Acte I
Scène 1
Arlequin, Léandre
Les sauvages descendent des rochers sur lesquels ils étaient grimpés, et ils viennent en jetant des grands cris attaquer Léandre Arlequin et les quatre matelots. Il se fait un violent combat pendant lequel Arlequin fait ses lazzis de poltron. Les matelots voyant que les sauvages ont le dessus se sauvent. Léandre et Arlequin sont faits prisonniers ; on les charge de chaînes.
Arlequin
Ahi ! Siamo perduti !
Arlequin
Les vilaines manchettes !
Léandre
Ah !
Les sauvages, après les avoir attachés vis-à-vis l'un de l'autre à des arbres, se retirent en leur faisant signe qu'ils vont revenir.
Arlequin
Hélas ! Que va-t-on faire de nous ?
Scène 2
Arlequin, Léandre
Léandre se désole.
Arlequin
Hiaouf !
Léandre porte tristement la main sur son coeur.
Arlequin
Je vous l'avais bien dit, Monsieur, qu'il nous arriverait malheur à la fin ! Vous n'avez jamais voulu me croire et voilà ce que votre opiniâtreté nous attire ! Oui, je sais bien que l'amour fait faire bien des choses. Je le sens comme vous, puisque ma chère Marinette a été prise par des corsaires avec Argentine, votre maîtresse. Mais il y a une fin à tout. Nous les avions cherchées d'île en île, pendant près de deux ans, au travers de mille dangers, craignant, à chaque moment, la griffe des pirates et la gueule des merlans. N'en avions-nous pas assez fait et n'étions-nous pas en droit de nous retirer honnêtement ? Pas pour un diable ! Vous ne voulez écouter aucune raison et, ne suivant en tout que votre chienne de fantaisie, vous vous enfoncez follement dans des mers inconnues, où vous ne deviez pas moins attendre que ce qui vous est arrivé.
Léandre
Ouf !
Léandre fait des signes de désespoir.
Un bruit de timbales se fait entendre.
Arlequin
Nous voilà bien avancés ! J'avais grand tort, n'est-ce pas, de vous marquer ma défiance sur toutes les amitiés que nous fit dernièrement le génie Beninguet en nous recevant chez lui ? Je vous dis, mon cher maître : « J'ai peur que le génie ne nous joue d'un mauvais tour, il y a cinq cent mille diables qui se mêlent de ses affaires ; il n'y a rien de bon à attendre de ce drôle-là. - Ah, mon pauvre Arlequin, me répondîtes-vous, que tu juges mal de Beninguet ! Son air, ses manières engageantes, sa compassion dans nos malheurs, les fêtes qu'il nous donne, tout cela ne doit-il pas te rassurer ? - Monsieur, vous répliquai-je, c'est peut-être une sirène qui nous flatte pour nous étrangler. - Bien loin de cela , Arlequin ! Il me fait équiper un vaisseau bien meilleur que le mien, et il vient de me dire les larmes aux yeux : Seigneur Léandre, mon cher ami, je suis bien fâché de vous quitter, mais l'intérêt de votre amour l'emporte sur le plaisir que j'ai de vous voir. Partez. Abandonnez-vous encore aux flots. Vous devez bientôt retrouver votre Argentine et l'arracher des mains du tyran qui la tient en esclavage... » Ne vous voilà-t-il pas dans un bel équipage ? Pour cela, vous auriez besoin vous-même d'un Roland pour vous tirer des pattes ou nous sommes tombés. Allez, allez, Beninguet et les coquins qui nous ont pris s'entendent comme larrons en foire. Que diable signifie cela ?
Scène 3
Choeur De Sauvages, Arlequin, Un Sauvage, Sauvage, Le Sagamo, Troupe de Sauvages
Le Sagamo paraît. Il est précédé par plusieurs sauvages dont les uns portent des arcs et des flèches, les autres des massues ; il y en a qui font résonner des orgues de barbarie et d'autres qui frappent sur des plaques de cuivre. Devant lui est une petite danseuse qui porte son calumet. Quantité de ses officiers le suivent, ayant tous le sabre nu à la main.
Air du choeur des Bostangis de L'Europe galante, 5e entrée, scène 5.
Choeur De Sauvages
Vivo vivo Grano Sagamo !
Pendant la marche, il fait plusieurs espiègleries aux sauvages qui passent près de lui. Après que la marche est finie, il va s'asseoir au fond du théâtre sur un siège champêtre. Tous les sauvages se rangent sur deux files autour de Sagamo, ils sont accroupis, ayant les coudes sur leurs genoux et les mains fermées sous leur menton. Le Sagamo fait signe à un de ses officiers d'aller parler à Arlequin et Léandre.
Arlequin
Quelles physionomies !
à Arlequin
Un Sauvage
Nomac et qualitac.
Arlequin
Come mi chiamo ? Arlequin magna tutto.
Léandre lui donne un coup de poing.
Sauvage
Nomac, nomac ?
Le Sagamo
Coquinec ! Brutalec serec empalec !
