Scène 1
Mathurine, Colette
Air 15. Je ne suis né ni Roi, ni Prince.
Mathurine
Qu'as-tu donc, ma chère Colette ? Tu parais chagrine, inquiète. Eh ! D'où vient cette sombre humeur ? Ne me cache rien, ma mignonne ; Découvre-moi ton petit coeur.
Air : Nanette, dormez-vous ?
Bis.
Colette
Tu ne le vois que trop, friponne. Qu'une fille à vingt ans Est fille avec chagrin dans de certains instants ! Peut-on l'être toujours, quand on l'est trop longtemps ?
Air : J'offre ici mon savoir faire.
Mathurine
Fille sage avec confiance Attend l'hymen. Paix ma Cousine.
Colette
Ah ! Que dis-tu ? Plus elle est fille de vertu, Et plus elle a d'impatience. Plus elle est fille de vertu, Plus elle a d'impatience.
Mathurine
Il est vrai que cela coûte.
Air : Nanon dormait.
Trois fois.
Colette
Quand un Amant Auprès de nous badine Trop librement, On fait bien la mutine ; Mais, hélas ! En secret On sent Qu'on l'a fait à regret ! Je vous en réponds. Imite ma franchise, Cousine. Ne serais-tu pas bien-aise aussi d'être mariée ?
Mathurine
Hé, mais...
Colette
Tu fais la sotte. Achève.
Mathurine
Je n'en serais pas fâchée.
Colette
Tu t'imagines que c'est un grand bonheur, n'est-ce pas ?
Mathurine
Sans doute.
Air : Trop de plaisir, cher Tircis.
Colette
Même en dormant un faux hymen sait plaire. Dans un sommeil je rêvais à Valère : On m'éveilla : que j'en fus en colère ! Ah ! ah ! L'hymen s'allait faire !
Mathurine
Oh, oh ! C'est donc Valère que vous aimez ?
Colette
N'en vaut-il pas bien la peine ?
Mathurine
Oui vraiment.
Colette
Il est déjà sous-lieutenant d'infanterie.
Mathurine
Peste ! Il est bien avancé !
Colette
C'est qu'il a de grands amis, voyez-vous.
Mathurine
Mais il est fils du Procureur Fiscal, et vous fille de Madame Thomas.
Colette
Ma Cousine, je vous entends. Je sais que le Procureur-Fifcal et ma mère sont brouillés. Peut-être ma mère ne voudra-t-elle pas que j'épouse Valére. Je vais prier le Magister Nicolas de les réconcilier.
Mathurine
Le Magister est homme d'esprit : je compte beaucoup sur lui.
Colette
Je vais le trouver pour le presser de faire cet accommodement... Ma mère vient. Je te laisse avec elle.
Scène 2
Mathurine, Madame Thomas
Mathurine
Bonjour, ma Tante.
Madame Thomas
Bonjour, ma Nièce.
Air : Le beau, berger Tircis.
Mathurine
D'où vient ce sérieux, Cet air triste et sauvage ? Tout vous rit dans ces beaux lieux ; Au plaisir tout vous engage.
Madame Thomas
Que l'état du veuvage Me paraît ennuyeux.
Air : Quand le péril est agréable.
Mathurine
Un vieil époux sombre et sévère N'est regretté que faiblement : L'époux même le plus charmant Quelquefois ne l'est guère. Vous ne pleurez pas votre mari, peut-être ?
Air 15. Je ne suis né ni Roi, ni Prince.
Madame Thomas
Que de soins mon état renferme ! Une grande fille, une femme ; Toujours des procès sur les bras ; Tantôt acheter, tantôt vendre. Sans mon pauvre Valet Lucas, Saurais-je par quel bout m'y prendre ? Ah ! Ma chère nièce, tel que fût mon pauvre mari, il m'était d'un grand secours. Oui. Ce garçon-là fait toute ma consolation.
Mathurine
Oh ! Pour cela, il a bien du mérite !
Madame Thomas
N'est-ce pas, ma nièce ?
Mathurine
Oui, vraiment, ma tante.
Air : Tique, tique, taque.
Bis.
Bis.
Madame Thomas
Il n'est rien de plus parfait. Que cet aimable valet. À l'ouvrage il se démène : Tique, tique, taque, et lon-lan-la ; Il en vaut une douzaine.
Mathurine
Le bon Valet que voilà !
Madame Thomas
Tous les autres sont des fainéants ; lui seul est né pour le travail.
Mathurine
C'est la pièce de résistance.
Madame Thomas
Vous avez de l'esprit, ma nièce ; et je vous crois capable de me donner conseil sur une affaire importante. Je songe à me remarier.
Mathurine
Ah, ah !
Air 95 : Quand on a prononcé ce malheureux oui.
Madame Thomas
Ne t'imagine pas que ce soit par caprice ; Mais je veux empêcher que mon bien ne périsse. J'ai besoin d'un Mari vigilant, entendu ; Et je pense à Lucas. Que me conseilles-tu ?
