Opéra · 1682 · 6 actes

Daphné

de Jean de la Fontaine

Représentation
≈ 44 min
Distribution
5 femmes, 11 hommes
Répliques
270
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Daphné F 44 ≈ 8 min 4
Apollon H 18 ≈ 4 min 3
Momus H 22 ≈ 4 min 5
Clymène N 22 ≈ 4 min 2
Leucippe H 18 ≈ 3 min 5
Vénus F 12 ≈ 2 min 2
Pénée H 15 ≈ 2 min 5
Tharsis N 10 ≈ 2 min 4
Télamon N 10 ≈ 1 min 3
Ismèle F 3 ≈ 1 min 1
Jupiter H 6 ≈ 1 min 1
Apidame H 4 ≈ 1 min 3
Amphrise H 5 ≈ 1 min 3
L'Amour H 7 ≈ 1 min 2
Chloris F 5 ≈ 1 min 2
Aminte N 8 ≈ 1 min 2
Choeur N 8 ≈ 1 min 4
Meroé F 4 ≈ 1 min 2
Minerve H 6 ≈ 1 min 1
Prométhée H 6 ≈ 1 min 1

Et 3 autres rôles.

Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle PrologueIIIIIIIVV
Daphné absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Apollon absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Momus absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Clymène absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Leucippe absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Vénus absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Pénée absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Tharsis absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Prologue

Scène 1

Jupiter, Vénus, Minerve, Momus, Prométhée, Dieux, L'Amour, Choeur Des Dieux, Choeur

Jupiter

Vous, qui voulez qu'à la fureur de l'onde Jupiter mette un frein, et repeuple ces lieux, Vous vous lassez trop tôt d'être seul dans le monde ; Mille voeux vont troubler cette paix si profonde Dont la terre à présent laisse jouir les cieux.

Vénus

Charmante oisiveté, repos délicieux !

Minerve

Ou plutôt, repos ennuyeux !

Vénus

Quoi ! le sommeil pourrait aux déesses déplaire ! Ne point souffrir, Ne point mourir, Et ne rien faire, Que peut-on souhaiter de mieux ? Ce qui fait le bonheur des dieux, C'est de n'avoir aucune affaire, Ne point souffrir, Ne point mourir, Et ne rien faire.

Minerve

Est-ce ainsi qu'on a des autels ?

Jupiter

Eh bien, faisons d'autres mortels : Vos talents et nos soins deviendront nécessaires.

Momus

Ne vous faites point tant d'affaires.

À ce commandement de Jupiter, les Vents partent de tous les côtés du théâtre, et apportent Prométhée.

Jupiter

Les premiers des humains sont péris sous les eaux : Fille de ma raison, forgeons-en de nouveaux. Prométhée en fait des modèles ; Vents, allez le chercher, qu'il vienne sur vos ailes.

Prométhée

Que me veut Jupiter ?

Jupiter

Ouvre tes magasins.

À ce commandement de Prométhée, les toiles qui représentent la terre s'ouvrent de côté et d'autre, et au fond aussi, et laissent voir de toutes parts une boutique de sculpteur avec force outils et morceaux de toutes matières, et des statues d'hommes et de femmes debout sur des cubes.

Prométhée

Paraissez, nouveaux humains.

Momus

Sont-ce là des humains ? Quelle race immobile ! J'aimais mieux la première, encor que moins tranquille.

Prométhée

Vous ne les connaissez pas.

Momus

Fais-leur faire quelques pas.

Les statues descendent, et viennent à pas lents et graves faire une entrée, dansant presque sans mouvement, et d'une façon composée, comme feraient des sages et des philosophes.

Prométhée

Descendez.

Momus

Quelles gens ! Ce n'est qu'une machine.

Prométhée

C'est l'idole d'un sage.

Dieux

Hé quoi ! la passion Jamais chez eux ne domine !

Les nouveaux hommes, qui paraissaient de véritables statues, quittent une partie de l'habit qui les enveloppe, et se font voir tels qu'ils sont dans l'intérieur, l'un représentant l'ambition, l'autre, la colère, la crainte, le désespoir, la joie excessive, etc. En cet état ils dansent en confusion et d'une manière aussi impétueuse et aussi vive que l'autre était grave et peu animée.

Prométhée

Leur coeur en est tout plein ; ce n'est qu'ambition, Colère, désespoir, crainte, ou joie excessive. Machine, on veut voir vos ressorts ; Quittez tous ces trompeurs dehors.

Momus

Je la trouvais trop lente, et la voilà trop vive.

Minerve

Laissez-moi régler ces transports.

Vénus

Mon fils, par de secrètes causes, Peut encor mieux que vous les calmer à son tour : Rien n'a d'empire sur l'Amour, L'Amour en a sur toutes choses. Le plus magnifique don Qu'aux mortels on puisse faire, C'est l'amour.

Minerve

C'est la raison. Le don le plus nécessaire Aux hôtes de ce séjour, C'est la raison.

Vénus

C'est l'amour.

L'Amour

L'effet en jugera : servez-vous de vos armes, Et moi j'emploierai mes charmes.

Les hommes qui s'étaient arrêtés quelques moments pour ouïr Minerve, attendent à peine qu'elle a achevé, et ne laissent pas, malgré ses conseils, témoigner toujours la même fureur et le même emportement. L'Amour leur faisant signe qu'il veut parler, ils s'arrêtent.

Minerve

Que vous vous tourmentez, mortels ambitieux, Désespérés et furieux, Ennemis du repos, ennemis de vous-mêmes ! A modérer vos voeux mettez tous vos plaisirs : Régnez sur vos propres désirs ; C'est le plus beau des diadèmes.

Aux hommes.

À ce mot, ceux qui dansaient en confusion et en tumulte dansent deux à deux comme personnes qui s'aiment.

L'Amour

De vos sages discours voyez quel est le fruit Je ne dirai qu'un mot. Aimez. On obéit : Vous le voyez.

Vénus

Amour, qu'il est doux de te suivre !

Jupiter

Vivez, nouveaux humains.

Choeur Des Dieux

Vivez, nouveaux humains.

Vénus

Laissez-vous enflammer. Que vaut la peine de vivre, Sans le doux plaisir d'aimer ?

Choeur

Que vaut la peine de vivre, Sans le doux plaisir d'aimer ?

Momus

D'où vient que si mal assortie Cette belle a fait choix d'un vieillard pour amant ?

L'Amour

C'est l'effet merveilleux d'un secret sentiment Que j'appelle sympathie.

Vénus

Le démon opposé n'a pas moins de pouvoir. Souvent nous haïssons ce qui devrait nous plaire.

Jupiter

Tel dieu sait l'avenir, qui n'a pas su prévoir Quels maux ce démon lui va faire. Mais un jour un prince viendra Qui plaira plus qu'il ne voudra. Le Destin parmi nous lui garde un rang insigne, Et je lui veux accorder, Afin qu'il en soit plus digne, L'art de savoir commander. Mars lui promet en apanage La grandeur d'âme et de courage.

