Hipolyte et Aricie
Scène 1
Aricie
Le théâtre représente le temple de Diane.
AIR. Qui des deux pourront nous choisir ?
AIR. Qu'on en dise ce qu'on voudra, tout ci, tout ça.
AIR. Il m'est avis que l'on me foure.
Aricie
L'amour excite mon désir, Et je m'offre à Diane, Qui des deux pourrai-je choisir Pour vivre avec plaisir ? Cherchons la paix : Non, le monde profane N'a jamais Que faux attraits Mais sans amants Perdrai-je ici mon temps Dans les ennuis ! C'est encore pis. Qu'on en dise ce qu'on voudra, Tout ci, tout ça, Que sur moi la critique morde, Hipolyte est fort à mon gré, Poudré, tiré, Chaussé comme un danseur de corde : Qui n'aimerait ce beau cadet, Coquet, Ginguet Qui sait chanter si net ? Dans la retraite où je vivrai Toujours à lui je penserai : Quoiqu'il soit sottement modeste, Diane n'aura que son reste.
Scène 2
Hipolyte, Aricie
AIR. À l'ombre de ce vert bocage.
Hipolyte
Vous immolez à la déesse Des jours si chers, si précieux : On doit consacrer sa jeunesse Au dieu qui brille dans vos yeux. Le coeur est fait pour la tendresse, Il est oisif en ce séjour ; Notre hiver est à la sagesse, Nous printemps à l'amour.
AIR. Votre beauté soumet tout l'univers.
Aricie
Quel intérêt y prenez-vous, Seigneur ? Vous n'aimez rien, les filles vous font peur.
AIR. Viens dans ma cellule.
Hipolyte
Je rends les armes ; J'ai pour vos charmes Une pitié Qui passe l'amitié. Je veux ma poulette, Dans votre retraite, Pour prouver ceci, Avec vous m'enferme aussi.
AIR. À l'Amour rendez les armes.
Aricie
Bon, Monsieur, vous voulez rire.
Hipolyte
Non, ma foi, c'est en honneur, Tenez, tout vers vous m'attire. Je soupire. C'est vous dire Que je porte un coeur tendre.
Aricie
Que venez vous m'apprendre ?
Hipolyte
Ah ! Calmez votre courroux. L'amour ne peut vous surprendre, Je perds un espoir trop doux, Vous n'avez pas le coeur tendre.
Aricie
Abrégeons. Il est à vous.
AIR. Ah ! qui vous a, qui vous a, qui vous a !
Hipolyte
Je n'aurais pas cru cela De la fierté d'Aricie.
AIR de COUPERIN. Soeur Monique.
Aricie
Bon, but à but nous voilà ; Trop de résistance ennuie, Bannissons, bannissons, bannissons-la, Bannissons la cérémonie. Je n'aurai, l'Ami, Aucun souci De tout ce qu l'on fait ici, Je veux dans mon coeur, Malgré l'honneur, Conserver toujours mon ardeur. On me verra nuit et jour, En novice, Spéculatrice, Ne m'occuper que de l'amour. Je n'aurai, l'Ami, etc.
AIR. Pour voir un peu comment ça fra.
Hipolyte
Chaste Diane, écoute-nous, À notre amour sois favorable.
Aricie
Laissez Diane, y pensez-vous ? Tout amant près d'elle est coupable. Cette honnête Se vengera.
Hipolyte
Voyons toujours comment ça f'ra ?
Duo. AIR. Ah Thérèse.
Hipolyte
Ah ! Déesse, Ta sagesse, Devrait punir notre penchant. Tout m'accuse, Mais excuse, Nous nous aimons innocemment. Tu vas jouer un rôle Drôle, En servant Les feux d'une galant. Ah ! Déesse, etc.
AIR. Je vous la gringole.
On danse.
Hipolyte
Eh quoi : Sans se trémousser, Tournoyer sans cesse, Passer et puis repasser, Ce ballet me blesse : Rangez-vous, laissez danser La grande prêtresse.
AIR. Sur le pont d'Avignon.
Aricie
Mais il est à propos que la Danse finisse, La vieille Phèdre vient, et se jeune nourrice.
