Opéra comique · 1763

Les amours de nanterre

de Lesage Dorneval

Représentation
≈ 31 min
Distribution
3 femmes, 5 hommes
Répliques
328
Écriture
En vers
Dans l’app
Importable

Distribution

Par ordre d’importance. Temps de parole estimé au débit d’une représentation.

RôleRépliquesTemps de paroleScènesPart du texte
Lucas H 74 ≈ 7 min 8
Madame Thomas F 75 ≈ 7 min 6
Colette F 56 ≈ 6 min 9
Arlequin H 24 ≈ 3 min 3
Mathurine F 44 ≈ 3 min 7
Valère H 22 ≈ 2 min 3
Le Magister H 23 ≈ 2 min 5
Monsieur Griffart H 10 ≈ 1 min 2
Qui joue avec qui, scène par scène
Rôle
Lucas absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Madame Thomas absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Colette absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Arlequin absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Mathurine absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Valère absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Le Magister absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
Monsieur Griffart absentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsentabsent
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Scène 1

Mathurine, Colette

Air 15. Je ne suis né ni Roi, ni Prince.

Mathurine

Qu'as-tu donc, ma chère Colette ? Tu parais chagrine, inquiète. Eh ! D'où vient cette sombre humeur ? Ne me cache rien, ma mignonne ; Découvre-moi ton petit coeur.

Air : Nanette, dormez-vous ?

Bis.

Colette

Tu ne le vois que trop, friponne. Qu'une fille à vingt ans Est fille avec chagrin dans de certains instants ! Peut-on l'être toujours, quand on l'est trop longtemps ?

Air : J'offre ici mon savoir faire.

Mathurine

Fille sage avec confiance Attend l'hymen. Paix ma Cousine.

Colette

Ah ! Que dis-tu ? Plus elle est fille de vertu, Et plus elle a d'impatience. Plus elle est fille de vertu, Plus elle a d'impatience.

Mathurine

Il est vrai que cela coûte.

Air : Nanon dormait.

Trois fois.

Colette

Quand un Amant Auprès de nous badine Trop librement, On fait bien la mutine ; Mais, hélas ! En secret On sent Qu'on l'a fait à regret ! Je vous en réponds. Imite ma franchise, Cousine. Ne serais-tu pas bien-aise aussi d'être mariée ?

Mathurine

Hé, mais...

Colette

Tu fais la sotte. Achève.

Mathurine

Je n'en serais pas fâchée.

Colette

Tu t'imagines que c'est un grand bonheur, n'est-ce pas ?

Mathurine

Sans doute.

Air : Trop de plaisir, cher Tircis.

Colette

Même en dormant un faux hymen sait plaire. Dans un sommeil je rêvais à Valère : On m'éveilla : que j'en fus en colère ! Ah ! ah ! L'hymen s'allait faire !

Mathurine

Oh, oh ! C'est donc Valère que vous aimez ?

Colette

N'en vaut-il pas bien la peine ?

Mathurine

Oui vraiment.

Colette

Il est déjà sous-lieutenant d'infanterie.

Mathurine

Peste ! Il est bien avancé !

Colette

C'est qu'il a de grands amis, voyez-vous.

Mathurine

Mais il est fils du Procureur Fiscal, et vous fille de Madame Thomas.

Colette

Ma Cousine, je vous entends. Je sais que le Procureur-Fifcal et ma mère sont brouillés. Peut-être ma mère ne voudra-t-elle pas que j'épouse Valére. Je vais prier le Magister Nicolas de les réconcilier.

Mathurine

Le Magister est homme d'esprit : je compte beaucoup sur lui.

Colette

Je vais le trouver pour le presser de faire cet accommodement... Ma mère vient. Je te laisse avec elle.

Scène 2

Mathurine, Madame Thomas

Mathurine

Bonjour, ma Tante.

Madame Thomas

Bonjour, ma Nièce.

Air : Le beau, berger Tircis.

Mathurine

D'où vient ce sérieux, Cet air triste et sauvage ? Tout vous rit dans ces beaux lieux ; Au plaisir tout vous engage.

Madame Thomas

Que l'état du veuvage Me paraît ennuyeux.

Air : Quand le péril est agréable.

Mathurine

Un vieil époux sombre et sévère N'est regretté que faiblement : L'époux même le plus charmant Quelquefois ne l'est guère. Vous ne pleurez pas votre mari, peut-être ?

Air 15. Je ne suis né ni Roi, ni Prince.

Madame Thomas

Que de soins mon état renferme ! Une grande fille, une femme ; Toujours des procès sur les bras ; Tantôt acheter, tantôt vendre. Sans mon pauvre Valet Lucas, Saurais-je par quel bout m'y prendre ? Ah ! Ma chère nièce, tel que fût mon pauvre mari, il m'était d'un grand secours. Oui. Ce garçon-là fait toute ma consolation.

Mathurine

Oh ! Pour cela, il a bien du mérite !

Madame Thomas

N'est-ce pas, ma nièce ?

Mathurine

Oui, vraiment, ma tante.

Air : Tique, tique, taque.

Bis.

Bis.