Minerve

Moi, la vertu.

Vénus

Moi, l'agrément.

L'Amour

Et moi le don d'aimer et d'être heureux amant.

Vénus

Amour et la Raison s'accorderont pour faire Qu'aux coeurs comme aux esprits ce prince plaise un jour

Choeur

Heureux qui par raison doit plaire ! Plus heureux qui plaît par amour !

Acte I

Scène 1

Chloris, Aminte

Chloris

Allons dans cette prairie : C'est un tranquille séjour ; Jamais les larmes d'amour N'y baignent l'herbe fleurie ; Les moutons y sont en paix, Et les loups n'y font jamais D'outrage à la bergerie.

Chloris

Viens, ma soeur.

Aminte

Je te suis.

Chloris

Viens goûter une vie Dont le calme est digne d'envie. Notre Nymphe a banni de ces lieux si charmants Ce peuple d'importuns que l'on appelle amants. La voici.

Aminte

Que d'appas, de beautés, et de grâces ! Dirait-on pas que l'air s'embellit à ses traces ?

Scène 2

Daphné, Chloris, Choeur, Aminte, Meroé, Clymène

Daphné

Amour, n'approche point de nos ombrages doux, De nos prés, de nos fontaines ; Laisse en repos ces lieux ; assez d'autres que nous Se feront un plaisir de connaître tes peines.

Daphné

Chloris, n'est-ce pas la ta soeur que tu m'amènes ?

Chloris

Je vous la viens offrir. Nous cherchions en ces lieux Ce que Flore a pour vous de dons plus précieux.

Daphné, ayant achevé ces paroles, se baisse pour cueillir des fleurs, et les Nymphes de la suite en font autant ; pendant quoi un choeur de bergers, demeuré par respect derrière le théâtre, répète ces mots.

Daphné

Cherchons, cherchons des fleurs ; l'âge nous y convie : Parons-nous de bouquets pendant notre printemps : Les plaisirs ont chacun leur temps, Comme les saisons de la vie

Choeur

Cherchons, cherchons des fleurs ; Daphné nous y convie.

Daphné

J'entends de nos bergers le concert plein d'appas. Qu'ils chantent, je le veux, mais qu'ils n'approchent pas.

Choeur

Cherchons, cherchons des fleurs ; Daphné nous y convie Il en renaît sous ses pas.

Daphné

Déployons nos trésors.

Chloris

J'ai cueilli les plus belles.

Aminte

Et moi, les plus nouvelles.

Meroé

Moi, les plus vives en couleur.

Daphné

Et vous ? Quel mauvais choix vous avez fait, ma soeur ! Vous nous direz, pour votre peine, Une chanson contre l'Amour. Cependant je veux que ma Cour Jure de lui porter une éternelle haine ; Jurez la première, Clymène !

Clymène

Tout serment De n'avoir jamais d'amant Est chose fort incertaine ; Il en est peu que l'on tienne Plus d'un jour, plus d'un moment : Tout serment De n'avoir jamais d'amant Est chose fort incertaine.

Daphné

Je veux que vous juriez ; dites donc après moi : Amour,

Clymène

Amour,

Daphné

Si jamais sous ta loi Je respire,

Clymène

Si jamais sous ta loi Je respire,

Daphné

Je consens de mourir.

Clymène

Mourir ? c'est beaucoup dire.

Daphné

Je consens de mourir, si jamais je soupire.

Clymène

Je consens de mourir, si jamais je soupire.

Daphné et les personnes de sa suite se prennent alors par la main, et Clymène chante cette gavotte que toute la troupe danse, la répétant après elle :

Daphné

Clymène, acquittez-vous ; accompagnons ses sons, Et que nos pas animent nos chansons.

Clymène

L'autre jour sur l'herbe tendre Je m'assis près de Philandre : Il me conta ses tourments ; Ma mère alors me querelle. « Petite fille, dit-elle, N'écoutez point les amants. Ils sont indiscrets, volages, Téméraires, et peu sages ; Ils font mille faux serments : Ils sont jaloux, ils sont traîtres, Et tyrans quand ils sont maîtres, N'écoutez point les amants. » Écoutez ma chansonnette, Et l'écho qui la répète, Et ces rossignols charmants : Leur musique est sans pareille ; Mais ne prêtez point l'oreille Au ramage des amants.

Daphné

Méroé, poursuivez nos divertissements.

Meroé

J'ai vu le temps qu'une jeune fillette Pouvait, sans peur, aller au bois seulette. Maintenant, maintenant les bergers sont loups : Je vous dis, je vous dis : « Filles, gardez-vous. »

Scène 3

Apollon, Momus

Pendant que ces Nymphes dansent, Apollon et Momus passent. C'était incontinent après la défaite du serpent Python. Toute la troupe des jeunes filles, à la vue de ces étrangers, s'enfuit, l'une d'un côté, l'autre de l'autre. Apollon et Momus demeurent.

Apollon

Voici Tempé, cette vallée Dont on vante partout l'ombrage et les beautés ; Et voilà les flots argentés Qu'y fait couler le dieu Penée. Plus loin vers ces sommets mon empire s'étend. N'y veux-tu pas venir, Momus ? On nous attend.

Momus

Demeurons encore où nous sommes : Ai-je pu voir en un instant Toutes les sottises des hommes ? Par vos puissants efforts, invincible Apollon, On ne craint plus ici les fureurs de Python. Les habitants de ces rivages DeVÉNUS plus heureux, n'en seront pas plus sages : Le temps de la sottise est celui du bonheur.

Apollon

Mais que dis-tu de ma victoire ?

Momus

Elle vous a comblé d'honneur, Et rien n'égale votre gloire.

Apollon

Que le fils de VÉNUS cesse de se vanter Qu'ainsi que nous il sait porter Un carquois, un arc, et des flèches ; C'est un enfant qui fait des brèches Dans les coeurs aisés à dompter. Il remporte toujours des victoires faciles ; Je défais des serpents qui dépeuplent des villes.

Momus

Vous méprisez celui qui tient tout sous sa loi. Si l'Amour vous entend ?

Apollon

Et que crains-tu pour moi ?

Momus

Parlez bas, c'est un dieu ; s'il venait à paraître ?

Apollon

Un dieu ! c'est un enfant : quitte ce vain souci.

Momus

Qui donne à Jupiter un maître, Vous en pourrait donner aussi.

Scène 4

Cupidon

Dans le temps que Momus achève ces mots, l'Amour descend du ciel comme un trait, et se vient placer entre Apollon et Momus.

Ces paroles dites, Cupidon s'en revole dans les airs.

à Apollon

Cupidon

Quel est l'orgueilleux qui me brave ? Quel téméraire ose attaquer l'Amour ? Ah ! je vous reconnais : vous serez mon esclave Avant la fin du jour.

