Parodie · 1758

La fille mal gardée

de Charles-Simon Favart

Représentation
≈ 28 min
Distribution
1 femme, 3 hommes
Répliques
271
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Magister H 90 ≈ 11 min 9
Nicolette F 88 ≈ 8 min 12
Madame Bobinette H 58 ≈ 6 min 8
Lindor H 27 ≈ 3 min 5
Ensemble N 6 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle La Fille Mal Gardée
Le Magister absentabsentabsentabsentabsentabsent
Nicolette absentabsentabsent
Madame Bobinette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Lindor absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Ensemble absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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La Fille Mal Gardée

Scène 1

Le Magister

ARIETTE.

bis.

Le Magister

Un trait vainqueur L'Amour me blesse, Le plus grand coeur A sa faiblesse. Le fier César En idolâtre, De Cléopâtre Suivait le Char. Hercule file, Le brave Achille Pour Briséis Verse des larmes ; Le Dieu des armes Aime Cypris. Et moi, grave Magister, Magis, magis, magister Je brûle, pour Nicolette, Je gémis de ma défaite, Et je cède sans effort. Omnia vincit amor. Oui, tous les grands hommes ont aimé, et nos cedamus amori.

Scène 2

Madame Bobinette, Le Magister

Air : Réveillez-vous.

Madame Bobinette

Quel lutin sitôt vous éveille ? Où courez-vous toute la nuit ?

Le Magister

Je crois, d'abord que je sommeille, Voir Nicolette qui s'enfuit. C'en est fait, ma chère Madame Bobinette, il n'y a plus de repos pour moi.

Ariette.

Madame Bobinette

Seigneur Pancrace, tout éveillé que vous soyez, il me paraît que Nicolette l'est encore d'avantage. Voilà ce que c'est que d'aimer une Jeunesse, au lieu d'avoir un attachement solide et raisonnable.

Le Magister

Je vous entends, mon aimable Gouvernante ; mais necessitas non habet legem. Nicolette est une petite orpheline qui m'a été confiée.

Madame Bobinette

Je le sais.

Le Magister

Elle a quelque bien dont il faudrait rendre compte.

Madame Bobinette

Cela est juste.

Le Magister

Il s'est un peu embrouillé avec le mien.

Madame Bobinette

Rien de plus naturel.

Le Magister

Et pour éviter l'embarras du calcul, je me vois dans la nécessité de l'épouser.

Madame Bobinette

Vous avez raison.

Le Magister

Je dois redoubler de vigilance, de crainte que cette jolie proie ne m'échappe.

À part.

Madame Bobinette

Le vieux renard !

Le Magister

Je suis dans les plus grandes inquiétudes.

Madame Bobinette

Je le crois.

ARIETTE.

Le Magister

Au bord de l'eau sur le soir, Lorsque le temps est bien noir J'entends, une voix qui chante : Venez, venez, beauté charmante, St,st,st,st, je suis au long du mur, Venez, venez, Beauté charmante Le hibou dort, l'instant est sÜr.

À part.

Madame Bobinette

Il y a à parier que c'est un compliment que l'on vous fait ; mais sur qui vos soupçons peuvent-ils tomber ? Depuis que Nicolette est en âge de plaire, vous avez renvoyé tous vos écoliers ; vous ne donnez plus de leçons qu'en ville, et personne ne vient ici qui ne soit du genre féminin. Cela commence beaucoup à m'ennuyer.

Le Magister

Je soupçonne tout le monde, et principalement ce petit fripon de Lindor, ce jeune étudiant en Droit, qui venait ici sous prétexte d'apprendre le Grec.

Madame Bobinette

Et qui voulait apprendre à parler français à Nicolette.

Le Magister

Je l'ai bien vite congédié.

Madame Bobinette

Il était plus Grec que vous.

ARIETTE.

bis.

bis.