Scène 3
Phèdre, Aricie, Hipolyte
Hipolyte et Aricie rentrent.
Menuet de l'Opéra. Agnès qu'auparavant.
Phèdre
Par de noeuds éternels, Ma chère Aricie, Aux immortels : Pouvez vous faire mieux ? Ah ! Qu'il est glorieux D'aller, ma Mie, De pair avec les Dieux !
AIR. Comment donc, petite effrontée.
Aricie
C'est trop d'honneur, hélas ! Je ne m'en flatte pas : Qui moi divinité : Je m'en tiens à l'humanité.
AIR. Comment donc, petite effrontée.
Phèdre
Comment donc, petite volage, Vous osez avoir de tels sentiments ? Je prétends et j'entends Qu'avez Diane l'on s'engage, Dans ces lieux si charmants On est à l'abri des amants. Comment donc, petite volage, Vous osez avoir de tels sentiments ?
Aricie
Oh, vraiment, Oh, vraiment, On réfléchit à mon âge ; Oh, vraiment, Oh, vraiment, À présent Mon coeur se sent.
Phèdre
Un tel langage est nouveaux ! Songez bien comme il est beau D'être sage.
Aricie
Que vient-elle nous conter ? Ah ! Je dois me contenter De vous imiter. Oh, vraiment, Oh, vraiment, On réfléchit à mon âge ; Oh, vraiment, Oh, vraiment, À présent Mon coeur se sent.
AIR. La bergère de nos hameaux.
Phèdre
Vous voilà tout comme un nigaud ; Vous souffrez qu'elle me raisonne ! Réprimandez-la comme il faut.
Hipolyte
Nous ne devons gêner personne. C'est trop de rigueur, Et si son petit coeur Prend goût pour le ménage, On doit se reprocher De vouloir l'empêcher D'en faire bon usage.
AIR. Patapata ter lin tin tin.
Phèdre
Ah ! Je vous entends Taran tantan, tara tantan. Puisqu'à m'obstiner on s'applique, Qu'une musique Géométrique Taran tantan, tara tantan. Soutienne mes maigres accents, Vengeons-nous, vengeons-nous.
Aricie
Quelle mouche la pique ?
Phèdre
Par mes cris forcés, par mes éclats, Je vais jeter ce temple à bas ; Tremblez, tremblez, tremblez.
Hipolyte
Mais vous n'y pensez pas.
Phèdre
Tremblez, tremblez, tremblez.
Aricie
À quoi bon ce fracas ?
Hipolyte
Ma foi, sa colère est comique.
Phèdre
Par mes cris forcés, et redoublés, Déjà ces murs sont ébranlés : Tremblez, tremblez, tremblez.
Scène 4
Phèdre, Oenone
AIR. Ah ! Morbleu, sambleu, Marion.
Phèdre
Enfin j'ai découvert leur feu, Hipolyte suit ma rivale. Sambleu ! Venez dépit, rage infernale, Morbleu ;
AIR. Ce qui n'est qu'enflure.
Oenone
Comment Monsieur votre époux Prendra-t-il la chose !
bis.
AIR. Y a bien de la différence.
Phèdre
Pourquoi n'est-il pas chez nous ? De tout il est cause. Thésée est chez les Diables, Arcas te le dira.
Oenone
Ah, Ah !
Phèdre
Dans ces lieux effroyables Sans doute il restera.
AIR. Nous autres bons villageois.
Oenone
Ah, Ah ! N'y a pas grand mal à ça. Par cette nouvelle-la Votre flamme est autorisée.
Phèdre
Nourrice, comment cela ? Hipolyte est fils de Thésée.
AIR. J'en frai la folie ma Mie.
Oenone
Bon, qui vous en assurera ? Le doute vous ecusera, Qui sait d'où je venons tretous, À votre penchant livrez vous. Pour avoir la préférence Offrez la couronne : À votre âge on finance.
AIR. Belle brune.
bis.
Elles rentrent.
Phèdre
C'est bien dit, Ma bonne, Mais s'il ne m'aime, après cela, On verra tout ce qu'on verra... Ah ! Nourrice, Si ce Gars Ne m'aime pas, Je mourrai de la jaunisse.