Au Sagamo.
Le sauvage va faire son rapport au Sagamo.
Arlequin
Ah, malheureux ! Que faites-vous ? Excusez, excusez, grand Magot ! C'est la manière dont on salue dans notre pays. Mon maître s'appelle Léandre, gentilhomme italien.
Le Sagamo
Etrangec consolec, consolec, serec contentec.
Arlequin
Bon début, ma foi.
Le Sagamo
Léandrec serec traitec honorec… Impolitec, non répondec !
Au Sagamo.
Arlequin
Heu ! Pardonnez-lui, Seigneur Masago. Il ne peut vous répondre parce qu'il est muet.
Le Sagamo
Arlequinec, mangerec et boirec splendidec.
Arlequin
Remerciec, votrec seigneuriec !
Le Sagamo
Déchainec étrangec !
Sitôt qu'Arlequin est déchaîné, il va sauter au cou du Sagamo et le renverse.
Arlequin
Oh, le brave homme !
Troupe de Sauvages
Tuac, tuac, l'insolentac !
Le Sagamo
Laissec, laissec ! L'actionnec partec d'affectionec !
Il leur donne des coups de batte.
Arlequin
Oui entendez-vous ? J'affectionne le magot, c'est pourquoi je veux l'embrasser !
Le Sagamo
Voulec traitec étrangec commec ma personnec.
Arlequin
Entendez-vous bien ce qu'on vous dit ? Allons, dépêchez-vous de nous donner à manger !
Un Sauvage
Voulou, sa majestou, apprendrou al Gougou l'arrivou des étrangeous ?
Arlequin
Oui, grigou.
Il sort suivi de ses officiers avec la même cérémonie qu'il est entré.
Le Sagamo
Voulec.
Scène 4
Arlequin
Léandre soupire.
Léandre lui parle à l'oreille.
Léandre lui parle à l'oreille.
Arlequin
Hé bien, Monsieur, qu'en dites-vous ? Croyez-moi, mettez vos soupirs au croc pendant quelques jours et n'altérez point votre santé gratis. Nous ne savons ni quand ni comment nous sortirons d'ici, cela est vrai ; mais chaque jour suffit de son mal. Ne sommes-nous pas encore trop heureux d'être tombés avec de braves sauvages comme ceux-ci ? Oh, n'appréhendez rien. Allez, Monsieur, c'est une bonne pâte d'homme que ce magot ! Avez-vous pris garde avec quelle humanité il a dit : « Arlequinec mangerec et boirec splendidec » ? Nous allons être régalés ici comme des princes. Tenez, voyez-vous déjà comme les officiers se démènent pour exécuter les ordres de leur maître ?
Scène 5
Arlequin, Un Sauvage
Il se met à table et convie son maître d'en prendre sa part en disant :
Léandre fait signe que non.
Arlequin
Prends un siège Cinna. Ah, morbleu, que je vais bien m'en donner !
Arlequin
Mangez, Monsieur, mangez ! Vous ne savez pas qui vous mangera.
Un Sauvage
Sagamo sero mécontento !
Il prend la bouteille, en verse cinq ou six coupes qu'il sable et boit en suite à même la bouteille.
Arlequin
Oui vraiment, ce Samago sera fâché si vous ne faites pas honneur à son vin. À propos, goûtons un peu de ce vin. Quelque part que puissent être nos maîtresses, il ne leur servira de rien que nous mourions de faim. Allons, Monsieur, à leur santé !
Scène 6
Pierrot, Arlequin
Pierrot
Gougou, Gougou, Gougou, Gougou, Avalou, Avalou, Avalou Arlequi, qui, Arlequou quou, Arlequinou. Arlequinou.
Arlequin
Gougou, Gougou, Avalou. Oui, oui, hé, hé, hé, cela est de bon goût et j'avale aussi.
Pierrot
Gougou, Gougou Est contentou D'Arlequinou !
Arlequin
Qu'est-ce que ce Gougou ?
Pierrot
Grand deou, qu'adorou sauvageou.
Arlequin
Ha, ha, il est bien aise que je fasse bonne chère !
Pierrot
Est contentou !
Il veut boire un verre de vin qu'il tient, mais les sauvages par leurs cris lui font répandre.
Arlequin
Ma foi, votre Dieu est bon diable ! À sa santé !
Pierrot
Haleatibou ! Haleatibou !
Arlequin
Voilà des possédés ! Hé, pourquoi donc cette cérémonie ?
Il s'en retourne et les sauvages [phrase non terminée].
Pierrot
Deou, Deou !
Scène 7
Arlequin, Premier Sauvage, Deuxième Sauvage
Arlequin
Que viennent faire ceux-ci ?
Léandre le repousse.
à Léandre lui présentant un habit
Premier Sauvage
Recevac l'honorac.
Léandre fait signe qu'il n'en veut point.
Arlequin, au deuxième sauvage.
Il se met l'habit.
Arlequin
Prenez. Monsieur ! N'entendez-vous pas que c'est pour vous faire honneur ? « Honorac ». Donnez, donnez. Je ne suis pas si difficile moi ! Mais qu'est-ce que c'est que ce collier ?