Le Magister

Quand une fille a l'esprit curieux, Son coeur s'entend avec ses yeux. Tu sais que ma maisonnette Tient aux murs de la Guinguette Les Dimanches, Nicolette Y prête l'oreille, et guette ; Elle écoute des chansons, Elle hausse les talons Ses yeux alors font leur rôle. Je ne sais pas ce qu'elle voit, Elle se mord le bout du doigt, En s'écrient ah ! que c'est drôle ! Quand une fille a l'esprit curieux, Son coeur s'entend avec ses yeux. C'est lui qui a commencé à donner l'éveil à ma pupille ; depuis ce temps elle est inquiète ; le moindre bruit fixe son attention.

Air : Lorsque le plaiJir Je preyente.

Madame Bobinette

Quand un beau minet se présente. Une chatte miaule après lui ; Plus elle a ressenti d'ennui, Plus elle est vive et sémillante, Quand un beau minet se présente. Une chatte miaule après lui ; Plus elle a ressenti d'ennui, Plus elle est vive et sémillante, Cela ne doit pas vous étonner ; le plaisir est pour cet âge, ce qu'un joli chat est pour une jeune chatte.

Air : De tous les Capucins du monde.

Le Magister

Je prétends que le mariage Ce soir avec elle m'engage, Et pour en bien goûter les fruits , Et me voir sur de cette Belle, Je passerai toutes les nuits A me poster en sentinelle.

Madame Bobinette

Croyez-moi, il vaut mieux que ce soit moi qui fasse la garde.

Air : De M. de Catinat.

Le Magister

Pourrai-je sans danger me confier à toi ?

Madame Bobinette

Oui, oui, mon intérêt vous répond de ma foi. Des galants qui viendront demander de l'emploi J'aurai grand soin qu'aucun n'ait affaire qu'à moi.

Le Magister

Je vais y mettre ordre.

Madame Bobinette

En attendant, je vous conseille, pour ne point effaroucher Nicolette, de vous rendre aimable à ses yeux ; mais c'est là le plus difficile.

Le Magister

Comment, le plus difficile ?

Madame Bobinette

Par exemple, puisque vous n'avez plus ici d'écoliers, pourquoi garder à la maison cet attirail pédantesque ?

Le Magister

À l'exemple de Denis de Syracuse, j'aime à conserver les attributs du despotisme ; il est bon de se faire respecter ; je ne veux point être de ces maris dont la complaisance tourne toujours à leur désavantage. Nicolette est encore un enfant; c'est un tendre arbrisseau que je veux ployer à ma fantaisie, et je suis déjà parvenu à disposer son esprit à recevoir...

Madame Bobinette

Vous le croyez ?

Le Magister

Sans doute. Par exemple, quoiqu'elle soit jolie au superlatif, je l'ai persuadée qu'elle est d'une laideur extrême.

Madame Bobinette

Paroles perdues. Vous m'en diriez autant, que je ne vous croirais pas ; on sait ce qu'on vaut.

Le Magister

Paix, elle vient ; allons examiner ce qu'il faut faire à notre jardin pour mettre cette jeune rose à l'abri des atteintes de ces petits frelons amoureux, plus dangereux pour la vertu des femmes, que les insectes ne le sont pour les fleurs.

Scène 3

Nicolette

ARIETTE.

Nicolette

Depuis que j'ai vu Lindor, La Nature est plus brillante : Tout m'anime, tout m'enchante Et mon coeur a pris l'effort. Quand l'oiseau sur la charmille, En chantant vole ou sautille, Il est moins joyeux que moi. Papillon, quand je te vois Caresser la fleur nouvelle, Mon coeur bat comme ton aile : Il imite ton essor, Il voltige après Lindor. Cher Lindor, viens, je t'appelle : À ma voix l'écho fidèle, Avec moi redit Lindor Cher Lindor, Lindor, Lindor, Et l'écho répète encor, Cher Lindor, mon cher Lindor. Monsieur le Magister dit que je n'ai ni esprit ni beauté, il faut avouer que Lindor a bien de la bonté de m'aimer, aussi serai-je bien reconnaissante : cherchons du moins à placer des fleurs dans mes cheveux pour n'être pas si déplaisante.

Scène 4

Le Magister, Madame Bobinette, Nicolette

Air, Ah le bel oiseau etc.

Le Magister

Quel plaisir peut-on avoir, Quand on a votre visage Quel plaisir peut-on avoir À se mirer, à se voir ? Est-ce ainsi que vous vous occupez?