Mathurine
Tout ce qu'il vous plaira, ma Tante.
Air 5 : Quand le péril est agréable.
Madame Thomas
Il est grand, il a belle face. Là, franchement, ne crois-tu pas Qu'il puisse du défunt Thomas Fort bien remplir la place ?
Mathurine
C'est votre affaire, ma Tante.
Madame Thomas
Mais, est-ce que tu n'approuves pas mon choix ?
Mathurine
Si vous voulez que je vous parle naturellement, je ne vois pas qu'il soit nécessaire que vous l'épousiez, puisqu'il fait vos affaires avec zèle.
Air 56 : Pour passer doucement la vie.
Madame Thomas
Oh ! Ce sera bien autre chose, Quand j'aurai joint son sort au mien.
Mathurine
Valet qui jamais ne repose, Devenu Maître, ne fait rien. Quelle erreur !
Madame Thomas
Je ne pense pas comme cela, moi. Je trouve que ce garçon-là est bien mon fait.
Mathurine
Croyez-moi. Vous devriez plutôt penser à marier ma cousine.
Madame Thomas
Oh ! Cela ne presse pas.
Mathurine
Mais songez à ce que dira tout le village, si...
Air 171 : Le Cabaret est mon réduit.
3 fois.
Madame Thomas
Je sais qu'il en fera grand bruit ; Mais, ma foi, je n'en sais que rire : Quand les gens auront tout dit, Ils n'auront plus rien à dire, Ils n'auront plus rien à dire.
Mathurine
C'est fort bien fait à vous.
Madame Thomas
Ne suis-je pas maîtresse de mes volontés ?
D'un air moqueur.
Mathurine
Assurément. Tenez. Voilà votre Lucas. Je vous laisse libres. Adieu, ma Tante.
En colère.
Mathurine lui fait la révérence et s'en va.
Madame Thomas
Adieu, ma Nièce. Allez. On n'a pas besoin de votre consentement pour faire cette affaire-là. Voyez un peu cette bégueule.
Scène 3
Lucas, Madame Thomas
Lucas
Qu'y a-t-il donc, notre Maîtresse ? Il semble que vous soyez en rogne.
Air 7 : Tu croyais, en aimant Colette.
Madame Thomas
Mon ami, c'est contre ma Nièce, Qui veut me donner des leçons.
Lucas
Voyez un peu la bonne pièce. Mais, ma foi, je nous en gaussons.
Madame Thomas
Pour cela, oui. Et dans le fond, je suis bien bonne de m'amuser à consulter une petite bête.
Lucas
C'est morgué bian dit. Vous ne devez consulter que vous-même, surtout dans la chose dont il s'agit.
Madame Thomas
Comment donc, Lucas ! Sais-tu de quoi il était question entre nous ?
Il se met le doigt sur le coeur, et il montre celui de Madame Thomas ; ce qu'il fait deux ou trois fois de suite.
Lucas
Oh ! Pargué, je ne suis pas un sot. Tenez. Vous li parliez de çà.
Madame Thomas
De quoi ?
Air 19 : Ne m'entendez-vous pas.
Lucas
Ne m'entendez vous pas ? Est-ce un si grand mystère? Vous voulez, un Compère Fait tout comme Lucas. Ne m'entendez vous pas?
Madame Thomas
Je t'entends à merveilles. Tu as fort bien deviné.
Lucas
Oh, dame ! Je devine les fêtes quand alles sont arrivées.
Madame Thomas
Que tu as d'esprit, Coquin !
Lucas
D'autres que moi en avont itout de l'esprit, je vous en avartis.
Madame Thomas
Hé, qui donc ?
Lucas
Gros-Jean, Maître Piarre le Tavarnier et Blaise le Veigneron. Je les acoutis tous trois jaboter hier a soir au travars d'une haye. Tâtigué, comme il en dégoisiont !
Madame Thomas
Que disaient ils ?
D'une voix grosse.
D'une voix aigre.
D'une voix enrouée.
Lucas
Voyez-vous ste Madame Thomas, ce faisiont-ils : voyez-vous comme alle se redresse. Je gagerais, ce disait Gros-Jean, qu'al'ne sera pas encor tras mois sans reprendre du poil de la bête. Pargué, ce faisait Maître Piarre, est-ce qu'vous ne fsavez pas bian qu'aile lorgne son valet Lucas ? Par ma foi, ce disait Blaise, ils se connaissont bian tous deux ; et si alle fait ce marché-là, al'n'achera pas chat en poche.
Madame Thomas
Voyez un peu les médisants ! Mais je sais le moyen de les faire taire.
Lucas
Et moi, itout. Je n'avons besoin pour çà que du Curé et du Tabellion.
Air 64 : Lampons , lampons.
Bis.
Bis.
Madame Thomas
Oui, malgré tous les jaloux,. Tu deviendras mon époux : Je ferai ce mariage À la barbe du Village. Je veux, je veux, Mon ami, te rendre heureux. C'est ce que je voulais dire, mon cher Lucas.