Madame Thomas

Il n'est rien de plus parfait. Que cet aimable valet. À l'ouvrage il se démène : Tique, tique, taque, et lon-lan-la ; Il en vaut une douzaine.

Mathurine

Le bon Valet que voilà !

Madame Thomas

Tous les autres sont des fainéants ; lui seul est né pour le travail.

Mathurine

C'est la pièce de résistance.

Madame Thomas

Vous avez de l'esprit, ma nièce ; et je vous crois capable de me donner conseil sur une affaire importante. Je songe à me remarier.

Mathurine

Ah, ah !

Air 95 : Quand on a prononcé ce malheureux oui.

Madame Thomas

Ne t'imagine pas que ce soit par caprice ; Mais je veux empêcher que mon bien ne périsse. J'ai besoin d'un Mari vigilant, entendu ; Et je pense à Lucas. Que me conseilles-tu ?

Mathurine

Tout ce qu'il vous plaira, ma Tante.

Air 5 : Quand le péril est agréable.

Madame Thomas

Il est grand, il a belle face. Là, franchement, ne crois-tu pas Qu'il puisse du défunt Thomas Fort bien remplir la place ?

Mathurine

C'est votre affaire, ma Tante.

Madame Thomas

Mais, est-ce que tu n'approuves pas mon choix ?

Mathurine

Si vous voulez que je vous parle naturellement, je ne vois pas qu'il soit nécessaire que vous l'épousiez, puisqu'il fait vos affaires avec zèle.

Air 56 : Pour passer doucement la vie.

Madame Thomas

Oh ! Ce sera bien autre chose, Quand j'aurai joint son sort au mien.

Mathurine

Valet qui jamais ne repose, Devenu Maître, ne fait rien. Quelle erreur !

Madame Thomas

Je ne pense pas comme cela, moi. Je trouve que ce garçon-là est bien mon fait.

Mathurine

Croyez-moi. Vous devriez plutôt penser à marier ma cousine.

Madame Thomas

Oh ! Cela ne presse pas.

Mathurine

Mais songez à ce que dira tout le village, si...

Air 171 : Le Cabaret est mon réduit.

3 fois.

Madame Thomas

Je sais qu'il en fera grand bruit ; Mais, ma foi, je n'en sais que rire : Quand les gens auront tout dit, Ils n'auront plus rien à dire, Ils n'auront plus rien à dire.

Mathurine

C'est fort bien fait à vous.

Madame Thomas

Ne suis-je pas maîtresse de mes volontés ?

D'un air moqueur.

Mathurine

Assurément. Tenez. Voilà votre Lucas. Je vous laisse libres. Adieu, ma Tante.

En colère.

Mathurine lui fait la révérence et s'en va.

Madame Thomas

Adieu, ma Nièce. Allez. On n'a pas besoin de votre consentement pour faire cette affaire-là. Voyez un peu cette bégueule.

Scène 3

Lucas, Madame Thomas

Lucas

Qu'y a-t-il donc, notre Maîtresse ? Il semble que vous soyez en rogne.

Air 7 : Tu croyais, en aimant Colette.

Madame Thomas

Mon ami, c'est contre ma Nièce, Qui veut me donner des leçons.

Lucas

Voyez un peu la bonne pièce. Mais, ma foi, je nous en gaussons.

Madame Thomas

Pour cela, oui. Et dans le fond, je suis bien bonne de m'amuser à consulter une petite bête.

Lucas

C'est morgué bian dit. Vous ne devez consulter que vous-même, surtout dans la chose dont il s'agit.

Madame Thomas

Comment donc, Lucas ! Sais-tu de quoi il était question entre nous ?

Il se met le doigt sur le coeur, et il montre celui de Madame Thomas ; ce qu'il fait deux ou trois fois de suite.

Lucas

Oh ! Pargué, je ne suis pas un sot. Tenez. Vous li parliez de çà.

Madame Thomas

De quoi ?

Air 19 : Ne m'entendez-vous pas.

Lucas

Ne m'entendez vous pas ? Est-ce un si grand mystère? Vous voulez, un Compère Fait tout comme Lucas. Ne m'entendez vous pas?

Madame Thomas

Je t'entends à merveilles. Tu as fort bien deviné.

Lucas

Oh, dame ! Je devine les fêtes quand alles sont arrivées.

Madame Thomas

Que tu as d'esprit, Coquin !

Lucas

D'autres que moi en avont itout de l'esprit, je vous en avartis.

Madame Thomas

Hé, qui donc ?

Lucas

Gros-Jean, Maître Piarre le Tavarnier et Blaise le Veigneron. Je les acoutis tous trois jaboter hier a soir au travars d'une haye. Tâtigué, comme il en dégoisiont !

Madame Thomas

Que disaient ils ?

D'une voix grosse.

D'une voix aigre.

D'une voix enrouée.

Lucas

Voyez-vous ste Madame Thomas, ce faisiont-ils : voyez-vous comme alle se redresse. Je gagerais, ce disait Gros-Jean, qu'al'ne sera pas encor tras mois sans reprendre du poil de la bête. Pargué, ce faisait Maître Piarre, est-ce qu'vous ne fsavez pas bian qu'aile lorgne son valet Lucas ? Par ma foi, ce disait Blaise, ils se connaissont bian tous deux ; et si alle fait ce marché-là, al'n'achera pas chat en poche.