Madame Bobinette

Si vous me ressembliez Ce serait un avantage : Quand vous vous regarderiez, Vous vous rendriez hommage.

Nicolette

Ah ! Le bel objet vraiment Pour me tenir ce langage ! Ah ! le bel objet vraiment Pour engager un amant !

Madame Bobinette

Voyez la petite impertinente.

Le Magister

Un Amant ! Et qu'est-ce que c'est qu'un amant ?

Nicolette

Je ne sais pas, Monsieur Le Magister, mais je m'imagine que c'est quelqu'un qui ne me trouverait pas si laide.

Le Magister

Eh ! Où avez-vous entendu parler d'amant ?

Nicolette

Nulle part, Monsieur le Magister.

Le Magister

Nulle part !

Nicolette

C'est que je me souviens que quand Madame Bobinette parlait à quelqu'un de vos écoliers, elle lui disait : venez mon petit amant, baisez-moi, mon petit amant.

Madame Bobinette

Allez, vous raisonnez comme une petite sotte.

Le Magister

Ah ! C'est donc dans le dessein de plaire à quelque amant que vous vouliez mettre des fleurs dans vos cheveux ? Peine perdue, vous n'en seriez pas plus jolie.

Nicolette

Vous me mortifiez toujours : en quoi donc suis-je si laide ?

bis.

bis.

bis.

bis.

Le Magister

Qui vous voit ne peut s'empêcher De soupirer ou de sourire, Et vous pensez qu'on vous admire. Fi, fi, fi, vous devez vous cacher. Vous croyez avoir des appas ; Mais vos traits sont trop délicats. Je vous le dis prenez-y garde ; Dans le menton ce petit creux Et cette bouche trop mignarde N'ont rien d'assez majestueux. Tournez que je vous examine, Vous avez la taille trop fine. Tournez que je vous examine. Je vous le dis prenez-y garde. Vous avez certain embonpoint, Qui fait que chacun vous regarde : Vos grands yeux ne finissent point. Non, non, qui vous voit ne peut s'empêcher De soupirer ou de sourire ; Et vous pensez qu'on vous admire. Fi, fi, Vous devez vous cacher, Ah ! je soupire, Fi, Fi, vous devez vous cacher.

Nicolette

Mais il me semble pourtant.

Le Magister

Il vous semble... Il vous semble... Ne remarquez-vous point que chacun vous suit quand vous passez dans la rue.

Nicolette

Il est bien vrai, Monsieur le Magister ; j'ai remarqué que tous les petits garçons courent après vous, et les grands courent après moi.

AIR. Ces filles sont si sottes, etc.

Le Magister

Vous voulez prendre un ton railleur.

Nicolette

Moi ! Non, je suis si bête, Monsieur le Magister.

Le Magister

Mais croyez-moi, mon petit coeur; Car aux yeux cela saute : Vous êtes laide à faire peur.

Nicolette

Mais, ce n'est pas ma faute, Monsieur. Mais, ce n'est pas ma faute.

Le Magister

Laissons cela. Pourquoi n'êtes-vous pas à votre ouvrage ?

Nicolette

Je suis ici venue pour prendre un peu l'air.

Le Magister

Hé bien ! Puisque vous aimez tant à prendre l'air, je vais vous donner ici votre leçon : où est votre livre ?

Nicolette

Le voici.

Le Magister

N'êtes-vous pas honteuse, à votre âge, de ne savoir pas encore lire ?

Nicolette

Mais, vos livres sont si difficiles.

Le Magister

Qui, tout est difficile pour vous.

Nicolette

Mais, Madame Bobinette qui est plus grande que moi, ne sait pas lire non plus, elle.

Madame Bobinette

Où est-ce qui vous a dit cela ?

Le Magister

Point tant de raisonnements, avancez ce fauteuil plus près, plus près : Nicolette regarde derrière elle ; hé bien ! Ce que vous allez lire n'est pas de ce coté. Commencez.

ARIETTE.

Nicolette

Sur les Dis..... Dis.

Le Magister

Innocente ! Cette Lettre est-elle un i..