Il fait l'action de compter de l'argent.
Lucas
C'est bian de l'honneur pour moi, dà. Mais il faudra que cela vase.
Air 96 : Ton humeur est, Catherine.
Madame Thomas
J'ai méprisé la tendresse Des plus huppés du Canton. Tu seras content. Mais, sais-tu bien, mon poulet, ce que j'ai fait pour toi ?
Lucas
Je vous pourrais bian, Maîtresse ; Parler sur le même ton. Vingt filles des plus fringantes, Qui grillont pour mon musiau, Se trouveriont bian contentes De se charger de ma piau.
Madame Thomas
Si j'avais voulu écouter certaines propositions, je serais à l'heure qu'il est une grosse Madame de Paris ; mais j'aime mieux un bon paysan qu'un Monsieur.
Lucas
Vous avez raison. Les paysans avont l'amiquié plus farme.
Madame Thomas
Cours vite t'aquitter de la commission que je t'ai donnée. Je vais t'attendre au logis!
Air 5 : Quand le péril est agréable.
Lucas
Allez. Je vas bientôt vous suivre.
Ils sortent tous deux, l'un d'un côté et l'autre de l'autre.
Madame Thomas
Mon cher ami, ne tarde pas : Tu sais que la pauvre Thomas Sans toi ne saurait vivre.
Scène 4
Le Magister, Colette
Air 1 : Réveillez-vous belle endormie.
Le Magister
Cela suffit, belle Colette ; J'entreprends l'accommodement. La chose sera bien tôt faite : Je n'entreprends rien vainement.
Air 7 : Tu croyais, en aimant Colette.
Colette
Vous allez donc trouver ma Mère ?
Le Magister
Oui, ma mignonne, de ce pas.
Colette
Parlez-lui bien...
Le Magister
Laissez-moi faire.
Colette
Mais...
Le Magister
Ne vous embarrassez pas.
Scène 5
Colette
Air 34 : La jeune Isabelle.
Colette
L'amour, cher Valére, Nous unit tous deux. Si le sort contraire Traverse nos feux, Le Dieu de Cythére, Propice à nos voeux, Fera son affaire De nous rendre heureux. Laissons agir Maître Nicolas ; et si par malheur il ne réussit point dans son entreprise, nous aurons recours à d'autres expédients.
Scène 6
Colette, Valère
Air 36 : Malheureuse journée !
Colette
Ah ! Je vous vois, Valére !
Se jetant avec transport à ses genoux.
Valère
Ah ! Colette, c'est vous ! Permettez-moi, ma chère, D'embrasser vos genoux.
Colette
Vous faites trop paraître. L'empressement....
Air 46 : Ma raison s'en va beau train.
Valère
Hélas ! De moi puis-je être maître, Quand je vois tant d'appas ? Un doux baiser seulement. Un baiser, ma chère Colette.
Colette
Ah ! Valère doucement.
Valère
Ma Reine, quel tort... ?
Colette
Calmez ce transport : Votre ardeur est trop grande. C'est à Paris qu'on prend d'abord ; Au Village on demande, Lonla, Au Village on demande.
Valère
Je vous le demande aussi. Allons, ne faites donc point la villageoise. Un peu moins de sévérité.
Air 172 : Je suis Madelon Friquet.
Colette
Vous allez bien vite au fait ! Connaissez un peu mieux Colette. Vous allez bien vite au fait ! Quittez ce trop libre caquet. Vous en seriez mal satisfait ; Je pourrais de ma main blanchette... Je vous le dis franc et net...
Il veut la baiser, elle lui donne un soufflet.
Valère
Oh ! Je vais m'exposer à tout.
Colette
Je prendrai mon sérieux.
Valère
Vous vous fâchez ! Cela ne vous convient point : un air enjoué vous sied mieux.
Air 71 : Sois complaisant, affable , débonnaire.
Colette
Mon enjouement Vous donne un faux présage : D'un tendre amant J'aime assez le langage ; Mais, Avant notre mariage, Rengainez tous vos souhaits.
Valère
Mais, je ne vous demandais que les arrhes du marché.
Colette
Plus on donne de gages pour ce marché-là, et moins il tient.
Valère
Franchement, votre vertu sent le village.
Colette
Je suis là-dessus Paysanne et demie.
Air 201 : Je me plaignais d'une inhumaine.
Valère
Votre sévérité m'enchante, Bien loin de me rendre confus : Plus la faveur paraît charmante, Et plus j'en aime le refus. Ah ! Belle Colette, connaissez mieux Valère à votre tour.
Colette
Parlons sérieusement de nos affaires. Notre Magister s'est chargé de réconcilier nos parents.
Valère
Mais, s'il n'y réussit pas ?
Colette
J'ai un autre moyen tout prêt.
Valère
J'en ai aussi imaginé un, qu'Arlequin mon Tambour est sur le point d'exécuter : mais si tous ces moyens deviennent inutiles, que ferons-nous ?
