Farce

Farce nouvelle fort joyeuse du pont aux ânes

de [Anonyme]

Représentation
≈ 13 min
Distribution
1 femme, 3 hommes
Répliques
116
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Mari H 58 ≈ 7 min 4
Sa Femme F 37 ≈ 3 min 2
Messire Domine de H 14 ≈ 1 min 1
Le Bûcheron H 7 ≈ 1 min 1
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Le Mari
Sa Femme absentabsent
Messire Domine de absentabsentabsent
Le Bûcheron absentabsentabsent
PDF

Scène 1

Le Mari, Sa Femme

Le Mari

Où êtes-vous, haï, dame Niche ? Si vous fussiez gente et faictice, Il fut bien temps que je dînisse.

Sa Femme

Votre ménage est si très misse Qu'il n'y a céans pain ni miche, Et de quoi faire soupe grasse.

Le Mari

Saint Jean, si a, c'est votre grâce. Devant que a ma journée allasse, J'ai trouvé des pois là-dedans.

Sa Femme

Mais des fèves.

Le Mari

Tant d'incidents Ma femme, vous m'êtes trop fine.

Sa Femme

N'en parlons plus, je vous entends ; Ils sont tous prêts à la cuisine.

Le Mari

Et à quoi tient-il qu'on ne dîne ?

Sa Femme

Allez faire bouillir le pot.

Le Mari

Dia, c'est office de machine.

Sa Femme

Dia, c'est office de varlet.

Le Mari

Si servirez-vous.

Sa Femme

Si me plaît.

Le Mari

Veuillez ou non, vous servirez.

Sa Femme

Ce sera donc un vif esplaict, Que je serve et vous vous servez.

Le Mari

C'est la raison, tant que vivrez, Que de nous vous portez la peine. Aussi en ce point le ferez, Ou bien battue vous serez.

Sa Femme

Je ferai, ta fièvre quartaine.

Le Mari

Femmes doivent couvrir la table, Mettre dessus linge honorable Aux gens de bien, s'on les amène, Montrer un semblant aimable Et faire chère convenable.

Sa Femme

Et ils font, ta fièvre quartaine.

Le Mari

Femmes doivent pour leur honneur Tenir leurs barons en douceur, Et faire loyauté certaine Et, si leur font quelque rigueur, Ils prennent le diable à seigneur.

Sa Femme

Et ils font, ta fièvre quartaine. Méchant, malheureux, tel est-il.

Le Mari

Aussi vrai comme l'Évangille, Et qu'alouettes sont grenouilles, Il est, au livre des quenouilles, Recité en catholicon...

Sa Femme

Et quoi ?

Le Mari

Qu'il faut que nous vainquons Et que les hommes soient les maîtres.

Sa Femme

La croix bieu, si je tiens les lettres, Ils seront en aussi mal an Entrez que le cul quoniam Qu'on reforma derrainement. Somme, dessus l'appointement, Je mets une opposition.

Le Mari

C'est un arrêt de parlement ; Il va sans appellation. Il faut que nous seigneurions. Droit le veut et force l'emporte.

Sa Femme

Et est-ce ton opinion ? Me veux-tu punir de tel sorte ? Ce sera quand je serai morte Doncques que je t'obéirai Car tant que l'âme du corps me parte, Un pas pour toi ne passerai.

Le Mari

Si obéiras-tu.

Sa Femme

Non ferai.

Le Mari

Si feras.

Sa Femme

Je fais voeu à Dieu ; J'aurais plus cher te voir du feu Brûler au marché de la ville.

Le Mari

Si obéiras-tu.

Sa Femme

Se je file.

Le Mari

Tu obéiras.

Sa Femme

Demain, demain, On obéira à ce vilain, Qui est plus ivre que un *****braquet.

Le Mari

Tire du vin.

Sa Femme

C'est tout acquêt.

Le Mari

Saque le pot.

Sa Femme

Ils sont tout cuits.

Le Mari

Dînerai-je point ?

Sa Femme

À l'autre huis Frappe tes varlets par les fesses.

Le Mari

Sang bieu, se sont droites diablesses Que femmes qu'ils ont aheurtées. Cha, des fèves.

Sa Femme

Ils sont mangées.

Le Mari

Cha donc, des pois.

Sa Femme

Ils sont en cosse. C'était pour une femme grosse, De pour qu'elle ne perdit son fruit.

Le Mari

Et mon Dieu, je suis bien détruit, Bien peneux, bien tablativé. Or dit un proverbe approuvé Que besoin fait la vieille trotter. Je n'y vois plus du cul frotter Car je suis au bout de mon sens. Aurai-je des pois ?