Madame Thomas

Voyez un peu les médisants ! Mais je sais le moyen de les faire taire.

Lucas

Et moi, itout. Je n'avons besoin pour çà que du Curé et du Tabellion.

Air 64 : Lampons , lampons.

Bis.

Bis.

Madame Thomas

Oui, malgré tous les jaloux,. Tu deviendras mon époux : Je ferai ce mariage À la barbe du Village. Je veux, je veux, Mon ami, te rendre heureux. C'est ce que je voulais dire, mon cher Lucas.

Il fait l'action de compter de l'argent.

Lucas

C'est bian de l'honneur pour moi, dà. Mais il faudra que cela vase.

Air 96 : Ton humeur est, Catherine.

Madame Thomas

J'ai méprisé la tendresse Des plus huppés du Canton. Tu seras content. Mais, sais-tu bien, mon poulet, ce que j'ai fait pour toi ?

Lucas

Je vous pourrais bian, Maîtresse ; Parler sur le même ton. Vingt filles des plus fringantes, Qui grillont pour mon musiau, Se trouveriont bian contentes De se charger de ma piau.

Madame Thomas

Si j'avais voulu écouter certaines propositions, je serais à l'heure qu'il est une grosse Madame de Paris ; mais j'aime mieux un bon paysan qu'un Monsieur.

Lucas

Vous avez raison. Les paysans avont l'amiquié plus farme.

Madame Thomas

Cours vite t'aquitter de la commission que je t'ai donnée. Je vais t'attendre au logis!

Air 5 : Quand le péril est agréable.

Lucas

Allez. Je vas bientôt vous suivre.

Ils sortent tous deux, l'un d'un côté et l'autre de l'autre.

Madame Thomas

Mon cher ami, ne tarde pas : Tu sais que la pauvre Thomas Sans toi ne saurait vivre.

Scène 4

Le Magister, Colette

Air 1 : Réveillez-vous belle endormie.

Le Magister

Cela suffit, belle Colette ; J'entreprends l'accommodement. La chose sera bien tôt faite : Je n'entreprends rien vainement.

Air 7 : Tu croyais, en aimant Colette.

Colette

Vous allez donc trouver ma Mère ?

Le Magister

Oui, ma mignonne, de ce pas.

Colette

Parlez-lui bien...

Le Magister

Laissez-moi faire.

Colette

Mais...

Le Magister

Ne vous embarrassez pas.

Scène 5

Colette

Air 34 : La jeune Isabelle.

Colette

L'amour, cher Valére, Nous unit tous deux. Si le sort contraire Traverse nos feux, Le Dieu de Cythére, Propice à nos voeux, Fera son affaire De nous rendre heureux. Laissons agir Maître Nicolas ; et si par malheur il ne réussit point dans son entreprise, nous aurons recours à d'autres expédients.

Scène 6

Colette, Valère

Air 36 : Malheureuse journée !

Colette

Ah ! Je vous vois, Valére !

Se jetant avec transport à ses genoux.

Valère

Ah ! Colette, c'est vous ! Permettez-moi, ma chère, D'embrasser vos genoux.

Colette

Vous faites trop paraître. L'empressement....

Air 46 : Ma raison s'en va beau train.

Valère

Hélas ! De moi puis-je être maître, Quand je vois tant d'appas ? Un doux baiser seulement. Un baiser, ma chère Colette.

Colette

Ah ! Valère doucement.

Valère

Ma Reine, quel tort... ?

Colette

Calmez ce transport : Votre ardeur est trop grande. C'est à Paris qu'on prend d'abord ; Au Village on demande, Lonla, Au Village on demande.

Valère

Je vous le demande aussi. Allons, ne faites donc point la villageoise. Un peu moins de sévérité.

Air 172 : Je suis Madelon Friquet.

Colette

Vous allez bien vite au fait ! Connaissez un peu mieux Colette. Vous allez bien vite au fait ! Quittez ce trop libre caquet. Vous en seriez mal satisfait ; Je pourrais de ma main blanchette... Je vous le dis franc et net...

Il veut la baiser, elle lui donne un soufflet.

Valère

Oh ! Je vais m'exposer à tout.

Colette

Je prendrai mon sérieux.

Valère

Vous vous fâchez ! Cela ne vous convient point : un air enjoué vous sied mieux.

Air 71 : Sois complaisant, affable , débonnaire.

Colette

Mon enjouement Vous donne un faux présage : D'un tendre amant J'aime assez le langage ; Mais, Avant notre mariage, Rengainez tous vos souhaits.

Valère

Mais, je ne vous demandais que les arrhes du marché.

Colette

Plus on donne de gages pour ce marché-là, et moins il tient.

Valère

Franchement, votre vertu sent le village.

Colette

Je suis là-dessus Paysanne et demie.

Air 201 : Je me plaignais d'une inhumaine.