Nicolette

Quel ton brusque ! Il me tourmente.

Le Magister

Cette Lettre est elle un i ?

Nicolette

D'effroi j'ai le coeur saisi,

Le Magister

Si vous pouvez, épelez, ignorante.

Nicolette

De, de, qu.

Le Magister

Cette fois-ci, C'est un i : cela m'impatiente..

Nicolette

I,r,s,

Le Magister

La voilà qui pleure : c'est un i. Votre douleur vous rend des plus gentilles.

Elle lit.

Au Magister.

Nicolette

Ne me plaisantez pas ainsi. o. i. r. s. Devoirs. sur les devoirs des filles: Est ce que je ne lis pas bien ?

Le Magister

Non, jamais vous ne saurez rien. Si vous n'avez pas plus d'esprit que de beauté, vous serez un fort joli sujet : continuez votre leçon.

Au Magister.

Nicolette

Sur les devoirs des filles: il faut qu'elles fassent ce qu'elles peuvent pour... Hé ! Bien : Monsieur le Magister, c'est ce que je fais.

Le Magister

Oh ! Je perds patience ; mais quel est cet autre livre, dans la poche de votre tabelier ?

Nicolette

C'est un livre, Monsieur le Magister.

Lisant.

Le Magister

Je vois bien que c'est un livre, donner le moi. Donnez, eh ! Donnez donc. Sur la manière...

Nicolette

De faire des enlevements.

Le Magister

Ah ! ah ! Vous lisez bien dans celui-ci ?

Madame Bobinette

Ah ! Quelle horreur ? Qui est ce qui vous a donné ce livre-là, petite fille ?

Le Magister

Je veux que vous me disiez la vérité.

Nicolette

Monsieur le Magister !

Le Magister

Dépêchez, dépêchez-vous,

Nicolette

Je vais vous le dire, Monsieur le Magister,

Le Magister

Hé bien ?

Nicolette

Je n'en sais rien, Monsieur le Magister.

Le Magister

Comment ; vous n'en savez rien ?

Nicolette

Je l'ai trouvé dans le jardin.

Nicolette

Il y a quelque chose là-dessous, je saurai m'en éclaircir.

AIR. Je ne sais pas écrire.

Nicolette

Mais, vous avez l'air mécontent.

Le Magister

Oui, oui.

Nicolette

Ce livre-là pourtant, Me paraît nécessaire : Le sujet en est amusant ; Et puis d'ailleurs en le lisant, On sait ce qu'il faut faire.

Le Magister

Holà ! Madame Bobinette, je vais chercher des ouvriers pour rétablir le mur de ce jardin et griller nos fenêtres ; ayez soin de Nicolette, pendant mon absence.

Madame Bobinette

Fiez-vous à moi.

Nicolette

Mais il me semble que tout cela n'est pas nécessaire : qui voulez-vous qui me vienne chercher, je suis si laide !

À Madame Bobinette

Le Magister

Je n'appréhende point que vous plaisiez à personne ; mais je crains que quelqu'un ne vous plaise, et comme je veux bien vous épouseR, je dois prendre mes précautions. Allez-lui chercher son carreau de dentelles qu'elle s'occupe jusqu'à mon retour : la Jeunesse ne se perd que par le désoeuvrement.

Elle sort.

Madame Bobinette

Laissez-moi faire, j'aurai grand soin de la faire travailler. Ah ! Ah ! Petite mijaurée, je vous ferai charrier droit.

Scène 5

Nicolette, Le Magister

Nicolette

Mais on ne peut pas toujours travailler.

Il lui donne un livre.

Le Magister

Hé bien ! Pour vous désennuyer, vous repasserez votre leçon ; Tenez... Mais je vous déclare que si à mon retour...

Elle jette le livre.

Nicolette

Et moi ie vous déclare que je ne veux plus travailler, ni étudier : tenez, voilà votre livre.

Le Magister

Vous avez l'audace ! Mais je ne reviens pas de ma surprise !

Nicolette

Accommodez-vous.

Le Magister

Je ne sais qui me tient..... Vous ne voulez donc pas obéir ?

Nicolette

Non.

Le Magister

Je vous abandonne.