Scène 5

Momus, Apollon

Tandis que Momus dit ces paroles, Daphné avec ses compagnes, par une curiosité de jeunes filles, avance un peu la tête sur le théâtre, et fait quelques pas dans la scène pour voir ces deux étrangers. Apollon la voit un moment ; aussitôt l'Amour, qui est demeuré dans l'air, fait son coup, et Daphné avec sa troupe s'enfuit encore une fois.

Momus

Que cet enfant est fier ! Voyez comme il menace ! Ne le prendrait-on pas pour l'aîné des Titans ? Je plains le dompteur de serpents ; Il ne fait pas sûr en sa place.

Apollon

Ah ! Qu'ai je vu, Momus ! Que de traits éclatants ! Que de jeunesse, que de grâce !

Momus

Elle fuit.

Apollon

Mille amours avec elle ont paru.

Momus

Mille amours ? C'est beaucoup ; je n'en ai pas tant vu. Vous aimez ; vous voyez d'un autre oeil que le nôtre : De quelques qualités qu'un objet soit pourvu, L'amant y voit toujours ou plus ou moins qu'un autre.

Apollon

Déesse, tu me fuis ? T'ai-je déjà déplu ? C'est pourtant Apollon qui t'aime, qui t'adore. Je n'en puis plus, je sens un feu qui me dévore : Reviens, charmant objet ! Et vous, Olympe, cieux, Je vous dis d'éternels adieux ; Je vous méprise, je vous laisse : Qu'êtes-vous près de ma déesse ? Tout votre éclat vaut-il un seul trait de ses yeux ? Ne la verrai-je plus ? Faut-il que cette belle Emporte mes plaisirs et mon coeur avec elle ? Demeurons sur ces bords, je ne les puis laisser.

Momus

Passerons-nous pour dieux ?

Apollon

Et pour qui donc passer

Momus

Pour mortels, car les dieux, par leur grandeur suprême Ne font souvent qu'embarrasser : On les craint plus qu'on ne les aime. Les vrais amants doivent toujours Sous un maître commun vivre d'égale sorte : Ou monarques ou dieux, n'entrez chez vos amours Qu'après avoir laissé vos grandeurs à la porte

Apollon

Je te croirai ; changeons de nom : Je m'appelle Tharsis, satrape de Lycie.

Momus

Et moi, son suivant Télamon Que si sur mon chemin quelque Nymphe jolie Se rencontre en passant, je prétends bien aussi La cajoler, m'approcher d'elle, Non pas en amoureux transi : Je vous veux servir de modèle Et cependant, allons conquérir votre belle.

Scène 6

Vénus, L'Amour

Ce récit fait, l'Amour se vient jeter dans le giron de sa mère.

Vénus

Qu'est devenu mon fils ? Mortels, le savez-vous ? Je souffre, je languis, je meurs en son absence : Si l'Amour ne me suit, rien ne me semble doux. Heureux les lieux qu'anime sa présence ! Heureux tout l'Univers qui me doit sa naissance ! Qu'est devenu l'Amour ? Échos, le savez-vous ? Quel nouveau coeur aujourd'hui de ses coups Éprouve la puissance ? Qu'est devenu l'Amour ? Échos, le savez-vous ? Je souffre, je languis, je meurs en son absence.

Vénus

Ah ! Mon fils, d'où viens-tu ?

L'Amour

De blesser Apollon. Je l'ai rendu pour Daphné tout de flamme ; Tandis qu'un autre trait, par un autre poison, Fait que pour lui Daphné n'a que haine dans l'âme.

Aux dieux et aux hommes :

Pour obéir à ce commandement de Vénus, on chante et on danse sur la terre, et dans la gloire, qui est au fond du théâtre : sur la terre, des personnes de toutes conditions, et dans la gloire, des enfants qui représentent les Amours, les Jeux et les Ris. La danse achevée, Vénus, dont le char est entouré d'enfants chante ces paroles :

Vénus

Amour, tu sais dompter les coeurs et les esprits. Que la terre et les cieux célèbrent de mon fils La dernière victoire ! Mortels et dieux, chantez sa gloire. Allez de toutes parts, courez, Amours et Ris ; Faites connaître de mon fils Le doux et le suprême empire : Ne laissez rien qui ne soupire. Allez de toutes parts, courez, Amours et Jeux ; Rendez l'Univers amoureux

Acte II

Scène 1

Pénée, Fleuves, Apidame, Sperchée, Amphrise

Pénée

Dieux tributaires de mon onde, Je veux, par les beautés de ce moite séjour, Arrêter quelque temps deux princes à ma Cour ; Que votre zèle me seconde !

Fleuves

Commandez.

Pénée

Que le Sort vous a rendus heureux ! Hyménée et l'Amour fréquentent vos rivages : Vos grottes quelquefois leur prêtent des ombrages : Ces dieux me méprisent tous deux.

Apidame

Laissez agir le temps ; il peut tout auprès d'eux. A peine a-t-il encor fait passer la princesse Des appas de l'enfance à ceux de la jeunesse : Deux soleils ont à peine éclairé son printemps.

Pénée

Combien de coeurs depuis ce temps Ont en vain soupiré pour elle ! Ah ! si Tharsis pouvait la rendre moins cruelle !

Sperchée

Consultez la Sibylle Ismèle : Les dieux peut-être par sa voix Obligeront Daphné de suivre votre choix

Pénée

Hélas ! Jamais Daphné n'aimera que les bois.

Amphrise

Ces plaisirs passeront : tout passe dans la vie ; De différents désirs elle est entre-suivie ; On y change d'humeur, on y change d'envie ; On y veut goûter de tout. Le plus libre enfin se lie ; Tôt ou tard on s'y résout.

Apidame

Il faut peu pour changer ces âmes si sévères ; L'exemple à ce doux noeud les amène toujours. Des bergers chantant leurs amours, Dans les bras de l'hymen voir mener des bergères, Et leurs folâtres jeux sur les vertes fougères, Apprivoisent les coeurs, qui, deVÉNUS plus doux, S'accoutument aux mots d'amour, d'amant, d'époux ; Des mots on en vient au mystère.

Pénée

J'approuve vos raisons ; et Daphné, pour me plaire, Doit faire en mon palais les honneurs de ce jour. On y va célébrer l'hymen du jeune Amphrise Il s'engage avecque Florise ; La fête arrêtera ces princes à ma Cour : Allons en prendre soin. Daphné vient, et Clymène ; Entrons dans la grotte prochaine.

Scène 2

Daphné, Clymène

Daphné

Ah, Clymène ! Plains-moi.

Clymène

Princesse, vous pleurez ; puis-je savoir pourquoi ?

Daphné

Je ne me connais plus ; ce n'est plus moi, Clymène : Ces puissants dédains, cette haine, Ces serments contre Amour, que sont-ils deVÉNUS. Un mortel les rend superflus. Hélas ! il vient de me dire sa peine, Et depuis ce moment je ne me connais plus.

Clymène

Un des princes, sans doute, a causé ces alarmes. Serait-ce point Tharsis ? Je lui trouve des charmes Contre qui je sens bien que ma sévérité N'emploierait pas toutes ses armes.