Valère

Votre sévérité m'enchante, Bien loin de me rendre confus : Plus la faveur paraît charmante, Et plus j'en aime le refus. Ah ! Belle Colette, connaissez mieux Valère à votre tour.

Colette

Parlons sérieusement de nos affaires. Notre Magister s'est chargé de réconcilier nos parents.

Valère

Mais, s'il n'y réussit pas ?

Colette

J'ai un autre moyen tout prêt.

Valère

J'en ai aussi imaginé un, qu'Arlequin mon Tambour est sur le point d'exécuter : mais si tous ces moyens deviennent inutiles, que ferons-nous ?

Air 11 : On n'aime point dans nos forêts.

Colette

Nous séparer ! Qu'ai-je entendu ! Non, non, vous n'aimez plus Valère. Il faudra nous séparer.

Colette

Mais, quand tout espoir est perdu, Cher amant, que voulez-vous faire.

Valère

En attendant un meilleur sort, Nous aimer jusques à la mort. J'aperçois mon père avec Maître Nicolas. Retirons-nous.

Scène 7

Le Magister, Monsieur Griffart

Le Magister

Orsus, Monsieur le Procureur Fiscal, je crois vous en avoir assez dit pour vous persuader que vous devez, vous réconcilier avec Madame Thomas.

Monsieur Griffart

Je me rends à vos raisons. Mon ressentiment s'éteint ; et je suis prêt à vivre en bonne union avec Madame Thomas, si elle le veut.

Le Magister

Oh ! Je vous réponds d'elle. La Voici. Tenez-vous un peu à l'écart. Je vais la prévenir.

Scène 8

Le Magister, Madame Thomas, Monsieur Griffart

Air 14 : Voulez-vous savoir qui de deux.

Le Magister

Arrêtez, Madame, deux mots. Vous arrivez fort à propos. Ne faites plus mauvaise mine À notre Procureur Fiscal, Je vous proteste, ma voisine, Qu'il veut...

Madame Thomas

Que veut cet animal ?

Monsieur Griffart

Elle fait la fâchée.

Air 22 : Le fameux Diogène.

Le Magister

Eh ! Parlez sans colère !

Madame Thomas

Vraiment, j'ai bien affaire...

Le Magister

Oh ! Point d'emportement ? D'un coeur franc et sincère, Avec vous il veut faire Son raccommodement.

Madame Thomas

Ah ! Il veut se raccommoder tout de bon ?

Air précédent.

Le Magister

Répondez, je vous prie, Madame, à son envie. Tout de bon.

Madame Thomas

Hé bien, soit. J'y consens.

Le Magister

Ma foi, c'est un bon diable.

Madame Thomas

Puisqu'il est raisonnable, C'est assez. Je me rends.

Le Magister

Monsieur Griffart, vous l'entendez. Madame Thomas est un petit coeur de femme. Allons, embrassez-vous.

Air 69 : La Ceinture.

Monsieur Griffart

Oublions tous deux le passé ? Vivons en bonne intelligence

L'embrassant.

Madame Thomas

De mon coeur tout est effacé. Voilà quelle en est l'assurance. Malgré mon courroux, Monsieur Griffart, je n'ai jamais cessé de vous estimer.

Le Magister

J'en suis témoin.

Monsieur Griffart

Quoique prévenu contre vous, Madame Thomas, je vous ai toujours regardée comme une femme de mérite.

Le Magister

Pour cela, oui.

Madame Thomas

Quand j'ai rencontré des gens qui voulaient attaquer votre probité, je vous ai toujours rendu justice.

Le Magister

Elle est généreuse.

Monsieur Griffart

Quand je me suis trouvé avec des médisants qui voulaient me rendre votre vertu suspecte ; oh ! Je leur ai bien dit ce que j'en pensais !

Après les avoir embrassés.

Air 8 : Je reviendrai demain au soir.

Bis.

Bis.

Le Magister

Que cette paix, mes chers enfants , Puisse durer longtemps. Maudit le festin malheureux Qui vous brouilla tous deux. Il est charitable, Monsieur le Procureur Fiscal. Jarnicoton ! Je ne me sens pas d'aise d'avoir rapatrié deux esprits d'un si bon caractère. Que je vous embrasse.

Madame Thomas

Il est vrai que ce jour-là Monsieur le Procureur Fiscal n'était pas de bonne humeur.

Monsieur Griffart

De bonne humeur ! Oh ! Pardi, c'est vous qui prîtes un travers.

Madame Thomas

Un travers ! Moi, prendre un travers ! Oh ! J'ai trop d'esprit pour cela. C'est vous qui n'entendez quelquefois ni rime ni raison.

Le Magister

Eh ! Laissons-là ce festin!

Madame Thomas

Vous n'êtes qu'un bourru, qu'un brutal, qu'un emporté.

Monsieur Griffart

Madame Thomas !

Madame Thomas

Monsieur Griffart !

Le Magister

Que diable...

Madame Thomas

Allez. Si je vous jetai une assiette à la tête, vous le méritiez bien.

Le Magister

Eh ! Madame Thomas !

Monsieur Griffart

Et vous, vous méritiez bien aussi tous les noms que je vous donnai.