Sa Femme

Ha sont binés. Il ne les faut qu'empotager.

Le Mari

Il me cuide faire enrager. Par mon serment, si Dieu ne m'aide, Ha, vraiment, j'y mettrai remède, Devant qu'il soit trois jours d'ici.

Sa Femme

Je ne te crains.

Le Mari

Ni moi aussi Non plus qu'un enfant de dix ans.

Sa Femme

Si tu me veux rien, me voici ; Je ne te crains.

Le Mari

Ni moi aussi. Si ne dut-on pas faire ainsi.

Sa Femme

Somme, pour tous les médisants Je ne te crains.

Le Mari

Ni moi aussi, Non plus qu'un enfant de dix Saintes ans. Sang bieu, quels mots cuisants, Quel double mors, quel tronche-file ; Elle dévide plus qu'elle ne file De babil sans comparaison. Bien, bien, j'en dirai la raison Se je parviens à mon entente.

Scène 2

Messire Domine de, Le Mari

Messire Domine de

Jo so la persona prudente Acouchat à notre amante Fresto jam de tantI quante In amoriante vallente.

Le Mari

Je vois, au long de cette sente, Un homme très bien appointé.

Messire Domine de

Jo so la persona prudente Acouchat à notre amante Fresto jam de tanti quante In amoriante vallente.

Le Mari

Si Dieu me le devait de rente, Ou qu'il eut forme de soleil, Pour me donner quelque conseil Il me servira à ma guise.

Messire Domine de

Ve qui a donc malle prisse, Que homo per mo je reprisse Comme lo parfait amante Debet servir ; en sa devise Dio lo commande et l'Eglise.

Le Mari

C'est messire Domine de.

Messire Domine de

Si queré juga de mestrisse, La dosne debet estre prinse De lui proximi parente, Et s'elle no sa couta ne misse Comme servante s'y amisse.

Le Mari

C'est messire Domine de.

Messire Domine de

Per scientia tant esquisse De longtemps a me contisse Jo so mestro cognossente ; De Calabriafina puisse Tout y segreite sy de vist.

Le Mari

C'est messire Domine de. Ah, Seigneur, le bien abordé, Le bien venant en cette terre, Par amour je vous viens requerre De conseil, sans aller plus loin.

Messire Domine de

Emin, te clames-tu ?

Le Mari

Besoin.

Messire Domine de

Besoin, a la veritat, C'est verbo de necessitat. Ot, fradel, dis qui te mène.

Le Mari

Helas, Monsieur, pour votre peine, Je suis bien content qu'il me coûte Écu par dessus le coûte, Puis qu'il faut jouer d'être mie.

Messire Domine de

Ot, fradel, favelle mie, Et jo te ferai la raison.

Le Mari

Hélas c'est à notre maison Un diable, monsieur, un diable ; Par ma foi, il est véritable Je suis mort si n'est conjuré. [C'est ma femme elle a juré] L'ennemi, le pape et le roi. Qu'elle ne fera jamais pour moi Un pas, quelque petit qui soit, Et que je serve tort ou droit, Et que je batte et que je vanne.

Messire Domine de

Vade, tenez le pont aux ânes.

Le Mari

Dia, monsieur, il y a bien pis. Il me faut tirer l'eau au puits, S'on veut mettre le pot au feu. Chacun mot elle désavoue Dieu Qu'elle ne fera ne lit ni couche, Et faut qu'en dépit de ma bouche Que je fasses les fèves baynes.

Messire Domine de

Vade, tenez le pont aux ânes.

Le Mari

Le diable m'emporte, monsieur, S'elle (ne) me porte nom plus d'honneur Qu'elle ferait à notre chien. Mais pourtant je ne vous dis rien Je vous requiers bouche cousue Il n'est chose qui ne soit sue Elle est plus tristesse que ganes.

Messire Domine de

Vade, tenez le pont aux ânes. Et va[de] le mode de faire.

Le Mari

Ce sont motS maudits ou profanes.

Messire Domine de

Vade, tenez le pont aux ânes.

Le Mari

Voir les faucons voler les canes, Dessus la rivière de laire.

Messire Domine de

Vade, tenez le pont aux ânes, Et vade le monde de faire.

Le Mari

Et bien doncq, pour vous complaire, J'irai voir que ces ânes font, Et c'on leur fait dessus ce pont. Et puis je vous dirai, beau sire.

Messire Domine de

Basta tant qui debet suffire.

Scène 3

Le Bûcheron, Le Mari

Le Bûcheron

Sus, Nolly, sus, tire avant, tire. Hury, ho ! Le diable y ait part, Tant tu me donnes de martyre ; Sus, Nolly, sus, tire avant, tire.