Daphné

Je crois ? Si tu le veux, qu'on en est enchanté, Cependant il me cause une invincible haine ; Contre lui dans mon âme un dieu me semble agir.

Clymène

Je le connais, ce dieu : c'est Leucippe.

Daphné

Ah, Clymène ! Ne me regarde point, tu me ferais rougir.

Clymène

Pourquoi rougir ? commettez-vous un crime ? Le Ciel permet-il pas d'aimer ou de haïr ? Est-il rien de si légitime ? Tircis est des plus charmants, Je méprise son martyre ; Cependant sous mon empire Il languit depuis longtemps. Philandre à peine y soupire, Son service est reconnu ; La raison, je vais la dire : Mon temps d'aimer est venu.

Daphné

Hélas ! le mien aussi ; mais garde-toi, Clymène De découvrir ma flamme, et l'exposer au jour : Plains-toi que de Tharsis je méprise la peine ; Notre sexe veut bien que l'on sache sa haine, Mais il met tous ses soins à cacher son amour.

Clymène

Le voila, ce Tharsis ; son malheur vous l'amène.

Scène 3

Tharsis, Daphné

Tharsis

Que je dois au Destin de m'avoir arrête En des lieux ou l'on voit briller votre présence ! Vous y régnez par la beauté, Aussi bien que par la naissance : Souffrez que j'y demeure au rang de vos sujets.

Daphné

Non, Seigneur, je ne puis recevoir vos hommages ; Offrez-les à d'autres objets ; Abandonnez nos rivages : Quel plaisir aurez-vous parmi des coeurs sauvages ?

Tharsis

Je vous verrai.

Daphné

Fuyez cette triste douceur. Il vaut mieux qu'une prompte absence Rende le calme à votre coeur, Que de vous voir enfin guéri par ma rigueur, Ma haine, ou mon indifférence.

Tharsis

Ô Ciel ! Lui dois-je ajouter foi ? Quoi ! Ne pouvoir m'aimer ! me haïr ! me le dire ! Amour, tyran des coeurs, depuis que sous ta loi On gémit, on pleure, on soupire, Fut-il jamais amant plus malheureux que moi ? Que je sache au moins, inhumaine, Ce qu'a Tharsis en lui de si digne de haine ?

Daphné

Son amour ; c'est assez : je le dis à regret. Vous avez dans mon coeur quelque ennemi secret Qui met un voile sur ces charmes A qui d'autres auraient déjà rendu les armes. Enfin quittez nos bords, Seigneur, vous ferez mieux ; Qui ne peut être aimé doit s'éloigner des lieux Où sans cesse il peut voir le sujet de ses peines. Faut-il livrer son coeur à d'éternelles gênes Pour le plaisir de ses yeux ? Je vous laisse, et me tais ; ma fuite et mon silence Vous seront des tourments plus doux.

Tharsis

Princesse, demeurez : je trouve votre absence Plus cruelle encor que vous.

Scène 4

Télamon, Tharsis

Télamon

Ceci vous trouble et vous étonne.

Tharsis

Suis-je donc le fils de Latone ? Ai-je dompté Python ? Suis-je un dieu ? Je n'ai pu Gagner une mortelle ! un enfant m'a vaincu ! Qu'il m'ôte mes autels : que sert-il qu'on me donne En ces lieux l'encens qui m'est dû ? Et qu'est-ce que l'encens qu'une chose frivole Près des moindres faveurs que nous font de beaux yeux ? Daphné, vous me pourriez d'une seule parole Mettre au-dessus des autres dieux.

Télamon

Espérez ce mot favorable : Il n'est amant si misérable Qui n'espère.

Tharsis

Tu ris.

Télamon

Jupiter vous vaut bien : Je ris aussi quand l'Amour veut qu'il pleure. Vous autres dieux, n'attaquez rien Qui, sans vous étonner, s'ose défendre une heure : Sachez que le temps seul en a plus couronné Que tous les efforts qu'on peut faire.

Tharsis

Je n'ose plus parler de mes feux à Daphné.

Télamon

Laissez dormir sa colère. Après que l'on vous aura Contraint longtemps de vous taire, Un moment arrivera Que l'on vous écoutera.

Scène 5

Tous, Deux Bergers, Un Sacrificateur, Choeur, Momus, Meroé, Pénée

Penée et sa Cour entrent sur la scène, et la noce ensuite. Daphné conduit l'épousée, et un des fleuves le marie. Toute cette troupe fait le tour du théâtre en cérémonie. Deux bergers chantent ces paroles, que le choeur répète.

Après que chacun s'est rangé et a pris sa place, les deux bergers chantent ce premier couplet de l'épithalame.

Tous

Hymen, Hyménée.

Daphné présente au sacrificateur l'épousée, et un des fleuves le marié.

Deux Bergers

Florise est donnée A l'un des plus beaux Qui porte à Pénée Tribut de ses eaux : Qu'il ait chaque année De nombreux troupeaux, Et chaque journée Des plaisirs nouveaux. Hymen, Hyménée.

Un Sacrificateur

Amants, je vous unis ; vivez sous mêmes noeuds.

Choeur

Parmi les plaisirs et les jeux.

Momus

A quelques filles de la noce, près desquelles il se rencontre : Pour un pareil lien formez-vous point des voeux ? Songez-y bien, bergères : Hyménée est un dieu jeune, charmant, et blond ; Mais les jours avec lui ne se ressemblent guères : Le premier est amour, amitié le second, Le troisième froideur ; songez-y bien, bergères.

Meroé

Vraiment, Télamon, La leçon Est jolie. Changez de place, Iris ; venez ici, Célie, Pholoé, ne l'écoutez plus. J'en suis d'avis ; mes soins deviendront superflus ; Télamon corrompra cette troupe innocente.

Momus

Que vous êtes reprenante, Gouvernante ! Laissez-nous causer en paix : Laissez la jeunesse rire : Elle inspire Toujours d'innocents secrets. Je crois que vous êtes sage : À votre âge On le doit être, ou jamais. Vingt ou trente ans de veuvage, C'est dommage, Ont refroidi vos attraits. Ah ! si selon vos souhaits Vous redeveniez aurore, Vous vous serviriez encore De vos traits.

Meroé

Me faudra-t-il aussi souffrir la raillerie ?

Pénée

Laissez-nous achever cette cérémonie.

Les gens de la noce dansent, et pendant qu'ils se reposent on chante ces deux autres couplets de l'épithalame :

Le choeur répète à chaque fois ces deux dernières paroles.

Un Sacrificateur

Hymen, Amour, joignez vos noeuds, Et rendez ces amants heureux. Des pas de Florise Loin, bien loin les loups ; Et de ceux d'Amphrise Les soupçons jaloux ! Que leur destinée N'ait rien que de doux, Et que la lignée Ressemble à l'époux. Hymen, Hyménée. Jamais la constance Aux amants ne nuit ; On vit d'espérance, Puis le reste suit. L'amour obstinée Porte fleur et fruit. Ô douce journée ! Ô plus douce nuit ! Hymen, Hyménée.