Le Magister

Mais , mais , mais...

Madame Thomas

Tous les noms ! Tous les noms ! Allez, mon ami, vous êtes un plaisant sot.

Monsieur Griffart

Vous croyez parler encore à votre benêt de mari. Vous êtes une extravagante.

Madame Thomas

Ah ! Fripon, il faut que je te...

Le Magister

Que voulez-vous faire ?

Madame Thomas

Le dévisager.

Mosnieur Griffart et Madame Thomas se retirent chacun de son côté fort irrités.

Monsieur Griffart

Allez. Vous êtes une... Vous êtes une... Vous êtes une femme.

Scène 9

Le Magister

Le Magister

Voilà de la besogne bien faite ! Je les ai mis un peu plus mal ensemble qu'ils n'étaient.

Scène 10

Colette, Le Magister, Mathurine

Air 121 : Vous y perdez vos pas, Nicolas.

Colette

Hé bien , quelles nouvelles ? Avez vous fait la paix?

Il s'en va.

Le Magister

Hélas! Ils font, les Belles , Plus divisés que jamais.

Mathurine

Il a perdu ses pas, Nicolas, Voilà votre hymen à bas.

Scène 11

Colette, Mathurine

Colette

Oh, que non ! Puisque le Magister n'a pas réussi, je vais employer la ruse que je t'ai dite.

Mathurine

Feindre de l'amour pour Lucas ?

Air 38 : Les Feuillantines.

Colette

Qui, dans son jaloux effroi, Je le crois, Va se défaire de moi. Justement. Cela donnera de la jalousie à ma mère.

Mathurine

Vous êtes ingénieuse.

Bis.

Colette

C'est que suis amoureuse.

Mathurine

Eh ! Le voilà, Lucas !

Colette

Parlons de lui, sans faire semblant de l'apercevoir.

Scène 12

Colette, Lucas, Mathurine

Air 173 : Iris au bord de Seine.

Colette

Apprend, mais sois discrète Que j'aime ce Lucas. S'il savait sur Colette Ce qu'ont fait ses appas, Que deviendrais je, hélas !

Lucas

Oh, oh ! Alles parlont de moi ! Accoutons.

Air 9 : Quel plaisir de voir Claudine.

Mathurine

Lucas a donc su vous plaire ?

Colette

Je te l'avoue aujourd'hui. T'étonnes-tu que ma mère Ait pris tant de goût pour lui ?

Mathurine

Non, vraiment.

Lucas

Colette m'aime ! Qui diantre l'aurait deviné ?

Air 174 : Tourelourirette.

Colette

Sa taille est charmante.

Mathurine

J'admire sa voix.

Lucas

Hé, hé, hé, hé, hé, hé.

Colette

Mais ce qui m'enchante, C'est son beau, tourelourirette, C'est son beau, lan-la derirette, C'est son beau minois.

Lucas

Fatigué ! Comme alle en tient !

Air 175 : Quand ma mère était jeunette.

Colette

Oui, je prétends satisfaire Ma nouvelle flamme ; De Lucas, malgré ma mère, Je veux être femme. Si l'on ne me donn' ce garçon-là, On verra tout ce qu'on verra : J'en ferai la folie, Ma mie, J'en ferai la folie.

Air 176 : Vous avez raison, la Plante.

Lucas

Vous avez raison, la Plante, Il est bon sur ce ton-là, Larira.

Colette

Ah !

Lucas

Oh, oh ! Vous m'aimez donc, Mademoiselle Colette ? Eh ! Vous n'en sonniez mot.

Air 75 : Un petit moment plus tard.

Colette

Mais, qui t'a donc mis dans l'esprit Que Colette t'aime ? Puis-je savoir qui te l'a dit ?

Lucas

Parguié , c'est vous-même. Vous disiez présentement...

Colette

Quoi, tu m'as entendue ?

Lucas

Que vous m'aimiez tendrement.

Colette

Je suis, je suis perdue !

Lucas

Le grand malheur !

Colette

Assurément, c'en est un ; car tu l'iras peut-être dire à ma mère.

Lucas

Nennin, nennin, je ne li dirai pas. Al'ne sait morgué pas tout ce que je fais : Queuque sot. Après tout, quand al'le sauroit , est-ce qu'al' me r'abattroit ça sur mes gages ?

Mathurine

Tu la connais. Elle ferait un beau vacarme.

Lucas

Hé ! Palsanguié, qui s'en soucie ? Acoutez, Mademoiselle Colette. Il gn'ya qu'un mot qui sarve. Si vous vlez je l'enverrai au barniquet.

Mathurine

C'est parler net.

Air 69 : La Ceinture.

Colette

Quoi, Lucas, tu voudrais pour moi Renoncer au coeur de ma mère ?

Lucas

J'aime mieux être, par ma foi, Son gendre, que votre biau-père.

Mathurine

Te voilà ravie, ma Cousine.

Air 26 : Talalerire.

Lucas

Ah ! J'ai le coeur chaud comme braise, Charmante Colette, pour vous !

Colette

Fripon, tu seras donc bienaise, Quand tu deviendras mon Epoux ?

Il veut l'embrasser.