Le Mari

Voici ce que mon coeur désire Il me faut tirer cette part.

Le Bûcheron

Sus, Nolly, [sus] tire avant, tire, Hury, ho ! Le diable y ait part, Et da, hai, que de malle hart, Ou des loups soies-tu étranglée ; Sus, Nolly, [sus] tire avant, tire.

Le Mari

Elle ne marchera plus avant.

Le Bûcheron

Et sus, Nolly, [tire avant] tire.

Le Mari

Midieux, son âne est arrêtée.

Le Bûcheron

Et da, hai, que la clavelée Vous puis serrer le musel. Agarez, le chemin est bel. Et si ne marchera jà pas.

Le Mari

Le bon vieil âne craint les bats, Tout ainsi que fait notre femme.

Le Bûcheron

Et da, hai, de par Notre Dame, Sus, Nolly, si te merray paître.

Le Mari

Elle ne fait non plus pour son maître. Que ma femme ferait pour moi.

Il frappe.

Le Bûcheron

Et hai, de par le diable, hai ! Tout aussi bien vous irez. Puisque j'ai ce bâton de houx, Je vous frotterai les côtés Trottez, Nolly, trottez, trottez; Vous avez trouvé votre maître.

Le Mari

Vertu bieu, comme vous frottez.

Le Bûcheron

Trottez, Nolly, trottez, trottez. Gens mariés, notez, notez Tout s'explique en cette lettre. Trottez, Nolly, trottez, trottez ; Vous avez trouvé votre maître.

Le Mari

Et ne faut-il que bois de hêtre Pour frotter les côtés (de) sa femme ? Ha, par le saint jour Dieu, no dame, Vous vous sentirez de la fête. Par mon serment, je suis bien bête Voilà le propre enseignement, Et j'ai bien pou d'entendement, Dont le sage homme me parla, Ho, saint Jourd'hui, est-ce cela? J'en aurai tantôt la raison. Ça, ça, qui est en ma maison? Que je soie servi à souper.

Scène 4

Sa Femme, Le Mari

Sa Femme

Et qui vous a fait tant truper ; Méchant, les fèves étaient baynes.

Le Mari

Dia, j'ai été aux pont aux ânes, Où j'ai appris un tour de maître. Sus, tôt, qu'on vous voie entremettre De me servir à l'oeil et au doigt. Dépêchez-vous.

Sa Femme

Pour qui ? Pour toi, Méchant vilain ? Le dos, le dos.

Le Mari

Qu'on ne m'use plus de tels mots Si hardi.

Sa Femme

Pour qui, notre maître ?

Le Mari

Sus, sus, au vin ; rincez les pots Mettez la table sur le traître.

Sa Femme

Par le vrai Dieu qui me fit naître, Je mourrais plus tôt. Quel propos ?

Le Mari

Qu'on ne me use plus de tels mots Si hardi.

Sa Femme

Pour qui, notre maître ?

Le Mari

Et pour ce gros bâton de hêtre Dont je vous casserai les os.

Sa Femme

Hélas hélas ! Les reins, le dos Au meurtre sur ce traître Ganes

Le Mari

Dia, j'ai été au pont aux ânes; Je sais comme il faut les conduire.

Sa Femme

Hélas je suis morte, Johannes.

Le Mari

Dia, j'ai été au pont aux ânes. Ferez-vous point les fèves baines ? Hen, quoi, ferez-vous le pot cuire ? Dia, j'ai été au pont aux ânes. Je sais comme il les faut conduire.

Sa Femme

Hélas ! Besoin, je les vois frire, Et si (je) vois allumer le feu. Pardonnez-moi, au nom de Dieu, Et je ferai vos volontés.

Le Mari

Trottez, vieille, trottez, trottez, Et servez quand il est besoin.

Sa Femme

Hélas ! Épargnez mes côtés.

Le Mari

Trottez, vieille, trottez, trottez.

Sa Femme

Vos chausses seront décrottés Et si vous chaufferai le bain.

Le Mari

Trottez, vieille, trottez, Et trottez, servez quant il est besoin.

Sa Femme

Nobles dames qui avez soin, Vous pouvez par ceci noter, Le pont aux ânes est témoin : Besoin fait la vieille trotter.

Le Mari

Adieu, Seigneurs, et près et loin, Qu'il vous a pieu nous écouter. Le pont aux ânes est témoin : Besoin fait la vieille trotter.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

Du même auteur

Apprendre ce rôle pour de vrai ? Dans l’app Réplique, les autres personnages te donnent la réplique, et l’app te fait retrouver ton texte jusqu’à ce que tu le saches.