureddin

Oui, sans hyperbole ; Pour vous, mes leçons Seraient une école Des belles façons.

AIR. Joli coeur n'est point volage.

Hamsi

Vous êtes pétri de grâces ; On ne saurait s'égarer Quand on marche sur vos traces.

Noureddin

Je veux bien vous les montrer.

AIR. Preuve de folie.

Eglé

Ma soeur, il est charmant.

Hamsi

Dieux ! Quelle modestie !

Zaïde

Hélas ! je vois à tout moment Croître sa folie.

AIR. Pierrot se plaint que sa femme.

Noureddin

Que chuchotez-vous ensemble ? Vous me paraissez surpris, De mon habit ce me semble ; N'est-il pas d'un goût exquis ?

Hamsi

Oui, mais le sage, En tous lieux doit être mis Selon l'usage.

AIR. Du haut en bas.

Noureddin

Le Sage ? bon !

Zaïde

Partout je crois, c'est la méthode.

AIR. De l'Amour tout subit les lois.

AIR. Paris est au Roi, mon coeur est à moi.

Noureddin

Vous croyez donc ? Mais en dépit de sa leçon, L'homme aimable établie la mode, Et malgré le sage incommode, Donne le ton. Croiriez-vous que même à Paris, Moi, moi tout Chinois que je suis, J'en ai mis en vogue plus d'une, Que mon goût Faisait loi par tout : Qu'à la Cour les jeunes marquis Venaient prendre de mes avis ; Que les Magots y font fortune Tour comme en ce Pays. Nos lacs, nos vernis, Nos fleurs et nos fruits, Nos petits pots-pourris Y sont d'un grand prix ; Dans tous leurs bijoux Ils ont pris nos goûts, Pour danser nos ballets On s'y met en frais. Puisqu'en France On commence À donner dans le Chinois, J'imagine Qu'à la Chine, Bientôt des Français Nous prendrons des lois, Nos lacs, nos vernis, etc.

AIR. Du Cap de bonne espérance.

Zaïde

D'un Peuple vain et volage, Deviez-vous prendre les airs ? Vous que j'ai connu si sage, Vous donnez dans ce travers ?

AIR. De tous les Capucins du monde.

AIR. Changement pique l'appétit.

Noureddin

Quoiqu'il ait l'humeur légère, C'est le peuple de la terre, Qui connaît mieux le plaisir, Et sait mieux l'art d'en jouir. Un Français jamais ne s'ennuie , Il n'a d'autre soin dans la vie, Que le choix des amusements ; Tous les autres pays ensemble N'offrent point autant d'agréments, Qu'en son sein Paris en rassemble. Là, chacun pour le satisfaire. Trouve concerts, jeux, bonne chère, La Comédie et l'Opéra.

Eglé

L'Opéra ! Qu'est-ce qu'on fait-là ?

AIR. La Chaîne, ou Sylvie.

AIR. Lulli n'est plus à l'Opéra.

Noureddin

Des Fillettes, Fort bien faites Chaque soir Vont s'y faire voir ; Leur sagesse, Peu tigresse, D'un tendre feu Quête l'aveu. Dans ce commerce de tendresse, Un goût léger tient lieu de sentiment, Sans savoir comment La fin du Roman Touche souvent au commencement. Plus loin se trouve un bois charmant ; Asile du tendre mystère, Où le Dieu d'amour est souvent Plus honoré que dans Cythère. Là, de ce Peuple sémillant, S'annonce en tout le caractère ; On y voit de jeunes plumets, Dans de légers cabriolets, Traînés par un coursier fringant, Dar, dar, dar, dar, dar, et flin, flan, flan, Courir plus vite que le vent.

AIR. Si ma Philis vient en vendanges.

Zaïde

Vous sortez ?

Hamsi

Je suis las d'entendre, Un si fatiguant Discoureur, Et je vais de ce pas à votre père apprendre Le peu d'espoir qui reste à mon ardeur.

Scène 5

Noureddin, Zaïde

AIR. Non, je ne ferai pas.

Noureddin

Eh, laissez-le partir, ma foi, c'est un sot homme. Avec son air bénin, sa gravité m'assomme, Il voudrait rationner ; mais quand on n'a rien vu, Il sied mal, entre nous, de taire l'entendu.

AIR. Je ne veux point troubler votre ignorance.

Zaïde

Vous le blâmez, vous êtes plus à plaindre.

Noureddin

Quoi, contre moi, vous prenez son parti ? Mais, mais, comment,vous m'allez faire craindre, Puis-je espérer de l'emporter sur lui ?

AIR. Non, toujours dire non.

Zaïde

Non.

Il lui prend la main.

Noureddin

Que veut dire non ? Vous n'y pensez pas, ma Reine ; D'honneur, vous m'étonnez, Vous badinez.

Zaïde

Ah ! Finissez.

Noureddin

Quoi, vous me repoussez ; L'ardeur de vos feux Éclate dans vos yeux, Non, cette rigueur N'est point dans votre coeur. Bannissez la pudeur Qui vous gêne. Quand nous serons unis, Je veux...

