Ballet · 1659

Les Rieurs du beau-richard

de Jean de la Fontaine

Représentation
≈ 8 min
Distribution
1 femme, 3 hommes
Répliques
78
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Marchand N 30 ≈ 2 min 6
Le Savetier H 16 ≈ 1 min 3
Un Meunier H 3 ≈ 1 min 1
Un Notaire H 10 ≈ 1 min 1
La Femme du Savetier F 11 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Marchand absentabsentabsent
Le Savetier absentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Meunier absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Un Notaire absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
La Femme du Savetier absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Prologue

Un Des Rieurs Parle

Le théâtre représente le carrefour du Beau-Richard à Chateau-Thierry.

Le théâtre représente la place du Marché de Château-Thierry. On y distingue, sur le devant, la boutique d'un savetier, peu éloignée du comptoir d'un Marchand de blé.

Un Des Rieurs Parle

Le Beau-Richard tient ses grands jours Et va rétablir son empire. L'année est fertile en bons tours ; Jeunes gens, apprenez à rire. Tout devient risible ici-bas, Ce n'est que farce et comédie ; On ne peut quasi faire un pas, Ni tourner le pied qu'on n'en rie. Qui ne rirait des précieux ? Qui ne rirait de ces coquettes En qui tout est mystérieux, Et qui font tant les Guillemettes ? Elles parlent d'un certain ton Elles ont un certain langage Dont aurait ri l'aîné Caton, Lui qui passait pour homme sage. D'elles pourtant il ne s'agit En la présente comédie : Un bon bourgeois s'y radoucit Pour une femme assez jolie. « Faites-moi votre favori Lui dit-il, et laissez-moi faire. » La femme en parle à son mari Qui répond, songeant a l'affaire : « Ma femme, il vous faut l'abuser, Car c'est un homme un peu crédule, Sous l'espérance d'un baiser, Faites-lui rendre ma cédule. « Déchirez-la de bout en bout Car la somme en est assez grande Toussez après ; ce n'est pas tout : Toussez si haut qu'on vous entende. « Il ne faut pas tarder beaucoup De peur qu'il n'arrive fortune. Toussez, toussez encore un coup, Et toussez plutôt deux fois qu'une. » Ainsi fut dit, ainsi fut fait. En certain coin l'époux demeure, Le galant vient frisque et de hait, La dame tousse à temps et heure. Le mari sort diligemment, Le galant songe à s'aller pendre ; Mais il y songe seulement : Pour cela n'est-il à reprendre. Tous les galants craignent la toux, Elle a souvent trouble la fête. Nous parlons aussi comme l'époux, Autant nous en pend sur la tête.

Première Entrée

Un Marchand

ayant devant lui, sur son comptoir, des sacs de blé

Un Marchand

J'ai de l'argent, j'ai du bonheur, Aux mieux fournis je fais la nique ; Et si j'avais un petit coeur, J'aurais de tout dans ma boutique.

Seconde Entrée

Deux Cribleurs, Marchand

Deux Cribleurs

Monsieur, si vous avez du blé Ou quelque ordure se rencontre, Nous vous l'aurons bientôt criblé.

Marchand

Tenez, en voici de la montre.

Les Cribleurs s'en vont.

Deux Cribleurs

Six coups de crible, assurez-vous Que la moindre ordure s'emporte ; Rien ne reste à faire après nous, Tant nous criblons de bonne sorte.

Troisième Entrée

Le Savetier, Marchand

Le Savetier

Bonjour, Monsieur.

Marchand

Comment vous va ? Le ménage est-il à son aise ?

Le Savetier

Las ! Nous vivons cahin-caha, Étant sans blé, ne vous déplaise. À présent on ne gagne rien ; Cependant il faut que l'on vive.

Marchand

Je fais crédit aux gens de bien, Mais je veux qu'un notaire écrive. Voyez ce blé.

Le Savetier

Il est bien gris.

Marchand

Cette montre est beaucoup plus nette.

Le Savetier

Voici mon fait, dites le prix.

Marchand

Quarante écus.

Le Savetier

C'est chose faite Mine dans muid.

Marchand

C'est un peu fort, Mettez pourtant la montre en poche.

Le Savetier

Faut six setiers.

Marchand

J'en suis d'accord. Le notaire est ici tout proche. Le Savetier sort pour aller quérir un Notaire.

Quatrième Entrée

Un Notaire, Le Savetier, Marchand

Tandis que le Notaire danse encore, le Savetier entre sur la fin, et dit au Notaire, en montrant le Marchand :

Un Notaire

Avec moi l'on ne craint jamais Les et caetera de notaire ; Tous mes contrats sont fort bien faits Quand l'avocat me les fait faire. Il ne faut point recommencer ; C'est un grand cas quand on m'affine Et Sarasin m'a fait passer Un bail d'amour à Socratine. Mieux que pas un, sans contredit Je règle une affaire importante. Je signerai, ce m'a-t-on dit, Le mariage de l'Infante.

Le Savetier

Je dois à Monsieur que voilà Et c'est un mot qu'il en faut faire.

Un Notaire

Par-devant les..., et cætera... C'est notre style de notaire.

Marchand

Mettez pour six setiers de blé. Mine dans muid.

Un Notaire

Quelle est la somme ?

Marchand

Quarante écus.

Un Notaire

C'est bon marché.

Le Savetier

C'est que Monsieur est honnête homme.

Un Notaire

Payable quand ?

Marchand

À la Saint-Jean.