Deuxième Sauvage
L'ordrec du deec.
Il prend la couronne et la guirlande.
Arlequin
J'entends c'est le collier de l'ordre du Gougou. Bon, bon, honorac. Hé bien, à quoi nous destine-t-on à présent ?
Deuxième Sauvage
Seroc devoroc par le deoc. Honoroc, honoroc !
Arlequin
Que dites-vous ?
Premier Sauvage
Gougou voulou avalou Arlequinou.
Arlequin
Miséricorde !
Deuxième Sauvage
Divinac crocodilac mangerac Leandrac, réjouissac !
Il veut se jeter ainsi que Léandre sur les deux sauvages. Mais ceux-ci les préviennent et les garrottent avec des cordes pour les emmener.
Arlequin
Le Diable t'emporte avec ton réjouissac ! O, poverto me ! Ah, le traître de Magot et le perfide Beninguet !
Scène 8
Eunuque De La Princesse Tourmentine, Arlequin
Eunuque De La Princesse Tourmentine
Arrêtic, arrêtic, l'infantic Toumentinic désiric parlic à Léandric. L'a regardic de son balconic, voulic l'empêchic d'êtric mangic !
À Léandre, le poussant.
Léandre sort avec l'eunuque.
Arlequin
Réjouissic, réjoussic ! Et non pas réjouissac ! Allic, allic, saluic Tourmentic !
Scène 9
Arlequin, Jeune Garçon, Choeur
Arlequin
Ah ! Messieurs les coquins, vous vouliez nous faire croquer par votre vilain Gougou ! Hé, vous en aurez !
Jeune Garçon
Finissuc, finissuc ! Priuc le deuc !
Arlequin
Quel diable de pays pour le jargon ! Ac, ec, ic, oc, uc, on parle ici les cinq mères langues !
L'orchestre l'accompagne.
Jeune Garçon
Cantou Cantou, Deou Gougou, Qui fa vivou lou sauvageou, Qui da panou, qui da vivou, Cantou Cantou, Deou Gougou.
Le jeune garçon danse ensuite avec la petite fille et s'en vont ainsi que les deux autres sauvages.
Choeur
Cantou Cantou, Deou Gougou.
Scène 10
Arlequin
Léandre entre, plein de désespoir.
Léandre parle à l'oreille d'Arlequin.
Léandre lui fait comprendre qu'il n'y a rien à faire.
Léandre branle la tête.
Léandre lui parle bas.
Léandre lui parle encore à l'oreille.
Léandre lui fait signe qu'il n'en veut point.
Léandre lui parle à l'oreille.
Léandre lui parle à l'oreille.
Léandre lui parle à l'oreille.
Léandre lui parle à l'oreille.
Léandre lui parle à l'oreille.
Arlequin
Qu'avez-vous donc ? Tout est perdu ? Tourmentine s'est dédite apparemment. Quoi donc ? Elle veut bien vous sauver la vie ? Hé, que diable vous faut-il encore ? Aux conditions que vous l'épouserez ? Eh bien, voilà une belle affaire ! Épousez-la ! Pour moi, j'épouserais quatre femmes toutes à la fois pour me sauver la vie ! Vous voulez être fidèle à Argentine et l'épouser sans doute quand le Gougou vous aura avalé ? Hé ! Qu'importe qu'elle soit magicienne, et son père sorcier ! J'épouserais le Diable plutôt que de me laisser manger comme un sot. Que j'épouse donc Carabosse, la suivante de Tourmentine, qui ne me rachètera la vie qu'à ce prix-là ? Très volontiers ! Quoi que vous puissiez dire de sa laideur, cela ne me rebutera pas. Elle est dégoûtante, elle ferait peur à un Suisse. Tout ce qu'il vous plaira. Je veux vivre et je la prendrai pour femme ! Non vraiment, Monsieur, je n'oublie pas pour cela Marinette, mais je cède à la nécessité ! Si je suis croqué, je ne pourrai pas l'aller délivrer, comme je le ferai quelque jour.
Scène 11
Carabosse, Arlequin, Léandre
Carabosse
Non mangeoc ! Non mangeoc !
Il se relève et veut s'enfuir ; Carabosse court après lui.
Arlequin
Oh !
Carabosse
Non mangeoc !
Arlequin
Tiroc ! Tiroc !
Arlequin lui crache au nez.
Carabosse
Caroc Arlequinoc t'adoroc !
Carabosse
Impudentoc !
Il regarde son maître d'un air tout déconcerté.
Arlequin
C'est que vous me faites venir l'eau à la bouche.
Il lui fait un signe comme pour lui dire : ne t'ai-je pas accusé juste ?
Léandre
Hen !
Arlequin
Oh ! Ma foi, Monsieur, il n'y a envie de vivre qui tienne ! Je crois que je me dédirai !
Scène 12
Tourmentine, Arlequin, Carabosse
Léandre secoue la tête.
À la cantonade.