Zaïde

Votre attente est vaine.

Noureddin

Vous donner si je puis, L'air des Dames de Paris.

AIR. Je passe la nuit et le jour.

Zaïde

Souffrent-elles, patiemment, Que de trop près on les approche ?

Noureddin

L'usage dans un cas pressant Leur dicte bien certain reproche ; Mais en vous écartant ainsi, Elles ont un ton si poli, Si radouci, Si radouci, Qu'il veut dire revenez-y.

AIR. Mon petit doigt me l'a dit.

Zaïde

Eh bien, retournez en France.

Noureddin

De cette seconde absence Vous auriez trop de regret.

Zaïde

Je vous quitte de ce zèle.

Noureddin

Mais voilà ce qui s'appelle Un caprice bien complet.

ARIETTE.

Zaïde

Petits Maîtres sans cervelle, Que vous êtes dans l'erreur ; Vous croyez que d'une belle, Un geste, un souris flatteur En dépit d'elle, Doivent surprendre le coeur. Petits Maîtres sans cervelle, Que vous êtes dans l'erreur !

Scène 6

Un Mandarin, Hamsi, Noureddin, Zaïde, Eglé

AIR. D'Epicure.

Un Mandarin

VOus perdez trop tôt l'espérance, Sur ma fille j'ai du pouvoir ; Je suis sûr de sa complaisance.

Hamsi

Mais je ne veux lui rien devoir.

Noureddin

Votre père, à propos, s'avance, Devant lui nous nous entendrons.

Zaïde

J'y consens...

Noureddin

De votre inconstance, Du moins nous saurons les raisons.

AIR. De tons les Capucins du monde.

Un Mandarin

Eglé...

Eglé

Nous voici dans la crise.

Un Mandarin

On dit que votre coeur méprise, Les voeux qui vous sont adressés.

Eglé

Mépriser ! Non, je vous assure.

Un Mandarin

Vous voyez...

Eglé

Mais...

Un Mandarin

Vous balancez Qui vous empêche de conclure ? s

AIR. Nous sommes Précepteurs d'Amour.

Eglé

S'il le fallait absolument...

Hamsi

Non je ne veux point vous contraindre.

AIR. Que de Gentillesse.

Un Mandarin

Tantôt vous parliez autrement, Et rien ne vous forçait à feindre. Zaïde plus sage, Et moins volage, À son choix sait mieux s'en tenir ; Suivez son modèle, Faites comme elle.

Eglé

Avec bien du plaisir.

AIR. hélas ! Ma soeur, je tremble.

Zaïde

Hélas ! Je vais mon père Peut-être, vous déplaire ; Mais enfin, Noureddin, Compte en vain sur ma main : L'Amour que j'eus pour lui S'est éteint aujourd'hui.

Un Mandarin

Voilà bien des façons.

Zaïde

J'ai de forces raisons Pour cela.

Un Mandarin

Ta, ta, ta, ta, ta, ta. Quelles sont ces raisons-là ?

Zaïde

Tout l'avantage Que son voyage Lui donne, est d'être léger, volage, Malgré son brillant étalage, Ses voeux sont mal reçus, Je romps le noeud qui nous engage, Enfin, je n'en veux plus.

Un Mandarin

Quel abus ! Quel abus.

Zaïde

Non, non, je n'en veux plus. Je n'en veux plus,

Un Mandarin

Ah ! quel abus !

Zaïde

Je n'en veux plus,

AIR. Je ne sais pas écrire.

AIR. Entre l'amour et la raison.

AIR. Trois enfants gueux.

Un Mandarin

Ah ! quel abus À vous entendre toutes deux, Chacun dans son Amoureux, Trouve un défaut étrange. Il faut pourtant s'accommoder, Le moyen de vous accorder Est de faire un échange. Hamsi, solide et sérieux, À Zaïde conviendra mieux, Eglé qui veut que pour lui plaire On soit léger, vif et badin, En le donnant à Noureddin Trouvera, je crois, son affaire. Que dites-vous de cet arrangement ?

À Eglé.

Noureddin

Ah ! J'y consens pour vous punir volage. Je suis à vous, Eglé dès ce moment, Si vous daignez; recevoir mon hommage.

AIR. Quand le péril est agréable.

Hamsi

À ce parti que l'on projette, Donnerez-vous votre agrément ?

Zaïde

Très volontiers.

Hamsi

Qu'en ce moment, Mon âme est satisfaite !

AIR. Rions, chantons.

DUO.

Un Mandarin

Enfin, voici votre hyménée Au gré de mon ardent souhait, Mes enfants, heureusement fait, Pour terminer cette journée, Rions, dansons, célébrons les noeuds Qui comblent aujourd'hui nos voeux.

Eglé

L'Amour d'un trait vainqueur, Perce mon âme, Oui, je sens que d'un trait vainqueur, L'Amour perce mon coeur. Il m'enflamme. Goûtons la plus vive allégresse, M'aimerez-vous toujours? Oui, j'aimerai sans cesse Nos fidèles amours, Oui, dureront toujours.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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