Scène 5
Thésée, Tisiphone
Le théâtre représente les Enfers.
AIR. Diablezot.
Thésée
Ah ! Quoi, ne puis-je vous quitter ? Laissez moi respirer , Madame.
Tisiphone
Non, ne pensez pas éviter L'ombre de ta première femme : Je veux toujours te tourmenter, C'est moi qui double Tisiphone.
Thésée
Tu m'a tant tourmenté là-haut.
Tisiphone
Crois-tu qu'ici, je sois moins bonne. Diablezot.
AIR. Iris est plus brillante.
Thésée
Que ton aspect me fâche ?
Tisiphone
Apprends qu'ici ma tâche Est d'aller sans relâche Bourreler les maris, Pleure, lamente, prie, Crie Il faut qu'une furie, Rie ; De trouble des esprits ; Tes tourments sont mes plaisirs chéris.
Menuet de Cupys.
Thésée
Quoi jamais,
Tisiphone
Jamais
Thésée
N'aurais-je de paix !
Tisiphone
De paix.
Thésée
Démon, Éloigne-toi donc.
Tisiphone
Non.
Thésée
Dans ces lieux de douleur Toi seul tu combles d'horreur De mon malheur.
Tisiphone
Que ma fureur.
Thésée
Ta fureur
Tisiphone
Trouble ton coeur.
Thésée
En a trop joui, Ton coeur
Tisiphone
Oui.
Thésée
En est réjoui : Aucun diable à mes yeux N'est pus odieux.
Tisiphone
Tant mieux.
Thésée
Faut-il qu'un héros subisse Le plus rigoureux supplice, Qu'il frémisse, Qu'il gémisse,
Tisiphone
Aux Enfers tu vas souffrir.
Thésée
Ton unique plaisir !
Tisiphone
Languir,
Thésée
C'est assez me voir souffrir.
Tisiphone
Et la mort
Thésée
Ah ! Du moins que la mort
Tisiphone
Ne peut finir
Thésée
Termine mon sort !
Tisiphone
Ton triste sort ?
Thésée
Jamais, etc.
Tisiphone
Jamais etc.
AIR. Que je suis à plaindre en cette débauche.
Thésée
Rien ne peut-il donc fléchir ton âme ?
Tisiphone
Mon devoir est de s'affliger. Je ne serais pas l'ombre de ta femme Si je ne te faisais enrager.
Scène 6
Thésée, Pluton
L'Enfer s'ouvre, on voit Pluton sur son trône, les Parques à ses pieds.
AIR. Quand on parle de Lucifer.
À part.
Haut.
AIR. Des pendus.
Thésée
Salut à Monsieur Lucifer, Souverain du sombre Empire : Avec sa grand fourche de fer, Sa gravité me fait rire : Je suis fatigué d'être dans l'Enfer, Permettez que je me retire. Seigneur, je suis de qualité, De Neptune l'enEnfant gâté, Ainsi je suis de la famille.
AIR. Vous voulez me faire chanter.
Pluton
Oh bien ! Je veux qu'on l'étrille, En faveur de la parenté ; Tu ne l'as que trop mérité. Vous veniez, Monsieur, mon neveu, Pour me ravir ma femme.
Thésée
C'était pour un ami :
Pluton
Morbleu ! L'action est infâme.
Thésée
Pirithoüs voulait l'avoir, J'aidais à l'entreprise, Vous ne devez pas m'en vouloir, L'usage m'autorise.
AIR. Il faut suivre la mode.
Pluton
On est chez moi fort mal venu, En suivant pareille maxime.
Thésée
De rendre le Diable cornu ; Ah ! Voyez, c'est faire un grand crime !
AIR. L'autre nuit j'aperçus en songe.
Pluton
Tu veux de ton oncle Pluton Faire donc un mari incommode ? Est-ce le fait d'un Dieu Démon De se mettre à la monde ? Pirithoüs est la victime De son amour malentendu. Le même traitement t'est dû.
AIR. Parole de l'Opéra.
Thésée
Ah ! Si son amour est un crime; L'amitié qui pour lui m'anime N'est-elle pas une vertu ?
AIR. Ah ! Robin, tais-toi.