Lucas

Nuit et jour vous m'entendrez dire : Talaleri, talaleri, talalerie.

Air 84 : De quoi vous plaignez-vous.

Colette

Ah ! Lucas, tenez-vous! Ayez de la politesse. Ah ! Lucas, tenez vous ! Et craignez mon courroux.

Lucas

Oh ! J'aime à rire sans cesse ; À batifoler toujours, À pousser la tendresse Tout au travers des choux.

Mathurine

Quel drôle !

Colette

Tu prends un mauvais parti.

Air 177 : Est-ce ainsi qu'on prend les Belles ?

Lucas

On dit qu'avec les fumelles Il faut être comme ça.

Colette

Non, non, toujours auprès d'elles Un air poli l'emporta. C'est ainsi qu'on prend les Belles. Lon, lan-la, o gué, lon-la.

Lucas

Serpedié ! Vous ne chassez pas de race !

Colette

Que veux-tu dire par-là.

Lucas

Je veux dire que votre mère n'aime pas tant la poulitesse que vous.

Scène 13

Madame Thomas, Lucas, Colette, Mathurine

Madame Thomas

Ah, ha ! Lucas avec ma fille !

Lucas

Hé , hé, hé, hé, hé.

Colette

Qu'as-tu à rire ?

Mathurine

Pourquoi ris-tu ?

Il rit encore.

Lucas

Je ris de ce que... Hé, hé, hé, hé, hé.

Colette

Explique-toi donc.

Il continue de rire.

Lucas

Je ris de ce que votre mère... Hé, hé, hé, hé, hé.

Mathurine

Hé bien ?

Lucas

Aile croit bonnement que je l'épouserai ; mais, prrr.

Madame Thomas

Qu'entends je !

Lucas

A l'a déjà fait avartir les ménêtriers pour note noce. Alle payera les violons ; mais jarnonbille , je danserons pour elle.

Madame Thomas

Le Coquin !

Colette

Diantre ! Cela est déjà bien avancé.

Lucas

Le bon de l'affaire, c'est qu'al' ne sait pas que Colette m'aime, et que j'aime itout Colette.

Madame Thomas

Le traître !

Air 119 : Mirlababibobette.

Lucas

Tâtigné ! Madame Thomas, Mirlababibobette ; Queu fracas Alle fera, belle Colette. Mirlababi, farlababo , mirlababibobette.

Madame Thomas

Sarlababorita

Colette

Ah !

Mathurine

Ô Ciel !

Lucas

Oh ! La voilà.

Air 36 : Malheureuse journée !

Madame Thomas

Petite Impertinence, Comment donc à mes yeux...

Mathurine

Ne grondez point, ma Tante.

À Lucas.

Madame Thomas

Ôtez vous de ces lieux. Et toi, traître, volage... !

Lucas

Que ne suis je en un trou !

Madame Thomas

Il faut que dans ma rage Je te coupe le cou.

Air 65 : Voici les Dragons qui viennent.

Elles s'en vont.

Mathurine

Quelle fureur est la tienne ! Vite sauvons-nous.

À Madame Thomas qui le houspille.

Lucas

Couper le cou tatiguienne ! Il est bon que le cou tienne, Arrêtez-vous, Arrêtez vous.

Scène 14

Madame Thomas, Lucas

Air 95 : Quand on a prononcé ce malheureux oui.

Madame Thomas

Tu m'abandonnes donc aujourd'hui pour Colette, Toi, que depuis quinze ans j'élève à la brochette !

Lucas

Mais, Madame Thomas...

Air 10 : Mon père, je viens devant vous.

Madame Thomas

Ah ! Perfide, tais-toi ! Où seras tu jamais plus heureux que chez moi ? Ne trouves-tu pas le matin , Pour te raccommoder la panse, Du pain blanc et d'excellent vin ? On double au dîné ta pitance ; Au soupé, ne garde-toi pas Le jus de l'éclanche à Lucas ?

Lucas

Si vous me nourrissez bian, je travaille de même. La besogne est forte cheux vous.

Madame Thomas

Hé bien, petit inconstant, petit scélérat, j'y consens. Va. Épouse Colette. Mais tu n'auras pas le sou, je t'en avertis.

Lucas

Ce n'est pas-là mon compte.

Madame Thomas

Tu mourras de faim.

Lucas

Malepeste ! Serviteur à Colette. Tenons-nous au gros de l'arbre.

Madame Thomas

Grand-Jacques profitera de ta folie ; je l'épouserai.

Lucas

Ah ! Voyez donc comme alle se fâche !

Madame Thomas

Je n'en ai pas sujet, n'est-ce pas ?

Lucas

Bon. Allez. Tout ce que j'ai dit à Colette n'était que pour rire.

Madame Thomas

Pour rire !

Lucas

Vous croyez donc que je ne vous ai pas apparçue ? Eh non ! J'ai dit comme çà, à part moi : Vla Madame Thomas qui vient à pas de loup, pour nous accouter ; baillons-li un peu la venette.

Madame Thomas

Quoi, Lucas, il n'est donc pas vrai que tu aimes Colette ?