Nicolette

Hé bien ! Je ne m'en soucie gueres.

Le Magister

Vous ne serez point ma femme.

Nicolette

Tant mieux.

Le Magister

Vous mourrez fille.

Nicolette

Oui, oui.

Le Magister

Comment ! Oui,oui, que veut-elle dire ?

Nicolette

Un autre m'épousera, là.

À Nicolette.

Le Magister

Ce ne serait pas là mon compte, je crois que Madame Bobinette a raison ; il faut l'adoucir. Écoute, Nicolette.

Nicolette

Laissez-moi.

Le Magister

Si je te gronde, c'est pour ton avantage.

Nicolette

Je vous remercie.

Le Magister

Je veux bien encore te pardonner, si tu me promets d'être plus docile ; oui, tu feras ma petite femme dès ce soir.

Nicolette

Hom !....

Le Magister

Et j'assaisonnerai les leçons que je te donnerai de tant de mignardises, de tant de petites caresses, que tu diras de moi : Miscuit utile dulci.

Nicolette

Allez, je n'ai que faire de vos biscuits ni de vos petites caresses.

À part.

Le Magister

Tu auras une entière liberté, et je renverrai Bobinette. Il faut lui promettre plus que je n'ai envie de lui accorder.

Nicolette

Il faut que je fasse semblant de m'apaiser pour qu'il ne soupçonne rien au sujet de Lindor.

Le Magister

Allons, faisons la paix.

Nicolette

Oui, oui, vous voulez encore vous moquer de moi.

ARIETTE, en Duo.

Le Magister

Tu vas être la maÎtresse ; À ton tour commande ici. Non, je te le jure.

Nicolette

Bon ! bon ! Vaine promesse !

Le Magister

Non, non, non.

Nicolette

Fiez-vous-y.

Le Magister

Oui, je veux te satisfaire.

Nicolette

Prouvez-moi.

Le Magister

Que faut-il faire ?

Nicolette

Demandez pardon.

Le Magister

Pardon !

Nicolette

Oui, pardon.

Le Magister

Elle plaisante. Soit, pardon ; et-tu contente?

Nicolette

À genoux, petit garçon.

Le Magister

Oh ! C'est trop.

Nicolette

Il se mutine.

Le Magister

M'y voilà.

Nicolette

Je vois Lindor.

Scène 6

Lindor, Nicolette, Le Magister

Lindor

St, st, st.

Nicolette

Encor, encor.

Le Magister

C'est assez.

Nicolette

Que l'on s'incline.

Lindor

Écoutez.

Le Magister voulant se relever.

Nicolette

Je ne peux pas. Hem ! Plaît-il ? Plus bas, plus bas, Quatre fois, baisez la terre.

Le Magister

Mais !

Nicolette

Mais, mais.

Le Magister

Il faut lui plaire.

Pendant que le Magister baise la terre, Lindor baise la main de Nicolette, lui donne un billetet se retire.

Nicolette

Quatre fois : fort bien, fort bien,

Scène 7

Le Magister, Nicolette, Ensemble

Le Magister

Ah ! ah ! ah ! Qu'elle est bouffonne.

Nicolette

Ah ! ah ! ah ! je vous pardonne.

Le Magister

Ah ! Friponne, je te tiens.

Nicolette

Ah ! Vieux reître, je te tiens.

bis.

Ensemble

Quel plaisir est égal au mien.

Le Magister

Te voilà Lien contente petite folichonne.

Nicolette

Oh ! Très contente ; allons, prenez part à ma joie, dansez.

Le Magister

Moi , que je danse !

Nicolette

Oui, je le veux ; dansez tout à l'heure : ta, la, la, etc.

Le Magister

Ta, la, la, la, etc.

Scène 8

Madame Bobinette, Le Magister, Nicolette

Madame Bobinette

Que vois-je. Eh ! Voilà Monsieur le Magister qui danse ; miséricorde !

À Nicolette.

Le Magister

Ah ! Madame, Madame Bobinette il n'y a rien que l'amour n'excuse. Ah ! Ça petite fanfan, je veux que nous ayons ce soir des violons ; je vais en chercher, et je danserai tant que tu voudras ; travaille en attendant.