Air 11 : On n'aime point dans nos forêts.
Colette
Nous séparer ! Qu'ai-je entendu ! Non, non, vous n'aimez plus Valère. Il faudra nous séparer.
Colette
Mais, quand tout espoir est perdu, Cher amant, que voulez-vous faire.
Valère
En attendant un meilleur sort, Nous aimer jusques à la mort. J'aperçois mon père avec Maître Nicolas. Retirons-nous.
Scène 7
Le Magister, Monsieur Griffart
Le Magister
Orsus, Monsieur le Procureur Fiscal, je crois vous en avoir assez dit pour vous persuader que vous devez, vous réconcilier avec Madame Thomas.
Monsieur Griffart
Je me rends à vos raisons. Mon ressentiment s'éteint ; et je suis prêt à vivre en bonne union avec Madame Thomas, si elle le veut.
Le Magister
Oh ! Je vous réponds d'elle. La Voici. Tenez-vous un peu à l'écart. Je vais la prévenir.
Scène 8
Le Magister, Madame Thomas, Monsieur Griffart
Air 14 : Voulez-vous savoir qui de deux.
Le Magister
Arrêtez, Madame, deux mots. Vous arrivez fort à propos. Ne faites plus mauvaise mine À notre Procureur Fiscal, Je vous proteste, ma voisine, Qu'il veut...
Madame Thomas
Que veut cet animal ?
Monsieur Griffart
Elle fait la fâchée.
Air 22 : Le fameux Diogène.
Le Magister
Eh ! Parlez sans colère !
Madame Thomas
Vraiment, j'ai bien affaire...
Le Magister
Oh ! Point d'emportement ? D'un coeur franc et sincère, Avec vous il veut faire Son raccommodement.
Madame Thomas
Ah ! Il veut se raccommoder tout de bon ?
Air précédent.
Le Magister
Répondez, je vous prie, Madame, à son envie. Tout de bon.
Madame Thomas
Hé bien, soit. J'y consens.
Le Magister
Ma foi, c'est un bon diable.
Madame Thomas
Puisqu'il est raisonnable, C'est assez. Je me rends.
Le Magister
Monsieur Griffart, vous l'entendez. Madame Thomas est un petit coeur de femme. Allons, embrassez-vous.
Air 69 : La Ceinture.
Monsieur Griffart
Oublions tous deux le passé ? Vivons en bonne intelligence
L'embrassant.
Madame Thomas
De mon coeur tout est effacé. Voilà quelle en est l'assurance. Malgré mon courroux, Monsieur Griffart, je n'ai jamais cessé de vous estimer.
Le Magister
J'en suis témoin.
Monsieur Griffart
Quoique prévenu contre vous, Madame Thomas, je vous ai toujours regardée comme une femme de mérite.
Le Magister
Pour cela, oui.
Madame Thomas
Quand j'ai rencontré des gens qui voulaient attaquer votre probité, je vous ai toujours rendu justice.
Le Magister
Elle est généreuse.
Monsieur Griffart
Quand je me suis trouvé avec des médisants qui voulaient me rendre votre vertu suspecte ; oh ! Je leur ai bien dit ce que j'en pensais !
Après les avoir embrassés.
Air 8 : Je reviendrai demain au soir.
Bis.
Bis.
Le Magister
Que cette paix, mes chers enfants , Puisse durer longtemps. Maudit le festin malheureux Qui vous brouilla tous deux. Il est charitable, Monsieur le Procureur Fiscal. Jarnicoton ! Je ne me sens pas d'aise d'avoir rapatrié deux esprits d'un si bon caractère. Que je vous embrasse.
Madame Thomas
Il est vrai que ce jour-là Monsieur le Procureur Fiscal n'était pas de bonne humeur.
Monsieur Griffart
De bonne humeur ! Oh ! Pardi, c'est vous qui prîtes un travers.
Madame Thomas
Un travers ! Moi, prendre un travers ! Oh ! J'ai trop d'esprit pour cela. C'est vous qui n'entendez quelquefois ni rime ni raison.
Le Magister
Eh ! Laissons-là ce festin!
Madame Thomas
Vous n'êtes qu'un bourru, qu'un brutal, qu'un emporté.
Monsieur Griffart
Madame Thomas !
Madame Thomas
Monsieur Griffart !
Le Magister
Que diable...
Madame Thomas
Allez. Si je vous jetai une assiette à la tête, vous le méritiez bien.
Le Magister
Eh ! Madame Thomas !
Monsieur Griffart
Et vous, vous méritiez bien aussi tous les noms que je vous donnai.
Le Magister
Mais , mais , mais...
Madame Thomas
Tous les noms ! Tous les noms ! Allez, mon ami, vous êtes un plaisant sot.
Monsieur Griffart
Vous croyez parler encore à votre benêt de mari. Vous êtes une extravagante.
Madame Thomas
Ah ! Fripon, il faut que je te...
Le Magister
Que voulez-vous faire ?
Madame Thomas
Le dévisager.