Lucas

Fi donc ! Vla encore une plaisante morveuse. Vous m'avez dégoûté, Madame Thomas, vous m'avez dégoûté de la jeunesse.

Air 136 : L'autre nuit j'aperçus en songe.

Madame Thomas

Est-il bien vrai, m'es-tu fidèle ?

Lucas

Oui, je le suis, n'en doutez pas. Vos écus ont bien plus d'appas Que les yeux d'une Parronelle.

Madame Thomas

Sur ce pied-là, faisons la paix : Lucas, lions-nous pour jamais. Attend-moi ici. Je vais parler au Tabellion. Je reviendrai te joindre.

Scène 15

Lucas

Lucas

Comme les femmes qui aimont baillent dans le pagniau.... Ah, ah ! Voici le Tambour de la Compagnie de Monsieur Valére.

Scène 16

Arlequin, Lucas

Il a une bouteille pendue à sa ceinture et deux verres à son chapeau.

Air : Grand Duc de Savoie, à quoi penses-tu ?

Arlequin

Si des Vilageoises, Avec leur fierté ! Vivent nos grivoises, J'en suis enchanté. Souvent au Village On nous fait souffrir ; Au Camp la plus sage À nous vient s'offrir.

Lucas

Courage, courage, Monsieur Arlequin. Vous êtes toujours un drôle de corps.

Air 32 : Du haut eu bas. Rondeau.

Arlequin

Tambour battant. Mon cher Lucas, je me promène, Tambour battant. De mon sort je suis fort content ; Bon pain, bon vin, bon Capitaine, Avec un tendron que je mène Tambour battant.

Lucas

Pardi ! Vous n'engendrez point de mélancolie, Monsieur Arlequin.

Arlequin

Non, vraiment. Ni vous non plus, Monsieur Lucas ; vous qui êtes la coqueluche de Nanterre, et le factoton de Madame Thomas.

Air : Et je l'ai pris pour mon Valet.

Lucas

Je vais de Madame Thomas Tarminer le veuvage. Je ne suis encore que le garçon de la Farme ; mais , entre nous, j'en serai biantôt queuqne chose de plus, dà.

Arlequin

Que je t'embrasse, cher Lucas. C'est une veuve sage : Elle te prend pour son mari, À cause de ton teint fleuri.

Lucas

Elle me prend pour son mari, À cause de mon teint fleuri. Oui.

Arlequin

Je l'en estime d'avantage. C'est une brave femme. Il faut boire à sa santé.

Lucas

Tope.

Air 135 : Les fanatiques.

Ils boivent.

Ils boivent encore.

Ils recommencent à boire.

Arlequin

Allons, buvons à la santé De cette grosse mère. Sans oublier la Beauté Dont est charmé Valere, Trinque à la postérité Dont tu dois être père.

Lucas

Morgué ! Vla de bon vin. Varsez-m'en encore. À vous et à moi présentement.

Arlequin

Allons, à nous deux.

Lucas

Hoçà, à st'heure, à qui boirons-je ? Pargué, à votre amoureuse, Monsieur Arlequin.

Air 180. Pavanne d'Enée.

Arlequin

Lucas est un bon garçon, Il entend bien à vider un flacon. Oh ! Par ma foi, c'est grand dommage Qu'il croupisse en un Village ! Il aurait fait l'ornement Du plus célèbre Régiment. Je vous remercie, mon ami.

Lucas

Oui ; mais il ne faut qu'un coup feulement Pour bouttre un homme au monument.

Arlequin

Tu crains la mort, parce que tu n'y ès pas fait. Tiens. Si tu avais seulement deux Campagnes par devers toi, tu écouterais ronfler le canon comme une flûte douce,

Lucas

Jarni ! Si je savais ça, je me bouttrois tout-à-l'heure dans le sarvice.

Arlequin

Tu t'y accoutumeras, te dis-je...

Lucas

J'aimerais à ne sarvir que dans les Revues.

Ils boivent de nouveau.

Arlequin

Sur ce pied-là tu peux t'engager à présent. Nous sommes en paix ; il n'y a rien à risquer. Buvons un coup : un verre de vin porte conseil.

Air 3 : Bannissons d'ici l'humeur noire.

Lucas

Oh ! Ce n'est pas que je balance ! J'ai du coeur comme un enragé : Mais, si la guerre recommence, Je prétends avoir mon congé.

Il lui verse encore du vin.

Arlequin

Cela va sans dire. Allons, mon Brave, à la santé du Roi.

Lucas

Allons, oui. Vive la guerre pendant la paix.

Scène 17

Arlequin, Valère, Lucas

Arlequin

Bon. Voici Monsieur Valére.

Valère

Je ne sais si Arlequin aura réussi.

À Valére.

Arlequin

Camarade saluez votre Officier. Monsieur, vous voyez dans ce garçon-là un des meilleurs soldats de votre Compagnie.

Valère

Cela me fait plaisir. Lucas est un bon enfant. Ça, mes amis, j'ai ordre de partir demain pour aller joindre le Régiment en Flandres. Nous allons apparemment recommencer la guerre.