Le Savetier

Jean ne me plaît.

Marchand

Que vous importe ? Craignez-vous de voir un sergent Le lendemain à votre porte ?

Le Savetier

À la Saint-Nicolas est bon.

Marchand

Jean... Nicolas... rien ne m'arrête.

Un Notaire

C'est d'hiver ?

Le Savetier

Oui.

Un Notaire

Signez-vous ?

Le Savetier

Non.

Le Notaire présente l'obligation étiquetée au Marchand, et dit :

Un Notaire

A déclaré... La chose est faite. Tenez.

Marchand

Tenez.

Un Notaire

Il ne faut rien.

Marchand

Cela n'est pas juste, beau sire.

Le Savetier

Monsieur, je le paierai fort bien En retirant...

Le Notaire et le Savetier sortent. Le Marchand reste dans sa boutique.

Un Notaire

C'est assez dire.

Cinquième Entrée

Un Meunier, Âne

Un Meunier

Celui-là ment bien par ses dents, Qui nous fait larrons comme diables : Diables sont noirs, meuniers sont blancs. Mais tous les deux sont misérables. Le meunier semble un Jodelet Farine d'étrange manière ; Le diable garde le mulet, Tandis qu'on baise la meunière. Ai-je un mulet, il est quinteux ; Et je ne suis pas mieux en mule ; Si j'ai quelque âne, il est boiteux, Au lieu d'avancer il recule. Celui-ci marche a pas comptés ; On le prendrait pour un chanoine. Allons donc, mon âne.

Âne

Attendez. Je n'ai pas mangé mon avoine.

Un Meunier

Vous mangerez tout votre soûl.

Âne

Hin-han, hin-han.

Le Marchand fait délivrer du blé au Meunier : Celui-ci le paye, et tous deux sortent avec l'âne porteur des sacs de blé.

Un Meunier

Que veut-il dire ? Hé quoi ! Mon âne, êtes-vous fou ? Vous brayez quand vous voulez rire !

Sixième Entrée

La Femme du Savetier, Marchand

Sur la fin du couplet de la Femme, le Marchand de blé entre, et dit à part en regardant la boutique du Savetier.

La Femme du Savetier

Que mon mari fait l'assoté ! Il ne m'appelle que son âme ; Si j'étais homme, en vérité, Je n'aimerais pas tant ma femme.

Il s'adresse à la femme.

Marchand

Ce logis m'est hypothéqué ; L'homme me doit, la femme est belle, Nous ferions bien quelque marché, Non lui et moi, mais moi et elle. Vous me devez, mais, entre nous, Si vous vouliez... bien à votre aise

La Femme du Savetier

Monsieur, pour qui me prenez-vous ? Voyez un peu frère Nicaise !

Marchand

Accordez-moi quelque faveur.

La Femme du Savetier

Pourquoi cela ?

Marchand

Comme ressouce ; Songez que votre serviteur... A beaucoup d'argent dans sa bourse.

La Femme du Savetier

Je n'ai souci de votre argent.

Marchand

Pour faire court, en trois paroles, La courtoisie ou le sergent, Ou bien payez-moi six pistoles !

Le Marchand entre dans la boutique du Savetier.

La Femme du Savetier

Je suis pauvre, mais j'ai du coeur : Plutôt que mes meubles l'on crie, Comme j'ai soin de notre honneur, Je ferai tout.

Marchand

Ma douce amie On doit apporter du vin frais, Quelque régal il nous faut faire.

Septième Entrée

Patissier, Marchand, La Femme du Savetier

Il aperçoit le Marchand qui caresse la Femme du Savetier et dit à part :

Il s'adresse au Marchand et à la Femme.

Patissier

Monsieur un tel se met en frais... Oh ! Oh ! Voici bien autre affaire ; Mais ne faisons semblant de rien... Bonjour, Monsieur ; bonjour, Madame.

Marchand

Tous tes dauphins ne valent rien.

Patissier

En voici de bons, sur mon âme.

Le Pâtissier sort, et le Marchand buvant à la santé de la Femme, dit.

Marchand

Mets sur ton livre, pâtissier. Je n'ai pas un sou de monnaie.

Marchand

À vous !

La Femme du Savetier

À vous !... Mais le papier ?

Marchand

Le voilà.

La Femme du Savetier

Donnez, que je voie ; Donnez, donnez, mon cher Monsieur !

Marchand

Quelque sot ! Ardez c'est mon voire.

La Femme du Savetier

Je suis vraiment femme d'honneur ; Quand j'ai juré, l'on me peut croire : Déchirez.

Marchand

Crac...

La Femme du Savetier

Déchirez donc : Vous n'en déchirez que partie.

Marchand

Il est déchiré tout du long.

La Femme du Savetier

Hem !

Marchand

Qu'avez-vous, ma douce amie ?

La Femme du Savetier

C'est le rhume. Hem !

Marchand

Foin de la toux ! Assurément, ce sont défaites.

Huitième Entrée

Le Savetier, Marchand

Le Savetier

Ah ! Monsieur, quoi ! Vous voir chez nous ? C'est trop d'honneur que vous nous faites.

Marchand

Argent ! Argent !

Le Savetier

Papier ! Papier !

Marchand

Si je m'oblige à vous le rendre...

Le Marchand remet le papier au Savetier, et sort de sa boutique et du théâtre. Le Savetier et sa femme éclatent de rire. L'on danse.

Le Savetier

Ce n'est rien fait : point de quartier ! Je ne me laisse point surprendre.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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