Pluton
L'antithèse est pitoyable.
Thésée
Je suis un héros de bien.
Pluton
Quand on est l'appui d'un vaurien, On est comme lui coupable.
Thésée
Ah ! Dis-moi pourquoi... ?
Sur le ton du vers précédent.
Thésée rentre.
AIR. Avez-vous vu ce héros.
Pluton
Ah ! Morbleu tais-toi. Tu voudrais, je le crois, Crier comme un diable, Et plus haut que moi ! Assemblons le tribunal Infernal, J'ai des juges de mérite, Des procureurs, des huissiers, Des greffiers, Et des avocats d'élite.
Scène 7
Pluton, Démons
AIR. Que devant vous tout s'abaisse.
À Proserpine :
Pluton
Or écoutez, honorable assistance, Deux insolents sont venus ici bas, Pour me traiter comme un mari de France, Jugez le fait : vous étiez dans le cas. Que l'on opine On fait affront Aussi bien qu'à mon front.
AIR. Que le mal de dents.
Démons
Que le Phlégéthon, Le Styx, le Tenare, Que tout se prépare À venger le front De Monsieur Pluton : Qu'en style barbare L'on dresse un factum, L'honneur de répare Quand on y déclare L'affront tout au long.
Scène 8
Thésée, Pluton, Les Parques, Choeur
AIR. C'est ce qui nous enrhume.
Thésée
Vainement j'appelle Pirithoüs, Ah ! Mes cris aigus Ne sont plus entendus : Et ma vois se consume : Je fais des efforts qui sont superflus, Eh ! C'est ce qui m'enrhume.
AIR. Amis, sans regretter Paris.
Pluton
Il n'est qu'on moyen pour le voir C'est de perdre la vie Et ces trois soeurs ont le pouvoir De remplir ton envie.
AIR, Canon. Nous sommes trois fous, Mesdames.
Les Parques
Nous sommes trois soeurs fileuses, Nous filons tes jours.
AIR. Vous qui voyez les dames, blandé loquimini.
Thésée
Sans un ami si rare De vivre je suis las, Tuez moi donc, barbare Atropos, Je ne m'en plaindrai pas.
Les Parques
Nous ne pouvons hélas : Te donner le trépas ; Le destin ici bas Arrête notre bras.
AIR. Un jour le malheureux Lisandre.
Thésée
Oh ! Oh toi qui règne sur les soles, Neptune, entends ma voix triste : Tu m'as promis que pas trois fois Tu remplirais mes voeux frivole. Tu juras fort imprudemment, J'en ai profité sottement ; Mais ici tu m'es nécessaire : Le Styx a reçu ton serment. Tire-moi d'ici, mon cher père, Et ne vas pas être Normand.
AIR. Refrain.
Choeur
T'as l'pied dans le margouilli Tirten tirten tirtentaine, T'as l'pied dans le margouilli Nul ne peut sortir d'ici.
Scène 9
Mercure, Pluton, Thésée, Les Parques, Tisiphone
Mercure
Oh ! Rendez-vous Thésée ? Que de bique de bariolet. Oh ! Rendez-moi Thésée, Au nom du chardon'ret ?
AIR. Un jour le bon père Abraham.
Pluton
Il est en mon pouvoir, Augé, augé, Il est en mon pouvoir, On ne peut le ravoir. Il voulait comme un suborneur M'enlever Proserpine, Et de plus c'est un franc voleur Il a pillé Racine : Dans les Enfers il doit rester, Pour n'avoir pas su profiter D'un telle rapide.
AIR. Nous autre bons villageois.
Mercure
Il n'a pas cru faire mal, Ayez pour lui quelqu'indulgence : S'il servait votre rival, Hélas, C'était par innocence. Qu'il sorte de votre manoir ; Car Neptune veut le ravoir. Ne devons-nous pas, entre nous, Excusez les sots et les fous ?
AIR. Le gourdin.
Pluton
Qu'il sorte donc de ces lieux, Mais il n'en sera pas mieux. Parques, je vous ne conjure, Avant qu'il suive Mercure, Dites sa bonne aventure.
Thésée
Lure lure lure lure.
AIR, Canon. Gros nez, gros nez.
