Saynète · 1894

Chez l’Avocat

de Georges Courteline

Représentation
≈ 4 min
Distribution
2 hommes
Répliques
22
Écriture
En prose
Dans l’app
Voix prêtes

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Letruffé H 11 ≈ 2 min 1
Brisemiche H 11 ≈ 2 min 1
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Chez l'Avocat

Scène 1

Brisemiche, Letruffé

La scène se passe dans le cabinet du célèbre avocat Brisemiche, spécialité de divorces.

Brisemiche

Tout ça, tout ça, ce n'est pas des griefs suffisants. Que votre femme ronfle la nuit et qu'elle s'obstine bon gré mal gré à vous faire coucher dans la ruelle, c'est peut être désagréable, mais ce n'est as un cas de divorce.

Letruffé

Siouplaît

Brisemiche

Je vous dit que le fait de ronfler en dormant et de vous obliger à coucher dans le ruelle n'est pas de nature...

Letruffé

Oh ! Mais attendez dont ! Vous ne connaissez pas le plus beau.

Brisemiche

Parlez, alors ; je vous écoute.

Letruffé

Monsieur, vous n'avez pas idée comme cette femme là est maniaque. Tenez, elle a des habitudes que le diable userait sa salive à essayer de les lui faire perdre.

Brisemiche

Quelles habitudes ?

Letruffé

De lire les journaux au lit et de faire pipi à huit heures du matin.

Brisemiche

Au lit aussi ?

Rire de Brisemiche.

Letruffé

Ah non ! Seulement, c'est pour vous dire comme elle est égoïste. Ainsi, nous recevons deux journaux : L'Écho de Paris et Le Petit Journal : eh bien, pendant qu'elle en lit un, vous croyez peut-être que je lis l'autre ? Pas du tout ? Cette rosse-là le met sur son derrière afin que je ne puisse pas l'avoir et que je sois, de là, à m'embêter comme un rat mort. C'est épatant, hein ?... Plus fort que ça, Monsieur ! Monsieur, quand elle se lève pour aller faire pipi, vous pensez que je lis les journaux ? Oui, je t'en souhaite !... Elle les emporte ! Elle les emporte aux cabinets, et elle reste des fois une heure, pendant que je suis là à me taper !... Tout ça pour m'embêter et m'empêcher de lire La Marchande de Moules, par Monsieur Xavier de Montépin. Quelle salle bête ! Mon Dieu, quelle sale bête!

Brisemiche

Voici qui vaut un peu mieux, et de petit tableau ferait merveille dans ma plaidoirie. Pourtant il n'y a pas à dire, ce n'est pas encore suffisant.

Letruffé

Qu'est ce qu'il vous faut ?

Confidentiellement.

Brisemiche

Vous allez voir. Pour être en mesure de plaider décemment et pour conclure au divorce avec des chances de succès, j'aurais besoin, tout au moins, de quelques injures bien senties.

Hurlant.

Letruffé

Quelques... Bougre de cochon ! Sacré empaillé ! Saligaud...

Brisemiche

Hein ?... Quoi ?... Qu'est-ce ?...

Letruffé

Vous êtes un ignoble veau !...

Brisemiche

Moi ?

Letruffé

Oui, vous ! Absurde et abject personnage ! Être stupide et marécageux ! Non, mais avez-vous jamais vu une sale et répugnante gueule comme celle de ce gras macchabée.

Haut.

Brisemiche

J'ai fait une gaffe ! Ce Letruffé est un homme plein de délicatesse, que l'idée d'insulter une femme a fait sortir de ses gonds. Calmes-vous mon ami, de grâce ! Vous vous êtes mépris sur mes intentions, et puisque la noblesse de votre caractère vous fait répugner aux injures, eh bien ! Qu'il n'en soit plus question ; je m'en contenterai de quelques voies de fait, calottes, coups de pied...

Il tombe sur Brisemiche à poings clos.

Letruffé

Quelques... Rien de plus simple.

Brisemiche

Aïe ! Aïe ! Aïe !... Au secours ! À l'aide ! On m'assassine !

Letruffé

Ne criez pas comme ça, tonnerre de Brest !... Vous allez faire venir le monde.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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