Nicolette

De grand coeur ; partez donc bien vite.

À Nicolette.

Ils sortent.

Le Magister

Ah ! ah ! ah ! Voilà la façon dont on les endort ; amuse Nicolette pendant que j'irai chercher les ouvriers pour... Mais elle nous écoute, suis-moi. Travaille, travaille, ma petite amie.

Nicolette

Eh ! Oui, oui, vous devriez déjà être bien loin ?

Scène 9

Nicolette

ARIETTE.

Nicolette

Assise sur les bords D'une onde pure, Qui lentement murmure : Je sens, quand je m'endors, Un doux zéphyr, Qui sur mon sein soupire Dans cet asile. Quand un sort tranquille, D'un repos facile M'a fait jouir, J'ouvre mes yeux au jour, et mon âme au plaisir. Lisons vite la lettre de Lindor croit ; on que je ne sais pas lire, et que je ne suis qu'une sotte ; tant mieux. Mais les voilà qui m'examinent ; chantons en travaillant jusqu'à ce qu'ils soient partis. Ils sont éloignés, lisons. « Ma chère Nicolette, je sais que le Magister doit vous épouser ce soir ; il n'y a pas de temps à perdre. Si vous voulez éviter ce malheur, je vais tout préparer pour vous enlever, et je viendrai me cacher dans ce jardin pour attendre l'occasion favorable. Lindor. »

Scène 10

Madame Bobinette, Nicolette

AIR. Blaise en revenant des champs.

Madame Bobinette

C'est une lettre, je crois. Oh ! par ma foi, oh ! par ma foi. Vous vous moquez donc de moi ?

Nicolette

Elle est à votre adresse.

Madame Bobinette

Ah ! La bonne pièce !

À part.

Nicolette

Lisez-la plutôt. Heureusement elle ne sait lire ni bo, co, bi, net, nette, Bobinette. Vous voyez bien.

Madame Bobinette

Comment avez-vous eu cette lettre-là ?

Nicolette

Elle était dans le livre que j'ai trouvé tantôt là-bas sur ce banc de gazon où vous vous asseyez ordinairement.

Madame Bobinette

Pourquoi avez-vous décacheté cette lettre, puisqu'elle est à mon adresse.

Nicolette

J'ai été bien payée de ma curiosité.

Madame Bobinette

Pour vous punir, faites m'en la lecture.

Elle lit.

Nicolette

Je vais vous la lire tout de suite, car je l'ai épelée ; voyez si je lis bien. Madame Bobinette, comme je sais que malgré vos charmes vous êtes une femme d'honneur qui aime à se divertir sans qu'on se doute de rien, je vous déclare que je suis amoureux de vous; mais comme la Gouvernante d'un Magister a une réputation à garder, je vous préviens que je ferai semblant d'être l'amant de Nicolette, et tout ce que je lui dirai s'adressera à vous. Lindor.

Madame Bobinette

Tout cela ne m'étonne point, mais il me semble que je le vois là-bas entre ces arbres ; appelez-le, appelez-le, je vais me cacher derrière vous, et vous lui parlerez.

Nicolette

Je vais jouer un joli rôle.

Madame Bobinette

Je ne serai pas embarrassé du mien.

Nicolette

Lindor, Lindor.

Scène 11

Lindor, Madame Bobinette, Nicolette

Air : Ces forbans d'Angleterre.

Lindor

Je viens, Beauté charmante, Grille, brulé d'une flamme ardente, Car en vous tout m'enchante Jusques au bout du doigt.

Madame Bobinette

Il me voit, il me voit.

Même air.

Lindor

Dès qu'on vous aperçoit C'est son coeur qu'on vous doit. Il faut que l'on soupire L'Amour qui sait si bien, nous réduire, Pour plaire et pour séduire Doit être fait ainsi.

Madame Bobinette

Grand merci, grand merci. En vérité, Monsieur Lindor, vous vous y prenez d'une manière si délicate, que la vertu la plus fière aurait tort... Répondez pour moi, petite fille, la force du sentiment m'empêche de m'exprimer.

Ariette.

bis.

bis.

bis.

bis.