Mosnieur Griffart et Madame Thomas se retirent chacun de son côté fort irrités.
Monsieur Griffart
Allez. Vous êtes une... Vous êtes une... Vous êtes une femme.
Scène 9
Le Magister
Le Magister
Voilà de la besogne bien faite ! Je les ai mis un peu plus mal ensemble qu'ils n'étaient.
Scène 10
Colette, Le Magister, Mathurine
Air 121 : Vous y perdez vos pas, Nicolas.
Colette
Hé bien , quelles nouvelles ? Avez vous fait la paix?
Il s'en va.
Le Magister
Hélas! Ils font, les Belles , Plus divisés que jamais.
Mathurine
Il a perdu ses pas, Nicolas, Voilà votre hymen à bas.
Scène 11
Colette, Mathurine
Colette
Oh, que non ! Puisque le Magister n'a pas réussi, je vais employer la ruse que je t'ai dite.
Mathurine
Feindre de l'amour pour Lucas ?
Air 38 : Les Feuillantines.
Colette
Qui, dans son jaloux effroi, Je le crois, Va se défaire de moi. Justement. Cela donnera de la jalousie à ma mère.
Mathurine
Vous êtes ingénieuse.
Bis.
Colette
C'est que suis amoureuse.
Mathurine
Eh ! Le voilà, Lucas !
Colette
Parlons de lui, sans faire semblant de l'apercevoir.
Scène 12
Colette, Lucas, Mathurine
Air 173 : Iris au bord de Seine.
Colette
Apprend, mais sois discrète Que j'aime ce Lucas. S'il savait sur Colette Ce qu'ont fait ses appas, Que deviendrais je, hélas !
Lucas
Oh, oh ! Alles parlont de moi ! Accoutons.
Air 9 : Quel plaisir de voir Claudine.
Mathurine
Lucas a donc su vous plaire ?
Colette
Je te l'avoue aujourd'hui. T'étonnes-tu que ma mère Ait pris tant de goût pour lui ?
Mathurine
Non, vraiment.
Lucas
Colette m'aime ! Qui diantre l'aurait deviné ?
Air 174 : Tourelourirette.
Colette
Sa taille est charmante.
Mathurine
J'admire sa voix.
Lucas
Hé, hé, hé, hé, hé, hé.
Colette
Mais ce qui m'enchante, C'est son beau, tourelourirette, C'est son beau, lan-la derirette, C'est son beau minois.
Lucas
Fatigué ! Comme alle en tient !
Air 175 : Quand ma mère était jeunette.
Colette
Oui, je prétends satisfaire Ma nouvelle flamme ; De Lucas, malgré ma mère, Je veux être femme. Si l'on ne me donn' ce garçon-là, On verra tout ce qu'on verra : J'en ferai la folie, Ma mie, J'en ferai la folie.
Air 176 : Vous avez raison, la Plante.
Lucas
Vous avez raison, la Plante, Il est bon sur ce ton-là, Larira.
Colette
Ah !
Lucas
Oh, oh ! Vous m'aimez donc, Mademoiselle Colette ? Eh ! Vous n'en sonniez mot.
Air 75 : Un petit moment plus tard.
Colette
Mais, qui t'a donc mis dans l'esprit Que Colette t'aime ? Puis-je savoir qui te l'a dit ?
Lucas
Parguié , c'est vous-même. Vous disiez présentement...
Colette
Quoi, tu m'as entendue ?
Lucas
Que vous m'aimiez tendrement.
Colette
Je suis, je suis perdue !
Lucas
Le grand malheur !
Colette
Assurément, c'en est un ; car tu l'iras peut-être dire à ma mère.
Lucas
Nennin, nennin, je ne li dirai pas. Al'ne sait morgué pas tout ce que je fais : Queuque sot. Après tout, quand al'le sauroit , est-ce qu'al' me r'abattroit ça sur mes gages ?
Mathurine
Tu la connais. Elle ferait un beau vacarme.
Lucas
Hé ! Palsanguié, qui s'en soucie ? Acoutez, Mademoiselle Colette. Il gn'ya qu'un mot qui sarve. Si vous vlez je l'enverrai au barniquet.
Mathurine
C'est parler net.
Air 69 : La Ceinture.
Colette
Quoi, Lucas, tu voudrais pour moi Renoncer au coeur de ma mère ?
Lucas
J'aime mieux être, par ma foi, Son gendre, que votre biau-père.
Mathurine
Te voilà ravie, ma Cousine.
Air 26 : Talalerire.
Lucas
Ah ! J'ai le coeur chaud comme braise, Charmante Colette, pour vous !
Colette
Fripon, tu seras donc bienaise, Quand tu deviendras mon Epoux ?
Il veut l'embrasser.
Lucas
Nuit et jour vous m'entendrez dire : Talaleri, talaleri, talalerie.
Air 84 : De quoi vous plaignez-vous.
Colette
Ah ! Lucas, tenez-vous! Ayez de la politesse. Ah ! Lucas, tenez vous ! Et craignez mon courroux.