Tourmentine
Avertic, faitic réflexionic ? Voulic m'épousic ? Ha, ha, méprisic charmic ? Insolentic ! Oh, bien ! Seric dévoric ! Amenic crocodilic !
Arlequin
Apaisic colèric ! Donnez-lui le temps de se reconnaître. Il vous aimera peut-être à la fin.
Tourmentine
Non voulic attendric !
Carabosse
Regardoc visageoc désiroc épousoc !
Arlequin
Noc !
Elle appelle.
Carabosse
Ô ingratoc ! Gougou, Gougou !
Scène 13
Arlequin, Carabosse, Tourmentine
Plusieurs sauvages entrent en deux files pendant que l'orchestre joue une marche lugubre. Pierrot les suit qui conduit avec une espèce de bride le Gougou animal monstrueux fait à peu près comme un crocodile. Les sauvages se prosternent le visage contre terre et joignent les mains par dessus leurs têtes pour laisser passer le monstre entre eux.
Il va se cacher derrière Léandre. Pierrot fait signe à Arlequin de s'approcher ; il flatte le Gougou et fait entendre par signes à Arlequin qu'il est doux et honorable d'en être mangé. Arlequin branle la tête. Carabosse veut entraîner Arlequin vers le Gougou.
Arlequin
Hoïmé ! L'affreuse bête !
Il s'approche en tremblant du monstre, le considère il revient à Carabosse la considère aussi et dit :
Il retourne au monstre. Il le touche et le flatte en lui disant :
Le Gougou ouvre une grande gueule, Arlequin se retire brusquement et dit :
Arlequin
Un moment, Madame Carabosse, un moment ! Partou Gougou ! Si vous vouliez ne me point faire de mal en me mangeant. Ahi ! Oh ! Je veux bien qu'il m'avale mais je ne prétends pas qu'il ouvre la gueule !
Carabosse
Déterminoc !
Pendant tous ces lazzis d'Arlequin, Tourmentine parle bas à Léandre et tâche de le fléchir mais ne pouvant en venir à bout elle lui dit enfin avec fureur :
Léandre vient à Arlequin et l'encourage par ses gestes à souffrir courageusement la mort.
Arlequin
Ma foi, épousoc ou mangeoc, je ne sais lequel vaut le mieux, je jetterais cela à croix à pile ! Hé bien, péric crudélic !
Il ôte sa sangle et sa batte. Léandre fait signe à Arlequin de passer le premier.
Arlequin
Vous avez raison, Monsieur, périssons ! Nous ne souffrirons qu'un instant et, avec ces diablesses-là, nous mourrions cent fois par jour !
Aussitôt il fait comme s'il relevait ses cheveux sous son chapeau et, prenant sa secousse, il est prêt à se précipiter dans la gueule de l'animal, quand il s'arrête tout d'un coup et dit à Léandre :
Léandre le presse d'exécuter sa résolution.
Arlequin
Oui-da, monsieur ! Je veux bien vous montrer le chemin. Vous allez voir quel bon coeur de valet vous aviez en moi. Mais, Monsieur, je fais réflexion que j'allais commettre là une grande incivilité, et qu'il n'est pas honnête à un domestique de passer devant son maître !
Léandre s'avance pour se livrer au Gougou.
Arlequin
Non, vous dis-je, je n'en ferai rien… Après vous, Monsieur, vous dis-je !
Elle lève en l'air une baguette noire qu'elle tient et appelle ses lutins :
Elle sort avec Carabosse.
Tourmentine
Non périric si subitic ! Enragic ! Préparic tourmentic plus terribilic que millic mortic ! Accourric lutinic ! Transportic l'ingratic dans l'Ilic Noiric ! vengic coeuric outragic.
Pierrot et les sauvages s'en retournent avec le Gougou.
Arlequin
Le Diable t'entrainic ! Ah ! Monsieur, je frisonne d'aller dans l'Île Noire de Madame Tourmentine.
Scène 14
Arlequin, Deux Lutins
Arlequin
Hoïmé ! Nous voilà flambés !
L'un charge Léandre sur ses épaules, et l'autre entraîne Arlequin en lui faisant faire la roue avec lui.
Deux Lutins
Presto, Presto !
Acte II
Scène 1
Marniette, Argentine
Argentine arrive un mouchoir à la main.
Marniette
Modérez donc un peu vos douleurs, ma chère maîtresse. Ne sommes nous pas encore trop heureuses dans nos malheurs ? Depuis le jour fatal qu'on nous sépara de nos amants, nous avons passé successivement au pouvoir de six fameux pirates, qui tous ont eu pour nous des manière polies et respectueuses. Hier, les sauvages nous tirent des mains du corsaire Coja, et nous amènent pour être dévorées par le monstre qu'ils adorent. Le Sagamo, tout barbare qu'il est, ne peut tenir contre nos larmes et nous sauve de la gueule du Gougou prêt à nous engloutir.
Argentine
Ahi !
Argentine redouble ses pleurs et parle à l'oreille.