Pluton et sa suite rentre.
Les Parques
Allons, donnez-nous votre main, Guerelin, guin, guin, guerelin, guin, guin. Frémis d'effroi, Où cours-tu, malheureux Roi, Tu vas retourver les enfers chez toi.
AIR. Perrette étant dessus l'herbette.
Thésée
Ah ! Quelle horreur glace mon âme ? Expliquez-moi cela, Madame, Les enfers chez moi ?
Elle rentre.
Thésée suit Mercure.
Tisiphone
Oui, chez toi, Tu vas revoir ton autre femme, Encore plus diablesse que moi.
Scène 10
Phèdre
Le théâtre représente le palais de Thésée ; on voit la mer dans l'enfoncement.
AIR. À sa voisine.
AIR. Ah ! mon mal ne vient que d'aimer.
Phèdre
Galante mère des amours, En moi ton feu pétille, Combien as-tu joué de tours À ma tendre famille ? Chez nous ton goût passe toujours De mère en fille. Fais qu'Hipolyte m'aime bien, Et je ne te blâme de rien. C'est toi qui formas mon lien, Dans le fond j'en ai honte : Mais hélas ! Mon crime est le tien, Je mets tout sur ton compte.
Scène 11
Oenone, Hipolyte, Phèdre
AIR. Le tout par nature.
Oenone
Je vois venir votre amant.
AIR. Ma manon ne pleurez pas.
Hipolyte
Madame, quel accident ! Mon père n'est plus vivant. Je viens en diligence Vous faire mon compliment De condoléance. On dit qu'il est aux Enfers.
Phèdre
Oui, ce n'est plus un mystère.
Hipolyte
C'est un bon papa que je perds, Sa mort aussi vous désespère !
Bis.
AIR. De l'amour tout subit les lois. Du ballet des Sens.
Phèdre
La bonhomme avait fait son temps. Ne parlons plus que des vivants. C'est trop feindre, Connais mon sort ; Qu'ai-je à craindre ? Ton père est mort. Il n'est guère De belle-mères, Dont les beaux-fils Ne soient haïs ; Mais je donne Dans l'autre excès ; Je suis bonne, Et tu me plais : Ma couronne, Et ma personne, Tout est à toi, Mon Roi.
AIR. Si le Roi m'avait donné Paris.
Hipolyte
Croyez-vous que de ces biens, Moi, je me soucie ? Je suis content si j'obtiens Ma chère Aricie : Je l'aime avec loyauté : Gardez votre royauté. Laissez-moi ma Mie, Ô gué, Laissez-moi ma Mie.
AIR. Menuet du couillon couleur de rose. Non je ne veux pas badiner.
Phèdre
Aucun espoir ne m'est permis, On me préfère ma rivale.
Hipolyte
Votre rivale ! Je frémis.
Phèdre
Pour toi ma flamme est sans égale, Mon cher enfant, sois de moitié.
Hipolyte
Vous allez causer du scandale.
Phèdre
Tu ne sens que de la pitié.
AIR. Je vois venir ma mère, arrêtez-vous donc.
Phèdre
Il me raille encore en face ! Rends-toi, mon petit mignon.
Hipolyte
Songez-vous qu'en cette place Quelqu'un peut vous voir ?
Phèdre
Bon, bon, Je n'entends point du tout raison.
AIR. Eh ! Fi donc, Madame, on va vous surprendre.
Hipolyte
Arrêtez vous donc.
AIR. Monsieur le Prévôt des marchands.
AIR. tourne, tourne, tourne, c'est son paiement.
Elle lui arrache son épée.
Phèdre
Puisque tu ne peux me souffrir, Barbare, fais-moi donc mourir ? Rends-toi digne fils de ton père. Des monstres il fut la terreur Un seul échappe à sa colère. Frappe, ce monstre est dans mon coeur. Tu me hais autant que je t'aime. Tire sur moi ton coutelas. Cruel, si tu ne l'oses pas, J'en prendrai la peine moi-même. Tire, tire, ou bien mon bras plus subtil...
Hipolyte
Arrêtez donc, il a le fil.
Scène 12
Thésée, Oenone, Phèdre, Hipolyte
AIR. Ah ! J'ai tout vu.