Lucas
Oh ! J'aime à rire sans cesse ; À batifoler toujours, À pousser la tendresse Tout au travers des choux.
Mathurine
Quel drôle !
Colette
Tu prends un mauvais parti.
Air 177 : Est-ce ainsi qu'on prend les Belles ?
Lucas
On dit qu'avec les fumelles Il faut être comme ça.
Colette
Non, non, toujours auprès d'elles Un air poli l'emporta. C'est ainsi qu'on prend les Belles. Lon, lan-la, o gué, lon-la.
Lucas
Serpedié ! Vous ne chassez pas de race !
Colette
Que veux-tu dire par-là.
Lucas
Je veux dire que votre mère n'aime pas tant la poulitesse que vous.
Scène 13
Madame Thomas, Lucas, Colette, Mathurine
Madame Thomas
Ah, ha ! Lucas avec ma fille !
Lucas
Hé , hé, hé, hé, hé.
Colette
Qu'as-tu à rire ?
Mathurine
Pourquoi ris-tu ?
Il rit encore.
Lucas
Je ris de ce que... Hé, hé, hé, hé, hé.
Colette
Explique-toi donc.
Il continue de rire.
Lucas
Je ris de ce que votre mère... Hé, hé, hé, hé, hé.
Mathurine
Hé bien ?
Lucas
Aile croit bonnement que je l'épouserai ; mais, prrr.
Madame Thomas
Qu'entends je !
Lucas
A l'a déjà fait avartir les ménêtriers pour note noce. Alle payera les violons ; mais jarnonbille , je danserons pour elle.
Madame Thomas
Le Coquin !
Colette
Diantre ! Cela est déjà bien avancé.
Lucas
Le bon de l'affaire, c'est qu'al' ne sait pas que Colette m'aime, et que j'aime itout Colette.
Madame Thomas
Le traître !
Air 119 : Mirlababibobette.
Lucas
Tâtigné ! Madame Thomas, Mirlababibobette ; Queu fracas Alle fera, belle Colette. Mirlababi, farlababo , mirlababibobette.
Madame Thomas
Sarlababorita
Colette
Ah !
Mathurine
Ô Ciel !
Lucas
Oh ! La voilà.
Air 36 : Malheureuse journée !
Madame Thomas
Petite Impertinence, Comment donc à mes yeux...
Mathurine
Ne grondez point, ma Tante.
À Lucas.
Madame Thomas
Ôtez vous de ces lieux. Et toi, traître, volage... !
Lucas
Que ne suis je en un trou !
Madame Thomas
Il faut que dans ma rage Je te coupe le cou.
Air 65 : Voici les Dragons qui viennent.
Elles s'en vont.
Mathurine
Quelle fureur est la tienne ! Vite sauvons-nous.
À Madame Thomas qui le houspille.
Lucas
Couper le cou tatiguienne ! Il est bon que le cou tienne, Arrêtez-vous, Arrêtez vous.
Scène 14
Madame Thomas, Lucas
Air 95 : Quand on a prononcé ce malheureux oui.
Madame Thomas
Tu m'abandonnes donc aujourd'hui pour Colette, Toi, que depuis quinze ans j'élève à la brochette !
Lucas
Mais, Madame Thomas...
Air 10 : Mon père, je viens devant vous.
Madame Thomas
Ah ! Perfide, tais-toi ! Où seras tu jamais plus heureux que chez moi ? Ne trouves-tu pas le matin , Pour te raccommoder la panse, Du pain blanc et d'excellent vin ? On double au dîné ta pitance ; Au soupé, ne garde-toi pas Le jus de l'éclanche à Lucas ?
Lucas
Si vous me nourrissez bian, je travaille de même. La besogne est forte cheux vous.
Madame Thomas
Hé bien, petit inconstant, petit scélérat, j'y consens. Va. Épouse Colette. Mais tu n'auras pas le sou, je t'en avertis.
Lucas
Ce n'est pas-là mon compte.
Madame Thomas
Tu mourras de faim.
Lucas
Malepeste ! Serviteur à Colette. Tenons-nous au gros de l'arbre.
Madame Thomas
Grand-Jacques profitera de ta folie ; je l'épouserai.
Lucas
Ah ! Voyez donc comme alle se fâche !
Madame Thomas
Je n'en ai pas sujet, n'est-ce pas ?
Lucas
Bon. Allez. Tout ce que j'ai dit à Colette n'était que pour rire.
Madame Thomas
Pour rire !
Lucas
Vous croyez donc que je ne vous ai pas apparçue ? Eh non ! J'ai dit comme çà, à part moi : Vla Madame Thomas qui vient à pas de loup, pour nous accouter ; baillons-li un peu la venette.
Madame Thomas
Quoi, Lucas, il n'est donc pas vrai que tu aimes Colette ?
Lucas
Fi donc ! Vla encore une plaisante morveuse. Vous m'avez dégoûté, Madame Thomas, vous m'avez dégoûté de la jeunesse.