Argentine serre la main de Marinette pour lui témoigner qu'elle lui est obligée de la consolation qu'elle lui donne.
Marniette
Il fait plus ! Il vient lui même rompre vos chaînes. Il vous conduit à sa fille qui vous reçoit comme son amie. Il ordonne que rien ne nous manque. Que voulez-vous davantage ? Vous vous trouvez malheureuse loin de Léandre ? Cela est naturel. Je regrette fort aussi ce pauvre Arlequin, mais que faire ? Il faut bien prendre patience et espérer que le Ciel qui nous a tirées de tant de dangers nous rendra à la fin nos amants. Il se présentera peut-être bientôt quelque occasion de nous tirer d'ici ! Mais, au reste, songeons qu'il pourrait nous arriver pis et consolons nous ! Je vous parle raison et je crois que vous devez… Mais voici le Sagamo avec son favori ! Remettez-vous un peu et ne paraissons point mécontentes de notre esclavage.
Scène 2
Le Sagamo, LE FAVORI du SAGAMO, Marniette, Argentine
Argentine lui fait la révérence.
Le Sagamo
Divinec Argentinec, coeurec est enchantec de possédec si précieusec trésorec !
LE FAVORI du SAGAMO
Bellac créaturac, votrac regardac enlevac libertac !
Le favori lui prend la main et lui parle bas en lui faisant des grimaces auxquelles elle répond comiquement.
Marniette
Seigneur, vous seriez facile à vaincre si mes yeux avaient fait ce que vous dites !
Il met un genou à terre et lui présente sa couronne.
Le Sagamo
Brillantec soleilec d'orientec, voyec esclavec. Recevec manec et couronnec.
Argentine
Ah !
Le Sagamo
Ingratec ! Répugnec à m'épousec ?
À Argentine.
Marniette
Calmez votre colère, Seigneur. Elle n'a point fait cela pour vous offenser. Contraignez-vous donc !
Le Sagamo
M'insultec !
Marniette
Hé non, vous dis-je, ce n'est point pour vous insulter. Au contraire, elle a cru elle-même que vous l'insultiez et que vous vous moquiez d'elle en lui proposant d'accepter un honneur dont elle se croit indigne.
Le Sagamo
Tropec modestec !
Elle se remet à parler bas au favori.
Marniette
C'est le défaut des femmes d'Occident d'être trop modestes.
Il veut lui baiser la main elle lui donne un soufflet. Le Sagamo en fureur :
Le Sagamo
Non raillec, non raillec. Pouponec méritec de régnec ! Souffrec baisec manec. Pendardec ! Donnec soufflec à ma personnec !
Marniette
C'est que vous n'êtes pas accoutumé à nos manières de faire l'amour ! Comment donc un soufflet ? Savez-vous que c'est la plus grande faveur qu'une européenne puisse donner à son amant ? Un soufflet ! Je la trouve bien hardie d'avoir été d'abord jusque là !
Le Sagamo
M'étonnec…
Marniette
Il faut qu'elle vous adore pour avoir eu si peu de retenue !
Le favori prie Marinette de lui donner un soufflet :
Le Sagamo
Ha, ha, ha ! Adorec, adorec !
LE FAVORI du SAGAMO
Donnac soufflac !
Elle lui donne cinq ou six bons soufflets. Argentine regarde le ciel avec douleur en grinçant les dents.
Marniette
Oh, je le veux bien, je n'en suis pas chiche ! Tenez !
Le Sagamo
Grincec dentec.
Marniette
Elle grince les dents : elle vous aime à la rage !
Le Sagamo
Eprouvec, éprouvec.
Marniette
Si vous l'éprouvez, vous verrez que je dis vrai.
Le Sagamo
Adiec reinec !
LE FAVORI du SAGAMO
Au revoirac mignonac !
Marniette
Adieu beau minois à souffleter !
Scène 3
Marniette
Argentine, désolée, parle à l'oreille.
Argentine, à l'oreille.
Argentine, à l'oreille.
Argentine, à l'oreille.
Argentine, à l'oreille.
Le Sagamo en cet endroit sort tout à coup de la terre.
Marniette
En vérité madame, vous n'y pensez pas, vous jouez à nous faire massacrer ! Il est fâcheux, j'en conviens, que vous ayez donné de l'amour au Sagamo, mais aussi c'est à cet amour que nous devons la vie et vous allez, de gaieté de coeur, par des mépris mal placés, irriter un homme qui nous tient ! Mais une fille prudente sait s'accommoder au temps ; elle flatte la passion d'un amant qui lui déplait, et qu'elle a quelques raisons de ménager, et elle le conduit adroitement où elle veut. C'est le parti qu'il faut que vous preniez ici puisqu'il en est encore temps et que j'ai été assez heureuse pour raccommoder ce que vous aviez gâté. Vous craignez de flétrir la fidélité que vous devez à votre amant, en vous prêtant à la moindre petite complaisance pour un autre ? Ma foi, Madame, votre amour est bien romanesque ! Et vous avez là des délicatesses bien hors de saison ! Hé, où est la fille qui n'en ferait pas vingt fois autant pour éviter un moindre péril qui nous menace ? Enfin, il faut passer par là ou par le ventre d'un affreux crocodile. Hé bien, si nous ne pouvons pas sortir d'ici, le pis aller sera de prendre les magots qui veulent nous épouser. Vous aimez mieux la mort que ce vilain monstre de Sagamo ? Oh pour moi, je suis bien votre servante ! Je veux vivre à quelque prix que ce soit je hais plus que le Diable le favori du Sagamo, mais je le prendrais plutôt que de me laisser gober par le Gougou !