Nicolette

Mon coeur insensible Crut jusqu'à ce jour Qu'il était possible D'éviter l'amour. Dans l'indifférence Je bravais ses traits Je vivais en paix. Dans cette assurance Je serais encor Mais j'ai vu Lindor. Mon coeur trop sensible Éprouve en ce jour, Qu'il est impossible D'éviter l'amour.

Madame Bobinette

Imaginez-vous que c'est moi qui vous parle.

Lindor

Qu'est-ce que cela signifie ?

Nicolette

Elle croit que c'est elle que vous aimez ; ne la désabusez point.

Madame Bobinette

Oui, mon cher Lindor. Mais continuez de parler à Nicolette pour me sauver l'embarras de ma pudeur. Nicolette est dans le secret.

Air : Un Officier, deux Officiers.

Lindor

Avec ce teint, cette fraîcheur On vous prend pour l'Aurore.

Nicolette

Vous voyez bien que cela ne peut s'adresser qu'à vous.

Madame Bobinette

Ah ! Que ce discours est flatteur, Recommencez encore.

Il embrasse Nicolette.

Lindor

Oui, oui, je vous adore Et, ce baiser part de mon coeur.

Nicolette

A-t-il bien fait ?

Madame Bobinette

Oui.

Nicolette

Recommencez encore.

Madame Bobinette

Ah ! Finissez donc, vous m'allez faire évanouir.

Lindor

Ma chère Madame Bobinette puisque vous ne vous opposez plus à mes voeux, permettez que j'affranchisse ce que j'aime du pouvoir d'un brutal.

Madame Bobinette

Oui, vous n'avez qu'à déclarer vos sentiments pour moi à Monsieur le Magister.

Lindor

Je n'ai garde, il croirait que vous y répondriez ; cela ferait tort à cette grande réputation de sagesse que vous vous êtes acquise.

Madame Bobinette

Cela est vrai, et quoique le Magister veuille épouser Nicolette, je sais qu'il est très jaloux de moi.

Lindor

Attendez, pour ne point compromettre votre vertu, et jouer un bon tour au Magister... J'imagine qu'un enlèvement...

Nicolette

Un enlèvement, ma bonne ?

Madame Bobinette

Taisez-vous, petite fille ; il est de certains cas où l'enlèvement se pratique sans blesser la modestie : cela vous passe.

Lindor

Hé bien ! À quoi vous déterminez vous ?

Ariette.

Madame Bobinette

Comment ! Comment ! Un enlèvement.

Nicolette

Un enlèvement !

Madame Bobinette

Vous me causez des alarmes.

Lindor

Bon ! bon !

Madame Bobinette

Non, non. Mais, qu'en dirait-on ?

Nicolette

Mais qu'en dirait-on ?

Lindor

Que c'est l'effet de vos charmes. L'enlèvement fait honneur ; N'a pas qui veut ce bonheur.

Madame Bobinette

Ma pudeur doit s'en effrayer.

Lindor

On vous permettra de crier.

Madame Bobinette

Mais on pourrait nous entendre.

Nicolette

Oui, ce serait une esclandre.

Lindor

Vous crierez sans faire de bruit. Nous pourrons attendre la nuit.

Nicolette

Mais n'est-ce pas pour ce départ Vous y prendre beaucoup trop tard ? Partons, partons, dépêchons-nous, Partons, partons, et fuyons un jaloux.

Lindor

Partons, partons, permettez-nous De vous enlever malgré vous.

Madame Bobinette

Il faudra donc que Nicolette reste ici pour faire avaler la pillule à Monsieur le Magister.

Air : Sauter donc, mon coeur.

Lindor

Venez donc, mon coeur, venez donc. Point du tout, elle nous est nécessaire pour la décence. Allons y que l'on fasse avancer mon cabriolet.

Madame Bobinette

J'ai du scrupule.

Lindor

Quel ridicule ! Venez donc, mon coeur, venez donc Cette voiture est du meilleur ton. Dans un joli cabriolet On va d'une vitesse extrême, Et le voyage est sitôt fait ; Notre amour ira de même. Venez donc, mon coeur, venez donc, Cette voiture est du meilleur ton.