Air 136 : L'autre nuit j'aperçus en songe.
Madame Thomas
Est-il bien vrai, m'es-tu fidèle ?
Lucas
Oui, je le suis, n'en doutez pas. Vos écus ont bien plus d'appas Que les yeux d'une Parronelle.
Madame Thomas
Sur ce pied-là, faisons la paix : Lucas, lions-nous pour jamais. Attend-moi ici. Je vais parler au Tabellion. Je reviendrai te joindre.
Scène 15
Lucas
Lucas
Comme les femmes qui aimont baillent dans le pagniau.... Ah, ah ! Voici le Tambour de la Compagnie de Monsieur Valére.
Scène 16
Arlequin, Lucas
Il a une bouteille pendue à sa ceinture et deux verres à son chapeau.
Air : Grand Duc de Savoie, à quoi penses-tu ?
Arlequin
Si des Vilageoises, Avec leur fierté ! Vivent nos grivoises, J'en suis enchanté. Souvent au Village On nous fait souffrir ; Au Camp la plus sage À nous vient s'offrir.
Lucas
Courage, courage, Monsieur Arlequin. Vous êtes toujours un drôle de corps.
Air 32 : Du haut eu bas. Rondeau.
Arlequin
Tambour battant. Mon cher Lucas, je me promène, Tambour battant. De mon sort je suis fort content ; Bon pain, bon vin, bon Capitaine, Avec un tendron que je mène Tambour battant.
Lucas
Pardi ! Vous n'engendrez point de mélancolie, Monsieur Arlequin.
Arlequin
Non, vraiment. Ni vous non plus, Monsieur Lucas ; vous qui êtes la coqueluche de Nanterre, et le factoton de Madame Thomas.
Air : Et je l'ai pris pour mon Valet.
Lucas
Je vais de Madame Thomas Tarminer le veuvage. Je ne suis encore que le garçon de la Farme ; mais , entre nous, j'en serai biantôt queuqne chose de plus, dà.
Arlequin
Que je t'embrasse, cher Lucas. C'est une veuve sage : Elle te prend pour son mari, À cause de ton teint fleuri.
Lucas
Elle me prend pour son mari, À cause de mon teint fleuri. Oui.
Arlequin
Je l'en estime d'avantage. C'est une brave femme. Il faut boire à sa santé.
Lucas
Tope.
Air 135 : Les fanatiques.
Ils boivent.
Ils boivent encore.
Ils recommencent à boire.
Arlequin
Allons, buvons à la santé De cette grosse mère. Sans oublier la Beauté Dont est charmé Valere, Trinque à la postérité Dont tu dois être père.
Lucas
Morgué ! Vla de bon vin. Varsez-m'en encore. À vous et à moi présentement.
Arlequin
Allons, à nous deux.
Lucas
Hoçà, à st'heure, à qui boirons-je ? Pargué, à votre amoureuse, Monsieur Arlequin.
Air 180. Pavanne d'Enée.
Arlequin
Lucas est un bon garçon, Il entend bien à vider un flacon. Oh ! Par ma foi, c'est grand dommage Qu'il croupisse en un Village ! Il aurait fait l'ornement Du plus célèbre Régiment. Je vous remercie, mon ami.
Lucas
Oui ; mais il ne faut qu'un coup feulement Pour bouttre un homme au monument.
Arlequin
Tu crains la mort, parce que tu n'y ès pas fait. Tiens. Si tu avais seulement deux Campagnes par devers toi, tu écouterais ronfler le canon comme une flûte douce,
Lucas
Jarni ! Si je savais ça, je me bouttrois tout-à-l'heure dans le sarvice.
Arlequin
Tu t'y accoutumeras, te dis-je...
Lucas
J'aimerais à ne sarvir que dans les Revues.
Ils boivent de nouveau.
Arlequin
Sur ce pied-là tu peux t'engager à présent. Nous sommes en paix ; il n'y a rien à risquer. Buvons un coup : un verre de vin porte conseil.
Air 3 : Bannissons d'ici l'humeur noire.
Lucas
Oh ! Ce n'est pas que je balance ! J'ai du coeur comme un enragé : Mais, si la guerre recommence, Je prétends avoir mon congé.
Il lui verse encore du vin.
Arlequin
Cela va sans dire. Allons, mon Brave, à la santé du Roi.
Lucas
Allons, oui. Vive la guerre pendant la paix.
Scène 17
Arlequin, Valère, Lucas
Arlequin
Bon. Voici Monsieur Valére.
Valère
Je ne sais si Arlequin aura réussi.
À Valére.
Arlequin
Camarade saluez votre Officier. Monsieur, vous voyez dans ce garçon-là un des meilleurs soldats de votre Compagnie.
Valère
Cela me fait plaisir. Lucas est un bon enfant. Ça, mes amis, j'ai ordre de partir demain pour aller joindre le Régiment en Flandres. Nous allons apparemment recommencer la guerre.
