L'Homme Qui Bat les Femmes
Scène 1
Le Narrateur, Monsieur Ribois, Le Président, Mademoiselle Jambin
Le Narrateur
On étonnerait fort les gens qui connaissent Monsieur Ribois, si on leur disait qu'il bat les femmes ! La vérité est que cet homme, inoffensif et doux, s'est oublié à envoyer a Mademoiselle Justine Jambin, bonne d'enfants, un de ces coups de pied qui, généralement, ne blessent que l'amour-propre. Nous allons savoir à quelle occasion Monsieur Ribois est sorti de son caractère.
Rire ironique de Mademoiselle Jambin.
Monsieur Ribois
C'est vrai, messieurs, dit-il au tribunal de police correctionnelle, c'est malheureusement trop vrai ; j'ai cédé, pour la première fois de ma vie, à un mouvement de vivacité ; mais cette voie de fait était un coup de pied postérieur à des procédés de cette personne qui m'exaspéraient depuis longtemps. Permettez-moi de vous les faire connaître : Mademoiselle... Ah ! d'abord, il faut vous dire que j'ai deux enfants... charmants. »
Le Président
Taisez-vous ! C'est inconvenant.
Mademoiselle Jambin
Non, mais charmant est à mourir de rire.
Monsieur Ribois
Alors, Mademoiselle, qui est bonne d enfants, est chargée de garder deux polissons insupportables et si mal élevés que je défends aux miens, qui ont d'excellentes manières...
Rires.
Mademoiselle Jambin
L'un a trois ans et l'autre vingt-six mois.
Monsieur Ribois
Ils n'en ont que plus de mérite.
Mademoiselle Jambin
Charmants !... Deux gorilles !... Et sales !
Le Président
Voulez-vous vous taire !
Mademoiselle Jambin
Je n'ai pas besoin qu'il débine ceux de Madame.
Monsieur Ribois
Finalement, Messieurs, que je défends aux miens de fréquenter les deux monstres de Mademoiselle.
Mademoiselle Jambin
Monsieur le Président, monsieur me diffame, il a l'air de dire que j'élève les enfants de Madame comme des petits pignoufs.
Le Président
Je vous ai déjà engagée à vous taire.
Monsieur Ribois
Enfin, l'un de ces petits polissons a un petit fusil, avec une petite baguette et des petites capsules.
Mademoiselle Jambin
Ha ! ha ! ha !... C'est à s'en tenir la rate.
Le Président
Je vais vous faire sortir.
Elle sort.
Mademoiselle Jambin
C'est si ridicule que je sors tout de suite.
Monsieur Ribois
Eh bien, messieurs, il a manqué de blesser mon jeune en lui fourrant la baguette dans l'oreille, si bien qu'ayant défendu à mes enfants de jouer avec ces deux drôles, savez-vous ce qu'a fait cette demoiselle ? Elle bat les miens pour les forcer à jouer avec les siens.
Mademoiselle Jambin
C'est pas vrai !
Le Président
Gardes ! Expulsez cette femme !
Monsieur Ribois
Si bien que le jour en question, j'entends encore crier mes enfants ; je me mets à la fenêtre pour voir ; qu'est-ce que je vois ? Cette demoiselle flanquant des coups de torchon à ces pauvres petites créatures ; oh ! alors, la colère me prend, je descends ; mademoiselle avait le dos tourné... et...
Le Président
Oui, eh bien, vous avez eu tort de la frapper.
Monsieur Ribois s'arrête en entendant prononcer contre lui une condamnation à 16 francs d'amende. Il sourit, remercie gracieusement le tribunal et se retire avec un air d'entière satisfaction.
Monsieur Ribois
Eh ! Monsieur, mon pied a obéi à mon coeur ; quel est le père qui, en voyant donner des coups de torchon à ses enfants, pourrait rester calme ? Du reste, j'ai donné congé, je m'en vais au terme ; cela en mettra, un à tous ces désagréments que me donne...