Madame Bobinette

Allons, je me détermine ; mais il faut que je prenne une coiffe et un mantelet pour me faire enlever décemment : je ne fuis qu'une minute Nicolette vous tiendra compagnie.

Scène 12

Lindor, Nicolette

Lindor

Profitons du moment.

Nicolette

Mais, Lindor, puis-je compter...

Lindor

Ne craignez rien, charmante Nicolette, l'amant le plus tendre ne veut être heureux qu'en devenant votre époux. Tout est perdu, si vous hésitez. Je vois venir le Magister, et voilà Madame Bobinette.

Scène 13

Madame Bobinette, Lindor, Nicolette, Le Magister

Madame Bobinette

Voilà mes arrangements faits mais que faites-vous donc, vous partez sans moi ?

Lindor

Oui, Madame Bobinette, et nous vous laissons pour faire avaler la piluLle à Monsieur le Magister.

Madame Bobinette

Comment, ce n'est point moi qu'on enlève ?

Lindor

Point du tout, Beauté charmante, c'est Nicolette.

Nicolette

Vous n'avez qu'à vous imaginer que c'est vous, ma bonne ?

Madame Bobinette

Ah ! Perfide, scélérat, au voleur. Monsieur le Magister.

Il part avec Nicolette dans le cabriolet.

Lindor

Gare, gare.

Le Magister

Arrête, arrête.

Scène 14

Madame Bobinette

Madame Bobinette

Bon, voilà le Cabriolet renversé ; voilà Monsieur le Magister qui les arrête. Ah ! Fripon de Lindor, c'est bien fait c'est bien fait. Le Magister ramène Nicolette, Lindor le suit : ah ! Nous allons voir , nous allons voir.

Scène 15

Le Magister, Nicolette, Lindor, Ensemble, Madame Bobinette, Tous

Le Magister

Ah ! Petit crocodile, petit serpent ; tu me caressais donc pour me trahir.

Nicolette

Cela est vrai, Monsieur le Magister ; mais vous savez que l'amour excuse tout.

Le Magister

Et toi, traître de ravisseur ; je te ferai pendre.

Lindor

Doucement, Monsieur le Magister, arrangeons-nous ; jouissez en paix du bien de Nicolette, et permettez que je l'épouse.

Le Magister

Cet article mérite réflexion. Eh ! Bien, épouse la, et va-t-en au Diable.

QUATUOR en Dialogue.

Nicolette

Grand merci, Monsieur le Magister.

Le Magister

Voilà donc la récompense D'avoir instruit ton enfance Ô ! mores, ô tempora.

Ensemble

Ah ! ah ! ah ! ah ! etc.

Madame Bobinette

Voilà donc la récompense De ma tendre complaisance ; Mais, l'Amour me vengera :

Ensemble

Ah ! ah ! ah ! ah ! etc.

Nicolette

Je suis sans esprit, sans grâce, De moi l'on vous débarrasse Pour vous j'étais un fardeau.

Ensemble

Oh ! oh ! oh ! oh ! etc.

Lindor

J'ai le coeur de Nicolette ; Mais épousez Bobinette L'assemblage sera beau.

Ensemble

Oh ! oh ! oh ! oh ! etc.

Le Magister

Oui, j'oublie une infidèle Afin de me venger d'elle. Oubliez une infidèle Afin de vous venger d'elle.

Madame Bobinette

Marions-nous.

Le Magister

Sic volo.

etc.

Ensemble

Oh ! oh ! oh ! oh !

Le Magister

Que pour la noce on s'apprête, Qu'ils soient témoins de la fête.

Madame Bobinette

Mon cher maître, touche là.

Le Magister

Bobinette, touche là.

Lindor

Nicolette, touche là.

Nicolette

Mon cher Lindor, touche là.

Tous

Ah ! ah ! ah ! ah ! etc.

Le Magister

Que l'on chante Mon aimable Gouvernante. Oh ! hymen, hymen, io.

Tous

Que l'on chante. L'Amour remplit notre attente L'Amour remplit mon attente, Formons un tendre duo.

Lindor

L'Amour fera le trio.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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