Lucas

Oui ; Je demande donc mon congé. Je ne me suis engagé qu'à condition que je ne sarvirois point pendant la guerre.

Lucas se met à pleurer et crier de toutes ses forces.

Valère

Allons, allons. Point tant de raisons. Tu es engagé, tu marcheras.

Scène 18

Madame Thomas, Lucas, Valère, Arlequin, Colette, Mathurine

Madame Thomas

Qu'y a-t-il donc, Lucas ! Que t'a-t-on fait ?

Lucas

Ce sont ces vendeurs de chair humaine, qui m'avont enroullé pour la guerre.

Air 6 : Menuet de Monsieur de Grandval.

Madame Thomas

Allez, allez, Monsieur Valére, Je m'en souviendrai plus d'un jour. Vous voulez venger votre père, En me jouant ce mauvais tour.

Valère

Madame, vous me connaissez mal. La fuite vous désabusera.

Lucas

Oui ; mais il faudra donc toujours que je marche à bon compte ?

Arlequin

Sans doute ; et c'est trop perdre de temps. Partons.

Lucas

Eh ! Madame Thomas !

Madame Thomas

Tout beau, Messieurs. J'ai de quoi le racheter. Combien vous faut-il ?

Air 38 : Les Feuillantines.

Arlequin

Grand, carré, de bon aloi, Dans l'emploi Il servira bien le Roi. Peut-on trop payer la taille ? Cent pistoles.

Madame Thomas

Mais, cent pistoles !

Arlequin

Sans en rabattre une maille.

Même Air :

Tirant sa bourse.

À Lucas.

Madame Thomas

S'il est propre pour le Roi, Par ma foi , Il l'est encor plus pour moi. Pour payer sa délivrance Voici de bonne finance. Puisqu'il n'y a rien à rabattre, je vais vous compter les cent pistoles. Heu ! L'étourdi ! Vois ce que tu me coûtes.

Air 46 : Ma raison s'en va beau train.

Madame Thomas présente sa bourse à Valère qui la refuse.

Lucas

Eh ! Là , là, Maman Thomas, Ne me le reprochez pas ! Je bêcherai tant , Je piocherai tant ; Un peu de patience : Ne plaignez point votre comptant, J'en tirerons quittance, Lon-là, J'en tirerons quittance.

Valère

Votre argent ne me tente point, Madame ; la possession de l'aimable Colette peut seule me toucher. Ce n'est qu'à cela que la liberté de Lucas est attachée.

Arlequin

Vous voyez bien que nous nous mettons à la raison.

Air : Tes beaux yeux ma Nicole.

Madame Thomas

Je vois tout le mystère. Ah ! Coquine, c'est vous...

Colette

Maman, point de colère. Donnez-moi cet époux. Par-là, vous allez faire D'une pierre deux coups ; En m'accordant Valère Lucas sera pour vous.

Lucas

C'est bian dit.

Madame Thomas

Monsieur, j'ai des raison pour vous refuser ma fille.

Valère

Madame, j'ai aussi les miennes pour vous refuser Lucas.

Madame Thomas

Ma fille demeurera auprès de moi.

À Lucas, le prenant au collet, et le secouant.

Arlequin

Lucas demeurera dans le Régiment. Allons, marche.

Lucas

Madame Thomas !

Valère

Vous avez pris votre parti, Madame. Adieu.

Arlequin

Marche.

Lucas

Vous m'abandonnez donc, Madame Thomas.

Madame Thomas

Arrêtez, Valére. J'aime mieux vous donner deux cens pistoles.

Colette

Ma chère mère, épargnez votre argent.

Valère

Madame, cela est inutile.

À Lucas, lui appuyant le pied sur le ventre.

Arlequin

Non, non. Nous allons joindre le Régiment ! Marche, Gueux, marche.

Lucas

Madame Thomas. Eh ! Bâillez-li votre fille !

Madame Thomas

Monsieur, voulez-vous mille écus ?

Valère

Madame, vous m'en offririez cent mille inutilement.

Arlequin

Il n'en démordra pas.

Madame Thomas

Puisqu'on ne peut s'en tirer autrement, je vous accorde donc ma fille.

Colette

Ma chère mère !...

Valère

Madame, vous me rendez le plus heureux de tous les hommes.

Lucas

Vivat. Mon enroullement a fait marveilles.

Arlequin

Et moi, par reconnaissance, je vous donne Lucas.

On danse.

Madame Thomas

Que tous ceux que j'avais invités à mes noces viennent célébrer ce double mariage.

Air 211 : De Monsieur Gillier.

Mathurine

Madame Thomas Épouse Lucas. Célébrons ce mariage. Elle agit en femme sage : Il fait déjà son tracas ; Il est fait à son ménage.

Air 212 : De Monsieur Gellier.

La danse reprend ce qui finit la pièce.

Arlequin

Madame Thomas, En prenant Lucas, Vous prenez la fleur de Nanterre ; Vous ôtez au Dieu des Combats Un vrai fier-à-bras, Un foudre de guerre.

Texte : Théâtre classique, édition de Paul Fièvre, licence CC BY-NC-ND 4.0. Reproduit sans modification ; distribution et mise en page : Réplique.

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