Acte III

Scène 1

Clymène

Après ces paroles, on entend un bruit de cors et de cris de chasse.

Clymène

Tout me semble parler d'amour En ces lieux amis du silence : Ici les oiseaux nuit et jour Célèbrent de ses traits la douce violence. Tout me semble parler d'amour En ces lieux amis du silence. Heureux les habitants de ces ombrages verts, S'ils n'avaient que ce mal à craindre ! Mais nous troublons leur paix par cent moyens divers : Humains, cruels humains, tyrans de l'Univers, C'est de vous seuls qu'on se doit plaindre. Vois-je pas Télamon, confident de Tharsis ? Hélas ! il vient en vain me conter les soucis D'un prince que Daphné devrait trouver aimable. Plût au Ciel qu'elle fut à ses voeux favorable !

Scène 2

Télamon, Clymène

Télamon

Que vous avez de grâce à porter un carquois ! Rien ne vous sied si bien.

Clymène

On me l'a dit cent fois.

Télamon

On ne vous l'a pas dit peut-être au fond d'un bois. En ces forets, je vous prie, Écartons-nous un moment, Et mettons de la partie L'ombre et l'amour seulement.

Clymène

Tout rendez-vous un peu sombre Doit toujours être évité : Quand je vois l'amour et l'ombre, Je vais d'un autre côté.

Télamon

C'est trop s'en défier. Mais, dites-moi, Clymène, Daphné montre en ses yeux une secrète peine ; Qui la cause ? Leucippe est-il ce bienheureux ? Ou plutôt est-ce un dieu qui s'attire ces voeux ? Je m'y connais, l'Amour la touche.

Clymène

On se laisse assez toucher, Mais on aime à le cacher ; Et d'une jeune farouche L'Amour est plus tôt vainqueur Qu'il n'a tiré de sa bouche Le nom qu'elle a dans le coeur.

Télamon

N'en saurai-je pas plus ?

Clymène

Je n'ai rien appris d'elle.

Télamon

Vous voulez garder ce secret : Je serais importun aussi bien qu'indiscret Si je vous pressais trop, et la chasse m'appelle. Adieu, Nymphe cruelle.

Scène 3

Daphné

Daphné

Je vous ai tous deux entendus : Heureuse, si Tharsis ne me pressait pas plus !

Scène 4

Leucippe, Daphné

Leucippe

Puis-je interrompre le silence Qu'en ces paisibles lieux peut-être vous cherchez ? Me le permettez-vous ?

Daphné

Oui, Leucippe, approchez ; On ne craint pas votre présence ; Venez me consoler de celle de Tharsis.

Leucippe

Et qu'ordonnerez-vous de mes propres soucis ? Mon rival ne peut plaire à l'objet qu'il adore, Un sentiment jaloux ne me peut alarmer : C'est beaucoup ; mais que dis-je ? ah ! ce n'est rien encore Vous savez bien haïr, mais pourriez-vous aimer ?

Daphné

J'ai souffert votre amour ; répondez-vous vous-même.

Leucippe

Ô dieux ! qu'ai-je entendu ? quelle gloire suprême ! Quel bonheur ! Doux transports qui venez me saisir, Exprimez, s'il se peut, ma joie et mon plaisir, Et votre juste violence. Princesse, après l'aveu qui vient de me charmer, Je ne sais rien, pour m'exprimer, Que le langage du silence.

Daphné

Ô bienheureux soupirs, favorables moments Où l'un et l'autre coeur, plein de doux sentiments, Aime, et le dit, et se fait croire ! Les dieux, dans leurs ravissements, Les dieux, au milieu de leur gloire, Sont moins dieux quelquefois que ne sont les amants.

Leucippe

Je bénis mon destin, et cependant Pénée Favorise mon rival.

Daphné

Quand il aurait pour lui le dieu même hyménée, Ce n'est pas son bonheur qui fera votre mal.

Leucippe

Et mon bien ?

Daphné

Attendez la réponse d'Ismèle : Peut-être elle sera favorable à nos voeux. Allez : il reviendra quelque moment heureux ; Daphné craint qu'on ne trouve un amant avec elle.

Scène 5

Daphné

Daphné

Que notre sexe a d'ennemis ! A combien de tyrans le destin l'a soumis ! Des amants importuns, un père inexorable, Un devoir impitoyable ; Tout combat nos désirs : trop heureuses encor Si nous n'avions que cette peine ! Mais il faut, par un double effort, Ainsi que notre amour, surmonter notre haine.

Scène 6

Pénée, Tharsis

Pénée

Daphné, rendez grâces aux dieux : Cet ours fatal aux bergeries, Fatal aux autres ours, teint de sang nos prairies ; Tharsis a vaincu seul ce monstre furieux.

Tharsis

L'Amour m'accompagnait ; lui seul en a la gloire : Ce n'est pas à mes mains qu'on doit cette victoire, Belle Daphné, c'est à vos yeux.

Pénée

Ma fille, venez voir aussi l'énorme bête. Réjouissez-vous, bergers ; Que les ours soient de la fête : Ils avaient part aux dangers.

Scène 7

Tharsis, Télamon

Tharsis

Daphné ne peut souffrir ma flamme. Si je parlais au sort ?

Télamon

Changera-t-il son âme ?

Tharsis

Je vais le consulter. Attends ici Tharsis.

Scène 8

Momus

Momus

Vous qui de votre sort, voulez être éclaircis, Consultez, comme moi, le démon de la treille ; Mon oracle est Bacchus, quand j'ai quelques soucis, Et ma sibylle est la bouteille. Cette chasse m'altère. Ah ! Si Bacchus... Je crois Que ce dieu m'entendait.

Scène 9

Bacchus

qui descend sur son berceau tiré par des tigres

Bacchus

Momus, monte avec moi Viens écouter d'ici tous les chants de victoire. Ces gens m'ont au spectacle invité, les voici. Quoi ! la peau de leur ours aussi ?

Scène 10

Un Chasseur, Un Sylvain, Un Berger, Momus, Tous, Bacchus

Momus monte dans le berceau, qui s'arrête au milieu des airs. Cependant quatre chasseurs, et autant de Sylvains qui mènent chacun un ours, entrent sur la scène. Un autre Sylvain les suit, portant en guise de trophée la peau de l'ours au bout d'un épieu. Des choeurs de bergers les accompagnent. Toute cette troupe fait le tour du théâtre, au son des cors et de leurs fanfares. Le Sylvain chargé du trophée se place au milieu de la scène, et un chasseur chante ces paroles.

Un Chasseur

Tharsis, nous érigeons ce trophée à ta gloire

Un Sylvain

Par ta valeur, le monstre a vu finir son sort.

Un Berger

L'ennemi commun est mort.

Momus

Noyez-en dans le vin la funeste mémoire.

Un Chasseur

N'est-ce pas Télamon qui nous invite à boire ?

Tous

Ô le mortel heureux, d'être aimé de Bacchus !