Scène 4
Le Sagamo, Argentine, Marniette
Le Sagamo
Ha, ha !
Argentine
Ah !
Elles se jettent toutes deux à genoux.
Le Sagamo
Non me croyec si prochec !
Marniette
Pardon Seigneur !
Le Sagamo
Plaisantec laidronec pour m'apellec monstrec !
Marniette
Ce n'était que pour rire !
Il appelle.
Le Sagamo
Aprendrec à parlec mijaurec ! Lutinec !
Marniette
Laissez-vous fléchir !
Le Sagamo
Durec, durec.
Scène 5
Le Sagamo
Les lutins emmènent les deux femmes qui font de grands cris.
Le théâtre change et représente un affreux désert.
Le Sagamo
Entrainec carognec dans l'Îlec Noirec. Fessec et tourmentec commec méritec !
Scène 6
Arlequin, Un Lutin, Lutin
Le théâtre ouvre par un bruit épouvantable causé par un lutin qui, tournant en l'air, lâche des pétards et autres artifices.
Quatre lutins se jettent sur Arlequin et l'ayant mis dans une couverture ils le bernent.
Ils cessent de le berner. Il se relève et prend la fuite, mais un des lutins court après lui et l'attrape à l'entrée de la coulisse, ou, pour mieux dire, on donne au lutin dans la coulisse un Arlequin empaillé qu'il emporte sur le haut d'un rocher. Pendant ce temps-là, d'autres lutins vont à Léandre et un deux lui dit :
Arlequin
Eh ! Messieurs les lutins, n'êtes-vous pas las de nous tourmenter ? Assommez-nous plutôt tout d'un coup ! Mais vous trahiriez la vengeance de votre chienne de maîtresse… Ahi, ahi, ahi ! Je n'en puis plus ! J'étouffe ! Finissez donc ! Ahi, sono morto !
Léandre marque par un geste méprisant qu'il aime mieux périr que de se rendre. Les lutins le prennent et le jettent dans un grand trou d'où il sort, incontinent, une horrible fumée. Le lutin qui est au haut du rocher demande à son Arlequin empaillé :
Un Lutin
Et Tourmentinic ? Et Carabossoc ?
En même temps, le lutin précipite son Arlequin dans le grand trou.
contrefaisant la voix d'Arlequin :
Lutin
C'est une salope !
En cet endroit, on entend gronder le tonnerre, les lutins prennent la fuite.
Arlequin
À moi, mousquetaires, j'ai le nez cassé !
Scène 7
Marniette
Apercevant Arlequin et reculant deux pas.
Marniette
Quel horrible endroit ! Quel bruit affreux vient d'annoncer notre arrivée en ces lieux funestes ! Mais quoi, nos lutins nous ont quittés tout à coup ? Pour quelle raison se sont-ils éloignés ? Que vois-je ? Mais non, c'est une illusion… Arlequin !
Scène 8
Arlequin
Marinette court vers Arlequin qui fait [...].
Léandre fait des lazzis de surprise. Argentine en fait aussi de son côté.
Arlequin
Hoïmé ! Des lutins femelles ! C'est sans doute pour jouer de leur reste !
Marinette, à l'oreille.
À Léandre.
Marinette, à l'oreille.
Marinette, à l'oreille.
Marinette, à l'oreille.
Il pleure.
Marinette pleure aussi.
Arlequin
Eh oui ! Voyez-vous la malice de ce maudit lutin ? Il a emprunté tous les traits de Marinette ! À d'autres, à d'autres ! Ne vous y fiez pas, Monsieur, c'est un diable qui a pris la figure de votre maîtresse ! Cela serait possible ? Oui vraiment, c'est ma chère Marinette elle-même ! C'est donc pour la même raison que nous que l'on vous envoie ici ? Quelle joie de te revoir mon bouchon !… Mais je n'y pense pas ! Je m'abandonne au plaisir de te retrouver et j'oublie dans quel endroit nous sommes. Hélas ! Nous allons souffrir bien davantage d'être tourmentés, et de voir en même temps tout ce que nous aimons dans les plus horribles peines ! Ahi ! Ouf !
On entend un concert de deux flûtes traversières accompagnées d'un basson.
En même temps, on voit descendre des nues un char lumineux sous lequel paraît le génie Beninguet, tout brillant de pierreries.