Thésée
Ah ! J'ai tout vu, J'en suis bien convaincu. Qu'il l'eut dit ? Qu'il l'eut cru ? M'y serais-je attendu ?
Oenone
Dieux ! C'est le Roi !
Phèdre
C'est mon époux !
Hipolyte
Mon père !
Phèdre
Que faire ? Ma chère, Hélas ! Tout est perdu.
Oenone
Ô retour imprévu !
À Phèdre.
Thésée
Quel désarroi ! Madame, expliquez-moi Le tracas que je vois.
Elle rentre.
Phèdre
N'approchez point, l'amour est outragé, Que l'amour soit vengé. De vous je prends congé.
Thésée
Toi, mon fils, Approche et m'éclaircis.
Hipolyte
Ah ! Seigneur... Justes Dieux...
Thésée
Il ne répond pas mieux.
Il rentre.
Hipolyte
Je vous fais aussi mes adieux.
Scène 13
Thésée, Oenone
Suite de l'Air.
Thésée
Phèdre m'a fuit, Hipolyte la fuit. Ma voilà bien instruit. Vous, Dites-nous, Qui mérite mes coups ? Je prétends tout savoir.
Oenone, veut rentrer, Thésée l'arrête.
Oenone
Jusqu'au revoir, Bonsoir.
AIR. Seuls les garçons du port en bled.
Thésée
Restez, restez, par la sangoi, Se raille-t-on ici de moi ? Je veux savoir toute l'histoire.
AIR, la Roi dit à la Reine.
Oenone
De la Reine sauvons le gloire. Votre fils et la Reine La Reine et votre fils...
Thésée
Dieux ! Je suis à la gêne, Ah ! Par pitié finis.
AIR. L'occasion fait le larron.
Oenone
La Reine enfin... ce fer armé contre elle...
Thésée
Que veux-tu dire avec ton fer armé ? Quel accident a brouillé leur cervelle ? Ne puis-je mieux être informé ?
AIR. Tu tueras ton père et ta mère.
Oenone
Sachez donc qu'un amour funeste...
OEnone rentre.
Thésée
Ah ! J'entends, épargne le reste.
Scène 14
Thésée
AIR. Suite de L'air.
AIR. Je suis gaillard.
Ritournelle pour le frémissement des flots.
AIR. Les trembleurs.
Thésée
Qu'ai-je appris ! J'ai le coeur navré, Je cède à toute ma colère : Méchant enfant dénaturé, Vous voulez honnir votre père. Hélas ! Le Diable me l'avait bien dit ! Grand Dieu des mers, sers mon dépit, Contre un enfant maudit. Tu dois, étant son grand-père, Corriger ce téméraire, Montre lui sont tort. Tout d'abord, Fais lui subir la mort, Sans forme de procès, Pour prix de ses forfaits ; Et nous nous instruirons après Tout à loisir des faits. De courroux l'onde s'agit, Tu vas périr Hipolyte ! N'ai-je pas été trop vite ? Je suis un nigaud trois fois. Mais ma sottise dernière, L'emporte sur la première, Et Neptune, à ma prière, En un jour en a fait trois.
Scène 15
Thésée, Une Matelotte
AIR. Allons donc, jouez violons.
Thésée
D'où naît cet autre tintamarre ? Des matelots, sans dire gare, Viennent exercer leurs jarrets. Allez danser sur le rivage.
Une Matelotte
Non, Sire, il y fait trop d'orage.
Thésée
Ils sont faits comme des barbets, Ils vont crotter tout mon Palais. On prend bien son temps pour les danses ; Supprimez ces extravagances.
AIR. Catherinette assise sur le bord de la mer.
Une Matelotte
Ah ! Sire, faite grâce aux airs, Retranchez plutôt tous les vers. On vient ici se rendre, Pour vous complimenter : Daignez du moins entendre Vos matelots chanter : La, la , mi, fa, fa ,fa, fa, [ré], la, mi, fa, la sol, fa, mi, ré, ut
AIR. Non, non, je ne veux pas rire.
Il rentrent tous.