Un Sylvain

Amis, laissons à part les discours superflus. L'ours est mort.

Un Chasseur

L'ours ne vit plus.

Un Berger

L'ours a passe l'onde noire.

Les chasseurs et les Sylvains dansent à l'entour du trophée et font une forme de bacchanales. Les Sylvains sont suivis de leurs ours, qui vont en cadence. Pendant que les danseurs se reposent, Bacchus et Momus, faisant la débauche sous le berceau suspendu, animent toute cette troupe par leur exemple.

Tous

Noyons-en dans le vin la funeste mémoire.

Bacchus

Cher compagnon, me veux-tu croire ? Courons ensemble le pays ; Tu sais médire, et je sais boire : Nous ne manquerons point d'amis.

Momus

Toujours le vin et la satire Tiennent aux tables le haut bout ; Tu sais boire, et je sais médire : Voilà de quoi passer partout.

Acte IV

Scène 1

Clymène, Aminte, Clymène Et Aminte

Clymène et Aminte, Nymphes de Daphné, viennent les premières et précèdent Pénée et sa Cour, pour apprendre de la Sibylle leur aventure.

Clymène

Quel étrange et sombre palais ! Je frémis à le voir ; n'as-tu point peur, Aminte ? Va seule dans ces lieux ; pour moi, j'ai trop de crainte.

Aminte

Qu'y demanderais-tu ? Tes voeux sont satisfaits. Philandre a l'âme blessée Des traits dont tu sais charmer ; Moi, que Tircis a laissée, J'ai sujet d'être empressée Pour savoir qui doit m'aimer.

Clymène

Je te rends ce Tircis ; son ardeur m'importune.

Aminte

J'aurai donc pour toute fortune Ton refus.

Clymène

Que t'importe ? Examine ton coeur ; Et si Tircis te plaît, laisse le point d'honneur.

Aminte

Tu ris ; que diras-tu, si je fais qu'il te quitte ?

Clymène

Mes rigueurs en cela préviendront ton mérite.

Aminte

Tu dois aux miennes ce berger Que mes faveurs vont rengager.

Ensemble

Clymène Et Aminte

Une fille a cent adresses Pour rebuter un amant ; Mais de dire ses finesses Pour faire un engagement, On ne le peut nullement.

Clymène

Voilà, sans consulter Ismèle Un oracle bientôt rendu.

Aminte

Aurait-elle mieux répondu ?

Clymène

Non, et nous nous pouvons désormais passer d'elle : Aussi bien l'intérêt de Daphné nous appelle.

Scène 2

Pénée, Ismèle, Amphrise, Apidame, Choeur

Ismèle sort du fond de l'antre, accompagnée de deux ou trois prêtresses aussi vieilles qu'elle. D'un autre côté, Pénée vient avec Daphné et les fleuves de sa Cour.

Pénée

Ma fille, tout est prêt ; Ismèle va sortir : N'ayez point de repentir, Si le choix des dieux est autre Que le vôtre.

Après ces paroles, Ismèle, comme possédée du Dieu, danse avec les autres prêtresses, tantôt comme si elles allaient tomber en extase, et tantôt avec des contorsions étranges. Pendant qu'elles dansent, des enfants, en guise de petits démons, et représentant les simulacres et les espèces qui s'offrent aux yeux, viennent de divers endroits du ciel se présenter à Ismèle, portant des branches et des couronnes de laurier. Ismèle, ayant vu ces objets, dit.

Ismèle

Monarque de l'Olympe, en qui sont tous les temps, Qui les fais devant toi passer comme moments, Et pour qui n'est qu'un point toute la destinée, Dis-nous, Ô maître des dieux, À qui doit être donnée La princesse de ces lieux. Où sont tes truchements ? Es-tu sourd aux prières ? Fantômes, qui savez peindre en mille manières Les secrets du destin gravés au haut des cieux, Simulacres volants, frères du dieu des songes, Faites-nous voir sans mensonges Ce qu'ont ordonné les dieux Sur un si digne hyménée ; Dites-nous la destinée De la Nymphe de ces lieux. Que vois-je ! Quel objet ! Quelle image à mes yeux Si vive et si claire Vient se présenter, Et me tourmenter Plus qu'à l'ordinaire ? L'objet Me fait Tressaillir : Je sens Mes sens Défaillir.

Amphrise

Les dieux à leur interprète Ont fait un étrange don ; Ne peut-on être prophète, Si l'on ne perd la raison ?

Apidame

Les démons Vont l'agitant, Ses poumons Vont haletant ; Et son coeur va palpitant. Les ressorts De son corps, Son esprit, Tout pâtit.

À ce commandement d'Ismèle, les esprits habitants de l'air cherchent en dansant les feuilles que la Sibylle a jetées, et les viennent, en dansant aussi, poser sur l'autel. Ismèle assemble ces feuilles, et dit à Pénée et à Daphné.

Ismèle

Qu'on se taise : soyez attentifs aux mystères. J'épands en l'air ces caractères : C'est ma réponse ; il faut la poser sur l'autel. Démons, peuples légers, ministres de l'oracle, Cherchez-la ; car aucun mortel Ne la peut trouver sans miracle. Approchez-vous, lisez, et que dans ce vallon Un invisible choeur mon oracle répète.

Pénée

Daphné doit aujourd'hui couronner Apollon.

Choeur

Daphné doit aujourd'hui couronner Apollon.

Pénée

Ismèle, servez-vous vous-même d'interprète ; Expliquez-nous l'ordre des dieux.

Amphrise

Un prophète entend-il les choses qu'il annonce ? C'est à l'événement d'expliquer sa réponse.

Ismèle

Adieu, princesse, adieu, je vous laisse en ces lieux.

Scène 3

Pénée, Amphrise, Apidame, Daphné

Pénée

Couronner Apollon ! Qu'importe à l'hyménée De la fille de Pénée ? Pour comprendre ces mots, je fais un vain effort.

Amphrise

Nos conseils ont été frivoles ; La seule obscurité fait le prix des paroles Que l'on cherche aux livres du Sort.

Pénée

Ma fille, rendez-vous aux volontés d'un père : Qu'il soit votre oracle aujourd'hui Aimez Tharsis ; il vous doit plaire ; Toute notre Cour est pour lui.

Apidame

Tels étaient ces mortels pour qui l'idolâtrie Commença d'introduire au monde son pouvoir.

Amphrise

Il a tout l'air d'un dieu ; l'on dirait à le voir, Que l'Olympe est sa patrie.

Daphné

Hélas ! J'en crus autant, lorsqu'en notre prairie Je le vis arriver inconnu dans ces lieux. Maintenant mon coeur tâche à démentir mes yeux. Ne m'en accusez point : quelque force suprême M'entretient malgré moi dans cette erreur extrême. Que Tharsis soit parfait, qu'il ait l'air qu'ont les dieux, Est-ce par raison que l'on aime ?

Pénée

L'hymen change les coeurs : suivez mes volontés.