Arlequin
Les Lutins nous donnent un moment de relâche. Ils sont sans doute allés dîner et reprendre de nouvelles forces pour nous harceler. Ha, ha ! Qu'entends-je ? De la musique en ce lieu infernal ? Qu'est ce que cela signifie ?
Scène 9
Arlequin, Le Génie Beninguet
Arlequin
Vivat, vivat ! C'est le génie Beninguet, la fleur de nos amis !
Le Génie Beninguet
Vous voyez Beninguet qui vient par sa présence D'écarter vos bourreaux. Il n'a que cet instant, Ne pouvant rien ici pour votre délivrance, Pour vous donner au moins cet avis important : Tourmentine à son doigt porte un anneau magique À qui les lutins sont soumis. Tachez de l'avoir mes amis, Et vous pourrez braver son pouvoir tyrannique !
Scène 10
Arlequin
Marinette, à l'oreille d'Arlequin.
Léandre secoue la tête pour marquer l'impossibilité.
Argentine, à l'oreille.
À Léandre.
À Marinette.
Marinette les lui donne.
Arlequin
En vous remerciant, Seigneur Beninguet ! Diable ! Voilà qui est bon ! Je me dédis, ma foi, je vois bien que Beninguet est un bon enfant, et j'ai eu tort de médire de lui. Comment faire pour l'avoir cet anneau ? Hé, mais il faut faire en sorte de… Ma foi, je n'en sais rien. L'avis est bon ! Mais l'exécution… Tenez, c'est le grelot à attacher au cou du chat ! Oui cet avis-là aurait été excellent tantôt, et nous aurions pu… Cependant il me vient une idée… Donnez-moi cette petite bague que vous avez là, Et toi, Marinette, donne-moi cette jolie paire de gants qui t'était trop étroite, si tu l'as encore. Laissez-moi faire à présent.
Scène 11
Arlequin
Les lutins reviennent et veulent se mettre en devoir de tourmenter de nouveau ces malheureux.
Deux lutins le prennent et l'emportent comiquement.
Le théâtre change et représente l'appartement.
Arlequin
Doucement, doucement, messieurs les lutins ! Suspendez pour un moment vos brutales occupations, et conduisez-moi à madame Tourmentine. J'ai des choses de grandes conséquences à lui dire ! Sans adieu ! Vous aurez bientôt de mes nouvelles !
Scène 12
Tourmentine, Carabosse
Tourmentine
Infortunatic Tourmentinic ! Lutinic raportic que toutic tourmentic non fléchic l'ingratic !
Carabosse
Plus souffroc, plus maudissoc.
Tourmentine
Fiertic triomphic ! Non d'avantagic m'outragic ! Tranchic jouric à misérablic !
Carabosse
Massacroc, massacroc !
Scène 13
Tourmentine, Arlequin, Carabosse
Tourmentine
Que vois-je ?
Arlequin
Il y a bien des nouvelles, Madame Tourmentinic, mon maître vous aime à cette heure à la folie.
Tourmentine
Léandric m'aimic ?
Arlequin
Oui, charmant tison du feu de l'amour ! Léandre ne soupire plus qu'après le bonheur de vous posséder.
Carabosse
Et Arlequinoc pour Carabossoc ?
Arlequin
Oh, c'est encore bien pis !
Tourmentine
Me maudissic et m'aimic ?
Arlequin
Cela est vrai. Il vous a maudit d'abord. « La chienne, s'écriait-il, la masque, la carogne, la bourrelle ! Que le Diable lui puisse tordre le cou ! » Mais à force d'être tourmenté il a fait des réflexions.
Tourmentine
Entendic non aimic mais voulic s'épargnic peinic.
Arlequin
Oh, que vous n'y êtes pas ! Il est bien à quelques peines près, lui. Écoutez, écoutez, vous allez, allez-vous voir qu'il a le coeur plus délicat que vous ne pensez. Il a donc fait des réflexions et a dit : « Comment Diable ! Je m'imaginais que l'amour que j'avais donné à la princesse Tourmentine n'était qu'un feu de paille, qui s'éteindrait dès le lendemain de notre mariage. Cette crainte m'empêchait de l'écouter. Mais, ma foi, ceci devient sérieux ! Il me paraît que son amour est de bonne trempe. Car comme on dit qui aime bien châtie bien, si j'en juge, ajouta-t-il, par les tourments qu'elle m'ordonne ici, il faut que cette fille-là m'aime à la rage ! » Enfin il s'est approché de moi et m'a tenu ce discours : « Ah ! Mon pauvre Arlequin ! Tu vois ton maître bien changé ! - Oui vraiment, Monsieur, lui ai-je répondu, vous êtes bien changé… Les coups de fouet vous ont… - Tu ne m'entends pas, a-t-il interrompu, les vigoureuses preuves du violent amour de Tourmentine me percent le coeur, je n'y puis plus tenir, ni vivre loin d'elle. Cours vite, mon ami, lui apprendre ma peine, et son triomphe ! »
Tourmentine
Lutinic allic ramenic Léandric.
À Tourmentine.