Thésée
Morbleu, faquins, vous tairez vous ? Tous mes sujets sont-ils donc fous ? Allons, qu'on se retire. Non, non, je ne veux pas rire, Non, non, je ne veux pas rire, moi, Non, non, je ne veux pas rire.
Scène 16
Hipolyte
Le théâtre représente une forêt.
AIR. De l'Opéra.
AIR. Le fameux Diogène.
AIR. Chanson des rues.
AIR, même air.
AIR, Qu'importe, qu'importe ?
Hipolyte
Ah ! Faut-il en un jour perdre tout ce que j'aime ? Mon père, avec menace, De ses états me chasse Assez mal-à-propos : Moi, si plein d'innocence, Je n'ai, pour ma défense, Osé dire deux mots. Ah ! Faut-il en un jour perdre tout ce que j'aime ? Je ne regrette point la ville, Ni les bourgeois qui sont dedans, La lirette, Ni les bourgeois qui sont dedans, Je ne regrette qu'une fille, Qui m'aurait fait passer le temps, La lirette, Qui m'aurait fait passer le temps. Ah ! Faut-il en un jour perdre tout ce que j'aime ? C'est elle-même que je vois ; Seule elle me cherche en ce bois : La bienséance y perd ses droits, Qu'importe ? Qu'importe ? L'Opéra traita mille fois La vertu de la sorte.
Scène 17
Aricie, Hipolyte
AIR. le bonheur de ma vie n'a duré qu'un moment.
Aricie
Tu quittes donc ces lieux ?
Hipolyte
C'est contre mon envie.
Aricie
Sans faire tes adieux À la tendre Aricie !
Hipolyte
Souvent l'honneur s'oublie, Je crains...
Aricie
Que craignais-tu ?
AIR. J'ai un coquin de frère.
Hipolyte
Vous êtes trop jolie, Je crains pour ma vertu. Il faut que je te quitte.
[ENSEMBLE]
Aricie
Mais, pourquoi donc cela ? A... A...dieu donc, Hipolyte.
Hipolyte
A... A...dieu donc, ma petite.
AIR. Marguerite, ma Mie, olire, olire.
Bis.
Aricie
Ah ! Ah ! Ah ! Quel galant j'ai là ! Quoi ! Partir comme un sot ? Sans faire à ta maîtresse Politesse Sans dire à ta maîtresse un petit mot.
AIR. On y va deux, on revient trois.
Hipolyte
Hé bien ! Faisons une chose, Suivez moi.
Aricie
Que dis-tu là ?
Hipolyte
L'hymen recouvrira cela.
Aricie
Tenez... je n'ose. Je le voudrais bien, mais oui-dà, Le monde glose !
AIR. Allons donc, Mademoiselle.
AIR. Comme deux seaux dans un puits.
Hipolyte
Allons donc, Mademoiselle, Vous n'avez point de raison. Quand l'occasion est belle, Vous feignez hors de saison. Allons donc, Mademoiselle, Vous n'avez point de raison. Reçois ma foi.
Aricie
Reçois aussi la mienne.
Hipolyte
Je suis à toi, Quel heureux jour pour moi !
Hipolyte
Nous n'avons pas langui longtemps. Tout d'une coup nous voilà contents, Pourvu que cela tienne ! Dans mes amour, Je vais droit à la fin.
Aricie
Pour moi je fais toujours La moitié du chemin.
AIR. Partez pour le Potosi.
Hipolyte
Mais ! J'entends donner du cor !
Aricie
Bon, c'est quelque fête encor Restons.
Hipolyte
Pourquoi s'amuser ? Du temps on peut mieux user.
Aricie
Non, j'aime à voir ces ballets, Où l'on ne s'entend jamais.
Scène 18
[ensemble], Aricie, Hipolyte, Choeur
DIVERTISSEMENT.
AIR.
Autre AIR.
Après la danse on entend un bruit de tempête.