Lucas
Oui ; Je demande donc mon congé. Je ne me suis engagé qu'à condition que je ne sarvirois point pendant la guerre.
Lucas se met à pleurer et crier de toutes ses forces.
Valère
Allons, allons. Point tant de raisons. Tu es engagé, tu marcheras.
Scène 18
Madame Thomas, Lucas, Valère, Arlequin, Colette, Mathurine
Madame Thomas
Qu'y a-t-il donc, Lucas ! Que t'a-t-on fait ?
Lucas
Ce sont ces vendeurs de chair humaine, qui m'avont enroullé pour la guerre.
Air 6 : Menuet de Monsieur de Grandval.
Madame Thomas
Allez, allez, Monsieur Valére, Je m'en souviendrai plus d'un jour. Vous voulez venger votre père, En me jouant ce mauvais tour.
Valère
Madame, vous me connaissez mal. La fuite vous désabusera.
Lucas
Oui ; mais il faudra donc toujours que je marche à bon compte ?
Arlequin
Sans doute ; et c'est trop perdre de temps. Partons.
Lucas
Eh ! Madame Thomas !
Madame Thomas
Tout beau, Messieurs. J'ai de quoi le racheter. Combien vous faut-il ?
Air 38 : Les Feuillantines.
Arlequin
Grand, carré, de bon aloi, Dans l'emploi Il servira bien le Roi. Peut-on trop payer la taille ? Cent pistoles.
Madame Thomas
Mais, cent pistoles !
Arlequin
Sans en rabattre une maille.
Même Air :
Tirant sa bourse.
À Lucas.
Madame Thomas
S'il est propre pour le Roi, Par ma foi , Il l'est encor plus pour moi. Pour payer sa délivrance Voici de bonne finance. Puisqu'il n'y a rien à rabattre, je vais vous compter les cent pistoles. Heu ! L'étourdi ! Vois ce que tu me coûtes.
Air 46 : Ma raison s'en va beau train.
Madame Thomas présente sa bourse à Valère qui la refuse.
Lucas
Eh ! Là , là, Maman Thomas, Ne me le reprochez pas ! Je bêcherai tant , Je piocherai tant ; Un peu de patience : Ne plaignez point votre comptant, J'en tirerons quittance, Lon-là, J'en tirerons quittance.
Valère
Votre argent ne me tente point, Madame ; la possession de l'aimable Colette peut seule me toucher. Ce n'est qu'à cela que la liberté de Lucas est attachée.
Arlequin
Vous voyez bien que nous nous mettons à la raison.
Air : Tes beaux yeux ma Nicole.
Madame Thomas
Je vois tout le mystère. Ah ! Coquine, c'est vous...
Colette
Maman, point de colère. Donnez-moi cet époux. Par-là, vous allez faire D'une pierre deux coups ; En m'accordant Valère Lucas sera pour vous.
Lucas
C'est bian dit.
Madame Thomas
Monsieur, j'ai des raison pour vous refuser ma fille.
Valère
Madame, j'ai aussi les miennes pour vous refuser Lucas.
Madame Thomas
Ma fille demeurera auprès de moi.
À Lucas, le prenant au collet, et le secouant.
Arlequin
Lucas demeurera dans le Régiment. Allons, marche.
Lucas
Madame Thomas !
Valère
Vous avez pris votre parti, Madame. Adieu.
Arlequin
Marche.
Lucas
Vous m'abandonnez donc, Madame Thomas.
Madame Thomas
Arrêtez, Valére. J'aime mieux vous donner deux cens pistoles.
Colette
Ma chère mère, épargnez votre argent.
Valère
Madame, cela est inutile.
À Lucas, lui appuyant le pied sur le ventre.
Arlequin
Non, non. Nous allons joindre le Régiment ! Marche, Gueux, marche.
Lucas
Madame Thomas. Eh ! Bâillez-li votre fille !
Madame Thomas
Monsieur, voulez-vous mille écus ?
Valère
Madame, vous m'en offririez cent mille inutilement.
Arlequin
Il n'en démordra pas.
Madame Thomas
Puisqu'on ne peut s'en tirer autrement, je vous accorde donc ma fille.
Colette
Ma chère mère !...
Valère
Madame, vous me rendez le plus heureux de tous les hommes.
Lucas
Vivat. Mon enroullement a fait marveilles.
Arlequin
Et moi, par reconnaissance, je vous donne Lucas.
On danse.
Madame Thomas
Que tous ceux que j'avais invités à mes noces viennent célébrer ce double mariage.
Air 211 : De Monsieur Gillier.
Mathurine
Madame Thomas Épouse Lucas. Célébrons ce mariage. Elle agit en femme sage : Il fait déjà son tracas ; Il est fait à son ménage.
Air 212 : De Monsieur Gellier.
La danse reprend ce qui finit la pièce.
Arlequin
Madame Thomas, En prenant Lucas, Vous prenez la fleur de Nanterre ; Vous ôtez au Dieu des Combats Un vrai fier-à-bras, Un foudre de guerre.