Daphné

Quoi ! Seigneur, vous aussi vous me persécutez ! De ses autres tyrans sans peine on se console ; Mais d'un père ! un père m'immole ! Je tiens le jour de vous, Seigneur ; vous me l'ôtez.

Pénée

Moi, je perdrais Daphné ! qu'ai-je à conserver qu'elle ? L'hymen m'a-t-il fait d'autres dons ?

Daphné

Cependant, quand je vous appelle Du plus tendre de tous les noms, Vous ne vous souvenez que de votre puissance ; Vous regardez l'obéissance, La raison, et jamais d'autres tyrans plus doux ; Il en est toutefois. Leucippe vient à nous : Je lui vais ôter l'espérance. Vous le voulez, Seigneur ; je le lis dans vos yeux.

Scène 4

Daphné, Leucippe

Daphné

Leucippe, il faut tâcher d'éteindre votre flamme. Je ne puis être à vous.

Leucippe

Ô cieux ! Injustes cieux ! Est-ce là votre arrêt ?

Daphné

Cet oracle odieux Vient de mon père seul.

Leucippe

Votre père et les dieux Disposent de mon sort, mais non pas de mon âme : Moi-même en suis-je maître ?

Daphné

Il le faut.

Leucippe

Ah ! Daphné ! Que ce mot est facile à dire ! Et que l'amour possède avecque peu d'empire Un coeur que la contrainte a si tôt entraîné !

Daphné

Quoi ! Faut-il que mon coeur soit par vous soupçonné ? Cruel ! n'avais-je pas encore assez de peine ?

Leucippe

Enfin donc le Destin me déclare sa haine ; Vous serez à Tharsis ; et moi, par mes soupirs, J'augmenterai ses plaisirs.

Daphné

Plût au Ciel que Tharsis causât seul vos alarmes, Et qu'un père...

Leucippe

Achevez.

Daphné

Eh ! Que sert d'achever Un souhait qu'on sait bien qui ne peut arriver ?

Leucippe

Il n'importe, mon âme y trouvera des charmes.

Daphné

Ne m'aimez plus.

Leucippe

Le puis-je ? Et le souhaitez-vous ?

Daphné

Vos tourments ont pour moi quelque chose de doux, Il est vrai ; mais cessez.

Leucippe

Hélas ! Cesser de vivre Est le seul remède à mon mal. Voilà le parti qu'il faut suivre ; Mais avec moi je veux perdre aussi mon rival. Vous ne me serez pas impunément ravie : Non, Daphné. Vous pleurez ? Ah ! Princesse, je dois Mourir pour vos yeux mille fois. Avant qu'avoir Daphné, Tharsis aura ma vie. Je ne puis voir tant de biens En d'autres bras que les miens : Que mon rival me les cède, Et renonce à votre amour, Ou qu'il m'ôte aussi le jour Si l'on veut qu'il vous possède.

Daphné

Leucippe, si je vous perds, Il faut que dans nos déserts La solitude me donne Un sort plus calme et plus doux ; Et ne pouvant être à vous, je ne veux être à personne.

Scène 5

Heures, Apollon, Leucippe

Apollon descend sur un trône de lumière. Cette pompe est jointe à une musique douce. Il est entouré des Heures, qui chantent ces mots.

Daphné s'enfuit aussitôt qu'elle a reconnu Apollon sous le visage de Tharsis.

Heures

Daphné, portez vos yeux Sur le plus beau des dieux.

Apollon

Tu me fuis, divine mortelle ! Où cours-tu ? N'aperçois-tu pas Un précipice sous tes pas ? Il est plein de serpents : détourne-toi, cruelle. Suis-je encor plus à craindre ? Et rien dans ce vallon Ne peut-il t'arrêter quand tu fuis Apollon ? Quoi ! Tant de haine en une belle ! Insolent, qui brûles pour elle, Renonce à l'hymen de Daphné ; C'est Apollon qui te l'ordonne. Regarde quel rival ton malheur t'a donné.

Leucippe

Mon malheur ? Dis le tien. Toi, le fils de Latone ! N'es-tu pas ce Tharsis que tantôt on a vu ? D'un magique ornement ton front s'est revêtu. Enchanteur, penses-tu que ta pompe m'étonne ? Ce n'est qu'un songe, ce n'est rien ; Va tromper d'autres yeux, et me laisse mon bien.

Ce commandement est exécuté par les ministres de la puissance d'Apollon, qui va se faire voir à Pénée, non plus sous le personnage de Tharsis, mais sous le sien propre.

Apollon

Ô dieux ! Ô citoyens du lumineux empire ! Que vient un mortel de me dire ? Malheureux, ton orgueil s'en va te coûter cher. Les dieux ne sont pas insensibles. Qu'on l'attache sur ce rocher Avec des chaînes invisibles.

Acte V

Scène 1

Leucippe

Daphné entend cette plainte à l'un des coins du théâtre.

Leucippe

Astres, soyez témoins de ces injustes fers. J'atteste ici tout l'Univers, Et les vents emportent ma plainte. Jupiter, je t'implore ; on veut forcer les coeurs : Il n'est plus de libres ardeurs, Ni d'autres lois que la contrainte. Loges-tu dans le ciel ou dans les antres sourds ? Écoutez-moi, déserts ; on m'ôte mes amours : Est-il douleur pareille ? Qui me consolera sur ce rocher fatal ? Leucippe est un spectacle à son cruel rival. Déserts, écoutez-moi : les dieux ferment l'oreille.

Scène 2

Daphné, Leucippe

Daphné

Qui vous consolera ? Ne le savez-vous pas ?

Leucippe

Quoi ! Je vous vois ! C'est vous ! C'est ma princesse ! Hélas ! J'avais perdu l'espoir d'une faveur si douce. Craignez-vous d'approcher ?

Daphné

Je sens qu'on me repousse : Quelque charme arrête mes pas. Mais, si c'est adoucir vos peines Qu'y prendre part, souffrir ces gênes, Gémir avec vous sous ces chitines, Vous aimer malgré tous, malgré Cieux, malgré Sort, Votre princesse en est capable.

Leucippe

Apollon, Apollon, tu fais un vain effort ! Je ne suis plus le misérable.

Daphné

Hélas ! J'irrite un dieu jaloux et redoutable. À qui dois-je adresser ma voix ? Je n'ose t'invoquer, déesse de nos bois . Dans ta Cour, dans ton coeur, autrefois j'avais place ; L'amour m'en a bannie ; écoute toutefois : Je ne demande point pour grâce Que tu souffres mes feux, et qu'un hymen charmant Engage à d'autres dieux celle qui t'a servie ; Délivre seulement Mon amant, Et prends le reste de ma vie.

Scène 3

Apollon, Leucippe, Daphné

Daphné témoigne vouloir s'enfuir.

Apollon

Pourquoi finir vos jours en des lieux pleins d'ennui ? Trouvez-vous le dieu du Parnasse Plus affreux qu'un désert ? Hélas ! ce dieu la chasse : Elle aime mieux mourir que régner avec lui. C'est toi qui nous causes ces peines. Mortel, contre les dieux oses-tu contester ?

