Saynète · 1881

L’aveugle qui conduit son chien

de Jules Moinaux

Représentation
≈ 3 min
Distribution
2 hommes
Répliques
16
Écriture
En prose
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Le Prévenu H 7 ≈ 1 min 1
Le Président H 7 ≈ 1 min 1
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L'Aveugle Qui Conduit Son Chien

Scène 1

Le Narrateur, L'Agent, Le Président, Le Prévenu

Le tribunal à condamné ce digne émule de Patachon à un mois de prison.

Le Narrateur

Un aveugle, assis sur le banc des prévenus, regarde avec curiosité l'auditoire, le tribunal, le greffier, les huissiers, la salle d'audience, la pendule, enfin tout ce qui d'ordinaire n'a aucun intérêt pour les aveugles. À la vérité, cet homme exerce simplement la profession d'aveugle ; il a tout ce qui concerne son état : la clarinette, le caniche, le bâton ; seulement, il a d'excellents yeux, ce qui lui donne cet avantage sur ses confrères de reconnaître la fausse monnaie quand on lui en jette dans sa sébile. Il comparaît devant la justice sous la prévention de mendicité en feignant des infirmités.

L'Agent

Je suivais depuis quelques instants cet homme sur le boulevard extérieur ; il chantait à tue-tête une chanson lamentable et alternait avec des airs de clarinette, lorsque tout à coup je le vois aller directement à un banc et s'y asseoir en retenant son chien qui continuait à marcher ; je me dis : C'est bien drôle ! Comment savait-il qu'il y a un banc là ? Il s'y est assis sans tâtonnements, sans hésitation... C'est bien drôle ! Une fois assis, il fait venir son chien entre ses jambes ; le chien s'assied sur son derrière, et l'homme se met à débiter son chapelet : « Ayez pitié, d'un pauvre aveugle. » Je l'observe, et je remarque que chaque fois qu'il passait une personne bien mise il criait bien plus haut, ou plutôt, quand c'était un pauvre diable qui passait, mon aveugle ne disait rien. Après l'avoir vu recevoir l'aumône trois ou quatre fois, je l'ai arrêté et conduit au poste.

Le Président

Reconnaissez vous avoir mendié ?

Le Prévenu

Oh ! Pour avoir demandé, non ; pour ça, je nie ; je chantais, c'est vrai, parce que.... vous savez... on est de bonne humeur, ça vous donne envie de chanter ; ça arrive à tout le monde ; mais pour avoir demandé, non.

Le Président

Mais l'agent, vous a vu recevoir plusieurs fois.

Le Prévenu

Oui, des personnes qui ont cru que je demandais, mais je ne demandais rien.

Le Président

Vous êtes un mendiant de profession, vous avez déjà été condamné pour cela.

Le Prévenu

Le passé est passé ; mais le jour que dit Monsieur l agent, non.

Le Président

Mais vous aviez un chien et une clarinette.

Le Prévenu

Tout le monde peut avoir un chien et une clarinette.

Le Président

Les aveugles, oui ; et c'est précisément la cécité que vous simuliez.

Le Prévenu

Qu'est-ce que je dissimulais ?

Le Président

Vous feigniez d'être aveugle, et vous ne l'êtes pas.

Le Prévenu

Non.

Le Président

Eh bien, pourquoi disiez-vous : Ayez pitié d'un pauvre aveugle ?

Le Prévenu

Si j'ai dit ça, c'était en parlant de mon chien ; c'est lui qui est aveugle, la pauvre bête ; alors je le mène promener.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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