[ensemble]
À la chasse, à la chasse, à la chasse, Jeunes beautés, armez-vous d'audace. Si vous craignez d'amoureux tourments, Chassez, Relancez Les amants ; Mais songez moins à prendre Qu'à vous défendre : À la chasse d'amour, On est pris à son tour. Diane avec les armes, A manqué cent fois Les plus beaux exploits : L'amour, avec ses charmes, Est un adroit chasseur Qui tire droit au coeur ; Il aime à causer des alarmes, Il se tient aux aguets, Dans nos forêts Il tend ses rets, Jamais On n'évite ses traits. Diane, etc. Ainsi qu'un cerf aux abois, En vain en verse des larmes, On succombe, on perd la voix. Diane, etc.
AIR. Aperlua bona.
Aricie
Oh ! Oh ! Oh !
Hipolyte
Ah ! Ah ! Ah !
Bis.
Choeur
D'où vient ce fracas ? Quels affreux éclats ! Par un cas nouveau, Le feu sort de l'eau ; Un monstre vient à nous ; Sauvons, sauvons-nous tous.
AIR. Les filles de Montpellier.
AIR. Refrain.
Il va combattre le monstre. Un nuage couvre Hipolyte.
Hipolyte
Comment ! Tous ces gens ont peur, Malgré leur vaillance audace ! Moi seul j'en aurai l'horreur ; Tirons nous couteau de chasse. Aye, aye, aye. Quand on en a, s'en faut servir, Dérouillons, dérouillons, notre lame...
AIR. Ô pierre, ô pierre !
Aricie
Je suis toute interdite. Où cours-tu donc ? Reviens. Quel feu couvre Hipolyte ? Mais je ne vois plus rien. La bête maudite M'a ravi tout mon bien.
Scène 19
Aricie
AIR. Il vous faudrait un biscuit.
Tirant son flacon.
Apercevant Hipolyte.
Aricie
Que je regrette mon amant : Quel affreux revers pour ma flamme ! Hélas ! Dans un petit moment J'eusse été tout à fait sa femme ; D'un fort heureux j'allais jouir, C'est assez pour pour m'évanouir. Respirons cette ligueur, Pour me, pour me, pour me remettre... Mais, que vois-je ? Quel bonheur ! Ce n'est qu'une fausse peur.
Scène 20
Hipolyte, Aricie
DUO.
AIR. Ah ! Barnaba.
Hipolyte
Ah ! Me voilà,
Aricie
Ah ! Te voilà, En dépit de la bête.
Hipolyte
Ah ! Me voilà,
Aricie
Ah ! Te voilà, Je ne sais comment cela. Que l'on apprête Pour nous une autre fête Qui soit sans tempère, Et restons en la. Et restons-en la. Ah ! etc.
AIR. Ah ! Que le Faubourg Saint-Jacques.
Aricie
Ah ! Mon ami, je te jure, Que je te croyais croqué ; Hélas ! Par quelle aventure Le monstre t'a-t-il manqué.
Hipolyte
Tu n'en peux bien être instruite ; À cela les Dieux ont part ? Moi, j'ai toujours pris la fuite À la faveur d'un brouillard.
Scène 21
Aricie, Hipolyte, Diane, Tous
AIR. Aimez, belle Pastorelle.
Aricie
Ô chose surnaturelle, La lune tombe des Cieux !
Hipolyte
À l'aide d'une ficelle, Elle descend en ces lieux.
Aricie
Pourquoi donc ici la lune ?
Hipolyte
C'est la voiture commune De Diane à l'Opéra.
Aricie
Comment peut-on sans désastre, Ainsi déplacer un astre ? Quelle sottise est-ce là ?
AIR. L'occasion fait le larron.
Diane
Je vais aider à votre mariage.
Aricie
Auriez-vous dû prendre cet emploi-là ?
AIR. Si ma Philis vient en vendange.
AIR. Toujours va qui danse.
À Hipolyte.
Diane
Comme croissant, je préside au ménage, Et comme Lune à l'Opéra. D'avoir causé tant de ravages, Phèdre et Thésée enfin sont las : On leur a fait jouer de sis sots personnages Qu'au dénouement ils ne s'exposent pas. Diane a pris tes intérêts, J'ai fait dédire Neptune : Je te fais roi des forêts.
Hipolyte
Pour nous, quelle fortune !
Diane
Qu'on vienne à ce nouveau Roi là Rendre hommage en cadence.
Tous
La, la, la, la, la, la, la, Toujours va qui danse.