Leucippe

Mes amours sont mes dieux.

Apollon

Qu'on redouble ses chaînes Démons !

Daphné

Faites-les arrêter. Pouvez-vous bien me voir à vos pieds toute en larmes, Sans vous laisser toucher le coeur ?

Apollon

Daphné, C'est contre vous que retournent ces armes. La pitié redouble vos charmes ; En combattant l'amour, elle le rend vainqueur. Votre douleur vous nuit ; vous en êtes plus belle. Venez, venez être immortelle : Je l'obtiendrai du Sort, ou je jure vos yeux Que les cieux Regretteront notre présence. Zéphyrs, enlevez-la malgré sa résistance.

Daphné

Ô dieux ! Consentez-vous à cette violence ?

Scène 4

Diane

Diane

Démons, gardez de lui toucher ! Deviens laurier, Daphné ; Leucippe, sois rocher.

Scène 5

Apollon

À peine Diane a parlé, que les deux métamorphoses se font, et la déesse remonte au ciel.

Apollon

Barbare, qu'as-tu fait ? Détruire un tel ouvrage ! Faire à ton frère un tel outrage ! Cruelle soeur, Cruelle, et cent fois plus sauvage Que les ours avec qui tu vis ! Que de trésors tu m'as ravis Rends-moi ces biens, rends-moi ce divin assemblage. Daphné, vous n'êtes plus, j'ai perdu mes amours, Et ne saurais perdre la vie Heureux mortels, vos Pleurs cessent avec Vos jours : La mort est un bien que j'envie. Puissent les cieux cesser leur cours ! Périsse l'Univers avecque ma princesse

Scène 6

L'Amour, Apollon, Un POÈTE héroïque, Melpomène, Philis, Daphnis, Un POÈTE satyrique, Choeur, Thalie, Méchant Poète, Mercure, Après Qu'ils Ont Dansé Une Fois, Puis Une Autre Muse Lyrique Chante Ce Second Couplet

Philis, jeune muse, et Daphnis, poète lyrique, entrent sur la scène, accompagnés d'une musique de flûtes, de hautbois, et de musettes, et chantent ce dialogue de pastorale.

L'Amour

Sèche tes pleurs, elle est déesse. Viens l'épouser : mes traits se sont assez vengés ; Ces mouvements de haine en amour sont changés.

Apollon

Puis-je t'ajouter foi ? m'as-tu fait cette grâce ?

L'Amour

Viens l'éprouver.

Apollon monte dans le char où est l'Amour, et tous deux retournant au ciel. Le théâtre change aussitôt. Le Parnasse se découvre au fond. Quelques Mimes sont assises en divers endroits de sa croupe, et quelques poètes à leurs pieds. Sur le sommet, le palais du dieu se fait voir. Les deux côtés du théâtre sont deux galeries qui ressemblent à celles où on étale des raretés les jours de fête et les jours de foire. Là sont les archives du Destin. L'architecture est ornée de feuilles de laurier. Sous chaque portique est un buste ; il y en a neuf de conquérants et autant dé poètes ; les conquérants d'un côté, les poètes de l'autre. Les conquérants sont Cyrus, Alexandre, etc. ; et les poètes sont Homère, Anacréon, Pindare, Virgile, Horace, Ovide, l'Arioste, le Tasse, et Malherbe. Apollon a voulu que l'avenir fût montré en faveur de cette fête.

Apollon

Allons, et que sur le Parnasse On célèbre des jeux à l'honneur de Daphné. Que le vainqueur y soit de laurier couronné. Bel arbre, adieu. je quitte à regret cette place, Et veux qu'à l'avenir on ceigne de lauriers Le front de mes sujets et celui des guerriers.

Un POÈTE héroïque

Quel prince offre à mes yeux des lauriers toujours verts ? Je vois dans l'avenir cent potentats divers Lui disputer en vain l'honneur de la victoire. Ô toi, fils de Latone, amour de l'Univers, Protecteur des doux sons, des beaux-arts, des bons vers, Aide-nous à chanter sa gloire !

Melpomène

Ce n'est pas l'ouvrage d'un jour : Sublime, allez dormir encor sur le Parnasse, Et vous, clairons, faites place Aux doux concerts de l'Amour.

Philis

Les Zéphyrs sont de retour : Flore avec eux se promène.

Daphnis

Savez-vous qui les ramène ? C'est l'Amour.

Philis

De quoi parle en ce séjour La savante Philomèle ?

Daphnis

Et de quoi parlerait-elle, Que d'amour ?

Philis

Faisons aussi notre cour Au printemps vêtu de roses ; Ayons, comme toutes choses, De l'amour.

Un POÈTE satyrique

Aimez, mais permettez que je parle à mon tour. Comment faire Pour se taire ? Le monde est plein de sots, de l'un à l'autre bout ; Le passé, le présent, et l'avenir surtout. Comment faire Pour se taire ?

Choeur

Comment faire Pour se taire ?

Cinq ridicules entrent sur la scène. C'est une coquette emportée, une précieuse, un méchant poète, un homme affectant le bel air, et un vieillard amoureux.

Thalie

Ridicules, envoyez-nous Les principaux d'entre vous.

chargé des intérêts de la troupe, dit ces paroles

Méchant Poète

Quoi ! Dans ces lieux sacrés on souffre la satire !

Les ridicules se consolent et font une entrée, dansant tous sur les mêmes pas, et gardant toutefois, autant qu'ils peuvent, leur caractère.

Mercure, monté sur Pégase, descend au sacré vallon. Il interrompt la danse des ridicules, et vient présenter trois couronnes de laurier à ces trois genres de poésie.

Thalie

Soyez les premiers à rire.

Mercure revole au ciel, ayant laissé Pégase sur le double mont. Quatre auteurs lyriques et autant de Muses du même genre viennent danser en témoignage de joie ; puis les ridicules se mêlent avec eux, formant de différentes figures avec des branches de laurier qu'ils portent tous, et dont ils se font des espèces de berceaux. C'est le grand ballet.

Mercure

Chacun de vous doit être couronné : Recevez ces présents de la part de Daphné. Elle est maintenant déesse, Aimant le dieu de ces lieux : Poussez-en jusques aux cieux Des chants remplis d'allégresse.

Le grand ballet recommence encore.

UNE MUSE DU GENRE LYRIQUE chante ceci

Après Qu'ils Ont Dansé Une Fois

Il n'est que de s'enflammer ; Laissez, laissez-vous charmer ; La raison vous y convie : Sans le dieu qui fait aimer, Que serait-ce que la vie ?

Puis Une Autre Muse Lyrique Chante Ce Second Couplet

Chacun sert quelque désir ; Tout consiste à bien choisir ; Faites-vous de douces chaînes : En amour tout est plaisir, Et même jusques aux peines.

Choeur

Aimez, doctes nourrissons : S'il n'était point d'amour, serait-il des chansons ?

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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