Arlequin
Attendez, attendez, messieurs les lutins. Il y a aussi avec nous deux femelles qui disent qu'elles sont prêtes d'épouser le Samago, le Gougou et toute la cour samagotique !
Aux lutins.
Tourmentine
Bonic, bonic, patric en seric transportic de plaisic ! Raportic Léandric, Argentic, et Marinetic.
Scène 14
Arlequin, Tourmentine, Carabosse
Tourmentine prend la bague avec transport et la met à son doigt.
Arlequin, lui donnant les gants.
Arlequin
Pour vous confirmer ce que je viens de vous dire : voilà, Madame, une petite bague que mon maître vous prie de vouloir bien porter pour l'amour de lui. Il m'a aussi chargé de vous présenter de sa part cette petite paire de gants blancs, dont une dame de notre pays lui a fait présent. Excusez, Madame, si ces petites bagatelles ne sont pas dignes de vos mérites, mais le pauvre garçon vous donne tout ce qu'il a. Il ne peut pas mieux faire dans la situation où il est.
Elle veut mettre les gants par dessus le gros anneau enchanté, mais n'y pouvant réussir, elle le tire de son doigt et le met à sa bouche. Arlequin le lui arrache.
Tourmentine
Obligic, obligic !
Arlequin
Ha, ha ! Madame la diablesse ! Nous ne vous craignons plus à présent !
Tourmentine
Ah, fourbic, rendic Diamantic.
Tourmentine et Carabosse demeurent comme interdites.
Arlequin
Restez là.
Tourmentine
Secouric lutinic !
Carabosse
Sagamo ! Gougou !
Arlequin
Qu'ils viennent, je les attends de pied ferme !
Scène 15
Tourmentine, Arlequin, Argentine
Les lutins veulent rebrousser et reporter Léandre dans l'Île Noire.
Tourmentine
Reportic coquinic !
Il les siffle et leur dit :
Les Lutins obéissent. Arlequin les met derrière lui en disant :
Arlequin
Tout beau, lutins. Apportez-moi ici ces trois personnes ! Nous avons attrapé l'anneau ! L'anneau mes amis voilà nos gens bien camus, comme vous voyez !
Elle fait signe aux lutins de se jeter sur les femmes pendant qu'Arlequin parle à Léandre.
Tourmentine
Qui a découvric secretic !
Argentine
Ahi, ahi !
Les lutins lâchent prise et se mettent à genoux, Arlequin leur donne des coups de batte.
Pendant qu'Arlequin frappe les lutins, Tourmentine et Carabosse se jettent sur Léandre.
Arlequin
Respectez l'anneau, misérables ! Vous n'avez qu'à y revenir marauds !
Tourmentine
Etranglic, étranglic scélératic !
Elles tombent à genoux. Arlequin frappe Carabosse.
Arlequin
Tirez, tirez, charognes ! Pliez sous l'anneau ! Vous êtes bien hardie, madame la gaupe !
Scène Dernière
Le Sagamo, Argentine, Arlequin
Le Sagamo
Tuec, tuec ! Massacrec friponec !
Argentine
Ah !
Le Sagamo s'avance pour sabrer Arlequin.
Le Sagamo reste immobile Arlequin lui fait voler la tête de son propre sabre qu'il lui a ôté, mais tout à coup il renaît une autre tête au Sagamo qui rit au nez d'Arlequin.
Il s'avance avec le sabre du côté du Sagamo et des femmes en faisant des tours d'espadonneurs, mais ils viennent tous se mettre à genoux devant lui.
Arlequin
Laissez-le venir, je lui rendrai bon compte ! De par l'anneau, demeure là ! Que diable est-ce là ? Voilà un drôle qui n'est pas à une tête près à ce qu'il me paraît ! N'importe, essayons si nous ne pourrons point détruire toute cette maudite engeance. Je ne risque rien avec mon anneau.
Le Sagamo
Pardonnec, pardonnec !
Arlequin
Relevez-vous, je suis bon prince, je vous pardonne mais à condition, premièrement, que vous brûlerez devant nous votre vilain Gougou.
Le Sagamo
Oh !
Arlequin
Ne me répliquez pas seulement ! Secondement, que vous nous donnerez le meilleur de vos vaisseaux avec force provision pour nous en retourner.
Le Sagamo
Serec maîtrec !
Arlequin
Troisièmement que l'anneau nous restera en propre pour notre sûreté, et pour venir ici quand bon nous semblera pour mettre ordre à votre conduite.
Le Sagamo
Accordec.
Les lutins forment un ballet qui finit la pièce.
On peut faire aisément une comédie italienne en divisant la pièce en trois actes et donnant plus d'ouvrage à Marinette surtout au dénouement. On en peut faire aussi une pantomime et même un opéra-comique de société.
Arlequin
Et enfin que ces cadets de lutins qui mériteraient bien d'être remboursés des coups de fouets qu'ils nous ont appliqués en seront quittes en monnaie de singe, c'est-à-dire qu'ils feront tout à l'heure un ballet pour nous divertir ainsi que ces dames qui sont nos maîtresses.